Adeptes des pratiques SM (saint Sébastien)

Adeptes des pratiques SM

 

 

NOTICE EXPLICATIVE :

 

Je rejoins la souffrance… parce que je ne la supporte pas et je la fuis !

 

Film "Looking For" de Michelle Pollino

Film « Looking For » de Michelle Pollino


 

Étrange autant que fascinant. Je vais vous expliquer comment ceux qui rejoignent le sadomasochisme sont, contrairement à l’idée reçue, les fils-à-maman douillets terrorisés par la souffrance.

 

En effet, certaines personnes homosexuelles se sont parfois attachées viscéralement à une mort imagée pour ne pas affronter (ce qu’elles imaginent être) la mort réelle. Du coup, elles cherchent parfois à se frotter aux deux. C’est le cas de l’écrivain Yukio Mishima qui, à force de vouloir fuir la mort, l’a rejointe dans le mythe actualisé en se suicidant selon la tradition samouraï : « Je me complaisais à imaginer des situations dans lesquelles j’étais moi-même tué sur le champ de bataille ou assassiné. Pourtant, j’avais de la mort une peur anormale. » (Confession d’un masque, 1971) De même, la pratique du sadomasochisme dans la communauté homosexuelle ne renvoie pas du tout au soi-disant « plaisir dans la douleur » comme la société et beaucoup de personnes homosexuelles se plaisent souvent à le faire croire. Il s’agit plutôt du rejet de la souffrance qui conduit à la mise en scène actualisable de celle-ci. Ce sont d’ailleurs les personnes homosexuelles qui refusent le plus catégoriquement de reconnaître la réalité de la violence, qui s’exposent paradoxalement au sadomasochisme. « Je ne supporte pas l’idée de souffrance » déclare par exemple Pablo, l’adepte des clubs cuir dans le film « Un Año Sin Amor » (2005) d’Anahi Berneni. C’est pourquoi on compte, parmi les personnes homosexuelles, un certain nombre d’adeptes des pratiques SM, des individus qui, par ailleurs, ressemblent à des « Monsieur Tout le Monde » dans la vie quotidienne, voire à des mauviettes. Comme pour eux, le plaisir dans la souffrance n’est pas dans sa réalisation mais dans sa figuration, et qu’il s’agit moins de détruire que d’illustrer esthétiquement la destruction, ils atténuent la réalité du sadomasochisme dans le « milieu homosexuel » en affirmant qu’elle est « cliché » ou « réservée aux dépravés » ou bien en la spiritualisant/l’esthétisant/la romantisant, pour ensuite la rendre parfois effective. L’évitement de la castration (au sens de la reconnaissance des limites du Réel) conduit au masochisme. Aussi bizarre que cela puisse paraître, la liberté humaine est toujours limitée et a un prix : la souffrance. Et si ce prix n’est pas assumé, mais qu’au contraire il est nié, l’être humain s’expose à rechercher – cette fois sans liberté et sans conscience – la souffrance. Sous toutes ses formes. Y compris la forme homosexuelle et la forme brutale. La violence fait partie intégrante du désir homosexuel, même si actuellement on préfère n’y voir qu’amour, douceur, progrès et liberté. Les libertaires homosexuels, en voulant sincèrement abolir les limites humaines pour acquérir ce « toujours plus de liberté » – une liberté sans forme et sans corps sexué –, finissent par s’imposer d’autres limites, plus radicales, plus invisibles, et qu’ils n’ont pas toujours la force de dénoncer. Curieusement, la fuite du Réel par le fantasme conduit à l’appétit de violence chez des individus pourtant souvent angoissés par le sang, la mort et la souffrance réels, et qui ont même une apparence de fils-à-maman anxieux, vu de l’extérieur. Chez eux, la violence de l’acte sadomasochiste est atténuée par une sacralisation de la dimension ludique/scénique du SM, et par une sublimation des intentions amoureuses poussée à l’extrême. Il n’y a là aucun goût pour le « souffrir » ou le « faire souffrir », au final.

 
 

N.B. : Je vous renvoie également aux codes « Super-Héros », « Talons-aiguilles », « Musique comme instrument de torture », « Milieu homosexuel infernal », « Homosexualité noire et glorieuse », « Liaisons dangereuses », « Vierge », « Androgynie Bouffon/Tyran », « Fusion », « Symboles phalliques », « Chiens », « Se prendre pour Dieu », « Coït homosexuel = viol », « Planeur », « « Un Petit Poisson, Un Petit Oiseau » », « Extase », « Voleurs », « Quatuor », « Homosexuels psychorigides », « Hitler gay », « Entre-deux-guerres », et à la partie « Désir de viol » dans le code « Viol », dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.

 
 

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FICTION

 

a) Le personnage homosexuel s’adonne au sadomasochisme :

ADEPTES Un Año Sin Amor

Film « Un Año Sin Amor » d’Anahi Bernen


 

Il est question de sadomasochisme en lien avec l’homosexualité dans la pièce À plein régime (2008) de François Rimbau, le film « Preaching To The Perverted » (1997) de Stuart Urban, la pièce À trois (2008) de Barry Hall, le vidéo-clip de la chanson « Beyond My Control » de Mylène Farmer, le one-man-show Petit cours d’éducation sexuelle (2009) de Samuel Ganes, le film « Brüno » (2009) de Larry Charles, le one-man-show Le Comte de Bouderbala (2014) de Sami Ameziane (avec le flic homo), la chanson « Viril » de Jean Guidoni, le film « Un Año Sin Amor » (2005) d’Anahi Berneni, le film « Shoot Me Angel » (1995) d’Amal Bedjaoui, le film « The Caretaker » (« Le Gardien », 1963) de Clive Donner, le film « Kurutta Butokai » (« Asti : Lunar Eclipse Theater », 1989) d’Hisayasu Sato, le film « Fireworks » (1947) de Kenneth Anger, la comédie musicale Panique à bord (2008) de Stéphane Laporte, la chanson « Les Liens d’Éros » d’Étienne Daho, la pièce Jerk (2008) de Dennis Cooper, le film « Singapore Sling » (1990) de Nikos Nikolaidis, le roman La Colmena (1951) de Camilo José Cela (avec Matías le personnage homo), le roman El Anarquista Desnudo (1979) de Luis Fernández, la pièce Les Babas cadres (2008) de Christian Dob (avec le tee-shirt « Monsieur SM » en guise de décor), le film « Les Nuits fauves » (1991) de Cyril Collard, le film « The Black Cat » (« Le Chat noir », 1934) d’Edgar G. Ulmer, le film « The Glass Key » (« La Clé de verre », 1942) de Stuart Heisler, le film « Brute Force » (« Démons de la liberté », 1947) de Jules Dassin, le film « The Servant » (1963) de Joseph Losey, le film « Billy Budd » (1962) de Peter Ustinov, le film « Sadomania : Hölle Der Lust » (1981) de Jess Franco, la pièce La Mort vous remercie d’avoir choisi sa compagnie (2010) de Philippe Cassand (avec la psychanalyste parodiée en thérapeute SM, avec son fouet), le film « Hana To Hebi » (« Fleur secrète », 1974) de Masaru Konuma, le film « El Topo » (1970) d’Alejandro Jodorowsky, le film « Mercy » (« Amours mortelles », 2001) de Damian Harris, le film « Frisk » (1995) de Todd Verow, les films « The Elegant Spanking » (1995), « The Black Glove » (1997) et « Ecstasy In Berlin 1926 » (2004) de Maria Beatty (traitant du SM lesbien), le film « Taxi Nach Kairo » (1987) de Frank Ripploh, le film « Die Grausame Frau » (« Séduction, femme cruelle », 1985) de Monique Treut, le film « Las Edades De Lulú » (« Les Vies de Loulou », 1990) de Juan José Bigas Luna, le film « Empire State » (1987) de Ron Peck, le film « The Attendant » (1992) d’Isaac Julien, la pièce Western Love (2008) de Nicolas Tarrin et Olivier Solivérès, le film « Irréversible » (2001) de Gaspar Noé, le film « Sitcom » (1997) de François Ozon, la pièce Big Shoot (2008) de Koffi Kwahulé, la planche « Les Beaux Quartiers » dans la B.D. Le Monde fantastique des gays (1986) de Copi, le vidéo-clip « Outside » de George Michael, le film « Hors les murs » (2012) de David Lambert, le film « Clamp » (2000) de Maïa Cybelle Carpenter, le film « F. est un salaud » (1998) de Marcel Gisler, le film « Tom à la ferme » (2014) de Xavier Dolan, le vidéo-clip de la chanson « Foolin’ » de Devendra Banhart, la chanson « Hellbent For Leather » du groupe Juda’s Priest (avec la référence au cuir, notamment), etc.

 

On retrouve l’association entre homosexualité et sadomasochisme chez Zhang Yuan, Isabelle Ponnet, Michael Kleeberg, Élisabeth Herrgott, etc. Les personnages homosexuels disent trouver leur bonheur dans la souffrance : « Il souffrait de joie. » (Michel del Castillo, Tanguy (1957) p. 102) ; « You are in love with pain. » (Michel Hermon se parlant à lui-même, dans son spectacle-cabaret Dietrich Hotel, 2008) ; « Il y a des douleurs qu’on dit exquises. » (Émilie s’adressant à son amante Gabrielle, dans le roman Je vous écris comme je vous aime (2006) d’Élisabeth Brami, p. 18) ; « À la première seconde, je savais que j’allais l’aimer, que j’allais souffrir. Au fond, il m’avait déjà échappé au premier instant où je l’ai vu. J’ai voulu faire durer cette imposture le plus longtemps possible. La douleur est éblouissante, très pure. Insultes, bagarres, nuit aux urgences, points de suture. Encore du sang entre nous. […] Si j’avais voulu ne pas souffrir, j’aurais refusé de sortir avec toi. » (Stéphane parlant de son ex-amant, le jeune et beau Vincent qui le frappe de temps en temps physiquement, dans la pièce Un Tango en bord de mer (2014) de Philippe Besson) ; « J’aimerais beaucoup être un Sauveur pour Collins… Je l’aime et je désire être blessée comme vous l’avez été. » (Stephen, l’héroïne lesbienne, parlant à Jésus en croix, dans le roman The Well Of Loneliness, Le Puits de solitude (1932) de Marguerite Radclyffe Hall, p. 31) ; « Le bonheur réside souvent dans ce qui nous fait souffrir. » (Ronit, l’héroïne lesbienne, dans le roman La Désobéissance (2006), p. 227) ; « J’aimerais bien prendre un coup. » (Jules, le héros homosexuel, au lieu de dire « Je vais prendre un coup » pour dire « boire un verre », dans la pièce Les Sex Friends de Quentin (2013) de Cyrille Étourneau) ; « Personnellement, je préfère le fouet. » (Miss Daisy, le personnage transsexuel M to F du film « La Mante religieuse » (2014) de Natalie Saracco) ; « Chez les 4 Jean, on a un baptême du feu spécifique. Tu dois faire preuve d’allégeance et de soumission à tes futurs compagnons. […] Les Sentinelles, c’est un truc de passifs. […] Si demain tu veux t’enchaîner toi aussi, tu n’hésites pas. » (Jean-Jacques s’adressant à Jean-Marc le novice, dans la pièce Les Virilius (2014) d’Alessandro Avellis) ; « Selon le rituel de nos frères de Russie, nous allons te purifier. » (les Virilius bizutant et maltraitant le traître homo, Jean-Marc) ; « Qu’est-ce que j’ai fait de mes menottes, moi ? Ah oui ! Je les ai oubliées chez Hervé ! » (un ami homo du couple lesbien Kim/Alexandra, dans le film « On ne choisit pas sa famille » (2011) de Christian Clavier) ; « Pauvre femme battue. Jane n’est plus assez rapide pour parer tes coups de poings. » (Tielo, le frère jumeau de Petra, l’héroïne lesbienne en couple avec Jane, charriant sa sœur à cause de l’éraflure au visage de sa compagne, dans le roman The Girl On The Stairs, La Fille dans l’escalier (2012) de Louise Welsh, p. 32) ; « Tu sais pourquoi les gens aiment la violence ? Parce que ça fait du bien. » (Alan Turing, le mathématicien homosexuel, s’adressant à Hugh, dans le film « Imitation Game » (2014) de Mortem Tyldum) ; « Je voudrais juste qu’il souffre. » (Bryan parlant de son amant Tom, dans la pièce Les Vœux du Cœur (2015) de Bill C. Davis) ; etc.

 

Par exemple, dans la pièce La Cage aux Folles de Jean Poiret (version 2009, avec Clavier et Bourdon), Jacob réclame sa fessée. Dans la comédie musicale Encore un tour de pédalos (2011) d’Alain Marcel, la thématique du SM dans le « milieu homo » est abordée : les personnages portent des « cuirs et des menottes », et s’interrogent sur les pratiques de leurs pairs : « Ah ? Ils sont gays, les homos ? Ils attrapent par le sling. » Dans le roman Babyji (2005) d’Abha Dawesar, Anamika, l’héroïne lesbienne, rêverait de poser à une de ses profs une question provocatrice sur le sadomasochisme lesbien : « Madame, est-il vrai que certaines femmes aiment la violence ? » (p. 113) Dans la pièce Bill (2011) de Balthazar Barbaut, Lucifer, habillé en cuir, entretient une relation SM avec l’Archange Raphaël, la « pédale » super efféminée ; ils finiront en couple. Dans le film « Haltéroflic » (1983) de Philippe Vallois, on assiste à la passion sadomasochiste entre un flic et un athlète. Dans la pièce Le Frigo de Copi (mise en scène en 2011 par Érika Guillouzouic), surgit un moustachu sadomaso. Dans le film « Cruising » (« La Chasse », 1980) de William Friedkin, Lucas et Vincent fréquentent le milieu cuir gay. Dans la pièce Doris Darling (2012) de Ben Elton, Doris, l’héroïne lesbienne possède dans sa chambre de la ficelle, des menottes. Dans le roman Les Carnets d’Alexandra (2010) de Dominique Simon, les protagonistes lesbiennes se maltraitent en même temps qu’elles « se baisent » : par exemple, Alexandra, la narratrice lesbienne, attache sa bonne, Marie, au lit (p. 202). Et elle se laisse dominer par elle : « Marie m’avait révélé le désir secret qu’elle avait de me commander. Et la position particulièrement dans laquelle je m’étais mise à genoux, comme lui faisant allégeance, avait encore augmenté mon plaisir. » (Alexandra, la narratrice lesbienne, commandée par sa bonne, dans le roman Les Carnets d’Alexandra (2010) de Dominique Simon, p. 154) Dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, Kévin/Bryan, en couple, se frappent mutuellement et « par amour » : « J’ai besoin d’un punching-ball » dit Bryan, qui avoue avoir « besoin de dominer Kévin » ; et Kévin émet l’hypothèse qu’il puisse aimer que Bryan le frappe (p. 231) mais a quand même peur qu’il recommence (p. 233). Quand la mère de Kévin lui demande s’il aime souffrir ainsi que le masochisme, il lui répond « Un peu » (p. 273). Dans le film « Freier Fall » (« Free Fall », 2014) de Stephan Lacant, c’est lors d’une simulation d’émeute entre manifestants et CRS que Engel et Brandt rentrent violemment en contact… juste avant de sortir ensemble. Dans la pièce Y a comme un X (2012) de David Sauvage, la sonnerie de portable de Jessica, le héros transsexuel M to F, ce sont des coups de poing. Dans le one-man-show Raphaël Beaumont vous invite à ses funérailles (2011) de Raphaël Beaumont, le bourgeois libertin homosexuel organisant des parties SM dans son manoir. Dans le film « La Vie d’Adèle » (2013) d’Abdellatif Kechiche, au moment des coïts, Emma et Adèle, au moment de leur coït, s’infligent des fessées au sommet de l’orgasme. Dans la pièce Copains navrants (2011) de Patrick Hernandez, le couple homosexuel Vivi et Norbert scénarise son coït comme un hold-up pour pimenter leur plaisir. Dans la pièce L’un dans l’autre (2015) de François Bondu et Thomas Angelvy, François, homosexuel, est vendeur dans un magasin de vêtements féminins et fait croire qu’il est frappé par son amant Thomas afin d’apitoyer la clientèle : « Non Régine, il ne m’a pas refrappé. » Dans le film « 22 Jump Street » (2014) de Phil Lord et Christopher Miller, Zook fait mine de suggérer un tournage de fist-fucking en proposant à son pote Jenko de jouer aux jeux-vidéo. Dans le roman At Swim, Two Boys (Deux garçons, la mer, 2001) de Jamie O’Neill, Doyler couche avec un amant de passage qu’il maltraite… et qui en redemande, par « amour », en plus : « Si tu veux, tu peux me frapper. » Dans la pièce Le Cheval bleu se promène sur l’horizon deux fois (2015) de Philippe Cassand, Fabien entretient lui-même une liaison dangereuse avec un repris de justice sado-masochiste : Herbert. Dans le film « The Duke Of Burgundy » (2015) de Peter Strickland, Une lépidoptériste (spécialiste des papillons) austère entretient une relation sadomasochiste avec sa femme de ménage, jeune et soumise à tous ses désirs. Dans le film « Rosa la Rose : Fille publique » (1985) de Paul Vecchiali, Rosa la prostituée et son client Jules, avant de passer au lit dans une scène SM, simule le joli petit couple à table qui va manger du canard à l’orange.

 

Dans la pièce Le Cheval bleu se promène sur l’horizon, deux fois (2015) de Philippe Cassand, Fabien entretient avec son amant Herbert une relation SM. Pourtant, le jeune homme est en couple régulier avec Hugues, son médecin. Et ce dernier n’est pas tant choqué par l’infidélité de Fabien que par les risques hygiéniques qu’il prend : « Je crois qu’ils ont des rapports sado-masos… et qu’ils sont non-protégés. »
 

On peut identifier dans le sadomasochisme vécu par le héros homosexuel une forme d’homophobie intériorisée, dans laquelle il se punit lui-même de pratiquer son désir homosexuel en allant jusqu’aux ultimes limites de ce comportement. « Tu crois que c’est comme les pédés qui cherchent à se faire violenter dans le SM, tu finis toujours par t’apercevoir à un moment ou un autre que ce qu’ils recherchent dans cette violence contrôlée (parce qu’elle est donnée dans un cadre sexuel stricte) c’est de vivre ce qu’ils ont le sentiment de mériter en tant que pédé. Genre je suis pédé, je mérite de me faire tabasser, je me fais honte, steplé, tabasse-moi pour que je sois en concordance avec moi-même. Tu crois pas ? » (Claude, l’héroïne lesbienne dans le roman Des chiens (2011) de Mike Nietomertz, p. 47) ; « Les garçons préfèrent toujours ceux qui les malmènent. » (Laurent Spielvogel imitant André, un homme gay d’un certain âge, dans son one-man-show Les Bijoux de famille, 2015) ; etc. D’ailleurs, ce n’est pas un hasard si l’amalgame entre homosexualité et sadomasochisme soit fait par les héros homophobes qui rêvent de reproduire sur leurs victimes homosexuelles les pratiques violentes de leur propre homosexualité refoulée. Par exemple, dans la B.D. Pressions & Impressions (2007) de Didier Eberlé, Romain, le héros homosexuel, est suspecté d’être « un de ces sadomasos en cuir ».

 

Le héros homosexuel suit le chemin du SM paradoxalement parce qu’il cherche à fuir à tout prix la mort et la souffrance réelles : « Je ne suis pas apte pour la souffrance. » (cf. réplique de la pièce La Estupidez (2008) de Rafael Spregelburd) ; « J’ai horreur de la violence sauf pour jouer et jouir. » (François pratiquant le SM avec son « mari » Max, dans le roman Riches, cruels et fardés (2002) d’Hervé Claude, p. 110) ; « Et pourtant, je n’ai jamais supporté la souffrance d’un être animé… » (Lacenaire, le criminel de la pièce éponyme (2014) d’Yvon Bregeon et Franck Desmedt) ; etc. La souffrance et le viol sont esthétisés, donc leur violence, atténuée : « Mon plaisir se construit sur un paradoxe : je ne peux aspirer à la flagellation, celle qui blesse, punit, avilit ; mais l’idée d’un châtiment est un puissant stimuli érotique. » (la narratrice lesbienne du roman Mathilde, je l’ai rencontrée dans un train (2005) de Cy Jung, p. 60) ; « La fessée est par nature baroque. » (idem, p. 52) ; « Mes coups, parfois, je les retenais pas. Mes mots, oui. » (Vincent s’adressant à son amant Stéphane, dans la pièce Un Tango en bord de mer (2014) de Philippe Besson) ; etc. Par exemple, dans la pièce Ma Première Fois (2012) de Ken Davenport, la protagoniste lesbienne est excitée par les résistances de sa copine (« Arrête, lâche-moi ! ») et se sent poussée à la violenter pour la satisfaire et éteindre ses plaintes, paradoxalement.

 

Film "Bedrooms and Hallways" de Rose Troche

Film « Bedrooms and Hallways » de Rose Troche


 

Le plus étonnant, c’est que le héros homosexuel qui pratique la sadomasochisme n’est pas dans la vie la brute épaisse qu’on attendait, mais au contraire le fils-à-maman douillet, raffiné et précieux.

 

ADEPTES Les Beaux quartiers

 

ADEPTES Les Beaux quartiers 2

Planche « Les Beaux Quartiers » de la B.D. « Le Monde Fantastique des Gays » de Copi


 
 

b) Le personnage homosexuel se prend (ou est pris) pour un saint Sébastien martyrisé :

On retrouve le charismatique saint Sébastien dans le roman Dix Petits Phoques (2003) de Jean-Paul Tapie, la pièce L’Opération du Saint-Esprit (2007) de Michel Heim, le film « Saint » (1996) de Bavo Defurne, le film « Suddenly Last Summer » (« Soudain l’été dernier », 1960) de Joseph Mankiewicz, la pièce La Tempête (1661) de William Shakespeare, le film « Lilies » (1996) de John Greyson, le film « Les Enfants terribles » (1949) de Jean-Pierre Melville, le roman Les Archers de Saint Sébastien (1912) de Jean Cocteau, le vidéo-clip de la chanson « Losing My Religion » du groupe R.E.M., la photo Queer Saint (1999) de Joël Peter Witkin, la toile Saint Sébastien (2003) de Pierre Buraglio, le roman Mort à Venise (1912) de Thomas Mann, le roman Le Martyre de Saint-Sébastien (1911) de Gabriele d’Annunzio, la pièce musicale Arthur Rimbaud ne s’était pas trompée (2008) de Bruno Bisaro, le roman Marcos, Amador De La Belleza (1913) d’Alberto Nin Frías, la chanson « I’m A Sinner » de Madonna, le roman El Martirio De San Sebastián (1917) d’Antonio de Hoyos, le film « Sebastiane » (1975) de Derek Jarman, le film « Mishima » (1984) de Paul Schrader, la pièce Le Funambule (1958) de Jean Genet, le film « Strella » (2009) de Panos H. Koutras (avec le saint Sébastien de Pierre et Gilles en affiche dans la chambre d’Alex), etc. Par exemple, dans « Homme au bain » (2010) de Christophe Honoré, Emmanuel porte un tatouage avec un Saint Sébastien sur le cœur ; et à la fin du film, il se met à battre son jeune amant en lui flanquant des fessées et en l’étranglant. Benji, le héros homo de la comédie musicale Sauna (2011) de Nicolas Guilleminot, prend à un moment donné la position du saint Sébastien. Dans le film « Adèle Blanc-Sec » (2010) de Luc Besson, la momie fait les yeux doux au tableau de Saint Sébastien exposé au Louvre. Dans le roman The Girl On The Stairs (La Fille dans l’escalier, 2012) de Louise Welsh, l’appartement berlinois du « couple » Petra et Jane donne sur le cimetière de Saint-Sébastien.

 

Le saint Sébastien homosexuel est représenté en photo (Pierre et Gilles, Michel Guillaume, Raymond Voinquel, Orion Delain, Fred Jagu, Pierre Sarfati, Christian Rouchouse et Marcel, Joseph Caprio, Miklos Feyes, David Nassoy, etc.), en sculpture (Tony Riga, Ange et Damnation, etc.), en peinture (Gustave Moreau, Alex Rochereau, Bertrand Bolognesi, Philippe Bernier, Moktar Bakayoko, Sandra Venturini, Franck Rezzak, Paul Boulitreau, Bruno Perroud, Jérôme Marichy, Narcisse Davim, Michael Sebah, etc.), en dessin (Kinu Sekigushi, Logan, Guy Thomas, Jean Cocteau, Édouard MacAvoy, Olympe, Phil Burns, Elsa Caitucoli, Thom Seck, Christophe Catalan, Alain Burosse, Cuneo, Ers Raspaut, etc.). Je vous renvoie au grand dossier consacré entièrement à saint Sébastien dans l’art homosexuel, dans Triangul’Ère 3 (2001) de Christophe Gendron (pp. 1049-1105).

 

Film "Salo ou les 120 Journées de Sodome" de Pier Paolo Pasolini

Film « Salo ou les 120 Journées de Sodome » de Pier Paolo Pasolini


 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 

PARFOIS RÉALITÉ

 
 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 

a) Certaines personnes homosexuelles s’adonnent au sadomasochisme :

ADEPTES Bataille

 

On trouve chez les personnes homosexuelles un certain nombre d’adeptes des pratiques SM : Xavier Gicquel, le groupe britannique Frankie Goes to Hollywood, Michel Foucault, James Dean (il aime les brûlures de cigarettes), Dennis Cooper, Francis Bacon, Jane Bowles, Sylvano Bussoti, Hervé Guibert, Patrice Chéreau, Eloy de la Iglesia, Valentine Penrose, Mario Mieli, Mathieu Lindon, Yukio Mishima, Paul Verlaine, etc. « J’ai aussi vécu des choses de domination. » (la femme transsexuelle F to M interviewée dans le documentaire « Le Genre qui doute » (2011) de Julie Carlier) Par exemple, Jean-Luc Lagarce, dans sa pièce biographique Ébauche d’un portrait (2008), narre ses expériences sado-masochistes. Michel Foucault voit dans le SM une contribution à « l’art de vivre », à la culture de soi : « Ce que les pratiques SM nous montrent, c’est que nous pouvons produire du plaisir à partir d’objets très étranges, en utilisant certaines parties bizarres de notre corps, dans des situations très habituelles. » (Michel Foucault, « Sexe, pouvoir et la politique de l’identité », Dits et Écrits II, p. 1557) Marcel Jouhandeau raconte à l’émission « Apostrophe » (du 22 décembre 1978 sur Antenne 2) que « tout ce qui lui fait du mal lui fait du bien ». Pietro Citati souligne à propos de Marcel Proust que « son destin était celui de la douleur. C’est par la douleur qu’il établissait son rapport aux autres » (Pietro Citati, « La Douleur pour destin », dans Magazine littéraire, n°350, janvier 1997, p. 24). Dans la biographie Carson McCullers (1995) de Josyane Savigneau, il est fait allusion à « la tendance à l’autodestruction de Carson McCullers » (p. 135). Selon Gérard Lefort, Yves Saint Laurent possède « cet étrange art de se détruire » (cf. la revue Têtu, n°135, juillet-août 2008, p. 54). Jacques Guérin évoque également la tendance à l’autodestruction chez Genet et Leduc : « Jean Genet avait en commun avec Violette Leduc ce goût du massacre, ce besoin de démolir. Pour des gens comme eux, il fallait que tout aille mal, c’était une stimulation. » (Valérie Marin La Meslée, « Jacques Guérin : Souvenirs d’un collectionneur », dans Magazine littéraire, n°313, septembre 1993, p. 72). Pascal Sevran, dans sa biographie Le Privilège des jonquilles, Journal IV (2006), parle de certains de ses amants ayant des pratiques SM : « De la fessée, ce bonheur démodé, les enfants rêvent toute leur vie, c’est la punition du bon Dieu, celle de l’amour aussi. Stéphane en raffolait, Julien la recherche. » (p. 109) Parmi les sites de rencontres homos, certains ont des noms évocateurs : SmBoy, entre autres. Le film « New York City Inferno » (1978) de Jacques Scandelari confine au documentaire, car avec le sadomasochisme (tout comme avec le porno d’ailleurs), la simulation devient action concrète : les scènes de SM sont filmées sur le vif, dans de vrais bars cuir new-yorkais, et ne sont plus jouées.

 

Certains n’hésitent pas à voir dans le sadomasochisme une voie transgressive de vivre ses désirs, un chemin alternatif révolutionnaire : « La révolution sexuelle est en marche à Hollywood ! » (cf. le commentaire par rapport au film sur le SM « Interior. Leather Bar » (2013) de James Franco et Travis Matthews, dans le catalogue du 19e Festival Chéries-Chéris au Forum des Images de Paris, en 2013, p. 29) ; « La plupart des lieux de prédilection fréquentés par les homosexuels étaient urbains, civils, sophistiqués. Le scénariste américain Ben Hecht, à l’époque correspondant à Berlin pour une multitude de journaux des États-Unis, se souviendra longtemps d’y avoir croisé un groupe d’aviateurs, élégants, parfumés, monocle à l’œil, bourrés à l’héroïne ou à la cocaïne. Les hommes s’habillaient en femmes et les femmes en homme, travestis ou non. On pouvait fouetter ou se faire fouetter, sucer, inonder de pisse ou de merde, étrangler jusqu’à un fil de la mort. » (Philippe Simonnot parlant de la libéralisation des mœurs dans la ville nazie berlinoise des années 1920-30, dans son essai Le Rose et le Brun (2015), p. 30) ; etc. Comme l’explique très bien le psychanalyste Jean-Pierre Winter, le sadomasochisme est le signe d’un refus de ses limites humaines et un désir de toute-puissance : « L’évitement de la castration conduit au masochisme. » (Jean-Pierre Winter, Homoparenté (2010), p. 132)

 

Le sadomasochisme semble être aussi, pour les personnes en panne d’identité, le moyen ultime pour exister (par personne interposée ou poing inséré !), pour « se sentir ». Par exemple, dans son essai Saint Foucault (2000), David Halperin écrit que le sadomasochisme représente « une rencontre entre le sujet moderne de la sexualité et l’altérité de son corps » (p. 101). On rejoint ici les paradoxes du désir de fusion (identitaire) que je décris dans le code « Fusion » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels) : « En l’observant pénétrer Fabien, la jalousie m’a envahi. Je rêvais de tuer Fabien et mon cousin Stéphane afin d’avoir le corps de Bruno pour moi seul, ses bras puissants, ses jambes aux muscles saillants. Même Bruno je le rêvais mort pour qu’il ne puisse plus m’échapper, jamais, que son corps m’appartienne pour toujours. » (Eddy Bellegueule se faisant sodomiser par son cousin Bruno, aux côtés de Fabien et de son violeur, dans la biographie En finir avec Eddy Bellegueule (2014) d’Édouard Louis, p. 154)

 

En réalité, je vois dans le sadomasochisme une forme d’homophobie intériorisée, dans laquelle les personnes se punissent de pratiquer leur désir homosexuel en allant jusqu’aux ultimes limites de ce comportement (et du déni de ce dernier). Comme l’a souligné René Girard, se cachent derrière la pratique SM la haine de soi et la jalousie : « Le masochisme, la jalousie morbide et l’homosexualité latente se présentent perpétuellement ensemble. » (René Girard, Des choses cachées depuis la fondation du monde (1978), p. 473)

 

 

Dans le reportage « La Fistinière : Caméra au poing », on voit bien que le sadomasochisme, bien loin de se cantonner à l’homosexualité, est un éloge du libertinage asexué. Il est une pratique qui traduit un appétit d’excitation sexuelle et génitale plus global, une boulimie incontrôlée, angoissée et débordante, plus proche de la bisexualité et de la pulsion asexuée libertine que de l’homosexualité. « Je n’étais pas spécialement attiré par les filles, ni par les garçons… Dans ma dernière année d’humanité, j’ai entendu parlé pour la première fois de la masturbation et suite à ces conversations, j’ai essayé de me masturber… cela a marché. De plus, je me masturbais en mettant une veste de cuir de mon frère et aussi des bottes de cuir : cet acte fétichiste ajoutait à ma satisfaction. Je ne sais pas pourquoi je recherchais ces vêtements liés à certains fantasmes de mon enfance… J’en ai quelques souvenirs ! […] Durant toutes ces années de formation puis après l’ordination, j’ai continué à me masturber sans jamais me confesser de ce péché bien que je pratiquais ce sacrement; j’étais comme bloqué pour avouer ce péché ! Certaines périodes étaient plus calmes et je pensais être débarrassé de cette habitude mais cela reprenait et parfois je le faisais plusieurs jours en suivant; Au niveau du fétichisme, j’avais des gants et des bottes en caoutchouc qui ajoutaient à mon excitation. » (un ami de 52 ans, dans un mail d’octobre 2013) ; « J’ai vu alors apparaître sur mon écran des scènes que je soupçonnais même pas. J’y ai pris du plaisir et je me suis masturbé. Il m’est arrivé de passer une nuit à regarder ces scènes à m’inscrire sur des sites où peut chater avec quelqu’un qui se masturbe, j’ai écrit des propos obscènes. J’étais pris dans les filets de la pornographie ! Je me suis inscrit sur des sites de rencontres pour gays, ou sur Doctissimo avec les forums de discussion sur les fantasmes : j’y ai rencontré quelqu’un et je me suis masturbé sous ses ordres : nous nous respections mais je cherchais à discuter avec lui et à nous donner du plaisir ; Tous ces sites m’ont aussi conduit à fixer une rencontre – un plan cul – chez moi. Heureusement, cela ne s’est jamais produit ! Finalement, dans toutes ces pérégrinations, j’ai découvert deux sites qui m’ont beaucoup excité : Bluf (pour les hommes qui aiment les pantalons et bottes de cuir et les uniformes) et aussi Recon Leather (pour les fétichistes du cuir). Que de beaux mecs ! Je me suis renseigné afin de rencontrer un membre de Bluf en Belgique afin qu’il me conseille pour m’équiper de cuir : bottes, veste et pantalon … Nous avons fixé un rendez-vous pour ce jeudi 24 octobre… ! » Le sadomasochisme vient aussi d’un ennui vécu dans la vie sexuelle. Ce n’est pas un hasard qu’il soit pratiqué majoritairement par des individus plus âgés, qui cherchent à tout prix à repousser leurs limites et qui n’ont trouvé que la violence pour vivre de nouvelles expériences amoureuses après leurs nombreuses années de pratiques sexuelles débridées mais encore soft (cf. le documentaire « Zucht Und Ordnung », « Law And Order » (2012) de Jan Soldat).

 

En France, en 1996, se crée l’association des filles SM, les Maudites Femelles. Je vous renvoie au documentaire sur le milieu SM lesbien avec « Bloodsisters : Leather, Dykes And Sadomasochism » (1995) de Michelle Handelman, ainsi qu’aux spectacles de Judy Minx. Il existe un lien étroit entre désir lesbien et sadomasochisme… étonnant si on s’en tient aux discours habituels sur l’amour lesbien, chantant l’exceptionnelle douceur des femmes lesbiennes (qui seraient nettement plus « sentimentales », « fidèles », et plus « fines » que leurs homologues masculins…). À la question « Existe-t-il un sadomasochisme lesbien ? », Viviane, femme lesbienne de 38 ans, répond : « Oh oui ! (rires) ne serait-ce qu’à l’Entrepôt, mais ça a fermé. Ça a quand même duré un an ou deux. J’ai vu des filles au festival de films lesbiens qui se réclamaient du S/M. » (Viviane dans Natacha Chetcuti, Se dire lesbienne : Vie de couple, sexualité, représentation de soi (2010), p. 237)

 

ADEPTES Flic

Film « And Then Came Lola » de Megan Siler & Ellen Seidler


 

Le dégoût affiché de la violence ne va pas forcément vers le rejet de celle-ci. Bien au contraire. Il s’organise sous forme de mise en scène qui aveugle celui qui s’efforce de croire que le jeu atténue, éloigne, fige, voire neutralise la mort. « On rejoue la crucifixion et le sacrifice de Jésus. Mais ce n’est pas qu’un jeu. Il serait dommage de ne voir tout cela que comme une mascarade. C’est bien mieux d’en voir une version authentique et concrète. Tout ceci forme un grand jeu bien réglé. Un jeu sacré. Et le sacré accentue encore le caractère orgiaque de cette mise en scène. » (David Berger, homosexuel attiré par le sadomasochisme et ancien clerc, dans le documentaire « Du Sollst Nicht Schwul Sein », « Tu ne seras pas gay » (2015) de Marco Giacopuzzi) C’est la raison pour laquelle chez Barthes par exemple, « la violence s’organisait toujours en scène », et qu’il a rejoint la souffrance tant détestée et crainte par la théâtralité du SM : « Il tolérait mal la violence. » (Roland Barthes, parlant de lui-même à la troisième personne, dans Roland Barthes par Roland Barthes (1975), p. 140) Fuir la douleur par le fantasme, et elle revient au galop, d’abord sous forme de désir, puis parfois concrètement. Certains auteurs homos tels que Copi, à travers une frontière volontairement mal définie entre autobiographie et auto-fiction, illustrent parfaitement ce flou artistique entretenu entre le jeu et la douleur sur lequel repose le SM. « Voici ce que je vous propose : dans ce roman, je serai masochiste. J’aurai découvert ça en 1965, quand j’ai commencé à mener une vie publique homosexuelle après l’avoir longtemps pas mal cachée. Le masochisme se révéla pour moi comme une homosexualité de plus, ou de rechange. Jusque-là j’avais vécu l’homosexualité comme un vice, rendue publique elle devenait presque une vertu, je me réfugiai dans le masochisme. […] Quand j’ai rencontré Pierre à Rome j’avais des cicatrices infectées dans les mamelles, des brûlures dans les fesses, j’arrivais tout droit de Paris d’une séance trop poussée. D’autres vont chez le psychanalyste. Dans ce sens, ça me guérit, je me sens jeune et gai. » (le narrateur homosexuel du roman Le Bal des Folles (1977) de Copi, pp. 21-22)

 

Le sadomasochisme, contrairement à ce que voudraient faire croire ceux qui le pratiquent, n’est pas une pratique réservée aux lieux officiellement réservés pour ça (saunas, backrooms et autres manoirs champêtres). Le phénomène de la violence dans les « couples » homosexuels est très répandu, et pourtant peu reconnu comme du sadomasochisme, car il n’en porte pas le nom. Pourtant, il bien est là. Et parmi mes connaissances, contre toute attente, ce ne sont pas les mecs homos les plus dépravés, ni les barbus musclés ni ceux qui fréquentaient assidument les établissements homosexuels, qui pratiquent le SM. Ce sont plutôt des garçons au look de « premiers de la classe », des profs de lettres, parfois des garçons tout doux et efféminés (et qui cherchent à dompter leur efféminement par le jeu de rôles qu’est le sadomasochisme).

 
 

 

b) Certaines personnes homosexuelles se prennent pour des saints Sébastien martyrisés :

Yukio Mishima, pour exhiber son corps musclé, pose pour les photographes sous les traits d’un saint Sébastien percé de flèches. Je vous renvoie par ailleurs à la thèse Homoerotismo En La Iconografía De San Sebastián Mártir (1996) de Manuel Buxán, ainsi qu’à l’essai Sébastien Le Renaissant (1999) de Jacques Sarriulat.

 

Yukio Mishima

Yukio Mishima

 
 

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