Les pharisiens n’accueillent le pécheur qu’à partir du moment où il s’est repenti et a admis qu’il avait tort. Mais alors, quel est la valeur de leur pardon ? Quelle est la difficulté ou leur combat ? Leur « pardon » est conditionnel et marchand : il n’arrive que lorsque le pécheur se rallie à eux. Sinon, rien. Ils ne font jamais le pas d’aimer le pécheur avant sa conversion. Or Jésus aime le pécheur au-delà des mérites et des preuves de repentance-conversion. Il n’attend pas, montre en main, que le pécheur se convertisse pour déjà l’accueillir, même si la réparation et la contrition compteront par la suite. Je vois sur les réseaux sociaux beaucoup de pharisiens pro-Vie accuser tout le monde (« les homos », « les avorteurs », « les communistes », « les féministes », « les antifas », « les gauchistes », « les ennemis de la Vie », etc.) en étant persuadés d’être malgré ça très charitables dans leur jugement (et beaucoup plus charitables qu’eux ! Un comble) sous prétexte que leur ouverture aux autres est conditionnée au changement et à la conversion de ces derniers (ouverture qui ne viendra jamais, d’ailleurs, car même quand la repentance finit par advenir, ils ne la voient même pas: rien finalement n’est trop beau que l’hypothèse qu’ils pardonnent), sous prétexte que « leur » Vérité prévaudrait sur la Charité (d’ailleurs, ils s’appuient souvent sur le « Va et ne pèche plus » de l’épisode biblique de la femme adultère pour justifier leur intransigeance et le « triomphe » de leur rigidité sur la Miséricorde). Le pardon conditionnel – que ces pharisiens prennent pour effectif, dans leur schizophrénie et hypocrisie monstrueuses – ne vaut rien, en réalité. L’Amour, le vrai, aime tout court, et sa seule condition, c’est l’accueil du Christ en croix. Quel mérite avons-nous à aimer uniquement celui qui se repent de ses fautes? Le véritable Amour est celui des ennemis et des pécheurs, pas celui des amis et de ceux qui pensent comme nous.