Code n° 175 : Vampirisme

Notice explicative :
Homosexualité et vampirisme : signes d’une même trop passion dévorante pour l’Amour.
Il est particulièrement fréquent que les films et les romans de vampire abordent la question de l’homosexualité. C’est étrange, et pourtant très logique. Le désir homosexuel étant par nature un désir de fusion avec l’être aimé, un élan né d’une dépréciation diabolisante de soi-même – diabolisation sublimée/camouflée par l’esthétique, par des intentions agressives de retour à la pureté (n’oublions que Dracula ne s’intéresse qu’aux hommes et aux femmes vierges !), il était logique qu’il trouve dans le vampirisme une de ses plus saillantes cristallisations.

N.B. : Voir également les codes "cannibalisme", "inceste", "fusion", "fantasmagorie de l’épouvante", "obèses anorexiques", et la partie « sang » du code "mariée", dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.
FICTION

Dans les fictions, le vampirisme est extrêmement lié à l’homosexualité : cf. le one-woman-show La Lesbienne invisible (2009) d’Océane Rose Marie (avec la grande dame déguisée en Draculette), la nouvelle Carmilla (1872) de Sheridan Le Fanu, le film « Carmilla » (1963) de J. Sheridan, le film « Carmilla » (1989) de Gabrielle Beaumont, le film « Nosferatu » (1922) de Friedrich Wilhelm Murnau, le film « Les Maîtresses de Dracula » (1960) de Terence Fisher, les films « Les Cicatrices de Dracula » (1960) et « The Vampire Lovers » (1970) de Roy Ward Baker, le vidéo-clip de la chanson « Ma Révolution » du groupe Cassandre, le film « Le Bal des vampires » (1967) de Roman Polanski, le film « Et mourir de plaisir » (1960) de Roger Vadim, le film « Dracula » (1992) de Francis Ford Coppola, le film « Persona » (1966) d’Ingmar Bergman, le film « Entretien avec un vampire » (1994) de Neil Jordan, le film « La Fille de Dracula » (1936) de Lambert Hillyer, le film « Mira Corpora » (2004) de Stéphane Marti, le film « La Tendresse des loups » (1973) d’Ulli Lommel, le film « Swashbuckler » (1976) de James Goldstone, le film « Les Prédateurs » (1983) de Tony Scott, le roman El Vampiro De La Colonia Roma (1981) de Luis Zapata, le film « Blacula » (1972) de William Crain, le film « Some Real Fangs » (2004) de Desiree Lim, la pièce Les Quatre Jumelles (1973) de Copi, le film « Du sang pour Dracula » (1972) de Paul Morrissey, le film « Los Abrazos Rotos » (« Étreintes brisées », 2009) de Pedro Almodóvar, le film « The Velvet Vampire » (1971) de Stephanie Rothman, le film « Les Lèvres rouges » (1971) d’Harry Kümel, le vidéo-clip de la chanson « Beyond My Control » de Mylène Farmer, le film « Bloody Mallory » (2001) de Julien Magnat, le roman Dracula (1897) de Bram Stoker, le film « Les Proies du vampire » (1957) de Fernando Méndez, le roman Lestat le Vampire (1988) d’Anne Rice, la pièce Los Amores criminales De Las Vampiras (1983) d’Hugo Argüelles, la pièce Confessions d’un vampire sud-africain : L’étrange histoire de Pretorius Malan (2008) de Jann Halexander (dans laquelle Prétorius tombe amoureux de Dracula), le film « Les Vampires » (1915) de Louis Feuillade, le film « Blood of Dracula » (1957) d’Herbert L. Strock, le film « La Danse macabre » (1964) d’Antonio Margheriti, le film « Les Sévices de Dracula » (1971) de John Hough, le film « Rage » (1976) de David Cronenberg, le film « Vampire Lovers » (1970) de Roy Ward Baker, le film « Lust For A Vampire » (1971) de Jimmy Sangster, le film « Comtesse Dracula » (1972) de Peter Sasdy, le film « Contes immoraux » (1973) de Walerian Borowczyk, le film « Vampyres » (1974) de Joseph Larraz, le film « Goodbye Gemini » (1970) d’Alan Gibson, le film « Une Messe pour Dracula » (1970) de Peter Sasdy, le film « Théâtre de sang » (1973) de Douglas Hickox, les films « Vampyros Lesbos » (1970) et « La Comtesse noire » (1973) de Jess Franco, le film « La Crypte du vampire » (1964) de Camillo Mastrocinque, le film « La Furie des vampires » (1972) de Leon Klimovsky, les films « La Vampire nue » (1969), « Le Viol du Vampire » (1967), « Le Frisson des vampires » (1970) de Jean Rollin, le film « Once Bitten » (1985) d’Howard Storm, le film « Leeches » (2003) de David DeCoteau, le film « Vampire… vous avez dit vampire ? » (1985) de Tom Hollan, le film « Étrange séduction » (1991) de Paul Schrader, le film « Scab » (2005) de Thomas Jason Davis, le film « Razor Blade Smile » (1998) de Jake West, le film « Bloodlust » (1995) de Jon Hewitt et Richard Wolstencroft, les séries nord-américaines Buffy contre les vampires et Torchwood, la chanson « Déclaration d’amour à un vampire » de Jann Halexander, le roman L’autre Dracula (2009) de Tony Mark, le film « Lesbian Vampire Killers » (2009) de Phil Claydon, le roman Boquitas Pintadas (Le plus beau tango du monde, 1969) de Manuel Puig, le film « The Rocky Horror Picture Show » (1975) de Jim Sharman (avec le personnage transsexuel du Dr Frank-N-Furter), etc.

Quelquefois, le héros homosexuel se définit lui-même (ou définit son amant) comme un vampire, généralement par contamination, ou suite à un processus de fusion : « Prétorius, j’ai fait de vous un vampire. » (Dracula à Prétorius, dans la pièce Confessions d’un vampire sud-africain (2011) de Jann Halexander) ; « Quand j’étais petite, mon frère […] me gavait de sucreries. Mais ces souvenirs-là ne me sont d’aucune utilité, c’est de Chloé dont je me nourris, je suis un vampire. » (Cécile parlant de sa compagne Chloé, dans le roman À ta place (2006) de Karine Reysset, p. 58) ; « On va mélanger le sang et la sauce ! » (Jean parlant des haricots, dans la pièce La Tour de la Défense (1974) de Copi ; « Avec sa bouche d’anthropophage rouge carrosserie, ses cheveux façon perruque en nylon du Crazy Horse, elle aurait pu jouer dans une parodie porno de films de vampires. […] » (Jason, le héros homosexuel décrivant la vénéneuse Varia Andreïevskaïa, dans le roman L’Hystéricon (2010) de Christophe Bigot, p. 56) ; « La semaine suivante, Varia est arrivée en cours avant le professeur Gritchov, et accompagnée d’une camarade que je n’avais jamais vue. C’était une brune très maquillée, habillée tout en similicuir. Elle avait l’air encore plus diabolique que Varia. […] Je les aurais tuées. » (idem, p. 58) ; « La nuit, Varia revenait me hanter. Je la voyais marcher vers moi, depuis l’extrémité d’un couloir interminable, percé de portes plus noires que des trappes, perchée sur ses talons qui perforaient le carrelage. Elle avançait, un fouet à la main, toute de blanc vêtue, la chevelure souple et ondoyante, les lèvres rouges et serrées. À quelques pas de moi, elle ouvrait sa bouche pour me sourire. Je découvrais alors des canines de vampire, maculées de sang. » (idem, p. 59) ; « Je voyais son cou à quelques centimètres de mon visage, car elle avait relevé ses cheveux. Au-dessus de son chemisier en satin noir, il était d’une blancheur vraiment immaculée. J’ai eu envie d’y planter les crocs. » (idem, p. 63)

Il arrive que les personnages homosexuels se mordent entre eux (cf. le code "cannibalisme" de mon Dictionnaire des Code homosexuels), et cherchent à se sucer. Par exemple, dans le film « Romeos » (2011) de Sabine Bernardi, Fabio fait un suçon à Lukas en boîte. Dans la pièce La Dernière Danse (2011) d’Olivier Schmidt, Jack, l’un des deux héros homosexuels, se décrit comme un « mec vampirisé » par son amant Paul.
En général, l’identification au vampire exprime chez le héros homosexuel une blessure d’amour, une errance désirante, une extériorisation excessive de soi, un (désir de) viol/mort : « Oh mon Dieu, je suis perdu ! Elvire, je suis devenu comment dire ! Un homme de nuit qui frotte les murs de Paris, pour autant dire un vampire. » (le personnage de Pédé dans la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi) ; « Je n’ai pas l’impression de jouer la comédie mais d’imiter une actrice de cinéma détestable, comment s’appelait-elle ? Elle ne jouait que dans les films de vampires. » (Vicky dans la pièce La Nuit de Madame Lucienne (1986) de Copi) ; « J’ai dans la bouche le goût du sang. Je bois du sang. Je lèche mes lèvres. » (Omar parlant de son rouge à lèvres Chanel qu’il applique sur la bouche, juste après avoir assassiné son amant Khalid, dans le roman Le Jour du Roi (2010) d’Abdellah Taïa, p. 181) ; « Tu vis par les autres. Tu vis en vampirisant les gens. » (Jack à Paul son amant, dans la pièce La Dernière Danse (2011) d’Olivier Schmidt)
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PARFOIS RÉALITÉ
La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :
Un nombre relatif de personnes homosexuelles se sent attiré par le vampirisme et les univers gothiques. Par exemple, pendant sa carrière, le chanteur bisexuel Jann Halexander se met régulièrement dans la peau d’un vampire (qu’il a baptisé Prétorius). Quant à Rostam Batmanglij, le chanteur principal du groupe Vampire Weekend, il est ouvertement gay.
Certaines s’identifient esthétiquement aux méchantes de dessins animés (cf. la comédie musicale Les Divas de l’obscur (2011) de Stephan Druet). Visuellement, il existe une proximité entre les personnes homosexuelles et le vampire, car le personnage de Dracula adopte en général un look androgyne (cf. les tenues de scène de Samuel Ganes ; Vampirella ou Cruela font l’unanimité quand il s’agit pour la population interlope de se déguiser à l’occasion d’un bal masqué ou d’Halloween).
Il arrive que les personnes homosexuelles se mordent entre elles (cf. le code "cannibalisme" de mon Dictionnaire des Code homosexuels), et cherchent à se sucer. Dans certains pays comme le Canada ou l’Espagne, le verbe « manger » signifie « baiser » dans le jargon homosexuel. Et dans le discours des personnes homosexuelles (et parfois dans leurs pratiques génitales), la succion occupe une place non négligeable (suçons, fellation, tendresse et gestes absorbants…).
Horace – « Je suis devenu vampire, dit-il en suçant le sang.
Luisito – Vampirella, tu veux dire, protesta Luisito en arrangeant le bandage qui entourait sa tête. »
(Alfredo Arias, Folies-Fantômes (1997), p. 215)
Même si les vampires, bien évidemment, n’existent pas dans la réalité concrète, ces derniers peuvent tout à fait renvoyer à une réalité désirante bien présente dans l’inconscient collectif homosexuel : « Il y a du vampirisme dans la manœuvre comme dans n’importe quelle manifestation du désir. » (Christian Giudicelli, Parloir (2002), p. 100)

Dans le mythe du vampire, on décèle des traits particulièrement marqués du désir homosexuel : le fantasme de la pureté souillée, le souhait de se prendre pour un ange asexué, de fusionner avec l’être aimé, d’être absorbé et violer par lui, la croyance d’être le diable (d’ailleurs, « Dracula » signifie « diable »), la captation du désir par une idole, l’impression d’être un maudit d’Amour. « Vous avez réussi à absorber ma vie entière. » (Oscar Wilde à son amant Lord Douglas, dans sa lettre De Profundis, écrite en 1897)
