Code n° 55 : Élève/Prof

Notice explicative :
Il est très fréquent dans les œuvres de fictions traitant d’homosexualité, que le personnage homosexuel (si c’est un élève) tombe amoureux de son professeur, ou qu’il charme (si c’est un professeur) son élève. Le désir d’union charnelle entre l’apprenant et son éducateur montre bien la nature incestuelle du désir homosexuel, nature qui peut parfois s’actualiser réellement.

Dans leurs œuvres et en désir, beaucoup de personnes homosexuelles cherchent à gommer la frontière entre maître et élève, par mépris/adulation de l’autorité, du service, et de la jeunesse. Leur passion des éducateurs n’est pas qu’une provocation ni un désir explicite de déshonorer la différence des générations. Elle est sincère. Dans leur cursus scolaire, les personnes homosexuelles se sont souvent senties très solidaires de leurs professeurs, au point d’être parfois taxées de « lèche-bottes » par l’ensemble de leur classe. Elles en sont même parfois tombées amoureuses. Et il arrive que certains enseignants, pris dans leurs élans de chaperonnage, aiment un élève en particulier plus que de raison
Le lien entre désir homosexuel et relation incestueuse élève/prof n’est pas souvent analysé par les membres de la communauté homosexuel, car il renvoie directement au thème épineux de la pédophilie (cf. je vous renvoie évidemment au code "pédophilie" de mon Dictionnaire des Codes homosexuels), et à l’immaturité violente de l’homosexualité.
Je précise par ailleurs que ce code n’invite en aucune façon à ce que les personnes homosexuelles soient tenues à l’écart des métiers de l’encadrement et de l’éducation de la jeunesse.
N.B. : Voir également les codes "frère, fils, père, amant, maître, Dieu", "inceste", "éternelle jeunesse", "infirmière", "pédophilie", "faux intellectuels", "Pygmalion", "doubles schizophréniques", "androgynie bouffon/tyran", "tomber amoureux des personnages de fiction ou du leader de la classe", "bovarysme", et "défense du tyran", dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.
FICTION
a) École, lieu de la découverte de l’homosexualité :
Souvent, le héros des fictions homo-érotiques est un personnage qui vit son initiation homosexuelle avec un autre de ses camarades de classe, dans le cadre scolaire : cf. le roman L’Amour comme on l’apprend à l’école hôtelière (2006) de Jacques Jouet, le film « Ma vraie vie à Rouen » (2002) d’Olivier Ducastel et Jacques Martineau, le film « Sancharram » (2004) de Licy J. Pullappally, le film « Get Real » (« Comme un garçon », 1998) de Simon Shore, le film « Thomas trébuche » (1998) de Pascal-Alex Vincent, le film « Prom Queen » (« La Reine du bal », 2004) de John L’Écuyer, le film « La Mala Educación » (« La Mauvaise Éducation », 2003) de Pedro Almodóvar, etc.
« Il paraît que c’est plein de pédés, les pensionnats. » (Antonin, l’un des héros homosexuels du film « J’ai tué ma mère » (2009) de Xavier Dolan) ; « Je lui montrais comment faire une explication pour le bac en français. On avait un groupement de textes tiré des Fleurs du mal. Quand je relisais avec lui ‘Parfum exotique’, j’avais des frissons des pieds à la tête. J’avais l’impression que ça parlait de lui, de nous. » (Mourad, l’un des personnages homosexuels, parlant d’Esteban, un camarade de classe, dans le roman L’Hystéricon (2010) de Christophe Bigot, p. 339)
b) Le prof homosexuel :

Mais il arrive aussi que le héros homosexuel soit membre du corps professoral : cf. le film « En 80 jours » (2010) de José Mari Goenaga et Jon Garaño (avec Maïté, la prof de piano lesbienne), la comédie musicale Hairspray (2011) de John Waters (avec la prof de basket lesbienne), la pièce Parfum d’intimité (2007) de Michel Tremblay (avec Jean-Marc, professeur de lettres homosexuel), le film « Jeffrey » (1995) de Christopher Ashley (avec Steve, le prof de gym), le roman Le Professeur (1930) de Jaroslaw Iwaszkiewicz, le film « The Children's Hour » (« La Rumeur », 1961) de William Wyler, etc.
Par exemple, dans le film « Cours privé » (1986) de Pierre Granier-Deferre, Jeanne Kern, la jeune et jolie prof, voit sa vie privée mise en cause par le biais de lettres anonymes puis des photos compromettantes diffusées dans l’établissement où elle enseigne. Dans la pièce La Mort vous remercie d’avoir choisi sa compagnie (2010) de Philippe Cassand, Xavier, le prof de gym de Thibault, devient son amant. Dans la série Les Filles d’à côté (1993-1995) de Jean-Luc Azoulay, Gérard, le prof de musculation de la salle de sport, est l’archétype de la grande folle.
Le milieu professoral est présenté comme un vivier homosexuel : « Y’en a beaucoup dans le corps enseignant. » (la mère de François, le héros homo, dans le one-man-show Hétéro-Kit (2011) de Yann Mercanton) ; « Madame, t’es gouine comme une dorade ! » (les élèves de la mère de François, idem) ; « Pour une fois qu’un prof de danse n’était pas pédé… » (Océane Rose-Marie dans son one-woman-show La Lesbienne invisible, 2009) ; « Berlot, le prof de sport, si soucieux de la propreté des corps qu’il vient jusqu’aux douches donner un coup de main aux plus lents. » (Vincent Garbo, le héros homosexuel du roman éponyme (2010) de Quentin Lamotta, p. 42) ; etc.
c) La liaison amoureuse entre l’élève et le prof :

D’abord, profs et élèves commencent à se flairer de loin… « Elle a mis ses bras autour de moi, la tête appuyée contre ma poitrine. Je lui ai caressé le dos et l’ai embrassée sur le front. Au loin, de l’autre côté de la cour, je voyais des institutrices et des rangées d’élèves dans leurs classes. Certaines fixaient le tableau ou leurs livres, d’autres nous observaient, Esti et moi, debout dans la cour. Je me suis tue. J’ai serré Esti contre moi et l’ai tenue comme ça, dans mes bras. » (Ronit, l’héroïne lesbienne parlant d’Esti, sa camarade de jeunesse, dans le roman La Désobéissance (2006) de Naomi Alderman, p. 253) ; « Stephen [l’héroïne lesbienne] choyait Mlle Duphot […]. C’était en vain que Mlle Duphot essayait d’être sévère, son élève trouvait toujours moyen de la séduire. » (Marguerite Radclyffe Hall, Le Puits de solitude (1928), p. 74) ; etc.
Puis c’est carrément l’histoire d’amour scolaire inter-générationnelle ! : cf. le film « Sapore Del Grano » (1986) de Gianni Da Campo (où un jeune professeur et un de ses élèves de 12 ans tombent amoureux), le film « Une Dernière Nuit au Mans » (2010) de Jeff Bonnenfant et Jann Halexander (avec le professeur de mathématiques particulier et son élève), le film « Mauvaises Fréquentations » (2000) d’Antonio Hens (avec Guillermo qui se fait sodomiser par l’étudiant qui est censé lui donner des cours particuliers), le roman Alcibiade, enfant à l’école (1651) d’Antonio Rocco, le roman Sexy (2007) de Joyce Carol Oats (avec la relation entre Darren et Mr Tracy), le film « A Single Man » (2009) de Tom Ford (avec la liaison à peine consommée entre George, prof de lettres à la fac, et son jeune élève Kenny), le roman Journal de Suzanne (1991) d’Hélène de Monferrand (avec la liaison entre Suzanne et son élève Erika), le roman Gaieté parisienne (1996) de Benoît Duteurtre (avec la liaison entre Pierrot et Nicolas, son prof de français), le film « Blood Of Dracula » (1957) d’Herbert L. Strock, le film « Ami/Amant » (1998) de Ventura Pons, la pièce Confidences (2008) de Florence Azémar, le film « Walk A Crooked Path » (1970) de John Brason, le film « Blue Jeans » (1976) d’Hugues Burin des Roziers, le film « Hot Spot » (1990) de Dennis Hopper, le film « The Servant » (1963) de Joseph Losey, le film « Un Élève doué » (1998) de Bryan Singer, le film « Picnic à Hanging Rock » (1975) de Peter Weir, le film « Whole New Thing » (2005) d’Amnon Buchbinder, le film « Only The Brave » (1994) d’Ana Kokkinos, le film « Allemagne année zéro » (1948) de Roberto Rossellini, le film « Emporte-moi » (1998) de Léa Pool, le film « Beonjijeonpeureul Hada » (2000) de Kim Dae-seung, le roman La Mort à Venise (1912) de Thomas Mann, le film « Le Jardin des délices » (1967) de Silvano Agosti, le roman Corydon (1924) d’André Gide, le roman Julia (1970) d’Ana Maria Moix, le film « Eden’s Curve » (2003) d’Anne Misawa, le film « Good Will Hunting » (1997) de Gus Van Sant (avec la relation très proche entre le prof de mathématiques M. Lambeau et Will, un petit génie sans le sou, qu’il prend sous son aile), le film « My Fair Lady » (1964) de George Cukor (revisitant le mythe du Pygmalion), le film « Almost Normal » (2005) de Marc Moody (avec la liaison entre Steven et le professeur Brad Jenkins), le film « Araignée de satin » (1985) de Jacques Baratier, le film « À cause d’un garçon » (2001) de Fabrice Cazeneuve (avec Vincent et son prof de littérature, tous deux homosexuels), le film « Cercle intime » (2001) de Samantha Lang, le film « Le Conformiste » (1970) de Bernardo Bertolucci, le film « Jeunes filles en uniforme » (1931) de Léontine Sagan et Karl Froelich (avec la liaison entre Manuela et Mademoiselle de Bernburg), le film « Olivia » (1950) de Jacqueline Audry, le roman Pasión Y Muerte Del Cura Deusto (1924) d’Augusto d’Halmar, le roman L’Élève (1891) d’Henry James, le film « Autre que les autres » (1919) de Richard Oswald, le film « Zéro de conduite » (1933) de Jean Vigo, le film « Olivia » (1950) de Jacqueline Audry (avec la liaison entre Mademoiselle Julie et Cara), le film « Holy Matrimony » (1943) de John M. Stahl, le film « La Vie en jeu » (1972) de Gianfranco Mingozzi, le film « Solamente Nero » (1978) d’Antonio Bido, le film « Giornata Nera Per L’Ariete » (1971) de Luigi Bazzoni, le film « Frontière chinoise » (1965) de John Ford, le film « The Getting Of Wisdom » (1978) de Bruce Beresford, le film « Fighting Tommy Riley » (2005) d’Eddie O’Flaherty, le film « Loving Annabelle » (2006) de Katherine Brooks, le film « Showboy » (2002) de Christian Taylor et Lindy Heyman, le film « A Strange Love Affair » (1985) d’Éric De Kuyper et Paul Verstraten, le film « Le Maître de musique » (1988) de Gérard Corbiau, le film « Les Lunettes d’or » (1987) de Giuliano Montaldo, le film « Liv Og Dod » (« Vie ou mort », 1980) de Svend Wam et Peter Vennerod, le film « Gutten Som Kunne Fly » (1993) de Svend Wam, le roman Un Garçon parfait (2008) d’Alain Claude Sulzer, le film « History Boys » (2005) de Nicholas Hytner, etc.
On ne sait pas trop qui, de l’élève ou du prof, a commencé le jeu amoureux. Par exemple, dans le film « La Robe du soir » (2010) de Myriam Aziza, Mme Solenska, dont la jeune Juliette tombe amoureuse, est le stéréotype de la femme libérée : elle est prof de français, chante en cours, est habillée légèrement et en tenue moulante, se la joue jeune (elle mange à la cantine avec ses élèves de 3e), se maquille, a des vêtements colorés, parle « sexe » et « ménopause » en cours, fait les cours dehors quand il fait beau. Étant jeune, elle excellait en danse et était la préférée de sa prof de danse. On a l’impression que l’enseignante tout comme son élève ont vécu la même histoire d’amour passionnelle.
d) Transgression plutôt à l’initiative du prof :

Parfois, l’acte homosexuel élève/prof naît sous l’impulsion de l’enseignant vers son jeune apprenti : « Je pensai à mon séjour au pensionnat et à une conversation surprise entre deux grandes. L’une racontait à l’autre que la surveillante l’avait entraînée dans son lit pour faire des choses qu’il ne fallait dévoiler à personne. » (Alexandra, la narratrice lesbienne du roman Les Carnets d’Alexandra (2010) de Dominique Simon, p. 224) ; « Madame Simpson, j’aime votre fille ! » (Madame Garbo, prof de piano parlant Irina, son élève, à la mère de celle-ci, dans la pièce L’Homosexuel ou la difficulté de s’exprimer (1972) de Copi) ; etc. Par exemple, le roman A Glance Away (1961) de John Edgar Wideman entrelace les monologues intérieurs d’un ex-drogué noir et d’un professeur de littérature blanc et homosexuel. Dans la pièce Chroniques des temps de Sida (2009) de Bruno Dairou, un prof viole son élève. Dans le film « Food Of Love » (2002) de Ventura Pons, Richard, un célèbre pianiste, tombe amoureux de son jeune et talentueux élève, Paul. Dans le sketch « Club 69 » d’Élie Sémoun, le gérant des établissements 69 raconte qu’il a été dépucelé par son professeur de français, « Madame Bernard ».
e) Transgression plutôt à l’initiative de l’élève :
Mais il ne faut pas croire que l’élan amoureux prof/élève n’est qu’une initiative pédophile. Bien souvent, c’est l’élève qui drague son professeur et tresse des scenari amoureux/incestueux avec lui : cf. la nouvelle Le Sac de Mlle Godfroy de Violette Leduc, le roman Le Dragueur de Dieu (1981) de Conrad Detrez, etc.

« Premier choc, donc, mon prof d’éco, M. Dambrières. Un blond aux yeux marrons, âgé d’environ trente-cinq ans. […] Pour ne pas le décevoir, je travaillais comme un fou et j’avais presque toujours les meilleures notes. » (Mourad, l’un des deux héros homosexuels du roman L’Hystéricon (2010) de Christophe Bigot, p. 338) ; « Je travaillerais beaucoup plus parce que je ne voudrais pas la décevoir. Je ne pensais à rien d’autre, vingt-quatre heures sur vingt-quatre, sinon à avoir des aventures. » (Anamika, l’héroïne lesbienne parlant de sa prof Mrs Pillai, dans le roman Babyji (2005) d’Abha Dawesar, p. 226) ; « Tanguy était premier en tout, mais tenait à obtenir des notes très élevées, car il savait que cela faisait plaisir au Père Pardo et il aurait fait n’importe quoi pour lui faire plaisir. » (Michel del Castillo, Tanguy (1957), p. 199) ; etc.
Par exemple, dans le film « Como Esquecer » (« Comment t’oublier ? », 2010) de Malu de Martino, Carmen, étudiante, « chauffe à fond » sa prof de littérature à la fac, Julia, lesbienne aussi. Dans le film « James » (2008) de Connor Clements, le jeune James tombe amoureux de son professeur M. Sutherland. Dans la comédie musicale Encore un tour de pédalos (2011) d’Alain Marcel, l’un des personnages dit avoir découvert précocement son homosexualité en tombant amoureux de son professeur des écoles. Dans le film « Le Jupon rouge » (1986) de Geneviève Lefebvre, Claude confie qu’à 14 ans, elle était folle amoureuse de sa professeure d’anglais. Dans le film d’animation « Piano Forest » (2009) de Masayuki Kojima, Shûhei est troublé par son prof de piano, Ajino. Dans le film « Ausente » (« Absent », 2011) de Marco Berger, Sebastián, un élève en cours de natation, se méprend sur les intentions pourtant gratuitement altruistes de son prof qui l’héberge chez lui pour une nuit. Dans le roman La Confusion des sentiments (1928) de Stefan Zweig, Roland, jeune étudiant de 19 ans, voue une admiration frisant l’idolâtrie pour son vieux professeur de philologie. Dans le roman N’oubliez pas de vivre (2004) de Thibaut de Saint Pol, le narrateur en hypokhâgne tombe sous le charme de son athlétique professeur de mathématiques. Dans le film « Another Gay Movie » (2006) de Todd Stephens, Andy est amoureux de son prof M. Puckov (avec qui il finira par faire des séances SM). Dans le film « Ma vraie vie à Rouen » (2002) d’Olivier Ducastel et Jacques Martineau, Étienne filme en cachette son beau prof d’histoire-géo, Laurent (qui sera finalement son futur beau-père).
Il existe parfois un rapport ambigu, passionnel, fusionnel, fanatique, d’adoration/concurrence, entre le monde de l’adolescence scolaire et le monde enseignant. On le voit bien dans « la colère contre le Corps Enseignant » (p. 74) qu’exprime par exemple le personnage homosexuel de Vincent Garbo dans le roman éponyme (2010) de Quentin Lamotta (les profs sont décrits comme « des monstres géants difformes »). Le prof est chargé de tellement d’espoirs inappropriés qu’il finit par décevoir.
La relation élève/prof tourne au vinaigre. Par exemple, dans le film « Je te mangerais » (2009) de Sophie Laloy, Marie, prof de piano au conservatoire de Lyon, vit une passion dévorante avec Emma, jeune étudiante en médecine, qui lui « bouffera la vie ». Dans le film « Les Voleurs » (1996) d’André Téchiné, Marie, prof de lettres à la fac, ne pourra pas empêcher la tentative de suicide de son élève et amante Juliette.
f) La transposition du couple élève/prof dans le couple homosexuel :
Le fantasme incestuel du schéma amoureux élève/prof peut également être partagé entre les deux amants du même âge, pourtant en dehors de tout contexte scolaire. Le couple homosexuel joue « au papa et à la maman », ou plutôt « à l’élève et au maître » : « T’es le maître et je suis l’élève. » (Jack à son amant Paul, dans la pièce La Dernière Danse (2011) d’Olivier Schmidt) ; « Kévin avait raison, nous fîmes plein de choses ensemble. À commencer par la peinture, nous y consacrions tous nos mercredis après-midi… puis tous nos week-ends… puis n’importe quand ! C’était un fabuleux prétexte pour nous retrouver. Comme promis, il fut très patient même si, au début, il prenait un peu trop au sérieux son rôle de professeur. Je n’en avais jamais eu d’aussi beau. Pour la première fois de ma vie, j’étais amoureux de mon prof. » (Bryan, le héros homosexuel du roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, p. 82) ; etc. Par exemple, dans la pièce En ballotage (2012) de Benoît Masocco, Georges est prof de français ; lui et Édouard, son amant, se sont rencontrés pour la première fois lors d’une conférence de Georges sur la montée du néo-nazisme en Europe occidentale. Dans le roman La Désobéissance (2006) de Naomi Alderman, Esti, l’une des deux héroïnes lesbiennes, tombe l’espace d’un instant sous le charme d’une jeune prof d’histoire : « Elle voulait saisir le bras de mademoiselle Schnitzler, l’attirer et la serrer contre elle. » (p. 82)
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PARFOIS RÉALITÉ
La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :
a) École, lieu de la découverte de l’homosexualité :
En écoutant les personnes homosexuelles, on entend souvent que l’école, le collège, ou le lycée, ont été le théâtre de leurs premiers émois amoureux, de leurs premières expériences homosensuelles voire homosexuelles. Je vous renvoie au chapitre sur les « espaces clos » dans le code "prison" de mon Dictionnaire des Codes homosexuels.
b) Le prof homosexuel :
Beaucoup de personnalités homosexuelles ont exercé ou exercent le métier de prof : Paul Verlaine, Michel Foucault, Jean Le Bitoux, Jean-Louis Bory, etc. Par exemple, dans le documentaire « Ma Vie (séro)positive » (2012) de Florence Reynel, Vincent, 28 ans, homosexuel, rêve de devenir prof d’histoire.

J’ai rencontré au sein de l’Éducation Nationale beaucoup de professeurs hommes homosexuels (peut-être est-ce dû à la forte féminisation actuelle du métier de prof ?), mais aussi de nombreuses professeures lesbiennes. D’ailleurs, il existe des associations LGBT regroupant le personnel enseignant et éducatif (par exemple, CLEF en France)… mais elles ont du mal à se faire un nom ou à durer. L’amalgame entre pédophilie et éducation est tellement craint, l’homosexualité tellement mal pratiquée par les enseignants homosexuels, que le désir homosexuel a du mal à s’afficher ouvertement, devient un secret de polichinelle. Je ne crois pas que la raison n°1 de l’invisibilité homosexuelle dans le monde de l’éducation soit d’abord l’âge des élèves, ni même la gêne sociale par rapport au thème de l’homosexualité. Elle me semble être plutôt le fruit de l’homophobie des personnes homosexuelles envers elles-mêmes, homophobie qui se traduit par une homosexualité pratiquée.
c) La liaison amoureuse entre l’élève et le prof :
D’abord, profs et élèves commencent à se flairer de loin… : « Ce n’est un secret pour personne que, quelle que soit l’honnêteté et la vigilance des surveillants, les pensionnaires des collèges, les internes des lycées, les novices des couvents, dans un besoin inné d’affection, sont portés les uns vers les autres par des intimités presque toujours particulières. […] Très souvent, avant, ou après la contamination des élèves, il y a celle des maîtres. » (Jean-Louis Chardans, Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970), p. 269)
Puis c’est carrément l’histoire d’amour scolaire inter-générationnelle ! Par exemple, dans l’essai Folies-Fantômes (1997) d’Alfredo Arias, le prof d’art dramatique et l’élève le plus macho du lycée militaire sortent ensemble.
On ne sait pas trop qui, de l’élève ou du prof, a commencé le jeu amoureux. Sûrement les deux. Certaines personnes homosexuelles ont eu une relation privilégiée avec un professeur en particulier : James Dean et le révérend James A. Deweerd, Luis Cernuda et le père López, Violette Leduc et sa prof de musique Herminone, etc. Par exemple, la romancière lesbienne nord-américaine Carson McCullers tomba amoureuse de sa prof de piano Marie Tucker.
d) Transgression plutôt à l’initiative du prof :
Parfois, l’acte homosexuel naît sous l’impulsion de l’enseignant vers son jeune apprenti. Certaines personnes homosexuelles exerçant le métier de prof se sentent mises en dangers par leurs penchants homosexuels, qui les exposent à briser la différence des générations, ou bien à faire chaque année l’expérience angoissante du fossé grandissant qui les éloigne des objets de leur fantasme homosexuel (qui, eux, ne changent pas d’âge ! c’est ça le pire pour un prof qui enseigne toujours au même niveau !) : « J’ai enseigné pendant quatre ans à des adolescents et aucun ne m’a appelé au secours. Ensuite, j’ai été nommée en École Normale où tous mes élèves étaient majeurs. Mais je me suis souvent demandé ce que j’aurais fait si j’avais été sollicitée par des collégiens ou des lycéens à la dérive, voire désespérés. » (Paula Dumont, Mauvais Genre (2009), p. 97)
e) Transgression plutôt à l’initiative de l’élève :
Mais il ne faut pas croire que l’élan amoureux prof/élève n’est qu’une initiative pédophile. Bien souvent, c’est l’élève qui drague son professeur et tresse des scenari amoureux/incestueux avec l’adulte : « J’avais six, sept ans. Je sentais que je n’étais pas comme les autres, que j’aimais mes maîtresses. » (Anne, témoin lesbienne citée dans l’essai L’Homosexualité dans tous ses états (2007) de Pierre Verdrager, p. 283) ; « Ce fut vraisemblablement en deuxième – j’avais alors quatorze ans – que je remarquai, un jour, un professeur qui avait omis de mettre son pantalon en ordre. Pendant toute la durée du cours, comme captivé, je regardai cet endroit et j’en vins, pour la première fois, à la triste conscience de ma vie sexuelle. Dès ce jour, j’observai ce professeur qui m’attirait par son regard très doux, sa voix, son charme, bien que je n’en fusse pas aimé. » (Jean-Luc, 27 ans et homosexuel, dans l’essai Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970) de Jean-Louis Chardans, p. 78) ; « Quelle lesbienne ne se souvient pas avoir été (au moins un peu) amoureuse d’une de ses profs ? » (Anne Delabre, Le Cinéma français et l’homosexualité (2008), p. 190) ; « Je redoutais la sonnerie qui annonçait l’heure de la récréation. Alors que tout le monde dévalait l’escalier en courant, je traînais, j’hésitais à quitter la classe et la proximité des maîtres. » (Christophe Tison, Il m’aimait (2004), p. 35)
Par exemple, dans son autobiographie Mauvais Genre (2009), l’essayiste lesbienne Paula Dumont, encore écolière, raconte comme elle est tombée amoureuse de sa maîtresse, mademoiselle Levreau, âgée de 20 ans : « Est-il besoin d’écrire que j’en tombe aussitôt éperdument amoureuse ? Et qu’on ne vienne pas m’objecter qu’à sept ans, les enfants ne savent rien de l’amour. […] J’avais trouvé à l’école une mère de substitution. » (pp. 43-45)
Pour ma part, si mes souvenirs sont bons, je n’ai jamais été amoureux ou attiré sexuellement par un instituteur ou un prof (sauf peut-être mon beau professeur de maths de 5e, Monsieur Mérand, le parfait père de famille…). En revanche, il est certain que pendant toute ma scolarité – un peu moins en fac –, j’avais tout du parfait élève, soucieux de plaire à ses professeurs, et de leur rendre la classe agréable, quitte à se mettre à dos tous les élèves un peu perturbateurs de ma classe. Je ne sais pas si c’est le fait d’avoir eu des parents profs tous les deux, mais d’office, très jeune, je me mettais spontanément du côté des profs. Tout petit déjà, je considérais mes maîtresses comme des mamans de substitution. Et les récréations en collège ou en lycée, je préférais les passer avec mes profs que sur la cour d’école. À l’âge adulte, j’ai plus ou moins « choisi » d’être professeur d’espagnol (comme mon papa !)… Suis-je tombé une fois amoureux d’un élève ? Jamais. J’ai la chance de ne jamais avoir été tenté de séduire mes élèves tout simplement parce que physiquement, je ne suis attiré que par des hommes avec des poils, donc ayant minimum 25-30 ans (d’ailleurs, je plains mes collègues qui sont attirés sexuellement par les jeunes éphèbes, car ça existe). Moi, je serais tenté de citer le romancier français Jean-Louis Bory, professeur de lettres, qui coupait court aux rumeurs de pédophilie, en disant que si, dans le cadre de son métier, les seules personnes qui pouvaient craindre ses avances, ce n’était pas ses élèves… mais les papas de ses élèves !
f) La transposition du couple élève/prof dans le couple homosexuel :
Beaucoup d’artistes homosexuels aiment rentrer dans la peau d’un professeur, et jouer à la « mécresse », pour eux-mêmes, ou avec leurs amants : cf. le one-man-show Raphaël Beaumont vous invite à ses funérailles (2011) de Raphaël Beaumont (avec la scène du prof faisant une visite de cimetière à sa classe de collégiens), le one-man-show Petit cours d’éducation sexuelle (2009) de Samuel Ganes (où un professeur d’éducation sexuelle très efféminé enseignant la vie à son public pendant tout le spectacle), les fameux sketchs d’Élie Kakou en prof d’anglais, etc. Et les humoristes qui ont interprété des profs sont parfois devenues icônes gay : pensez à Julie Ferrier, Sophie Forte, entre autres.
Et quand le binôme élève/prof se transpose dans les couples homosexuels réels, cela donne souvent des mises en scène d’infantilisation qui font pitié à voir…