Code n° 11 : Animaux empaillés
(bestiaires/homme-animal)

Notice interprétative :
J'ouvre ici le dossier surprenant des animaux empaillés et des taxidermistes dans les créations artistiques parlant d'homosexualité. Comment se fait-il qu'on en voit autant dans les films et les romans ? Y a-t-il un lien entre homosexualité et animalité, ce lien qui fait tant peur à la communauté homosexuelle - puisque le spectre de la zoophilie refait surface -, mais auquel elle tient beaucoup parce qu'elle cherche à prouver que le désir homosexuel est naturel et que l'amour homo est bon, instinctif, évident ?
Ce qui est sûr, c'est que le fait de vouloir figer ainsi Mère-Nature pour s’en rendre créateur, comme le fait le taxidermiste avec ses animaux morts, c'est un projet osé, qui n’apparaît pas d’emblée comme particulièrement scandaleux ou violent aux yeux de celui qui l’entreprend. En effet, par l’art, l’audiovisuel, les progrès techniques, et les bonnes intentions, on croit magnifier la Nature, L’immortaliser, Lui donner un second souffle, en Lui enlevant de surcroît ses aspérités et ses finitudes. Ceci n’est vrai que sur le terrain des intentions, car concrètement parlant, il se trouve qu’en La réifiant, on La dévitalise vraiment, on La tue. Mettez la Nature sous verre ou en cage, et Elle meurt de ne pas être libre. Nous ne sommes que des créatures et non Créateur. Comme nous n’avons pas ce pouvoir divin d’insuffler la vie aux êtres vivants, notre entreprise de possession de la Nature se révèle bien souvent désastreuse et monstrueuse. Il n’y a qu’à se fier aux visages grimaçants et effrayants (dignes des plus célèbres films d’épouvante !) qu’affichent les animaux empaillés du taxidermiste des fictions homosexuelles, pour en avoir la confirmation ! Il n’y a qu’à voir l’effet refroidissant et déshumanisant des animalisations d’êtres humains, pour comprendre que c’est quand l’Homme rejoint l’animal qu’il devient le plus inconsciemment machinal et violent.
N.B. : Voir également « plus que naturel », jardins synthétiques, chiens, chat, aigle noir, araignée, taureau, poupées, clown et masques blancs, ennemi de la Nature, et fantasmagorie de l’épouvante, dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.
FICTION
a) Le taxidermiste homosexuel est un personnage habituel des fictions homo-érotiques :

On retrouve des taxidermistes ou des animaux empaillés dans le film « Exotica » (1994) d’Atom Egoyan, les films « Psychose » (1960), « L’Homme qui en savait trop » (1955), et « Les Oiseaux » (1963) d’Alfred Hitchcock, la pièce Jerk (2008) de Dennis Cooper, le film « L’Étrange Monsieur Peppino » (2003) de Matteo Garrone, la chanson « Tigre de Porcelaine » de Jean Guidoni, la pièce La Ménagerie de Verre (1944) de Tennessee Williams, la chanson « Des Gens stricts » du groupe Animo (où la discothèque ressemble à un Muséum d’Histoire Naturelle), la pièce Chroniques d’un Homo ordinaire (2008) de Yann Galodé (avec le moineau statufié), le vidéo-clip de la chanson « Sobreviveré » de Mónica Naranjo, le film « Le Génie du Mal » (1959) de Richard Fleischer, la pièce String Paradise (2008) de Patrick Hernandez et Marie-Laetitia Bettencourt, le film « Insatisfaites Poupées érotiques du Professeur Hitchcock » (1971) de Fernando Di Leo, le film « Cher Disparu » (1965) de Tony Richardson (avec l’embaumeur), le film « Sex Revelations » (2000) de Jane Anderson (avec la passion du couple lesbien pour les oiseaux), le téléfilm « Marie Besnard, l’Empoisonneuse » (2006) de Christian Faure (avec Monsieur Leclerc et son salon rempli d’animaux empaillés), la pochette de l’album Bijoux et Babioles de la chanteuse Juliette, la pièce Les Fugueuses (2007) de Pierre Palmade et Christophe Duthuron (avec le chien empaillé), le roman Deux Femmes (1975) d’Harry Muslisch (avec la chouette-bijou), le film « Hush ! » (2002) de Ryosuke Hashiguchi (avec le coiffeur animalier homo), le film « Un Autre homme » (2008) de Lionel Baier (avec le renard mort tué par François), le film « Harvey Milk » (2009) de Gus Van Sant (avec la passion pour les oiseaux et les chats), le film « Les Biches » (1967) de Claude Chabrol (Jacqueline Sassard dessine des biches sur le Pont des Arts), le film « Hôtel Woodstock » (2009) d’Ang Lee (avec la biche en bois), le film « Dans le village » (2009) de Patricia Godal (avec les cochons sauvages), le roman Le Puits de Solitude (1928) de Marguerite Radclyffe Hall (avec le renard empaillé du Colonel Antrim, ainsi que l’énorme peau d’ours polaire surplombée d’une tête empaillée appartenant à Stephen), la pièce Les Oiseaux (2010) d’Alfredo Arias, le concert Le Cirque des Mirages (2009) de Yanowski et Fred Parker (avec le Dr Lebrun, taxidermiste), etc.
Dans la pièce « Copains navrants » (2011) de Patrick Hernandez, Grégoire, le cousin homosexuel de Vivien vivant à la campagne, est taxidermiste : « Il empaille les animaux. Il a toutes sortes de bêtes dans sa maison » explique Vivien. Il est suspecté d’être un « Rural Killer » par Stéphane, un des amis homos de Vivien. Dans le film « Serial Mother » (1994) de John Waters, Madame Sutphin est fanatique des oiseaux et lit des ouvrages ornithologiques. Dans la comédie musicale La Nuit d’Elliot Fall (2010) de Vincent Daenen, la grande folle cruelle, le Baron Lovejoy, vit entouré de ses « camarades empaillés ». Théron est collectionneur d’oiseaux dans le film « Celui par qui le scandale arrive » (1960) de Vincente Minnelli. Dans la pièce Le Clan des Divorcées (2008) d’Alil Vardar, Brigitte, l’homme travesti, parle d’empailler des hommes. Dans la pièce Coming out (2007) de Patrick Hernandez, Jeannot affirme que « Les Oiseaux » d’Hitchcock est son film préféré. Brian, dans le film « Mysterious Skin » (2004) de Gregg Araki, se retrouve face au cadavre pétrifié d’une vache morte. Dans le film « Prisonnier » (2004) d’Étienne Faure, la maison de Julien est remplie d’oiseaux empaillés. Dans le roman Deux Femmes (1975) d’Harry Muslisch, Laura et Sylvia décident d’aller au zoo exprès pour « se prendre en photo avec les animaux » (p. 43) : Laura choisit les oiseaux ; Sylvia, les reptiles. Dans le one-woman-show Vierge et rebelle (2008) de Camille Broquet, Camille, l’héroïne lesbienne, « a l’impression d’être un oiseau ivre ou mort ». Dans le one-man-show Entre Fous Émois (2008) de Gilles Tourman, Jarry ne se remet pas de la mort son animal de compagnie : « J’ai retrouvé Canardo sur le buffet du salon. Il avait été empaillé ! » Dans le roman À ta Place (2006), Cécile, l’héroïne lesbienne, a, elle aussi, une drôle de surprise quand elle revient dans la domicile familial : « Je retournais de temps en temps chez mes parents, ils essayaient de rattraper les choses. La perruche morte, ils avaient acheté des oiseaux postiches, de cire et de plumes, c’était macabre. » (p. 78) Dans le spectacle La Folle Parenthèse (2008) de Liane Foly, c’est précisément au moment où la figure de Jeanne Moreau tient une conversation avec son ami homosexuel Pedro qu’elle lui parle de taxidermie : « Pedro, qu’en pensez-vous ? Je vais me faire empailler. » Dans le roman Le Crabaudeur (2000) de Quentin Lamotta, le jeune narrateur fait un drôle de cauchemar : « Une fois, j’ai réveillé tout le monde tellement j’ai crié fort. Je me rappelle que c’était à cause d’une pluie d’oiseaux morts qui tombaient sur moi. » (p. 14) Dans le film « New-York City Inferno » (1978) de Jacques Scandelari, Paul se rend chez un amant un peu marabou, possédant chez lui des animaux empaillés, des têtes de sanglier, de cerf, d’oiseaux inquiétants.
Appliqués au couple homo, les animaux empaillés peuvent signifier deux choses : d’une part, le désir de fusion et de possession de l’autre (… qui se traduira souvent par une infidélité entre partenaires) : « Exactement comme les chats portent leurs chatons, tu t’occupes de moi comme un animal de compagnie » (Judy Minx dans son one-woman-show au 3e Festigay au Théâtre Côté Cour en avril 2009) ; « Il [Adrien] considérait la fidélité sous un jour nouveau. La sexualité masculine conservait toujours quelque chose d’animal. Ni la tendresse ni l’amour – ce que transmettent les femmes – ne parvenaient totalement à dompter la puissance d’un désir brut, primitif, captivant. Ce désir de pénétrer et d’envahir la différence de l’autre ; de ne pas laisser la proie s’échapper. Car c’est elle, la proie, qui donne l’impression d’exister mieux. Elle est comme une extension de soi, un poids ajouté au sien. Certains ont le goût de l’argent, d’autres du pouvoir et d’autres encore de conquérir les corps et parfois les âmes avec. » (Hugues Pouyé, Par d’autres chemins, Éd. L’Harmattan, Paris, 2009, p. 51) ; et d’autre part, la bestialité dans les rapports charnels : « C’est un masochiste anal ! Il baise comme un animal ! » (Mimi en parlant de Pédé dans la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi)

L’animal empaillé est cet amant que le personnage homosexuel fait parler, sur qui il projette ses fantasmes amoureux les plus narcissiques, les plus réifiants : « Stephen commençait à s’abandonner à des rêveries kaléidoscopiques […]. Des chiens de porcelaine… Il y a, chez Langley, de jolis chiens de porcelaine… Cela fait penser à quelqu’un… oh, oui, à Collins, naturellement. » (Stephen la lesbienne parlant de sa nourrice Collins, dans le roman Le Puits de Solitude (1928) de Marguerite Radclyffe Hall, p. 47) ; « Quand je l’ai vu dans sa cage à l’animalerie, j’ai eu envie de le rendre heureux. Ce qui m’a le plus retourné, c’était son regard de mendiant. Il avait l’air tellement triste… Il était immobile. Il n’aboyait pas mais il me suppliait. Enfin, c’est ce que j’ai cru. » (Bryan en parlant de son chien Nicky, dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, p. 68) D’ailleurs, quelques pages plus loin, Bryan dira cette fois à son amant humain Kévin : « Tu es irréel et moi animal. » (p. 212)
Les animaux empaillés – mais ce que je vais dire est une évidence – indiquent également que le désir homosexuel est un élan infantilisant/puéril. Il est fréquent dans les œuvres homosexuelles que les héros parlent à leur peluche comme si elle était leur amoureux (comme Steevy avec son Bourriquet !) : c. f. la chanson « Parler tout bas » d’Alizée (« Je voudrais dire, pas pour de rire, même si c’est con, ‘Je l’aime lui.’ »), le vidéo-clip de la chanson « Je suis gay » de Samy Messaoud, etc. Ils symbolisent à mon sens le désir d’être objet. Par exemple, dans la nouvelle « La Carapace » d’Essobal Lenoir (publiée dans le recueil Le Mariage de Bertrand, 2010), le protagoniste homo rêve d’un vieillard qui le fixe du regard comme s’il faisait partie d’une collection d’animaux empaillés : « La nuit, je m’imaginais hypnotisé, épinglé dans ses collections, entre un papillon et une mygale. » (p. 14)

b) Les animaux sont mis sous verre dans un musée, ou exposés sous forme de bestiaire dans la collection du personnage homosexuel :
Même si cela peut paraître très étonnant, il est souvent question de bestiaires et d’animaleries quand le sujet de l’homosexualité est traité dans les fictions. Pensez au roman Les Bestiaires (1926) d’Henri de Montherlant, au film « Zoolander » (2003) de Ben Stiller, au film « Toto Che Visse Due Volte » de Daniele Cipri et Francesco Maresto (« Toto qui vécut deux fois », 1998) (où zoophilie et homosexualité se marient sans problème), à la pièce The Zoo Story (1958) d’Edward Franklin Albee, au film « Jin Nian Xia Tian » (« Fish and Elephant », 2001) de Yu Li (avec la gardienne du Zoo de Pékin), au film « Garçon stupide » (2003) de Lionel Baier (qui débute au Muséum d’Histoire Naturelle), au film « Zéro Patience » (1993) de John Greyson (toujours avec le Muséum d’Histoire Naturelle), à l’opéra Le Carnaval des Animaux (1886) de Camille Saint-Saëns, à la pièce L’Autre Monde, ou les États et Empires de la Lune (vers 1650) de Savinien de Cyrano de Bergerac, au roman Le Livre de la Jungle (1894) de Rudyard Kipling, au film « Je t’aime toi » (2004) d’Olga Stolpovskay et Dmitry Troitsky (l’un des héros homos travaille au zoo), à la pochette de l’album Histoires naturelles (2005) de Nolwenn Leroy, à la pochette de l’album Ersatz (2008) de Julien Doré, à la pièce Animales feroces (1963) d’Isaac Chocrón, au film « Je suis curieuse » (1967) de Vilgot Sjöman, au film « Animal Factory » (2000) de Steve Buscemi, au film « Les Minets sauvages » (1984) de Jean-Daniel Cadinot, à la chanson « Jesus is gay » de Gaël (où le « milieu homo » est baptisé de « l’Arche Delanoë »), etc.
On retrouve les bestiaires dans les créations de Léonard de Vinci, Vladimir Maïakovski, Copi, Alfred Hitchcock, Mylène Farmer, Néstor Perlongher, Colette, Salvador Dalí, Jean de La Fontaine, Jean-Luc Hennig, etc. Beaucoup de personnages homosexuels se présentent comme les amis des bêtes (pas toujours vivantes, d’ailleurs !) : « J’adore tous les oiseaux. » (Océane Rose Marie dans son one-woman-show La Lesbienne invisible, 2009) ; « J’aime les gens qui aiment les bêtes. Sans mes loups, je ne me sentirais pas tout à fait humain, juste un peu ado, juste un peu stupide. Les animaux te poussent sans cesse à s’interroger sur la joie, la simplicité, la fidélité, les inégalités, la dépendance. » (Chris à Ernest dans le roman La Synthèse du camphre (2010) d’Arthur Dreyfus, p. 134) Dans la pièce Psy Cause(s) (2011) de Josiane Pinson, Jeanne avoue avoir rêvé de « coït avec les animaux du zoo » : le lion et l’éléphant la « font jouir » (je cite).
Concernant la zoophilie à proprement parler, elle fait l’objet d’une étude encore plus approfondie de ma part dans le code "Chiens" du Dictionnaire des Codes homosexuels.

Je m’attarderai un peu plus sur un artiste homosexuel que je connais bien et qui nous donne les bonnes clés de la signification des bestiaires homosexuels : le dessinateur Copi. Pour moi, il est le Spécialiste des bébêtes. À tel point que Loretta Strong, l’un des personnages les plus emblématiques de son univers décalé, sort dans la pièce éponyme (1978) une réplique qui résume bien toute l’œuvre de l’Argentin (et peut-être même toute la production artistique homosexuelle !) : « Il n’y a que des bêtes mortes ! » (p. 131) Dans toute sa production défilent les animaux, des plus domestiques aux plus insolites : cela va du rat à la langouste, en passant par l’escargot et l’araignée (c. f. les albums Kang (1984), Du Côté des violés (1976), toute la série des Femme assise, etc.) Ce sont en général de faux animaux : des marionnettes à main, des bestioles réifiés, des peluches, des déguisements animalier d’adultes, etc. Copi voit le monde et la Nature comme une salle de jeux en carton pâte déshumanisé : « Ensuite il est entré une petite fille de six ans environ avec mon chien empaillé dans les bras et elle me l’a donné. (…) je suis sorti dans la rue comme tous les jours. Ça n’a pas tellement changé par rapport à avant la catastrophe, exceptant le fait que tous les gens sont morts et empaillés. » (la voix narrative dans le roman L’Uruguayen (1972), pp. 31-32) Dans la tête de Copi, tout ce qui est vivant fini empaillé ! « Le bien, le mal n’existent pas dans le bonheur, dans le malheur. Les hommes sont des animaux, les femmes sont des animales. » (Cachafaz dans la pièce Cachafaz, 1993) ; « C’est une voyante ! Elle a une boule de cristal sur une petite table ronde, un hibou empaillé sur une perche. » (la voix narrative à propos de Delphine Audieu, dans le roman Le Bal des Folles (1977), p. 80) ; « Quand j’étais petite, je mettais tous les jours une robe de communiante pour l’heure du thé, ainsi que mes sœurs. Nous avions chacune un petit pigeon empaillé au bord de la tasse. » (Jeanne dans la pièce La Journée d’une Rêveuse (1968), p. 87) ; « Regarde comme elle [la mouette] flotte ! On dirait un canard en Celluloïd ! » (Ahmed à Jean dans la pièce La Tour de la Défense, 1974) Le bestiaire de Copi agit comme un totem, le totem du dieu Schizophrénie, à l’image d’un carnaval des animaux que compose le Dieu des Hommes dans le roman La Cité des Rats (1979) : « Nous vîmes de notre cachette (…) un thon à pieds de cochon et tête de mule, un éléphant à tête d’homme dont la trompe finissait par un ongle, un crapaud à queue de paon et tête de dinde, un griffon tel quel, une femme à queue et tête de kangourou portant un grand scorpion à tête de coq dans sa poche, et parmi eux le Dieu des Hommes avec les deux têtes du caniche et du fox-terrier à la place de la sienne, et une queue de lézard, et j’en passe des plus bizarres, telle une tortue de mer à tête de queue de poisson. » (Gouri, p. 135) Les animaux empaillés sont la preuve « vivante » (si on peut dire…) que le désir homosexuel est un désir idolâtre, puisqu’on les voit dépeints comme des veaux d’or : « On raconte que quand les ‘Boludos’ vous regardent dans les yeux vous restez figés dans la même position pour l’éternité. On a trouvé sur leur chemin d’innombrables statues en lave représentant des êtres humains et des animaux à l’expression effrayée. » (c. f. la nouvelle « La Déification de Jean-Rémy de la Salle », dans le recueil Virginia Woolf a encore frappé (1983), p. 58) ; « Je suis rivé à la tête du boa dont les yeux de chien mort me font plus peur que jamais, je m’évanouis dans l’ambulance. » (la voix narrative dans le roman Le Bal des Folles (1977), p. 59) Les animaux chez Copi sont en général des symboles du viol tant ils sont capables de réagir avec la cruauté humaine et de se mener une terrible guerre entre eux : je pense notamment au boa constrictor de la pièce La Tour de la Défense (1974) ; ou bien au Rat crevant un œil au renard en fourrure de « L. » dans la pièce Le Frigo (1983). L’homme-animal est une référence voilée à l’irrespect de la différence des générations, aux rapports inversés mère/enfant (si souvent traités par l’artiste !), à l’inceste : « J’ai peur qu’il naisse anormal, avec la tête de ma mère et le corps d’un animal ! » (Lou en accouchant de son bébé dans la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986), p. 360) Dans la pièce Le Frigo (1983), Copi envisage même les unions zoophiles comme une forme d’amour homosexuel incestueux : le personnage de « L. » veut se marier avec le Rat (« Je pourrais te faire passer pour mon fils adoptif. », p. 47)
c) Le personnage homosexuel se présente sous les traits d’une créature hybride mi-humaine mi-animale :
C’est le cas dans le roman Le Baiser de la Femme-Araignée (1976) de Manuel Puig (Molina, le protagoniste homosexuel principal, se définit comme la femme-araignée), les pièces de Bernard-Marie Koltès (l’homme-chien ou l’homme-cerf dans Combat de Nègre et de Chiens (1979) et Le Roi des Aulnes (1970)), les tableaux du peintre Paul (avec le motif récurrent de l’homme-singe), le film « La Femme Scorpion » (1972) de Shunya Ito, toute l’œuvre de Jean Cocteau (le Centaure y occupe une grande place), le film « Freak Orlando » (1981) d’Ulrike Ottinger, le film « La Criatura » (1977) d’Eloy de la Iglesia (avec la jeune femme et son chien-loup), le conte Lisa-Loup et le Conteur (2003) de Mylène Farmer, le film « La Féline » (1942) de Jacques Tourneur (avec Irena la femme-panthère), la B.D. homo-érotique Batman (1939) de Bob Kane et Bill Finger (avec l’homme-chauve-souris), le roman Dix Petits Phoques (2003) de Jean-Paul Tapie, le ballet Alas (2008) de Nacho Duato, les tableaux du peintre Claude Ganiage, le conte La Petite Sirène d’Hans Christian Andersen, le vidéo-clip de la chanson « Frozen » de Madonna (avec la femme-chien), le vidéo-clip de la chanson « Comme j’ai mal » de Mylène Farmer (avec la femme-insecte), la pièce Loretta Strong (1974) de Copi (avec les hommes-singes ou les hommes-rats), la chanson « Allan » de Mylène Farmer (avec l’homme-oiseau), la pochette de l’album L’Autre de Mylène Farmer (avec la femme-corbeau), le film « Aimée et Jaguar » (1998) de Max Farberbock, le film « La Femme Reptile » (1966) de John Gilling, le film « Tropical Malady » (2004) d’Apichatpong Weerasethakul, le roman La Dame à la Louve (1904) de Renée Vivien, le one-man-show Madame H. raconte la saga des Transpédégouines (2007) (avec Madame H. et sa peau de renard baptisée « Montherlant », à qui elle s’adresse comme si elle était vivante), le film « Reflets dans un Œil d’Or » (1967) de John Huston (avec la femme-cheval amazone), le film « Pas de Printemps pour Marnie » (1964) d’Alfred Hitchcock (toujours avec la femme-cheval), la pièce Entre Fous Émois (2008) de Gilles Tourman (avec l’homme-pingouin), le film « Johnny Minotaur » (1971) de Charles-Henri Ford, la chanson « Jardin de Vienne » de Mylène Farmer (avec le pendu qui se métamorphose en oiseau), les tableaux du peintre Éric Raspaut, la pièce Angels in America (2008) de Tony Kushner (avec l’homme-singe), le roman La Synthèse du camphre (2010) d’Arthur Dreyfus (où Tchang fusionne avec son cheval : « Il fait corps avec l’animal. », p. 141), la nouvelle « Le Travesti et le Corbeau » (1983) de Copi, la pièce Bang, Bang (2009) des Lascars gays (avec Steeve l’homme-canard), les poèmes scatologiques de Raúl Gómez Jattin, Néstor Perlongher, Reinaldo Arenas, racontant des aventures zoophiles, etc.

Si, dans les fictions homo-érotiques, l’Homme est parfois animalisé, à l’inverse, les animaux seront aussi très souvent personnifiés, voire homosexualisés : on peut penser au lapin gay de Caroline dans le film « Gelée précoce » (1999) de Pierre Pinaud, aux loups homos du film « Les Loups de Kromer » (2003) de Will Gould, aux plantes carnivores des films « Soudain l’été dernier » (1960) de Joseph Mankiewicz et « Les Filles du Botaniste » (2006) de Daï Sijie, au canard gay dans le film « Queer Duck : The Movie » (2005) de Xeth Feinberg, le film « Le Baiser de la Lune » (2010) de Sébastien Watel (racontant l’amour entre Félix, un poisson-chat, et Léon, un poisson-lune), etc. Dans son one-woman-show Karine Dubernet vous éclate ! (2011), Dubernet sort une devinette qui, blague mise à part, rapproche le désir homosexuel de l’instinct animal : « Comment appelle-t-on un dinosaure homosexuel ? Un tripothanus. »
L’Homme est réduit à définir comme un « individu » (la notion d’individu définissant tout être vivant, qu’il soit animal, végétal ou minéral) et non plus une « personne » (c’est-à-dire un être humain, le plus grand et le plus libre des vivants).
Par ailleurs, aussi paradoxal que cela puisse paraître, les œuvres homosexuelles nous expliquent que s’animaliser revient à se robotiser. Cette inversion humain D animal illustre généralement un processus de robotisation de l’être humain par l’envahissement d’un monde végétal virtuel, comme le démontre la brillante nouvelle de Manuel Rivas El Pez Doncella, parue en 1998 dans le journal espagnol El País. Il est étonnant de voir que plus l’Homme prétend revenir radicalement à la Nature et développer son côté animal, plus il en perd son âme et rejoint la machine. Le lien de coïncidence entre l’animalisation et le « devenir objet », mal connu de notre époque, est pourtant manifeste dans énormément de créations artistiques traitant d’homosexualité, et mériterait d’être davantage approfondi.
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PARFOIS RÉALITÉ
La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

Un certain nombre de personnalités homosexuelles sont sculpteurs ou peintres animaliers : c’est le cas de Christa Winsloe, Rosa Bonheur, Jean Cocteau, etc. Et beaucoup d’entre elles pratiquent la taxidermie : Pierre Loti, Vladimir Maïakovski, Hervé Guibert, etc. Dans l’autobiographie Folies-Fantômes (1997) d’Alfredo Arias, l’homme transsexuel Concha Bonita (p. 30) « aime les oiseaux en porcelaine ». Jean-Claude Dreyfus fait une collection de cochons. Francis Bacon, quant à lui, adore prendre des photos d’animaux sauvages. Les noms choisis par les groupes musicaux homosexuels (tels que The Animals, Pet Shop Boys, etc.) ne sont pas non plus anodins. Le cinéaste et écrivain Christophe Honoré, se parlant à lui-même dans son autobiographie Le Livre pour Enfants (2005), laisse justement libre cours à son inconscient de « taxidermiste qui s’ignore » : « Êtes-vous un grand amateur d’oiseaux ? Voilà, vous êtes-vous occupé d’oiseaux parce que les oiseaux ont captivé votre imagination […] ? » (p. 26)
Le lien entre l’homosexualité et les bestiaires est également fait par John Boswell dans l’essai Christianisme, Tolérance sociale et Homosexualité (1985). Cet argument est repris par beaucoup d’« intellectuels » pour prouver le bien fondé de l’homosexualité, et soutenir que le désir homosexuel est inné, naturel, et qu’il n’est pas un choix à condamner moralement : je vous renvoie au traitement de l’« homosexualité » dans le monde animal par André Gide dans Corydon (1920), aux travaux de Jean-Pierre Otte, ainsi qu’au documentaire « L’Homosexualité animale » (2001) de Bertrand Loyer. « On a observé un comportement homosexuel chez 13 espèces appartenant à 5 ordres de Mammifères (Beach, 1968). En voici quelques exemples. Il se produit chez la truie, la vache, la chienne, la chatte, la lionne et les femmes du singe Rhésus et du Chimpanzé. » (Claude Aron, « Les Facteurs neuro-hormonaux », Bisexualité et Différence des sexes, Éd. Gallimard, Paris, 1973, pp. 161-162) Pour prouver la pourtant évidente réalité que « l’homosexualité n’est pas contre-nature » (elle est justement très/trop naturelle chez l’Homme !), le Musée d’Histoire Naturelle d’Oslo (Norvège) présente une expo sur les « Animaux-homos » en octobre 2006. Dans son documentaire « Des Filles entre elles » (2010), Jeanne Broyon est toute fière d’interroger un paysan au Salon de l’Agriculture pour montrer que l’homosexualité féminine est normale : « Chez les animaux, l’homosexualité, ça se passe beaucoup » assure-t-il.
Les personnes homosexuelles défendant la légitimité des actes homosexuels en s’animalisant elles-mêmes (je vous dirige par exemple vers le récent article, mi-intox, mi-sérieux « Un Couple manchots gays adopte un petit avec succès » dans le journal Le Monde du 3 juin 2009), ne se rendent pas compte que, même si elles sortent dans un premier temps l’identité homosexuelle de la moralité, et donc de la culpabilité, elles l’engouffrent du coup sur le terrain très glissant et homophobe de la pathologie, de la zoophilie, de la pulsion bestiale, de la violence (quand bien même celle-ci, parce qu’elle est rendue instinctive, sera dé-moralisée, ne mériterait pas d’être condamnée). Ce n’est pas par hasard si le réalisateur de films X gay Jean-Daniel Cadinot affirme très sérieusement dans la revue Triangul’Ère 4 (2003) qu’il « serait plutôt comme un cinéaste animalier. » (p. 70) Il existe des liens entre homosexualité et zoophilie (le récent film « La Sonde urinaire » (2006) de la très queer Camille Ducellier nous le rappelle !), quand bien même les « human pets », qui aiment sexuellement les animaux, forment une minorité dans les communautés homosexuelles et hétérosexuelles. Ce sont les personnes homosexuelles elles-mêmes – et non, comme elles se plaisent à le croire, les « méchants homophobes » extérieurs – qui, en cherchant à tout prix à « naturaliser » et à banaliser les actes homosexuels en s’appuyant sur la science et la faune, construisent l’absurde amalgame entre homosexualité et zoophilie. Même si elles se la jouent « rebelles sociaux » à travers l’animalité (« L’homosexuel demeure un loup, libre et fier, farouchement indépendant et sans doute encore sauvage, et rien ne l’oblige à se faire chien, animal domestique, embourgeoisé et de bonne compagnie. » Dominique Fernandez, Le Loup et le Chien, 1999), elles scient la branche sur laquelle elles sont assises !

Pour en revenir aux animaux empaillés, on peut également comprendre pourquoi l’association de la taxidermie et de l’homosexualité ne plaît en général pas beaucoup aux personnes homosexuelles. En plus de faire un peu psychopathe sur les bords (à la fin du film « Psychose » d’Alfred Hitchcock, Norman Bates, le taxidermiste déséquilibré, se voit quand même fortement suspecté d’être « un inverti »…), la fascination homosexuelle pour les bêtes pétrifiées indique que le désir homosexuel est un élan de mort plus qu’une force de vie. Et ça, en effet, ce n’est pas très réjouissant, et ça ne vient pas redorer le blason de l’homosexualité ! Quand Hervé Guibert, dans son autobiographie À l’ami qui ne m’a pas sauvé la vie (1990), explique sa passion pour les animaux empaillés, on comprend pourtant bien que la morbidité est certes magnifiée par l’esthétisme, mais qu’elle est quand même palpable ! : « Depuis que j’ai douze ans, et depuis qu’elle est une terreur, la mort est une marotte. […] Je ne cessai de rechercher les attributs les plus spectaculaires de la mort, suppliant mon père de me céder le crâne qui avait accompagné mes études de médecine, m’hypnotisant de films d’épouvante et commençant à écrire, sous le pseudonyme d’Hector Lenoir, un conte qui racontait les affres d’un fantôme enchaîné dans les oubliettes du château des Hohenzollern, me grisant de lectures macabres jusqu’aux stories sélectionnées par Hitchcock, errant dans les cimetières et étrennant mon premier appareil avec des photographies de tombes d’enfants, me déplaçant jusqu’à Palerme uniquement pour contempler les momies des Capucins, collectionnant les rapaces empaillés comme Anthony Perkins dans Psychose, la mort me semblait horriblement belle, féeriquement atroce… » (p.158-159)
Écoutez la chronique radio de Philippe Ariño sur le code "Animaux empaillés" à l'émission "Homo Micro" (106.3 FM) en cliquant ICI.