Code n° 89 : Homosexuel homophobe
(frère homophobe)

Vous pouvez retrouver un autre éclairage détaillé sur l'homosexualité homophobe dans mon essai Homosexualité sociale, ainsi que dans l'un des articles les plus importants de ce site, intitulé "Le Phil de l'Araignée n° 2 : On n'a rien compris à l'homophobie...".
Notice explicative :
Voici un scoop sur l'homosexualité qui, par les temps qui courent, fera certainement pousser des hauts cris du côté des militants homosexuels, mais que je vais essayer de vous expliquer ici : LE DÉSIR HOMOSEXUEL EST HOMOPHOBE. Je ne dis pas simplement qu'il provient de l'homophobie, ou qu'il attise l'homophobie. Je dis carrément qu'il EST, par nature, homophobe. Et que tant qu'on s'obstinera à ne pas percevoir cela, on se rendra compte que les attaques homophobes iront crescendo avec la soi-disant montée sociale de tolérance gay friendly.
Alors en guise de prélude pour vous expliquer dans quel obscurantisme et quel degré d'aveuglement sur l'homosexualité la communauté homosexuelle est tombée, je vais vous citer les 3 idées reçues qui reviennent le plus fréquemment lorsqu'on aborde le thème de l'homophobie homosexuelle, et sur lesquelles les personnes homosexuelles et bisexuelles butent, autant par mauvaise foi que par ignorance :
1 – « Le désir homosexuel est toujours positif, aimant, et en faveur de lui-même. »
2 – « Une fois qu’on a fait son coming out, qu'on s'assume en tant qu'homo, et qu'on est "bien casé", on ne peut plus être homophobe. »
3 – « Il n’y a que les personnes hétéros, ou les personnes homos qui n’ont pas encore accepté leur homosexualité, qui peuvent être homophobes. » (il existe une version soft et plus hypocrite de la n° 3, concoctée par ceux qui veulent bien reconnaître le phénomène de l’homophobie intériorisée mais pour mieux le minorer par rapport à la supposée homophobie hétérosexuelle : « Les hétéros homophobes sont quand même largement plus nombreux que les homos homophobes. »)
Ces trois idées reçues - qui sont pour moi d'une bêtise monumentale - ont la dent dure dans la communauté homosexuelle et dans notre société. En plus de ne pas se fonder sur la réalité, elles empêchent la grande majorité des personnes homosexuelles de comprendre vraiment les agressions homophobes, d'y remédier, et de reconnaître les fonctionnements violents et paradoxaux du désir homosexuel.
Le code "homosexuel homophobe" est l’un des plus importants de ce Dictionnaire des Codes homosexuels, car il renvoie à la nature profonde du désir homosexuel, et à la définition de l’homophobie : le désir homo est un élan idolâtre, à la fois pour et contre lui-même, qui traduit plus un manque ou une faiblesse du désir, qu’un désir plein, fort, positif, et ancré dans le Réel. C’est cette assise du désir homosexuel dans le monde du fantasme déréalisant bien plus que dans celui du Réel qui crée en la personne homosexuelle un écartèlement, une division, une schizophrénie, une haine inconsciente de soi, un tiraillement qui peut ressortir en homophobie : les sujets homosexuels en général s’adorent ou se détestent… mais en tout cas ne s’aiment pas. Et il s’avère que dans les fictions, comme parfois dans leur quotidien, cette haine de soi se traduit chez eux par une persécution de leurs pairs homosexuels : les anciens casseurs de pédé se disent homos quelques années plus tard (cette homophobie – la plus connue – s’appelle l’homosexualité latente refoulée, ou homophobie intériorisée), ou bien les « nouveaux pédés » (les born again), croyant s’assumer pleinement homos mais incapables de regarder en face la nature duelle semi amoureuse semi violente de leur désir homosexuel, redeviennent les persécuteurs « hors-milieu » et anti-homos qu’ils avaient été, notamment avec leurs amants successifs. Actuellement, c’est la thèse du refoulement/refus de l’homosexualité qui est communément admise en ce qui concerne l’homophobie. Mais plus complète et responsabilisante me semble celle de la justification aveugle du désir homo en tant qu’identité éternelle et en tant qu’amour.
N.B. : Voir également "androgynie bouffon/tyran", "Liaisons dangereuses", "Hitler", "milieu homosexuel infernal", "violeur homosexuel", "méchant pauvre", "L’homosexuel = L’hétérosexuel", "homosexuels psychorigides", "défense du tyran", "témoin silencieux d'un crime", et la partie « l’homo combatif face à l’homo lâche » dans "faux révolutionnaires", dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.
1 - PETIT « CONDENSÉ »
Le désir homosexuel, étant par nature une force éloignée du Réel puisqu’il rejette la différence des sexes (l’un des principaux rocs de la Réalité, et de l’origine de la vie), a du mal à se soutenir lui-même, à fonder des identités pleines et des amours durables, à ne pas se retourner contre lui-même à un moment donné parce qu’il fait machine arrière par peur d’accéder à la vraie Différence. C’est sans doute pour cette raison que l’essayiste nord-américain David Halperin écrit que l’homosexualité masculine ou féminine est « à la fois une identité homophobe en tant que totalisante et normalisatrice, et une identité dont toute négation et tout refus ne sont pas moins homophobes », et que sa revendication est « nécessaire mais politiquement catastrophique » (c. f. l’article « Sociologie » de Jean-Manuel de Queiroz, dans le Dictionnaire de l’homophobie (2003) de Louis-Georges Tin, p. 380) Le désir homosexuel est un désir idolâtre, à la fois pour et contre lui-même, qui se déteste en même temps qu’il cherche à se dire avec fierté, qui a du mal à s’incarner, qui exprime la haine de soi en même temps qu’un trop-plein d’orgueil. Mais l’orgueil n’est pas autre chose qu’une blessure d’amour. Oui, je l’écris noir sur blanc : la spécificité du désir homosexuel, c’est d’être homophobe, c’est-à-dire contre lui-même. D’ailleurs, le terme « homophobie » – qui signifie littéralement « la peur du même » – ne pouvait pas mieux le démontrer !

La communauté homosexuelle traque l’homophobie sans même s’être interrogée sur son sens profond, sur l’effet-miroir haineux dont elle est le témoin. « L’homophobie exprime une inquiétude face à l’autre indiscernable, équivoque, et dont les pratiques sont un peu les miennes. » (Frédéric Martel, Le Rose et le noir (1996), p. 444) Elle n’est qu’une haine de soi se traduisant parfois par une agression opérée sur les Hommes reconnus comme jumeaux de fantasmes (parfois actualisés). C’est sûrement ce qui fait dire aux personnages homosexuels du film « Les Garçons de la bande » (1972) de William Friedkin : « Si seulement nous pouvions ne pas nous haïr autant… C’est ça notre drame. » C’est une réalité difficilement audible dans nos sociétés contemporaines, mais qui s’impose à nous dans les faits : toutes les personnes homophobes sont homosexuelles/bisexuelles, et les personnes homosexuelles, très souvent homophobes. Cela se vérifie fréquemment dans les œuvres de fiction – le personnage persécutant le ou les homosexuel(s) se trouve être au final homosexuel lui aussi –, et parfois dans les faits. « À 16 ans, je cassais la gueule aux pédés. À 20 ans, je couchais avec. » (Jacques Nolot dans son film « La Chatte à deux têtes », 2002) Par expérience, on découvre à maintes reprises que ceux qui traitent les personnes homosexuelles d’« obsédés, de malades, de pervers, de détraqués » (Sébastien, Ne deviens pas gay, tu finiras triste (1998), p. 60) sont à la fois homophobes et homosexuels. Il faut s’y faire au départ, mais une fois qu’on a compris cela, beaucoup de choses sur les mécanismes de la violence s’éclairent par la suite. Les individus homophobes sont finalement ceux qui reprochent aux personnes homosexuelles d’être homosexuels eux-mêmes. La personne homophobe et la personne homosexuelle se ressemblent dans la peur de leur ressemblance, et ne supportent pas de se renvoyer l’un à l’autre leur désir mutuel de mort. Les individus homophobes ont toujours d’excellents amis homosexuels, connaissent très bien le « milieu », disent ouvertement qu’ils ne sont pas homophobes/homosexuels, semblent trop au courant des pratiques homosexuelles et des blagues sur les pédés pour ne pas « en être ». L’Homme qui rejette l’homosexualité pour en faire une espèce humaine à part entière qui serait tout à fait lui ou pas du tout lui est le même qui, en croyant s’en débarrasser, l’intériorise.
Qui oblige les personnes homosexuelles à se cloîtrer dans la clandestinité ? Bien avant que ce soit « la société » qui les y ait contraints, c’est un mode de vie qu’elles ont elles-mêmes choisi. Qui pratiquent les sinistres outing ? Sûrement pas prioritairement « les hétéros homophobes ». Ceux qui outent les personnes homosexuelles sont les individus qui côtoient leurs bars, leurs réseaux Internet, leurs cercles amicaux ou amoureux, donc des personnes homosexuelles aussi. Qui critique le plus la visibilité homosexuelle à la télévision ou à la Gay Pride ? Qui empêche la communauté homosexuelle de se faire une place confortable dans la société et d’être forte ? Ses propres membres. « Comment y aurait-il un pouvoir gay ? Ils se détestent tous ! » ironise Frédéric Mitterrand (c. f. l’interview « Y a-t-il une Culture gay ? » dans la revue TÉLÉRAMA, n° 2893, le 22 juin 2005, p. 18). Ceux qui défendent la cause homosexuelle dans les media s’étonnent que les seules lettres d’insultes qu’ils reçoivent proviennent presque exclusivement de leurs frères communautaires : « Je ne pensais pas qu’il y avait autant d’intolérance chez les homos. Ils se plaignent à longueur de journée de ne pas avoir tel ou tel droit et ils ne sont même pas unis entre eux. […] Les seuls papiers méchants que j’ai eus dans la presse, c’était dans la presse gay. Quand je suis sorti de ‘La Ferme’, j’ai eu 10000 lettres de fans, et six lettres d’insultes qui venaient toutes de gays. » (Vincent McDoom dans le magazine Égéries, n° 1, décembre 2004/janvier 2005, pp. 52-55)
Actuellement, les gens ne voient dans la figure de la personne homophobe que l’individu gay frustré, honteux, « follophobe », tristounet, frigide. Ils oublient d’inclure dans le portrait toutes les personnes homosexuelles « assumées », extraverties, tout sourire, chantant le bonheur d’être gay ou lesbienne. Par exemple, certains sujets homosexuels se plaisent à imaginer qu’« il n’y a pas plus lesbophobe qu’une lesbienne qui s’ignore » (Marie-Jo Bonnet, Qu’est-ce qu’une femme désire quand elle désire une femme ? (2004), p. 15). Qu’ils se détrompent. Il y a tout aussi lesbophobe qu’une femme lesbienne refoulée : une femme lesbienne qui croit se connaître par cœur et qui, du fait de s’étiqueter éternellement lesbienne, refuse de reconnaître qu’elle puisse un jour devenir lesbophobe. On observe à bien des occasions des personnes homosexuelles, jouant en temps normal les grandes tapettes ou les militants de la première heure, se métamorphoser sans crier gare en brutes épaisses détestant leur communauté d’adoption. Bien des personnes homosexuelles, en disant qu’elles s’assument à 100 % en tant qu’« homos », rejoignent dans l’extrême les personnes homophobes qui nient en bloc leur homosexualité, puisqu’elles aussi essentialisent le désir homosexuel, se caricaturent, se figent en objet, et donc refoulent qui elles sont profondément. S’il arrive exceptionnellement que certaines personnes homosexuelles reconnaissent que leur désir homosexuel est en partie homophobe, c’est pour mieux se donner l’illusion que depuis leur merveilleuse conversion à la « cause gay », elles s’assument pleinement en tant qu’homosexuelles et que la triste page de leur passé homophobe est déjà bel et bien tournée. S’avouer « ex-homophobe », cela revient pour elles à combattre l’homophobie et à montrer patte blanche. Mais derrière la personne homosexuelle et agressivement fière de l’être se cache souvent une personne (ex)homophobe convaincue, qui affirme haut et fort que l’homosexualité est quelque chose de monstrueux ou de génial : cela dépend des époques, du sens du vent, et des caprices de son désir homosexuel.
Encourager socialement l’homosexualité, cela revient à encourager l’homophobie. Le mécanisme paradoxal et homophobe du désir homosexuel est particulièrement bien expliqué par Frédéric Mitterrand dans son autobiographie La Mauvaise vie (2005), quand il raconte comment lui et tant d’autres personnes homosexuelles connues (Pier Paolo Pasolini, Ramón Novarro, etc.) en sont arrivés à être persécutés et même tués par des amants homosexuels avec qui ils avaient été trop maternels, trop homosexuellement aimants : « Les plus graves menaces surgissent quand on est trop gentil ; le garçon est troublé, il s’expose à éprouver de la sympathie, il ne peut plus mépriser commodément. Si sa nature est franchement mauvaise, il peut prendre peur, s’enrager et devenir incontrôlable avec des pulsions de meurtre pour se débarrasser du gêneur qui a bousculé son équilibre et ses habitudes. […] Des Pelosi la grenouille, j’en ai croisé pas mal dans des endroits glauques à Paris. […] Je sais que je ne suis pas le seul à être hanté par ce crime et par tout ce qu’il laisse supposer. » (pp. 163-164) En effet, l'attaque homophobe survient si l'on traite l'homosexualité avec trop de complaisance, si non seulement on reconnaît son désir homosexuel mais en plus on s'y adonne. Ce sont ces pages qui devraient circuler dans les établissements scolaires pour la lutte contre l’homophobie ! La véritable homophobie, ce n’est pas uniquement être trop méchant envers les individus homosexuels : c’est aussi être trop gentil, trop peu exigeant et vrai. C’est pourquoi une société gay friendly et relativiste constitue une menace pour la communauté homosexuelle, tout autant qu’une société explicitement homophobe. « Aux États-Unis, à mesure que les gais et les lesbiennes réussissent à faire valoir leur droits, le nombre de meurtres homophobes semble augmenter en proportion directe. » (Louis-Georges Tin, Homosexualités : Expression/Répression (2000), p. 9) Au lieu d’applaudir ou de cracher sur les personnes homosexuelles, de leur distribuer les bons et les mauvais points, si nous réfléchissions à ce qu’est véritablement le désir homosexuel ? Un désir bassement humain, ni complètement mauvais ni tout à fait banal, parce qu’il est le signe de drames et d’une blessure à soulager.
Nous aurons, je crois, fait le premier grand pas contre l’homophobie le jour où nous comprendrons que, plus l’homosexualité sera tolérée socialement en tant qu’identité éternelle/idéal d’amour d’une part, et en tant que négatif parfait de l’homophobie d’autre part, plus la vraie homophobie s’accentuera. Non seulement les individus dits « hétéros » ne veulent aucun mal aux personnes homosexuelles, mais en plus de cela, à force de vouloir leur bonheur, l’écrivent parfois à leur place en ignorant totalement ce qu’elles vivent. C’est peut-être là leur seule homophobie : l’ignorance et l’indifférence sous couvert de respect des différences.
2 - GRAND « DÉTAILLÉ »
FICTION
a) L’homophobie avant-coming out : Le personnage homosexuel est en réalité homophobe parce qu’il refoule son désir homosexuel :
Les exemples d’homophobes homosexuels ne manquent pas à travers les fictions. C’est le cas dans le film « American Beauty » (2000) de Sam Mendes (avec le père de Ricky, assassin du héros Lester parce que celui-ci l’attire), le téléfilm « Madame le Proviseur : Jardin privé » (2000) de Sébastien Grall (avec un cas de outing), le film « L’Homme que j’aime » (2001) de Stéphane Giusti (avec une laborieuse acceptation d’homosexualité de la part du héros), le film « Urbania » (2004) de Jon Shear (avec le personnage très ambigu de Dean), le film « La Triche » (1984) de Yannick Bellon (dans lequel le meurtrier homophobe est finalement homosexuel), le film « Les Loups de Kromer » (2003) de Will Gould (où le prêtre persécuteur dévoile au final sa queue de loup homo !), le film « Reflets dans un œil d’or » (1967) de John Huston (avec le Major Weldon, homosexuel très refoulé, qui finira par assassiner l’amant tant convoité), le film « En el Paraíso no Existe el Dolor » (1995) de Víctor Sacca, le film « Grande école » (2003) de Robert Salis (avec le personnage très ambigu de Louis-Arnault), le film « Antibodies » (2005) de Christian Alvart, le film « Merci… Dr Rey ! » (2001) d’Andrew Litvack, le film « Hôtel des Amériques » (1981) d’André Téchiné, le film « Like It is » (1998) de Paul Oremland (avec le personnage de Craig), le roman La Colmena (1951) de Camilo José Cela (avec Matiitas, l’homosexuel refoulé et assassin), la pièce Guantanamour (2008) de Gérard Gelas (où le gardien et le prisonnier jouent au chat et à la souris), le film « Terminus paradis » (1998) de Lucian Pintilie, le film « Feux croisés » (1947) d’Edward Dmytryck, le film « L’Homme de désir » (1969) de Dominique Delouche, le film « Rude » (1995) de Clément Virgo, le film « Cruising » (« La Chasse », 1980) de William Friedkin (où criminalité et amour homosexuel s’unissent), le film « The Fan » (1981) d’Edward Bianchi, le film « De sang-froid » (1984) de Penelope Spheeris, le film « Contre-enquête » (1990) de Sidney Lumet, le film « Edmond » (2005) de Stuart Gordon, le film « Curse of The Queerwolf » (1988) de Mark Pirro, la pièce Big Shoot (2008) de Koffi Kwahulé, le film « Les Lunettes d’or » (1987) de Giuliano Montaldo (avec le prostitué profiteur), le film « Cercle vicieux » (2001) de Gary Wicks (avec le tapin homo tueur), le film « Dafydd » (1993) de Ceri Sherlock, le film « L’Immeuble Yacoubian » (2005) de Marwan Hamed (avec le prostitué tueur), le roman Dix petits phoques (2003) de Jean-Paul Tapie (avec l’adjuvant Diaz qui extermine les homos parce qu’il n’a pas pu les conquérir), le film « The Children’s Hour » (« La Rumeur », 1961) de William Wyler (avec Mary, la lesbienne homophobe), etc.
Il arrive très souvent que les personnages homophobes soient présentés comme des homosexuels refoulés. Par exemple, dans le film « Qui a envie d’être aimé ? » (2010) d’Anne Giafferi, les rappeurs qu’écoute Antoine sont définis comme « des mecs qui s’enculent et niquent leur mère ». Qui tue Sébastien à Cabeza de Lobo dans le film « Soudain l’été dernier » (1960) de Joseph Mankiewicz ? Non pas « les hétéros », mais ses anciens amants homos. Mankiewicz n’est pas le seul auteur homosexuel à décrire le cercle des prétendants homosexuels comme des brigands. Dans sa chanson « Boomerang », Étienne Daho parle du « gang » de ses amants. Un gigolo tue son client dans le film « Bas fond » (1957) de Palle Kjoerulff-Schmidt. Dans le film « L’Appât » (1975) de Peter Patzak, l’homosexuel est assassiné par son prostitué. Le protagoniste homo du film « Le Quatrième homme » (1983) de Paul Verhoeven détrousse des hommes gay dont il sait qu’ils ne porteront pas plainte. Dans le film « Seul avec Claude » (1992) de Jean Beaudin, un tapin se livre à la police après avoir assassiné son amant. Dans le film « Maurice » (1987) de James Ivory, le prostitué homophobe trahit le très homosexuel Vicomte Risley en l’attirant dans un guet-apens après l’avoir dragué. Dans le film « Minuit dans le jardin du bien et du mal » (1997) de Clint Eastwood, Jim Williams finit par assassiner un amant gigolo qui lui demandait toujours plus d’argent. « Nous sommes des victimes désignées. Et nous avons affaire à de véritables professionnels. D’abord ils nous disent qu’ils ont 20 ans et puis, ils nous volent. Et alors seulement ils nous montrent leur carte d’identité. Et naturellement nous ne pouvons pas porter plainte qu’en prenant le risque d’être poursuivis et arrêtés pour incitation de mineurs à la débauche. » (Jean Desailly, homme riche dévalisé par un tapin dans le film « Un Flic » (1971) de Jean-Pierre Melville) ; « Si j’étais capable, je draguerais tous les soirs. […] C’est vraiment juste quand je drague que je me sens en vie. C’est effrayant comment je me sens quand je sors. Je suis vraiment fou. Je deviens électrisé. Sauf que moi c’est dangereux. J’ai un de mes amis qui s’est fait poignarder dans sa douche. […] Je me fais voler en permanence dans mon appartement. Les gars partent avec mes disques, mes bouteilles de vin, ma montre. » (Claude dans le film « Déclin de l’empire américain » (1985) de Denys Arcand)
Comment expliquer que l’agresseur homophobe soit en réalité homosexuel ? En général, c’est parce que le désir homosexuel n’est pas reconnu tel qu’il est que la pulsion homosexuelle refoulée par le personnage bisexuel ressort avec la rapidité et la violence d’un bouchon de champagne.
Un certain nombre de personnages homosexuels nient leur identité homosexuelle (en tant que désir existant ; je ne parle pas ici d’identité homosexuelle envisagée à tort par notre société comme « LA vérité ontologique fondamentale de l’individu qui ressent en lui un désir homosexuel ») : « Je ne suis pas homosexuel ! » (Louis, un des personnages homos de la pièce Dépression très nerveuse (2008) d’Augustin d’Ollone) ; « Moi, j’ai horreur de ça ! » (le narrateur à propos de l’homosexualité de son auteur, dans la nouvelle « La Mort d’un phoque » (1983) de Copi, p. 18) Dans le film « Navidad » (2009) de Sebastian Lelio, le personnage d’Aurora a du mal à accepter ses attirances lesbiennes. Dans le film « My Own Private Idaho » (1991) de Gus Van Sant, Scott joue les parfaits hétéros en disant qu’il ne baise avec les mecs que pour l’argent, par nécessité… même si cela se révèle être un mensonge. Le personnage qui rejette l’homosexualité est le même qui, en croyant s’en débarrasser, l’intériorise. Par exemple dans le spectacle musical Starmania de Michel Berger, la maman de Ziggy offre à son fils l’intégrale de Tchaïkovski pour son anniversaire. Certes, Ziggy l’a revendu le lendemain au disquaire... mais il est resté enchaîné à ce qu’il a rejeté puisque Tchaïkovski était homosexuel et que Ziggy devient homosexuel à son tour en se choisissant un autre gourou tout aussi ambigu sexuellement : David Bowie.
C’est au moment de découvrir leurs penchants homosexuels, et leur probable violence une fois qu’ils sont actualisés, que certains personnages agressent ceux qu’ils identifient comme de dangereux tentateurs : leurs pairs homosexuels. Dans le film « Nettoyage à sec » (1997) d’Anne Fontaine, par exemple, Jean-Marie se fait sodomiser par le beau et provoquant Loïc dans le sous-sol de son pressing, avant de lui coller le fer à repasser brûlant sur la figure et de le tuer en le jetant violemment par terre. Dans le film « Harvey Milk » (2009) de Gus Van Sant, Dan White, l’assassin d’Harvey, est un homosexuel refoulé. Le refoulement de l’homosexualité conduisant au fascisme est développé dans le roman Le Conformiste (1951) d’Alberto Moravia. Dans la pièce Scènes de chasse en Bavière (2011) de Peter Fleischmann, les hommes du village jouent les efféminés pour se moquer de l’homosexuel Abram. Et comme par hasard, le plus virulent et le plus homophobe de tous, c’est Georg, celui qui imite le mieux la tapette ! Dans la B.D. Pressions & Impressions (2007) de Didier Eberlé, le personnage homophobe de Martial, présenté pourtant comme un gros beauf masculin, est très ambigu : il est même plus efféminé que Romain, l’homo « officiel » !
Il arrive très souvent que le personnage homosexuel, avant de se dire homo et de vivre des amours homosexuelles, ait un passé homophobe chargé (et parfois un futur homophobe post-coming out non moins musclé !). Comme si l’origine de son homosexualité était l’homophobie. « Avec les pédés, j’peux pas. En même temps, faut que je fasse gaffe : y’a pas plus folles que les folles qui critiquent les folles. […] C’est drôle. À 16 ans, je cassais du pédé dans les parcs. À 20, je couchais avec. » (Jacques Nolot dans son film « La Chatte à deux têtes », 2002) Par exemple, dans la pièce Bonjour ivresse ! (2010) de Franck Le Hen, Raphaël s’est fait traiter de « tapette » par Benoît au collège… et à l’âge adulte, ce même Benoît fera pourtant son coming out, tombera amoureux du souffre-douleur qu’il avait jadis méprisé (et qui, avec le temps, est devenu un canon ! c’est fou, la vie, hein ?), et ils formeront un couple homo merveilleux et heureux. Dans le roman L’Hystéricon (2010) de Christophe Bigot, Esteban, qui se dira homo plus tard, a jadis été forcé par ses camarades de collège à être homophobe envers Mourad : il l’a battu dans les vestiaires. On assiste exactement à la même scène, cette fois dans le film « Brotherhood » (2010) de Nicolo Donato, où Jimmy est chargé de frapper à mort son copain Lars pour prouver à son groupe néo-nazis que tous les deux ne sont pas amants (ce qu’il fera). Dans la pièce Fixing Frank (2011) de Kenneth Hanes, Jonathan, l’un des personnages homos, raconte qu’il faisait partie de la bande de « casseurs de pédés » qui a tabassé un homme homosexuel de son village… alors qu’il se dira plus tard homosexuel ! « La petite frappe, c’est devenu moi… » avouera-t-il à son amant Frank qui, pour le coup, n’en revient pas que son homme soit un ex-homophobe : « Incroyable… T’as été un péquenaud haineux avant de devenir un Super-Pédé… » Dans le film « C.R.A.Z.Y. » (2005) de Jean-Marc Vallée, Zac a été « casseur du pédé » avant de devenir homosexuel. C’est exactement le même cas de figure avec le personnage de Joe Bill dans la pièce Inconcevable (2007) Jordan Beswick.
Dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, Bryan, le héros, n’est pas venu en aide à un camarade de classe efféminé, Julien, qui comme lui était homosexuel, et qui a fini par se suicider parce que ses camarades le rejetaient : « C’était mon frère de cœur. Nous avions la même faiblesse – si c’en est une – mais je ne me reconnaissais pas en lui. Je l’avais toujours ignoré. Finalement, j’étais peut-être pire que ceux qui se moquaient de lui. » (p. 49) ; « Personne n’était là quand Julien en avait besoin, quand il était bien vivant, quand il désespérait. Personne pour l’écouter, pour le comprendre et lui tendre la main… alors, il est parti. » (p. 51) Un peu plus loin dans le roman, Kévin, le petit copain de Bryan, se fait attaquer par un gang de « casseurs de pédés ». Laurent, le garçon qui est à la tête de ce groupe homophobe, se montre particulièrement ambigu dans ses gestes d’agresseur, vu qu’il embrasse sa victime sur la bouche (p. 266). Kévin explique à son amant Bryan tous les paradoxes de Laurent : « On peut faire semblant, comme le gros connard qui m’a peloté dans le parc. Lui, tout en cassant du pédé, il mourrait d’envie de me baiser et peut-être même qu’encore aujourd’hui, il pense à moi en se masturbant ! » (p. 323) À la fin de l’histoire (désolé de vous la raconter, pour ceux qui voulaient lire ce navet romanesque), Laurent finit par assassiner Bryan. Kévin-et-la-Ferrari-rouge, inconsolable, comprend une nouvelle fois que l’assassinat homophobe n’est pas qu’une déclaration de haine gratuite et hétérosexuelle : « Bryan est mort pour rien, juste parce qu’un malade, qui bande pour moi et qui rêve de me sauter, voulait se débarrasser de lui. » (p. 457) ; et Laurent passe en effet aux aveux devant Kévin : « Je ne sais pas quand, ni où, mais je sais que je te baiserai. J’en fais la promesse sur la tombe de ton pote. T’es trop beau ! Je n’y suis pour rien si tu me fais bander ! » (p. 459)

Dans le film « Brotherhood » (2010) de Nicolo Donato (dont j’ai parlé précédemment, et qui est un film magnifique), on observe d’abord une homophobie intériorisée chez l’un des deux membres du couple, Lars, qui a du mal à se faire à son identité homosexuelle ; et dans un second temps, ce même Lars subit un outing surprenant de la part d’un de ses compagnons politiques qui nourrit envers lui un mélange d’admiration amoureuse et de haine (tiens… la jalousie, c’est une bonne définition de l’homophobie !). Dans le film « Nos Vies heureuses » (1999) de Jacques Maillot, Lukas traite au départ François de « sale pédé ! », puis couche un peu plus tard avec lui en mettant ses penchants homosexuels sur le compte de l’alcool et de la camaraderie militaire… Il « s’assumera » homosexuel à la fin du film.
b) L’homophobie post-coming out : le personnage homosexuel est en réalité homophobe parce qu’il célèbre trop son désir homosexuel
En règle générale, et contre toute attente, les agressions fictionnelles homophobes ne viennent pas de l’extérieur, ni des personnages « hétéros ». Elles concernent les personnages soi-disant hétéros mais en réalité très bisexuels, et les personnages homosexuels entre eux, même s’ils sont les premiers à le regretter et à trouver cela absurde : « Un gay contre un gay, c’est malheureux… » dit Harvey Milk, dans le film éponyme (2009) de Gus Van Sant.
Plus on regarde des fictions traitant d’homosexualité, plus on découvre que l’homophobie n’est pas qu’une homosexualité refoulée. Elle est aussi et surtout une homosexualité en apparence fièrement assumée et pleinement active. C’est quand tout semble être en règle que le naturel violent du désir homosexuel revient au galop, cette fois de manière tout à fait incompréhensible. Comme pour tuer l’ennui. « Chaque gay doit avoir un motif d’en tuer un autre… » signale sournoisement Xav dans la pièce La Mort vous remercie d’avoir choisi sa compagnie (2010) de Philippe Cassand.
Le plus contradictoire (et comique), c’est déjà quand les personnages homosexuels s’insultent de tous les noms d’oiseaux que l’homophobie ait créés, alors qu’ils forment pourtant à eux deux un couple qui prouve qu’ils sont aussi homo l’un que l’autre et qu’ils n’en a pas un pour rattraper l’autre ! : « On n’est pas des pédés ! » (Fred à son amant Max, dans la pièce Des Bobards à maman (2011) de Rémi Deval) ; « Connard, enculé, salope, connasse ! » (Emmanuel, du haut de l’immeuble, à son amant Omar qu’il a violé, dans le film « Homme au bain » (2010) de Christophe Honoré) ; « C’est une folle ridicule. » (la voix narrative parlant du Rouquin, dans le roman Le Bal des folles (1977) de Copi, p. 109) ; « Quand est-ce que tu auras fini de me poursuivre, sale pédale ? » (Pietro à Copi, son ex-amant, dans le roman Le Bal des folles (1977) de Copi, p. 57) ; « On se dit partout connasse ! On se déteste, on s’insulte de sale peste ! » (c. f. la chanson « L’Amour ça va » du groupe Mauvais Genre) ; « Tu ne te trouves pas un peu ridicule, connasse de travelo ? » (Luc insultant Micheline, dans la pièce La Tour de la Défense (1974) de Copi) ; « Ta gueule, espèce de connasse de travelo de merde ! » (Luc à Micheline, Idem) ; « C’est toi, le spectacle sordide ; tu es le seul spectacle sordide ici. » (Jean à Micheline, Idem) ; « On n’est pas des pédés ! » (Sébastien, le héros homosexuel, en conclusion de la pièce Un Mariage follement gai ! (2008) de Thierry Dgim) ; « Il faut toujours que les uns traitent à tort et à travers les autres de pédés, alors qu’ils se livrent peu ou prou aux mêmes activités. » (c. f. la nouvelle « Mémoires d’un chiotte public » (2010) d’Essobal Lenoir, Le Mariage de Bertrand, p. 84) ; etc. Dans la pièce Comme Ils disent (2008) de Christophe Dauphin et Pascal Rocher, David et Philibert se traitent mutuellement d’« enculé ! » et de « pédé ! ».
Il est également très fréquent que le personnage homosexuel dise ouvertement son aversion pour la communauté homo et pour ses semblables homosexuels : « La pensée de devenir involontairement comme eux… me faisait peur, me rendait malade et en colère. » (William Windom à propos des homosexuels, dans le film « Le Détective » (1968) de Gordon Douglas) ; « Il est important que vous le sachiez : je ne suis pas ‘un homo comme ils disent’. Si je reconnais beaucoup de mes frères et sœurs dans le personnage de la chanson de Charles Aznavour – mal dans sa peau, minable, pathétique –, moi, personnellement, je ne m’y reconnais pas. » (Dominique dans le roman Les Julottes (2001) de Françoise Dorin, p. 25) ; « Moi ce qui me gêne, c’est les pédés. Y en a trop. » (Willie, lui-même homosexuel, dans le roman La Meilleure part des hommes (2008) de Tristan Garcia, p. 96) ; « Elles me font chier, toutes ces folles. » (François, précisément la plus « grande folle » du roman Riches, cruels et fardés (2002) d’Hervé Claude, p. 112) ; « J’aime pas les mecs qui traînent dans les bars à pédé. » (JP dans la série « Clara Sheller » (2005) de Renaud Bertrand, l’épisode 5 « Oublier Paris ») ; « Nicolas se désintéresse de la femme, mais ne s’intéresse guère au ‘gay’. Sa curiosité s’applique exclusivement aux jeunes mâles ‘normaux’. […] Il voit trop de femme dans l’homosexuel. » (Benoît Duteurtre, Gaieté parisienne (1996), pp. 21-22) ; « Le milieu, c’est pas mon style ! » (Benoît dans la pièce Bonjour ivresse ! (2010) de Franck Le Hen) ; « J’aime pas les pédés ! » (Lou dans la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi) ; « Ah, race de femmes maudites, vous êtes toutes des putes ignorant tout de la bite ! » (Ahmed à des lesbiennes dans la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi) ; « J’aurais envie de les tuer, mais il vaut mieux que je ne perde pas mes pédales. » (la voix narrative dans le roman Le Bal des folles (1977) de Copi, p. 130) ; « Maintenant, finies les tantes ! On en a plein le dos ! » (les protagonistes homos de la comédie musicale À voix et à vapeur (2011) de Christian Dupouy) ; « Qu’est-ce qu’elles peuvent être niaises dans les bras les unes des autres ! » (Cy Jung, Mathilde, je l’ai rencontrée dans un train (2005), p. 164) Dans le roman Le Puits de solitude (1928) de Marguerite Radclyffe Hall, Brockett, le meilleur ami homosexuel de l’héroïne lesbienne Stephen, reproche à celle-ci son homophobie : « Vous fuyez vos semblables comme s’ils étaient des démons ! » (p. 451)
Dans son spectacle Madame H. raconte la saga des transpédégouines (2007), Madame H. décrit l’homophobie comme un virus… et demande ensuite – comme elle est bien inspirée ! – à la salle entière, remplie de personnes homosexuelles, de se taper dessus les unes les autres ! Dans la pièce Se dice de mí en Buenos Aires (2010) de Stéphan Druet, Alba, la femme lesbienne, rejette son fils Roberto parce qu’il est homo. Dans la comédie musicale Encore un tour de pédalos (2011) d’Alain Marcel, il y a une kyrielle de personnages homosexuels homophobes : par exemple, un homo est violé dans une tournante par des bad boys, qu’il définit comme par hasards comme ses « jumeaux » ; par ailleurs, la chanson « Je hais les gay » de ce même spectacle ouvre les festivités (elle est interprétée par les quatre comédiens-chanteurs qui virent leur cuti au fur et à mesure de l’intrigue). Dans la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi, Pédé se fait attaquer par Fifi et Mimi, les deux clochards travestis, et traiter de « pouffiasse », d’« hystérique ». Dans la nouvelle « Virginia Woolf a encore frappé » (1983) de Copi, « des travestis cubains et pro-lesbiens s’attaquent à une boîte homosexuelle à Pigalle, et aux homos dans les backroom » (p. 90). Ce genre d’assauts homophobes, commandités par les personnages homosexuels eux-mêmes sont apparemment monnaie courante : « Une guerre tribale, comme d’habitude. » (Idem, p. 91) L’écrivain Essobal Lenoir, dans sa nouvelle « Kleptophile » (2010), croque les clones du Marais en portraiturant leurs « déhanchements de dindes et gloussements d’oies », comme s’il se décrivait lui-même ou détruisait ses propres fantasmes : « Toutes ces folles à franges se faisaient monter au rayon j’ai vingt ans, bien qu’elles en eussent au moins le double chacune » (p. 77) Dans le film « Une Femme, un jour… » (1974) de Leonard Keigel, Caroline assène qu’elle est « normale » par rapport aux autres femmes lesbiennes. Dans la pièce Chroniques d’un homo ordinaire (2008) de Yann Galodé, Didier passe son temps à se faire passer pour un homo supérieur aux autres homos de son entourage, même s’il prétend être un « homo ordinaire ». C’est toute la production artistique homosexuelle qui appelle à la haine du « milieu homosexuel ». C’est fou, non ?
c) L’homophobie prend parfois le visage de la tolérance gay friendly, voire homosexuelle :
Mais c’est également la tolérance gay friendly et l’acceptation sans borne de l’homosexualité qui sont les vecteurs de l’homophobie ordinaire. Par exemple, on entend ce genre d’injonctions apparemment paradoxales (mais en réalité très logiques !) énoncées par des personnages bisexuels qui se targuent d’être des « hétéros ouverts » : « Les homophobes, ça devrait pas exister. C’est comme les pédés. » (le personnage de l’hétérosexuelle dans le one-woman-show Karine Dubernet vous éclate ! (2011) de Karine Dubernet) ; « J’aime pas trop les pédés, même si je suis du genre tolérant. » (Claudio dans le roman Riches, cruels et fardés (2002) d’Hervé Claude, p. 58) ; « Pourtant, vraiment, les mecs, ce n’est pas mon truc… » (Idem, p. 60)
d) Le frère (de sang) du personnage homosexuel se montre particulièrement homophobe :
Qui mieux que la figure récurrente du frère homophobe dans les fictions homos pouvait prouver que l’homophobie n’est qu’un effet-miroir d’un seul et même désir : le désir homosexuel ? On retrouve ce frère homophobe dans la pièce Inconcevable (2007) de Jordan Beswick (avec le personnage de Cindy, la catho tradi aux idées très arrêtées), le film « Embrasser les tigres » (2004) de Teddi Lussi Modeste, le film « Du même sang » (2004) d’Arnault Labaronne (avec le frère « casseur de pédés »), le film « À cause d’un garçon » (2001) de Fabrice Cazeneuve (avec le grand frère qui fait une crise de jalousie parce que son frère homo Vincent serait le préféré des parents), le film « Un Amour à taire » (2005) de Christian Faure (avec Régis, le frère collabo qui trahit son frère), le film « Le Clan » (2003) de Gaël Morel, le film « Le Temps qui reste » (2005) de François Ozon, le film « C.R.A.Z.Y. » (2005) de Jean-Marc Vallée (avec les frères particulièrement intolérants de Zac), le roman Las Locas de Postín (1919) d’Álvaro Retana (avec Guillermo le frère de Rafaelito), le film « Lola et Bilidikid » (1998) de Kutlug Ataman, le film « Dernière sortie pour Brooklyn » (1989) d’Uli Edel, le film « Pervola » (1985) d’Orlow Seunke, la pièce Ça s’en va et ça revient (2011) de Pierre Cabanis (avec Viviane, la sœur très bourgeoise et très homophobe de Jean), la pièce Ma Double vie (2009) de Stéphane Mitchell (avec la sœur homophobe de Tania), le film « Donne-moi la main » (2009) de Pascal-Alex Vincent (Antoine, le frère « hétéro » de Quentin, son jumeau gay, devient carrément son maquereau), le film « Toto qui vécut deux fois » (1998) de Daniele Cipri et Francesco Maresto (avec Bastiano, le frère homophobe de Pietrino), etc.

Chez le personnage dont le frère est homo, l’acceptation précipitée de l’homosexualité de son frangin gay, si acceptation il y a, n’est parfois que l’expression d’une homophobie inversée, c’est-à-dire une confirmation/affirmation de l’étiquette du macho hétérosexuel qu’il s’attribue pour se rassurer qu’il n’est pas « homo comme son frère » : « Quand, à 26 ans, j’avais enfin annoncé à mes parents que j’étais gay, Irwin avait accueilli la nouvelle avec flegme tel qu’il m’a fallu un bail pour comprendre ce qu’il ressentait, c’était principalement du soulagement. Pour lui, ma sortie du placard signifiait qu’il n’était plus la honte de la famille ; il pouvait s’occuper de faire des mômes et de vendre des baraques, de redevenir le mec. » (Michael à propos de son frère Irwin, dans le roman-feuilleton Michael Tolliver est vivant (2007) d’Armistead Maupin, p. 90)
Le cliché du frère homophobe peut se vérifier dans les faits, comme en témoigne cet homme homosexuel qui a été violé par son frère quand il était petit : « C’est lui qui m’a appris l’homosexualité qu’il me reproche aujourd’hui. Comme s’il ne se souvenait plus de rien. » (Jean-Sylvain dans, Ça arrive aussi aux garçons (1997) de Michel Dorais, p. 55) Applaudir à l’homosexualité de son frère, cela revient concrètement à cautionner qu’on attaque ce dernier parce qu’on ne serait radicalement pas du tout comme lui…
-------------------------------------frontière à franchir avec précaution----------------------------------
PARFOIS RÉALITÉ
La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :
a) L’homophobie avant-coming out : Beaucoup de personnes homosexuelles deviennent homophobes parce qu’elles refoulent leur désir homosexuel
N.B. : Voir également le code "Liaisons dangereuses" dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.
La haine de soi – il serait peut-être temps qu’on s’en rende compte (… rien qu’en voyant l’origine étymologique du mot « homophobie ») – est l’un des piliers du désir homosexuel. Si on est trop « ennemi de soi-même, comment aimer les autres ? » reconnaît justement Étienne Daho dans sa chanson « Retour à toi ». En parlant des individus homosexuels dans son essai Homoparenté (2010), le psychanalyste Jean-Pierre Winter a ces mots un peu secs mais finalement très justes : « Les uns et les autres sont divisés par ce qu’on appelle une ‘haine de soi’. L’homosexuel est clivé intérieurement entre un homosexuel et un détracteur de l’homosexualité. » (p. 196)
Il arrive très souvent que la personne homosexuelle, avant de se dire homo et de vivre des amours homosexuels, ait un passé homophobe chargé (et parfois un futur homophobe post-coming out non moins musclé !). « En prépa, je me souviens, j’avais une amie qui m’avait fait des déclarations amoureuses et je l’avais envoyée chier violemment. » (Catherine, femme lesbienne de 32 ans, dans l’essai Se dire lesbienne : Vie de couple, sexualité, représentation de soi (2010) de Natacha Chetcuti, p. 57) ; « En fait, si une fille pouvait provoquer chez moi quelque chose qui n’était pas nommable à l’époque, j’avais tendance à l’agresser. » (Élodie, femme lesbienne de 46 ans, Idem, p. 60) ; « Avec deux ou trois élèves de ma classe, nous nous moquions d’un garçon du lycée que nous jugions efféminé et que nous traitions de ‘tapette’. En l’insultant, je m’insultais moi-même, par ricochet, et le plus triste, c’est que je le savais confusément. » (Didier Éribon, Retour à Reims (2010), p. 203) ; « J’entendais dans la cour de récréation les élèves se traiter de ‘pédé’. C’était une insulte, pour moi. Une simple insulte, rien de plus, que j’utilisais à mon tour sans penser à mal, pour être comme les autres. » (Brahim Naït-Balk, Un Homo dans la cité (2009), p. 16) Dans son autobiographie Libre (2011), Jean-Michel Dunand raconte comment il a renié son homosexualité face à un garçon avec qui il avait eu une aventure (« Je te préviens, je ne suis pas du tout homo. C’est juste une expérience. », p. 38), ou bien l’épisode inverse durant lequel Yann, l’un de ses amants, après leur première nuit ensemble, s’est défilé en présentant la même excuse homophobe pour se désengager au plus vite (« D’abord, je ne suis même pas sûr d’être vraiment homo. » Idem, p. 85)

Il est grand temps que nous le reconnaissions. L’agresseur n° 1 des personnes homosexuels n’est pas le « méchant hétéro » mais bien l’homme à la sexualité ambiguë/incertaine, le macho qui joue les « hétéros » pour mieux masquer son homosexualité latente, sa bisexualité violente, cette bisexualité qui s’exprimera à l’occasion par une brutalité envers sa femme/les femmes et envers ses amants homosexuels occasionnels, ou dans des rapports fortement liés au cadre violent de la prostitution et du jeu collectif cruel de la « chasse aux pédés » : « La violence traduit la peur d’être séduit. » (Rennie Yotova, Écrire le viol (2007), p. 111) ; « Quand je vois un beau gars qui me plaît dans la rue, il faut que je change de trottoir. Je connais trop ma sensibilité. » (un témoin homo refoulé, cité dans l’essai Ça arrive aussi aux garçons (1997) de Michel Dorais, p. 198) ; « Bruno, malgré un discours carrément homophobe, a vraisemblablement davantage de relations homosexuelles que de relations hétérosexuelles. Il en va de même pour Éric, qui se prostitue exclusivement avec des hommes ; quoiqu’il s’affirme plus volontiers hétérosexuel qu’homosexuel, il n’a presque jamais eu de rapports hétérosexuels. » (Idem, p. 241) ; « Dans leur ambivalence, certains semblent ‘jouer avec le feu’ : ils sont à la fois attirés et dégoûtés par l’homosexualité. Une grande anxiété mais aussi une curiosité certaine en amènent plusieurs à entretenir à la fois des préoccupations homosexuelles et homophobes. Le cas de Bruno, 25 ans, est à ce titre éloquent. Il dit détester les homosexuels mais hésite, au cours de promenades nocturnes, entre deux possibilités : les pourchasser ou les inviter à faire l’amour avec lui… » (Idem, p. 198) François, 17 ans, sympathisant des skinheads, et abusé dans son enfance, participe activement à des expéditions de « tabassage de tapettes » dans le village gay de Montréal : « J’ai de la misère avec les homos. L’an passé, avec des amis, on allait dans le quartier gay à Montréal, le soir. J’en attirais un dans une ruelle en lui parlant puis, avec les chums [chum = ‘mec’ en Québec] qui m’attendaient cachés, on lui faisait les poches, on lui râpait la face sur l’asphalte si on pouvait. C’était comme une vengeance. […] Finalement c’est à des gars comme mon père que j’en veux, pas aux homosexuels. Je fais la différence aujourd’hui entre les hypocrites qui abusent et les homos. » (Idem, p. 171)
À titre d’exemples d’homophobie homosexuelle entre amants, Costas Taktsis, l’écrivain grec, est assassiné (étranglé) le 30 août 1988 par un amant de passage, alors qu’il se prostituait dans les rues d’Athènes. L’agresseur du chanteur espagnol Miguel de Molina n’est autre qu’un homme homosexuel lui aussi (c. f. l’essai El Látigo y la Pluma (2004) de Fernando Olmeda, p. 56). Carlos Travers, à l’automne 1979 à Madrid, est tué par un prostitué, étranglé par un câble. Álvaro Retana, le romancier espagnol, est assassiné par un prostitué homosexuel en 1970. Joan Joachim Winckelmann est assassiné dans sa chambre d’hôtel de Trieste par un jeune voyou, Francesco Arcangeli. Ramón Novarro, amateur de jeunes prostitués, est retrouvé mort dans sa piscine, assassiné par deux gigolos. Pier Paolo Pasolini a été tué par Pino Pelosi, un jeune homme homosexuel de 17 ans, le 1er novembre 1975. L’homme politique Harvey Milk est assassiné par Dan White en 1978 à San Francisco : l’orientation sexuelle du tueur, si l’on s’en tient à l’adaptation cinématographique de Gus Van Sant, semble plus que trouble.
Personnellement, j’ai rencontré à Angers, l’année 2002, un homme de cinquante ans, Jacques, à l’association homosexuelle Tonic’s. Quand je lui ai parlé en tête à tête au cours d’un dîner associatif, il avait l’air d’être assez torturé, d’avoir des pratiques aux antipodes de ses idéaux profonds. Si je devais résumer, l’impression que Jacques m’a laissée est celle d’un dragueur désespéré. J’ai appris quelques années plus tard qu’il avait été retrouvé mort étranglé dans son appartement. Tout de suite mes amis homos de l’époque m’ont raconté les faits et ont conclu au meurtre HOMOPHOBE perpétré par un terrible psychopathe hétéro qui s’attaquerait à tous les homosexuels de cette belle ville d’Angers (Qui sera le prochain sur la liste du « méchant Homophobe » ? Sûrement). Le fin mot de l’histoire n’intéressa pas grand monde (à part moi…). En effet, la police a découvert qu’il s’agissait d’un règlement de compte entre amants, et que Jacques avait demandé à son amant homo de passage de le soulager définitivement d’une existence trop lourde à porter. Affaire classée. Pas qu’homophobe : homosexuelle surtout !
Beaucoup d’hommes et de femmes homosexuels décrivent le visage homosexuel de leur agresseur homophobe : « J’ai moi-même été plusieurs fois la victime d’agressions. » (Denis Daniel à propos de ses amants, dans Mon Théâtre à corps perdu (2006), p. 119) ; « La vie de cet intellectuel [Pasolini] qui ne se sentait bien qu’avec la canaille était fascinante et, on le comprendrait quelques années plus tard, assez effrayante. » (Jean-Claude Brialy dans Le Ruisseau des singes (2000), p. 144) ; « Ce qui, pour moi, reste un mystère absolu, c’est pourquoi ces garçons, malgré leur haine féroce pour les homos, voulaient avoir des relations sexuelles avec un gay comme moi. » (Brahim Naït-Balk, Un Homo dans la cité (2009), p. 81) ; « J’ai travaillé pendant 4 ans avec une ‘bande de loubards’, tels qu’ils se définissaient eux-mêmes, dans le XVIIe arrondissement de Paris. Fréquemment, ils allaient ‘casser du pédé’ au square des Batignolles. En repensant à eux, à leurs discours, aux descriptions qu’ils aimaient faire, s’intégrant à leur mode de provocation par rapport à l’adulte, à l’éduc, je reconnais volontiers ma cécité. La bande : une cinquantaine de jeunes de 14 à 30 ans, bardés de chaînes, de croix gammées pour certains, de blousons de cuir, vivaient une homosexualité latente. […] Sans vouloir en rien énoncer que ces hommes provoquaient le viol parce que homosexuels, le viol d’hommes est peut-être localisé autour des sphères homosexuelles. » (Daniel Welzer-Lang, Le Viol au masculin (1988), pp. 183-184)
Dans son témoignage sur un viol collectif survenu contre un homme homosexuel par une bande de jeunes, Carlos López décrit leur homosexualité latente (Carlos López, cité dans l’essai El Látigo y la Pluma (2004) de Fernando Olmeda, p. 115). En avril 1993, deux hommes sont arrêtés (l’un de 60 ans, Félix P.R., l’autre de 50 ans, Gregorio C.M.) parce qu’ils se faisaient passer pour des policiers au cinéma Carretas de Madrid afin de forcer des clients à coucher avec eux (Fernando Maldonado, dans l’essai El Látigo y la Pluma (2004) de Fernando Olmeda, p. 142). Pendant la Seconde Guerre mondiale, un prisonnier homosexuel raconte que ses deux compagnons de cellule de camp de concentration, qui maltraitaient la « pédale » qu’il était parce qu’ils se disaient « hétéros », étaient finalement homosexuels : « De ce qu’ils racontaient, je pus déduire qu’ils étaient tous deux mariés, mais j’ai découvert dès la première nuit qu’ils se faisaient des choses sans se cacher. D’après ce qu’ils pensaient, c’était un moyen de remplacement et pas une histoire de pédés ! » (un témoin cité dans l’ouvrage Les Hommes au triangle rose (1981) de Hans Heger)
L’orientation bisexuelle ou homosexuelle n’est quasiment jamais dévoilée par l’agresseur : « La plupart des agresseurs auraient tendance à se définir comme hétérosexuels exclusifs et s’avèreraient, de surcroît, homophobes » (Michel Dorais, Ça arrive aussi aux garçons (1997), p. 108), ce qui conduit la victime à désigner naïvement son violeur homophobe comme « 100 % hétérosexuel » (alors qu’à mon avis, si l’agresseur a une orientation sexuelle, il a les trois en même temps : homosexuelle, hétérosexuelle, et bisexuelle !) et à se croire elle-même parfois d’orientation homosexuelle, du fait de son statut de victime passive : « La plupart des agresseurs sont décrits par leurs victimes comme étant ou s’affirmant d’orientation hétérosexuelle, quelquefois bisexuelle, très rarement homosexuelle. » (Idem, p. 73) Encore une fois, la majorité des personnes homosexuelles se voilent la face sur la nature homophobe du désir homosexuel, et sur le caractère homosexuel de l’agression homophobe.
b) L’homophobie post-coming out : Beaucoup de personnes homosexuelles sont en réalité homophobes parce qu’elles célèbrent trop leur désir homosexuel
N.B. : Voir également le code "milieu homosexuel infernal" dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.
En tout individu homosexuel, même après son coming out, même en couple « stable », il y a des vieux réflexes d’homophobie qui reviennent au galop : « ‘Je n’oublierai jamais l’horreur indicible qui glaça la lymphe de mes glandes quand le mot honteux jaillit dans mon esprit torturé : j’étais un homosexuel.’ Parce qu’on est tous plus ou moins passés par là, les tourments de William Burroughs relèvent de l’universel. » (c. f. la citation de Burroughs commentée par un journaliste de la revue Têtu, n° 127, novembre 2007, p. 104) ; « Je ne vais pas vous faire le coup du coming out, ce serait presque banal et dénué d’intérêt. » (Gaël-Laurent Tilium, Recto/Verso (2007), p. 14) ; « Est-ce que je suis homo ou hétéro ? Je me vois comme hétéro ; l’homosexualité, ce n’est pas pour moi. Je suis certain que ça vient des abus. » (Bruno, un garçon bisexuel de 25 ans, cité dans Ça arrive aussi aux garçons (1997) de Michel Dorais, p. 206) Le cinéaste homosexuel britannique Terence Davies considère l’homosexualité comme une « exécrable malédiction » (c. f. l’interview dans le journal The Guardian, 6 octobre 2000). On voit bien, à travers de tels témoignages, qu’il ne suffit pas de se dire « homosexuel » pour bien le vivre. C’est bien parce que le désir homosexuel est intrinsèquement homophobe que Didier Éribon dit que le coming out est une démarche souvent ratée et à refaire éternellement : pas pour une autre raison (même si le sociologue soutiendr à l’inverse que c’est à cause de l’imbattable homophobie sociale que ce travail de Sisyphe est sans fin).
Les exemples de haine homophobe des personnes homosexuelles déclarées fusent. Par exemple, André Gide ne tolère que les hommes pédérastes, pas les personnes homosexuelles efféminées qu’il juge « anormales ». Jean Genet « n’aime pas les homosexuels » (Edmund White concernant Jean Genet, cité dans Magazine littéraire, n° 313, septembre 1993, p. 29). Dans l’essai L’Homosexualité dans tous ses états (2007) de Pierre Verdrager, Simon, comme la majorité des personnes homosexuelles, « se sent très différent des homosexuels » (p. 89). Dans le documentaire « Pierre Louÿs : 1870-1925 » (2000) de Pierre Dumayet et de Robert Bober, Pierre Louÿs, pourtant homosexuel, dit être « dégoûté de l’homosexualité ». La lesbophobie des hommes gay est assez répandue. Mais celle des femmes lesbiennes entre elles est tout aussi marquée (c. f. le film « Sex Revelations » (1996) de Jane Anderson). Violette Leduc, Marguerite Yourcenar, ou Cathy Bernheim, se sont même demandées si elles ne détestaient pas seulement les femmes mais aussi les femmes lesbiennes. Virginia Woolf, par exemple, refuse d’être assimilée aux « saphistes » et aux hommes efféminés qui s’affichent.
Cela choquera certains que je le dise, mais c’est pourtant vrai. Le premier acte d’homophobie intériorisée, c’est déjà le suicide opéré au nom de l’homosexualité/l’homophobie. Par exemple, le militant gay Alfredo Ormando, en 1998, s’est immolé lui-même par le feu sur la place saint Pierre au Vatican pour protester contre l’homophobie. Son acte a-t-il été reconnu comme un acte homophobe ? Pas du tout, puisqu’il est enrobé d’intentions pro-gay, d’émotionnel catastrophiste, et qu’il est dirigé contre sa propre personne. Notre époque a tout simplement du mal à envisager qu’on puisse être son pire ennemi… Autre exemple d’homophobie homosexuelle par le suicide : celui de Sébastien Nouchet, qui, on l’a appris plus tard, n’a pas été la victime de l’acte homophobe odieux qu’on croyait, mais qui s’est en réalité incendié lui-même à l’essence dans son jardin le 16 janvier 2004 (cette affaire avait défrayé la chronique et ému l’opinion publique juste au moment des Gay Pride françaises).
Mais allons plus loin en reconnaissant que ce sont ceux qui persécutent le plus la communauté homosexuelle qui sont, dans le privé, les individus les plus homosexuellement pratiquants. Par exemple, dans les années 1950, le sénateur homosexuel américain Joseph McCarthy organise une véritable « chasse aux sorcières » contre les communistes et les personnes homosexuelles aux États-Unis. Son amant, l’avocat républicain et gay honteux, Roy Cohn, mort des suites du Sida en 1988, a toute sa vie exprimé publiquement son dégoût des personnes homosexuelles et prétendu être atteint d’un cancer au moment de sa mort (son histoire est représentée dans la pièce Angels in America (1991) de Tony Kushner). Autre cas qui semble inouï : celui du directeur du F.B.I., J. Edgar Hoover. Cet homme a pourchassé les personnes homosexuelles en temps de maccarthysme alors même qu’il a vécu 40 ans avec son compagnon (c’est pourquoi Sébastien Chauvin, dans son article « Hoover », publié dans le Dictionnaire de l’homophobie (2003), évoque le « paradoxe Hoover »). Tout récemment, en 2010, on a découvert que le pasteur Eddie Long, télévangéliste nord-américain pourtant particulièrement connu pour ses prêches anti-gay, est pédophile et homosexuel. En 2011, aux États-Unis, on découvre que Phillip Hinkle, opposant au mariage gay dans l'État de l'Indiana, a eu des relations sexuelles avec un jeune escort boy. En France, le politicien Renaud Donnedieu de Vabres est « outé » alors qu’il défile contre le PaCS en 1999 ! Les ambiguïtés homophobes de la pratique homosexuelle se vérifient à l’échelle d’une nation ou de communautés particulièrement hostiles aux personnes homosexuelles : « Il se passe dans l’Islam le contraire de ce qui se passe en Occident. En Occident, aujourd’hui, le pouvoir est libéral, mais l’opinion reste à la traîne ; dans l’Islam, les autorités répriment ce que la population pratique sans complexe. » (Dominique Fernandez, L’Amour qui ose dire son nom (2000), p. 11)

Beaucoup de personnes homosexuelles disent clairement leur mépris de leurs « semblables » d’orientation sexuelle et leur préférence sexuelle pour tous les individus qui, de près ou de loin, ne « font pas homos » : « Quand un gars s’approche et qu’il me plaît, je le laisse faire. Quand il ne me plaît pas et qu’il s’approche trop, je lui dis : ‘Aie, qu’est-ce que tu fais ? Laisse-moi tranquille, maudite tapette !’. » (Bruno, bisexuel de 25 ans, cité dans l’essai Ça arrive aussi aux garçons (1997) de Michel Dorais, p. 205) ; « Je ne fais pas partie de ces vieilles folles qui se peinturlurent. » (Francis Bacon dans le documentaire « Francis Bacon » (1985) de David Hinton) ; « C’est avec quelqu’un comme lui que je conçois une relation entre deux garçons, peut-être parce que nous nous ressemblons, parce qu’on ne dirait pas que nous sommes homosexuels. » (Alexandre Delmar, Prélude à une vie heureuse (2004), p. 144) ; « Je ne suis toujours pas gay. Je n’ai jamais supporté cette appellation souvent utilisée du bout d’une lèvre incertaine, mêlant grivoiserie retenue et honte passagère à l’égard des garçons qui préfèrent les garçons. […] Je ne me reconnais en aucun cas dans ce que certains appellent ‘le milieu’. » (Gaël-Laurent Tilium, Recto/Verso (2007), pp. 255-256) ; « Le plus triste dans sa déchéance alcoolique aura été son antisémitisme, ses délires homophobes. » (Gore Vidal parlant de l’écrivain homo Jack Kerouac, dans Palimpseste - Mémoires (1995), p. 352)
Le 7 avril 2011, je discutais avec un ami metteur en scène et écrivain, Jérémy Patinier, à la fin de la représentation d’une de ses pièces. On parlait de ses projets à venir. Et il me dit qu’il est en train d’écrire une pièce plus ouvertement gay que ses précédents travaux… mais qui traitera du « comment rester folle tout en étant hors milieu ». Je me suis dit en moi-même : Pourquoi les créateurs homosexuels ont-ils en général tant de mal à assumer de parler franchement d’homosexualité, même quand ils prétendent sincèrement le faire ?
Certains membres de la communauté homosexuelle se leurrent en pensant que seule l’homosexualité refoulée est facteur de violence et que « de toutes les déclinaisons, la moins néfaste n’est certainement pas l’homophobie intériorisée » (Daniel Borrillo, « Homophobie », dans le Dictionnaire des cultures gays et lesbiennes (2003) de Didier Éribon, p. 255). Le sujet homosexuel peut devenir homophobe après s’être « assumé » pleinement homosexuel, comme c’est le cas avec « Sébastien » (c. f. l’autobiographie Ne deviens pas gay, tu finiras triste (1998) de Sébastien). On le voit également à travers l’article de Manuel Puig, « El Error gay », publié dans le journal argentin El Porteño en 1990, dans lequel l’écrivain fait une critique sévère du « milieu homosexuel ».
On entend très souvent de la part des personnes homosexuelles une attaque féroce du « milieu homosexuel », surtout à travers la Gay Pride. C’est sensiblement les mêmes discours sur l’exhibition et la discrétion qui reviennent sur le tapis (genre « ‘Ils’ donnent une mauvaise de nous. Tous les homos n’ont pas une vie sexuelle débridée et des plumes dans le cul ! ») : « Dans la réalité, une mouvance gay s’exprime dans les médias d’une manière provocatrice qui me dérange et le tapage médiatique qui en résulte offre une vision unilatérale de l’homosexualité. » (Jean-Michel Dunand, Libre (2011), p. 132) Le plus gênant, à mon sens, dans ces plaintes – lâches mais compréhensibles – , c’est qu’elles sont démobilisatrices, et surtout, elles déplacent et réduisent la critique des actes homosexuels à une simple question de visibilité, de paraître (« Après tout, les homos/nous font/faisons bien ce qu’ils veulent/ce que nous voulons, à partir du moment où ça ne se voit pas… »). Elles ne règlent absolument pas la question morale des actes homosexuels. En cela, je trouve que la demande du fameux « droit à l’indifférence » pour se fondre dans la masse, la revendication d’une homosexualité invisible et belle dans la fidélité, la critique homosexuelle de la Gay Pride, si et seulement si elles ne donnent pas lieu à une reconnaissance et à une remise en cause des actes homosexuels privés, sont des démarches particulièrement homophobes. À travers beaucoup de récits d’auteurs homosexuels dépeignant avec amertume et cynisme la soi-disant superficialité du « milieu », on décèle une forme de déni de leurs propres actes, d’auto-punition d’être tombés dans les panneaux qu’ils dénoncent. Dans tous les cas, on ne sort pas la tête de l’eau, et le débat sur la nature et le sens du désir homo passe à la trappe… pour laisser du coup un espace vacant à une homophobie croissante.
Les artistes homosexuels savent implicitement que leur public le plus impitoyable, ce n’est pas les personnes dites « hétérosexuelles » mais bien les membres antipathiques de leur propre « famille homosexuelle ». « Les mêmes folles qui s’étaient hystérisées dans les manifs du FHAR – le Front Homosexuel d’Action Révolutionnaire – étaient prêtes à brûler théâtres et cinémas où l’on jouait La Cage aux folles. Et à cribler d’épingles des figurines à l’effigie de Jacques Chazot, copieusement honni, et qui donna pourtant à la follitude quelques-unes de ses lettres de noblesse. » (c. f. la revue Têtu, n° 135, juillet-août 2008, p. 72) À la question « Ça vous gênerait d’avoir un public uniquement gay ? », Pascal Rocher, metteur en scène homosexuel, répond en boutade : « Oui. Parce qu’ils ne sont pas faciles, ils sont sans pitié ! » (c. f. le magazine Égéries, n° 1, décembre 2004/janvier 2005, p. 95) De nombreuses personnes homosexuelles médiatiques continuent de nous prouver qu’elles ont fait concrètement l’expérience de l’homophobie homosexuelle, et que l’homophobie hétérosexuelle n’est qu’un mythe. Mais malheureusement, nous persistons à nous boucher les oreilles pour contenter notre propre hétérophobie et préserver nos illusions amoureuses !
Pour clore ce long exposé sur l’homophobie homosexuelle, j’avais envie de finir par un best of de tous les témoignages (mal connus du grand public puisqu’ils ne résonnent qu’en coulisses) de ces personnalités homosexuelles qui, en croyant bien faire et défendre courageusement leur Patrie LGBT, sont revenues du champ de bataille blessées – et abasourdies ! – par les balles qu’elles ont reçues, non de la part de l’« ennemi hétérosexuel » du devant, mais de l’ennemi homosexuel qui se tenait derrière elles et qui était censé logiquement les couvrir ! :
« Je ne pensais pas qu’il y avait autant d’intolérance chez les homos. Ils se plaignent à longueur de journée de ne pas avoir tel ou tel droit et ils ne sont même pas unis entre eux. […] Les seuls papiers méchants que j’ai eus dans la presse, c’était dans la presse gay. Quand je suis sorti de ‘La Ferme’, j’ai eu 10000 lettres de fans, et six lettres d’insultes qui venaient toutes de gays. » (Vincent McDoom dans le magazine Égéries, n° 1, décembre 2004/janvier 2005, pp. 52-55) ; « Sache qu’on ne m’a pas classé dans une catégorie après mon passage à la télé. Certes, je suis l’homo de service à mon boulot et c’est pour rire que mes collègues balancent des blagues sur les pédés. Mais les gens veulent me connaître pour mes qualités et mes défauts, pas pour mon homosexualité. Ce qui est amusant, c’est que ce sont les homos qui me caricaturent en s’imaginant que j’aime les mêmes choses que les folles, qui fréquentent le milieu. Les homos sont intolérants. » (un extrait d’une lettre de Jérôme qui a été l’invité remarqué de l’émission « Jour après Jour » de novembre 2000, et qu’il m’a écrite personnellement en 2001) ; « Avec Clovis [Cornillac], nous avons été surpris de la petite polémique qu’il a pu y avoir à la sortie cinéma de ‘Poltergay’, concernant le côté homophobe ou homophile du film. On est vraiment tombés des nues. » (Éric Lavaine, le réalisateur du film « Poltergay » (2005), cité dans Le Cinéma français et l’homosexualité (2008) d’Anne Delabre et Didier Roth-Bettoni, p. 57) « J’ai été mieux perçu par les rappeurs que par les homos. » (le rappeur gay Monis à l’émission « Homo Micro » de Radio Paris Plurielle le 1er mars 2010) ; « J’ai plus souffert dans le milieu LGBT que dans le milieu du rap [pourtant réputé homophobe]. » (ce même rappeur, cette fois à l’émission « Homo Micro » du 25 avril 2011) ; « J’ai eu beaucoup plus de problèmes avec les femmes qu’avec les hommes. Les mecs m’ont toujours accepté à 85 % avec mon penchant pour les filles. Les filles ne m’ont pas accepté à 85 % avec mon penchant pour les mecs. » (Christine, intervenante bisexuelle, huée par le public de l’émission « Ça se discute », diffusée sur France 2 le 18 février 2004, parce qu’elle a osé dire tout haut que l’homophobie était plus homosexuelle qu’« hétérosexuelle ») ; « Curieusement, du côté hétérosexuel, je n’ai jamais eu d’ennemis. Évidemment, il existe toujours quelques vrais conservateurs. Mais mes pires ennemis, je me les suis fait parmi les homos. » (Rosa Von Praunheim dans le documentaire « 68, Faites l’amour et recommencez ! » (2008) de Sabine Stadtmueller) José Mantero, l’ex-prêtre catholique, raconte qu’au moment de son coming out dans la revue gay espagnole Zero en février 2002, ses deux ennemis ont été la hiérarchie catholique, et, à sa grande surprise, les membres des mouvements homosexuels officiels, « les dirigeants gay du moment, trop préoccupés par leur propre ascension personnelle » (José Mantero, « Doce Días de Febrero », dans Primera Plana (2007) de Juan A. Herrero Brasas, pp. 189-194). Lors de la sortie du livre-bombe Le Rose et le noir (1996), on couvre d’insultes le pourtant très objectif Frédéric Martel qui a décrit la censure qui sévit dans le « milieu homosexuel », notamment au moment de l’apparition du Sida en France : « Un gay trahit les gays » (c. f. propos rapportés dans l’essai La Politisation de l’ordre sexuel (2008) d’Albert Le Dorze, p. 103). Dans son autobiographie La Vie dure : Éducation sentimentale d’une lesbienne (2010), Paula Dumont parle de la cruauté et de l’ingratitude d’une grande partie de la population homosexuelle à l’encontre d’un de ses pionniers, André Baudry, ancien séminariste, créateur des thés dansants et de la fameuse « danse du tapis », qui a fondé la première association française ouvertement homosexuelle, Arcadie, et qui a déblayé le chemin de la communauté homosexuelle actuelle. « Il était de bon ton de ricaner derrière le dos de cet homme et je n’ai jamais compris pourquoi. Les gens de gauche le trouvaient trop à droite alors qu’Arcadie était apolitique, les homosexuels honteux lui reprochaient de rendre visible ce qu’ils auraient préféré voir tenu caché, les femmes regrettaient qu’il soit un homme et tous ceux qui n’avaient jamais remué le petit doigt pour améliorer notre sort criaient, quoi qu’il fasse, qu’il se fourvoyait. Tout en laissant braire ces ânes, j’ai adhéré au club et j’ai été de tous les congrès et de tous les débats jusqu’à ce qu’André Baudry finisse par jeter l’éponge. J’ai toujours eu la plus grande estime pour cet homme qui s’était entièrement dévoué à la cause de ses semblables et en qui l’on pouvait avoir toute confiance. […] Il connaissait tous les Arcadiens par leur nom et il avait pour chacun d’eux un mot chaleureux. Merci à vous, cher André Baudry ! » (p. 69) Qui, parmi la jeune génération homosexuelle, connaît ce monsieur ? Et qui, chez les rares militants homosexuels plus âgés qui l’identifient, rendent hommage à celui que la légende actuelle à presque transformer en « pédé bourgeois, honteux » (voire homophobe !) ? Pas grand monde. Par ailleurs, Paula Dumont continue d’évoquer l’homophobie homosexuelle, mais cette fois celle dont elle a fait les frais de la part de son entourage proche. Elle évoque en effet l’inimitié de certaines de ses amies lesbiennes qui ne supportent pas qu’elle ose afficher son homosexualité au grand jour : « Il était manifeste que Catherine était choquée par la visibilité de mon homosexualité. Pour elle, j’étais la représentation, la statue vivante, l’incarnation même du lesbianisme. » (Idem, p. 174) Geneviève Pastre, quant à elle, regrette que certaines lesbiennes féministes lui aient reproché d’avoir affiché ouvertement son homosexualité : « J’ai reçu ce boycott du petit monde féministe-lesbien, en pleine figure. » (Geneviève Pastre, De l’amour lesbien (1980), p. 15) Et bien oui ! On a beau jouer le vieux routier du « milieu homosexuel », ce n’est pas pour ça qu’on a compris d’où venait les balles !
Je peux aussi vous parler de mon cas personnel, avec un exemple particulièrement parlant d’homophobie homosexuelle. Le 3 mai 2011 dernier, le jour de mon anniversaire, j’ai reçu une véritable pluie de vœux de la part de mes amis, et notamment de mes contacts Facebook. Jamais on ne m’avait autant souhaité mon anniversaire ! Le député UMP, Christian Vanneste, réputé très homophobe, m’a également écrit un simple « bon anniversaire » sur mon mur public Facebook. Il faisait partie de mes contacts car suite à ma participation au duo « Lettre ouverte » que j’avais chanté avec le rappeur Monis (et qui était clairement une main tendue, non une matraque : « Ceci n’est pas une déclaration de guerre. Juste un appel à la paix. C’est notre lettre ouverte. » termine la chanson), je souhaitais poursuivre ce dialogue amorcé, appliquer ce que j’avais défendu, et m’expliquer sur ma démarche. Les vœux de Vanneste étaient donc discrets mais justifiés. Perdus au milieu de 300 autres messages de sympathie, ils ont quand même été identifiés par quelques-uns de mes camarades chroniqueurs de l’émission radio « Homo Micro » de Fréquence Paris Plurielle, dans laquelle je travaillais bénévolement depuis 2 ans et demi, presque tous les lundis, pour animer la chronique symbolique. L’un d’eux est allé moucharder dans un mail collectif adressé à toute l’équipe radio que « le très homophobe Christian Vanneste avait souhaité un bon anniversaire au Roi des Codes » que j’étais. J’ai bien évidemment réagi, en proposant à ce chroniqueur-Grand-Inquisiteur de fouiller mes 2500 contacts Facebook (et même ma corbeille à papier !) s’il voulait absolument m’associer à tous mes amis et à toutes mes nombreuses lectures pour prouver que j’étais bien le dangereux homophobe qu’il suspectait ! S’en est suivi un échange de mails plus ou moins orduriers, certains me taxant de « traître homophobe » ou me reprochant ma foi catholique. Si ces soi-disant « défenseurs des homos » savaient au moins se relire quand ils rédigent un mail délateur, ça m’éviterait d’avoir à expliquer que les individus homophobes ne se trouvent pas du côté qu’on croit. La preuve en est qu’en m’attaquant, le chroniqueur qui m’a « balancé » auprès des autres, et m’a forcé à quitter l’émission, a terminé son tout premier mail collectif par un aveu qui résume à lui seul tout ce que j’ai essayé de vous expliquer sur l’homophobie de ces militants pro-gay : « Bises homophobes. »
Comme le dit fort à propos l’écrivaine Nina Bouraoui dans l’émission « Culture et dépendances » (diffusée le 9 juin 2004 sur France 3), « avant de combattre l’homophobie des autres, il faut avant tout dépasser notre propre homophobie », et envisager l’homophobie non pas comme un processus extérieur à nous, mais comme un processus intérieur, lié à la nature profonde de notre désir homosexuel. Un désir pour et contre lui-même.
Écoutez la chronique radio de Philippe Ariño sur le code de l' "Homosexuel homophobe" à l'émission "Homo Micro" (106.3 FM) en cliquant ICI.