Code n° 84 : Haine de la famille

 

 

 

Photo de famille déchirée dessinée par Philippe

 

 

 

 


Notice explicative :

 

 

 

 



Les personnes homosexuelles : amies de la famille réelle ?? C’est une plaisanterie ou quoi ??

 

 


Amies sincères des familles symboliques, des familles élargies, des familles éclatées, des familles recomposées, des familles télévisuelles, des familles artistiques, des familles amicales, des familles adoptives, des familles « ouvertes », des familles avec 3-4 « parents », des familles sans parents (ou sans enfants !), des familles sentimentales, des familles avec très peu de lien de sang et de désir, des familles irréelles, ça, ASSURÉMENT ! Elles sont tout sauf hétérophobes. Mais amies de la famille réelle, très peu !

 

 

 

 

Famille recomposée

 

 

 


Pour en avoir la confirmation, il n’y a qu’à écouter et voir agir la grande majorité des personnes homosexuelles avec leur propre famille (les rapports sont généralement explosifs ou inexistants), et ensuite l’égoïsme larmoyant et agressivement sincère avec lequel certaines réclament maintenant le « droit au mariage » et le « droit à l’enfant » (alors qu’il y a quelques années de cela, quand la mode du militantisme LGBT n’était pas du tout au mariage ni à l’adoption, il ne fallait surtout pas leur parler de ces « symboles de bourgeoisie réactionnaires » qu’étaient pour elles le couple, les enfants, l’institution du mariage, la famille !). Certes, les sentiments de haine, ou tout simplement les besoins de distance/rupture, concernant le milieu familial proche, sont humains, et non spécifiques aux seules personnes homos : tout Homme ressent, à différents degrés et moments de sa vie, la nécessité de couper le cordon avec son père, sa mère, ses frères, et de vivre pour lui-même. La relation au père/Père, tout particulièrement, est quasi universellement compliquée et problématique. Cela dit, sans généraliser à tous les individus homosexuels, la haine de la famille est particulièrement marquée dans le désir homosexuel et au sein la communauté homo. Et on comprend pourquoi ! Beaucoup d’individus homosensibles ont connu/connaissent des conflits dans leur propre famille, un manque d’amour et de reconnaissance, le rejet, le divorce des parents, et parfois même le viol et l’inceste. Dans cette histoire de la « familiophobie » homosexuelle, ce sont bien les couples femme-homme désunis qui ont commencé !

 

 

 


Ça, c’est pour la face noire. Mais si les personnes homosexuelles retournaient positivement la médaille de leur dégoût de la famille, elles auraient le formidable pouvoir de dénoncer les manquements d’amour des familles (hétérosexuelles uniquement ; je ne parle pas des familles aimantes ici), les viols, les divorces, les fautes de respect dans les rapports parents-enfants ou bien femme-mari, de la société toute entière. Cette haine homosexuelle de la famille n’est pas à diaboliser (pour jeter la faute sur les personnes homosexuelles) ni à neutraliser : elle est à convertir en défense de la famille réelle et aimante intégrant la différence des sexes et l’ouverture à la vie par l’accueil des enfants.


 


En général, les membres de la communauté homosexuelle n’apprécient pas qu’on vienne analyser ce cliché homo de la « haine de la famille », car il est le signe en elles d’une blessure profonde, qu’elles ne veulent pas décrypter ni raviver. « Les homosexuels aiment leur famille. C’est plus souvent la famille qui rejette l’homosexuel que l’inverse. » (Hugo sur le site http://homophobie.free.fr, consulté en octobre 2003) On entend par exemple un écrivain comme François Reynaert (auteur, entre autres, de l’essai Nos Amis les hétéros, en 2004) s’insurger à l’émission Culture et Dépendances (sur la chaîne France 3, le 9 juin 2004) contre le raccourcissement soi-disant « injuste » du fameux adage d’André Gide « Familles, je vous hais. » (la phrases complète, c’est « Familles, je vous hais. Foyers clos ; portes refermées ; possession jalouse du bonheur. »)… alors que le fait d’avoir tronqué cette phrase ne change rien au sens global de la diatribe. On apprend juste, quand on la lit en entier, que c’est sur la réalité même du bonheur conjugal que les personnes homosexuelles sont souvent à côté de la plaque…

 

 

 


Je vous encourage fortement à compléter la lecture de ce code par celle des codes "L’homosexuel = L’hétérosexuel" et "femme et homme en statues de cire" présents dans mon Dictionnaire des Codes homosexuels, car ils lui sont très proches, et ils explicitent le concept d’hétérosexualité, si mal compris de nos contemporains.

 

 


 


N.B. : Voir également les codes "petits morveux", "mariée", "orphelins", "ombre", "L’homosexuel = L’hétérosexuel", "femme et homme en statues de cire", "matricide", et "parricide la bonne soupe", dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.

 

 

 

 

 

 

 


 

FICTION

 

 

 

 

 

 

a) La famille hétérosexuelle est sacralisée comme une union ultra-heureuse à imiter, avant d’être méprisée :

 

 

 

 

Famille mortelle

 



Dans les fictions traitant d’homosexualité, on constate dans un premier temps que la famille est observée comme un objet qu’elle n’est pas (car les vraies familles, elles, sont vivantes ; je rappelle) : « Nicolas suivit jusqu’au dernier soupçon leurs trois paires de fesses, comme un fragment de la réalité pure. » (Nicolas décrivant un trio hétérosexuel Papa-Maman-Enfant formant une « famille appuyée contre le métal blanc », dans le roman Gaieté parisienne (1996) de Benoît Duteurtre, p. 117) ; « Alors, le silence revient dans la chambre de mon enfance. Je regarde les volets fermés sur la fenêtre ouverte. Je regarde le liseré rouge de la tapisserie, les photographies sur le mur, la reproduction d’une toile du Greco, les meubles du siècle dernier, qui proviennent de l’ancienne demeure des aïeux disparus, l’imposant miroir au-dessus de la cheminée de marbre, un fauteuil dont l’étoffe est usée, et le lit où nous nous trouvons étendus, dans le désordre des draps de famille, ceux où figurent les initiales des noms du père et de la mère, comme des armoiries ridicules. Je regarde ce tout petit monde qui n’est pas à notre mesure, ce lieu étrange où je n’imaginais pas perdre ma virginité, cet espace incertain où nous tanguons délicieusement. » (Vincent en parlant de lui et de son amant Arthur, dans le roman En l’absence des hommes (2001) de Philippe Besson, p. 68)

 

 

 

 

affiche du film "Tanguy" (2001) d'Étienne Chatiliez

 

 


La famille n’apparaît plus comme humaine. Elle est dépersonnifiée, vidée d’âme, voire bestialisée, comme le seraient des mammifères exposés sous vitrine dans un Muséum d’Histoire Naturelle (le Musée de l’Homme !) : cf. le film « Les Majorettes de l’Espace » (1996) de David Fourier, le vidéo-clip de la chanson « Au Commencement » d’Étienne Daho, etc. Dans le film « Almost Normal » (2005) de Marc Moody, par exemple, les personnes attirées par les membres du sexe « opposé » sont qualifiées de « reproducteurs ».

 

 

 


Bizarrement, la famille est à la fois décrite par le personnage homosexuel comme un cauchemar vivant et un idéal figé : « Nos familles ne sont que des herbiers. » (le juge Xavier Kappus dans le roman Portrait de Julien devant la fenêtre (1979) d’Yves Navarre, p. 57) ; « Ça doit être ça l’idéal. » (idem, p. 109) Dans le film « Lust » (2000) de Dag Johan Haugerud, les membres de la famille, allongés et endormis, sont passés au crible de la lampe-torche tenue par les deux amants homosexuels faisant des commentaires désobligeants à propos de chacun d’eux, à voix basse : les proches parents sont étudiés comme des dossiers, comme des « cas sociaux » ou « cliniques ». Dans le roman La Cité des Rats (1979) de Copi, la Cour de Justice jugeant Mimile se compose exclusivement de sa propre famille : les pères d’un côté, les mères de l’autre, le grand-père trônant en juge avec son marteau (p. 80).

 

 

 


Dans beaucoup de films homosexuels, la famille est réduite à un cliché photographique kitsch exposé sur une armoire poussiéreuse, ou à une séance photos pathétique et peu conviviale : cf. le film « Les Parents terribles » (1948) de Jean Cocteau, le film « The Rocky Horror Picture Show » (1975) de Jim Sharman (avec, lors du mariage, la photo de groupe virant au cauchemar), le film « Get Real » (« Comme un garçon », 1998) de Simon Shore, le film « Loin du Paradis » (2002) de Todd Haynes (avec le mari infidèle jouant au parfait père de famille dans l’atelier du photographe), le film « La Vie des autres » (2000) de Gabriel de Monteynard, etc.

 

 

 


Dans son incroyable naïveté, le personnage homosexuel des fictions a tendance à croire ce que lui dit la pub ou les contes de fées, sur les relations femme-homme, même à l’âge adulte. Selon lui, les hétérosexuels vivent le bonheur parfait de l’image d’Épinal cinématographique. Je vous renvoie au film « Chez les heureux du monde » (2001) de Terence Davies, par exemple. Dans le roman À ta place (2006) de Karine Reysset, Cécile la lesbienne est persuadée que sa copine Chloé, qui finit sa vie aux bras d’un homme et d’un bébé, goûte la vraie « félicité » (p. 143). Pour le héros de la pièce Happy Birthday Daddy (2007) de Christophe Averlan, les couples femme-homme vivent un « bonheur parfait ».

 

 

 

 

Famille cucul

 

 

 


« Vous êtes toutes tellement heureuses… » (Petra, l’héroïne lesbienne, à toutes les femmes de son entourage, dans le film « Die Bitteren Tränen der Petra von Kant », « Les Larmes amères de Petra von Kant » (1972) de Rainer Werner Fassbinder) ; « Lorsque j’avais une douzaine d’années et que j’allais au cinéma, j’enviais toujours les amoureux que l’on devinait s’embrasser dans le noir. Ils n’avaient que quelques années de plus que moi mais comme j’aurais aimé être à leur place ! » (Bryan, le héros homo du roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, p. 26) ; « Soyez heureux. Soyez heureuses. » (cf. la chanson « Chanson de Jérémie » de Bruno Bisaro, où un jeune garçon se suicide en s’adressant à son entourage hétérosexuel) ; « J’envie toutes les femmes que je vois dans la ville. Je les envie. Elles sont heureuses. Elles rendent leurs maris heureux. Elles vivent une vie normale, heureuse. Ils sont libres ! » (Irena dans le film « Cat People », « La Féline » (1942), de Jacques Tourneur) ; « Qu’ils doivent être heureux ! […] Un jour peut-être accéderez-vous à cet univers. » (le narrateur homo se parlant à lui-même à la deuxième personne du pluriel, dans le roman N’oubliez pas de vivre (2004) de Thibaut de Saint Pol, p. 74) ; « Pendant qu’il classait des fiches, des hommes et des femmes plus heureux que lui se promenaient et riaient au soleil. » (le héros du roman Si j’étais vous (1947) de Julien Green, p. 46) ; « Les passants lui semblaient d’une beauté insolite. Il admira le visage humain, non pas cette louche convoitise qui empoisonnait ses méditations les plus graves, mais avec un respect qui touchait à la piété. » (idem, p. 187)

 

 

 


L’idéalisation des hétéros fournit au protagoniste homo une occasion en or de pleurer sur lui-même : « J’comprends pas. Les autres n’ont pas de problèmes. » (Philippe, le héros homo du film « La Meilleure façon de marcher » (1975) de Claude Miller) ; « Si j’étais né dans la bonne ville, si j’avais eu une vraie famille, je serais peut-être heureux, aimé et amoureux… Hélas pour moi, je suis né chez eux ! » (cf. la chanson « Optimiste » de Stéphane Corbin) ; « Avec une bonne famille et une bonne éducation, j’aurais été quelqu’un d’équilibré. » (Micke à Scott, dans le film « My Own Private Idaho » (1991) de Gus Van Sant)


 

 

 

 


b) L’adoration irréaliste laisse place à la jalousie et à la volonté de destruction, une volonté qui ne vient pas annuler l’adoration première mais au contraire la soutenir :


 

 


« Je ne comprends plus rien… », dit le héros homosexuel à son réveil. « Moi, j’vous croyais heureuse. » (Janine à Simone l’hétérosexuelle, dans la pièce Burlingue (2008) de Gérard Levoyer) Comme déçu pour les hétéros (dont il écrivait le bonheur… comme pour donner une plus forte consistance au mythe de son propre malheur et à son statut d’éternelle victime), parce qu’il découvre que leur vie amoureuse est loin d’être facile et idyllique, le personnage homosexuel se met à pleurer sur ses illusions d’amour hétérosexuel. Il leur en veut, à ces mannequins, de ne pas être aussi vrais et aimants qu’il l’espérait.

 

 

 


Il avait commencé par les regarder avec des yeux en forme de cœur, tout imbibés de larmes d’émotion. Mais il va petit à petit s’orienter vers le soupçon, la jalousie. Dans le film « A Family Affair » (2003) d’Helen Lesnick, par exemple, on voit Rachel, l’héroïne lesbienne, observer avec jalousie et ressentiment un couple femme-homme âgé et heureux.

 

 

 

 

le film "Le Premier qui l'a dit" (2010) de Ferzan Ozpetek

 

 

 


Vient se nicher dans l’idéalisation homosexuelle des hétéros la jalousie, et la détestation de sa propre naïveté : « J’fais d’l’allergie au bonheur des autres… » (Janine dans la pièce Burlingue (2008) de Gérard Levoyer) ; « Familles, je vous hais. Foyers clos ; portes refermées ; possession jalouse du bonheur. » (André Gide, Les Nourritures terrestres (1897), p. 76) ; « Je ne suis pas fâché ; je suis jaloux. » (Arnold à propos du succès de l’union durable et heureuse de ses deux parents, dans le film « Torch Song Trilogy » (1989) de Paul Bogart) ; « C’est merveilleux tout ce bonheur ! Ça me donne envie de vomir… » (Damien au sujet d’une famille « hétéro », dans la pièce Les Deux pieds dans le bonheur (2008) de Géraldine Therre et Erwin Zirmi) ; « Il est difficile de ne pas se croire supérieur, lorsqu’on souffre davantage, et la vue des gens heureux donne la nausée du bonheur. » (Marguerite Yourcenar, Alexis, ou le traité du vain combat (1929), p. 69) ; « S’il y a bien quelque chose qui unit les couples mariés et les familles, ce n’est pas l’amour. C’est la stupidité, l’égoïsme ou la peur. L’amour n’existe pas. L’intérêt personnel existe, les liens noués pour le profit personnel existe, le plaisir existe… Mais pas l’amour. L’amour doit être réinventé. » (Rimbaud à Verlaine, dans le film « Rimbaud Verlaine » (1995) d’Agnieszka Holland)

 

 

 


Il arrive que le personnage homosexuel, pourtant jaloux des couples hétérosexuels, aille parfois projeter sur ces derniers sa propre jalousie, son orgueil mal placé. « Derrière nous, combien se réjouiront, combien seront jaloux de notre bonheur de l’Inaccessible ! » (cf. la chanson « Aimez-moi » de Bruno Bisaro)

 

 

 


Le héros homo, dans son détachement trop brutal du modèle archétypal de la « famille poupée », ne sort pas pour autant de la soumission idolâtre au schéma tout fait de la Famille Doux-Coeur, mais au contraire se construit une autre naïveté, une « naïveté de révolté » si on veut (qui s’appellera par exemple « couple d’amour homosexuel »), une naïveté qui est censée faire contre-poids au patron despotique originel, une naïveté qui ne lui paraît plus aussi horrible puisqu’il se donne l’illusion qu’elle n’est qu’à lui, qu’elle est « originale », qu’il l’a construite librement. Mais la collaboration au mythe hétérosexuel de la famille poupée perdure. Par exemple, dans le roman La Désobéissance (2006) de Naomi Alderman, Ronit, l’héroïne lesbienne représente bien ces femmes lesbiennes qui haïssent les femmes soi-disant « hétérosexuelles » du fait d’avoir cru au mythe « des » hétérosexuels télévisuels et d’y être encore attachées : « Ces petits couples qui vivent dans des maisons identiques, engendrent des rejetons identiques. […] Le kit complet – comme dans la panoplie de la Barbie juive orthodoxe, fournie avec le Ken orthodoxe, les deux enfants, la maison, la voiture et un assortiment de produits casher. […] Tout semble obéir à un ordre parfait. Et j’ai voulu y croire, moi aussi. Avouons-le. J’ai voulu croire, dans un coin de ma tête. » (p. 142)

 

 


Lassé de tant de guimauve qu’il a lui-même initialement mangée avec complaisance, le protagoniste homosexuel finit par taper du poing sur la table : « Je ne vous laisserai pas faire. Je suis votre pire cauchemar et je vais détruire le bonheur illusoire dans lequel vous vous complaisez. » (Cyril dans le roman Pavillon noir (2007) de Thibaut de Saint Pol, p. 70) Il décide de passer à la vitesse supérieure, et de s’opposer ouvertement à la famille-objet.


 

 

 

 

 


c) Le personnage homosexuel hait les familles, à commencer par la sienne :

 

 

 


La désintégration de la famille de sang est visible dans beaucoup de créations artistiques à thématique homosexuelle : cf. le film « Rocco et ses frères » (1960) de Luchino Visconti, le film « Ken Park » (2002) de Larry Clark (un des héros homos tue ses deux grands-parents, en les laissant allongés dans leur lit de chambre à coucher), les romans Ma Vie tropicale (1999), Les Maisons (1993), et L’Empire de la Morale (2001) de Christophe Donner, le film « Quels adultes savent » (2003) de Jonathan Wald, le roman Les Parents terribles (1938) de Jean Cocteau, le film « Sex Revelations » (2000) de Jane Anderson, Martha Coolidge, et Anne Heche, le film « Festen » (1998) de Thomas Vinterberg (avec le repas de famille désastreux où tous les secrets de famille glauques éclatent au grand jour), le film « La Reine de la nuit » (1994) d’Arturo Ripstein, la pièce Les Fugueuses (2007) de Pierre Palmade et Christophe Duthuron, le film « Órói » (« Jitters », 2010) de Baldvin Zophoníasson (avec les familles désunies de Gabriel, de Greta, de Stella), le film « The Family Stone » (« Esprit de famille », 2005) de Thomas Bezucha, etc. Dans le film « Gun Hill Road » (2011) de Rashaad Ernesto Green, la famille de Michael, transgenre, est totalement désunie : Enrique, le père, a fait de la taule ; sa mère se prend un amant parce qu’elle ne supporte plus la brutalité de son mari revenu à la maison. Dans le film « Kazoku Complete » (« La Famille au grand complet », 2010) d’Imaizumi Koichi, la famille Kanba toute entière est infectée par un virus : l’inceste.

 

 

 


Sans famille solide pour le soutenir, le héros homosexuel se retrouve très souvent livré à lui-même. Mais au lieu de se rapprocher de sa famille d’origine ou d’en construire une vraie à l’âge adulte, il se met orgueilleusement à la place de celle-ci, et se définit comme origine de lui-même, pour sauver la face. « Depuis toute petite je suis sur les routes. Dans l’errance. Je me suis habituée à cette vie sans lieu fixe, sans un cœur tendre, sans frère, sans sœur. Je suis ma propre mère. Mon propre frère. Ma propre sœur. Je suis la famille entière, éclatée, réunie. » (Hadda dans le roman Le Jour du Roi (2010) d’Abdellah Taïa, p. 199) Il passe sa vie à poser des « choix » politiques ou amoureux radicaux (et peu heureux), tout ça par opposition de principe avec son « démon familial » : « Il s’était battu pour affirmer sa singularité à la fois contre sa famille et contre les préjugés des Français dits de souche. » (Mourad, le héros homosexuel du roman L’Hystéricon (2010) de Christophe Bigot, p. 327)

 

 

 


Il trouve sa fierté à ne pas « rentrer dans le rang ». Souvent, il envisage le mariage comme une souillure, une saleté, une trahison à soi : « C’était l’heure matinale où sortait le jeune et beau papa du huitième, dont il était justement dommage qu’il fût papa, ou plus exactement qu’il eût commis cette faute de goût avec une maman. » (cf. la nouvelle « Crime dans la cité » (2010) d’Essobal Lenoir, p. 70) ; « Plus nous considérons le mariage, plus il semble absurde. » (Naomi Alderman, La Désobéissance (2006), p. 174) ; « Faire un enfant est la chose la plus égoïste qui soit. » (Hugo dans la pièce Ça s’en va et ça revient (2011) de Pierre Cabanis) ; « J’ai déjà mangé une femme enceinte hier. » (Pretorius, le vampire homo de la pièce Confessions d’un Vampire sud-africain (2011) de Jann Halexander)

 

 

 


Dans la pièce Psy Cause(s) (2011) de Josiane Pinson, Madame Gras associe la famille à « la boulimie », au « vomi ». Dans le roman Babyji (2005) d’Abha Dawesar, Anamika, l’héroïne lesbienne, considère la femme mariée comme un modèle de soumission, et plaint « toutes les femmes qui sont dans leurs cabanes étouffantes de 2 mètres carrés, occupées à mettre leur portée d’enfants au lit. » (p. 28) ; elle ne cache pas son inimitié pour les couples et la famille, qu’elle limite à des mascarades sociales : « Je déteste les sagais, les mariages, les namkarans» (idem, p. 133) ; « Je trouve que le mariage est un piège. » (idem, p. 148) De même, dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, Bryan, le héros gay, voit le mariage comme un « malheur » (p. 176).

 

 

 


Bien souvent, le personnage homosexuel se place en outsider de sa propre famille/de la famille de son amant(e), et trouve dans son statut de marginal-spectateur une occasion de s’enorgueillir de ne pas être aussi conventionnel que les autres, et de pleurer sur lui-même du « triste » spectacle qui s’offre à lui : cf. le roman Un Garçon d’Italie (2003) de Philippe Besson (avec Léo à l’enterrement de son copain Luca). Dans le film « Pièce montée » (2009) de Denys Granier-Deferre, Marie, la lesbienne excentrique, se définit elle-même comme le vilain petit canard, « la rebelle de sa famille ».

 

 

 


Dans la relation du héros homosexuel vis à vis de la famille, cela va souvent du constat méprisant à la destruction verbale/physique. Par exemple, dans le film « Patrik, 1.5 » (« Les Joies de la famille », 2009) d’Ella Lemhagen, Göran saccage délibérément les belles fleurs du jardin des voisins situé dans le quartier pavillonnaire où lui et son copain Sven viennent de s’installer.

 

 

 


En ce qui concerne sa famille de sang, le personnage homosexuel ne mâche pas ses mots ! (oui : on peut parler de haine) : « La famille, c’est une maladie sexuellement transmissible par le corps. » (Lourdes dans la pièce Les Gens moches ne le font pas exprès (2011) de Jérémy Patinier) ; « La famille, c’est la plaie de toutes les trans. » (Strella, le héros trans M to F du film « Strella » (2009) de Panos H. Koutras) ; « À la tête de la famille se trouvait le père austère, la mère capricieuse en face, avec la grande sœur insupportable et malheureuse, et la cadette, la plus douce, sûrement pas plus heureuse. Le foyer se composait aussi de toi. La maison familiale, le nid des Hommes, inconsistant et rigide, comme une vitre que tous brisent, mais que personne ne parvient à plier. » (cf. le poème « La Familia » (1941) de Luis Cernuda) ; « Plantes vénéneuses, enfant grabataire, excroissances malignes, verrues douées de raison, pauvres gens contaminés par l’ennui et la tristesse, voilà ma famille ! » (Nina Bouraoui, La Voyeuse interdite (1991), p. 60) ; « Idoles de son enfance, il maudit désormais ses parents. » (la voix narrative concernant Quentin, le héros gay du roman N’oubliez pas de vivre (2004) de Thibaut de Saint Pol, p. 47) ; « Oui, les fils uniques sont bien les seuls avec lesquels on puisse tout à fait s’entendre. » (idem, p. 155) ; « Cédric, la famille, c’est pas son truc. » (Mathieu dans le film « Presque rien » (2000) de Sébastien Lifshitz) ; « Les dîners en famille, c’est beau comme un dimanche, si ce n’est que personne n’apprécie le dimanche. […] Je n’en peux plus de la famille ! Je sens que tout ça part en vrille. »(cf. la chanson « À table » de Jann Halexander) Dans la pièce Chroniques d’un Homo ordinaire (2008) de Yann Galodé, Didier exprime son aversion pour la famille. Dans la pièce Parfums d’intimité (2008) de Michel Tremblay, Jean-Marc dit que dans sa jeunesse, il trouvait sa famille affreusement ennuyeuse. Dans le roman Michael Tolliver est vivant (2007) d’Armistead Maupin, Michael ne veut pas « infliger sa propre famille » qu’il déteste à son copain Ben (p. 79).

 

 

 


Même l’entourage amical gay friendly du héros le pousse à détester sa famille et à ne pas en construire une : « Ne fais jamais d’enfants !!! » (Solange, la « fille à pédés », à François, le héros homo du one-man-show Hétéro-Kit (2011) de Yann Mercanton)

 

 

 


C’est surtout à Noël – LA fête familiale de l’année – que le personnage homosexuel expérimente le plus sa douleur/sa haine de la famille : cf. le film « Happy Christmas » (2000) de Kjell Sundvall, la pièce Non, je ne danse pas ! (2010), de Lydie Agaesse, la pièce Minuit chrétien (2008) de François Tilly, le roman Le Puits de Solitude (1928) de Marguerite Radclyffe Hall, la comédie musicale Sauna (2011) de Nicolas Guilleminot (où Maxence « se sent si seul » le soir de Noël), etc. « Je suis née un 24 décembre, dans une famille de blaireaux incultes. » (l’héroïne lesbienne dans le one-woman-show Karine Dubernet vous éclate ! (2011) de Karine Dubernet) ; « Toutes ces fêtes à la con… Noël… la saint Valentin. » (Claire dans la pièce Une Heure à tuer ! (2011) de Adeline Blais et Anne-Lise Prat) Dans la pièce Faim d’année (2007) de Franck Arrondeau et Xaviéra Marcjetti, Marc dit qu’il ne supporte pas les réunions de famille, et notamment celles de Noël. Dans le film « C.R.A.Z.Y. » (2005) de Jean-Marc Vallée, la haine de Noël et de la famille est exprimée par Zac, le héros gay. Dans son one-(wo)man-show Madame H. raconte la Saga des Transpédégouines (2007), Madame H. rêve de découper sa famille en morceaux avec sa tronçonneuse pendant le repas de Noël, et finit son show par la chanson « Fuck The Family ».


 

 

 

 


d) Les « familles » hétéros, les « familles » homos : pas une pour rattraper l’autre :

 

 


N.B. : Je vous renvoie aux codes "bobo" et "milieu homosexuel paradisiaque" (avec la partie sur la « bande de copains ») de mon Dictionnaire des Codes homosexuels.

 

 

 

 


Le personnage homosexuel des temps modernes, au lieu de dénoncer et de réparer les familles disloquées, décide de se venger de la famille réelle (confondue avec la famille médiatique) en cherchant à construire par ses propres moyens (l’art, le sentiment, la science, les manipulations génétiques, l’amitié…) une « transfamily », tout aussi artificielle, sentimentaliste, réifiante, et violente, que la famille publicitaire qu’il abhorrait. Pour lui, cette transfamily homoparentale/homosexuelle/LGBT se veut un dépassement et une ouverture de la famille dite « traditionnelle ».

 

 

 


La famille de sang non-hétérosexuelle est remplacée dans son discours (et parfois dans les faits) par une version poétique, éclatée et floue de la famille… même s’il exprime à demi-mot (et à juste titre) son doute que les liens sentimentaux et adoptifs soient plus forts que les liens du sang et d’amour (« Les liens d’Éros tout puissant sont-ils plus attachants que les liens du cœur, que les liens du sang ? », cf. la chanson « Les Liens d’Éros » d’Étienne Daho et Marianne Faithfull).

 

 

 


En général, le héros homosexuel actuel défend le concept de famille « ouverte », de famille « transversale » ou « parallèle » (cf. le film « Transfamily » (2005) de Sabine Bernardi, le film « Parallel Sons » (1996) de John G. Young, etc.), de famille « d’orientation sexuelle » (par exemple, dans le roman Michael Tolliver est vivant (2007) d’Armistead Maupin, Michael, le héros homosexuel met en opposition sa « famille biologique » et sa « famille logique »… la seconde étant le « milieu homosexuel »), ou de famille cinématographique (pensons à la famille fictionnelle du film « Drôle de Félix » (1999) d’Olivier Ducastel et Jacques Martineau, construite par Félix au hasard des rencontres). Dans les fictions homosexuelles, il est fréquent d’observer les protagonistes se distribuer des diplômes de « frères », de « parents », de « parrains », de « fils », sans pour autant prendre en compte leur réalité généalogique : « Pietro est sans famille, si ce n’est Michael et moi. » (la voix narrative parlant de son amant, dans le roman Le Bal des Folles (1977) de Copi, p. 141) ; « Si moi, je m’entendais bien avec Kévin, ma mère s’entendait super bien avec la sienne. Il avait raison, nous étions une vraie famille unie ! J’avais deux mamans géniales et un petit frère magnifique que j’aimais comme un malade. » (Bryan en parlant de son couple avec Kévin, dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, p. 409) Tout est mélangé : liens sentimentaux et liens du sang !

 

 

 


Fréquemment, dans les moments de lassitude conjugale, l’envie prend chroniquement au héros homosexuel de fonder une famille élargie aux amis gay friendly/homos (…et enfants des amis), vivant une vie communautaire Flower Power à la campagne, dans une grande baraque retapée : cf. le film « Tableau de Famille » (2002) de Fernan Ozpetek, le film « Nés en 68 » (2008) d’Olivier Ducastel et Jacques Martineau, le film « The Bubble » (2006) d’Eytan Fox, le film « Giorni » (« Un Jour comme un autre », 2003) de Laura Muscardin, le film « Love, Valour And Compassion » (1997) de Joe Mantello, le film « Tan de Repente » (2003) de Diego Lerman, le film « Como Esquecer » (« Comment t’oublier ? », 2010) de Malu de Martino, etc.

 

 

 


Comble du comble : la déstructuration de la famille « traditionnelle » est présentée comme banale et pure. Elle rendrait encore « plus blanc que blanc » ! « Marie a dix ans et une famille résolument moderne : conçue par deux hommes et deux femmes, tous homosexuels et aujourd’hui tous séparés, elle a deux papas, deux mamans, un beau-papa, une belle-maman, et une poignée de frères et sœurs. Fêter Noël en famille, dans ces conditions, tient presque de l’exploit. Mais alors qu’elle passe de foyer en foyer et tente, comme elle peut, de partager son amour, Marie se pose des questions sur sa venue au monde : serait-elle, comme ‘l’autre Marie’, l’immaculé conception ? » (cf. le résumé du film « Mon Arbre » (2011) de Bérénice André, rédigé par les rédacteurs du programme du 17e Festival Chéries-Chéris (2011) de Paris, en octobre 2011)

 

 

 


En réalité, le héros homosexuel se rend compte qu’il ne fait pas mieux avec sa « famille parallèle » homosexuelle, et même qu’il revit un calvaire identique à sa famille hétérosexuelle de référence (cf. le film « Patrik, 1.5 », avec le titre français ironique « Les Joies de la famille » (2009) d’Ella Lemhagen) : « Je me croyais délivré de l’enfer de la famille et le voici reconstruit sur les terrains de mes vices ! » (Pédé dans la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi) L’arrivée apparemment « naturelle » d’un enfant dans son couple n’y change rien. Par exemple, dans le film « Le Refuge » (2010) de François Ozon, on voit très bien que la procréation de l’enfant dans un cadre pas tout à fait familial sert de vengeance contre la famille originelle des protagonistes : le bébé dit inconsciemment « merde » à la filiation, même s’il est biologiquement le signe tangible de filiation.


 

 

 


-------------------------------------frontière à franchir avec précaution----------------------------------

 

 

 



PARFOIS RÉALITÉ

 

 

 


La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :


 

 

 

 

a) Les familles réelles et épanouies sont confondues avec les familles-objets publicitaires fusionnelles et disloquées :


 

 


Bien souvent dans les discours des militants homosexuels actuels, la famille réelle composée d’une homme et d’une femme qui s’aime, et accompagnée d’un ou plusieurs enfants, est confondue ou assimilée très vite aux poupées des panneaux publicitaires : « Nous avons tous une définition de ce qu’est une famille traditionnelle, ces familles parfaites de sitcom, un papa et une maman ensemble avec les enfants. » (Joseph Hagan dans la revue Têtu, juin 2002) Je vous renvoie également à l’essai Monsieur, Madame et Bébé (1866) de Gustave Droz. C’est très étonnant, cette confusion entre réalité et fiction, surtout quand elle vient de personnes pourtant adultes et apparemment en totale possession de leurs facultés intellectuelles.

 

 

 

 

"La Famille Doucoeur c'est la famille du bonheur" (The Heart Family)

 

 


On entend parfois une adoration jalouse de la famille-poupée : « Je me sentais malheureux et ne voulais plus souffrir. Autour de moi, je voyais des personnes visiblement satisfaites de leur sort. Je voulais être comme elles. » (l’écrivain français Julien Green dans la préface de son roman Si j’étais vous (1947), p. 7) Elle peut s’exprimer dans une forme de révolte pseudo « militante » (on dira « féministe ») : « Qu’en était-il des autres, asservies à leur mari et à leurs enfants, sans ressources personnelles, sans voiture, sans autre nourriture spirituelle que Marie-Claire, Elle ou Femme d’Aujourd’hui ? Bonne Déesse, quel obscurantisme ! » (Paula Dumont, La Vie dure : Éducation sentimentale d’une lesbienne (2010), p. 242) Soit dit en passant, l’erreur ici n’est pas de dénoncer l’hétérosexualisation-marchandisation des femmes ou des hommes (car cela est plus que légitime !), mais bien d’appliquer caricaturalement ce modèle de la femme-objet à la majorité des femmes réelles. Et là, en effet, quel autre forme d’obscurantisme grotesque de la part de beaucoup de personnes homosexuelles que de prendre la vie des femmes et des hommes mariés pour une vie de dînette !

 

 

 

 

 


b) Comme beaucoup de personnes homosexuelles se rendent compte que le bonheur de la famille-objet n’est ni parfait ni réel, elles finissent par mépriser ce mythe de la famille idéale sans remettre en cause la confusion initiale qu’elles avaient opérée entre famille réelle et famille médiatique :

 

 

 


Après avoir grossi et idéalisé l’influence de la famille hétérosexuelle, et l’avoir confondue avec la famille réelle de chair et de sang, de nombreuses personnes homosexuelles dévaluent les deux familles (logique caricaturale et idolâtre s’il en est) : « La famille nucléaire bourgeoise composée de ‘maman’ et ‘papa’ entourés d’enfants a toujours été minoritaire. Dans le paysage familial, c’est plutôt l’ensemble composite des familles élargies, recomposées, monoparentales, etc., qui occupe une place prééminente. Mais alors que toutes ces configurations familiales ont fini par trouver une reconnaissance légale, les familles homoparentales continuent à être discriminées par le droit français. » (Daniel Borrillo, « Homoparentalité », dans le Dictionnaire des cultures gays et lesbiennes (2003) de Didier Éribon, p. 253)

 

 

 


Certains se mettent à cracher sur le bonheur familial illusoire que leur a miroité les médias, tout en généralisant cette estampe fallacieuse à toutes les familles réelles qui les entourent, y compris la leur : « Le bonheur est vulgaire, le bonheur n’est pas intelligent, le bonheur n’est pas de bon goût. » (Jean-Louis Bory, le 24 septembre 1967, dans l’émission radiophonique Le Masque et la Plume : Hommage à Jean-Louis Bory (1979) de François-Régis Bastide) ; « La jeunesse d’Oscar Wilde s’écoule, non pas dans le calme, mais dans les échos et les remous d’un scandale qui désagrège sa famille : la maîtresse de son père fait du chantage, intente un procès aux Wilde en prétendant avoir été endormie au chloroforme puis violée par sir William. Les amis de collège d’Oscar, qui suivent le procès dans les journaux, ne lui épargnent aucun détail… ‘Voilà donc où conduit ce grossier amour des hommes pour les femmes, à cette boue !’ écrira-t-il plus tard, en parlant de cette lamentable affaire. » (Jean-Louis Chardans, Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970), p. 170)

 

 

 


Dès 1971 en France, le FHAR (Front Homosexuel d’Action Révolutionnaire) invente un nouveau lexique : « Cellule familiale = Première source de névrose et de maladie mentale ; on dit la cellule familiale c’est l’antichambre de la prison (souvent à perpétuité). » (Albert Le Dorze, La Politisation de l’ordre sexuel (2008), p. 103) Les mères au foyer sont transformées, de par leur statut de « femme » (dans tous les sens du terme : être humain de sexe féminin et personne mariée), en victimes éternelles ; et les pères, en violeurs et en bourreaux millénaires. On entend encore aujourd’hui des idées de ce type : « Les femmes avant n’avaient pas forcément d’orgasme. » (Linda Troller dans le documentaire « 68, faites l’amour et recommencez ! » (2008) de Sabine Stadtmueller), comme si la foule ancestrale des femmes (dites « hétérosexuelles ») d’avant 1968 n’avaient jamais connu le plaisir sexuel ni l’amour… Quel manque de recul sur l’Histoire de l’Humanité ! Quel anthropocentrisme contemporain !


 

 

 


c) Beaucoup de personnes homosexuelles haïssent les familles, à commencer par la leur :

 

 

 


Je vous renvoie au fameux dicton « Famille je vous hais ! » d’André Gide, extrait de son roman Les Nourritures terrestres (1897) et qui a fait couler beaucoup d’encre, ainsi qu’à l’essai du même nom Famille je vous hais (2010) d’Emmanuel Pierrat, ou encore à l’essai La Famille en désordre (2002) d’Élisabeth Roudinesco. Je pense également à l’association Le Refuge, qui a été créée à Montpellier (France) en 2003, et qui héberge les jeunes homosexuels expulsés de chez eux au nom de leur orientation sexuelle.

 

 


De manière globale, les personnes homosexuelles en veulent à leur famille, et parfois à raison tellement il ne fait pas objectivement bon y vivre ! Par exemple, la famille du dramaturge argentin Copi a vécu de grands conflits (à la mort du grand-père maternel en 1941, elle s’est notamment déchirée autour de l’héritage). Beaucoup de créations artistiques témoignent du mal-être familial qui entourent les sujets homosexuels. Les romans de René Crevel, William Burroughs, Jean Genet, Pierre Guyotat, Gerard Reve, ou Yves Navarre, donnent une image très négative de la famille.

 

 

 


En ce qui concerne leur famille de sang, certaines personnes homosexuelles ne mâchent pas leurs mots : « Je ne peux pas m’entendre avec ma famille. » (un homme homosexuel interviewé dans l’essai Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970) de Jean-Louis Chardans, p. 10) ; « La famille est le principal obstacle pour moi. » (Norie dans le documentaire « Boy I Am » (2006) de Sam Feder et Julie Hollar) ; « Le premier devoir d’une femme écrivain, c’est de tuer l’ange du foyer. » (Virginia Woolf citée dans l’essai King Kong Théorie (2006) de Virginie Despentes, p. 133) ; « On sait les rapports conflictuels que j’entretiens avec ma famille. » (Jean-Claude Brialy, Le Ruisseau des Singes (2000), p. 416) ; « La famille reste pour beaucoup d’homosexuels le premier lieu de l’expérience homophobe. » (cf. l’article « Famille » de Philippe Masanet, dans le Dictionnaire de l’homophobie (2003) de Louis-Georges Tin, p. 168) ; « Les enfants reçoivent extrêmement tôt toute une série de messages sur ce qu’il convient d’être en tant que fille ou garçon. […] Du point de vue de l’enfant, l’intégration de cette norme peut avoir des conséquences dramatiques, d’autant que la violence verbale, physique, le chantage psychologique peuvent se développer contre les récalcitrants. Bien souvent infligés au nom de l’amour, ces paroles et ces actes sont souvent imparables. » (idem, p. 168) ; « La famille étant souvent le cimetière des rêves d’enfant, elle devient le berceau des stéréotypes d’adultes. » (Marie-Jo Bonnet, Qu’est-ce qu’une femme désire quand elle désire une femme ? (2004), p. 164) ; « Je crois que les parents donnent aux enfants une véritable angoisse devant le savoir par l’intérêt même qu’ils portent au savoir de leurs enfants ; car, dans ce savoir des enfants, ils mettent leur propre gloire à eux. […] Et je crois que cela pèse négativement d’une façon très lourde. » (Michel Foucault, « Radioscopie de Michel Foucault », entretien avec J. Chancel en 1975, dans l’essai Dits et Écrits I, 1954-1988 (2001), pp. 1655-1656)

 

 

 


À les entendre, la famille est un système traditionnel implacable, cloisonné, figé, sans vie. Un destin tragique. « Je suis l’aîné de sept frères et sœurs : ni mon environnement social et provincial ni ma place d’aîné dans ma fratrie n’étaient propices à un épanouissement sexuel. […] La position d’aîné dans une famille maghrébine implique de se comporter en modèle, dans le strict respect des traditions : virilité, mariage, paternité et autorité sur les cadets, autant de ‘qualités’ qui me manquaient cruellement. » (Brahim Naït-Balk, Un Homo dans la Cité (2009), pp. 7-8) ; « Ils sont tôt tracés, les destins sociaux ! Tout est joué d’avance ! Les verdicts sont rendus avant même que l’on puisse en prendre conscience. Les sentences sont gravées sur nos épaules, au fer rouge, au moment de notre naissance, et les places que nous allons occuper définies et délimitées par ce qui nous aura précédé : le passé de la famille et du milieu dans lesquels on vient au monde. » (Didier Éribon, Retour à Reims (2010), pp. 52-53)

 

 

 

 

affiche "C.R.A.Z.Y." (2005) de Jean-Marc Vallée

 

 

 


La soumission à ce soi-disant « destin familialo-culturel » est alimentée dans la rupture brutale. Pour Alain Piriou, par exemple, il s’agit de « briser le carcan familial » (Alain Piriou cité dans la revue Triangul’Ère 3 (2001) de Christophe Gendron, p. 803). Le mariage est considéré comme un cauchemar ou une hypocrisie, vu qu’un certain nombre de personnes homosexuelles ne connaissent pas autour d’elles de modèles probants de fidélité : « Tu es marié ? Quelle horreur ! » (Jean-Luc, homosexuel de 27 ans, dans l’essai Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970) de Jean-Louis Chardans, p. 74)

 

 

 


Beaucoup de personnes homosexuelles, à travers leurs engagements sociaux radicaux et leur entêtement dans des choix d’amour peu satisfaisants, sont, sans se l’avouer, en train de brûler leur vie à fuir leur famille. La vie de Didier Éribon, narrée dans son autobiographie Retour à Reims (2010), en fournit un bon exemple : « J’avais fui ma famille et n’éprouvais aucune envie de la retrouver. » (p. 11) ; « Je pensais qu’on pouvait vivre sa vie à l’écart de sa famille et s’inventer soi-même en tournant le dos à son passé et à ceux qui l’avaient peuplé. » (idem, p. 15) ; « Je n’ai pas assisté aux obsèques de mon père. Je n’avais pas envie de revoir mes frères, avec qui je n’avais plus aucun contact depuis plus de trente ans. » (idem, p. 19) ; « Pendant longtemps l’idée même de famille, de couple, de conjugalité, de lien durable, de vie commune, etc., me fit horreur. » (idem, p. 82) ; « Je ne fus guère enclin, adolescent, à vouloir comprendre ce qu’étaient mes parents, encore moins à essayer de me réapproprier politiquement la vérité de leur existence. » (idem, p. 86) ; « Mon marxisme de jeunesse constitua donc pour moi le vecteur d’une désidentification sociale : exalter la ‘classe ouvrière’ pour mieux m’éloigner des ouvriers réels. En lisant Marx et Trotski, je me croyais à l’avant-garde du peuple. Je détestais la classe ouvrière dans laquelle j’étais immergé, l’environnement ouvrier qui limitait mon horizon. » (idem, pp. 88-89) ; « Ainsi, quand je manifestais contre les succès électoraux de l’extrême droite, ou quand je soutenais les immigrés et les sans-papiers, c’est contre ma famille que je protestais ! » (p. 117)

 

 

 

 


d) Les « familles » hétéros, les « familles » homos : pas une pour rattraper l’autre :

 

 


Je vous renvoie aux codes "bobo" et "milieu homosexuel paradisiaque" (avec la partie sur la « bande de copains ») de mon Dictionnaire des Codes homosexuels.

 

 

 

 


L’Ennemi n°1 pour beaucoup de personnes homosexuelles est l’« important lobby familial […] qui fait la synthèse du familialisme d’Église et du familialisme d’État. » (cf. l’article « France » de Pierre Albertini, dans le Dictionnaire de l’homophobie (2003) de Louis-Georges Tin, p. 182). Elles utilisent l’expression « lobby familialiste catholique » (idem, p. 186) comme un étendard diabolique pour s’opposer à tout discours tendant à défendre la vie et la famille réelle. Et les lois pro-gay touchant à la filiation (PaCS, adoption homoparentale, mariage gay) sont des moyens détournés de détruire ce « diable » dont elles ne connaissent finalement pas les beautés : « Le PaCS est une revanche sur la famille, un mariage masqué et démasqué. » (Michel Schneider, Big Mother (2002), p. 247)

 

 

 


Beaucoup de personnes homosexuelles, au lieu de dénoncer et de réparer les familles disloquées, ne se basent que sur les mauvais exemples de familles qui les entourent, et décident de se venger de la famille réelle (confondue avec la famille médiatique) en cherchant à construire par leurs propres moyens (l’art, le sentiment, la science, les manipulations génétiques, l’amitié…) une « transfamily », tout aussi artificielle, commerciale, sentimentaliste, réifiante, et violente, que la famille publicitaire qu’elles abhorrent. « Moi qui suis une enfant de divorcés, je ne suis absolument pas persuadée que le bonheur soit garanti par le modèle d’un couple hétérosexuel. Parce que la famille ne ressemble plus à ça. Aujourd’hui, on parle de ‘familles’ au pluriel. » (Adeline Hazan concernant l’homoparentalité, dans la revue Têtu, juin 2002) ; « Famille modèle unique, je te hais. Familles multiples, je vous aime. » (Jan-Paul Pouliquen cité dans la revue Triangul’Ère 1 (1999) de Christophe Gendron, p. 18) ; « Après avoir représenté l’Enfer, la famille devient un Paradis Perdu. Ou un Enfer Perdu, mais en tout cas Perdu. » (Copi à Paris en août 1984 dans la biographie Copi (1990) du frère de Copi, Jorge Damonte, p. 90) Cette transfamily se veut un dépassement et une ouverture de la famille dite « traditionnelle » (qui n’a de traditionnelle que le nom, surtout aujourd’hui où, en France, plus de la moitié des enfants naissent hors-mariage). Il est question de « famille ouverte » (cf. l’article « Famille » de Philippe Masanet, dans le Dictionnaire de l’homophobie (2003) de Louis-Georges Tin, p. 170), de famille « d’orientation sexuelle » (le dramaturge français Jean-Luc Lagarce parle de la communauté homosexuelle comme d’une « seconde famille choisie », dans la postface de sa pièce Le Pays lointain, 1999). À coup de comparaisons, de pluriels, de métaphores poétiques, de syllogismes rapides (philosophie nominaliste, quand tu nous tiens…), de conditionnels et de subjonctifs, certains apprentis sorciers homosexuels, voulant jouer avec la réalité symbolique et corporelle de la famille, arrivent peu à peu à se convaincre qu’ils « s’aiment bien », qu’ils sont finalement « très attachés les uns aux autres », qu’ils sont « un peu/exactement comme une famille » (à part qu’ils ne peuvent pas faire d’enfants… encore que, maintenant, avec les progrès de la science, on arrivera bientôt à transformer le couple homosexuel non-procréatif en couple procréatif… On y croit !) : « C’est une forme d’amour, tu es de ma famille. » (Catherine à son « ex » Paula dans l’essai autobiographique La Vie dure : Éducation sentimentale d’une lesbienne (2010) de Paula Dumont, p. 167)

 

 

 


Fréquemment, dans les moments de lassitude conjugale, certaines personnes homosexuelles s’imaginent même fonder une grande famille LGBT élargie aux amis (…et enfants des amis), vivant une vie communautaire Flower Power à la campagne dans une grande baraque retapée (« Pourquoi pas faire une ferme-auberge dans le Larzac ? ») : « Angéla était une belle fille d’une trentaine d’années qui voulait former un groupe de goudous. Elle détestait aller traîner en boîte à des heures indues et préférait participer à des petites bouffes entre copines, faire des randonnées, bref vivre au grand jour. Son projet m’a enthousiasmée et je l’ai rassurée que je serais un des piliers de son groupe. Je rêvais, moi aussi, comme beaucoup de mes semblables, d’une grande famille amicale où, peut-être, il me serait possible de rencontrer un jour l’âme sœur. » (Paula Dumont, La Vie dure : Éducation sentimentale d’une lesbienne (2010), p. 208) ; « L’idée nous est venue que nous pourrions, à notre retraite, acheter chacune une maison dans un hameau, et être à l’origine d’une oasis pour goudous. » (p. 239)

 

 

 


Ce genre de projets « familiaux » ambitieux, en général, ne durent que le temps d’un coup de tête, des vacances, d’une croisière « gay », ou d’une « université d’été »…

 

 

 


En réalité, beaucoup de personnes homosexuelles ne font pas mieux que la famille hétérosexuelle avec leur « famille parallèle ». Du point de vue du désir et des réalités fantasmées, la famille homosexuelle et la famille hétérosexuelle composent un seul et même groupement humain, fragile, triste et violent, proche (en attitudes) de la famille-objet, malheureusement super bien assorti, comme le montre la chanson du générique de la série Clara Sheller (2005) de Renaud Bertrand : « Unhappy Girl, Unhappy Boy, Unhappy Son. » C’est la famille télévisuelle sous forme de kaléidoscope – donc au final la « famille hétérosexuelle de supermarché » avec quelques misérables modèles standards un peu différents qui donnent l’illusion de diversité – qui est inconsciemment défendue à travers la « famille » homosexuelle.

 

 

 


Et concrètement, dans les structures dites « familiales » conduites par un couple homosexuel (de temps en temps accompagné des enfants de l’un des deux partenaires), vivant parfois effectivement des bienfaits de la paternité adoptive (mais non des bienfaits de la paternité biologique désirante), je ne pense pas que le désir soit aussi fort que dans une famille de sang et d’amour.

 

 

 


Ce n’est pas tant le mariage qu’une poignée de militants homosexuels réclame à travers la loi sur le « mariage homosexuel », que l’équivalence de réalités symboliques et amoureuses entre le couple femme-homme aimant et le couple homosexuelle… et cela, ils ne l’auront jamais, que la loi soit votée ou non. C’est une question de Réalité des corps et de reconnaissance de l’Incarnation, non une question de lois sociétales, de sincérités, et de bons sentiments.

 

 

 


Derrière l’argument de l’amour, la motivation matrimoniale homosexuelle est avant tout légaliste, très peu éthique et humaniste : « On veut être reconnus comme une famille par la loi, pas que par les cœurs. » (Francine et sa compagne Karen, dans le documentaire « Des Filles entre elles » (2010) de Jeanne Broyon et Anne Gintzburger)

 

 

 


Dans son essai Homoparenté (2010), le psychanalyste Jean-Pierre Winter montre combien le couple homosexuel vient mettre symboliquement à mal la famille rien qu’en décrivant les nombreuses fois où il a observé dans les faire-parts de PaCS entre deux personnes de même sexe la disparition du nom de famille des signataires (p. 207).

 

 

 


Je tiens à préciser, pour finir, que ce n’est pas parce que je relève que la baisse de désir ou la haine de la famille sont concomitantes au rejet de la différence des sexes consubstantiel à tout couple homosexuel sans exception, que je soutiens par ailleurs que les deux partenaires – gay ou lesbiens – de ce couple, pris séparément, et agissant dans une autre structure conjugale amoureuse, feront de mauvais parents ou des ennemis de la famille. C’est bien uniquement des défauts et des faiblesses de la structure conjugale homosexuelle que je critiquais en priorité dans ce chapitre. Mais si je m’étais situé d’un point de vue individuel, bien évidemment que j’aurais dit qu’une personne homosexuelle, dans une union autre qu’homosexuelle ou hétérosexuelle, peut être étonnamment aimante, voire même un bon père ou une bonne mère. Et quand elle est père ou mère au sein d’une structure homosexuelle, elle peut de toute façon apporter à un enfant les bénéfices de la paternité adoptive, qu’elle soit le vrai père/la vraie mère biologique de l’enfant ou simplement le père/la mère adoptif/adoptive.