Code n° 87 : Homosexualité noire et glorieuse
(maudit/victimisation/trahison/criminel homosexuel/tatouage)

Notice explicative :
Parlons enfin de la haine de soi homosexuelle ! Celle qui se décline en victimisation quand on se l’inflige à soi-même, et en diabolisation de « l’ennemi homophobe hétérosexuel extérieur » quand on l’applique à un autre que soi. Celle qui est certainement née de la haine sociale à l’encontre des personnes homosexuelles et du manque d’amour des couples femme-homme au sein des familles… MAIS que la grande majorité des personnes homosexuelles s’est empressée de cacher, de banaliser, ou, ce qui revient au même, d’exagérer et d’esthétiser.
On trouve parmi les artistes homosexuels de nombreux défenseurs de ce que Guy Hocquenghem a appelé « l’homosexualité noire », une homosexualité à la dérive, persécutée, individualiste, nocturne, anti-conformiste, incorrecte, limite homophobe (logique de la traîtrise et de l’auto-trahison oblige !). La récupération des appellations péjoratives telles que « pédé », « gouine », ou « queer », par la communauté homosexuelle, va actuellement dans ce sens.
Cette tendance à se prendre pour « son » insulte, à la retourner contre ses soi-disant « ennemis » et contre soi-même, est une tradition homosexuelle de longue date : cela débuta avec les « décadents » homosexuels de la fin du XIXe siècle, se poursuivit à travers les artistes drogués de la Beat Generation, puis les maîtres psychédéliques du mouvement Pop Art, pour finir aujourd’hui avec le courant néo-baroque, les idéologies queer, gender, et camp actuelles, la frivolité des Gay Pride, etc.
Beaucoup de personnes homosexuelles éprouvent une sorte de « fierté paradoxale » (cf. l’article « Honte » de Sébastien Chauvin, dans le Dictionnaire de l’homophobie (2003) de Louis-Georges Tin, p. 226) à revendiquer violemment les injures dont la société les affublerait/a affublés. Le renversement du stigmate en orgueil n’est en réalité qu’une auto-stigmatisation, une soumission rebelle à une image négative d’elles-mêmes à laquelle elles ont donné crédit tout en la jugeant ridiculement fausse. Elles réagissent comme Benigno dans le film « Hable Con Ella (« Parle avec elle », 2001) de Pedro Almodóvar : « Je suis un psychopathe ?!? Et bien, j’agirai comme un psychopathe ! » Elles prennent leurs agresseurs « au pied de la lettre » (Michel Foucault, « Non au sexe roi », dans Dits et Écrits II (2001), p. 260) en se lançant l’impossible défi d’incarner à elles seules l’injure, mais cette fois puissance dix. « Si nous sommes ce que vous dites, soyons-le, et si vous voulez savoir ce que nous sommes, nous vous le dirons nous-mêmes mieux que vous ! » (idem) Mais dans le fait de penser qu’elles peuvent piéger leur ennemi à son propre filet, elles sous-entendent qu’elles croient plus en l’efficacité de son jeu qu’en la force du leur. Elles n’ont pas compris la règle d’or pour la réussite d’un combat pour le Bien : ne jamais utiliser des méthodes contraires au but bénéfique que l’on s’est fixé, ni les mauvaises armes de l’adversaire, même si l’épée de ce dernier tranche apparemment très bien à l’image et dans l’instant.
Beaucoup de personnes homosexuelles se scandalisent trop systématiquement quand on les suspecte/suspecterait d’être monstrueuses pour ne pas valider les croyances mensongères qui pèsent/pèseraient sur elles. Par exemple, certaines finissent par revendiquer le port des emblèmes aliénants, tel que le triangle rose, qui fit jadis l’aliénation de nombreux individus homosexuels dont elles n’ont pourtant pas connu la tragique destinée. La décadence est souvent vue par elles comme une manière de revivre leurs fantasmes d’innocence en négatif. Elles ont la fâcheuse coutume d’associer dans leurs propres fictions les personnages homosexuels à des criminels voués à une mort atroce, à des malades mentaux, à des pestiférés, bref, à tous les clichés de « l’homosexualité noire », et ont du mal à s’avouer qu’elles se trouvent monstrueuses étant donné que leur complexe d’infériorité est enrubanné d’une carcasse de suffisance auto-parodique ou volontairement désespérée. Ce qui est difficile à comprendre, c’est qu’elles croient simultanément être des monstres et des victimes innocentes. Voilà le paradoxe de la victimisation : nous nous rabaissons pour nous élever ; et comme nous nous fions davantage à nos intentions qu’à nos actes, nous croyons nous élever, et nous sommes prêts à tout, même à l’humiliation volontaire, à la domination ou à la cruauté qui nous retirent notre identité de victime, pour être considérés comme des victimes.
Parce qu’elles s’imaginent que la souffrance fournit des passe-droits et qu’elle justifie tout, beaucoup de personnes homosexuelles se lancent dans une pathétique compétition au podium du malheur, aux côtés des autres Hommes qui souffriraient beaucoup moins qu’elles. Je souffre – ou je fais semblant d’être l’humain le plus souffrant de la Planète tandis que je nie ma souffrance réelle – donc j’existe. « Je suis content d’être le plus malade d’entre nous trois. Je crois que je ne supporterais pas d’être le moins malade. » (Hervé Guibert en parlant du Sida, dans son autobiographie Le Mausolée des amants (2001), p. 500) Par exemple, certaines femmes lesbiennes surveillent de près le moindre oubli d’attentions sexistes qui les confirment dans l’oppression machiste dont elles souffriraient. Il n’est pas question pour elles de gommer de l’ardoise une seule de leurs discriminations. Elles se croient rejetées à la fois en tant que femmes dans un monde soi-disant dirigé uniquement par les hommes, en tant qu’homosexuelles dans une société « hétérosexuelle », et en tant que lesbiennes dans le milieu majoritairement gay. Elles s’estiment pour cette raison au moins trois fois plus discriminées que les autres, si ce n’est plus quand elles s’identifient aux Noirs, aux enfants, aux ouvriers, aux prisonniers, aux morts, etc.
Dans cette frénésie contemporaine pour la victimisation, soyons sûrs au moins d’une chose. On n’arrive pas à un tel degré d’auto-détestation sans en être complice et sans y avoir été préalablement poussé par un entourage social violent. L’étiquette de victime homosexuelle n’est pas simplement défendue par des personnes homosexuelles. Maintenant, ces dernières ont de moins en moins besoin de tendre leur main (préalablement salie de suie) pour quémander des droits tant leurs « amis ‘hétérosexuels’ » sont disposés à miauler à leur place pour satisfaire leur propre narcissisme. C’est toujours l’argument de la solidarité envers les défavorisés, ou de la réparation pour tous les outrages historiques que la communauté homosexuelle a/aurait subis, qui revient. « Soyons généreux. Les homosexuels ont été persécutés pendant 2000 ans, ont eu le Sida. Ils ont lutté pour leurs droits. Donnons-leur leurs droits. » (Élisabeth Roudinesco dans l’émission « Culture et Dépendances », sur la chaîne France 3, le 9 juin 2004). Allez, un petit effort… « pour dépanner »… L’enfermement de la personne homosexuelle dans la victimisation et l’homophobie, orchestré par une société gay friendly souriante et larmoyante, arrange tout le monde, y compris les couples hétérosexuels qui ne veulent surtout pas qu’à travers l’homosexualité soient dévoilés les viols qui se vivent en leur sein ou qu’ils infligent concrètement aux individus homosexuels sous prétexte de les défendre.
N.B. : Voir également les codes "amour ambigu de l’étranger", "défense du tyran", "se prendre pour Dieu", "orphelins", "appel déguisé", "se prendre pour le diable", "scatologie", "artiste raté", "« Je suis différent »", "différences physiques", "différences culturelles", "scatologie", "couple criminel", "obèses anorexiques", "fan de feuilletons", "haine de la beauté", "fantasmagorie de l’épouvante", "folie", "méchant pauvre", "focalisation sur le péché", "« Je suis un Blanc-Noir »", "prostitution", "drogues", "homosexuel homophobe", la partie « monstres » du code "morts-vivants", et la partie « l’homo combatif face à l’homo lâche » du code "faux révolutionnaires", dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.
FICTION
a) « Je suis un monstre » :
Dans les fictions traitant d’homosexualité, il est fréquent que le personnage homosexuel se qualifie de « monstre » à cause de son homosexualité (cf. le roman El Monstruo (1915) d’Antonio de Hoyos). Par exemple, dans la pièce Journal d’une autre (2008) de Lydia Tchoukovskaïa, Ana dit qu’elle était un « monstre » dans son adolescence.
C’est parfois une insulte qu’il a entendue de la part de ceux qui lui voulaient du mal (« Monstre… tu as toujours été un monstre… » déclare Élisabeth à son frère Nietzsche, dans la pièce Nietzsche, Wagner, et autres cruautés (2008) de Gilles Tourman)… mais qu’il a surtout reprise à son compte – dans le rejet trop superstitieux de celle-ci – et nourrit en lui-même, comme une marotte, on ne sait trop pourquoi : « Pendant des années, j’ai cru que j’étais un monstre. Je me suis détesté. » (Jean dans le film « Un Amour à taire » (2005) de Christian Faure) ; « Querelle ne s’habituait pas à l’idée, jamais formulée, d’être un monstre. » (Jean Genet, Querelle de Brest, 1947) ; « Tu sais ce qu’on est ? Des monstres de foire ! » (l’amant de Gary dans le film « À la recherche de M. Goodbar » (1977) de Richard Brooks) ; « Nous sommes réellement monstrueux. » (les frères jumeaux de la pièce Doubles (2007) de Christophe et Stéphane Botti) ; « Nous sommes des monstres. » (Cyril dans le roman Pavillon noir (2007) de Thibaut de Saint Pol, p. 78) ; « Je mesure combien je fais peur, combien j’inquiète. Il doit leur sembler, à ceux qui sont mes voisins, que je suis sous l’emprise d’une bestiole fabuleuse, qui grandirait à l’intérieur de mon corps, et qui ne demanderait qu’à être expulsée. […] Je ne suis même pas fichu de leur expliquer que rien ne surgira, puisque, au contraire, ça se vide au-dedans, ça pourrit, ça se dissout. » (Leo dans le roman Un Garçon d’Italie (2003) de Philippe Besson, p. 66) Dans le film « Les Enfants terribles » (1949) de Jean-Pierre Melville, Élisabeth récite devant son miroir un discours pseudo-diabolique avec un visage de possédée : « Il faut rendre la vie invivable. Il faut être laide à faire peur… »
b) « Je suis un maudit » :
N.B. : Voir également les codes "se prendre pour le diable" et "focalisation sur le péché" dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.

Une autre litanie de la haine de soi sort de la bouche du héros homosexuel : celle de se croire maudit et incapable d’aimer/d’être aimé : cf. le film « Les Maudits » (1947) de René Clément, la pièce Perthus (2009) de Jean-Marie Besset (avec le motif du garçon maudit), le roman La Maudite (1954) de Guy des Cars, le film « Gazon maudit » (1995) de Josiane Balasko, le film « Children Of The Damned » (1964) d’Anton Leader, etc.
La Drama Queen homosexuelle pense que, comme Carmen, la sincère mais dangereuse bohémienne, elle n’attire à elle que des cas sociaux en amour : « Je dois être maudit. » (Bryan dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, p. 288) ; « Ce que j’ai compris, c’est que j’ai un don : celui de rendre les autres malheureux. » (idem, p. 437) ; « Je peux être avec personne. » (Pablo, le personnage homosexuel, à Laura, dans le film « Plan B » (2010) de Marco Berger) ; « Le pire, c’est que je rends tout le monde malheureux autour de moi. » (Florian, le héros gay, à Thomas, dans la série télévisée Plus belle la vie, sur la chaîne France 3) ; « Je suis une femme damnée. » (Héloïse, l’héroïne lesbienne, dans le roman Journal de Suzanne (1991) d’Hélène de Monferrand, p. 324) ; « You know I’m bad. » (cf. la chanson « Bad » de Michael Jackson); « Nous sommes les amants maudits ! » (Raulito et Cachafaz dans la pièce Cachafaz (1993) de Copi) ; « Elle s’en veut du gâchis de sa vie, de son inaptitude au bonheur. » (Gabrielle, l’héroïne lesbienne du roman Je vous écris comme je vous aime (2006) d’Élisabeth Brami, p. 77) ; « Moi, je reste plus sale qu’un damné. » (Yanowski dans son concert Le Cirque des Mirages, 2009) ; « Nous sommes en si grand nombre… des milliers d’indésirables qui n’avons aucun droit à l’amour, aucun droit à la compassion parce que nous sommes mutilés, hideusement mutilés et laids… Dieu est cruel ; il tolère que nous naissions défectueux. » (Stephen, l’héroïne lesbienne du roman Le Puits de Solitude (1928) de Marguerite Radclyffe Hall, p. 270) ; « Qu’ai-je fait pour être ainsi maudite ? » (idem, p. 285) ; « Ah, les lesbiennes maudites ! » (Martin dans la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi) ; « Je suis d’une génération désenchantée. » (cf. la chanson « Désenchantée » de Mylène Farmer)
Au départ, le sentiment de déterminisme dans la souffrance, ou de « malheur comme destin », a pu être instillé sournoisement par l’entourage extérieur du protagoniste homosexuel : « Ah, race de femmes maudites, vous êtes toutes des putes ignorant tout de la bite ! » (Ahmed parlant des femmes lesbiennes dans la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi) ; « Vous êtes maudit ! » (le Professeur Foufoune s’adressant à Bill dans la pièce Bill (2011) de Balthazar Barbaut) Mais paradoxalement, ce dernier affiche une résistance tellement fausse et contrariée à la vindicte « populaire » (une sorte de « Même pas vrai, d’abord ! » résigné) qu’on finit par constater qu’il a finalement intériorisé l’insulte : « Non je ne suis pas si mauvais, non je ne suis pas si maudit. » (cf. la chanson « Attractions-Désastre » d’Étienne Daho) Il se croit destiné au malheur depuis sa naissance, se juge inapte à rentrer dans le monde : « Il advint qu’à la veille de Noël, Anna Gordon accoucha d’une fille : un petit têtard de bébé aux hanches étroites, aux larges épaules, et cela hurla et hurla sans cesse pendant trois heures, comme si cela était indigné de se retrouver projeté dans la vie. » (Stephen, l’héroïne lesbienne parlant de sa naissance, dans le roman Le Puits de Solitude (1928) de Marguerite Radclyffe Hall, p. 19)
Chez le héros homosexuel, la croyance en sa propre malédiction ne se limite pas uniquement au terrain de l’amour ou du sens de l’existence. Il arrive que certains personnages diabolisent et sacralisent dans un même mouvement la pandémie du Sida, par exemple, comme si elle était une matraque céleste bénie. « Mais le sida, c’était une vraie chance, je veux dire, c’était à nous, juste les pédés, tu vois, il a complètement dilapidé le truc, on le donne à tout le monde. » (Willie dans le roman La Meilleure part des hommes (2008) de Tristan Garcia, p. 132) Par exemple, dans le film « Encore » (« Once More », 1987) de Paul Vecchiali, le Sida est « inscrit dans le destin des homos ».
c) « Je suis une (plus grande) victime (que les autres) » :
La chaîne du malheur recherché ne s’arrête pas là. Dans les fictions homosexuelles, nombreux sont les héros homosexuels qui se persuadent qu’ils trouveront dans la victimisation et la méchanceté leur identité profonde et leur raison de vivre : cf. le film « La Victime » (1961) de Basil Dearden, le film « Fashion Victime » (2002) d’Andy Tennant, les romans La Romanichelle (1906) et La Vagabonde (1910) de Colette, le roman Mort à Venise (1912) de Thomas Mann, le roman La Confusion des sentiments (1926) de Stefan Zweig, le roman Lunettes d’or (1958) de Giorgio Bassani, la pièce Un Taciturne (1932) de Roger Martin du Gard, le film « Suddenly Last Summer » (« Soudain l’été dernier », 1960) de Joseph Mankiewicz, le roman Cast The First Stone (1952) de Chester Himes, la pochette de l’album Age Of Consent du groupe Bronski Beat (avec un énorme triangle rose), la chanson « Glad To Be Unhappy » d’Étienne Daho, le film « Le Marginal » (1983) de Jacques Deray, le film « Fisher King » (1991) de Terry Gilliam (avec l’ex-travesti SDF), le film « La Pire de toutes » (1990) de Maria Luisa Bemerg, la sculpture Le Lépreux (1993) de Derf, le film « Nés en 68 » (2008) d’Olivier Ducastel et Jacques Martineau (avec le triangle rose sur l’affiche), etc.
Non seulement le personnage homosexuel se dit persécuté, mais en plus, il soutient qu’il est plus persécuté que les autres victimes sociales : « Ça fait 3000 ans qu’on nous poursuit. » (tous les comédiens de la comédie musicale Chantons dans le placard (2011) de Michel Heim, pour la chanson finale) ; « Même si l’homosexualité est plus acceptée de nos jours, les homos seront toujours montrés du doigt. » (la mère de Bryan, le héros homo, dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, p. 53) ; « En tant qu’Arabe, en tant que musulman laïc, en tant qu’homosexuel, il avait cumulé les handicaps, ne trouvant pas chez ses parents le soutien que la frileuse société française lui refusait. » (Mourad, le héros homosexuel du roman L’Hystéricon (2010) de Christophe Bigot, p. 327) ; « Stephen n’avait pas encore appris que la place la plus solitaire en ce monde est réservée aux sans-patrie du sexe. » (Stephen, l’héroïne lesbienne, dans le roman Le Puits de Solitude (1928) de Marguerite Radclyffe Hall, p. 105) ; « Et moi bientôt je serais plus bas que terre, plus bas que n’importe quel nègre. » (Garnet Montrose dans le roman Je suis vivant dans ma tombe (1975) de James Purdy, p. 111) ; « Et si nous étions des chiens, une famille de chiens ? […] Non, nous ne sommes même pas des chiens. » (Paul dans le film « Grande École » (2003) de Robert Salis) ; « Je suis Noire, je suis femme, je suis commissaire et je suis lesbienne. Je suis dans la ligne de mire. » (Whoopi Goldberg dans le film « Aussi profond que l’océan » (1998) d’Ulu Grosbard)
Le héros homosexuel se lance très souvent dans une véritable course pour atteindre la première place du Podium du Malheur. Par exemple, le film « Double The Trouble, Twice The Fun » (1992) de Pratibha Parmar raconte l’histoire d’un écrivain, à la fois gay, d’origine indienne, et handicapé. Dans la nouvelle « La Chaudière » (2010) d’Essobal Lenoir, le narrateur homosexuel se plaint de la « plus grande solitude » des personnes homos, comparée à celle des « nègres, juifs ou infirmes, tous les damnés possédant un havre, une famille où on les aime, où on les élève au moins dans la fierté » (p. 24).
Clou du spectacle. Il arrive que le personnage homosexuel s’identifie aux victimes de camps de concentration nazis : « Toute cette mise en scène hospitalière a quelque chose de carcéral, de concentrationnaire, et lorsque j’ai le malheur de m’entrevoir dans une glace, je frémis d’horreur en reconnaissant mes frères et sœurs juifs partis en fumée. Six millions de fantômes veillent à mon chevet, attendant que je les rejoigne. » (Émilie à son amante Gabrielle, dans le roman Je vous écris comme je vous aime (2006) d’Élisabeth Brami, pp. 183-184) Mais il va plus loin : non seulement il se prend pour une victime de la barbarie nazie, mais en plus, il se considère comme celle qui aurait subi le pire sort parmi les prisonniers : « Je ne suis pas juif. Je suis un sur-Juif. » (Nietzsche dans la pièce Nietzsche, Wagner, et autres cruautés (2008) de Gilles Tourman) ; « Être triangle rose, c’est être en bas de l’échelle. » (Hantz dans la pièce Entre vos murs (2008) de Samuel Ganes) L’usage du « nous », si propice aux identifications anachroniques, est très présent dans le discours de certains héros homosexuels : « Combien d’entre nous ont été tués sous le IIIe Reich ? » (Ana dans la pièce Entre vos murs (2008) de Samuel Ganes).
Il y a dans la victimisation une recherche voilée de glorification, puisque le vrai pauvre est confondu avec le pauvre magnifié des comédies sentimentales, ou bien avec l’iconographie janséniste d’un Messie en croix sur lequel on crache et qui gagnerait dans sa soumission le Salut et la Gloire (attitude complaisante que le Christ lui-même n’a jamais adoptée, d’ailleurs). Par exemple, dans la pièce Dernier coup de ciseaux (2011) de Marilyn Abrams et Bruce Jordan, Romain, le coiffeur homo, s’identifie à Princesse Sarah, lorsqu’il organise chez lui des soirées « Dessins animés de votre enfance » . Dans son one-(wo)man-show Charlène Duval… entre copines (2011), le travesti Charlène Duval avoue aimer se mettre dans la peau de toutes les jeunes filles « pauvres, laides, sans avenir […] maltraitées par un macro, qui meurent à la fin dans une super-production ».
d) Homosexualité noire :
Finalement, nombreux sont les personnages de fictions homosexuelles à incarner le cliché « militant et corrosif » de ladite « homosexualité noire », cette sexualité hors-norme vécue dans un anticonformisme, une clandestinité, et une marginalité volontaires. Par exemple, dans le film « Help » (2009) de Marc Abi Rached, il y a une extrême ressemblance entre le monde de la délinquance juvénile, de la prostitution, et celui de l’homosexualité. Dans le film « Corps inflammables » (1995) de Jacques Maillot, Luc, à mobylette, se répète tout en roulant : « Je suis un parasite, une répugnante perversion de la nature, il y a quelque chose au fond de moi de malade. » Dans le film « J’embrasse pas » (1991) d’André Téchiné, Pierre devant la glace des sanitaires se dit à lui-même : « Jamais tu feras partie de la société, t’as pas de couilles, t’es qu’un déchet. » Dans la pièce Les Bonnes (1947) de Jean Genet, les bonnes de Jean Genet disent être de la « crasse ».
On ne doute pas une seule seconde, en écoutant le héros homosexuel, qu’il trouve dans l’inversion de ce qu’il croit être le « politiquement correct », une fierté et un orgueil semblables à l’orgueil qu’il reproche justement aux détenteurs sociaux des codes du « politiquement correct » : « Tout le monde sait que je ne suis pas normal ! » (« L. » dans la pièce Le Frigo (1983) de Copi) ; « Stephen devait avoir conscience d’être un paria mal conditionné. » (Stephen, l’héroïne lesbienne, dans le roman Le Puits de Solitude (1928) de Marguerite Radclyffe Hall, p. 248) ; « Je suis malade et je suis un gros pédé. » (Léo à Marcel dans le film « Tout contre Léo » (2002) de Christophe Honoré) ; « Maman m’a jeté dans une poubelle avant de passer à l’Ouest. » (Hedwig dans le film « Hedwig And The Angry Inch » (2001) de John Cameron Mitchell) ; « C’est mieux que rien. Rien, c’est moi. » (Leo dans le roman Un Garçon d’Italie (2003) de Philippe Besson, p. 106) ; « Je suis une merde. Une pauvre misérable merde. » (Louis dans la pièce Dépression très nerveuse (2008) d’Augustin d’Ollone) ; « Pour moi l’homosexualité, ça a toujours été ça : sordidité. » (Roberto Orbea dans le film « El Diputado » (1979) d’Eloy de la Iglesia) ; « Juan-Carlos savait-il la gravité de son mal ? » (Manuel Puig, Boquitas Pintadas, Le Plus beau tango du monde (1972), p. 120)
La rébellion face aux clichés négatifs de l’homosexualité n’est au final qu’une soumission docile et peu révolutionnaire… puisque le héros homosexuel, en cherchant à correspondre (puissance 10) à la mauvaise réputation qu’ont/qu’auraient les homos en général, obéit aux mauvaises langues (et à ses propres projections fantasmatiques) au pied de la lettre ! : « On ne me voulait pas ? Je ne me voulais plus ! » (Yves Navarre, Portrait de Julien devant la fenêtre (1979), p. 138) ; « Ça y est, j’ai gagné. À force de se sentir malade, on le devient. » (Karin Bernfeld, Apologie de la passivité (1999), p. 127) ; « Écoute comment ça a commencé ; ils étaient tous les deux à Pau, dans une maison de santé, un sanatorium, où on les avait envoyé l’un et l’autre parce qu’on prétendait qu’ils étaient tuberculeux. Au fond, ils ne l’étaient ni l’un ni l’autre. Mais ils se croyaient très malades tous les deux. Ils ne se connaissaient pas encore. Ils se sont vus pour la première fois, étendus l’un à côté de l’autre sur une terrasse de jardin, chacun sur une chaise longue. […] Comme ils se croyaient condamnés, ils se sont persuadés que tout ce qu’ils feraient ne tirerait plus à conséquence. » (André Gide, Les Faux-monnayeurs (1997), p. 61)
Par exemple, dans le film « Suddenly Last Summer » (« Soudain l’été dernier », 1960) de Joseph Mankiewicz, Catherine se fait un plaisir de valider la présomption de folie qui plane sur elle : « Je vous fais peur… et vous avez raison d’avoir peur. » Dans sa chanson « L’Enfant de la pollution » de la comédie musicale Starmania de Michel Berger, Ziggy se définit comme un déchet humain (et fier de l’être !).
Il y a beaucoup de héros homosexuels qui se forcent à se réjouir et à mettre de la liberté dans la déchéance qu’ils vivent : « L’amour est un fardeau. Je le porte en clodo. Joyeux clodo. » (Jann Halexander dans son film « J’aimerais j’aimerais », 2007) ; « Je ris de me voir si con dans ce miroir. » (idem) ; « Elle a une bonne odeur, cette glaise. […] Il y a du plaisir à devenir de la bouillie. » (Luca dans le roman Un Garçon d’Italie (2003) de Philippe Besson, p. 13) ; « Plutôt ferions-nous mieux de nous chercher les poux plutôt que de nous mordre. » (l’un des personnages homos de la pièce Dans la solitude des champs de coton (2009) de Bernard-Marie Koltès) ; « S’il est dur de haïr seul, à plusieurs cela devient un plaisir. » (l’un des personnages homos de la pièce Dans la solitude des champs de coton (2009) de Bernard-Marie Koltès) ; « Soyons de simples et solitaires orgueilleux zéros. » (l’un des personnages homos de la pièce Dans la solitude des champs de coton (2009) de Bernard-Marie Koltès) ; « Le monde les condamnerait, mais elles se réjouiraient : glorieuses bannies sans honte, triomphantes ! » (Stephen et Mary, le couple lesbien du roman Le Puits de Solitude (1928) de Marguerite Radclyffe Hall, p. 393) ; « Pourtant à cette honte, se mêlait un sentiment de libération. » (Adrien, le héros homo du roman Par d’autres chemins (2009) d’Hugues Pouyé, p. 27)
e) « Je suis un traître » :
Pourquoi une telle réaction hypocrite et complaisante face au malheur ? Parce que le héros homosexuel est fasciné par le petit pouvoir de la trahison. D’ailleurs, celle-ci est souvent traitée dans les œuvres homosexuelles : cf. les romans Los Traidores (1956) de Juan Rodolfo Wilcock, la pièce Nietzsche, Wagner, et autres cruautés (2008) de Gilles Tourman (avec Leni Riefenstahl, la femme traîtresse), le roman Le Baiser de la Femme-Araignée (1976) de Manuel Puig (avec Molina, le héros homosexuel qui va trahir et espionner son compagnon de cellule, Valentín, qu’il essaie pourtant de draguer), le roman Le Garçon sur la colline (1980) de Claude Brami (avec Pascal, considéré comme un traître par celui qui attend trop de lui), le film « Le Rideau déchiré » (1966) d’Alfred Hitchcock (avec le personnage de Michael), le roman Reivindicación Del Conde Don Julián (1970) de Juan Goytisolo, le roman El Juego Del Mentiroso (1993) de Lluís Maria Todó, le film « L’Assassinat de Trotsky » (1970) de Joseph Losey, le film « Le Traqué » (1950) de Frank Tuttle et Boris Lewin, le film « La Trahison » (1975) de Cyril Frankel, le film « Novembermund » (1984) d’Alexandra von Grote, le film « Aishite Imasu 1941 » (2004) de Joel Lamangan, le film « The Bubble » (2006) d’Eytan Fox (avec les deux amants vivant dans deux camps dits opposés, l’un israélien, l’autre palestinien, et se trahissant entre eux), le téléfilm « Marie Besnard, l’Empoisonneuse » (2006) de Christian Faure (avec la problématique de la trahison amicale), la pièce Angels In America (2008) de Tony Kushner (avec le couple Louis/Prior), le film « Infernal Affairs » (2003) d’Andrew Lau et Alan Mak, la pièce Qui aime bien trahit bien ! (2008) de Vincent Delboy (avec Sébastien, le personnage homosexuel qui trahit tout son entourage amical et amoureux), le film « Somewhere » (2011) d’Everett Lewis (avec Marwan, le guide de Price), le roman La Cité des Rats (1979) de Copi (avec la figure de l’auteur-traître, puis la trahison des soldats), la pièce Dans la solitude des champs de coton (1987) de Bernard-Marie Koltès, la pièce Frères du bled (2010) de Christophe Botti (avec le personnage de Maurice), le film « OSS 117 : Rio ne répond plus » (2009) de Michel Hazanavicius (avec Heinrich, le traître homosexuel), la pièce On vous rappellera (2010) de François Rimbau (avec Lucie, l’amante-traîtresse), le film « Le Trou » (1960) de Jacques Becker (avec l’homosexuel traître), le film « Brotherhood » (2010) de Nicolo Donato (avec Fatso trahissant son amant Lars en n’assumant pas leur couple devant ses camarades du groupuscule néo-nazi dont ils font partie), etc.
Dans la pièce Les Paravents (1961) de Jean Genet, un Algérien trahit son camp. Dans la pièce Coloc’ à taire ! (2010) de Grégory Amsis, Fred, le personnage homo, trahit Alice, sa meilleure amie, en lui « piquant » son copain. Dans les œuvres de Manuel Puig, Pier Paolo Pasolini ou Jean Genet, l’amour est presque toujours trahi.
Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si le personnage biblique de Judas surgit parfois les œuvres homo-érotiques : cf. la pièce Le Cri de l’Ôtruche (2007) de Claude Gisbert, la pièce Inconcevable (2007) de Jordan Beswick, le film « Freak Orlando » (1981) d’Ulrike Ottinger, etc. (cf. la partie « baiser qui fait pleurer » du code "première fois" dans le Dictionnaire des Codes homosexuels).
La trahison constitue visiblement un fantasme esthétique et amoureux fort chez les héros homosexuels : « Toi, t’as jamais trahi, peut-être ? » (un des personnages homosexuels de la pièce Chroniques des Temps de Sida (2009) de Bruno Dairou) ; « Je n’ai jamais été capable d’aimer entièrement. J’ai le sentiment de n’aimer qu’en trahissant. » (Malcolm dans le roman Par d’autres chemins (2009) d’Hugues Pouyé, p. 110) ; « Encore une fois, cette impression de trahir quelqu’un que j’aimais. » (Bryan, le personnage homo-bisexuel du roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, p. 342) ; « Tu sais, ma première amie, je l’ai trahie. » (Cherry à son amante Ada dans la pièce La Star des oublis (2009) de Ivane Daoudi) ; « Plutôt que de penser au traître des films hindis, je fis exactement tout ce que j’imaginais qu’il ferait. Elle [Rani, son amante] ne m’arrêta pas. » (Anamika dans le roman Babyji (2005) d’Abha Dawesar, p. 228) ; « Son expression est celle d’un traître ! » (le Rat par rapport au Jésuite, dans la pièce La Pyramide ! (1975) de Copi, p. 62) ; « Ce qu’il y a de beau dans la trahison, c’est qu’elle s’applique à tout. Elle est universelle. » (Jean-Claude Dreyfus endossant le rôle du diable homosexuel, dans la pièce Petit traité de manipulation à l’usage des honnêtes gens (2007) de Gérald Garutti) ; « Soyez chaque jour le traître de toutes choses. » (Nietzsche dans la pièce Nietzsche, Wagner, et autres cruautés (2008) de Gilles Tourman) ; « Je suis un misérable. […] Je suis un traître. Décidément, je suis un traître. Heureux. » (la voix narrative de la nouvelle « Adiós A Mamá » (1981) de Reinaldo Arenas, p. 171)
Même si au départ les personnages homosexuels prétendent détester la trahison parce qu’elle les a fait souffrir en amour ou en amitié, ils finissent par la soutenir dans la haine jalouse : « J’ai cru la fable d’un mortel aimé, tu m’as trompé. » (cf. la chanson « Je te rends ton amour » de Mylène Farmer) ; « La trahison… c’est laid. » (cf. la chanson « C’est dans l’air » de Mylène Farmer). Dans la pièce Angels In America (2008) de Tony Kushner, Roy Cohn affirme haut et fort qu’il déteste par-dessus tout la trahison. Le sentiment de traîtrise précède en général une adoration amoureuse excessive. Par exemple, dans le roman Le Jour du Roi (2010) d’Abdellah Taïa, c’est bien parce qu’Omar considère Khalid comme son unique roi qu’il a l’impression que ce dernier le trahit quand il est promis à un autre maître, le Roi Hassan II : « Khalid, ami, frère, double de moi, traître, traître qui faisait le fier seul » (p. 91)
La trahison dans les fictions homosexuelles prend souvent une apparence de charité. Par exemple, dans les romans de Thibaut de Saint Pol, il y a toujours la figure du Grand Méchant gniarc gniarc (les camarades ou les profs de prépa dans N’oubliez pas de vivre (2004), Cyril dans Pavillon noir (2007), Heinrich dans À mon cœur défendant (2010), etc.). Mais attention. En intentions, l’ignoble personnage n’est pas une brute ou une crapule grossière (il ne l’est que dans les faits, car un vrai méchant de dessins animés est toujours doucereux et inventif). Sa méchanceté doit faire envie, est tenue d’être raffinée et esthétique : « La guerre me rend lyrique. […] Je veux le [le Traité de Versailles] prendre avec des gants blancs. […] Je suis sûr que n’importe quel autre espion lui aurait arraché son triste bien par la force, mais je ne suis ni un simple sbire ni un voleur à la tire : Ich bin zivilisiert. » (Heinrich dans le roman À mon cœur défendant, pp. 46-47) La trahison du Méchant n’est pas dénoncée, car elle est envisagée comme un art, une manipulation jouissive, une beauté qui a sa raison d’être. Elle est même un miroir de la trahison de sa victime, qualifiée de « traîtresse » (p. 46) aussi. Le Méchant est victime de sa victime ! Et c’est ce qui le rend touchant, émouvant. La trahison prend alors une apparence démocratique, d’amour, de partage égalitaire du malheur : à torts partagés, amour il y aurait ! Bourreau et victime sont semblables, se mélangent, s’échangent les masques, couchent ensemble. « Je suis la maîtresse d’un espion, d’un traître, d’un ennemi ! […] Comment le sort a-t-il pu mettre un Boche sur ma route ? Comme je regrette ces nuits d’ivresse ! » (Madeleine, idem, p. 78) On ne sait plus lequel des deux est le plus traîtres. « Pour la première fois de ma vie, je me suis mise hors la loi. […] Avec ce mensonge, je viens de trahir mon employeur et par là même mon pays. » (Madeleine, idem, pp. 118-119)
Le personnage homosexuel ne se voit pas forcément comme un méchant traître, car il ne comprend pas que la traîtrise, cela ne se limite pas à mal agir : c’est aussi le refus d’agir, de se positionner, c’est la sacralisation de la neutralité relativiste, c’est pécher par omission : « Non, je ne suis pas un traître. Oui, je suis un jeune homme de seize ans, sans complexes, qui ne découpe pas le monde entre ce qui est bien et ce qui est mal. » (Vincent dans le roman En l’absence des hommes (2001) de Philippe Besson, p. 50) Il ne comprend pas non plus que la traîtrise n’est pas qu’un rôle, un masque parmi d’autres dans l’éventail d’opinions fausses qu’on peut se faire de loin sur quelqu’un : « Souvent, tu t’es efforcé d’imaginer l’impression que tes ‘clients’ se faisaient secrètement de toi : un communiste, un Juif, un courageux, un passeur, un étudiant en chimie, un homosexuel, un soumis, un meneur, un traître, un indépendant, un garçon serviable, un jeune homme contraint, un allié, un complice, un auxiliaire ? Tu conclus : un peu tout ça. » (Félix dans le roman La Synthèse du camphre (2010) d’Arthur Dreyfus, p. 72) Elle peut aussi être un acte réel.
f) « Je suis fier d’être un psychopathe » :
N.B. : Voir également les codes "violeur homosexuel" et "couple criminel" dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.

Dans le monde des arts contemporains, la figure du psychopathe est souvent un archétype de l’homosexualité : cf. le film « Curse Of The Queerwolf » (1988) de Mark Pirro, le film « Terror Train » (1980) de Roger Spottiswoode, le film « Strangers On A Train » (« L’Inconnu du Nord-Express », 1951) d’Alfred Hitchcock (avec le personnage de Bruno), la pièce Happy Birthday Daddy (2007) de Christophe Averlan, le film « Violent Cop » (1989) de Takeshi Kitano, le film « Fucked In The Face » (2000) de Shawn Durr, le film « Tan De Repente » (2003) de Diego Lerman (avec la lesbienne criminelle), le film « G.O.R.A. » (2003) d’Omer Faruk Sorak, le film « Der Totmacher » (1995) de Romuald Karmakar, le film « The Love That Is Wrong » (1993) d’Ho Shu Pau, le film « An Indecent Obsession » (1985) de Lex Marino, le film « Kiss Or Kill » (1997) de Bill Bennett, le film « Naked Killer » (1994) de Clarence Fok, le film « Passion Unbounded » (1995) de Joe Hau, le film « Lady In Heat » (1999) de Chu Yin Ping, le film « Bons Baisers de Russie » (1963) de Terence Young (avec la méchante lesbienne attaquant James Bond), le film « Gonin » (1995) de Takashi Ishii, le film « Beverly Kills » (2005) de Damion Dietz (avec le transsexuel tueur), le film « Meurtre » (1930) d’Alfred Hitchcock, le dessin animé « Le Roi Lion » (1995) de Roger Allers et Rob Minkoff (avec Skar, le diabolique frère efféminé du roi Mustafa), le film « Modesty Blaise » (1965) de Joseph Losey, le film « Inspecteur Gadget » (1999) de David Kellogg, le film « Hitcher » (1985) de Robert Harmon, le film « Jugatsu » (1990) de Takeshi Kitano, le film « Les Enfants du Paradis » (1943-1945) de Marcel Carné (avec le personnage maléfique de Lacenaire), le film « Le Faucon maltais » (1941) de John Huston, le film « Fatal Beauty » (1987) de Tom Holland, le film « Confessions of A Serial Killer » (1992) de Mark Blair, le film « Jeffrey Dahmer : The Secret Life » (1993) de David R. Bowen, le film « Dahmer : The Mind Is A Place Of Its Own » (2002) de David Jacobson, le roman La Gloire du Paria (1987) de Dominique Fernandez, le film « Les Veufs » (1991) de Max Ficher, le film « Les Diamants sont éternels » (1971) de Guy Hamilton, le film « Ricochet » (1991) de Russell Mulcahy, le film « La Tendresse des loups » (1973) d’Ulli Lommel, le film « Z » (1968) de Costa-Gavras (avec le tueur fasciste, incarné par Marcel Bozzuffi), le film « L’Étrangleur » (1970) de Paul Vecchiali (avec Marcel Gassouk), le film « Le Bal des Vampires » (1968) de Roman Polanski, le film « Lui Foon » (1999) de Jue Yin Ping, le film « Tony Rome est dangereux » (1967) de Gordon Douglas, le film « Dune » (1984) de David Lynch (avec le monstrueux baron), le film « JF partagerait appartement » (1992) de Barbet Schroeder (avec la lesbienne psychopathe), le roman Le Malfaiteur (1955) de Julien Green, le film « De l’amour et des restes humains » (1994) de Denys Arcand, le film « La Sanction » (1975) de Clint Eastwood, le film « The Todd Killings » (1970) de Barry Shear, le film « Le Flic ricanant » (1973) de Stuart Rosenberg, le film « Salaud » (1971) de Michael Tuchner, le film « Chacal » (1972) de Fred Zinnemann, le film « Lacenaire » (1990) de Francis Girod, le film « Rivelazione Di Un Maniaco Sessuale Al Capo Della Squadra Mobile » (1972) de Roberto Bianchi, le film « El Asesino De Muñecas » (1975) de Michael Skaife, le film « Giornata Nera Per L’Ariete » (1971) de Luigi Bazzoni, le film « Chi L’Ha Vista Morire ? » (1971) d’Aldo Lado, le film « Le Bouc » (1969) de Rainer Werner Fassbinder, le roman Thomas l’Imposteur (1923) de Jean Cocteau, le roman Frisk (1991) de Dennis Cooper (avec le serial killer homo), le film « The Fan » (1981) d’Edward Bianchi, le roman Le Puits de Solitude (1928) de Marguerite Radclyffe Hall, le film « Rebecca » (1940) d’Alfred Hitchcock (avec Mrs Danvers), le film « Symptômes » (1974) de Joseph Larraz, le film « La Corde » (1948) d’Alfred Hitchcock (avec les deux amants homosexuels criminels), le film « Cruising » (1980) de William Friedkin, le roman Le Père Goriot (1834) d’Honoré de Balzac (avec Vautrin, le criminel homosexuel), le film « Le Bal des Espions » (1960) de Michel Clément, le film « Basic Instinct » (1992) de Paul Verhoeven (avec Sharon Stone, la lesbienne tuant au marteau-piqueur), le film « Flying With One Wing » (2002) d’Asoka Handagama (avec l’héroïne lesbienne qui finit par assassiner son médecin au couteau), le film « El Diputado » (1978) d’Eloy de la Iglesia, le film « Une Après-midi de chien » (1975) de Sidney Lumet, le film « Psychose » (1960) d’Alfred Hitchcock (avec Norman Bates, le tueur soupçonné d’être un « inverti »), les films « La Ley Del Deseo » (« La Loi du Désir », 1986) et « La Mala Educación » (« La Mauvaise Éducation », 2003) de Pedro Almodóvar, le film « Swimming Pool » (2002) de François Ozon, le film « Les Diaboliques » (1955) d’Henri-Georges Clouzot, le film « Thelma et Louise » (1991) de Ridley Scott, le film « The Rocky Horror Picture Show » (1975) de Jim Sharman, le film « Un Año Sin Amor » (2005) d’Anahi Berneni, le film « The Man Who Fell To Earth » (« L’Homme qui venait d’ailleurs », 1976) de Nicolas Roeg, le film « Elephant » (2003) de Gus Van Sant, le film « Le Privé de ces dames » (1978) de Robert Moore, le film « Pepi, Lucy, Bom, Y Otras Chicas Del Montón » (1980) de Pedro Almodóvar (avec la chanteuse Alaska en lesbienne sadique), le film « Anges gardiens » (1974) de Richard Rush, le film « Pulsions » (1980) de Brian De Palma, le film « La Jeunesse de la bête » (1965) de Seijun Suzuki, le film « Partners » (1982) de James Burrows, le film « Misteria » (1993) de Lamberto Bava, le film « Max et Jérémie » (1990) de Claire Devers, le film « Regarde les hommes tomber » (1993) de Jacques Audiard, le roman Notre-Dame-des-Fleurs (1944) de Jean Genet (avec le jeune Adrien Baillon, sodomite actif et criminel aguerri), le film « Clamp » (2000) de Maïa Cybelle Carpenter (avec le gangster androgyne Baby Blue), le film « Chloé » (2009) d’Atom Egoyan (avec Chloé, la lesbienne psychopathe), le film « Haute Tension » (2003) d’Alexandre Aja (avec Cécile de France jouant le rôle d’une lesbienne psychopathe), le film « Le Grand Pardon » (1984) d’Alexandre Arcady (avec le truand joué par Bernard Giraudeau et tué dans le lit de son amant), le film « Impasse des vertus » (1955) de Pierre Méré (avec le jeune pompiste et truand), etc. Dans le film « Let My People Go ! » (2011) de Mikael Buch, Rubén, le héros homosexuel, est un « assassin douteux, voleur malgré lui ». Dans le film « Scènes de chasse en Bavière » (1969) de Peter Fleischmann, Abram, le héros homosexuel, a fait de la prison.
Certains héros gay revendiquent fièrement leur identité de criminel homosexuel : « Je suis méchant !!! » (Dzav et Bonnard dans leur pièce Quand je serai grand, je serai intermittent, 2010) ; « J’en tire tout de même une certaine satisfaction de criminel. » (la voix narrative du roman Le Bal des Folles (1977) de Copi, p. 130) ; « On est les nabots de la Terre. […] On est devenus des voyous […]. » (Cachafaz dans la pièce éponyme (1993) de Copi)
g) « Je suis un esclave » :

En lien avec le motif du criminel, on voit apparaître dans les œuvres homosexuelles la figure du « gros dur » tatoué et peu commode. Le tatouage, symbole de soumission et d’esclavage, est revendiqué par certains personnages homosexuels comme une marque visible d’identité et d’amour homosexuels : cf. la pièce La Rose tatouée (1950) de Tennessee Williams, la chanson « Hey ! Amigo ! » d’Alizée, les chansons « Épaule Tatoo » et « Talisman » d’Étienne Daho, le film « Un Año Sin Amor » (2005) d’Anahi Berneni, le film « Tatouage » (1966) de Yasuzo Masumara, le film « Better Than Chocolate » (1999) d’Anne Wheeler, le one-man-show Jérôme Commandeur se fait discret (2008) de Jérôme Commandeur, la pièce Le Cabaret des hommes perdus (2006) de Christian Siméon, le film « Hellbent » (2005) de Paul Etheredge-Ouzts, le film « Madame Satã » (2001) de Karim Ainouz, le roman Tatuaje (1973) d’Eduardo Mendicutti, la chanson « Tatuaje » de Rafael de León, la pièce La Muerte De Mikel (1984) d’Imanol Uribe, la pièce Entre vos murs (2008) de Samuel Ganes, le film « Selon la loi » (1957) de Peter Weiss, le film « Oi ! Warning ! » (1999) de Dominik et Benjamin Reding, le film « 15 » (2003) de Royston Tan, le film « Beautiful Boxer » (2004) d’Ekachaï Uekrongtham, le film « Un Chant d’amour » (1950) de Jean Genet, le roman Portrait de Julien devant la fenêtre (1979) d’Yves Navarre (avec les tatouages de Julien), le film « Chasse à l’homme » (2010) de Stéphane Olijnyk, le one-man-show Cet homme va trop loin (2011) de Jérémy Ferrari, le film « Brotherhood » (2010) de Nicolo Donato (avec Fatso), le film « Homme au bain » (2010) de Christophe Honoré (avec le tatouage saint Sébastien sur le cœur), le film « Black Swan » (2011) de Darren Aronofsky (Veronika, la danseuse lesbienne et son tatouage ailé dans le dos), le film « Nuits d’ivresse printanière » (2009) de Lou Ye, le spectacle Tatouage (Les Trois Tangos, 2009) d’Alfredo Arias, le film « Patrik, 1.5 » (« Les Joies de la famille » (2009) d’Ella Lemhagen, etc. « Nous avons fait un détour par Montmartre pour voir les peintres. Sur la Place du Tertre, une fille faisait des tatouages. Nous nous sommes fait tatouer un cœur chacun, dans la paume de la main gauche. » (Kévin et Bryan dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, p. 145)
-------------------------------------frontière à franchir avec précaution----------------------------------
PARFOIS RÉALITÉ
La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :
a) Je suis un monstre :
Aussi étonnant et révoltant que cela puisse paraître, un certain nombre de personnes homosexuelles se qualifient de « monstrueuses » simplement du fait de ressentir en elles un désir homosexuel : « J’avais l’impression que d’être homosexuel faisait de moi un sous-homme. » (Olivier, homosexuel, 37 ans, dans l’émission « Une Vie ordinaire ou mes questions sur l’homosexualité » (2002) de Serge Moati) ; « Je me sentais comme un déchet humain parce que je suis gai. J’étais un gros monstre, quelqu’un de mal, un déchet de la société. Mais je n’étais pas capable de m’accepter, encore moins de le dire à mes amis. » (un témoin homosexuel cité dans l’essai Mort ou Fif (2001) de Michel Dorais, p. 53) ; « J’ai déjà dit plus haut combien je me sentais différente de mes camarades de classe. […] Et j’en arrivais à me demander quelquefois si je n’étais pas un monstre. » (Paula Dumont, Mauvais Genre (2009), p. 75) ; « Je devenais un être risible, monstrueux, un malade, un objet de mépris des adultes qui m’entouraient, et, ce qui était pire, la cible de la moquerie de mes semblables. » (Arturo Arnalte au moment de la découverte de son homosexualité, cité dans l’essai Primera Plana (2007) de Juan A. Herrero Brasas, p. 135) ; « Comme personne ne me ressemblait autour de moi, comme je n’avais aucun repère, j’ignorais tout de l’homosexualité et j’ignorais que je l’étais. Je me croyais anormal, malade. » (Brahim Naït-Balk, Un Homo dans la cité (2009), p. 91) ; « J’étais incapable d’imaginer une seule seconde qu’un homosexuel puisse être quelqu’un de normal. » (Gaël-Laurent Tilium, Recto/Verso (2007), p. 72) ; « Puisque la normalité exige que le masculin soit attiré par le féminin, et puisque ce n’était pas mon cas, j’en concluais que je souffrais d’une mystérieuse maladie. » (Brahim Naït-Balk, Un Homo dans la cité (2009), p. 15) ; « J’étais un cas désespéré le jour de ma naissance. » (Quentin Crisp cité dans le Dictionnaire gay (1994) de Lionel Povert, p. 151)
Après cette phase auto-détestation, bien entendu, beaucoup vont retourner la honte en fierté, car intellectuellement et collectivement, la haine de soi fait mauvais genre, n’est pas très publicitaire pour l’identité et l’amour homosexuels : « J’ai appris qu’une femme qui aime les femmes n’est pas un monstre en soi, mais juste aux yeux des censeurs. » (Cathy Bernheim, L’Amour presque parfait (2003), p. 209) Mais n’oublions pas qu’elle est le moteur premier de l’homosexualité ; et que le volontarisme optimiste ne constitue qu’un vernis bien mince appliqué sur celle-ci.
b) « Je suis un maudit » :
N.B. : Voir également les codes "se prendre pour le diable" et "focalisation sur le péché" dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.
Un certain nombre de personnes homosexuelles ne se jugent pas aimables et aimantes. Elles se présentent au contraire comme maudites par le Ciel, par l’Amour, et par les événements humains. Par exemple, pour Ricardo Arenales, Luis Cernuda ou encore Marcel Proust, les personnes homosexuelles (ou « inverties ») forment une « race maudite ». Arthur Rimbaud, quant à lui, revendiquera toute sa vie son appartenance à la race « des maudits, des criminels, des malades ».
On trouve dans certains discours la croyance au Sida en tant que matraque céleste. « Il fallait que le malheur nous tombe dessus. Il le fallait, quelle horreur, pour que mon livre voie le jour. » (Hervé Guibert dans son autobiographie À l’Ami qui ne m’a pas sauvé la vie, 1990) ; « Je suis un scarabée retourné sur sa carapace et qui se démène pour se remettre sur ses pattes. Je lutte. Mon Dieu, que cette lutte est belle. » (Hervé Guibert cité dans l’essai Les Écrivains sacrifiés des années Sida (1995) de Jean-Luc Maxence, p. 25)
L’amour homosexuel se présente d’office comme fragile ou perdu d’avance, et la majorité des personnes homosexuelles pensent cycliquement qu’elles sont des oubliés de l’Amour vrai (y compris celles qui vivent en couple) : « Ça va pas, on arrête tout de suite, je ne suis pas quelqu’un à marier. » (Élodie, femme lesbienne de 46 ans, interviewée dans l’essai Se dire lesbienne : Vie de couple, sexualité, représentation de soi (2010) de Natacha Chetcuti, p. 59) ; « À 18 ans, je me suis repliée sur moi-même, et j’ai abandonné jusqu’à la simple idée qu’on puisse m’aimer d’amour. » (Paula Dumont, La Vie dure (2010), p. 19) ; « Lui dirais-je combien j’avais pu, adolescente, me sentir infirme, monstrueuse, vouée à jamais à la solitude quand je m’éprenais d’une fille de mon âge ? » (idem, p. 42) ; « Elle se sentait incapable d’aimer : ‘J’ai comme la lèpre au cœur.’. » (Paula Dumont citant son amante Catherine, idem, p. 154)
Mais il ne faut pas croire qu’elles ne trouvent que des inconvénients à l’étiquette de « maudits » qu’elles se collent au front. Au contraire, l’auto-stigmatisation peut, dans l’instant, dorloter l’âme en peine, l’installer dans le confort de la plainte ou du militantisme marginal, lui donner l’impulsion désespérée de la menace puérile. « Je choisis cette planète maudite, je l’habite avec les bagnards de ma race. » (Jean Genet, Journal du Voleur (1949), p. 49).
Elle a même le pouvoir de faire aimer (un peu) ! Jouer le maudit d’amour, le bobo écorché vif et incompris, le pestiféré qui porte malheur à tous ses partenaires, est une technique de drague très employée par les courtisans-crooners homosexuels. Ces derniers font agir le chantage aux sentiments pour apitoyer leur proie (« Les autres m’ont abandonné prématurément… mais toi, tu n’es pas capable de me faire une chose pareille, hein ? »). Avec leur air de chien battu, ils demandent à leur partenaire du moment de leur faire le plaisir de leur prouver qu’ils valent encore quelque chose dans le « marché gay » en acceptant de sortir avec des « maudits d’amour » comme eux, qui se croient les seuls à aimer bien, en vérité, à 100 %, contrairement à leurs amants de passage qui n’ont/auraient pas « joué le jeu » de l’amour jusqu’au bout, qui n’ont/n’auraient pas su les aimer comme eux les a/aurait aimées d’un cœur entier, sacrificiel, pur, gratuit, limite ascétique et platonique… Et il faut avouer que cette stratégie de la folle perdue est très efficace : elle donne à celui qui se laisse prendre l’illusion temporaire de la charité, de la réparation de l’injustice, du sacrifice d’amour.
c) « Je suis une (plus grande) victime (que les autres) » :
La chaîne de la victimisation ne s’arrête pas là ! Non seulement les personnes homosexuelles se disent persécutées et incomprises, mais en plus, beaucoup soutiennent qu’elles sont plus persécutées que les autres victimes sociales reconnues comme telles : « Nous, les gays, nous sommes les plus discriminés ! » (cf. l’article « Crónica Auténtica De Lo Acontecido En Un Pub De Chueca Una Noche De Verano » de J. A. Herrero Brasas, dans l’essai Primera Plana (2007), p. 123) ; « J’aimais mieux me faire pointer du doigt comme drogué que comme gai. » (un témoin homosexuel cité dans l’essai Mort ou Fif (2001) de Michel Dorais, p. 74) ; « Être homosexuel, c’est être victime d’homophobie. C’est cela avant toute autre chose – ce n’est peut-être même que cela. » (Julien Picquart, Pour en finir avec l’homophobie (2005), p. 17) ; « On subit tous l’homophobie en général. » (Jeanne Broyon parlant des personnes homosexuelles, juste avant la projection de son documentaire « Des Filles entre elles » (2010), diffusé lors du Seizième Festival Chéries-Chéris du Forum des Images de Paris) ; « En France comme ailleurs, les homos souffrent. […] Les homosexuels sont des victimes en puissance, comme toutes les minorités. » (Anne Delabre, Didier Roth-Bettoni, Le Cinéma français et l’homosexualité (2008), p. 93) ; « L’homosexualité est la voie la plus étroite, la plus dure, la plus difficile et vous voudriez que, de gaieté de cœur, ces adolescents qui ont peur de ne pas connaître le bonheur choisissent cette voie-là ? » (André Baudry cité dans l’essai Repères éthiques pour un monde nouveau (1982) de Xavier Thévenot) ; « Je devais admettre que Proust avait raison : les homosexuels n’étaient que des parias voués à une solitude irrémédiable, des parias sur qui personne ne poserait jamais un regard aimant. » (Paula Dumont, Mauvais Genre (2009), p. 109) ; « Je me suis longtemps posé cette question : ‘Pourquoi ?’ Et aussi celle-ci : ‘Mais qu’avons-nous fait ?’ Il n’est d’autre réponse à ces interrogations que l’arbitraire des verdicts sociaux, leur absurdité. Et comme dans le Procès de Kafka, il est inutile de chercher le tribunal qui prononce ces jugements. Il ne siège pas, il n’existe pas. Nous arrivons dans un monde où la sentence a déjà été rendue, et nous venons, à un moment ou à un autre de notre vie, occuper la place de ceux qui ont été condamnés à la vindicte publique, à vivre avec un doigt accusateur pointé sur eux, et à qui il ne reste qu’à tâcher tant bien que mal de se protéger d’elle et de réussir à gérer cette ‘identité pourrie’. Cette malédiction, cette condamnation avec lesquelles il faut vivre installent un sentiment d’insécurité et de vulnérabilité au plus profond de soi-même, et une sorte d’angoisse diffuse qui marque la subjectivité gay. » (Didier Éribon, Retour à Reims (2010), p. 223) ; « À la différence des Juifs ou des Beurs où la prise en compte de la différence est appartenance (elle vous relie à votre famille, à vos amis, à votre entourage), la découverte de l’homosexualité est isolement, solitude. Tous les homosexuels ont eu, un jour, l’impression de ne pas être ‘chez eux, chez eux’. » (Frédéric Martel, Le Rose et le Noir (1996), p. 707) ; « Les maladies ou les handicaps, s’ils peuvent être source de peur ou de rejet (parce qu’on ne sait pas comment réagir, parce qu’on a peur du différent de soi…), ils ne sont pas source de haine. Donc, si l’homosexualité est source de haine, c’est qu’elle a quand même un statut particulier par rapport à un simple handicap ou à une simple maladie. » (Hugo cité sur le site http://homophobie.free.fr consulté en octobre 2003) ; « Une enquête de l’État de New York sur la violence concluait en 1988 que de tous les groupes minoritaires, c’étaient les hommes et les femmes homosexuels qui étaient les objets de la plus grande hostilité. » (Élisabeth Badinter, X Y de l’identité masculine (1992), p. 178) ; « Les homosexuels pourraient être les individus les plus opprimés au sein de cette société. » (Huey Newton, chef des Black Panthers, en 1970, cité dans le Dictionnaire gay (1994) de Lionel Povert, p. 72)
Dans son essai Se dire lesbienne : Vie de couple, sexualité, représentation de soi (2010), la « sociologue » Natacha Chetcuti affirme que le lesbianisme est une « identité marginalisée et dévalorisée » (p. 17), et que « les » lesbiennes sont victimes du « système hétérosexiste dominant » : « Ignorées socialement, elles le sont théoriquement. […] Elles subissent une ‘double peine’, comme femmes et comme homosexuelles. » (pp. 7-14)
La communauté homosexuelle construit sur les écrans les preuves (qu’elle croit réelles) de l’oppression sociale qu’elle subirait. Par exemple, les agressions homophobes dont certains héros homosexuels pâtissent sont grossies à l’extrême au cinéma par beaucoup de réalisateurs homosexuels, qui n’hésitent pas s’il le faut à sombrer dans le scabreux et l’odieux pour rehausser le prestige des histoires d’« amour » qu’ils nous racontent, quitte à ce que leurs scenari soient totalement téléphonés, improbables, et invraisemblables : cf. le film « À cause d’un garçon » (2001) de Fabrice Cazeneuve (avec la méchanceté homophobe présentée comme « gratuite » et « insensée »), le film « Priscilla, folle du désert » (1995) de Stephan Elliot (avec l’agression aveugle des bourrins dans le bar), le film « Le Secret de Brokeback Mountain » (2006) d’Ang Lee (avec le meurtre sauvage et inexpliqué d’un des deux héros, à la fin de l’histoire), le film « Du même sang » (2004) d’Arnault Labaronne (avec l’agression homophobe caricaturale et d’une inhumanité sans nom), le film « Boys Don’t Cry » (1999) de Kimberly Peirce (avec les agresseurs « machisés », infligeant sans raison un viol correctif à l’héroïne lesbienne), etc.
« Ré-écrire l’histoire à nos étendards » chante Étienne Daho (cf. la chanson « Ré-évolué ») … On est en plein dedans ! Il est très fréquent que les personnes homosexuelles actuelles s’identifient aux victimes de la déportation nazie, comme si elles étaient elles-mêmes passées par l’épreuve des camps de concentration. Par exemple, le groupe Bronski Beat (de Jimmy Somerville) use sur ses pochettes de disque du triangle rose. L’association « S.O.S. Homophobie », en France, fait de même. Le personnage transsexuel du documentaire « Chandelier » (2002) de Steven Cohen porte l’étoile jaune. Selon certains individus homosexuels zélés, il ne fait aucun doute que les personnes homosexuelles auraient constitué pendant la Seconde Guerre mondiale « la plus basse caste des camps, celle qui était la plus détestée des autres déportés. » (Jean Boisson, Le Triangle rose (1988), p. 143) ; « Si tous les déportés eurent à subir ainsi les violences organisées de certains des leurs, il est à remarquer, là encore, que cette brutalité toucha plus particulièrement les homosexuels, comme s’ils étaient destinés par nature à souffrir plus que les autres. » (idem, p. 156) ; « Ce furent évidemment les ‘triangles roses’ qui devaient subir les pressions les plus rudes. » (idem, p. 165) ; « Les SS choisirent pour eux ‘les travaux les plus répugnants et les plus fatigants’. » (cf. l’article « De Sodome à Auschwitz » de Luciano Maximo Consoli, dans la revue Arcadie, juillet-août 1974, p. 184) Mais cette certitude se trouve finalement contredite par les mêmes historiens : « L’hostilité qui entourait ces ‘criminels’ se trouvait surtout nourrie par le fait que ‘les SS les avaient confié les plus importantes fonctions du camp’, les installant ainsi dans des ‘positions prédominantes.’ » (idem, p. 144)
À en croire les militants pro-gay, « les » homosexuels auraient subi la totalité des outrages endurés par l’Humanité depuis le début de son Histoire. Par exemple, à la Gay Pride parisienne de 2001, certaines femmes lesbiennes s’associent arbitrairement à toutes les victimes « liées à l’esclavagisme, aux colonisations, à l’impérialisme, aux migrations forcées » (cf. l’article « Gaiphobie » de Guillaume Huyez, dans le Dictionnaire de l’homophobie (2003) de Louis-Georges Tin, p. 192). Rien que cela…
Beaucoup de personnes homosexuelles trouvent dans la victimisation un moyen pour se trouver une identité, tuer l’ennui, se donner une utilité dans une noble cause ( = la lutte contre un ennemi qu’elles rêvent invisible : l’homophobie), détourner l’attention sur leurs vrais problèmes intimes. Dans leur cas, la jérémiade devient un masque figé, grimaçant, inutile. « Il faut être mécontent ! » soutient le parano. Par principe. Même quand il y a une amélioration en vue, elle est toujours mauvais signe ! Ça veut dire qu’on essaie de le rouler, de lui faire croire qu’il peut aller mieux, qu’il n’est plus une victime, alors forcément c’est suspect, c’est scandaleux ! « Comme au Juif, comme à tant d’autres traditionnels stigmatisés, rien ne doit être considéré comme acquis aux homos. » (Jacques Fortin, Homosexualités, l’adieu aux normes (2000), p. 30)
Disons-le franchement. Il y a une forme de fascination morbide, de contemplation de narcissique de soi, une complaisance inavouée, dans la recherche du malheur entreprise par certaines personnes homosexuelles. Pour elle, la mort, la souffrance, l’injustice, c’est glorieux en soi. « C’est vrai d’ailleurs, on peut être un mendiant handicapé et homosexuel, noir qui plus est, mais ça tout de même ce n’est pas si commun, ce serait la figure sublime… enfin, je plaisante, quoique… » (Hugues Pouyé dans le site Les Toiles roses en 2009) ; « Nous, les femmes, on a énormément d’avantages puisqu’on cumule les discriminations. » (Anne Fraikin, lors du débat « Double discrimination femme et lesbienne », au SIGL, Carrousel du Louvre, à Paris, le samedi 3 novembre 2007) Malgré les apparences, la course aux discriminations et aux diplômes de Meilleures Victimes, entreprise par beaucoup de personnes homosexuelles, a quelque chose de non seulement déplacé mais aussi d’inhumain et de révoltant. Car elle fait de l’ombre aux vraies victimes (y compris les vraies victimes homosexuelles).
La différence fondamentale entre les vraies victimes et les fausses est expliquée par Pascal Bruckner dans son essai La Tentation de l’innocence (1995) : « Pourquoi est-il scandaleux de simuler l’infortune quand rien ne vous affecte ? C’est qu’on usurpe alors la place des vrais déshérités. Or ceux-ci ne demandent ni dérogations ni prérogatives, simplement le droit d’être des hommes et des femmes comme les autres. Là réside toute la différence. Les pseudo-désespérés veulent se distinguer, réclament des passe-droits pour ne pas être confondus avec l’humanité ordinaire ; les autres réclament justice pour devenir simplement humains. » (p. 17)
Dès qu’une victime devient haineuse, elle n’est plus victime, car comme l’expliquaient des grandes âmes comme Gandhi ou Mère Teresa, la révolte du pauvre ne se justifie que lorsqu’elle est son seul moyen d’être respecté dans sa dignité d’Homme. Jamais le vrai pauvre ne singe ni ne grossit sa souffrance : « Je n’ai jamais entendu un pauvre grogner ou maudire, je n’en ai jamais vu terrassé par une dépression. » (Mère Teresa, Il n’y a pas de plus grand Amour (1997), p. 163) Dans notre monde actuel, nous apprenons malheureusement de plus en plus aux pauvres à perdre leur innocence en devenant haineux et fiers de leur statut soi-disant « éternel » de victimes.
d) Homosexualité noire :

On trouve parmi les artistes homosexuels de nombreux défenseurs de ce que Guy Hocquenghem a appelé « l’homosexualité noire », c’est-à-dire une homosexualité à la dérive, persécutée, individualiste, nocturne, anti-conformiste, incorrecte, limite homophobe (logique de la traîtrise et de l’auto-trahison oblige !) : pour ne citer qu’eux, Bernard-Marie Koltès, Olivier Py, Arthur Rimbaud, Pier Paolo Pasolini, Patrice Chéreau, William Burroughs, Marcel Jouhandeau, Julien Green, Oscar Wilde, Vasco Pratolini, Juan Goytisolo, Kenneth Anger, John Rechy, Allen Ginsberg, etc. Par exemple, les « décadents » homosexuels de la fin du XIXe siècle (Jean Lorrain, Maurice Rostand, Oscar Wilde, Marcel Proust, Pierre Loti, Missy, Arthur Rimbaud, etc.) affichaient leur nullité et leurs mœurs libertaires honteuses avec complaisance. Jean Genet, quant à lui, invitait ses frères et sœurs invertis à se rebaptiser « Filles de la Honte ». On retrouve cette tendance à s’approprier son insulte chez la Beat Generation, le mouvement Pop Art, le courant néo-baroque, les idéologies queer et camp actuelles, la frivolité des Gay Pride, etc. Aujourd’hui, l’appellation péjorative « pédé », « gouine », ou « queer », va dans ce sens. Dans la préface de l’essai Théorie Queer et cultures populaires de Foucault à Cronenberg (2007) de Teresa de Lauretis, Pascale Molinier parle de l’incapacité chez les personnes homosexuelles de « se définir en positif » (p. 22). Beaucoup d’entre elles ne se rendent pas aimables et montrent leurs griffes : je pense aux noms choisis par certaines associations LGBT (ex : l’association lesbienne La Barbare (1999-2007), l’association Les Panthères roses, Ni putes ni soumises, etc.)
Il se dégage de la revendication de la souffrance chez les personnes homosexuelles une fierté paradoxale : à la fois elles reprochent à la Terre entière de faire d’elles une Nation de malheureux (« Nous n’avons pas le monopole de la souffrance ! » hurlent-elles), et en même temps, elles construisent elles-mêmes leur mauvaise réputation avec une insistance sans relâche : « C’est notre clandestinité qui fait de nous des parias. » (Paula Dumont, Mauvais Genre (2009), p. 100) ; « Je suis un produit de l’injure. Un fils de la honte. » (Didier Éribon, Retour à Reims (2010), p. 204) ; « Notre présence sur la planète est un virus, une énormité, un cancer. » (Gaël-Laurent Tilium, Recto/Verso (2007), p.130) ; « Quels sont les grands films homosexuels qui ont marqué les trente dernières années du XXe siècle ? Hélas ! a-t-on envie de dire, des films sombres, désespérés, échos attardés des époques de censure et de répression. Chasse au pédé dans ‘Scènes de chasse en Bavière’ de Peter Fleischmann (1968), choléra rédempteur dans ‘Mort à Venise’ de Visconti (1971), meurtre dans ‘Le Droit du plus fort’ de Fassbinder (1974), suicide dans ‘La Conséquence’ de Wolfgang Petersen (1977), exclusion sociale dans ‘Une Journée particulière’ d’Ettore Scola (1977), passion destructrice dans ‘La Loi du Désir’ de Pedro Almodóvar (1986), menace du Sida dans ‘Les Nuits fauves’ de Cyril Collard : le cinéma homo qui compte n’est-il qu’un catalogue de châtiments et d’expiations ? » (Dominique Fernandez, L’Amour qui ose dire son nom (2000), p. 307) ; « Vous avez déjà vu, vous, de l’homosexualité épanouie ? Et même si cela arrive quelquefois, on ne fait pas un film sur une situation homosexuelle heureuse. » (Patrice Chéreau par rapport à son film « L’Homme blessé » (1983), cité dans l’essai Le Rose et le Noir (1996) de Frédéric Martel) ; « Je suis alcoolique. Je suis un drogué. Je suis homosexuel. Je suis un génie. » (Truman Capote, Musique pour des caméléons, 1980) ; « On me dit que je suis Décadent. Cette appellation originale fut employée en insulte… Quoi de plus naturel que moi et de mes amis la prissions tout de suite comme un cri de guerre ? » (Paul Verlaine cité dans l’article « Poétiquement ‘correct’ » d’Alain Borer, sur le Magazine littéraire, n° 321, mai 1994, p. 41) ; « J’aime le mot décadence tout en miroitant de pourpre et d’ors. » (Paul Verlaine en 1886) ; « J’éprouve une sorte de fierté à avoir été censurée. » (Laure Charpentier dans le cadre de la 3e Journée Mondiale contre l’homophobie, Mairie du 2e arrondissement, Paris, le 18 mai 2007) ; « Jean Genet avait en commun avec Violette Leduc ce goût du massacre, ce besoin de démolir. Pour des gens comme eux, il fallait que tout aille mal, c’était une stimulation. » (Jacques Guérin cité sur l’article « Genet, Violette Leduc » de Valérie Marin La Meslée, dans le Magazine littéraire, n° 313, septembre 1993, p. 72)
e) « Je suis un traître » :
Pourquoi une telle réaction hypocrite et complaisante face au malheur ? Parce que les personnes homosexuelles sont bien souvent fascinées par le petit pouvoir de la trahison.
Pourtant, au départ, elles l’avaient haïe et crainte, car elle les avait fait souffrir en amour et en amitié : « Je me méfie d’une certaine nature humaine. Plus que tout je redoute la trahison. » (Mylène Farmer dans la revue Paris Match, n° 2741, le 6 décembre 2001) ; « L’une des accusations les plus tenaces portées contre les homosexuels est celle de trahison. » (« L’Homosexualité à l’épreuve des représentations », Revue européenne d’Histoire sociale n° 3 (2002), p. 15)
Mais elles ont fini par la juger nécessaire pour se créer une raison d’être : « La trahison paraît la prérogative de celui qui – individu ou groupe-hybride – n’arrive pas à rentrer dans les limites d’une catégorie, d’un genre, d’une espèce, d’une patrie, d’une profession. Ce sont des êtres et les entités échappant à une définition précise qui paraissent destinés à trahir : les classes floues comme la petite bourgeoisie, les statuts ambigus comme l’intellectuel-clerc, le déraciné et le parvenu, les sexes intermédiaires comme l’homosexuel, les nationalités incertaines comme le Juif, et puis encore le sans-patrie et le cosmopolite, le serviteur et le courtisan, le bâtard, le gaucher, le roux, l’albinos… Le traître, c’est l’indéfini et le monstrueux. » (Dominique Scarfone, De la trahison (1999), pp. 20-21) ; « Au-delà de ses inconvénients, il est pourtant indispensable de réaffirmer l’actualité du concept de ‘déviance’ pour comprendre la situation des homosexuels. Car nier qu’il y ait déviance ‘objective’ par rapport à la norme sociale qu’est l’hétérosexualité revient à nier l’existence de cette norme, c’est-à-dire, en dernière analyse, à masquer la domination subie par les gays et les lesbiennes. On voit bien le danger de la dénégation dans sa convergence paradoxale avec le discours de la nouvelle homophobie selon lequel les homosexuels auraient eu tout ce qu’ils voulaient, et ne seraient plus qu’un groupe culturel neutre et une ‘communauté de choix’. Au contraire, un concept enrichi de déviance permettrait, malgré ses limites, de comprendre comment les pratiques et l’univers symbolique de la communauté gay et lesbienne existent à la fois pour eux-mêmes et comme réponse à une situation concrète d’oppression. » (cf. l’article « Déviance » de Sébastien Chauvin, dans le Dictionnaire des cultures gays et lesbiennes (2003) de Didier Éribon, p. 152) ; « Je ressentis la nécessité, dans le contexte d’un mouvement politique et de l’effervescence théorique qui l’accompagnait, de ‘plonger’ dans ma mémoire et d’écrire pour ‘venger ma race’. Mais ce fut une autre ‘race’ que je m’attachai à venger et donc une autre mémoire que j’entrepris d’explorer. » (Didier Éribon, Retour à Reims (2010), p. 242)
Bien souvent, dans leur esprit, le mot « traître » remplace celui « homosexuel » : « Je voulais surtout qu’il sache que malgré tout ce qu’on disait sur moi à Hay Salam, ‘la petite fille’, ‘la poupée’, malgré tous les surnoms de trahison j’étais encore vierge. Vierge vierge. Vierge des fesses. » (Abdellah Taïa parlant de son cousin Chouaïb, dans son autobiographie Une Mélancolie arabe (2008), pp. 20-21) ; « Et si je sers si fort la main de ma mère, c’est pour que mon père ne s’aperçoive pas de ma nature de traître. Qu’il ne devine pas combien je trouve exaltant de se jeter d’un sixième étage, combien je jalouse mes cousins de la ville avec leurs parents alcooliques et tarés, combien je sais que la vraie vie est là-bas, avec les drames, les cris, les pleurs, la foule, plutôt que chez nous aux Espaces Verts. » (Christophe Honoré, Le Livre pour enfants (2005), p. 41)
La trahison constitue visiblement un fantasme esthétique et amoureux fort chez les personnes homosexuelles : « Stilitano pouvait trahir son pays et moi-même le mien par amour pour Stilitano. » (Jean Genet, Journal du Voleur (1949), p. 56) ; « Je suis noir, je suis un traître, je suis différent. » (Néstor Perlongher, « 69 preguntas a Néstor Perlongher » (1989), p. 21); « Je pense que l’homo est un traître en puissance. Mais il faut bien comprendre ce que ça veut dire. Le traître, c’est l’aspect noir de la chose. Mais l’aspect blanc, doré, c’est que l’homosexuel essaie d’être une réalité profonde, très profonde. Il essaie de trouver une profondeur que n’ont pas les hétérosexuels. » (Jean-Paul Sartre cité dans l’essai Les Oubliés de la mémoire (2002) de Jean Le Bitoux, p. 181)
Dans son autobiographie Une Mélancolie arabe (2008), Abdellah Taïa, lassé d’être délaissé par son copain Slimane, décide d’« aller voir ailleurs ». Il présente l’infidélité comme une communication désespérée, la trahison comme une magnifique entorse à son habituel sens de la fidélité… une preuve d’amour, en somme ! « Je suis allé marcher ailleurs. Tu m’y as poussé. Il fallait arrêter. Trahir. » (p. 121)
Dans le documentaire « Out : Naissance d’une Révolutionnaire » (2000) de Rhonda Collins et de Sonja de Vries, la figure du traître est sacralisée en la personne de la femme lesbienne Laura Whitehorn (qui tenta de faire exploser une bombe dans le Capitole aux États-Unis). L’argument basique « La fin justifie les moyens » transforme ici une folie meurtrière en acte de bravoure exceptionnel.
Lors de la conférence « Différences et Médisances » autour de la sortie de son roman L’Hystéricon à la Mairie du IIIe arrondissement, le 18 novembre 2010, l’écrivain Christophe Bigot, en parlant de sa propre vie, s’est identifié très tôt (avant de le dés-idéaliser) au procureur Camille Desmoulins : « J’ai voué un culte à Camille Desmoulins pendant toute mon adolescence. […] C’est un homme violent qui désigne, à la vindicte populaire, les contre-révolutionnaires. » C’est la figure du traître impopulaire par excellence.
Paradoxe idolâtre du désir homosexuel ! La majorité des personnes homosexuelles, en idéalisant la trahison, laissent entendre qu’elles se retourneront aussi contre elles-mêmes. Eh oui ! La plus belle trahison à laquelle elles appellent, c’est finalement l’homophobie ! « Un écrivain n’est pas là pour donner une image positive de la communauté [homosexuelle]. » (Érik Rémès cité dans l’article « Érik Rémès, écrivain » de Julien Grunberg, sur le site www.e-llico.com consulté en juin 2005)
f) « Je suis fier d’être un psychopathe » :

Pour pousser la logique de la « beauté dans l’auto-destruction » jusqu’au bout, certaines personnes homosexuelles vont jusqu’à cultiver, en apparence et parfois en actes, leur image de bad boys et de bad girls, d’individus infréquentables et dangereux. « Nous sommes les femmes contre lesquelles vos parents vous ont mises en garde. » (une phrase inscrite sur certaines pancartes de meetings féministes à propos des femmes lesbiennes radicales, citée dans l’essai Mother Camp (1972) d’Esther Newton, 1972) ; « Personne n’est moins agressif que moi. » (Paula Dumont, Mauvais Genre (2009), p. 114) ; « J’ai mauvais genre. Bien qu’étant une femme, j’ai les cheveux courts comme les messieurs qui ne veulent pas se faire remarquer. En outre, je m’obstine à m’habiller de telle manière qu’on me prend souvent pour un homme. » (idem, p. 7) ; « Je suis fermement décidée à emmerder le monde jusqu’à mon dernier souffle. » (idem, p. 12) Par exemple, les rôles de méchants crapuleux dans les films semblent tenir à cœur à certains acteurs homosexuels : Ian McKellen, Anthony Perkins, etc. Pensons aux interprétations de gangster donnée à Paul Bernard (cf. le film « Voyage sans espoir » (1943) de Christian Jaque, le film « Le Bossu » (1944) de Jean Delannoy, le film « Roger La Honte » (1946) d’André Cayatte, le film « Un Ami viendra ce soir » (1946) de Raymond Bernard, le film « Panique » (1947) de Julien Duvivier, le film « Les Maudits » (1947) de René Clément).
Parfois, dans les faits, certains sujets homosexuels ont commis concrètement des actes criminels. Par exemple Arthur Rimbaud a tenté d’assassiner le photographe Carjat. Valery Solanas, une femme lesbienne, tira un coup de feu sur Andy Warhol en 1968 dans sa Factory. Fritz Haarman (1879-1925), le « criminel d’Hanovre », a réellement existé. Je vous renvoie également au documentaire « Licensed To Kill » (1997) d’Arthur Dong. Je m’étends davantage sur la question des psychopathes homosexuels dans les codes "violeur homosexuel", "homosexuels psychorigides", et "amants criminels" de mon Dictionnaire des Codes homosexuels.
g) « Je suis un esclave » :

Dans la réalité, homosexualité et tatouage se tiennent souvent par la main. Je vous renvoie au duo (lesbien ?) russe T.a.t.u., au documentaire « Cœurs percés » (2004) d’Andrea Schuler et Oliver Ruts, aux photographies de Daïjna Roos, au corps peint de Bill T. Jones, au one-man-show L’Homme tatoué (2007) de Pascal Tourain (qui se déshabille peu à peu sur scène pour montrer son corps tatoué – strip-tease qu’il présente comme un coming out), à l’importance des tatouages dans les mangas japonais (Cobra par exemple), au docu-fiction « New-York City Inferno » (1978) de Jacques Scandelari (avec la longue séance chez le tatoueur), au documentaire « Les Garçons de la piscine » (2009) de Louis Dupont (avec Fabrice portant d’énormes tatouages), etc. On peut penser également à la passion du tatouage de certaines personnes homosexuelles : Severo Sarduy, Francis Bacon, Félix Sierra, Bruce LaBruce, Juan Soto, etc. On ne s’étonnera pas non plus de voir les tatoueurs élire domicile au cœur des quartiers « homosexuels » des grandes capitales gay mondiales (le Marais à Paris, Castro à San Francisco, etc.).
Dans le documentaire « Ken Burns » (2011) d’Adrienne Alcover, le tatouage est présenté comme un symbole de sur-virilité. Il donne l’illusion de toute-puissance (« Je suis un vrai mec, un tatoué : attention ! »), voire de changement de sexe : « J’ai commencé un tatouage pour me masculiniser. » (la femme trans F to M interviewée dans le documentaire « Le Genre qui doute » (2011) de Julie Carlier)
Mais en dehors des considérations purement esthétiques, sentimentales, artistiques, militantes, en dehors des bonnes intentions en clair, ce sont les actes qui doivent retenir notre attention à propos du lien entre tatouage et homosexualité, car ils sont objectivement violents et irrespectueux des personnes.
Dans l’Histoire humaine, le tatouage a été systématiquement un signe d’esclavage, de soumission et de dépersonnalisation. Il est de retour comme pratique (librement ?) choisie dans le « milieu homosexuel », et ce n’est pas un hasard. Il dit un désir de se soumettre à soi-même et aux autres, de vivre dans la superficialité et le « devenir-objet », de détruire son propre corps pour avoir une maigre prise sur la violence sociale dont on pâtit (cette prise pourrait s’appeler « imitation » ou « esclavage »).
Beaucoup de personnes homosexuelles, dans la sacralisation des corps-objets, cherchent en réalité à détruire les corps réels, habités par une âme. Elles parlent d’ailleurs parfois de la nécessité de « s’affranchir de l’esclavage corporel » (cf. l’article « Procréation médicalement assistée » de Marcela Iacub, dans le Dictionnaire des cultures gays et lesbiennes (2003) de Didier Éribon, p. 380), de « posséder son corps ». Mais cette possession/dépossession ne s’exerce pas sans violence. Elles en arrivent parfois à agresser leur propre corps, à l’image ou réellement (scarifications, tatouages, piercing, régimes alimentaires drastiques, chirurgie esthétique, procréation médicalement assistée, bodybuilding, ablation du sexe, etc.) et célèbrent l’extérieur en le réifiant. Pour détruire le mythe médiatique du corps parfait auquel elles croient encore (parce qu’en désir, elles prétendent l’incarner !), un certain nombre de personnes homosexuelles pensent prendre leur revanche en se vengeant sur leur propre physique, soit par la science, soit par l’art (cf. le Body Art dans les années 1970). Elles dessinent les corps de leur désir sexuel : des chairs fragmentées, sanguinolentes, brûlées, tatouées, écartelées, diffusées comme un média (cf. l’article « Arts plastiques » d’Élisabeth Lebovici, op. cit., p. 46), éclatées, mythiques. Plus qu’un traitement du corps, il s’agit d’un travail sur la corporalité, sur l’idée de corps, car elles vident le corps concret de son aspect symbolique, de son âme. Beaucoup d’entre elles cherchent à éprouver leur corps parce qu’elles ne le/se sentent plus : c’est pourquoi elles empruntent souvent les chemins de la pornographie, de l’hyperréalisme camp, des drogues, et du sadomasochisme. La place des synesthésies dans leurs écrits est d’autant plus intéressante qu’elle montre implicitement que le contact qu’elles établissent avec le monde extérieur est souvent dévitalisé, se fait à travers la vitre du miroir jamesbondien.