Code n° 15 : Attraction pour la foi

(bouddhisme/faux croyants/religiosité de bazar/églises « protestantes »)

 

 

 

 

Attraction pour la foi dessinée par Philippe

 

 

 


Notice explicative :

 

 

 


Le Pharisianisme rainbow

 

 

 

 


« On ne croit plus en Dieu mais on fait comme si. » (Philippe Muray, Festivus festivus, 2005)

 

 

 

 

 


Quand l’être humain cherche à aimer Dieu sans les hommes qui vont avec, ou bien les Hommes sans Dieu qui va avec, parce qu’il ne croit pas en l’hallucinante incarnation de Dieu en Jésus, il se coupe ET de Dieu ET des Hommes, pour devenir un pharisien, un croyant révolté ou planant. Les membres de la communauté homosexuelle, de par leur rejet quasi généralisé de l’Église-Institution catholique (= l’Incarnation et le prolongement même de Jésus), et de par leur déni du Réel et des Hommes (la plupart d’entre eux n’accueillent pas, une fois qu’ils se mettent en couple homo ou en recherche de couple, le roc principal du Réel qu’est la différence des sexes), deviennent alors, quand ils rentrent sincèrement dans une pratique religieuse occasionnelle, des parodies de croyants, ayant une foi superstitieuse et sensibleriste qui part dans tous les sens (cela peut aller de l’extase panthéiste dénuée de sens, au relativisme spirituel mettant toutes les religions sur le même plan, à l’animisme, à la sorcellerie, à l’occultisme, à l’idolâtrie pour l’art, à la voyance, à l’adhésion à une secte, à la création d’une Gay Church, au louvoiement avec les protestantismes modérés, à une religiosité matinée de psychologie, à l’art de vivre New Age ou bio, à la « bobo spiritualité » sans Dieu ni maître, en passant par la confusion entre art et foi ou entre sexe et foi, etc.), foi qui se retourne généralement violemment contre Dieu et contre les vrais croyants – jugés « hypocrites » et « prétentieux » – au moment où on s’y attend le moins. Les ennemis de l’Église sont bien à l’extérieur (le vers n’est pas dans le Fruit), mais le plus souvent, jouent à (se) faire croire qu’ils sont à l’intérieur (cf. je vous renvoie aux codes "blasphème" et "curés gay" de mon Dictionnaire des Codes homosexuels) et qu’ils sont même plus authentiques que les « pratiquants officiels ».

 

 

 

 


Comme la majorité des personnes homosexuelles, par peur de renoncer à certains actes et plaisirs de la chair auxquels leur désir homosexuel les appelle, n’obéissent pas concrètement à Dieu et à son Église, elles s’inventent des dérivatifs, des rituels vaguement religieux, des associations d’obédience chrétienne ou spirituelles (club de massage, groupes de parole, club de rencontres où l’on « prie Jésus », etc.) ou des couples dans lequel le nom de Dieu est invoqué, mais de manière suffisamment « light » pour que les modes de vie homosexuelle et les amours ne soient pas remis en cause.

 

 

 

 


Or, pour être un croyant authentique, l’important n’est pas de s’époumoner en criant vers Dieu, des larmes pleins les yeux, « Seigneur ! Seigneur ! Je crois en Toi ! Je t’aime et je prie ! » sans bouger de son siège, mais d’aller concrètement vers Lui, de suivre Ses commandements, et de L’aimer non seulement Lui mais aussi à travers toute son humanité institutionnelle, communautaire, exigeante, fragile, défaillante, hypocrite parfois, infidèle parfois, incarnée, apostolique, catholique et romaine, bref, ecclésiale. Dieu ne se trouve pas que dans les étoiles ! Celui qui dit qu’il aime Dieu, qu’il est croyant, et qu’il aime les Hommes sans être pratiquant et sans aimer l’Église-Institution (y compris le Pape, les prêtres, et les fidèles catholiques), celui-là, j’ai maintes fois l’occasion de le constater, est un rêveur misanthrope, un menteur, un hypocrite, un faux humaniste, et un faux croyant. On n’est véritablement croyant que si on est pratiquant, et qu’on a choisi sa préférence confessionnelle. Non, je regrette, toutes les religions ne se valent pas. Ce n’est pas parce que beaucoup d’entre elles sont des reflets bénéfiques du Soleil que toutes Le laissent passer pareil/au mieux, et que le Soleil cesse d’être Un à travers l’une d’entre elles en particulier. Le problème est que beaucoup de relativistes religieux (prophètes de leur idée d’« œcuménisme » et du « dialogue inter-religieux ») diabolisent la préférence, en la présentant comme un fondamentalisme qu’elle n’est pas (tendre et croire en LA Vérité unique n’est certainement pas prétendre La détenir ; et choisir une religion en particulier, parce qu’on la juge meilleure, n’est pas exclure ni mépriser toutes les autres), parce qu’en réalité ce sont eux les fondamentalistes – de la neutralité, du non-choix – et qu’au fond ils souhaitent justifier leur propre dispersion et leurs fantasmes inavoués de possession de la Vérité.

 

 

 

 

 


La clé, pour une personne homosexuelle, pour s’accepter telle qu’elle est vraiment, en prenant en compte son désir homosexuel tout en restant fidèle à Dieu et à l’Église, c’est la continence. L’Église catholique la demande. Toutes les personnes homosexuelles que je connais qui ne la vivent pas, et qui restent dans l’illusion d’un parfait compromis, d’une solution intermédiaire (= « Je peux mettre Dieu au centre de mon couple, sans que ça n’altère ni mon amour pour mon conjoint, ni mon amour pour Dieu et son Église »), finissent par mettre l’Église-Institution à la trappe ou en veilleuse, par ne plus rayonner pleinement, et par être déchirées intérieurement. Personnellement, j’ai essayé, à une période de ma vie, de vivre ce « moyen terme » entre vie de couple homosexuel et vie de foi. Et je me suis rendu compte que, autant la reconnaissance de son désir homosexuel me paraît totalement compatible avec le don entier de sa personne à Dieu et au catholicisme, autant le désir homosexuel actualisé sous forme de couple ou de désir de couple n’est pas compatible avec l’accueil plein de l’Amour de Jésus. On ne peut pas servir deux maîtres. À un moment donné, il faut choisir, et mettre l’Église catholique et Jésus en premier !

 

 

 

 

 


N.B. : Voir également les codes "blasphème", "se prendre pour Dieu", "frère, fils, père, amant, maître, Dieu", "curés gay", "magicien", "planeur", "voyante extralucide", "milieu homosexuel paradisiaque", "artiste raté", "se prendre pour Dieu", la partie « sorcières » du code "Carmen", et la partie « bourgeoise-prostituée rentrant dans une église » du code "bourgeoise", dans le Dictionnaire des Codes homosexuels. 

 

 

 

 

 

 

 

 

FICTION


 

 

 

 

a) Foi et homosexualité ont l’air de faire bon ménage :

 

 

 

 

film "Avril" (2005) de Gérald Hustache-Mathieu

 

 

 


Beaucoup de fictions traitant d’homosexualité abordent directement la question de la religion. En effet, un certain nombre de héros homosexuels montrent un attrait pour la « chose religieuse »: cf. le film « A Very Natural Thing » (1974) de Christopher Larkin (avec l’ex-séminariste homosexuel), l’opéra Litanies à la Vierge noire (1936) de Francis Poulenc, la B.D. Journal (1) (1997) de Fabrice Neaud, le film « Freak Orlando » (1981) d’Ulrike Ottinger, le roman Moïra (1950) de Julien Green, le roman A Visitation Of Spirits (1989) de Randall Kenan, le film « Nos Vies heureuses » (1999) de Jacques Maillot (avec le héros homosexuel qui part aux JMJ et qui s’engage au Secours Catholique), le film « Bloody Mallory » (2002) de Julien Magnat, les chansons « Post Vacant » et « Ave Maria » de David Jean, la chanson « Prière païenne » de Céline Dion, le film « Nazarín » (1959) de Luis Buñuel, le film « L’Homme de désir » (1969) de Dominique Delouche (avec le personnage d’Étienne), le film « Maurice » (1987) de James Ivory (avec le personnage homosexuel de Maurice, déchiré entre sa foi et son homosexualité), le film « Sacré Cœur ! » (2008) de Baptiste Lamy, le film « Innocenti » (2008) de Jean-Baptiste Erreca, le film « Alleluia » (2008) de Stéphane Marti, le film « Molinier Is My Revolution » (2008) de Tom de Pékin, le film « Miracle de la chute » (2008) de Denis Guéguin, le film « Makwan, une lettre du paradis » (2008) de Roberto Malini et Dario Picciau, le film « Dev’nir prêtre » (2008) de Mino D.C., le film « Nue jamais » (2008) d’Awatef Fettar, le film « Marie » (2007) de Pascal Lièvre, le film « Le Planeur » (1999) d’Yves Cantraine (avec le couple Fabrice/Bruno qui se rencontre pour la première fois dans une église), le film « I Love You Phillip Morris » (2009) de Glenne Ficarra et John Requa (avec Steven qui fait du chant gospel), la pièce Cachafaz (1993) de Copi (avec Raulito en « homme-bonne-sœur »), etc.

 

 

 

 

 

film "Priscilla folle du désert" (1994) de Stephen Elliott

 

 

 


Par exemple, dans le film « Mon Arbre » (2011) de Bérénice André, Marie, la « fille » de deux couples homosexuels, vit une dévotion mystique précoce pour la Vierge : elle voit des apparitions mariales dans sa chambre (d’ailleurs, sainte Marie a parfois des réactions de mère-fouettarde autoritaire), va à Lourdes, demande le baptême.

 

 

 

 


Les grenouilles de bénitier frustrées et superstitieuses ne manquent pas dans la fantasmagorie homosexuelle : cf. le film « La Mala Educación » (« La Mauvaise Éducation », 2003) de Pedro Almodóvar, le film « Teorema » (« Théorème », 1968) de Pier Paolo Pasolini, le film « Nazarín » (1959) de Luis Buñuel, le film « Chouchou » (2003) de Merzak Allouache, le film « C.R.A.Z.Y. » (2005) de Jean-Marc Vallée, la pièce Inconcevable (2007) de Jordan Beswick, le film « La Ley Del Deseo » (« La Loi du désir », 1987) de Pedro Almodóvar (avec le personnage très dévot de Tina), le film « Entre Tinieblas » (« Dans les ténèbres », 1983) de Pedro Almodóvar, la chanson « I Have A Dream » du groupe ABBA (« I believe in angels… »), etc.

 

 

 

 

 

 

 


Le héros homosexuel formule plus souvent qu’on ne pourrait le penser sa profession de foi à Dieu : « Je crois en toi, Dieu ! et je sais que tu crois en moi ! » (Claude dans la comédie musicale HAIR (2011) de Gérôme Ragni et James Rado) ; « Libérée de ce passé, elle [Gabrielle, l’héroïne lesbienne] s’aperçoit qu’elle croit encore aux miracles : retour de vigueur, espoir insensé. Elle croit à la naissance d’autres mots, d’autres émois. » (Élisabeth Brami, Je vous écris comme je vous aime (2006), p. 124)

 

 

 

 

 

 

 


b) La religiosité de bazar : adolescente, superstitieuse, sectaire

 

 

 

 

 

 

film "Dans les ténèbres" (1983) de Pedro Almodovar

 

 

 

 

 


Mais cette attraction vers la foi, observable chez beaucoup de personnages homosexuels, semble très passionnelle, excessive et éphémère. « Il était très vrai que les invertis étaient souvent religieux, mais aller à l’église était chez eux une forme de faiblesse ; ils devaient se faire, d’eux-mêmes, une religion s’ils en ressentaient un véritable besoin. Quant aux bénédictions, elles ne profitaient sans doute qu’aux églises et, pour le reste, n’étaient qu’affaire de superstition. » (Marguerite Radclyffe Hall, Le Puits de solitude (1928), p. 532) Ils se donnent l’illusion qu’ils suivent à la lettre les commandements de la Loi évangélique, mais il leur manque l’Esprit de gratuité, un peu à l’image du jeune homme riche de la Bible qui obéit scolairement aux commandements de Jésus sans Lui donner entièrement sa personne. Par exemple, dans le roman Si j’étais vous (1947) de Julien Green, Fabien adopte une vision superstitieuse et clientéliste de l’Église catholique : il la prend pour une « grande magicienne » (p. 132) : « Sa vie était pure, mais d’une pureté aride et revêche, excluant toute charité […] » (p. 139) Dans la pièce Un Mariage follement gai ! (2008) de Thierry Dgim, Marcy, l’héroïne lesbienne, fait une lecture très personnelle et intéressée de la Bible en reprenant à son compte les Dix Commandements pour leur faire dire n’importe quoi ; et dès qu’elle a un souci, elle considère la Bible comme son prozac : « Vite ! Ma Bible ! » Dans son roman La Cité des Rats (1979), Copi propose une version totalement revisitée de la Genèse (p. 88).

 

 

 

 

 


Bien souvent, le héros homosexuel a un rapport de consommateur possessif, d’esthète, par rapport à Dieu : « J’attends Dieu avec gourmandise. » (la voix narrative du poème « Une Saison en enfer » (1873) d’Arthur Rimbaud) ; « Laurent est plus fidèle à son coiffeur qu’à la messe. » (cf. le one-man-show Gérard comme le prénom (2011) de Laurent Gérard) ; etc. S’il n’est pas rassasié tout de suite par Celui qu’il appelle son « énergie vitale », il panique. Il change très vite de crémerie dès qu’il n’obtient pas les miracles visibles instantanés qu’il a réclamés. Il se raccroche fiévreusement à des signes spectaculaires qu’il trouve dans les sciences occultes, les superstitions populaires, la magie noire, la sorcellerie, l’astrologie : « Je suis superstitieux ? Superficiel ?? Je sais. » (le héros homosexuel métamorphosé en vitre, dans le one-man-show Raphaël Beaumont vous invite à ses funérailles (2011) de Raphaël Beaumont)

 

 

 

 

 

 

 


Khalid – « Tu me connais, Omar, je suis un peu superstitieux, un peu bizarre.


Omar – Pas plus que moi.


Khalid – Non, non, je le suis beaucoup plus que toi. »


(Khalid et Omar, les deux amants du roman Le Jour du Roi (2010) d’Abdellah Taïa, p. 131)

 

 

 

 

 



Par exemple, dans la pièce Carla Forever (2012) de Samira Afaifal et Yannick Schiavone, Angelo, l’un des héros homos (latents), est superstitieux et a peur de la série Paranormal Activity. Dans le film « My Summer Of Love » (2004) de Pawel Pawlikovsky, Mona, l’une des héroïnes lesbiennes, pratique le spiritisme. Dans son one-man-show Elle est pas belle, ma vie ? (2012), Samuel Laroque exhibe une religiosité syncrétique qui part un peu dans tous les sens… ou plutôt dans le sens de la consommation, de la religion télévisuelle profane, de la superstition (« J’suis tellement dans la merde que du coup, j’suis allé voir une voyante, madame Moufassa. »). Dans le roman Le Jour du Roi (2010) d’Abdellah Taïa, Omar adore un marabout qui pratique « la magie originelle » (p. 40). Dans la comédie musicale Dr Frankenstein Junior (1974) de Mel Brooks, l’astrologue d’Elisabeth est une grande tapette. Dans le film pornographique « New York City Infierno » (1978) de Jacques Scandelari, un devin/marchand d’encens invite Paul à coucher avec lui : « Vous aimeriez savoir quelque chose sur votre avenir ? » Dans la pièce Copains navrants (2011) de Patrick Hernandez, Nono s’est fait tirer les cartes au lycée ; et Vivi pratique les sciences occultes et va voir un marabout « pour se rassurer ».

 

 

 

 

 


Beaucoup d’auteurs homosexuels jouent avec les codes de la superstition populaire (les sorcières, la voyante, les chats noirs, les échelles, les miroirs cassés, la numérologie, etc.) : cf. la pièce La Tour de la Défense (1981) de Copi (la scène se passe au 13e étage). Les lieux religieux où se déroulent des apparitions et des miracles non-encore reconnus font les délices de certains artistes homosexuels athées mais en quête de spirituel : cf. la chanson « San Damiano » de Jann Halexander.

 

 

 

 


L’obsession spirituelle pour Dieu entraîne parfois le héros homosexuel à rentrer dans une secte, ou à être en contact avec des gens embrigadés dans des sectes. Les liens fictionnels entre homosexualité et sectes ne manquent pas : cf. la pièce Angels In America (2008) de Tony Kushner (avec les mormons), le film « Family Fundamentals » (2002) d’Arthur Dong, le film « Prayers For Bobby » (« Bobby : seul contre tous », 2009) de Russell Mulcahy, le film « Hate Crime » (2005) de Tommy Stovall (avec le chrétien extrémiste), le roman My Guru And Myself (1980) de Christopher Isherwood, le film « Kaboom » (2011) de Gregg Araki, etc. « Il [Le prince Koulotô] était le chef spirituel de deux cents millions d’âmes extrêmement pieuses qui lui faisaient cadeau tous les vendredis de son poids en diamants et d’un oiseau en papier, l’emblème de sa dynastie. » (cf. la nouvelle « Les Vieux Travelos » (1978) de Copi, p. 93) Par exemple, dans la pièce La Nuit de Madame Lucienne (1986) de Copi, l’assistante appartient à la secte Moon.

 

 

 

 

 


c) La tentation narcissico-pacifico-artistico-égocentrico amoureuse du bouddhisme (« Cause à un arbre ») :

 

 

 

 


L’attachement du héros homosexuel à une foi consumériste et narcissique anti-catholique prend souvent le visage de l’innocence, du flou artistique world, et de l’envolée lyrique vers le « Cosmos » et les pauvres-du-bout-du-monde : « J’ai prié, même si je ne crois plus en Dieu, mais plutôt à une sorte de grand tout englobant toutes les religions, la sagesse des anciens, le mystère de la vie, la beauté de la nature, la pureté de l’enfant qui naît. » (Cécile, une des héroïnes lesbiennes du roman À ta place (2006) de Karine Reysset, p. 136) Par exemple, quand les personnages de Copi prient, ils invoquent le « Dieu du Monde » (Martin dans la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi).

 

 

 

 


Il est fréquent que le héros homosexuel choisisse l’art ou la Nature comme religions de substitution, comme voies de transcendance où ses émotions égocentriques vont pouvoir « s’éveiller » : « Écrire : c’est un sacerdoce, une entrée en religion. » (le narrateur homosexuel du roman En l’absence des hommes (2001) de Philippe Besson, p. 106) ; « Ma musique est une religion. » (la figure de Wagner dans la pièce Nietzsche, Wagner, et autres cruautés (2008) de Gilles Tourman) ; etc.

 

 

 

 


Pas étonnant que le personnage homosexuel trouve dans l’individualisme « universaliste », « humaniste » et coloré du bouddhisme – la « Religion de l’Ego » par excellence, la spiritualité de l’extinction du désir, de la liberté, de la notion de vie éternelle et unique – un nouveau moyen de se vouer un culte à lui-même sous prétexte de s’ouvrir aux autres. Le bouddhisme zen est pratiqué par de nombreux héros homosexuels : cf. la pièce L’Anniversaire (2007) de Jules Vallauri, le film « Suddenly Last Summer » (« Soudain l’été dernier », 1960) de Joseph Mankiewicz (avec le personnage homosexuel de Sébastien), le film « Pas de repos pour les braves » (2003) d’Alain Giraudie (avec le personnage de Basile Matin), le film « Je t’aime toi » (2004) d’Olga Stolpovskay et Dmitry Troitsky (avec les héros homosexuels fumant le calumet de la paix, dans une ambiance très New Age), la chanson « Heures hindoues » d’Étienne Daho, la chanson « Zen » de Zazie, la pièce Vierge et rebelle (2008) de Camille Broquet, le one-man-show Entre fous émois (2008) de Gilles Tourman, la pièce Jupe obligatoire (2008) de Nathalie Vierne (avec Maître Dong, le père spirituel de France, l’héroïne lesbienne), la comédie musicale À voix et à vapeur (2011) de Christian Dupouy, etc.

 

 

 

 


Par exemple, le roman Le Musée des amours lointaines (2008) de Jean-Philippe Vest présente la réincarnation comme une « réalité » (p. 303) ; et toute l’intrigue repose sur les « réincarnations passées » du peintre Jioseppe Campi. Dans le film « Une Petite zone de turbulence » (2009) d’Alfred Lot, Jean-Pierre pratique le « détachement bouddhiste ».

 

 

 

 


La louange du bouddhisme par bon nombre de personnages homosexuels rentre dans ce totalitarisme du neutralisme, de l’abandon du désir et de la liberté, de la mégalomanie pseudo minimaliste et pauvre, de l’indifférence à la souffrance des autres et à sa propre souffrance, du relativisme, dont ils se font les orgueilleux porte-parole : « Le bouddhisme, c’est précisément la neutralité. » (Japhy Ryder dans le roman Les Clochards célestes (1963) de Jack Kerouac, p. 75) La glorification du vide, du néant, et des bonnes intentions du libéralisme économique le plus matérialiste et individualiste, en somme.

 

 

 

 


Le héros homosexuel ne croit pas, mais « fait comme si ». Parce que ça fait esthétique. « Je ne me définis pas vraiment comme athée. Je dirais que je suis un musulman laïc. Je me sens complètement intégré à la République française, laïque, tout ça pour ça. Mais la religion, c’est un truc trop profondément ancré dans l’histoire de notre civilisation. C’est plus culturel que religieux, en fait. Je pense que je ne crois plus du tout en Dieu, pour tout te dire. En même temps, j’ai gardé comme une nostalgie de ça. Les rites. Les fêtes. La rupture du jeûne, par exemple, quand on fait le ramadan en famille. C’est un mouvement tellement convivial. Ça me manque vraiment. » (Mourad, l’un des personnages homosexuels du roman L’Hystéricon (2010) de Christophe Bigot, pp. 354-355) ; « Là-dessus, le bon sens et la religion sont tombés d’accord. Et parfois, elle [Ronit, la protagoniste lesbienne] sacrifie au rituel. Quand ça lui chante. Elle prépare des soupers du shabbat, chez elle, allume des bougies dans les immenses chandeliers en argent, fait rôtir un poulet. Il lui arrive même de prier. Bien qu’elle appelle ça ‘discuter avec Dieu’ et qu’il ne soit pas évident que ce soit une leçon d’humilité pour son âme. Elle part en vacances dans le sud des États-Unis et s’émerveille de la quantité de ciel qui s’offre à elle, chaque fois qu’elle décide de lever la tête. Elle a cette pensée : que l’on regarde en haut, en bas, le ciel est là, partout où nous allons. Nous pouvons choisir de le regarder ou non, mais quoi que nous fassions, il sera toujours présent, un objet de beauté et de lumière. Elle en éprouve un étrange réconfort. » (Ronit, l’une des deux héroïnes lesbienne du roman La Désobéissance (2006) de Naomi Alderman, p. 303)

 

 

 

 

 


Il n’a pas compris que la foi n’était pas un joli refuge contre la souffrance et la peur humaine de la mort, mais un chemin de Vie : celui de la Croix. Il pense qu’il lui suffit de pénétrer dans un lieu saint (hors des temps d’office, de préférence), de susurrer une petite prière improvisée du bout des lèvres, d’apprécier la beauté de la liturgie catholique, de donner une pièce au mendiant du coin de la rue, pour s’assurer un Salut confortable et s’étiqueter « croyant » : « Ça va aller. J’ai la foi. » (Ronit, l’une des deux héroïnes lesbienne du roman La Désobéissance (2006) de Naomi Alderman, p. 305) Il vivote d’espoir et d’optimiste, à défaut de (re)connaître l’Espérance, Celle qui sous-tend la réalité de la Résurrection, de la victoire définitive de la Vie sur la mort.

 

 

 

 

 


d) L’homosexualité décrétée « don de Dieu » (« Dieu m’aime comme ça et m’a donné mon compagnon ») :

 

 

 

 

 

toile "Requiem : À corps et à coeur" de Steve Walker

 

 

 

 


Comme le héros homosexuel a tendance à confondre ses désirs ou ses sensations épidermiques avec Dieu, il finit fatalement par interpréter ses pulsions homosexuelles comme des signes du Ciel. À l’entendre, son homosexualité serait un don de Dieu, irréfutable, divinement justifié, une citadelle inattaquable. « J’ai réfléchi à ces deux états – être homosexuel, être juif. Ils ont beaucoup de points communs. » (Ronit, l’une des deux héroïnes lesbienne du roman La Désobéissance (2006) de Naomi Alderman, p. 303) Il fait parler Dieu à sa place, et Lui attribue son désir homosexuel : « Je sais désormais que Dieu aime ce que nous sommes. N’en déplaise à tous ces frustrés de l’Église qui ont érigé la chasteté en valeur suprême ! » (Adrien, le héros homosexuel dans le roman Par d’autres chemins (2009) d’Hugues Pouyé, p. 105)

 

 

 

 


Ce serait même Dieu qui lui aurait donné son amant homosexuel, et qui bénirait leur union bien plus directement et plus profondément que les hautes instances du Clergé catholique. Dans son discours, on perçoit souvent une totale confusion entre Dieu et le sexe, entre Dieu et l’amant homosexuel. Son adhésion à la foi semble davantage obéir à des critères esthétiques et pulsionnels qu’à une vraie ferveur gratuite, dépassant le sensible : « Moi qui suis chrétien, je trouve ça beau d’aimer les corps : aimer la chair c’est aimer l’Homme. » (Chris à son amant Ernest dans le roman La Synthèse du camphre (2010) d’Arthur Dreyfus, p. 127) ; « Pierre, on dirait un gros bouddha en mousse, sauf dans les moments où il pique ses crises et me casse des objets sur la tête. » (le narrateur homosexuel du roman Le Bal des folles (1977) de Copi, p. 68)

 

 

 


Par exemple, dans le film « Contra-corriente » (2011 de Javier Fuentes-León, Santiago compare son amant Miguel à Jésus, et la toile qu’il a peinte de lui au « Corps du Christ ». Plus tard, le visage du curé et de Santiago se superposent à l’écran. Lors de l’enterrement de Santiago (désolé de vous raconter la fin…), Miguel porte la dépouille de son amant comme une croix, et on assiste à un via crucis « New Generation ».

 

 

 


Le héros homosexuel attribue à Dieu l’amour homosexuel qu’il porte à son amant (cf. le code "frère, fils, père, amant, maître, Dieu" de mon Dictionnaire des Codes homosexuels) : « Et je prie » (cf. la fin de la chanson « C’est lui » de Fred Actone ; voici le lien du clip, et s’il vous plait, on ne rigole pas…)

 

 

 

 


Il semble aimer la foi catholique pour les mauvaises raisons : « J’ai toujours gardé au fond du cœur une admiration pour Jésus, ce barbu au corps crucifié… Je ne veux pas blasphémer mais je ne peux pas non plus cacher mes fantasmes. » (Bjorn, un des personnages homosexuels du roman Riches, cruels et fardés (2002) d’Hervé Claude, p. 168) Par exemple, dans le roman Les Carnets d’Alexandra (2010) de Dominique Simon Alexandra, la narratrice lesbienne, cherche à draguer une nonne dans un train. Dans le roman Pasión Y Muerte Del Cura Deusto (1924) d’Augusto d’Halmar, Deusto, le personnage homosexuel, tombe amoureux du prêtre Pedro Miguel qui lui vient en aide.

 

 

 

 

 


Le héros homosexuel donne à ses pulsions sexuelles la valeur sacrée d’une foi religieuse exceptionnelle (car « en temps normal, assure-t-il, il ne croit ni Dieu ni en l’Amour ») : « Je n’ai jamais été quelqu’un de religieux, mais j’ai le sentiment qu’une puissance qui dépasse le seul hasard a réuni nos vies. » (Bob à son amant Félix dans le roman La Synthèse du camphre (2010) d’Arthur Dreyfus, p. 237) ; « Est-ce que tu crois à la réincarnation ou aux rêves prémonitoires ? Moi non, mais aujourd’hui je ne peux que douter. » (Randall à son amant Ernest, op. cit., p. 239)

 

 

 

 

 


Le bobo homosexuel aime bien spiritualiser ses vils instincts sexuels par la poésie métaphysique, pour les blanchir à la dernière minute. Il a le culot sincère de dire que s’il veut coucher avec son prétendant, « ce n’est même pas sexuel » : ça pourra même être ascétique et chaste les premières fois ! Leur coït aura la gratuité et la sobriété d’une prière silencieuse dans une chapelle ! « Ce sont des silences religieux, je veux dire : des silences comme ceux des églises. Nous avons la ferveur des communiants, leur gravité. » (Arthur et son amant Vincent, dans le roman En l’absence des hommes (2001) de Philippe Besson, p. 119) L’hypocrisie pharisianiste dans toute sa splendeur ! Ce que le héros homosexuel appelle « la foi », c’est en réalité sa croyance superstitieuse aux « coups de foudre », son narcissisme esthétisant pseudo « sobre », sa sensiblerie, sa propre défaillance face à ses pulsions. Et bien sûr, toujours à la lueur d’une petite bougie… (cf. la partie « bougie » du code "bobo" de mon Dictionnaire des Codes homosexuels). Si on l’écoute, le héros homosexuel vivrait un sacrifice rédempteur même en se donnant sexuellement à n’importe qui, dans des lieux de débauche totale. Selon lui, on peut aller dans une backroom comme on rentre au couvent : cf. le vidéo-clip de la chanson « Jesus Is Gay » de Gaël, la comédie musicale Sauna (2011) de Nicolas Guilleminot, le one-man-show Gérard comme le prénom (2011) de Laurent Gérard (où le protagoniste a pour livre de chevet Itinéraire d’un enfant trop gâté : Des jésuites aux backroom), etc.

 

 

 

 

 

 

pièce "L'Opération du St Esprit" (2007) de Michel Heim

 

 

 

 


Dans les œuvres homo-érotiques, on assiste souvent à des détournements libertins – à la fois provocateurs et sincères – des sacrements religieux. Par exemple, dans le roman Sperme (2011) de Jacques Astruc, le narrateur homosexuel donne au sperme une dimension sacrée. Dans la pièce L’Opération du Saint-Esprit (2007) de Michel Heim, on retrouve la thèse de l’amour homosexuel entre saint Jean et le Christ. À chaque fois que dans les fictions homosexuelles le génital et le spirituel se rencontrent, on est très proche du blasphème (cf. je vous renvoie au code "blasphème" de mon Dictionnaire des Codes homosexuels), mais avec, en plus, la volonté d’honorer et d’immortaliser ce qu’on détruit. « Ces chapelets de capotes enfilées inopinément par l’auteur de ce mauvais pastiche de Proust sur ces pines à peine pubères, faisaient capoter son plaisir. » (cf. la nouvelle « De l’usage intempestif du condom dans la pornographie » (2010) d’Essobal Lenoir, p. 96)

 

 

 

 

 


e) La Communauté homosexuelle décrétée « Église véritable » par rapport à la Curie romaine (« Malgré les apparences, on est des croyants plus authentiques que les ‘officiels’ ») :

 

 

 

 


L’homosexualisation de la religion ne s’arrête pas à la sphère individuelle. Quelquefois, le héros associe le « milieu homosexuel » à une nouvelle fraternité religieuse, à un ordre monastique plus solide et profond que ne le serait l’Église catholique : « J’avais cru deviner à sa façon de parler qu’il était de la confrérie. » (Jean-Marc, l’un des personnages homosexuels dans le roman Le Cœur éclaté (1989) de Michel Tremblay, p. 73) Par exemple, à la fin de son one-man-show Elle est pas belle, ma vie ? (2012), Samuel Laroque sombre dans l’émotionnel spiritualiste : il demande sincèrement à son public de se faire un baiser de paix, « comme à l’église ».

 

 

 

 

 

film "La Mala Educacion" (2004) de Pedro Almodovar

 

 

 


Afin de se donner l’illusion qu’il est un vrai croyant plus authentique que les croyants officiels, le héros homosexuel se met esthétiquement en marge (un peu mais pas trop) de l’église-bâtiment, pendant des messes ou des cérémonies religieuses publiques (genre le personnage homosexuel de Leo dans le roman Un Garçon d’Italie (2003) de Philippe Besson, au moment de l’enterrement de son amant Luca). Il prend la place de l’outsider incorrect-pécheur-et-caché, du Zachée sur la route, soi-disant plus saint que ces croyants bourgeois bien propres sur eux, qui occupent les premières bancs de l’église, qui jouent leur « mascarade sociale de la foi ». « Les derniers seront les premiers » (c’est sainte Céline Dion qui l’a dit). On retrouve souvent cet orgueil puant de la spiritualité marginale et anti-institutionnelle chez les icônes gay que la communauté homosexuelle s’est choisies (cf. les chansons « Au diable nos adieux » de Zazie, « La Petite Cantate » de Barbara, « Les Champs de peine » d’Anggun, « Ave Maria » de Noa dans la comédie musicale Notre-Dame de Paris de Luc Plamondon, etc.), ainsi que dans la mise en scène de la prostituée rentrant dans une église (cf. la partie « bourgeoise-prostituée rentrant dans une église » du code "bourgeoise" de mon Dictionnaire des Codes homosexuels).

 

 

 

 

 

 


f) La séduction, la facilité, et l’excuse du protestantisme modéré :

 

 

 

 

 


Comme le personnage homosexuel veut quand même suivre une activité spirituelle et pieuse tout en ne perdant pas ses habitudes homosexuelles, il se rabat, en plus du bouddhisme, sur la branche du christianisme qui semble (je dis bien « qui semble ») la plus malléable et la moins claire sur la question de l’homosexualité, à savoir le protestantisme modéré. « On est de souche protestante » (cf. la chanson « Chroniques d’une famille australienne » de Jann Halexander) ; « Nous lisions ou regardions la télévision. Sylvia aimait lorsque nous nous caressions devant le petit écran sous l’œil tristement compréhensif du prêtre ou du pasteur chargé de clore les émissions de la journée. » (Laura dans le roman Deux Femmes (1975) d’Harry Muslisch, p. 42) ; « Un temps, j’avais été tenté par la scientologie, la méditation, la réflexion, le jeûne. » (Bjorn, l’un des héros homosexuels attaché aux protestants et à son pasteur le père Elvström, dans le roman Riches, cruels et fardés (2002) d’Hervé Claude, p. 168)

 

 

 

 


Dans les fictions traitant d’homosexualité, nombreux sont les héros qui se rapprochent de près ou de loin aux Églises réformées light (ou au contraire trop hard) : cf. le film « Elena » (2010) de Nicole Conn, le film « But I’m A Cheer Leader » (1999) de Jamie Babbit, la pièce Jeffrey (1993) de Paul Rudnick (avec le télévangéliste), le film « Ô Belle Amérique ! » (2002) d’Alan Brown, le film « When Night Is Falling » (1995) de Patricia Rozema, le film « Almost Normal » (2005) de Marc Moody, le film « The Prom’s Queen » (« La Reine du bal », 2004) de John L’Écuyer, le film « My Summer Of Love » (2004) de Pawel Pawlikovsky (avec Phil, le fondamentaliste évangéliste), le vidéo-clip de la chanson « Que mon cœur lâche » de Mylène Farmer (avec le Dieu-businessman), la pièce L’Opération du Saint-Esprit (2007) de Michel Heim (avec le Dieu chef d’entreprise), le roman Michael Tolliver est vivant (2007) d’Armistead Maupin, le roman Sapphistry (1980) de Pat Califia, le roman Oranges Are Not The Only Fruit (1985) de Jeannette Winterson, le film « Comme des voleurs » (2007) de Lionel Baier, le film « Les Oranges ne sont pas les seuls fruits » (1989) de Beeban Kidron, le film « L’Ultime Souper » (1996) de Stacy Title, le film « Une Ville trop tranquille » (1997) de David DeCoteau, le film « L’Affaire Matthew Shepard » (2001) de Roger Spottiswoode, la pièce La Fesse cachée (2011) de Jérémy Patinier (avec la télé-évangéliste), etc.

 

 

 

 


Par exemple, dans le film « Children Of God » (2010) de Kareem Mortimer, Lena est la femme d’un pasteur secrètement homosexuel. Le film « Elena » (2010) de Nicole Conn nous présente une ribambelle de faux croyants : des cul-bénis ressemblant à des protestants évangéliques, des gourous de l’ésotérisme contemporain (avec notamment Tyler Montague, auteur de livres sur la « symétrie des âmes », surnommé d’ailleurs « le gourou de l’Amour » parce qu’il promeut l’amour universel bisexuel asexualisant/désexualisé), des pseudo artistes lesbiennes qui voient dans l’art une transcendance qui se substitue à l’Amour même.

 

 

 

 

 

 

 


-------------------------------------frontière à franchir avec précaution----------------------------------





PARFOIS RÉALITÉ



La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :


 

 


 

a) Foi et homosexualité ont l’air de faire bon ménage :

 

 

 

 


Beaucoup de personnes homosexuelles dénigrent la religion, alors que leur désir de foi occupe paradoxalement une part importante de leur identité de femmes et d’hommes. « Il a une âme essentiellement religieuse et le sacré fait l’objet permanent de son souci. » (Jean-Paul Sartre en parlant de Jean Genet, dans sa biographie Saint Genet (1952), p. 205) Seul ce que nous idolâtrons et aimons mal en croyant l’aimer follement peut nous trahir, et donc mériter à nos yeux notre vengeance. Ce qu’écrit Marguerite Radclyffe Hall dans Le Puits de solitude (1928) est, pour cette raison, d’une étonnante actualité : « De nombreux invertis étaient profondément religieux et c’était sûrement l’un de leurs plus amers problèmes. » (p. 589)

 

 

 

 

 

Julien Green

 

 

 

 


Durant leur vie, certaines montrent un désir ardent de foi : pensons à Jean-Michel Othoniel, Maryse Choisy, Julien Green, Edward Carpenter, Randall Kenan, James Dean, Néstor Perlongher, Javier Gómez, Ernesto Jiménez, Julio Mariscal, Jean Delannoy, Gerard Reve, etc. Par exemple, Andy Warhol allait tous les dimanches à la messe. Dans son film « Le Cimetière des mots usés » (2011), François Zabaleta filme longuement des images réelles de la grotte de Lourdes, en plan fixe, sans musique. Christophe Moulin, lors de son concert Petits Secrets (2007) au Palais des Glaces à Paris, dit son attrait pour Dieu.

 

 

 

 


Mais en général, les personnes homosexuelles aiment Dieu sans son incarnation, sans son Institution, sans sa matérialité humaine. « Aujourd’hui, je revendique le religieux. […] Il va de soi qu’il n’est lié à aucune pratique institutionnalisée. » (Gina Pane, Lettre à une inconnue (2003), p. 114) Elles ignorent ou bien oublient qu’« être croyant », ce n’est pas seulement « aider son prochain » et « avoir des valeurs », de jolis « principes humanistes ». C’est avant tout suivre Quelqu’un, Jésus. Un homme incarné qui nous a appris que son corps était l’Église-Institution catholique et romaine.

 

 

 

 


Comme elles ne voient l’Église que de loin, leur passion inavouée pour l’« Ennemi catholique » se traduit en général chez elles par une imitation inconsciente et volontaire des caricatures qu’elles se font de lui. Elles adoptent souvent de l’Église une version kitsch en ne choisissant de portraiturer que des grenouilles de bénitiers frustrées et superstitieuses auxquelles elles s’identifient, parce que ces grenouilles, ce sont partiellement elles quand elles obéissent à leur désir homosexuel : la bourgeoise-prostituée pénétrant dans une église après s’être fait violée est une icône gay classique (cf. la partie « bourgeoise-prostituée rentrant dans une église » du code "bourgeoise" de mon Dictionnaire des Codes homosexuels). Les œuvres de José Pérez Ocaña, d’Antonio Roig, de Ronald Firbank, de Pedro Almodóvar, d’Alberto Cardín, de Nazario, de Pierre et Gilles, etc., empruntent abondamment à l’imagerie catholique pour la louer/la pervertir à la sauce kitsch et camp. Les personnes homosexuelles reprennent dans leurs écrits les thèses libertines traditionnelles – telles que l’union homosexuelle de Jésus et de saint Jean, la liaison entre Marie-Madeleine et Jésus, l’amitié biblique entre David et Jonathan, ou entre Ruth et Noémie, l’homosexualité de saint Paul, etc. –, regorgent de symboles christiques, fondent des congrégations – notamment les Sœurs de la Perpétuelle Indulgence (je vous parle tout de suite après) –, suivent fidèlement le Pape dans tous ses déplacements (l’Europride à Paris en 1997 juste après les Journées Mondiales de la Jeunesse ; la première Worldpride à Rome, toujours après les JMJ de Rome en 2000 ; la Worldpride de Jérusalem en 2005 ; la présence d’un groupe de militants homosexuels aux JMJ de Cologne en 2005 ; etc.), font de leurs rassemblements ou de leurs concerts de grandes messes-show. Elles réemploient (sans s’en rendre compte ?) le langage étiqueté religieux de leurs supposés ennemis, pour le détourner à leurs fins (on peut entendre des sujets transgenres dire avec une conviction grave qu’il nous faut « suivre le Droit Chemin de l’homosexualité » : cf. phrase de conclusion de l’exposé de l’homme transsexuel Natacha aux Journées Annuelles de Réflexion (JAR) de l’association David et Jonathan au Mont Dore, en 2004). Elles ne font que reproduire ce qu’elles jugent aliénant chez les croyants pratiquants.

 

 

 

 

 


b) La religiosité de bazar : adolescente, superstitieuse, sectaire

 

 

 

 


La différence entre sensibilité à Dieu et sensiblerie, c’est que la seconde est égocentrée et peu tournée vers l’autre, le Tout Autre, alors que la première est aride, grave, pauvre, exigeante, réaliste et durable. Dieu nous demande de venir à Lui avec un « cœur d’enfant », certes, mais non pour autant un cœur de niais béat et capricieux, de diva pleurnicheuse en quête de sensations, d’adolescent pacifiste fuyant le monde et les autres, d’imbécile heureux anesthésié. Il nous veut attachés au Réel !

 

 

 

 


Or la foi de beaucoup de personnes homosexuelles a le goût de la bonne intention qui se fige en esthétisme, de la religiosité qui se disperse en syncrétisme métaphysique et artistique sans unité. Par exemple, dans son autobiographie Impotens Deus (2006), Michel Bellin avoue avoir une « piété pubère » (p. 79). Dans la biographie Federico Y Su Mundo (1980) que Francisco García Lorca dédie à son frère homosexuel Federico, il est bien dit que la croyance en Dieu de Federico García Lorca se limite à « une passion amoureuse religieuse où s’entremêlent le désir mystique, l’immersion dans un vague monde musical, le pathétisme et le désespoir, la sensibilité blessée, le panthéisme, la poésie, fondus en un accord exalté » (pp. 87-88) Une foi de midinette bien gentille.

 

 

 

 

 

Aleister Crowley

 

 

 


Pas mal de personnes homosexuelles sont portées sur l’ésotérisme, les spiritualités de supermarché, la religion à la carte. « Marie s’était entichée d’ésotérisme indien. » (Paula Dumont, Mauvais Genre (2009), p. 99) ; « Notre communion spirituelle était précieuse à mes yeux. Tu croyais aux mêmes choses que moi. Les saints. Les djinns. La sorcellerie. La superstition. Les encens. » (Abdellah Taïa écrivant à son ex-amant Slimane, dans son autobiographie Une Mélancolie arabe (2008), p. 116) ; etc. Ce qui les attire dans la foi, c’est en général l’émotionnel collectif, la sensiblerie, la superstition, la magie, le spectaculaire, la sensation de bien-être (comme si on aimait Dieu « pour quelque chose » !), le refuge contre les épreuves de la vie, le recentrement sur soi, le côté « strict » ou « mise en scène »… bref, tout ce que la foi authentique n’est pas mais qu’elles prennent pour la foi réelle et qu’elles attribuent aux « mauvais croyants » (parce que le pire, c’est que beaucoup d’entre elles se prennent pour les seuls bons croyants !). Leur fascination pour la religiosité-loisir, l’occultisme, le paranormal, les bondieuseries, les miracles, les philosophies New Age, les messes noires, etc., est connue. Par exemple, Pavel Tchelitchew s’intéressa à l’occultisme. Le baron Friedrich Alfred Krupp était amateur de littérature sataniste et des « messes noires ». Charles Nebster Leadbeater pratiqua l’occultisme ; en 1883, il rejoignit à Londres la Lodge of the Theosophical Society ; il voyagea en Inde et au Sri Lanka où il assimila un nouvel enseignement de la magie. Il est également étonnant de rencontrer un certain nombre de personnes homos dans la franc-maçonnerie. Et parmi mes amis homosexuels, j’en connais beaucoup qui consultent des voyantes et des astrologues.

 

 

 

 

 

clip "Losing my religion" de REM

 

 

 


L’obsession spirituelle pour Dieu entraîne parfois les individus homosexuels à rentrer dans une secte, ou à être en contact avec des gens embrigadés dans des sectes : « La plantureuse voisine avait trouvé une autre solution, une autre religion, proposée par une secte qui, selon la Chola, s’appelait l’‘Église scientifique’. » (Alfredo Arias, Folies-Fantômes (1997), pp. 187-188) Par exemple, le poète homosexuel argentin Néstor Perlongher a adhéré à la secte religieuse du Santo Daime au Brésil. Aleister Crowley se consacra à la magie noire et fonda une confrérie, l’Aurore Dorée. J’ai rencontré pour ma part plein d’ex-Témoins de Jéhovah dans le « milieu homosexuel ». Et ça ne m’étonnerait pas qu’il y ait énormément de personnes homosexuelles chez les Mormons, les Scientologues, et autres membres de sectes. D’ailleurs, à Paris, juste en rentrant dans le quartier gay du Marais, non loin de la rue Sainte Croix de la Bretonnerie, on tombe comme par hasard sur le Centre mormon, juxtaposant les bars homos… (dingue, non ?) Quand j’ai étudié, en 2001, la question des sectes pentecôtistes au Guatemala (cf. Philippe Ariño, El Indio Ultramoderno. Las Sectas Pentecostales En Guatemala, 2002), j’ai été frappé de voir les similarités entre ces deux mondes que l’opinion publique oppose bêtement. J’ai eu l’impression que d’étudier les sectes, c’était exactement comme étudier les fonctionnements internes de la communauté homosexuelle !

 

 

 

 

 


c) La tentation narcissico-pacifico-artistico-égocentrico amoureuse du bouddhisme (« Cause à un arbre ») :

 

 

 

 

 

bouddhisme dans le documentaire "We were here" (2011) de David Weissman

 

 

 


L’attachement des personnes homosexuelles à une foi consumériste et anti-catholique prend souvent le visage de l’innocence, du flou artistique world, et de l’envolée lyrique vers le « Cosmos » et le pauvre-du-bout-du-monde : « L’extase est sacrée. Tout Homme est un ange. » (Allen Ginsberg dans le film « Howl » (2010) de Rob Epstein) Le narcissisme New Age du bobo homosexuel se veut altruiste en théorie, « universel »… mais en pratique, son relativisme mou cache une vision très déçue, déterministe, pessimiste, manichéenne et misanthrope de l’Amour et du genre humain. Car si l’Amour était soi-disant « partout », même dans la guerre, la souffrance et le mal, si l’Amour, pour exister et devenir complet, avait absolument besoin du mal comme d’une moitié androgynique qui L’équilibrerait (Eros et Thanatos, le « Yin » et le « Yang », tous ces concepts manichéens…), Il ne serait plus Lui-même, plus aimant ; car l’Amour n’est qu’Amour !

 

 

 

 


Il est fréquent que les personnes homosexuelles choisissent l’art ou la Nature comme religions de substitution, comme voies de transcendance où leurs émotions égocentriques vont pouvoir « s’éveiller » (s’engouffrer, plutôt !). Par exemple, l’artiste performer lesbienne Gina Pane a suivi des études dans un atelier d’art sacré. Jean Cocteau, dans sa vie, a décoré de nombreuses chapelles.

 

 

 

 

 


Elles se piquent au jeu d’un holisme qui spiritualise les végétaux, les paysages naturels, les objets, les médias : « Je courais pour rencontrer le cinéma, entrer la bouche ouverte dans sa religion et ses images. » (Abdellah Taïa, Une Mélancolie arabe (2008), p. 31) ; « Sur le chemin, un cinéma populaire, Royal El-Guidida, s’est présenté devant moi. Sans réfléchir j’ai acheté un billet et j’y suis entré célébrer ma nouvelle vie, au milieu d’une salle remplie d’hommes de tous âges qui se donnaient les uns aux autres sans complexe, sans se cacher, non loin des agents de police qui surveillaient l’entrée. Retrouver ma première religion. Mon rêve de toujours. Le cinéma par la peau. La transgression naturelle. Les corps dans l’intensité sexuelle. Des va-et-vient entre la salle immense avec orchestre et balcon et les toilettes. Un film. Deux films. Des stars. Adil Imam. Yousra. Nour Cherif. Leïla Eloui. » (idem, pp. 98-99) ; « À l’Opéra, on s’est convertis. » (le couple homo de la comédie musicale À voix et à vapeur (2011) de Christian Dupouy)

 

 

 

 


Pas étonnant qu’un certain nombre d’individus homosexuels trouvent dans l’individualisme « universaliste », « humaniste » et coloré du bouddhisme – la « Religion de l’Ego » par excellence, la spiritualité de l’extinction du désir, de la liberté, de la notion de vie éternelle et unique – un nouveau moyen de se vouer un culte à eux-mêmes sous prétexte de s’ouvrir aux autres. Le bouddhisme zen est pratiqué par de nombreuses personnes homosexuelles : Pier Paolo Pasolini, Allen Ginsberg, Jacques Adelsward, Laurent Dispot, Guy Hocquenghem, Néstor Perlongher, Michel Foucault, Alain Daniélou, Jack Kerouac, Gilles Deleuze, Félix Guattari, Yukio Mishima, etc. Mylène Farmer a lu le Livre tibétain de la Vie et de la Mort (2005) de Sogyal Rinpoché. J. R. Ackerley a été attiré par l’expérience hindoue (cf. Journal hindou en 1932). Dans sa photographie Autoportrait (1927), Claude Cahun se déguise en statue de Bouddha. Je vous renvoie également au film « Better Sex Through Yoga For Gay Men » (2003) d’Aaron Star.

 

 

 

 


La louange du bouddhisme par bon nombre de sujets homosexuels rentre dans cette focalisation nombriliste sur la conscience individuelle, dans ce totalitarisme du neutralisme, de l’abandon du désir et de la liberté, de la mégalomanie pseudo minimaliste et pauvre, de l’indifférence à la souffrance des autres et à sa propre souffrance, du relativisme, dont ils se font les orgueilleux porte-parole. Bref, la glorification du vide, du néant, et des bonnes intentions engendrées par le libéralisme économique le plus féroce.

 

 

 

 

 


Beaucoup de personnes homosexuelles ne croient pas, mais « font comme si ». Parce que ça fait esthétique. « Tu aimais aller à la mosquée de temps en temps. Tu disais que tu aimais la gymnastique de la prière, être au milieu des inconnus en prière, dans la parole simple et directe avec Dieu. Dès qu’on s’est rencontrés, tu as arrêté de le faire. Tu n’osais plus. Notre lien est sacrilège aux yeux de l’islam. Tu n’arrivais pas à te débarrasser de ce sentiment. Je n’ai pas essayé de te faire changer d’avis. Moi-même je vivais dans cette contradiction. Moi-même j’avais besoin de croire. Je voulais croire. On a fini par trouver une solution. Je t’ai emmené à l’église Saint-Bernard et on a regardé les autres prier. Les églises, ce n’était pas nous à l’origine, cela ne représentait rien dans notre mémoire spirituelle. Rien ne nous attachait à elles et, pourtant, nous y sommes retournés plusieurs fois et nous avons fini par y découvrir une nouvelle spiritualité. Nous l’avons inventée ensemble, cette religion, cette foi, cette chapelle, ce coin sombre et lumineux, ce temps en dehors du temps. Ce christianisme non loin de Barbès. » (Abdellah Taïa écrivant à son ex-amant Slimane, dans son autobiographie Une Mélancolie arabe (2008), p. 118)

 

 

 

 

 


Elles n’ont pas compris que la foi n’était pas un joli refuge contre la souffrance et la peur humaine de la mort, mais un chemin de Vie : celui de la Croix. Elles pensent qu’il leur suffit de pénétrer dans un lieu saint (hors des temps d’office, de préférence), de susurrer une petite prière improvisée du bout des lèvres, d’apprécier la beauté de la liturgie catholique, de donner une pièce au mendiant du coin de la rue, pour s’assurer un Salut confortable et s’étiqueter « croyant ». Elles vivotent d’espoir et d’optimiste, à défaut de (re)connaître l’Espérance, Celle qui sous-tend la réalité de la Résurrection, de la victoire définitive de la Vie sur la mort.

 

 

 

 

 

 


d) L’homosexualité décrétée « don de Dieu » (« Dieu m’aime comme ça et m’a donné mon compagnon ») :

 

 

 

 

 


Comme les personnes homosexuelles ont tendance à confondre leurs désirs ou leurs sensations épidermiques avec Dieu, elles finissent parfois par interpréter leurs pulsions homosexuelles comme des signes du Ciel. À les entendre, leur homosexualité serait un don de Dieu, irréfutable, divinement justifié. Leurs grandes prêtresses télévisuelles les encouragent d’ailleurs à cela : « Laissez votre identité être votre religion. » (Lady Gaga citée dans le journal Métro, n° 2008, mardi 17 mai 2011, p. 3)

 

 

 

 

 


Certains curés défroqués, vivant (depuis leur sortie de l’Église) leur homosexualité au grand jour, jouent les prophètes de ce qui, selon eux, est le « Véritable Évangile », l’Évangile « humaniste », plus proche des gens et de leurs réalités temporelles que l’Évangile du « Clergé d’en haut », en décrétant que « les homos » sont des créations de Dieu. Ils essentialisent, via une théologie de comptoir, l’homosexualité sous des prétextes divins, quitte à s’exprimer à la place de Dieu : « Moi, je voulais annoncer cette Bonne Nouvelle […] : Dieu nous aime ainsi, (homosexuels), parce que c’est ainsi qu’Il nous a créés, et Il l’a fait par pur amour. […] Et j’avais besoin de transmettre cette merveilleuse joie (‘Malheur à moi si je n’annonce pas l’Évangile’, disait Pierre de Tarse) à mes frères, à la société et au monde. » (cf. l’article « Doce Días De Febrero » de José Mantero, dans l’essai Primera Plana (2007) de Juan A. Herrero Brasas, p. 190) Les beaux principes de la Bible sont parfois assez vite détournés, comme le démontrent ces propos d’Antonio Toig, ex-carmélite : « Mon engagement personnel consistait à m’accepter tel que je suis. Je ne pouvais pas me retenir davantage : je ne pouvais pas vivre dans le mensonge, je devais être libre et ce principe de liberté est celui qui se trouve dans la Bible. » (Antonio Toig dans l’essai El Látigo Y La Pluma (2004) de Fernando Olmeda, pp. 297-298)

 

 

 

 

 


Il existe même des prêtres catholiques gay friendly qui dénaturent le message de leur Église en disant qu’on peut être pleinement cathos et pleinement homos (sous-entendu « en couple »), pour faire croire qu’ils sont plus ouverts que le Vatican classique (cf. le documentaire « Monsieur le Curé de Saint-Eustache » (2001) de François Chilowicz, l’ouvrage collectif Dieu les aime tels qu’ils sont : Pastorale pour homophiles (1968) du pasteur baptiste Joseph Doucé, etc.). Par exemple, dans l’émission Infra-Rouge « Et Dieu dans tout ça ? » (2011) de Philomène Esposito, le curé de saint Merry (église parisienne accueillant l’association Devenir Un En Christ pour qu’elle puisse « fêter Dieu »), le père Jacques Mérienne, en appelle à la compromission : « Il faut créer un consensus. »

 

 

 

 

 


Et beaucoup d’individus homosexuels croyants reprennent à leur compte ce discours identitariste/amoureux simpliste mais aussi déculpabilisant : « Dieu nous a créés comme ça. » (les témoins homos ougandais dans le documentaire Ouganda : au nom de Dieu (2010) de Dominique Mesmin) ; « Nous rejetons formellement tout a priori de péché en ce qui concerne l’homophilie... Les pulsions échappent à notre volonté; elles viennent de Dieu, notre Créateur. » (cf. phrase du premier bulletin de création de l’association David et Jonathan, en novembre 1983) ; etc. Par exemple, dans le documentaire « Católicos Gays » de l’émission Conexión Samanta, diffusée en juin 2011 sur la chaîne espagnole Play Cuatro, Vicente dit que c’est Dieu qui l’a voulu gay, et tous les témoins pensent avec lui que « Dieu les aime tels qu’ils sont » (comprendre « pleinement homosexuels pratiquants »).

 

 

 


Ce serait même Dieu qui leur aurait donné leur partenaire amoureux/sexuel, et qui bénirait leur union bien plus directement et plus profondément que les hautes instances du Clergé catholique : « Quand je suis revenue à moi, j’ai vu Jackie, assise là, tel un ange. […] Même si j’ai voué ma vie à l’Église et au catholicisme, j’ai su que mon Dieu aimait Jackie, et qu’Il m’aimait de l’aimer, elle. » (une femme lesbienne à sa copine, témoignant dans le film « Elena » (2010) de Nicole Conn)

 

 

 

 

 


Dans leur discours, on perçoit souvent une totale confusion entre Dieu et le sexe/l’amant homosexuel. Leur adhésion à la foi semble davantage obéir à des critères esthétiques et pulsionnels qu’à une vraie ferveur gratuite, dépassant le sensible : « Notre neveu [Alfredo] avait beaucoup aimé le pompier qui faisait le Christ sur la croix. » (les tantes d’Alfredo Arias, dans l’autobiographie de ce dernier Folies-Fantômes (1997), p. 141) ; « Ernestito tomba à genoux devant Nacho comme il aurait pu le faire devant un saint d’une religion inconnue. » (Alfredo Arias, op. cit., p. 260) « J’ai accueilli son sperme tiède dans ma bouche avec extase, comme une hostie. » (Denis Daniel, Mon Théâtre à corps perdu (2006), p. 96) ; etc.

 

 

 

 

 


Beaucoup de personnes homosexuelles, y compris celles qui se disent « athées » (surtout celles qui se disent athées, d’ailleurs !), donnent à leurs pulsions sexuelles la valeur sacrée d’une foi religieuse exceptionnelle (car « en temps normal, assurent-elles, elles ne croient ni Dieu ni en l’Amour »). Le mot « amour » étant pour elles plus sacré que la réalité qu’il recouvre, les personnes homosexuelles bobos vont se mettre à voir l’Amour partout et nulle part en même temps, surtout dans l’abstrait, loin de l’humain et des institutions ecclésiales (et toujours dans un discours saupoudré d’anglais et de références musicales vintage… « Tree Of Life », quand tu nous tiens…) : « L’amour de Dieu s’applique parfaitement dans l’amour d’un homme (cf. le passage du gospel à la soul séculaire), que le contact avec Dieu n’est jamais plus beau que quand on l’établit seul, selon sa propre inspiration, hors des dogmes... Dieu, il [ton « ex »] peut le trouver en allant se perdre dans les champs, en se recueillant sous un arbre. Les catholiques sont en fait trop peu entraînés à la méditation, trop engoncés par les règles de la prière, la liturgie. Invite-le à se perdre une fois de plus dans cette nature qui t’entoure, laisse-le, attends-le dans la maison… Hold on ! Le rapprochement de Dieu est presque un leurre. ‘Plus prés de toi Seigneur’… Dieu est partout, on n’est jamais aussi prés de lui qu’à chaque seconde, pour peu que l’on ait la Foi… Le séminaire est une voie respectable, mais c’est un choix dont l’explication engage d’autres considérations que la seule Foi (talk about it)… J’ai du mal à comprendre le choix de cet homme… En t’aimant , comme tu le racontes, il commet un acte sacré, et sa foi dans votre couple est induite par sa Foi en Dieu et la prolonge (il ne s’agit pas de te mettre sur un piédestal)… My prayers go to you two guys… » (cf. un certain « Anonyme », le 9 mai 2012, en réponse à l’article « Moi vs le Roi des rois » de Didier Lestrade, où ce dernier raconte sur son blog sa rupture avec un amant catholique qui l’a quitté pour suivre entièrement Jésus)

 

 

 

 

 


Certaines personnes homosexuelles sont même prêtes à tomber amoureuses d’un croyant pratiquant catho, et à épouser intellectuellement/esthétiquement la foi de ce dernier (« Même si je ne suis pas croyant, je te trouve très beau quand tu pries… »), pour « croire par procuration » (mais surtout pas par elles-mêmes, pleinement, avec leur cœur ! Ça ferait trop mal ! Ce serait trop demandé…), pour se justifier de ne pas pratiquer institutionnellement et d’être « athées » (« C’est riche, la diversité des croyances et des points de vue »…), pour cracher sur l’Institution catho quand même, du simple fait qu’elles auraient « le droit » de le faire puisqu’elles aimeraient vraiment un catho et qu’elles auraient le recul nécessaire pour connaître la réalité de l’Église de près, pour se persuader qu’elles sont de vrais croyants quand même, des « saints de l’ombre », d’humbles esprits pieux anonymes ! Le pastiche misérabiliste (mais ô combien prétentieux et pharisien !) de la veuve de l’Évangile qui donne son trésor de trois piécettes… 

 

 

 

 

 

Pier Paolo Pasolini

 

 

 


Quelquefois, la bondieuserie homosexuelle va même jusqu’à la louange d’une forme d’ascétisme, de discours où le corps et la sexualité-génitalité n’existeraient plus… mais c’est oublier que les individus qui le profèrent s’abaissent et s’adonnent à l’acte sensuel et génital homosexuel bien plus que de raison, alternent les moments de remords ascétiques et les phases de gourmandise sexuelle intense. Les bobos homosexuels aiment bien spiritualiser leurs vils instincts sexuels par la poésie métaphysique, pour les blanchir à la dernière minute. Ils ont le culot sincère de dire que s’ils veulent coucher avec leur prétendant, « ce n’est même pas sexuel » : ça pourra même être ascétique et chaste les premières fois ! Leur coït aurait la gratuité et la sobriété d’une prière silencieuse dans une chapelle, la beauté transcendante et artistique d’un massage trantrique, aryuvédique ! L’hypocrisie pharisianiste dans toute sa splendeur ! Ce qu’ils appellent « la foi », c’est en réalité leur croyance superstitieuse aux « coups de foudre », leur narcissisme esthétisant pseudo « sobre », leur sensiblerie, leur propre défaillance face à leurs pulsions et à la luxure. Mais attention ! Toujours à la lueur d’une petite bougie (cf. la partie « bougie » du code "bobo" de mon Dictionnaire des Codes homosexuels). Si on les écoute, ils vivraient un sacrifice rédempteur même en se donnant sexuellement à n’importe qui, dans des lieux de débauche totale. Selon eux, on peut très bien aller dans une backroom comme on rentre au couvent : « J’étais au bordel comme au cloître. » (Olivier Py, L’Inachevé (2003), p. 41)

 

 

 

 

 


Par exemple, lorsque j’ai assisté à la visite guidée du cimetière du Père Labaise… pardon… Lachaise, à Paris, le 8 février 2012, le guide, lui-même homosexuel, m’a montré les « chapelles d’amour » où se rencontrent les garçons pour faire l’amour ensemble. Ce haut lieu de la vie homosexuelle parisienne clandestine a été le théâtre de drôles de pratiques occultes : messes noires, magie noire, spiritisme… Aujourd’hui, la « Chapelle des sucres Beghin Say » est une backroom fermée. Mais le cimetière demeure un lieu d’activité homosexuelle intense.

 

 

 

 

 

 

 


e) La Communauté homosexuelle décrétée « Église véritable » par rapport à la Curie romaine (« Malgré les apparences, on est des croyants plus authentiques que les ‘officiels’ ») :

 

 

 

 

 

le "Dieu-Sida"

 

 

 


L’homosexualisation de la religion ne s’arrête pas à la sphère individuelle. Quelquefois, les personnes homosexuelles associent le « milieu homosexuel » à une nouvelle fraternité religieuse, à un ordre monastique plus solide et profond que ne le serait l’Église catholique, à une seconde famille spirituelle qu’elles auraient la chargent de sanctifier : « Je me piquai le doigt avec la pointe du compas qui traînait sur mon bureau. Je traçai avec mon sang au dos de l’image : ‘Seigneur, je te donne ma vie, pour toutes les personnes homosexuelles du monde entier.’ » (Jean-Michel Dunand, Libre : De la honte à la lumière (2011), p. 51)

 

 

 

 

 


Certains membres de la communauté homosexuelle voit en la Gay Pride, dans les ambiances de discothèque, et dans l’engagement politique militant, une nouvelle religion. La puissance communionnelle qui s’y vit/vivrait, pourtant inhérente à tout rassemblement humain un peu conséquent et amical, est comparée très sincèrement à une « émotionnante » Gay Church : « Malgré la nudité de tous et de toutes, l’ambiance était, selon ce qu’on décrit ceux qui étaient présents ce soir-là, aussi spirituel que celui d’une église. […] La Licorería’ est devenue avec le temps un sanctuaire, où certaines nuits, en préparation d’une révolution mondiale future, ont lieu de mystérieux rites. » (cf. l’article « Crónica Auténtica De Lo Acontecido En Un Pub De Chueca Una Noche De Verano » de J. A. Herrero Brasas, dans son essai Primera Plana (2007), pp. 123-124)

 

 

 

 


Comme la majorité des personnes homoexuelles ne veulent pas s’attacher à une institution ecclésiale en particulier, elles se plient en général à un fondamentalisme athée – elles disent « humaniste » –, à une religion qui n’est pas encore clairement cataloguée socialement comme telle, mais qu’elles pensent être la seule juste. Nous pourrions la baptiser comme on veut : « Home-made Gay Religion », ou bien « Culte de l’Être suprême (= l’androgyne) », « Spiritualités plurielles et cosmiques », « Religion désincarnée », « Individualisme hédoniste et universaliste », « Secte des Cultures homosexuelles », « Gay Church », etc. Par exemple, dans son essai Festivus festivus : Conversations avec Élisabeth Lévy (2005), Philippe Muray parle à juste titre des « sectes homosexuelles » (p. 51), religieuses pour une minorité d’entre elles, non-confessionnelles pour la majorité.

 

 

 

 

 


Comme certains protestants, beaucoup de personnes homosexuelles prétendent être plus croyantes et authentiques que leurs prédécesseurs catholiques : « Au bout du compte, je crois que les gays sont les gens les plus dévots. Ils devraient créer un saint gay. » (Víctor, témoin homosexuel s’exprimant dans le documentaire « Católicos Gays » de l’émission Conexión Samanta, diffusée en juin 2011 sur la chaîne espagnole Play Cuatro)

 

 

 

 

 


Le plus sérieusement du monde, certaines composent une parodie ecclésiale censée faire contrepoids à la réalité religieuse qu’elles ne connaissent pas – ou de trop près –, et qu’elles ont diabolisée à force de l’idéaliser. Par exemple, Michel Journiac, qui est passé à 18 ans par le petit et le grand séminaire, a organisé deux « Messes » en 1969 et 1975, c’est-à-dire deux « performances », intitulées Messes pour un corps ; il est allé jusqu’à faire communier son public au Corps du Christ avec du boudin qu’il avait confectionné avec son propre sang !

 

 

 

 


Loin de parler de rejet de la communauté homo par rapport à l’Église catholique, on pourrait dire qu’il s’agit plutôt d’une adoration inversée. Beaucoup de personnes homosexuelles construisent une version transversale de la religion pour se convaincre ensuite que la caricature nouvellement créée est fidèle à la vraie religion, et pour rejeter ouvertement devant les autres et la vraie religion et sa caricature… comme cela, elles se gargarisent de faire d’une pierre deux coups.

 

 

 

 

 


Dans le documentaire « Et ta sœur ! » (2011) de Sylvie Leroy et Nicolas Barachin, on voit bien que la caricature de croyants pratiquants reproduite par les Sœurs de la Perpétuelle Indulgence (mouvement associatif homosexuel créé à Castro en 1979, faisant de la prévention Sida en se déguisant en nonnes travesties ultra-maquillées) est tout sauf caricaturale dans l’esprit de ceux qui la construisent ou qui l’adulent (j’ai vu de mes propres yeux une salle de cinéma entière se lever pour ovationner le « courage » et la « sainteté profane » des Sœurs après la projection de leur documentaire, le 15 octobre 2011 au Forum des Images de Paris). Il s’agit bien, selon les Sœurs de la Perpétuelle Indulgence, de réactualiser le cliché vieillot de l’Église catholique « avec sérieux et avec dérision » : « Nous sommes un ordre agnostique. » ; « Nous sommes profondément sérieux. » Leur détournement des formules religieuses indique un attachement à ce qu’elles prétendent déformer (« Amen and the women ! »). Dans leur esprit, le déguisement prend le pas sur le Réel. La dérision et le militantisme ne sont que les couvertures de leur schizophrénie spiritualiste. Une schizophrénie bien-intentionnée, qui prétend ne pas faire de mal à l’Église catho, voire même parfois L’honorer : « Je ne le fais pas par provocation. Même pas pour tirer sur l’Église. Si on voulait L’attaquer, l’Église, aujourd’hui, c’est comme tirer sur une ambulance ! » (Sœur Belphégor). Il y a de fortes chances que les Sœurs de la Perpétuelle Indulgente pensent qu’elles sont plus humanistes, et quelque part plus vraies, que les croyants pratiquants réels : « Nous apportons beaucoup de joie et de paix spirituelle. » Elles font apparemment tout comme eux : elles ont leurs « messes », c’est-à-dire des moments de présentation des actions de l’association, qu’elles affichent comme des moments « forts » et « profonds » (« J’ai vu la ‘messe’. Ça a été comme un électrochoc. »). Elles organisent des « ressourcements », comme dans les retraites monastiques classiques, pour que chacun de leurs membres et sympathisants puisse se « réapproprier son corps » Elles accueillent dans leurs rangs des curés défroqués (« J’avais un deuil. Car j’avais été moine pendant 3 ans » déclare Sœur Quéquette dans le reportage). En s’éloignant de l’Église catholique, elles font leur petite cuisine spirituelle pseudo engagée… mais en réalité, cela équivaut à la « militance de l’indifférence » digne d’une Miss France, celle qui donne de « l’espoir » et de « l’optimisme » au lieu de l’Espérance, celle qui « célèbre l’amour et la joie » (et la paix dans le monde…), celle qui ne donne pas de clés vraiment solides pour trouver l’amour, et qui laisse les gens livrés à eux-mêmes (« On n’a pas à orienter. On a à écouter et à pacifier les gens. C’est ça, le travail des Sœurs : l’écoute, l’amour. »), celle qui « fait du bien » sans tendre vers le Meilleur (« Ça fait du bien. Ça nous donne de l’espoir. Ça donne envie de vivre. » déclare un témoin ayant vécu les « ressourcements » des Sœurs).

 

 

 

 

 


Au sein du « milieu homosexuel » international, on trouve un certain nombre d’organismes religieux homosexuels beaucoup plus sérieux que les Sœurs de la Perpétuelle Indulgence, qui ne sont pas des associations d’Église à proprement parler (sauf Courage, survenue à la demande du cardinal Terence Cooke, archevêque de New York, à la fin des années 1970, et qui est la seule œuvre apostolique de l’Église catholique romaine, reconnue par le Saint-Siège), mais qui essaient de se faire entendre de Rome, tout en se défendant d’être des Gay Church : par exemple l’association Dignity (créée en 1969 aux États-Unis par le jésuite John McNeill), Catholics for equality (revendiquant actuellement l’introduction du mariage homosexuel aux États-Unis), Torrents de vie (une association protestante, mais qui n’est pas spécifiquement tournée vers le public homosexuel). David et Jonathan (créée en France en 1983, et qui est l’association chrétienne la plus rassemblante et fréquentée à l’heure actuelle), etc.

 

 

 

 

 


En règle générale, les associations chrétiennes d’accueil des personnes homosexuelles se montrent en théorie ouverte au dialogue avec l’Église-Institution, mais en pratique, elles restent encore fermées à Elle, étant donné qu’elles ne veulent pas encore poser de discours clair sur la question du couple homosexuel ni sur celle de l’appel ecclésial à la continence. En France, le statut quo est particulièrement visible avec David et Jonathan, qui reste campée sur ses positions par rapport à sa justification de l’identité homosexuelle et de la beauté du couple homosexuel, et qui marche au diapason du militantisme homosexuel profane. L’opposition à la Curie romaine est moins marquée chez des organismes LGBT chrétiens tels que Devenir Un En Christ (DUEC), la Communion Béthanie (créée par Jean-Michel Dunand, qui est une structure d’accueil et de prière qui veut se garder de tout discours interprétatif sur l’homosexualité), Aelred (à mon sens l’association homosexuelle catholique la plus solide qui existe en France, même si elle prône un ambigu « amour d’amitié », où l’amour platonique se mêle à un étrange brouillage de la frontière entre amitié et amour, quand bien même le passage à l’acte sexuel et au couple ne soit pas encouragé). Je ne dis que ces trois organismes ne sont pas encore clairs sur leur positionnement par rapport à l’Église, non du fait qu’ils se prononceraient « pour » le couple homosexuel (ils font déjà « moins pire » que David et Jonathan, et ont le mérite d’exister en tant que structures d’accueil chrétien), non du fait qu’ils s’opposeraient à l’Église-Institution (puisque ce n’est pas le cas), mais uniquement parce qu’ils ne se prononcent pas sur le couple homosexuel, et qu’ils ne proposent pas ouvertement la continence comme le meilleur chemin possible pour toute personne homosexuelle.

 

 

 

 

 


f) La séduction, la facilité, et l’excuse du protestantisme modéré :

 

 

 

 


Un peu après le bouddhisme, la confession religieuse qui a l’air de mieux « coller » avec la justification de la pratique homosexuelle conjugale, est le protestantisme. Je vous renvoie aux documentaires « Oranges Are Not The Only Fruit » (1989) de Melanie Chait et « Better Dead Than Gay » (1995) de Christopher O’Hare, ainsi qu’à la publicité « Love For All » pour la marque de vêtements Björn Borg (dans laquelle le spectateur découvre progressivement que le mariage religieux auquel l’assemblée va assister ne se fait pas entre un homme et une femme, mais entre deux prêtres devant une femme pasteure).

 

 

 

 

 


Pourquoi cela ? Parce que le protestantisme, contrairement au catholicisme, manque de docilité, d’unité, de chef clairement identifiable, de fermeté, mais aussi d’attaches au Réel et à l’Incarnation (cela me semble principalement dû au fait qu’il refuse de reconnaître la présence réelle de Jésus dans le Corps du Christ – autrement dit la transsubstantiation –, ce qui a forcément des conséquences sur son rapport au Réel, un rapport encore lointain, désincarné, livresque). Mais cette tolérance des Églises protestantes vis à vis du couple homosexuel n’est qu’un mirage que seuls les plus protestataires des protestants sont prêts à croire. Car si on écoute le protestantisme traditionnel (le plus nombreux), son refus de l’homosexualité pratiquée est identique à celui du catholicisme. J’ai entendu dire un jour que par rapport aux actes homosexuels, l’Église catholique formulait un « Non… mais… », alors que le protestantisme se situait plutôt dans le registre du « Oui… mais… », ce qui revient donc quasiment au même ! La majorité des Évangéliques, s’attachant littéralement aux écrits bibliques condamnant fermement les pratiques homosexuelles, se positionnent contre les bénédictions et le mariage des couples de même sexe. Pensons aux refus actuels de la bénédiction des couples homosexuels – et encore plus du mariage entre personnes de même sexe – de la part notamment de la Church of Scotland (Église presbytérienne d’Écosse, dite aussi The Kirk), de l’United Reformed Church (Église Réformée Unie, unissant les courants presbytérien anglais et congrégationnalistes britanniques), de la Fédération protestante de France et de l’Alliance évangélique, des Églises protestantes africaines (notamment nigérianes et rwandaises), de la Communion anglicane, de l’Église épiscopale des États-Unis, de l’Evangelical Lutheran Church in America (ELCA, Église luthérienne évangélique en Amérique, formée de quelques 10 000 congrégations totalisant 4,6 millions de fidèles), de l’United Methodist Church (UMC, Église méthodiste unie, deuxième plus grande Église protestante aux États-Unis avec 8 millions de fidèles), etc.

 

 

 

 

 


Seuls quelques groupuscules et Églises protestantes isolées donnent leur aval au couple homosexuel. Par exemple, aux États-Unis, les Églises Unitariennes-Universalistes bénissent des couples du même sexe depuis les années 1970. Les fameuses Metropolitan Community Churches (MCC), dont les membres sont majoritairement homosexuels, trouvent leur origine dans la première Église MCC fondée à Los Angeles par le révérend Troy Perry (lui-même homosexuel), avant les émeutes de Stonewall de 1969. Les MCC représentent, en 2003, plus de 300 églises à travers le monde, et plus de 40 000 membres répartis en 18 pays. Elles constituent également le lieu de naissance de douzaines d’organisations gay et lesbiennes ou de projets de justice sociale. Elles ont procédé à l’union de plusieurs couples de même sexe lors de la Gay/lesbien/bisexual Pride de New York en 1994, marche qui commémorait le 25e anniversaire de Stonewall. Un peu plus haut, l’Église Unie du Canada célèbre des mariages depuis que la loi le permet (2003). Des évêques anglicans canadiens ont béni en 2003 des unions de personnes du même sexe. En novembre de la même année, Gene Robinson qui vit ouvertement une relation homosexuelle durable, est élu évêque épiscopalien du New Hampshire. Mary Glasspool femme prêtre homosexuelle, élue en décembre 2010 évêque assistante du diocèse de Los Angeles, est ordonnée évêque le 15 mai 2010. Aux Pays-Bas, en 1986, la Remonstrantse Broedershap (Fraternité remonstante), la plus ancienne des Églises néerlandaises, fut la première Église européenne à accepter la bénédiction de couples non-mariés. Au début de 1997, le synode de l’Église Protestante du Nord de l’Allemagne (S.E.K.) décida de bénir des unions homosexuelles. Ce fut le cas, également, la même année, de Den Danske Folkekirke ou Folkekirken, l’Église évangélique-luthérienne nationale du Danemark. En octobre 2009, la Svenska kyrkan, l’Église évangélique luthérienne de Suède, approuva lors de son synode le mariage des couples homosexuels à l’église, autorisé par la loi suédoise depuis le 1er mai 2009. En 1998, au sein de la Confédération suisse, l’union synodale Berne-Jura, ainsi que la majorité des Églises cantonales alémaniques, acceptèrent la possibilité de bénir les couples homosexuels, sous condition de l’accord des communautés locales, et sans franchir le pas du mariage. En France, le pasteur baptiste (excommunié) Joseph Doucé célébrait les premières bénédictions d’unions homosexuelles en 1974, et créa le 10 octobre 1976 le Centre du Christ libérateur à Paris. En 2000 en Italie, la Chiesa Evangelica Valdese (Église évangélique vaudoise) accueillit favorablement l’organisation de la World Gay Pride, à Rome. Dernièrement, fin août 2010, le synode commun aux protestants vaudois et méthodistes italiens, réuni à Torre Pellice dans les vallées vaudoises italiennes, décida d’autoriser les bénédictions de couples homosexuels à l’église. En Grande-Bretagne, la Religious Society of Friends (Société religieuse des Amis ou Quakers) reconnaît en 2008 les partenariats homosexuels.

 

 

 

 


Il est logique que l’Église protestante, de par sa structure dispersée (que les plus optimistes appelleront plutôt « chance » et « ouverture à la diversité »), séduise davantage la communauté homosexuelle que l’Église catholique. La première offre davantage les brèches dont les personnes homosexuelles « croyantes », soucieuses de la reconnaissance religieuse de leurs unions amoureuses, rêvent pour justifier la « solidité sacrée » du désir homosexuel. Je connais un certain nombre d’amis homosexuels qui quittent précisément le catholicisme pour rejoindre le protestantisme modéré, voire le bouddhisme, parce qu’ils ont compris que l’Église catholique gardera fidèlement son cap, et ne justifiera jamais leur idéologie de l’identité homosexuelle éternelle, ou de l’amour homosexuel « sacré ».