Code n° 3 : Aigle noir
(oiseau en plein viol)

Notice interprétative :
Animal formant partie du quatuor diabolique de mon Dictionnaire (aux côtés du taureau, de l’araignée, et de la panthère), l’aigle noir symbolise en général deux choses dans les œuvres homosexuelles : soit le viol (comme l’a discrètement chanté Barbara), soit un éloignement de la Réalité (éloignement pouvant se révéler également dangereux parce qu’il s’oriente vers la déshumanisation et la désincarnation). En effet, l’humain qui se rêve oiseau n’a pas les pieds sur terre, vit dans les fantasmes de divinité et d’extase qui se mutent parfois en élan fusionnel agressif, en poussée prédatrice vers tout ce qui excite ses instincts. C’est la raison pour laquelle l’aigle noir, en temps normal figure de noblesse et de force, apparaît beaucoup plus négativement dans les fictions traitant d’homosexualité comme le messager/acteur du viol, de l’inceste, notamment à travers le symbolisme homo-érotique bien connu du rapt de Ganymède par l’aigle Zeus.

N.B.: Voir également les codes "se prendre pour Dieu", "planeur", "« Un Petit Poisson, Un Petit Oiseau »", "femme au balcon", "Icare", "voleurs", et "quatuor", dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.
FICTION
a) L’aigle noir homosexuel est souvent funèbre ou carnassier :

L’oiseau noir apparaît dans le roman 31, Rue de l’Aigle (1998) d’Abdelkader Djemaï, la pochette de l’album « L’Autre » de Mylène Farmer (avec le corbeau), la chanson « L’Aigle noir » de Barbara (racontant l’inceste qu’elle a subi de la part de son propre père), la pièce L’Aigle à deux Têtes (1943) de Jean Cocteau, la pièce Journal d’une Autre (2008) de Lydia Tchoukovskaïa, le roman La Cité des Rats (1979) de Copi, le film « The Eagle Shooting Heroes » (1994) de Jeffrey Lau, le film « A Single Man » (2009) de Tom Ford (comme par hasard, le héros s’appelle George Falconer…), la chanson « Flower Power » de Nathalie Cardone (avec les aigles à deux têtes), le film « Les Mille et une Nuits » (1974) de Pier Paolo Pasolini, le roman L’Aigle de Fer (1949) de Jean Orieux, la chanson « Tempête » d’Alizée, le film « Le Faucon maltais » (1941) de John Huston, le roman Les Aigles foudroyés (1997) de Frédéric Mitterrand, le rapt de Ganymède au Musée de Berlin dans le film « Le Rideau déchiré » (1966) d’Alfred Hitchcock, la pièce El Vals de los Buitres (1996) d’Hugo Argüelles, le poème « My Mother Would Be A Falconress » (1968) de Robert Duncan, la pièce Les Indélébiles (2008) d’Igor Koumpan et Jeff Sirerol, l’amant-aigle dans le ballet Alas (2008) de Nacho Duato, le film « Le Corbeau » (1935) de Louis Friedlander, l’aigle noir du film « Alice au Pays des Merveilles » (2010) de Tim Burton, l’Épervier (personnage homosexuel) dans le film « L’Alpagueur » (1975) de Philippe Labro, le film « L’Aigle Noir » (1925) de Clarence Brown (avec Rudolph Valentino), le dessin L’Ange à l’Envers (1976) d’Endre Rozsda, la pièce Les Oiseaux (2010) d’Alfredo Arias, le tableau Osman (1972) de Jacques Sultana, le tableau Ganymède (1970) d’Hannes Steinert, les vautours dans les tableaux de Pierre-André Guérin, la pièce Loretta Strong (1974) de Copi, la chanson « Cap Falcon » d’Étienne Daho, le vautour dans le film « Toto qui vécut deux fois » (1998) de Daniele Cipri et Francesco Maresto, l’aigle sur écran géant pendant la chanson « J’ai demandé à la lune » du concert Météor Tour d’Indochine le 16 septembre 2010 à Paris Bercy), le tableau Chiron et Achilles (1922-1924) de John Singer Sargent, l’aigle dans la pièce Arthur Rimbaud ne s’était pas trompée (2008) de Bruno Bisaro, etc.

Dans le roman Le Puits de Solitude (1928) de Marguerite Radclyffe Hall, il est fait référence à saint Jean en aigle : « L’aigle qui devait porter sur ses ailes les Saintes Écritures et dont l’expression ordinaire était inquiète, avait, lui aussi, l’air tout à fait joyeux. » (p. 117) Dans la pièce L’Héritage de la Femme-Araignée (2007) de Christophe et Stéphane Botti, par exemple, Laurie rêve qu’elle est attaquée par des vautours. Dans sa pièce Des Lear (2009), Vincent Nadal parle d’un « abominable vautour ». L’aigle n’est pas souvent une figure de douceur dans la fantasmagorie homo-érotique, comme on peut le constater par exemple dans le roman de James Purdy Je suis vivant dans ma Tombe (1975) : « Un matin, je vis un aigle poursuivre un échassier, et tous deux, je le jure, plongèrent dans les eaux sans en resurgir. » (Garnet Montrose, p. 151) Il est plutôt oiseau de mauvais augure, figure de mort : « Ô notre funèbre Oiseau noir ! » (Arthur Rimbaud, « Les Corbeaux », dans Poésies 1869-1872, Éd. Inter Logos, Italie, 2001, p. 48) ; « Un vautour accroché à une antenne se balance entre le vide et le vide. » (Nina Bouraoui, La Voyeuse interdite (1991), Éd. Gallimard, Paris, 1994, p. 91) ; « Nanou dit que je fais des cauchemars. Une fois, j’ai réveillé tout le monde tellement j’ai crié fort. Je me rappelle que c’était à cause d’une pluie d’oiseaux morts qui tombaient sur moi. » (Le narrateur dans Quentin Lamotta, Le Crabaudeur, Éd. Dires, Cahors, 2000, p. 14) Dans la pièce Les Oiseaux (2010) d’Alfredo Arias, les oiseaux sont en réalité une foule d’outre-tombe, une allégorie de la mort, une armée de morts-vivants en quelque sorte. Dans le roman Vincent Garbo (2010) de Quentin Lamotta, l’aigle, c’est le héros homosexuel lui-même, ou bien ceux qui l’observent : « On a la vue rapace, à ces hauteurs. Tout est proie, vu d’en haut. Tout ce qui grouille et gigote en bas, Vincent Garbo compris, c’est insecte à gober, rampant repas frugal pour aigle de haute volure. » (p. 91)

L’aigle noir peut être l’animalisation de l’amant(e) homosexuel(le). Par exemple, dans le film « Black Swan » (2011) de Darren Aronofsky, Veronika, la (fausse) amante lesbienne, est la femme-aigle qui s'abat sur sa proie. Elle porte d’ailleurs des ailes d’aigle tatouées sur le dos : on les voit au moment où elle fait le cunnilingus à Nina (Natalie Portman). On retrouve bien évidemment ici le mythe du rapt de Ganymède et de l’aigle violeur, en parallèle avec la légende du Lac des Cygnes.
Ganymède kidnappé par l’aigle Zeus est un topos homosexuel dans l’iconographie universelle (je vous renvoie notamment aux calligraphies de Michel-Ange, qui a pris pour modèle le beau Tommaso de Cavalieri pour représenter cette scène mythique : Le rêve de la vie humaine (1533), L’Enlèvement de Ganymède (1532), La Chute de Phaéton (1533) et La Peine de Tityus).

Pour en revenir à l’association du rapace aquilin à l’amant homosexuel, on l’observe dans le film « Un Mariage à trois » (2009) de Jacques Doillon : à un moment, Stéphane dit à Théo : « Des rapaces de ton genre, ça niche dans des endroits inaccessibles. » Dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, Bryan demande à son amant Kévin d’« arrêter de le regarder comme s’il était un oiseau de mauvais augure qui porte malheur. » (p. 444) Dans son one-man-show Ali au pays des merveilles (2011), Ali Bougheraba rentre dans la peau de Fayssal, un homosexuel, qui raconte ses histoires de cœur sur un air de chanson bien connu : « Un beau jour, ou peut-être une nuit, près d’un Black je m’étais endormi. » L’oiseau est invoqué comme un double amoureux ou une source d’inspiration : « Mais où donc es-tu, vieux corbeau ? Viens donc me délivrer de l’ennui comme tu l’as fait ce soir-là ! » (Julien Green, Si j’étais vous (1947), Éd. Plon, Paris, 1970, p. 48) Dans le film « Rose et Noir » (2009) de Gérard Jugnot, quand le jeune Frédéric demande à Saint Loup « C’est quoi un sodomite ? », ce dernier lui répond par cette jolie pirouette : « C’est un oiseau. Un drôle d’oiseau. » Dans la chanson « Éden Éden » d’Alizée, il est signalé que « toutes les jeunes filles sont des faucons. » Dans le best-seller lesbien La Désobéissance (2006) de Naomi Alderman, il est curieux de voir comme les personnages lesbiens diabolisent les oiseaux. C’est ce qui transparaît clairement dans ces mots de Ronit : « C’est incongru (…) de voir des mouettes tourbillonner là-haut dans le ciel, avec leurs ailes immenses, blanches et grises et leur bec étonnamment grand et menaçant, descendre en piqué et s’emparer d’un morceau de bagel abandonné. J’ai été surprise de les voir en pleine nuit tracer des cercles dans le ciel tandis que je marchais samedi soir dans Hendon. (…) J’ai rêvé des mouettes de Hendon, cette nuit-là, de la pointe acérée de leur bec et de la souplesse de leurs griffes. De cette façon qu’elles ont de tourner la tête sur le côté et de vous regarder d’un œil unique, perçant et impénétrable. Un rêve digne de Tippi Hedren, lorsqu’elle s’enfuit, poursuivie par des hordes de mouettes, sauf que ces oiseaux-là ne faisaient rien, n’attaquaient pas, n’entraient pas par la cheminée ni ne cassaient les vitres. Ils regardaient seulement. » (pp. 161-162) À la fin du roman, Esti et Ronit observent deux sombres rapaces s’attaquer à un déchet urbain abandonné au sol, comme s’il s’agissait d’une métaphore de leur propre action destructrice face à l’amour : « Les deux oiseaux noirs en avaient terminé avec leur hamburguer. » (p. 252)

L’aigle est également associé à une Muse, à une actrice ou à une maîtresse symbolique exerçant un fort pouvoir sur la conscience qui la décrit (d’ailleurs, il n’est pas anodin qu’en héraldique, l’aigle soit féminin). « Rosa Luwembourg, malgré ses erreurs, restera un aigle. » (c. f. pièce Rosa La Rouge (2010) de Marcial Di Fonzo Bo et Claire Diterzi) C’est le cas par exemple dans le roman L’Hystéricon (2010) de Christophe Bigot, quand le personnage d’Yvon parle de la vénéneuse Groucha : « Pendant ce temps-là, cette sorcière continuait à pérorer, comme un oiseau sur son perchoir, très haut, tout en haut de sa cage, tandis que j’étais vautré au fond, au milieu des chiures de volatile. » (p. 267) Dans le roman Génitrix (1928) de François Mauriac, c’est la mère oppressante qui endosse le costume de l’aigle avilissant : « Cahoté par la vieille voiture à deux roues, la tête renversée, l’enfant voyait couler un trouble ciel d’octobre entre les noires cimes pressées et il criait quand, d’une rive mouvante à l’autre, passait un triangle d’oiseaux. Si quelque courant d’eau vive faisait s’infléchir la route et se décelait par une fraîcheur brusque, sa mère le couvrait de son manteau comme d’une aile noire. » (pp. 105-106)
Dans l’œuvre de Copi, l’aigle est particulièrement présent. C’est une figure symbolique étrange. On dirait une idole totémique qui fait changer de sexe. « Une vieille légende africaine disait que le dieu de l’Univers à venir naîtrait de l’accouplement d’un roi noir et de deux femmes identiques à cheveux dorés qui auraient un pénis et qui arriveraient dans le royaume avec un oiseau métallique. » (Copi, nouvelle « Les vieux travelos », Une Langouste pour deux, Éd. Christian Bourgeois, Lonrai, 1978, p. 93) L’aigle chez Copi peut représenter le fantasme de l’actrice (c’est le cas dans Le Bal des Folles, 1977 : « À côté du hibou sur la cheminée je vois une photo de Marilyn petite, avec le hibou (celui qui est à présent empaillé ou bien un autre qui lui ressemble beaucoup) accroché à son épaule. C’est une petite fille maigre au nez crochu, on dirait un aigle, elle ressemble beaucoup à sa mère d’à présent. », pp. 81-82), ou bien l’être désiré et craint à la fois (« Silvano était toujours assis les yeux froncés sous le figuier. Lezama pensa au profil d’un aigle. » (Copi, La Vie est un tango, Éd. Libres-Hallier, Paris, 1979, p. 160) Dans la pièce L’Ombre de Venceslao (1978), le vieux Largui se fait attaquer par un vautour dans le désert. Chez Copi, le volatile peut figurer aussi le sexe : « Oui, la bite est un oiseau ! Mais c’est un oiseau plongeur ! Il aime bien se baigner ! » (Copi, Les Escaliers du Sacré-Cœur, 1986, p. 340)

En général, dans les œuvres homosexuelles, l’aigle est signe de viol. Dans la pièce Le Frigo (2011) de Copi, par exemple, Mr Alouette est le violeur de « Madame ». Dans le film « Homme au bain » (2010) de Christophe Honoré, Emmanuel, le violeur homo, porte comme par hasard un tee-shirt avec l’insigne « EAGLE 00 ». Dans les fictions homosexuelles, très souvent, c’est la femme violée qui excite les oiseaux dans les boutiques de volatiles et les animaleries (c’est le cas dans le film « Pas de printemps pour Marnie » (1964) d’Alfred Hitchcock, dans le roman Le Baiser de la Femme-araignée (1979) de Manuel Puig, dans le roman Génitrix (1928) de François Mauriac, etc.).
b) Parfois, l’homosexuel se prend pour un oiseau :
Il est question d’oiseau en lien avec l’homosexualité dans le film « Mon Copain Rachid » (1998) de Philippe Barassat, le roman Doux Oiseau de la Jeunesse (1959) de Tennessee Williams, le roman Oiseau de la Nuit (1998) de Guy Hocquenghem, le tableau L’Homme à l’Oiseau (2000) de Luan Xiaojie, le film « Des Oiseaux Petits et Gros » (1966) de Pier Paolo Pasolini, la pièce L’Autre Monde, ou les États et Empires de la Lune (vers 1650) de Savinien de Cyrano de Bergerac, le film « Les Ailes » (1927) de William Wellman, la pièce Un Mariage follement gai ! (2008) de Thierry Dgim, la pièce Entre Fous Émois (2008) de Gilles Tourman, le film « L’Oiseau au Plumage de Cristal » (1968) de Dario Argento, le film « Pequeña Paloma Blanca » (2003) de Christian Barbé, le poème « Oiseau Privé » d’Armand Guibert, etc.

Il arrive que le personnage homosexuel rêve d’échapper à sa condition humaine en s’identifiant à un oiseau. « Quand j’étais enfant, j’ai longtemps rêvé de trouver la formule magique de l’envol. Oui, je voulais voler comme les oiseaux. » (Audric dans Christophe et Stéphane Botti, L’Héritage de la Femme-Araignée, Éd. Alna, La Rochelle, 2007, p. 30) ; « J’ai jamais eu les pieds sur terre, j’aimerais mieux être un oiseau. » (c. f. la chanson « S.O.S. d’un Terrien en Détresse » de Johnny Rockfort dans le spectacle musical Starmania) Dans le film « The Burning Boy » (2000) de Kieran Galvin, Ben dit à son ami qu’il aurait rêvé d’être un oiseau. Mais la revendication d’être un "volant voleur" ne dure qu’un temps, car le héros homosexuel veut tout de même retrouver sa liberté d’Homme : « Je ne suis pas qu’un petit piaf. » (Janine dans la pièce Burlingue (2008) de Gérard Levoyer) Sans doute la peur de se faire plumer ou d’être pris pour un pigeon… Le couple homosexuel est décrit parfois comme un duo d’oiseaux, même si celui-ci ne vole pas haut, empêché qu'il serait par la société de surplomber le ciel de l'Amour : « Qui arrête les colombes en plein vol à deux au ras du sol ? Une femme avec une femme. » (c. f. la chanson « Une Femme avec une Femme » du groupe Mecano)
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PARFOIS RÉALITÉ
La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :
Je vous renvoie au documentaire « Les Oiseaux de Nuit » (1977) de Luc Barnier et Alain Lasfargues, traitant du monde de la prostitution masculine.

Il existe quelques coïncidences troublantes entre le monde homosexuel réel et l’aigle noir. Par exemple Léonard de Vinci (connu pour être homosexuel), alors qu’il est encore au berceau, croit qu’un vautour se pose sur lui. Freud se penchera d’ailleurs sur cette histoire et y consacrera une étude psychanalytique approfondie. L’image de l’oiseau est omniprésente dans l’œuvre de Tennessee Williams ; de plus, ce dernier a été surnommé de son vivant « l’Oiseau Magnifique » (Gore Vidal, Palimpseste – Mémoires (1995), Éd. Galaade, Paris, 2006, p. 237). Plus proche de nous, Eagle est le nom du groupe gay IBM. Beaucoup d’auteurs homosexuels parlent de la personne qu’ils désirent homosexuellement comme d’un aigle. Par exemple, dans son autobiographie Prélude à une Vie heureuse (2004), Alexandre Delmar, en évoquant l’un de ses amants, écrit qu’« il est un aigle au milieu des corbeaux. » (p. 15) C’est le cas également de certains militants pour la « Cause gay », comme Beatriz Gimeno, qui décrit la communauté homosexuelle comme une armada volante : « Nous avons rêvé de voler très haut, et nous avons volé. » (citée dans Juan A. Herrero Brasas, Primera Plana, Éd. EGALES, Madrid, 2007, p. 38) On retrouve les aigles-rapaces de la « Lesbian Nation » chez les quatre chouettes saphiques baptisées les OWLs (Older Wiser Lesbians = Lesbiennes de plus de 40 ans) dans le film « The Owls » (2010) de Cheryl Dunye. Le monde gay tout entier est associé aux oiseaux par l’écrivain cubain Reinaldo Arenas dans El Color del Verano (1982). Être un oiseau serait la condition homosexuelle même ! : « Un homosexuel est un être aérien, sans attache, sans lieu fixe qui lui soit propre (…). Nous sommes toujours suspendus en l’air, aux aguets. Notre condition aérienne est parfaite et c’est très bien que l’on nous ait affublés de noms d’oiseaux. Nous sommes des oiseaux parce que nous sommes toujours en l’air, un air qui n’est pas non plus à nous – rien n’est à nous, d’ailleurs – mais au moins il est sans frontières. » (p. 480) Dans son autobiographie Folies-Fantômes (1997), Alfredo Arias raconte la fascination de son ami Jacques pour les soldats : « Je les aime, parce qu’ils sont purs avec leur regard triste, mélancolique… leurs pas incertains, timides, perdus dans cette grande ville… s’attendrissant devant les aigles et les lions en cage… »
En remontant aux origines littéraires du désir homosexuel, on trouve déjà dans le monde platonicien les traces de cet aigle autrement appelé l’androgyne : « On connaît le discours d’Aristophane – celui que Platon lui a fait tenir dans Le Banquet sur la nature et l’origine de l’amour ou encore celui qu’il nous donne dans Les Oiseaux et qui fait naître Éros bisexué d’un ‘œuf sans germe’, fruit du vent, pondu par ‘la nuit aux ailes noires, avant toute chose’. » (Pierre Fédida, « D’une essentielle dissymétrie dans la psychanalyse », Bisexualité et Différence des sexes, Éd. Gallimard, Paris, 1973, p. 220.)

Écoutez la chronique radio de Philippe Ariño sur le code de l' "Aigle noir" à l'émission "Homo Micro" (106.3 FM) en cliquant ICI.