Code n° 24 : Cannibalisme
(nécrophilie/goût/plante carnivore)

Notice explicative :
Saint Thomas d’Aquin, à son époque, avait été bien inspiré d’associer les actes homosexuels à la gourmandise. Car en effet, on voit et on entend chez la majorité des personnes homosexuelles actuelles ce désir de gober leur amant, de l’absorber par amour. « Son corps était si beau et je le désirais tant que j’ai eu tout simplement envie de le manger. » (J. R. Ackerley dans Mon Père et moi (1968), sur le site www.islaternura.com) Souvent dans leurs discours, les aliments correspondent à l’être aimé qui pourrait être ingéré : je pense aux croque-monsieur de Nicolas Bernardini, aux amants-bonbons de Félix González-Torres (cf. l’article « Felix Gonzalez-Torres » d’Élisabeth Lébovici, dans le Dictionnaire des cultures gays et lesbiennes (2002) de Didier Éribon, p. 226), aux amants-brochettes de Manuel Puig, etc. Pendant les soirées, on est parfois époustouflé d’écouter certains amis traiter leur copain – la plupart du temps devant tout le monde et en sa présence, en plus ! – de « gourmandise », de « casse-croûte », ou d’un nom de marque de biscuits chocolatés, sans que l’intéressé trouve cela injurieux… sûrement parce que lui-même rentre aussi dans le jeu de la consommation réciproque. « Affamé de blonds… À l’entendre parler de ses semblables, on aurait cru qu’ils étaient des mets sur un menu. » (Catherine à propos de son cousin homosexuel Sébastien, dans le film « Suddenly Last Summer », « Soudain l’été dernier » (1960) de Joseph Mankiewicz)
Le cannibalisme est un lieu commun extrêmement représenté dans l’art homosexuel. Il concerne prioritairement les corps morts car le désir homosexuel tend vers la nécrophilie et l’anthropophagie. « Après je l’ai rejoint dans sa chambre. Alors on s’est dévorés et il n’est plus rien resté. » (Guillaume Dustan, Nicolas Pages (1999), p. 34) Il s’agit d’un cannibalisme de rapaces, non de ceux qui mordent la vie à pleines dents. « J’ai mordu Lucien jusqu’au sang. J’espérais le faire hurler, son insensibilité m’a vaincu ; mais je sais que j’irais jusqu’à déchiqueter la chair de mon ami, à me perdre dans un carnage irréparable… » (Jean Genet, Journal du voleur (1949), p. 162) La communion recherchée s’oriente davantage vers la mort que vers la vie. « Émotion sublime de ma nudité contre la sienne : jamais si grand bonheur. T. me dit : ‘Je mangerai ton cadavre’. » (Hervé Guibert, Le Mausolée des amants (2001), p. 347) Dans les œuvres artistiques homo-érotiques, il est significatif que la bouche et les dents se métamorphosent souvent en épées, les baisers en épines, les yeux en marteaux-piqueurs. Beaucoup de personnes homosexuelles ne vénèrent plus l’autre puisque l’amour de sa chair va jusqu’à l’absorption symbolique. Fantasmatiquement, la distance entre le sujet et l’objet s’efface, et dans cet effacement le « je » se perd également, alors qu’il prétendait, par un rapprochement fiévreux à la réalité concrète, se retrouver lui-même. On voit souvent, dans les films comme dans la vie quotidienne, des amants se prier de se laisser respirer, de cesser de se marcher sur les pieds. Au bout d’un moment, un certain nombre de couples homosexuels ne tiennent pas du fait que l’un des deux membres supporte apparemment moins bien que l’autre le gavage réciproque (de beaux discours, de sorties, de voyages, de cadeaux, de tendresse, de sexe, d’argent, de musique, etc.) servant à dissimuler en vain que leur amour sonne creux, qu’il ne les rassasie pas, et qu’il les dévore.
N.B. : Voir également les codes "bonbons", "obèses anorexiques", "femme-araignée", "vampirisme", "extase", "substitut d’identité", "coït homosexuel = viol", "espion", "chiens", "fusion", et la partie « le baiser de Judas » du "code « première fois »", dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.
FICTION
a) Cannibalisme et homosexualité : une même affaire de « goût »

Le cannibalisme revient comme un leitmotiv dans les œuvres artistiques traitant d’homosexualité : cf. les pièces La Pyramide (1973), Loretta Strong (1974), et Cachafaz (1993) de Copi, la pièce Petit Traité de manipulation à l’usage des honnêtes gens (2007) de Gérald Garutti, le roman Le Désir du cannibale (1999) de Jean-Paul Tapie, la pièce Cannibales (2008) de Ronan Chéneau, le film « Cannibal Man » (1977) d’Eloy de la Iglesia, le roman Cannibalisme d’Automne (1936-1937) de Salvador Dalí, le roman Cannibales (1998) d’Emmanuel Ménard, la chanson « Crocodile Rock » d’Elton John, le film « Krokodillen In Amsterdam » (1989) d’Annette Apon, le film « Les Deux Crocodiles » (1987) de Joël Séria, la pièce L’Alligator (1987) de Copi et Jérôme Savary, la chanson « Est-ce que tu viens pour les vacances ? » de David et Jonathan (« T’avais les cheveux blonds, un crocodile sur ton blouson. »), le film « La Tendresse des loups » (1973) d’Ulli Lommel, le film « Megavixens » (1976) de Russ Meyer (avec les piranhas carnivores), le film « Queer Duck : The Movie » (2005) de Xeth Feinberg, le film « Desperate Living » (1977) de John Waters, le film « La Sentinelle des maudits » (1977) de Michael Winner, la pièce El Público (1930-1936) de Federico García Lorca (notamment avec le très représentatif dialogue entre l’Étudiant 1 et l’Étudiant 5), le spectacle musical Panique à bord (2008) de Stéphane Laporte (avec la chanson « J’ai faim, j’ai chaud, j’ai soif »), le film « Mémés cannibales » (1988) d’Emmanuel Kervyn, le film « Splatter : Naked Blood » (1996) d’Hisayasu Sato, le film « Les Astres noirs » (2009) de Yann Gonzalez (avec Macha, le personnage cannibale), le concert Le Cirque des Mirages (2009) de Yanowski et Fred Parker, la B.D. La Guerre des Pédés (1982) de Copi (avec la meute d’amazones cannibales), la nouvelle « Les Garçons Danaïdes » (2010) d’Essobal Lenoir, la comédie musicale La Nuit d’Elliot Fall (2010) de Vincent Daenen, le roman L’Agneau carnivore (1945) de Agustin Gomez-Arcos, etc.

Pas étonnant que le cannibalisme, au moins au niveau du désir, attire le héros homosexuel et ses jumeaux de désir, puisque le dénominateur commun de la communauté LGBT sont les goûts physiques, les préférences sensorielles et visuelles, l’orientation sexuelle, … donc ce qui se consomme. Et on remarque bien, notamment en écoutant les motivations des personnages homosexuels, qu’ils se focalisent sur les goûts en pensant parler d’Amour. « Allais-tu me ressembler ? Si tu étais un garçon, aurais-tu les mêmes goûts que moi ? » (Bryan, le personnage homosexuel parlant à son bébé qu’il a eu « accidentellement » avec une femme, dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, p. 402) Ce qui lie le cannibalisme et l’homosexualité, c’est la place envahissante qu’ont prise les goûts (par nature individuels) sur l’Amour (une réalité universelle, qui dépasse les goûts, qui tient en compte le sensible mais va bien au-delà du sensible) : « Moi qui suis chrétien, je trouve ça beau d’aimer les corps : aimer la chair, c’est aimer l’Homme. » (Chris à Ernest dans le roman La Synthèse du camphre (2010) d’Arthur Dreyfus, p. 127) ; « La folie des corps… tu sais ce que c’est quand on est jeune. » (Xav dans la pièce La Mort vous remercie d’avoir choisi sa compagnie (2010) de Philippe Cassand) ; « Il se sentait libre, en connivence avec tous ces garçons […] qui comme lui partageaient une même passion des corps masculins. » (Adrien, le héros homo du roman Par d’autres chemins (2009) d’Hugues Pouyé, p. 83) ; « On y mange de l’excellente viande. » (Dr Labrosse à propos de la boîte gay Le Rectum, dans la pièce Dépression très nerveuse (2008) d’Augustin d’Ollone) ; « Tout cela n’est qu’une question de goût : ce n’est pas la fin du monde. » (Hlynur à propos de l’homosexualité, dans le film « 101 Reykjavik » (2000) de Baltasar Kormakur), etc.

Dans les fictions homo-érotiques, la référence au goût ou au cannibalisme pour parler du désir homosexuel est un lieu commun. Par exemple, dans le film « Une Affaire de goût » (1999) de Bernard Rapp, Nicolas est le goûteur attitré de Frédéric. Dans le film « Les Amants criminels » (1998) de François Ozon, Luc est victime d’un viol de la part d’un ogre qui finit par le libérer du refoulement de son homosexualité.
À en croire le héros homosexuel (et généralement son créateur), l’homosexualité serait prioritairement une question de goût, donc de relativité, de naturel individuel indiscutable : cf. le roman Un Goût de cendres (2004) de Jean-Paul Tapie, le film « Le Goût des autres » (1999) d’Agnès Jaoui, le film « Un Goût de miel » (1961) de Tony Richardson, le roman Goût de foudre (2004) de Jean-Louis Rech, le film « Le Goût de la cerise » (1997) d’Abbas Kiarostami, le roman Le Goût de Monsieur (2004) de Didier Godard, le film « Aimez-vous les femmes ? » (1964) de Jean Léon (avec la secte anthropophage), etc.
b) Mon p’tit chou à la crème… :
Très souvent, le protagoniste homosexuel compare son/ses amant(s) à de la nourriture, ou se présente lui-même comme un met à consommer : cf. le film « I’m Your Birthday Cake » (1995) d’Andrew Lau, le roman Le Corps exquis (1999) de Poppy Z Brite, le film « Shortbus » (2005) de John Cameron Mitchell (avec l’amant comparé à un bonbon), le film « Omelette » (1997) de Rémi Lange, le one-man-show Le Jardin des dindes (2008) de Jean-Philippe Set (avec l’amant-bouffe), le film « Mignon à croquer » (1999) de Lionel Baier, le film « Les Fraises des bois » (2011) de Dominique Choisy (traitant de la prostitution), etc. « Tu vas me manquer, Molinita… Chaque fois que je verrai des fruits confits, je me souviendrai de toi… Et chaque fois que je verrai un poulet à la broche, dans une vitrine de rôtisseur… » (Valentín à son amant Molina, dans le roman Le Baiser de la Femme-Araignée (1979) de Manuel Puig, p. 244) ; « Mon gros loukoum au miel… » (Jean-Luc à son amant Romuald dans la pièce Et Dieu créa les folles (2009) de Corinne Natali) ; « Nathalie, 100 % goudou, que du bon dans le cochon. » (Océane Rose Marie dans son one-woman-show La Lesbienne invisible (2009) ; « Laurent, c’est les hot-dog, son péché mignon. » (Lola à propos de son ami gay, dans la pièce À plein régime (2008) de François Rimbau) ; « Michael sentait toujours le café. » (Jean-Marc, le personnage homosexuel du roman Le Cœur éclaté (1989) de Michel Tremblay, p. 223) ; « Je pourrais te manger. » (John à Larita dans le film « Un Mariage de rêve » (2009) de Stephan Elliot) ; « J’ai faim. […] Il n’y a pas d’hommes pour les ogres de mon espèce. » (Arnaud à Mario son copain, dans la pièce Quand mon cœur bat, je veux que tu l’entendes…(2009) d’Alberto Lombardo) ; « Tu sens bon, Mike. Comme un beignet aux pommes. » (Elliot à Mike dans le film « Hôtel Woodstock » (2009) d’Ang Lee) ; « J’aime toujours la pizza… » (Sven à son amant Göran, pour lui annoncer qu’il l’aime toujours et qu’il revient au domicile « conjugal », dans le film « Patrik, 1.5 », « Les Joies de la famille » (2009) d’Ella Lemhagen) ; « J’avale les hommes comme des muffins. » (Lourdes dans la pièce Les Gens moches ne le font pas exprès (2011) de Jérémy Patinier) ; « J’avais l’eau à la bouche comme lorsque j’avais faim. » (Anamika, l’héroïne lesbienne en émoi devant une de ses profs, Mrs Pillai, dans le roman Babyji (2005) d’Abha Dawesar, p. 236) ; « Stephen essayait de séduire Collins en lui offrant des boules de menthe et des pastilles de chocolat. » (Marguerite Radclyffe Hall, Le Puits de solitude (1928), p. 38) ; « J’vais pas vous manger. En tout cas, pas la tête… » (Romain Canard, le coiffeur homo, à un client de son salon, dans la pièce Dernier coup de ciseaux (2011) de Marilyn Abrams et Bruce Jordan) ; « On aurait dit Véronique qui aurait bouffé Davina. » (Benoît en parlant de Raphaël qu’il soupçonne d’être homo, dans la pièce Bonjour ivresse ! (2010) de Franck Le Hen) ; « Je suis une vieille ogresse qui raffole de la chair fraîche. D’ailleurs quand elle sera majeure, je la jetterai. » (Suzanne en parlant de son amante Héloïse, dans le roman Journal de Suzanne (1991) d’Hélène de Monferrand, p. 318) ; « Un croque-monsieur s’il vous plaît pour mieux vous manger ! » (Nicolas Bernardini, L’Encre (2003), p. 19)
Par exemple, dans le film « Torch Song Trilogy » (1989) de Paul Bogart, les amants sont comparés à des sucettes ou à des plats affichés sur un menu, par le héros homosexuel. Dans la pièce Hétéropause (2007) d’Hervé Caffin et de Maria Ducceschi, Hervé, la première fois qu’il rencontre son amant Alex, l’associe à deux boules de glace au chocolat ; puis il identifie chacun de ses prétendants d’origine étrangère à un plat typique de leur pays (croque-monsieur, nems, saucisses, etc.). Dans le film « Le Cimetière des mots usés » (2011) de François Zabaleta, Denis dit explicitement à son amant Luther que sa peau a le goût d’une crème brûlée, et qu’il « désire le cannibaliser ». Dans le film « Edge Of Seventeen » (1998) de David Moreton, les amants se gavent mutuellement de gâteaux. Dans le film « Hedwig And The Angry Inch » (2001) de John Cameron Mitchell, Hedwig reçoit de son amant Luther Robinson un paquet de bonbons (des nounours colorés) comme preuve d’amour. Dans la pièce Betty speaks (2009) de Louise de Ville, Betty veut faire un « Tour de Gastronomie féminine », et en parlant de sa récente rencontre avec sa petite copine du moment, Sarah, elle dit que « c’est comme si elle avait découvert un énorme appétit pour la bouffer à volonté ». Dans la pièce La Cage aux Folles (1973) de Jean Poiret, Zaza est comparé(e) par Georges à un « pot au feu », à un « soufflé au fromage ». Dans la comédie musicale HAIR (2011) de Gérôme Ragni et James Rado, George Burger se fait traiter de hamburger. Dans le roman La Désobéissance (2006) de Naomi Alderman, Ronit compare le fait de sortir avec son amie d’enfance Esti comme la dégustation trop tardive d’un plat passé de date : « C’est le passé. […] J’aurais aimé lui dire : Esti, est-ce que tu servirais un vieux plat à un invité ? Il faut vraiment avoir faim pour manger un vieux plat, tu ne crois pas ? » (p. 144)
c) La passion homosexuelle : mordante
Il n’est pas rare de voir des scènes de films où les amants homosexuels se mordent entre eux, se dévorent, et désirent se manger : cf. le film « Je te mangerais » (2009) de Sophie Laloy, le film « Le Planeur » (1999) d’Yves Cantraine (avec les deux amants qui se mordent au lit), le film « Madame Satã » (2001) de Karim Ainouz (avec la monstration de baisers cannibales), le film « Nazarín » (1959) de Luis Buñuel (avec les baisers cannibales), le film « Eat The Rich » (1987) de Peter Richardson, le film « Mysterious Skin » (2004) de Gregg Araki, etc. Par exemple, dans le film « Maurice » (1987) de James Ivory, Maurice mord Clive aux lèvres. Dans le film « La Ley Del Deseo » (« La Loi du désir », 1987) de Pedro Almodóvar, le baiser sur la bouche entre les deux amants dérape : Pablo finit par mordre Antonio après avoir simulé de l’embrasser langoureusement.
« Peut-être bientôt dans la tempête, je te mordrai. » (la voix narrative dans la pièce Arthur Rimbaud ne s’était pas trompée (2008) de Bruno Bisaro) ; « Je vais te dévorer de la tête au pied. » (Paul à son amant Sébastien, dans la pièce Une Cigogne pour trois (2008) de Romuald Jankow) ; « La bouche de Khalid était ma bouche. Elle sentait la cannelle. Qu’avait-il mangé au petit déjeuner ? Elle était vaste, cette bouche. Elle me prenait tout entier. M’engloutissait. » (Omar, le héros homosexuel du roman Le Jour du Roi (2010) d’Abdellah Taïa, p. 139) ; « Ne mords pas. » (Steven à son amant Phillip dans le film « I Love You Phillip Morris » (2009) de Glenne Ficarra et John Requa) ; « Arrête de me mordre ! » (le héros homosexuel pendant le coït de son amant, dans le film « Happy Together » (1997) de Wong Far-Wai) ; « C’est un baiser carnivore. » (Philippe Besson, En l’absence des hommes (2001), p. 64) ; « Je gobe ses lèvres. » (la narratrice lesbienne du roman Mathilde, je l’ai rencontrée dans un train (2005) de Cy Jung, p. 19) ; « Mathilde n’existe plus. Je l’ai ingérée. » (idem, p. 24) ; « À quelle sauce Mathilde va-t-elle me dévorer ? » (idem, p. 96) ; « Elle me mord le cou. » (idem, p. 109) ; « Elle m’inspire quelque chose de sucré. Je repère un distributeur de friandises. Je choisis une double barre chocolatée. » (idem, p. 73) ; « J’eus comme une soudaine envie carnassière de croquer ses aréoles, mais pris peur d’aller trop loin et de le faire saigner. » (Éric concernant son amant Sven, dans le roman L’Amant de mon père (2000) d’Albert Russo, p. 105) ; « ce goût de bonbon acidulé qu’avait sa peau lorsque je la léchais. » (idem, p. 111) ; « Nous éprouvons la solidarité des désarmés, la fraternité des démunis. […] Les lèvres se touchent, les bouches se prennent. Nos baisers sont cannibales. » (Luca dans le roman Un Garçon d’Italie (2003) de Philippe Besson, p. 165)
Les amants homosexuels fictionnels ont tendance à se reprocher de ne pas se laisser respirer, que ce soit pendant leur coït que dans leur vie quotidienne. Dans le film « Presque rien » (2000) de Sébastien Lifshitz, par exemple, Mathieu regarde étonné Cédric qui ne pense qu’à « baiser comme une bête » avec lui, et se révolte mollement : « Pourquoi t’es comme ça ? »
d) Nécrophilie :

Le héros homosexuel essaie de posséder son amant au point qu’il en arrive parfois à voler sa peau et à le tuer. Il désire se blottir contre des corps humains sans vie, même si l’idée de s’unir à un être froid est saugrenue : « C’est pas facile, le plaisir. Apprivoiser ton corps glacé. » (cf. la chanson « Que mon cœur lâche » de Mylène Farmer). Il arrive qu’il soit nécrophile et qu’il veuille avoir du sexe avec des cadavres qu’il finit par manger : cf. le film « La Vie privée de Sherlock Holmes » (1970) de Billy Wilder (avec le cimetière considéré comme un lieu de pique-nique), la pièce Golgota Picnic (2011) de Rodrigo Garcia (avec le cimetière de pains d’hamburger), la pièce Les Fugueuses (2007) de Pierre Palmade et Christophe Duthuron (le binôme Claude et Margot pique-niquent sur la tombe de Joséphine), etc. « Continuez à manger vos momies ! » (le Rat dans la pièce La Pyramide ! (1975) de Copi)
La nécrophilie et l’anthropophagie se retrouvent dans beaucoup d’œuvres homo-érotiques : cf. la pièce Pompes funèbres (1947) de Jean Genet, la chanson « Cadavres exquis » de Jean Guidoni, le film « Odete » (2005) de João Pedro Rodrigues, la pièce My Scum (2008) de Stanislas Briche, le film « O Beijo No Asfalto » (1985) de Bruno Barreto, le roman Besaré Tu Cadáver (1965) de Terenci Moix, le film « Une Soirée étrange » (1932) de James Whale, le film « Jeux de nuit » (1966) de Mai Zetterling, le film « Un Cadavre au dessert » (1976) de Robert Moore, le film « Cleopatra’s Second Husband » (1998) de Jon Reiss, le film « Singapore Sling » (1990) de Nikos Nikolaidis, le roman Cosmétique de l’ennemi (2001) d’Amélie Nothomb, le vidéo-clip de la chanson « Beyond My Control » de Mylène Farmer (avec le parallélisme entre les loups dévorant des carcasses d’animaux morts et le coït humain), etc.
Dans le film « Otto ; Or, Up With Dead People » (2007) de Bruce Labruce, Otto, un jeune zombi ne mange que des cadavres, car il est dégoûté par la chair humaine vivante. Dans la pièce Cachafaz (1993) de Copi, les amants homosexuels Raulito et Cachafaz sont condamnés par les gens de leur quartier pour cannibalisme ; ils montent une boucherie humaine rien qu’avec des flics qu’ils tuent (ils en ont assassinés 17 déjà, et revendent leur chair) : « Un’ fois vidé et bien grillé, c’est délicieux un policier ! » (le chœur des voisins) Dans son one-man-show Raphaël Beaumont vous invite à ses funérailles (2011), Raphaël Beaumont s’amuse à mettre en parallèle l’annonce de sa nécrophilie et son coming out : « Maman, je suis nécrophile. Oui, j’aime les cadavres. »
Dans les œuvres de Jann Halexander, il est souvent question de cannibalisme des morts : par exemple, dans sa pièce Confession d’un vampire sud-africain (2011), le chanteur entre dans la peau d’un vampire nécrophile (à un moment, Prétorius place un cadavre dans un frigo : « L’homme, c’est ma bouffe. ») ; par ailleurs, dans sa chanson « Chroniques d’une famille australienne », il est question d’un couple de crocodiles fortement humanisés (« Et le couple de reptiles de rejoindre les humains ») ; la thématique de la chanson « Obama » est la fusion idolâtre cannibale (« Bel illuminé, dévore ou fais-toi dévorer. ») ; le film « Une Dernière Nuit au Mans » (2010) de Jeff Bonnenfant et Jann Halexander traite également du cannibalisme.
e) Le cannibalisme symbolique :
Le cannibalisme, s’il ne s’actualise pas systématiquement en dévoration de la chair humaine, se situe avant tout dans l’attitude insistante de convoitise, dans les yeux sales et vicelards qui transforment l’autre en chair fraîche, dans le regard prospectif ou lubrique (on dit bien « bouffer du regard ») : « Dévore-moi des yeux ma princesse ! […] Les baisers d’Alizée sont de vraies gourmandises. » (cf. la chanson « Gourmandises » d’Alizée) ; « Les plumes de métal, les griffes puissantes, ce désir d’amour ou de mort, cette envie de boire dans les yeux avec un bec de fer » (cf. le poème « Unité en elle » de Vicente Aleixandre) ; « Méfie-toi de l’œil sec, ses airs fossiles, ses coups de bec… Méfie-toi de l’œil flou, ses airs fragiles, ses appétits de loup. » (cf. la chanson « L’Œil sec » des Valentins)
Par exemple, dans les films « Espacio 2 » (2001) de Lino Escalera et « Une Vue imprenable » (1993) d’Amal Bedjaoui, le jeu des regards impérieux et cannibales de la drague homosexuelle est particulièrement bien rendu.
Le héros homosexuel n’a pas souvent conscience qu’il est cannibale car il confond les êtres de chair avec ses êtres de papier. Dans son esprit, la peau est davantage liée à l’image qu’à la peau humaine réelle, comme si l’amant se réduisait à une photo qu’on peut trouer. « Moi, je lui arrachais la peau. » (Yves Navarre, Portrait de Julien devant la fenêtre (1979), p. 101) C’est la raison pour laquelle le cannibalisme homosexuel doit être compris prioritairement dans son sens symbolique, et non « réellement fantasmé ».
Le cannibalisme, c’est aussi plus symboliquement la schizophrénie (on croit pouvoir devenir ce que l’on mange), l’absence de contrôle des pulsions. Le héros homosexuel se laisse bouffer par une force intérieure qu’il ne comprend pas, il s’imagine mordu par des monstres imaginaires qui l’assaillent de tous côtés : « Arrêtez ! Ma bonne m’assassine à coups de massue et mon chien afghan me mord les chevilles ! » (« L. » en parlant de Goliatha, dans la pièce Le Frigo (1983) de Copi) ; « Docteur Soubirous ! Je crois qu’il y a un cas de peste. Un enfant a été mordu par un rat ! » (le travesti dans le roman La Vie est un tango (1979) de Copi, p. 137) ; « Brockett était intelligent, il était d’une intelligence diabolique. […] C’est pourquoi Brockett écrivait de si belles pièces, des pièces si cruelles ; il alimentait son génie de chair vive et de sang ! Génie carnivore ! » (Stephen, l’héroïne lesbienne, parlant de son meilleur ami homosexuel Jonathan Brockett, dans le roman Le Puits de solitude (1928) de Marguerite Radclyffe Hall, pp. 307-308)
d) Plante carnivore :
La métaphore poétique la plus employée dans les fictions pour représenter le cannibalisme homosexuel, c’est bien la fleur carnivore, cette plante à laquelle s’identifie le héros homosexuel… pour généralement dépeindre un amour ou une identité maudits.

On retrouve les plantes carnivores dans les films « Les Filles du botaniste » (2006) de Daï Sijie, « Suddenly Last Summer » (« Soudain l’été dernier », 1960) de Joseph Mankiewicz (avec la Vénus gobe-mouche, plante chérie par Mrs Venable, et présentée comme une cruelle déesse d’amour), « Voodoo Island » (1957) de Reginald Le Borg, et dans le roman L’Amant de mon père (2000) d’Albert Russo, par exemple.
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PARFOIS RÉALITÉ
La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :
a) Cannibalisme et homosexualité : une même affaire de « goût »
Le cannibalisme revient plus souvent qu’on ne le croit dans le discours des personnes homosexuelles, quand bien même elles sachent pertinemment qu’elles n’ont jamais désiré manger concrètement leur(s) partenaire(s).
Le désir cannibale prend certainement son origine dans une relation incestueuse vécue dans la petite enfance. « Searles a souligné la menace constituée par les tendances cannibaliques de la mère de Schreber, et que le fils avait déplacées sur un père plein de brutalité. » (Robert J. Stoller, « Faits et hypothèses », Bisexualité et différence des sexes (1973), p. 217)
Pas étonnant que le cannibalisme, au moins au niveau du désir, attire l’individu homosexuel et ses jumeaux de désir : le dénominateur commun de la communauté LGBT sont les goûts physiques, les préférences sensorielles et visuelles, l’orientation sexuelle, … donc ce qui se consomme. Et on remarque bien, notamment en écoutant les motivations des personnes homosexuelles, qu’elles se focalisent énormément sur les goûts en pensant parler d’Amour. « Dans sa jeunesse, ma tante est une belle jeune femme, très douce, très tendre et très élégante, de vieilles photos l’attestent. Allez savoir si ce n’est pas là que j’ai pris, très tôt, mon goût marqué pour les très belles femmes douces, charmantes, élégantes ? » (Paula Dumont, Mauvais Genre (2009), pp. 19-20) « Oui, il faut oser le dire, il faut oser l’écrire : l’immense majorité des homophiles accordent au seul corps – à ses apparences, à ses exigences – une importance qu’il ne mérite pas, une importance beaucoup trop grande, une importance sans commune mesure avec ce qu’il peut être, ce qu’il peut offrir et donner, aujourd’hui déjà, à plus forte raison demain. » (André Baudry, fondateur d’Arcadie, cité dans l’autobiographie Libre : De la honte à la lumière (2011) de Jean-Michel Dunand, p. 147)

Ce qui lie le cannibalisme et l’homosexualité, c’est la place envahissante qu’ont prise les goûts (par nature individuels) sur l’Amour (une réalité qui dépasse les goûts, au-delà du sensible, universel) : cf. je vous renvoie à l’article de Philippe Besson « Hervé Guibert, le Goût pour les Corps » dans le Magazine littéraire, n° 426, décembre 2003. Par exemple, le peintre britannique Francis Bacon se dit fasciné par les travaux de sculpture de Michel Ange, ainsi que par les corps masculins en général : « J’aime les hommes. J’aime la qualité de leur chair. » (cf. le documentaire « Francis Bacon » (1985) de David Hinton) ; « Le cinéma de Gaël Morel est absolument gay, tant le réalisateur impose une érotisation du corps masculin de ses acteurs (Stéphane Rideau, Nicolas Cazalé, Salim Kechiouche…) » (Anne Delabre, Didier Roth-Bettoni, Le Cinéma français et l’homosexualité (2008), p. 231)
À en croire la majorité des personnes homosexuelles, l’homosexualité serait prioritairement une question de goût, donc de relativité, de naturel individuel indiscutable : « J’ai besoin des filles. C’est un penchant vital pour moi. Les filles ne sont pas une envie. Elles sont un besoin vital depuis toujours. Un besoin, ça ne se négocie pas. Une envie, on peut s’en passer. Mais un besoin, non. » (Corinne, une femme lesbienne interviewée dans l’émission Ça se discute, sur la chaîne France 2, le 18 février 2004) ; « J’ai besoin des garçons. » (Christophe Honoré, Le Livre pour enfants (2005), p. 88)
b) Mon p’tit chou à la crème… :

Très souvent, l’individu homosexuel compare son/ses amant(s) à de la nourriture, ou se présente lui-même comme un met à consommer (cf. le film « Can I Be Your Bratwurst, Please ? » (1999) de Rosa von Praunheim) : « Je vous donne une petite chose sucrée. Vous la glissez dans votre bouche et vous sucez le corps de quelqu’un d’autre. […] J’ai mis quelque chose de sucré dans la bouche de quelqu’un et je trouve ça très sexy. » (Félix González-Torres cité dans l’article « Félix González-Torres » d’Élisabeth Lebovici, sur le Dictionnaire des cultures gays et lesbiennes (2003) de Didier Éribon, p. 226) ; « Aujourd’hui, c’est le 19 juin, la fête des Pères, et comme tu es mon Miam, mon papa Miam, je ne t’oublie pas. » (Julien à son amant Pascal Sevran, dans l’autobiographie de ce dernier, Le Privilège des jonquilles, Journal IV (2006), p. 169) ; « Les rencontres ne seront désormais que cela […] du bonheur à consommer sur place. » (Cathy Bernheim, L’Amour presque parfait (2003), p. 170) ; « Femmes actives, nous avions décidé que l’amour serait notre petite gâterie superflue, un luxe qu’il faut savoir s’offrir pour être tout à fait soi-même. […] Simplicité du désir. Il me semble avoir bu à sa source comme les animaux sauvages vont boire au marigot, lorsque descend le soir, dans la savane. Cette image associée à mes désirs dit assez quelle soif d’amour est en moi, quel apaisement me vient quand je pose ma joue sur le ventre de celle que j’aime. Mais avec le temps, je commence à m’interroger sérieusement sur le prix à payer pour ces ivresses passagères, cette paix qui dure si peu. » (idem, p. 184)
Par exemple, dans son roman autobiographique Parloir (2002), Christian Giudicelli décrit un de ses amants, Nicolas, comme une excellente « poire pour la soif » ou un « sandwich pour la route » (p. 102).
Dans mon cas personnel, j’entends beaucoup d’amis définir, avec parfois une dérision désabusée, leur copain du moment comme un « quatre heures » ou une gentille « gâterie » pour se faire plaisir. Pour la petite anecdote, entre 2002 et 2006, lorsque je me trouvais encore en études dans la ville de Rennes, je me souviens avoir assisté à plusieurs soirées pendant lesquelles des couples homosexuels entre eux se traitaient ouvertement (et sincèrement, en plus ! sans comprendre la vulgarité des « doux » surnoms dont ils s’affublaient) de « BN », de « casse-croûte », ou de « Crunch » devant toute l’assistance, en s’échangeant ensuite un bisou de reconnaissance… histoire d’amortir inconsciemment le choc.
c) La passion homosexuelle : mordante
Il n’est pas rare de voir les amants homosexuels se mordre entre eux, se dévorer, et désirer se manger : « À un certain moment, à l’acmé de son excitation, le fougueux José eut un rugissement et me mordit rageusement l’épaule gauche. » (Denis Daniel, Mon Théâtre à corps perdu (2006), p. 77) ; « Après je l’ai rejoint dans sa chambre. Alors on s’est dévorés et il n’est plus rien resté. » (Guillaume Dustan, Nicolas Pages (1999), p. 34)
J’ai en mémoire des images très précises de soirées que j’ai passées en boîtes gay, où j’étais spectateur de la dévoration publique de certains couples qui s’exhibaient sur la piste de danse. C’est du mime de cannibalisme, qu’on le veuille ou non.
Parfois, dans les discours, les amants homosexuels se reprochent de ne pas se laisser respirer, que ce soit pendant leur coït que dans leur vie quotidienne. Symboliquement, ils « se bouffent ».
d) Nécrophilie :
Il arrive (et j’espère que c’est très rare !) que certains sujets homosexuels essaient de posséder leur(s) amant(s) au point qu’il(s) en arrivent parfois à voler leur peau et à les tuer : « Aimer, en termes de pulsions, veut dire prendre, utiliser, utiliser veut dire détruire, avaler, et même plus radicalement faire disparaître l’objet utilisé, aimé. » (Catherine Cyssau, Les Dépressions de la vie (2004), p. 151) ; « J’ai frissonné parce que j’ai compris que je connaissais mon père plus longtemps mort que vivant, et que ce n’était pas une bonne nouvelle pour moi, que ça n’augurait rien de bon, il allait falloir que je le déterre et le mange si je ne voulais pas devenir fou. » (Christophe Honoré, Le Livre pour enfants (2005, p. 91) ; « Genet est la mante religieuse qui mange ses mâles. À travers Pompes funèbres, il développe en images magnifiques le désir de manger Jean Decarnin, son amant mort. » (Jean-Paul Sartre, Saint Genet (1952), p. 105) Par exemple, le film « Grimm Love » (2009) de Martin Weisz raconte la véritable histoire d’Armin Meiwes, un Allemand qui tua, mutila et mangea Bernd Jürgen Brandes avec l’accord de celui-ci.
La nécrophilie et l’anthropophagie ne sont pas des actes absents de la communauté LGBT… même s’ils sont niés car ils font une très mauvaise publicité à l’homosexualité, et qu’on s’empresse de les ranger dans le dossier des faits divers scabreux extrêmement isolés. Je vous renvoie aux différentes affaires véridiques de cannibalisme entre amants homosexuels : cf. l’article « Russie : Un jeune cannibale mange un homosexuel » publié le 30 août 2011 dans le Journal Le Point (racontant qu’un jeune Russe âgé de 21 ans a tué son copain de 32 ans, rencontré sur un site homo. Le 19 août, il l’invite chez lui, le poignarde et le découpe en morceaux afin de le manger. Durant une semaine, il cuisine ses restes, en faisant des steaks, des croquettes et du saucisson. L’homme a été arrêté par la police de Mourmansk, dans le nord-ouest de la Russie…) Par ailleurs, je me suis spécialement penché pour écrire ce code sur le cas très récent du beau Jeffrey Dahmer, surnommé « le monstre de Milvaukee », connu pour avoir été un cannibale, homosexuel de surcroît : entre 1978 et 1991, dans l’État du Wisconsin (États-Unis) a tué dix-sept jeunes hommes, qu’il pêchait dans le « milieu gay ». Dahmer est un authentique nécrophile : il voulait à chaque fois coucher avec des hommes inanimés et morts contre lui.
e) Le cannibalisme symbolique :
Fort heureusement, le cannibalisme, s’il ne s’actualise pas systématiquement en dévoration de la chair humaine, se situe avant tout dans l’attitude insistante de convoitise, dans les yeux sales et vicelards qui transforment l’autre en chair fraîche, dans le regard prospectif ou lubrique (on dit bien « bouffer du regard »).

L’individu homosexuel lambda n’a pas toujours conscience qu’il est cannibale (déjà au niveau des fantasmes) car il confond les êtres de chair avec ses êtres de papier. Dans son esprit, la peau est davantage liée à l’image qu’à la peau humaine réelle, comme si l’amant se réduisait à une photo qu’on peut trouer. « Ce matin, j’me sens pas bien, j’ai fait un trou dans ton corps… j’ai fait un trou dans ton corps. » (cf. la chanson « Je n’ai pas de remords » d’Élodie Frégé) C’est la raison pour laquelle le cannibalisme homosexuel doit être compris prioritairement dans son sens symbolique, et non « réellement fantasmé ».
Le cannibalisme, c’est aussi plus symboliquement la schizophrénie (on croit pouvoir devenir ce que l’on mange), l’absence de contrôle des pulsions. Le code du cannibalisme exprime surtout, à mon sens, un manque de liberté. Le goût pour le cannibalisme ne peut se concevoir que dans le cadre des sociétés d’abondance, sociétés où se développent les effets psycho-pathologiques de l’abondance et de l’absence de désir. Une famine plus profonde encore que la simple faim physique.
Écoutez la chronique radio de Philippe Ariño sur le code du "Cannibalisme" à l'émission "Homo Micro" (106.3 FM) en cliquant ICI.