Code n° 20 : Bonbons
(chocolat)

Notice explicative :
Il est très fréquent, quand il s’agit de nourriture dans les œuvres artistiques homosexuelles, que les aliments soient associés non pas aux denrées de première nécessité permettant la survie et l’équilibre biologique du corps humain, mais aux bonbons et au chocolat, ces confiseries qui ne remplissent pas le ventre, représentant la société de consommation individualiste, le désir matérialiste d’être objet, et, très fréquemment dans les créations homosexuelles, la présence-maquillage d’un abus sexuel. En effet, quand un viol fictionnel va avoir lieu, les bonbons sont quelquefois évoqués et servent de paravent au viol. Les confiseries sont une métaphore très appropriée de la violence doucereuse et de la fausse candeur enfantine du désir homo. Et plus particulièrement pour le chocolat, qu’on peut aller jusqu’à associer à l'excrément dans certains cas, il renvoie à la peur d’être unique, à la difficulté d’avoir un corps propre (c’est à dire « non sale » et « à soi »). Régression scatologique sucrée qu’il inspire...
N.B. : Voir également les codes "obèses anorexiques", "mère possessive", "scatologie", et "cannibalisme", dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.

FICTION
Le désir homo est le produit d’un gavage d’images, de discours déréalisants, et d’attentions d’« amour » flattant notre douilletterie. Les personnes homosexuelles incarnent imparfaitement l’imposture de nos sociétés matérialistes : l’illusion d’une surabondance qui ne nourrit pas. La nourriture, loin d’être respectée ou abordée comme un besoin vital, est traitée au contraire sous la forme du jeu, de l’excès, et du gaspillage (à travers les codes des bonbons, et plus particulièrement du chocolat).

a) Les aliments de base sont remplacés par les denrées de la société de consommation telles que les bonbons :
Je vous renvoie au roman Bonbons assortis (2002) de Michel Tremblay, au roman Bonbon très bon (1992) de Fabrice Hybert, à la chanson « Les Bonbons » (1967) de Jacques Brel (chantée avec préciosité, et insinuant une histoire homosexuelle : la version de 1967 raconte l’histoire d’un homme venu apporter des bonbons à sa belle, mais, séduit par son jeune frère, finit par les offrir à ce dernier…), au roman Bonbon Palace (2008) d’Elil Shafak, à la pièce Quand mon cœur bat, je veux que tu l’entendes… (2009) d’Alberto Lombardo, à la pièce Caramel fondu (1954) de Tennessee Williams, au film « Beignets de tomates vertes » (1991) de Jon Avnet, à la pièce Une Cigogne pour trois (2008) de Romuald Jankow, à la pièce Vierge et rebelle (2008) de Camille Broquet, au film « Corazón de Bombón » (2000) d’Álvaro Saenz de Heredia, au film « Cake au sirop de cordom » (2005) de Rémi Lange, au film « Trannymals Go To Court » (2007) de Dylan Vade (avec les gâteaux), au spectacle-cabaret Dietrich Hotel (2008) de Michel Hermon (avec la chanson sur le sucre), à la pièce Karamel (1992) de Christian Giudicelli, au film « Senza Fine » (2008) de Roberto Cuzzillo, etc.
Le sucre occupe une place relativement importante dans les œuvres homosexuelles. Dans le film « Hedwig And The Angry Inch » (2001) de John Cameron Mitchell, le héros se compare à Hansel et Gretel (« J’adore les sucreries, le réglisse et les gâteaux roulés. Hé, papa gâteau ! Hansel a besoin de sucre dans son bol ! »). Dans le film « Suddenly Last Summer » (« Soudain l’été dernier », 1960) de Joseph Mankiewicz, le Dr Cukrowicz (joué par Montgomery Clift) porte un nom de famille qui signifie « sucre ». Marilyn Monroe joue le rôle de Sugar dans le film « Certains l’aiment chaud » (1959) de Billy Wilder. Dans la pièce À plein régime (2008) de François Rimbau, Luc est appelé « Sugar » par Lola. Certains films homo-érotiques ont des titres explicites : le film « Sugar » (2004) de John Palmer, le film « Sugar Sweet » (2001) de Desiree Lim, le film « Buy Strangers With Candy » (2006) de Paul Dinello, etc. Dans le film « Avant la nuit » (2000) de Julián Schnabel, Johnny Depp joue le rôle d’un travesti nommé « Bonbon ».
Le personnage homo se déclare souvent adepte des bonbons : « Il s’empara de la boîte de biscuits mélangés et des caramels à la crème, car il aimait beaucoup les choses sucrées. Il sortait souvent pour acheter des bonbons dans Bond Street pour sa consommation solitaire. » (Stephen, l’héroïne lesbienne du roman Le Puits de solitude (1928) de Marguerite Radclyffe Hall, parlant de son meilleur ami homosexuel Jonathan Brockett, p. 303) ; « Veuillez m’envoyer des boîtes de friandises ; j’aime les caramels à la crème et, naturellement, les biscuits mélangés. » (Jonathan Brockett à Stephen, Idem, p. 351) ; « Nous connaissons tous la capacité de Stephen pour les gâteaux ! » (Mrs Antrim par rapport à Stephen, Idem, p. 65) ; « Voilà là ma seule passion. » (le tailleur homo Eugène Schützinger en parlant des glaces, dans la pièce Casimir et Caroline (2009) d’Ödön von Horváth) ; « Les biscuits Henry’s, par exemple. Ils ne sont pas chers. On m’a dit que ce sont les biscuits préférés de notre élève Khalid. » (le directeur du lycée à Khalid, le héros homo, dans le roman Le Jour du roi (2010) d’Abdellah Taïa, p. 95) Dans le récit poétique Medhi met du rouge à lèvres (2005) de David Dumortier, quand on demande à Medhi (8 ans) ce qu’il voudrait faire plus tard dans la vie, il dit : « Moi, j’aimerais vendre des bonbons ! » Dans le roman Accointances, connaissances, et mouvances (2010) de Denis-Martin Chabot, Ginette, la maman lesbienne de Patrick, sent la « douce odeur de vanille et de chocolat », « adore les sucreries », et « en mange tellement qu’on dirait que l’odeur s’est imprégnée dans ses pores et sa transpiration » (p. 27)
Les bonbons sont décrits comme un chemin d’homosexualité : « C’est pas facile d’être un garçon quand on aime bien les bonbons. » (c. f. la chanson « C’est pas facile d’être un garçon » de Christophe Moulin) ; « C’est bien meilleur que le chocolat, et j’en ai marre de m’empiffrer de toutes ces friandises qui font ressembler mon cul à une barrique ! » (le fils en parlant de la génitalité homo, dans la nouvelle « À l’ombre des bébés » (2010) d’Essobal Lenoir, p. 33) Dans le film « Gogo Reject » (2010) de Michael J. Saul, Daniel Ferguson aspire à quitter son emploi au Yogurt World et réaliser son rêve d’enfance de devenir gogo-dancer. Les bonbons sont même parfois une métaphore de l’amant homosexuel : « Les souvenirs sont des bonbons enveloppés dans du papier brillant qui crissent sous les doigts, bonbons acidulés qui fondent sous la langue. […] Je suce les bonbons un à un, les croque pour que Chloé revienne petit à petit […]. Et puis je les fourre tous dans ma bouche, et ça fait un marron immonde. Tous ces bonbons, c’est trop d’un coup, je manque d’étouffer. » (Cécile dans le roman À ta place (2006), Karine Reysset, p. 15) ; « T’hésitais entre fraise et chocolat… et t’as pris la glace à 4 boules. » (Clothilde, la sœur lesbienne, au héros homo Jean-Luc, dans la pièce Cosmopolitain (2009) de Philippe Nicolitch) Dans le film « Olivia » (1950) de Jacqueline Audry, quand Mademoiselle Julie dit à Olivia qu’elle la rejoindra dans sa chambre, elle utilise la métaphore des bonbons pour faire comprendre discrètement ses sentiments lesbiens : « Je viendrai ce soir vous apporter des bonbons ! » Dans la pièce Des Bobards à maman (2011) de Rémi Deval, Max fait du pied sous la table à son copain Fred à la pizzéria, « surtout au dessert ». Dans le film « Hôtel du Nord » (1938) de Marcel Carné, Adrien, le confiseur, entretient une liaison avec un lieutenant.

Un certain nombre d’icônes gay chantent les sucreries : c. f. « Vive Cada Día » de Marta Sánchez (« La vie est comme un bonbon. »), « Les Sucettes » de France Gall (avec une allusion énorme à la fellation : pauvre France…), « Gourmandises » d’Alizée, « Banana split » de Lio, « Parole, Parole » de Dalida (« Caramels, bonbons et chocolats… »), « Candyman » du groupe Aqua, l’album Hard Candy de Madonna, « Les Bêtises » de Sabine Paturel, « Candy » de Mandy Moore, etc. Parmi elles, certaines racontent de manière grivoise mais très claire des histoires d’inceste, de pédophilie, de mensonge, ou de viol. Les bonbons sont les symboles de l’artifice violent.

En général, dans les fictions traitant d’homosexualité, les bonbons sont les instruments ET le masque du viol. Par exemple, ils rappellent la guerre et les bombardements dans le film « Hedwig And The Angry Inch » (2001) de John Cameron Mitchell : au milieu des décombres d’une ville détruite, Hedwig fait la rencontre d’un officier américain noir, le sergent Luther Robinson, qui lui propose un paquet de bonbons, avec des nounours multicolores à l’intérieur. Dans le film « Strella » (2009) de Panos H. Koutras, à chaque fois que les biscuits apéro Curly sont ouverts, c’est qu’il va y avoir une scène d’amour incestueux entre le trans Strella et son père. Dans le film « Gasoline » (2001) de Monica Stambrini, une fois que le matricide a été perpétré par le couple de lesbiennes, le sang se mélange au sucre en poudre renversé au sol dans le restaurant du motel : Lenni goûte d’ailleurs à la mixture entre le sang de sa mère et le sucre, comme pour corroborer le lien entre bonbons et inceste. Dans le film « Mignon à croquer » (1999) de Lionel Baier, une maîtresse empoisonne ses élèves avec des bonbons. Dans le film « Mysterious Skin » (2004) de Gregg Araki, l’histoire débute justement par une pluie multicolore de céréales de petit déjeuner, symbolisant le viol pédophile à venir. Dans la comédie musicale Sauna (2011) de Nicolas Guilleminot, sont proposés aux clients du sauna des cupcakes et des biscuits : les gâteaux sont à l’image des relations consuméristes et matérialistes qui se vivent dans le lieu. Dans le téléfilm « Marie Besnard, l’empoisonneuse » (2006) de Christian Faure, Marie Besnard use des bonbons au commissariat pour faire taire un témoin compromettant. Les bonbons maintiennent en enfance, infantilisent et anesthésient : « Eh, tu te souviens ? Ta maman, elle nous donnait toujours des bonbons après le thé. J’aimerais bien venir chez toi. » (Dick à Max, pour la dernière phrase de la pièce Penetrator (2009) d’Anthony Neilson) ; « La petite fille se jette aux pieds du président et le prie de me canoniser, prise d’une vraie crise d’hystérie. […] Nous essayons de la calmer en lui offrant des bonbons. » (la voix narrative dans le roman L’Uruguayen (1972) de Copi, p. 49) ; « Michael est amoureux de Pierre et lui apporte des bouquets de marihuana et des bonbons de haschich. » (la voix narrative dans le roman Le Bal des folles (1977) de Copi, p. 67) C’est pour cela que les confiseries sont souvent données par une mère symbolique possessive et incestueuse, celle-ci pouvant être d’ailleurs tout simplement l’amant homosexuel : « Regarde, je t’ai apporté des bonbons au cassis comme tu les aimes. » (Mme Garbo à sa très jeune amante/élève Irina, dans la pièce L’Homosexuel ou la difficulté de s’exprimer (1971) de Copi) Dans la nouvelle « La Servante » (1978) de Copi, la servante remplit de sucreries le sac de son « fils » le rat (p. 74).
b) Le chocolat est très apprécié du personnage homosexuel :

C’est le cas dans le film « Better Than Chocolate » (2004) d’Anne Wheeler, le roman La Petite chocolatière (1932) de Marc Allégret, le film « Chocolate Babies » (1996) de Stephen Winter, le film « Je préfère qu’on reste amis » (2005) d’Éric Toledano et Olivier Nakache, le film « Pain au chocolat » (1998) de Didier Blasco, la pièce L’Ombre de Venceslao (1978) de Copi (avec les chocolats à la confiture de lait que Largui apporte à Mechita), le film « Chocolat » (1988) de Claire Denis, le film « Fraise et chocolat » (1993) de Tomás Gutiérrez Alea, le roman Chocolat chaud (1998) d’O. Rachid, « L’Attaque de la moussaka géante » (1999) de P. H. Koutras, le film « Abrazos Rotos » (« Étreintes brisées » (2009) de Pedro Almodóvar), le film « Le Temps qui reste » (2005) de François Ozon, la pièce Ma Double vie (2009) de Stéphane Mitchell, le roman N’Oubliez pas de vivre (2004) de Thibaut de Saint Pol (le chocolat est le péché mignon du héros), le roman La Cité des rats (1979) de Copi (avec « les racines de la forêt qui avaient le goût du chocolat », p. 129), le film « Another Gay Movie » (2006) de Todd Stephens, le film « Boy Culture » (2007) de Q. Allan Brocka, le film « Un Amour de Swann » (1983) de Volker Schlöndorff, le film « La Cage aux folles II » (1981) d’Édouard Molinaro, le film « Mon Fils à moi » (2006) de Martial Fougeron, la pièce Nietzsche, Wagner, et autres cruautés (2008) de Gilles Tourman, le spectacle Madame H raconte la saga des transpédégouines (2007) de Madame H, la pièce Hétéropause (2007) d’Hervé Caffin et Maria Ducceschi (l’amant homosexuel est comparé à une glace au chocolat), la pièce Le Jardin des dindes (2008) de Jean-Philippe Set, le roman El Anarquista Desnudo (1979) de Luis Fernández, la pièce Chroniques d’un homo ordinaire (2008) de Yann Galodé (avec la charlotte au chocolat), le roman Les Clochards célestes (1963) de Jack Kerouac (avec le pudding au chocolat), le film « Le Faucon maltais » (1941) de John Huston, le film « Pain et chocolat » (1973) de Franco Brusati, la chanson « Colas » de Martin Dages, la pièce Angels In America (2008) de Tony Kushner, le spectacle de SweetLipsMesss à la scène ouverte Côté filles (2009) au 3e Festigay de Paris, le film « Enfances » (2007) de Yann Le Gal (sur Alfred Hitchcock, avec la religieuse au chocolat), le film « Some Prefer Cake » de Heidi Arnesen, etc.
Concernant les fictions homo-érotiques, le slogan publicitaire classique « Dites-le avec des fleurs » mériterait d’être remplacé par « Dites-le avec du chocolat » ! « As-tu bien reçu le chocolat ? » (Steven à Phillip dans le film « I love you Phillip Morris » (2009) de Glenne Ficarra et John Requa) Dans « Le Placard » (2001) de Francis Veber, le personnage homophobe, Félix Santini (Gérard Depardieu), pour plaire à François Pignon qu’il croit homosexuel, fonce lui acheter un pull rose, et… des chocolats à la Maison du Chocolat ! Dans les pharmacies de Charles Trénet, « on veut du nougat et du chocolat » (c. f. la chanson « Les Pharmacies »). Loïc, le héros homo du film « Garçon stupide » (2003) de Lionel Baier, travaille dans une usine qui fabrique des tablettes de chocolat. Dans le film « Plutôt d’accord » (2004) de Christophe et Stéphane Botti, Jérémy, le héros, arrête les gens dans la rue pour faire passer des tests de dégustation de gâteaux au chocolat : c’est à cette occasion qu’il trouvera « l’homme de sa vie ».
Chez certains personnages homos, c’est même carrément le chocolat qui remplace l’Amour ou l’être aimé ! « Je vous embrasse, Isabelle, entre deux biberons de chocolat. » (Marianne à Isabelle, la femme mariée accaparée par ses enfants, dans l’intermède joué au concert d’Oshen à L’Européen de Paris, le 6 juin 2011) ; « Elle a une passion pour les chocolats. » (Mégane à propos de Tante Rose dans la pièce Baby Doll (1956) d’Ellia Kazan) ; « Oh, mais regarde ce que j’ai trouvé dans le frigidaire ! Une mousse au chocolat ! » (Jean dans la pièce La Tour de la Défense (1974) de Copi, p. 133) ; « Oh, merci, c’est bon le chocolat. » (Daphnée, Idem, p. 136) ; « Mme Pignou s’arrêta, extasiée, devant la vitrine des œufs de Pâques à l’angle de la rue Henri-Monnier et de la rue Victor-Massé. Elle n’avait pas mangé depuis une semaine, non pas par manque de pain, certes, mais par gourmandise. » (c. f. la nouvelle « Madame Pignou » (1978) de Copi, p. 45) ; « Un peu d’eau… et du chocolat. » (Francis l’homosexuel de la pièce Hors-piste aux Maldives (2011) d’Éric Delcourt, jouant avec l’expression française « vivre d’amour et d’eau fraîche ») Dans le roman La Synthèse du camphre (2010) d’Arthur Dreyfus, Ernest, le héros homosexuel, fait des pubs pour le chocolat sur Youtube, et Chris, son copain virtuel, le trouve très « sexy » dessus.
Le chocolat est parfois présenté comme une denrée sacrée : « Je sors de mon sac un paquet de Kit Kat Balls et dévore une à une les boules chocolatées comme si j’égrenais un chapelet. » (Cécile dans le roman À ta place (2006) de Karine Reysset, p. 38) Certains personnages homosexuels vouent un culte au dieu Chocolat : « Le chocolat charmait sa fantaisie. » (Nicolas Bernardini, L’Encre (2003), p. 20) ; « Cyril a toujours eu un penchant prononcé pour la saveur du cacao. » (Thibaut de Saint Pol, Pavillon noir (2007), p. 28) ; « Parties aussi les tablettes de chocolat qu’il cachait depuis des lustres dans les différents tiroirs de sa commode, au cas où il aurait eu un petit creux au milieu de la nuit. » (Jean-Marc à propos de son amant Mathieu, dans le roman Le Cœur éclaté (1989) de Michel Tremblay, p. 17) ; « Quand Thomas m’avait proposé que nous quittions la table, lui et moi, pour nous rendre à la plage, j’avais refusé. Je voulais du dessert. Je n’avais pas patienté jusque-là pour me priver du seul plaisir qui alors m’importait : les charlottes au chocolat. » (Lucas dans le roman Son Frère (2001) de Philippe Besson, p. 67) Dans le roman L’Hystéricon (2010) de Christophe Bigot, on a droit à une longue description de Jason, le héros homo, dessinant avec sa cuillère un quadrillage sur son reste de mousse au chocolat laissé à la surface de sa soucoupe (p. 33) ; plus tard, sa fascination pour le chocolat est rappelée : « Depuis que Jason était petit, il fallait qu’il trempe son museau entier dans le bol, pour ne pas perdre une goutte de chocolat chaud. Contraste détonnant avec sa recherche habituelle d’élégance. » (p. 461)
Dans certaines œuvres homos, le chocolat est l’équivalent de la pomme du jardin d’Éden : le symbole de désobéissance suprême, du péché d’homosexualité. Un crime de lèse majesté qui sera pourtant relativisé : « Je me suis assise et j’ai commandé une grande part de gâteau au chocolat à une serveuse fatiguée. En le voyant, j’ai pensé à tout ce qu’il contenait de non casher. […] J’ai vu une assiette remplie de choses mortes, pourries, impures. Des choses dont les rabbins nous disent qu’elles endurcissent notre cœur et font qu’il nous est plus difficile d’entendre la voix de Dieu. J’ai pris une bouchée de gâteau. Il était sec, gras à l’intérieur. Je l’ai mangé, malgré tout. Bouchée après bouchée. » (Ronit la lesbienne juive du roman La Désobéissance (2006) de Naomi Alderman, p. 149)
Même si le chocolat est sacralisé au départ, arrive vite l’overdose ou l’addiction : « Le fils […] était gourmand et ingurgitait de bonnes bouffées de chocolat noir aux noisettes et autres fournées de choux à la crème. » (c. f. la nouvelle « À l’ombre des bébés » (2010) d’Essobal Lenoir, p. 33) ; « J’avais bien vu que t’étais là. Les 3 maxi pots de Nutella ont disparu en quelques jours. » (Janis à Nina l’héroïne lesbienne dans la pièce Le Gang des potiches (2010) de Karine Dubernet) ; « Je ne vais pas me nourrir exclusivement de marrons glacés ! » (Cyrille dans la pièce Une Visite inopportune (1988) de Copi ; finalement, il ne veut plus du dîner de l’hôpital et revient sur sa décision : « Donnez-moi les marrons glacés ! ») ; « Overdose de ‘Banania’ peut-être ? » (Simone à Janine, dans la pièce Burlingue (2008) de Gérard Levoyer) Dans la pièce Frères du bled (2010) de Christophe Botti, Jasmine réclame sa tartine de Nutella. Dans le film « Ma Vraie vie à Rouen » (2002) d’Olivier Ducastel et Jacques Martineau, la grand-mère d’Étienne, le protagoniste homo, lui a fait manger des crottes en chocolat et des dragées quand il était petit, au point de le rendre malade.
En plus de renvoyer au plaisir des papilles et à la gourmandise, le chocolat, tout comme les bonbons, sont des moyens de séduire, de corrompre, de manipuler et de violer : « Je sais que vous aimez le cacao sucré, c’est pourquoi j’ai mis quatre morceaux de sucre. » (Puddle à l’héroïne lesbienne Stephen, dans le roman Le Puits de solitude (1928) de Marguerite Radclyffe Hall, p. 204) ; « Stephen essayait de séduire Collins en lui offrant des boules de menthe et des pastilles de chocolat. » (Idem, p. 38) ; « Un bébé arriva en marchant à quatre pattes de derrière le comptoir, il était dans un état de saleté indescriptible, couvert de chocolat jusqu’aux cheveux. C’était une petite fille. Elle se traîna jusqu’à Mme Pignou et s’accrocha à sa jupe, la salissant de chocolat. La boulangère se précipita sur elle, la giflant de chocolat. ‘Nadia, Nadia’, criait-elle, ‘tu vas arrêter d’embêter la dame ?’ » (c. f. la nouvelle « Madame Pignou » (1978) de Copi, p. 49) ; « Les curieux commencent à s’agglomérer dans la boulangerie, je profite pour voler un pain au chocolat et m’éclipser. » (la voix narrative du roman Le Bal des folles (1977) de Copi, p. 91) Je pense en particulier aux chocolats empoisonnés de la mante religieuse du roman Bestiario (1951) de Julio Cortázar, à la forêt noire de l’inceste partagée entre un père et son fils homo dans la pièce Happy Birthday Daddy (2007) de Christophe Averlan, à la drague mensongère des internautes qui fantasment l’un sur l’autre de manière obscène dans le roman La Synthèse du camphre (2010) d’Arthur Dreyfus (« Je t’imagine devant le Panthéon en train de lécher une glace au Nutella […] » écrit Chris à Ernest, p. 55). Dans la comédie musicale Sauna (2011) de Nicolas Guilleminot, le « Banana split » est le nom donné à une des catégories de sexe anatomique mâle dont on nous offre tout une typologie « scientifique ».
Le chocolat renvoie plus trivialement aux excréments et aux délires scatologiques de certains créateurs homosexuels (c. f. le film « Salò ou les 120 jours de Sodome » (1975) de Pier Paolo Pasolini) : « Sers-le-nous [le Rat] avec une sauce que tu feras avec ton urine et les excréments battus à la neige ! » (la Reine à la Princesse dans la pièce La Pyramide ! (1975) de Copi) ; « Ses lèvres – je veux dire son anus – [étaient] semblables à un beignet au chocolat » (c. f. la description de Majid dans la nouvelle « Mémoires d’un chiotte public » (2010) d’Essobal Lenoir, p. 83) Dans la pièce Comme ils disent (2008) de Christophe Dauphin et Pascal Rocher, la mousse au chocolat de David est comparée à un saladier plein de merde.
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PARFOIS RÉALITÉ
La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :
Certaines personnes homosexuelles connues avouent leur faible pour les sucreries : Félix Gonzalez-Torres, Andy Warhol (qui collectionne les pots de confiseries), John Cameron Mitchell, le Général Kuno Von Moltke, Salvador Dalí (il fait des publicités pour les chocolats Lanvin), etc. D’ailleurs, quelques-unes se définissent elles-mêmes comme des bonbons : par exemple, les Caramels fous de Michel Heim forment la troupe de comédie musicale homosexuelle la plus nombreuse de France. La pièce d’Ivane Daoudi, La Star des oublis, que j’ai vu jouer à Avignon en juillet 2009, et dont la thématique est particulièrement lesbienne, est interprétée par la Compagnie de la Femme Chocolat.
Le cas de Félix Gonzalez-Torres est intéressant. Cet artiste américain d’origine cubaine offre des bonbons aux visiteurs de ses expos. Il invite les spectateurs à se servir, c’est-à-dire à amaigrir les piles de bonbons définies par leur poids – y compris dans les contrats de vente à des collectionneurs – et compare l’amant à un bonbon à consommer : « Je vous donne une petite chose sucrée. Vous la glissez dans votre bouche et vous sucez le corps de quelqu’un d’autre. […] J’ai mis quelque chose de sucré dans la bouche de quelqu’un et je trouve ça très sexy. »

D’autres auteurs associent leur amoureux à la consommation acidulée d’un bonbon ou d’une glace : « Julien veut savoir si je mange encore de la glace au cassis, dont nous barbouillons nos baisers. » (Pascal Sevran, Le Privilège des jonquilles, Journal IV (2006), p. 84) Je vous renvoie également à l’article « L’homosexualité, c’est comme aimer le chocolat… » écrit par Marie-Christine, la maman d’un garçon homo, sur www.networkedblogs.com (publié le jeudi 4 février 2010).
Saint Thomas d’Aquin, à son époque (XIIIe siècle), avait été bien inspiré d’associer les actes homosexuels à la gourmandise. Car en effet, on voit et on entend chez la majorité des personnes homosexuelles actuelles ce désir de gober l’amant comme un bonbon, de l’absorber par amour. Un jour (c’était en début 2011), un de mes amis homosexuels m’a sorti pour rigoler cette phrase culte : « Pour l’instant, un homme ne m’a pas apporté autant que le chocolat ! » Et je trouve cette tirade très révélatrice, non pas de la place du chocolat et des bonbons dans la vie des individus homosexuels (gare à celui qui tirerait de mon étude une ânerie pareille, ou qui me ferait dire que je pense que tous les homos seraient « chocolâtres » !), mais de la prévalence de la consommation et de la futilité dans beaucoup de relations amoureuses homosexuelles.
Parfois, les bonbons et le chocolat sont le symbole de la focalisation du personnage homosexuel et des personnes homosexuelles réelles sur la génitalité plutôt que sur l’amour : je pense par exemple aux chocolats en forme de bite dans la pièce La Mort vous remercie d’avoir choisi sa compagnie (2010) de Philippe Cassand, aux cookies-chocolat en forme de vagin concoctés par Betty dans la pièce Betty Speaks (2009) de Louis de Ville, aux bites en chocolat de la Comtesse Conule de la Tronchade dans la pièce La Fesse cachée (2011) de Jérémy Patinier… et bien sûr à la boulangerie parisienne de la rue Sainte-Croix de la Bretonnerie, dans le quartier du Marais, qui confectionne des viennoiseries en forme de sexe masculin. Sur le coup, cela peut prêter à rire, bien sûr. Mais dans d’autres contextes, et sur la durée, la référence réitérée des friandises renvoie plus souvent qu’on n’imagine au discours de l’obsédé du sexe : « J’ai eu le prix Nobel de la sucette. » (Luisito dans l’autobiographie Folies-fantômes (1997) d’Alfredo Arias, p. 227) Elle se rapporte aussi au viol. Le lien de coïncidence entre bonbons-homosexualité-viol, ou bien entre chocolat et scatologie est suggéré dans l’essai L’Enfant voleur (1966) de Jean-Pierre Lausel : « L’on fera peut-être sourire en évoquant la ressemblance du chocolat et du contenu intestinal…, mais tout paraît puéril dans ce monde symbolique dont les enfants, à l’égal des poètes, ont une connaissance intuitive et familière. » (pp. 93-94) Plus gravement, les bonbons figurent l’éloignement du Réel, une lente déshumanisation qui paraît pourtant magique : « J’ai tellement insisté [pour aller voir le spectacle de magie de Fou Man Chou] que ma grand-mère a dû enfiler sa robe à volants, ses mitaines de dentelle, son petit chapeau et ses chaussures à talons. Nous avons pris le train. Pour moi, c’était comme si nous étions partis pour toujours. Légers, sans valise, à la gare centrale. Elle m’a acheté des bonbons. Comme ça, la panoplie nécessaire aux rêves était complète. » (Alfredo Arias, Folies-fantômes (1997), p. 150)
