Je crois qu'on aime vraiment l'autre quand on l'aime dans les moments où il pourrait nous faire vraiment honte.
Toute personne homosexuelle a un Valmont et une Merteuil dans sa famille.
Je n'ai pas besoin qu'on soit du même avis que moi pour être pleinement heureux, mais juste que mon avis différent soit entendu, compris, considéré... et qu'ensuite, la personne en face place son positionnement "plutôt contre/pour" concernant mon avis bien après ma personne, notre relation. Ce ne sont pas en soi les différences qui posent problème, mais bien le fait qu'on ne puisse pas les partager.
L'amour est une PERSONNE avant d'être une orientation sexuelle ou la catégorie de personnes que cette orientation désigne. J'en suis de plus en plus convaincu. Ceci dit, ce n'est pas parce que j'insiste sur cette priorité que je soutiens que, en matière d'amour vrai, peu importe le sexe de la personne aimée à partir du moment où il s'agirait d'amour, d'une rencontre, et d'une personne. Pour moi, les corps et la nature sexuée des amants ont aussi leur importance. Même si la Personne a à être première, il est important de prendre en compte la présence et surtout le respect de la différence des sexes au sein du couple, car cette différence des sexes est un mystère et un trésor donné à l'Humanité qui n'a pas fini de nous dévoiler ses richesses. Un couple incluant la différence des sexes ne donne pas les mêmes fruits qu'un couple la rejetant... et je ne pense pas d'abord aux enfants ; je parle avant tout des fruits de joie, de paix, de durée. C'est pourquoi je suis bien loin d'une pensée relativiste et asexualisante (on pourrait dire "queer") sur la sexualité et l'amour en mettant en avant le fait que la Personne prime sur les étiquettes d' "homos", d' "hétéros", de "bis".
Pendant l’été 2002, alors que je venais de faire mon coming out à mes parents et que j’apprenais à découvrir le « milieu homosexuel » à travers les associations, les établissements gay friendly, et Internet, j’avais décidé de partir à la rencontre de mes amis internautes de Caramail en faisant un petit Tour de France, parfois en stop, parfois en train, entre Paris, Orléans, Montpellier, et Marseille. La dernière étape de mon parcours était Marseille. Le « carapote » que je devais voir n’avait pas de quoi me loger. Me retrouvant à la rue, j’ai donc pris sur moi pour aller sonner au couvent des frères dominicains de Marseille, car mon grand-frère fait partie de l’ordre, et donc j’espérais que mon lien de parenté avec ma « presque-belle-famille » et l’hospitalité chrétienne me serviraient de passeport… ce qui fut en effet le cas ! Le frère Jean, un type super, m’a accueilli chaleureusement au portail et m’a laissé une chambre sans me demander aucune explication ni argent. En toute gratuité (…bref, en clair, le frère Jean est un homme de Dieu !) Comme il m’avait en plus laissé les clés de cette oasis spirituelle en plein cœur de la cité grouillante, je pouvais sortir à loisir le soir dans les bars homos marseillais et revenir à l’heure que je voulais : le pied ! Un midi, les six frères dominicains qui résidaient à cette période dans le couvent m’ont gracieusement offert le repas. Comme je ne pouvais pas donner la vraie raison de ma mystérieuse présence, et que les religieux qui m’entouraient n’osaient pas, par pudeur ou par indifférence, me la demander, ils ont commencé à me poser tout un tas de questions inintéressantes sur la pluie et le beau temps : quels sont les coins de ma région natale choletaise et angevine intéressants à visiter ? quels sont les plats typiques à déguster là-bas et quelle est l’histoire de la Vendée et du Maine-et-Loire ? quels sont les intellectuels espagnols que j’ai lus ? etc. etc. Les références qu’ils me citaient m’étaient inconnues. Je n’étais pas, je le voyais bien, à la hauteur de l’érudition qu’ils attendaient de moi. En plus, je n’ai jamais eu l’esprit très pratique ; pour me repérer géographiquement dans l’espace, par exemple, mémoriser le nom des rues, les marques de voitures ou de fringues, ou bien pour retenir des anecdotes historiques précises de sujets qui ne m’intéressent pas, j’ai toujours été une bille… J’avais envie de leur répondre qu’à part la marque du dernier vernis à ongles d’Alizée, je ne connaissais pas grand chose… Je sais juste que Dieu est amour pour tous les Hommes, et que je suis aimé spécialement par Lui : ça me suffit pour vivre heureux ;-). Comme les dominicains sont un ordre prêcheur et intellectuel, certains frères aiment étaler leur science et vous démontrer qu’ils connaissent mieux votre vie (qui est censée pourtant leur être étrangère) que vous-même, pour gagner la joute verbale, pour vous transformer en imbécile, et ne pas vous écouter. C’est exactement ce qui s’est passé avec le jeune frère asiatique Patrick Nguyen qui, en me voyant aussi peu affable sur le cours de la maugette (= le haricot blanc de la Vendée) et le classement des ventes de Coteaux du Layon en France, m’a demandé devant tout le monde si je comptais un jour publier mes mémoires. J’avais déjà songé à l’écriture d’un livre après la rédaction de mes travaux universitaires, mais je me suis bien gardé de le dire et de dévoiler que je venais à Marseille pour sortir dans les établissements gay, rencontrer des internautes homosexuels, et nourrir ma réflexion sur le « milieu homo ». C’est alors que ce gentil ecclésiastique, fier de son cerveau, sûr de ses bons mots et de sa supériorité intellectuelle, a rajouté : « Quel nom pourrions-nous leur donner, à tes mémoires ?… Ah oui ! Je sais ! Et si on les appelait Memorias de un Burro ? » (traduction de l’espagnol : « Mémoires d’un Âne ») Sa question acerbe ne demandait pas de réponse. Un seul des frères l’a entendue, comprise, et s’est montré choqué par la méchanceté gratuite de son confrère. Les autres n’ont pas relevé. Sur le coup, il m’a fallu dix bonnes secondes pour comprendre que je venais de me faire « casser » sévère… donc c’était trop tard pour répliquer. Je m’en suis voulu, après-coup, de ne pas avoir répondu du tac o tac, et d’avoir laissé ce cher frère Patrick Nguyen dans une arrogance que j’ai malheureusement observée chez un certain nombre de frères dominicains (arrogance qui me semble d’autant plus inacceptable qu’elle vient de personnes qui ont pour vocation première l’écoute et l’humilité). Mais avec quelques années de recul, aussi bizarre que cela puisse paraître, cette histoire me plait énormément, et arrive même à me faire rire. Je me dis que si un jour, dans 50 ans, j’avais à écrire ma vie (chose qui semble peu probable… en tout cas difficile à dire du bas de mes 30 ans), ou si un essayiste avait l’idée de se pencher un jour sur ma vie pour en faire une biographie, le titre choisi par ce frère dominicain serait parfait. Car c’est tout à fait ça ! Je suis un véritable âne, dans tous les sens du terme ! Têtu comme un Aragonais, inculte comme un teen-ager, incapable comme un mec homo ! Tu avais raison, Patrick.
Ce qu'on a du mal à comprendre (...et pourtant, les faits homophobes viennent sans cesse le rappeler), c'est que le désir homosexuel est par nature homophobe. Il est à la fois pour et contre lui-même car il est le signe d'une idolâtrie. Quand la société aura compris cela, elle fera un très grand pas vers la compréhension de l'homosexualité ! Quand elle verra que l'homophobie n'est pas seulement, comme on se rassure de le penser, un refoulement de son désir homosexuel, mais aussi et surtout une acceptation sans limite et irréfléchie du désir homosexuel, elle ne sera même plus tentée de l'appeler "désir". Le désir homosexuel est plus un refoulement du Désir que réellement un désir. Les personnes homophobes se trouvent autant chez les personnes qui refoulent leur homosexualité que du côté des individus qui disent "assumer totalement et fièrement leur homosexualité" pour ne pas avoir à se remettre en cause.
L'amour est toujours simple et pacifiant (... même s'il n'est pas confortable). S'il devient bizarre ou compliqué, c'est qu'au fond il n'est pas là, et que nous nous imposons de le voir là où il n'est pas exactement : dans la folie, la passion destructrice, la tyrannie, la magie. L'amour ne fait jamais souffrir.
Mon livre traite des liens entre désir homosexuel et viol. Cela peut choquer si on en reste à la définition sociale du mot "viol". Mais en réalité, elle est plus vaste. Par "désir de viol", je n’entends pas seulement le désir de posséder quelqu’un sexuellement ou d’être possédé sexuellement, mais aussi le désir d’être objet ou fétiche sacré, d’être double, d’être quelqu’un d’autre, d’être une moitié d’Homme, d’être Dieu, d’aimer d’un amour fou.
Le machisme est le déni de ses limites humaines et de ses faiblesses. Pour cette raison, même une femme peut être machiste ; et un homme peut ne pas être machiste.
Être bourgeois, c’est tout simplement désirer être objet, se comporter violemment, devenir haineux et misanthrope. Ça n’a pas de lien direct avec la quantité d’argent possédé. Tant de gens aujourd’hui, parce qu’intentionnellement ils se disent "de gauche", anti-matérialistes, anti-société de consommation, pro-pauvres, mais qu’en actes et en paroles ils défendent leurs "bonnes" intentions haineusement, deviennent bourgeois à leur manière, sans même s’en rendre compte !
Le plus gros défaut/malheur de l’Homme bobo, c’est qu’il met tout en œuvre pour montrer qu’il ne désire pas et qu'il est sa propre origine. Selon lui, tous les événements de son existence et toutes ses actions (si tant est qu’il agit…) doivent se faire sans qu’il l’ait décidé, par « coup de foudre », « coup de tête », « à l’improviste » (en fait, selon SON improviste à lui…). Rien ne doit être programmé, durable, couronné par la volonté et l’espérance. Il veut montrer à tout le monde qu’il n’aime qu’en pointillé, que l’amour s’impose à lui, car aimer, pour lui, c’est la honte et la soumission suprêmes. Il adopte une conception totalitaire de l’amour, même s’il l’affiche de manière molle, faussement détachée.
Je ne suis pas d'accord pour qu'on dise que les personnes homosexuelles ne PEUVENT pas être de bons parents. Ce n’est pas en termes de "capacité", de "possibilité" qu'il faut voir la chose, mais d'idéal : d'une part, tout ce qui est possible n'est pas forcément idéal ; et d'autre part, il est intellectuellement tout à fait envisageable qu'un enfant grandisse avec plus d'amour dans une famille monoparentale ou homoparentale que dans une famille intégrant la différence des sexes. La présence de la différence des sexes dans un couple est importante mais ne suffit pas à elle seule pour décréter que l'unique forme de famille possible pour accueillir un enfant est le couple femme-homme. C'est l'expérience aimante et joyeuse de la différence des sexes qui est idéale. Pas la différence des sexes seule. C'est pourquoi je dirais que le couple homosexuel n'est pas idéal pour l'accueil d'un enfant, même si dans les faits, il PEUT très bien le faire. Je ne dis pas que les couples homosexuels ne sont pas capables d'élever correctement des enfants. C’est qu’ils ne « doivent pas forcément, dans l’idéal ». Ce n'est pas pareil. Pour être un bon parent, cela ne dépend pas que de l’individu ou du couple : cela dépend aussi de la structure conjugale où cet individu s'inscrit, et des bienfaits non-négligeables du respect de la différence des sexes.
Je me trouvais au Forum du Livre de Nice en juillet 2004. J’avais déjà bien avancé dans la rédaction de mon livre, et, comme j’étais obligé de venir passer le concours du Capès dans cette ville du sud, j’ai eu la chance d’assister à une conférence-débat passionnante sur le thème « Est-on dépendant de la culture que l’on a reçue ? » lors de ce meeting littéraire. Ça prenait un peu l’allure d’un causerie populaire improvisée, où chaque participant pouvait prendre la parole quand l’animatrice la leur donnait. Le mariage de Bègles était encore présent dans toutes les mémoires, et le débat s’est donc peu à peu orienté vers le sujet de l’homosexualité. Et là, alors que tout le monde restait très courtois et politiquement correct à propos des personnes homosexuelles, un type de 70 balais a déboulé en pleine assistance pour hurler très fort : « De toute façon, ils ont tous été violés quand ils avaient 10 ans… ! ». L’ensemble des gens qui étaient là se sont alors insurgés à l’unisson contre le vieux pirate qui est clairement passé pour un fou. Le tollé général qu’il a soulevé était génial à observer. Personne n’a cherché à savoir si ce qu’il disait avait du sens, contenait un substrat de vérité. Non, tous se sont mis à le huer et à le traiter de tous les noms, avant de passer à un autre sujet. Moi, intérieurement, je me marrais. J’avais envie d’hurler l’aveuglement social concernant le désir homosexuel, et en même temps, je ne pouvais rire qu’intérieurement de ce monsieur qui causalisait trop vulgairement un lien entre viol et désir homosexuel pour espérer être entendu et ne pas mettre les pieds dans le plat. Pris en sandwich entre deux camps aussi homophobes l’un que l’autre, j’ai préféré m’écraser… pour préparer, quelques années plus tard, ma réponse…
À ceux qui me regarderont avec des yeux outrés, qui pousseront des hauts cris, qui me traiteront de « dangereux homophobe » parce que j’ai osé dans mon livre faire le parallèle entre désir homosexuel et viol, j’ai envie de répondre : « Vous voulez que je vous rembobine la cassette ou quoi ? que je vous repasse toutes les conversations que j’ai eues personnellement avec mes amis homosexuels qui m’ont avoué qu’ils ont été violés quand ils étaient adolescents, pour que vous me croyiez ? ». Me demander de me taire à propos de ce que j’ai entendu en trop grand nombre dans la communauté homosexuelle, c’est faire insulte à toutes ces personnes-là qui m’ont ouvert leur cœur, qui ne m’ont pas menti, même s’il est évident qu’on ne peut pas faire de ces témoignages une généralité sur les homos (moi-même, je suis la preuve vivante que toutes les personnes homosexuelles n’ont pas été violées quand elles étaient petites).
PARDON, S’IL TE PLAÎT, MERCI : les 3 mots de l’Homme aimant.
Le plus important dans mon livre n’est pas tant la description du lien entre le viol (ou plutôt le fantasme de viol) et le désir homosexuel que la distinction que je fais entre le couple hétérosexuel et le couple femme-homme aimant non-hétérosexuel. Je me permets d’insister sur ce point car il est capital. Il faut bien comprendre que dans ma bouche, le terme d’hétérosexualité est extrêmement négatif. Le couple hétérosexuel est aussi irréel et violent que le couple homosexuel, et il n’y a pas lieu de faire du couple homosexuel et du couple hétérosexuel des opposés : je me bats pour qu’on les reconnaisse comme des jumeaux fantasmatiques. Après avoir compris cela, mon discours sur l’homosexualité vous paraîtra beaucoup plus aimant et intelligible.
Quoi qu’il t’arrive dans la vie, tu es LIBRE ! (…et parce que tu es libre, tu es possiblement et potentiellement capable de mal agir et de mal désirer – et cette liberté-là, tu dois la reconnaître et la revendiquer sans révolte –, mais aussi de bien agir et d’aimer vraiment – ce qui est mieux pour faire une expérience vraiment heureuse de ta liberté).
Pendant l’été 2002, je suis allé à un week-end aux bords de la mer – à Préfailles, plus exactement – organisé par l’association gay Tonic’s. Réservé exclusivement aux hommes gay ! Nous étions une cinquantaine dans un grand gîte. L’ambiance était donc forcément propice à l’ennui et au baisodrome… Ça ne m’a pas empêché d’y venir : j’étais entouré de ma bande d’amis, et nous étions la vitrine de jeunes beaux garçons encore inaccessibles. Parmi les participants, il y avait un homme d’une soixantaine d’années, assez isolé. Je me suis donc mis en face de lui pour le premier repas, et ai entamé la conversation. Il s’appelait Jacques. Nous avons discuté un petit moment tous les deux. Nous partagions un point commun : la foi catholique. Mais lui me confiait, un peu angoissé, qu’il souffrait d’un écartèlement entre ses convictions religieuses et ses pulsions, entre ses idéaux profonds et une sexualité qu’il qualifiait lui-même de « compulsive ». C’était un homme très crispé dans sa manière de s’exprimer, qui souriait difficilement. Quelques mois après notre courte entrevue, j’ai appris que Jacques était mort. Il a été retrouvé assassiné chez lui, dans son appartement à Angers. La nouvelle de sa mort, évidemment, m’a fait froid dans le dos… mais c’est le vent de panique qui a soufflé dans le « milieu homosexuel » angevin que j’ai trouvé risible et instructif. J’ai appris beaucoup sur ce qu’est la réelle homophobie à ce moment-là. En effet, au départ, comme personne ne connaissait le fin mot de l’enquête, toutes les hypothèses, même les plus abracadabrantes, sont devenues plausibles. Jacques, qui de son vivant n’intéressait pas grand monde, est soudain devenu, une fois mort, digne de porter la palme du martyre parce qu’il se transformait, sans qu’on n’ait eu aucune preuve pour appuyer la thèse du crime homophobe, en « Parfaite Victime de l’Homophobie ». La police s’est rendue au local de Tonic’s pour interroger quelques adhérents. La nouvelle de cette mort macabre insoluble commençait à se propager comme une traînée de poudre. Quand ils m’annonçaient la nouvelle, mes propres amis gay me regardaient droit dans les yeux, avec une inquiétude presque drôle vue de l’extérieur, l’air de dire : « Tu te rends compte, Philippe… Il y a un tueur en série qui s’attaque spécifiquement aux homos dans Angers… C’est horrible… On va tous mourir… » Issue de l’enquête : il a été prouvé que Jacques a été étranglé par un de ses amants qui voulait le délivrer de son désespoir. Bizarrement, une fois le crime élucidé, plus personne n’a reparlé de cette histoire. Aucune réflexion sur l’homophobie en tant que processus typiquement homosexuel et hétérosexuel n’en est sortie. Ce qui comptait, c’était de se faire peur et d’extérioriser l’homophobie, de l’altériser pour ne pas la comprendre et la reconnaître comme possiblement nôtre. Dans l’indifférence quasi générale, Jacques a été manifestement instrumentalisé pour nourrir des peurs, satisfaire des egos … et pour finir jeté dans l’oubli. J’écris ces quelques lignes afin qu’il ne soit pas totalement mort pour rien.
J’ai remarqué que le maquillage sur un homme, mais plus fondamentalement la négation de son sexe (je n’ai pas dit « la négation de son genre sexué », attention), et donc de l’image qui va avec, sont germes de violence. Lors d’une soirée bal costumé 100 % gay à laquelle j’ai assisté, un de mes proches amis s’était travesti en femme. Sur lui, la féminité forcée rendait hyper vulgaire. C’était, j’avoue, hyper drôle de le voir oser porter une perruque noire de pouffiasse, des talons hauts, des bas résilles immondes, et une mini-jupe qui lui allait super mal. Mais blague mise à part, j’ai pu être témoin d’un phénomène assez fascinant et beaucoup moins amusant : beaucoup d’hommes qui se trouvaient à proximité de cet ami sur la piste de danse ont commencé à se précipiter sur lui comme des bêtes. C’est fou ce que le déguisement de travesti peut appeler de pulsionnel chez certaines personnes déjà imbibées d’alcool. Simplement parce que mon pote en question s’était appliqué sur lui-même la sur-femme médiatique, la femme-objet, tout d’un coup, il devenait aux yeux des autres un pur objet de consommation, une fille facile, une « femme à violer ». Les hommes précieux et délicats qui nous entouraient se sont peu à peu métamorphosés sans crier gare en grosses brutes machistes à partir d’une certaine heure, et se sont rués sur lui, l’ont tripoté, l’ont maltraité même. Mon ami s’est retrouvé pendant la nuit à sucer des bites dans les toilettes. J’avais entendu un jour un homme homosexuel faire le constat suivant : que le maquillage sur un garçon avait une forte charge érotique, et que lorsqu’un individu dans une boîte était maquillé, il arrivait à coucher plus facilement. Depuis ce jour-là, je cesse de prendre le travestissement à la légère, de le considérer comme une activité uniquement raffinée et ludique.
Je suis toujours stupéfait de voir l’indifférence qui règne entre personnes homosexuelles et le manque d’intérêt de beaucoup d’entre elles pour leur propre culture. Elles devraient être les premières à s’intéresser à leurs revendications, aux étiquettes que la société leur attribue. Mais non ! Les consommateurs ne voient pas plus loin que leurs petits intérêts, leurs histoires de cœur à deux balles ! J’ai fait le test un jour de demander, pour rigoler, à mon bande de copains homos d’Angers (moyenne d’âge : 25 ans à l’époque) qui était capable de me dire ce que signifiait le sigle PaCS. Sur 5 personnes, une seule a été capable de me donner la bonne réponse ! (… et encore, elle n’était pas du tout sûre d’elle…) ! Je n’ai même pas osé chercher à savoir s’ils connaissaient le nom de « Stonewall » : ils auraient été capables de me dire : « La nouvelle série d’M6… ? »
Le couple femme-homme aimant non-hétérosexuel, ce n’est pas un conte de fée. C’est mieux qu’un conte de fée !… puisque c’est vrai, que ça dure, et que c’est un combat !
Alors que mon livre n’a rien d’homophobe et qu’il est au contraire, pour les personnes homosexuelles, l’écrit le plus aimant et libérant que je connaisse, j’ai bien peur que ceux qui risquent de moins bien le comprendre et de l’attaquer le plus durement seront les membres de la communauté homosexuelle. L’Histoire le prouve sans arrêt : l’homophobie est typiquement homosexuelle et hétérosexuelle.
Je le dis souvent (…même si ça fait slogan publicitaire à deux balles) : je ne suis pas là pour faire plaisir ; je suis là pour LE Plaisir. C’est très différent !
Un soir que j’étais de sortie au bar Le Bon Accord en compagnie de Sébastien, un de mes seuls vrais amis homos de mon âge à Rennes, je suis tombé par hasard sur une soirée « Gogo Dancer » (vous savez, les mecs super-bodybuildés, aux muscles huileux, qui se trémoussent en string sur une mise en scène à deux balles, et qui font à un moment donné tomber « accidentellement » leur serviette de bain… le truc à priori débile, inesthétique, mais drôle quand on regarde ça à plusieurs et de loin… de très très loin). Mais avant que le type qui allait se donner en spectacle ce soir-là fasse son strip-tease et sa chorégraphie risible – lui-même jouait à fond sur le côté « second degré » de sa démarche –, j’ai trouvé un moment pour m’approcher de lui au comptoir du bar et entamer la conversation. Je lui ai demandé son prénom, et si sa mère était au courant de ses exhibitions, si elle en était fière. Il a rapidement rigolé de mes questions intimes et un peu « provoc ». J’ai ironisé sur son statut pseudo « volontaire » de bête de foires, et essayé de lui faire comprendre que pour en être arrivé là, il était beaucoup moins libre qu’il ne voulait bien le laisser croire. Ça le faisait marrer que je sois aussi révolté, que je mette en doute sa sincérité, que je m’insurge de sa situation à sa place, alors que j’aurais dû lécher la vitrine, comme les autres. Je lui disais : « Tu n’es pas pleinement libre. Quoi que tu en dises, en faisant ça, tu n’es pas libre ! » Il se marrait de plus belle, mais en me regardant tout de même avec des yeux attendris (un mélange de « cause toujours tu m’intéresses » et de « ça me touche beaucoup que tu ne me laisses pas faire »). J’insistais en assumant complètement mon rôle de gars révolté et impuissant face à « l’Irréparable » qui allait se jouer devant moi (et qui n’était, en soi, pas si grave…) : « Mais tu sais, rien de t’empêche, là, tout de suite, de changer d’avis, de tout annuler, de prendre tes affaires, et de partir. Tu es libre ! » Mes mots n’ont pas suffi. Il a quand même fait son strip-tease. Cela dit, mon discours, qui n’a pas été perçu comme moralisateur (et pour cause, il ne l’était pas : à aucun moment je ne l’ai jugé… et peut-être que j’ai été le seul client de la soirée à m’être intéressé à lui, à avoir osé le bousculer) n’a pas été vain. Après s’être rhabillé, il est venu me rejoindre au bar et avait l’air déçu que je parte aussi vite. Son « au revoir » était celui d’un homme qui avait été touché. Uniquement touché, je crois, par le rappel de sa liberté.
Politiquement, je pense qu'il n'y a pas à se définir "de gauche" ou "de droite", mais à défendre des engagements politiques humanistes concrets et justes. Ce qui influence mon bulletin de vote, ce sont en priorité les Personnes, qu'elles soient de gauche ou de droite ; pas d'abord leur couleur politique, puisqu'il y a des deux côtés des gens ouverts et des gros cons (j'entends par "gros cons" soit des personnes qui établissent une frontière manichéenne étanche entre la gauche et la droite en définissant tel camp comme éternellement "bon" par rapport à l'autre qui serait éternellement "mauvais", soit des personnes qui sacralisent la neutralité comme unique terrain de justice et d'engagement "non-fasciste" pour s'acheter une bonne conscience et justifier leur lâcheté.).
J’ai remarqué que l’un des sujets de société qui divisait actuellement le plus l'opinion publique était l’homosexualité. Cette question est vraiment facteur de conflits profonds dans notre monde, même si on ne s'en rend pas vraiment compte puisque nos media cherchent à la banaliser (dans le témoignage émotionnel dénué de légende) et à l'évacuer. Peu de personnes semblent avoir vraiment une idée ou un positionnement justifié sur l'amour homosexuel. On se contente de départager ceux qui sont/seraient « pour » ou « contre » sans chercher à sortir de ce binarisme manichéen. La majorité des personnes ne savent pas quoi en penser. Comme si on avait peur du sujet. Comme si on avait subi une amnésie sociale. C'est assez saisissant. Même les responsables des grandes religions tiennent un discours encore trop flou, maladroit, et apeuré, sur l'homosexualité. Ils sortent des arguments bien faibles pour justifier leur - pourtant juste - réticence ("Le couple homo n'est pas idéal parce que c'est dit dans la Bible" ; "Dieu a créé l'homme ET la femme : ce n'est pas pour rien"), mais avec la timidité de ceux qui ne veulent pas passer pour des réac' (timidité qui les incrimine, du coup). Du point de vue des débats de société, il est quand même incroyable que les intellectuels et les chercheurs en éthique arrivent à peu près à se mettre d'accord sur une grande palette de thèmes pourtant épineux (le clonage, l’euthanasie, l’avortement, le préservatif, etc.) sauf un seul : l’homosexualité. Comme par hasard... Comme s’il s’agissait d’une question ultra difficile, insoluble. Et quand elle est un peu abordée dans les émissions de télé, tout le monde s’excite en un rien de temps. Ceux qui se disent « hétéros » ont peur de gaffer et de blesser quand ils en parlent ; ceux qui se disent « homos » la défendent avec une assurance trop assurée et agressive pour s’appuyer sur une vraie réflexion sur le désir homosexuel (d’ailleurs, quand on leur demande de mettre des mots sur leur homosexualité, la discussion tourne vite court… On arrive très vite à les coller sur des points pourtant hyper connus de la culture générale homosexuelle). Que se passe-t-il donc avec le désir homosexuel ? Si vous voulez mon avis, je crois qu’il ne déchaînerait pas autant les passions et ne diviserait pas autant les gens s’il ne portait pas déjà en lui la trace ou les germes du viol.
La simplicité n'a rien de facile ou d'inconsistant. Au contraire, elle est profonde. C'est la complexité qui est superficielle et facile.
Dans l'idéal, on ne devrait pas "se marier" avec une personne pour ne pas être seul: on devrait être avec une personne pour être seul, justement.
Vous connaissez la publicité de MIR Couleurs ? Vous savez, la pub (un peu datée, c’est vrai) où sont mis en comparaison deux clowns : l’un utilisant comme lessive MIR Couleurs (et qui a gardé, après lavage, des vêtements aux couleurs éclatantes) ; et l’autre qui a pris une « lessive classique » et qui pleure de ne pas avoir retrouvé l’éclat d’origine de ses habits… ? Et bien mon approche, par mon livre, de l’homosexualité, suit un peu le même processus : c’est en apparence un rapprochement de tous les clichés de l’homosexualité, donc une démarche enfermante, caricaturale, pro-identitaire gay, pro-clichés homosexuels (et homophobes du coup !)… mais en réalité, c’est un rapprochement qui tente de s’arrêter à temps, qui vise dans un deuxième temps à un éloignement de l’identité et de l’amour homosexuels. Autrement dit, c’est un rapprochement comparatif non-fusionnel et non-manichéen qui dit : « Vous voyez, ces clichés, ils existent : considérez-les comme des signes d’un désir spécifique, sans réduire les personnes homosexuelles ni moi-même à ceux-là. Ils ne sont pas des personnes ou des faits réels, mais ils peuvent le devenir si moi ou n’importe quelle autre personne se met devant l’écran de cinéma où ils sont projetés, pour les cacher ou au contraire pour les mettre trop en avant comme des réalités sur LES homosexuels.»
C'est dur d'assumer l'amour homo. Pas impossible, mais dur, fatigant. La sincérité atténue momentanément la fatigue. Mais pour ne pas craquer, il faut plus que la sincérité: il faut la foi (en l'arbitraire de l'engagement, en l'amour unique et éternel)... et ça, peu de personnes homosexuelles l'ont.