Certains prêtres ne sont pas bêtes : ils ont deviné l’enjeu mondial qui se cache derrière l’homosexualité, ainsi que la puissance évangélique qui se trouve incarnée en nous, personnes homosexuelles continentes. Ne croyez pas qu’ils viennent à nous avec désintérêt (et je ne parle même pas ici de l’intérêt amoureux et sexuel : je parle d’une fascination plus « chaste » et plus en lien avec le pouvoir). Beaucoup, en ce moment, veulent s’approprier la poule aux œufs d’or pour eux. Ils se servent de nous comme « faire-valoir », pour étouffer d’ailleurs notre apostolat, et pour que nous ne les dépassions pas trop dans l’ordre de la sainteté et même de la Mission. Ils viennent vers nous pour nous garder dans leur giron, pour que nous brillions mais pas trop non plus, et pas plus qu’eux en tout cas (même s’ils voient bien que ça ne marche pas). Comme des gourous qui jouent sur l’émotion, certains se plaisent à raconter en conférence, dans leurs livres, qu’ils ont rencontré telle ou telle personne homo, avec qui ça a été « très fort ». Non pas que la rencontre n’a pas été réelle, ni même manqué de sincérité/de beauté. Mais l’orgueil et le narcissisme d’un paternalisme intéressé se greffent là-dessus. Ils se gargarisent de monter des groupes de parole en direction des personnes homos, dévoilent leurs « émotions pudiques de confessionnal » à accueillir et à écouter la brebis perdue, le bon larron ou le pécheur n°1 (à leurs yeux) que nous, personnes homosexuelles, incarnerions à la perfection. Loin de s’intéresser à l’analyse de l’homosexualité et de creuser vraiment ce que nous avons à leur dire, ils ne se rapprochent de nous que pour la photo, quand les caméras s’allument (sinon, une fois sortis de plateau, ils ne nous regardent même pas : c’est véridique, ce que je vous raconte) ou pour dire qu’ils se sont intéressés à nous et qu’ils maîtrisent le sujet. Ils affichent – comme autant de médailles étincelantes – leur collection de « conversions d’homosexuels », leur palmarès de rencontres et de confessions intimes de choc : preuves vivantes de leur « courage », de leur « modernité », de leur « humilité », de leur incroyable « ouverture », de leur non-homophobie, de leur pouvoir d’évangélisateurs et de pasteurs-guérisseurs. Mais au fond de leur cœur, nous ne sommes que des exceptions qui confirment la règle que 1) l’homosexualité reste quand même une abomination, le summum de l’horreur, une chose méprisable dont il faut s’éloigner ; 2) qu’ils doivent d’urgence préserver les autres jeunes hommes qu’ils couvent et qui ne sont pas encore contaminés par ce « fléau » homosexuel, en les envoyant faire des stages-camps « masculinité-rugby-bière » dans des séminaires et des abbayes tradis où « on sait encore ce que c’est qu’un homme, un vrai ».
 

Il y a une fascination malsaine, un épanchement suspect, un rapprochement une séduction sacerdotale, un paternalisme détestable, qui peuvent entourer très vite la puissance de l’homosexualité continente. J’ai vu un certain nombre de prêtres tentés de voir dans leur accompagnement à notre encontre, dans leur audace d’approcher et soi-disant de « comprendre et aimer » ceux que les catholiques décents jugent « répugnants et dangereux », une excitation, un état de sidération, une prospection, des plus abjectes. Or, j’annonce à ces prêtres intéressés que nous, personnes homosexuelles, avons un défaut qui peut se révéler une qualité à leur contact : nous sommes des épris de liberté, des sauvages (souvent paranoïaques et hyper chatouilleux sur les rapports de pouvoirs, les infantilisations, etc.), et qui ne se laissent pas posséder, encadrer, instrumentaliser trop longtemps. Et nous ne nous laisserons pas approcher. En tout cas, pas comme ils le font à actuellement. Pire : si vraiment vous nous écoutez, si vraiment vous nous accueillez et accompagnez autant que vous le prétendez, nous vous apporterons ce que vous redoutez le plus : la Croix (les persécutions). Si les groupes de parole, les sessions de famille, les conférences que vous organisez autour de l’homosexualité et soi-disant « pour nous et nos proches », ne vous attirent pas des emmerdes, s’ils n’entachent pas votre réputation, s’ils vous font « du bien », c’est que vous ne servez pas Jésus, mais que vous vous servez vous-mêmes et de nous-mêmes, et que vous ne nous avez pas bien écoutés.
 

La solution, c’est quoi ? Vous, les prêtres et évêques, ne venez pas à nous, nous nous en plaignons. Vous venez à nous, nous nous en plaignons aussi ! Alors vous faites quoi avec des jamais-contents comme nous ?!? Eh bien vous avez juste soit à nous laisser venir à vous et avoir l’initiative de nos rassemblements, soit à nous inviter mais pour VRAIMENT vous laisser enseigner par nous : pas pour l’image, pas parce que « ça fait bien » et « catholiquement/politiquement incorrect », pas parce que c’est « émouvant », pas qu’une seule fois ni uniquement pour un « témoignage », pas juste pour prendre la posture de l’écoutant qui nous regarde béatement de loin et qui nous prête une oreille distraite, ou au contraire pour s’approcher fiévreusement, passionnément, béatement, de nous, dans un attendrissement intéressé (à la Frigide Barjot, ou genre « étreinte/effusion fraternelle entre Tugdual Derville et Jean-Pier Delaume-Myard »). Mais vraiment en prenant notes de plein de choses sur l’homophobie, l’homosexualité, l’hétérosexualité, l’Église, la sexualité, sur plusieurs jours. Je sais que nous sommes, à nos dépens, des insultes à votre propre « science » de la sexologie, de la théologie morale, de l’ecclésiologie. Mais assumez-nous comme telles. Et ça ira très bien.