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La bulle financière dans laquelle vivent beaucoup de prêtres actuels (paradis fiscaux qui s’appellent « dons », « communauté », « vœu de pauvreté », « sacralité du rang de prêtre », « mission et apostolat »)

Au moment de demander pour le tournage de Lourdes une aide financière concrète aux prêtres, aux évêques et aux cardinaux, et en voyant leur résistance et leurs arguments de mauvaise/bonne foi (« Nous sommes pauvres. » « Ce n’est pas notre argent. » « C’est l’argent de l’association, de la paroisse, du diocèse, de l’épiscopat » « Mais nous prierons pour vous. »), je me rends de plus en plus compte que le clergé catholique vit dans une bulle financière qui l’emprisonne autant qu’elle fait fébrilement illusion sur son pharisaïsme.
 

Car de l’argent, certains en ont. Et beaucoup. Mais ils se persuadent qu’ils ne l’ont pas car c’est l’argent des autres : « C’est communautaire. » « Ce sont des dons. » (cet argumentaire ressemble aux « économies » et à la « transparence » vantées par le Palais de Élysée, ou bien aux dîners fastueux de François de Rugy camouflés en « frais professionnels » ou en « richesse extérieure » n’appartenant pas aux personnes qui en bénéficient).
 

 

Et bien sûr, je ne mets pas dans le lot de cette schizophrénie matérialiste cléricale les congrégations réellement pauvres, les prêtres qui donnent vraiment leur argent ou les curés tirant le diable par la queue pour tout donner (et surtout leur personne) aux autres et à leurs paroissiens (et pas seulement de leur temps, mais aussi du matériel).
 

Je parle plutôt de tous les « installés », des carriéristes, des prêtres-fonctionnaires, des prêtres-ambassadeurs qui se font offrir plein de trucs même s’ils n’ont apparemment rien sur leur compte et n’ont droit qu’à un peu d’argent de poche, je parle de l’immense majorité des journalistes catholiques qui font le minimum syndical mais ne prennent aucun risque pour l’annonce de l’Évangile (ils veulent s’assurer un gagne-pain pour nourrir leur famille), je parle de l’immense majorité des prêtres qui se planquent derrière leur communauté, derrière le fait que l’argent soit un don (or la vraie pauvreté se situe aussi dans le refus de certains dons !), derrière un « vœu de pauvreté » officiel, derrière une « nécessaire mission », pour en réalité s’enrichir, consolider leur petit confort matériel, voler/détourner l’argent des veuves, et ne pas donner d’argent aux plus nécessiteux.
 

C’est pourquoi, personnellement, ça fait longtemps que je n’attends pas d’argent de prêtres ou d’évêques pour le tournage (même si j’ai eu d’heureuses surprises face à la générosité concrète et dingue de certains – trop rares – prêtres ayant pris conscience de l’enjeu : merci à eux, au passage ! Il y a de saints prêtres). Je fais le constat – parce que c’est la vérité – que je suis plus pauvre matériellement que des religieux qui ont fait ouvertement vœu de pauvreté et qui vivent sur les dons d’autrui et sur la caisse « communautaire ».
 

Oui, je le dis et je le répète : la vraie pauvreté, c’est le don total de sa personne et de son cœur. Ce n’est pas qu’une affaire numéraire, quantitative, d’argent, ni d’abord une affaire de possession/de propriété, ni le fait d’être dépensier. C’est surtout le refus de certains dons. D’ailleurs, ô surprise, ce ne sont pas les plus riches qui donnent.
 

Le Pape François se fait durement critiquer parce qu’il fustige les prêtres usuriers qui vivent comme des princes, passent leur temps dans les avions, se font tout offrir (ordinateur, voiture, logement, voyages, restaurants, beaux ornements sacrés…) comme des dus, fuient les taches ingrates ou soi-disant chronophages (distribution des sacrements, ménage, gestion d’une petite paroisse ou d’une paroisse populaire, temps d’oraison, etc.) du simple fait qu’ils soient débordés et qu’ils sont prêtres ou évêques ou cardinaux, que certaines activités ne sont pas « rentables ». L’âme de ces prélats profiteurs est en très grand danger.
 

Emmerder le journal La Croix, c’est ma grande passion

Emmerder le journal La Croix, qui en ce moment passe à l’offensive et agite sur les réseaux sociaux l’urgence d’accompagner les personnes homosexuelles sous prétexte d’obéir au soi-disant appel synodal du Pape à suivre les jeunes dans leurs réalités, c’est ma grande passion. Depuis hier, ces mauvais journalistes (pas du tout catholiques) ont bombardé et pondu au moins trois fois deux articles (ci-dessous). Et comme ils ne peuvent pas supprimer les commentaires, à moins de me bannir, je poste à chaque fois dessous le lien sur « les pastorales d’accompagnement des personnes homosexuelles ». Comme ça, ça leur flingue bien leur affaire. Hihihi. Ils verront ainsi qu’ils sont propagandistes maçonniques mais que nous, catholiques, ne nous laissons pas faire.
 

 

 

 

Dans l’idéal, il faudrait proposer dans chaque paroisse une semaine complète de formation sur l’homosexualité étalée sur 8 journées

Voici le programme détaillé du tournage « Homosexualité » de Lourdes qui se déroulera du 23 septembre au 2 octobre 2019 (c.f. cagnotte ici). Dans l’idéal, il faudrait proposer dans chaque paroisse une semaine complète de formation sur l’homosexualité (avec des ateliers, des tables rondes, des conférences, des témoignages, des temps d’échange, du théâtre, des temps religieux…) étalée sur 8 journées (traduction en italien, en espagnol) et en anglais. On peut rêver…
 

 

JOURNÉE 1 – Homosexualité (dimension personnelle) :

 

Lire ici le programme détaillé de la journée sur fichier Word (Journée 1).
 

– La découverte de son homosexualité (Témoignages) : joies et peines. Conflit intérieur (parcours scolaire, amitiés, isolement, ressenti…).

– Homosexualité, est-ce une identité ? Est-ce inné ou acquis ? D’où ça vient ? Quand ça se manifeste ?

– Définition des mots « sexualité », et surtout « homosexualité » (les 5 sens différents du mot)

– De quoi l’homosexualité est-elle signe ? (liens non-causaux entre homosexualité et viol)

– Comment peut-on savoir qu’on est vraiment homosexuel ? Et si ça n’existait pas ?

– Le rapport des personnes homos avec leur corps et leur identité sexuée (travestissement, efféminement, virilité, complexes, goûts, sentiment de différence…)

– Peut-on changer d’orientation sexuelle ? (accompagnement psychanalytique, rencontre de l’amour avec une personne de l’autre sexe, mariage, paternité) (Témoignages) Homosexualité et psychiatrie.

– Quel est le rapport des personnes homosexuelles à la différence des sexes ? (misandrie, misogynie, viol, jalousie, rapports conflictuels avec les parents)

– Déclinaison et explication de l’acronyme LGBTQI.

– La bisexualité, est-ce que ça existe ? (comment on nous la présente socialement ; ce qu’elle est vraiment)

– La transidentité, l’intersexuation, est-ce que ça existe ? Quels conseils donner à une personne transgenre et parfois transsexuelle ?

 

JOURNÉE 2 – Homosexualité (dimension familiale):

Lire ici le programme détaillé de la journée sur fichier Word (Journée 2).
 

– J’ai un proche homosexuel (mon meilleur ami, mon mari, mon fils, mon neveu, mon oncle, le garçon dont je suis tombée amoureuse) : Témoignages

– L’homosexualité est-elle le résultat d’une éducation ? est-elle familiale ? (inceste, gémellité, pédophilie, divorce, avortement, manque d’amour…)

– Est-ce une maladie ? Est-ce une mode ?

– Le coming out est-il à faire ? Comment le faire ? (Témoignages)

– Je suis parent et mon fils m’annonce son homosexualité : comment réagir ? comment accompagner un proche homosexuel ? (Témoignages)

– La propagande actuelle de diabolisation des « parents d’homos », et de sacralisation des parents gays friendly.

– Comment parler correctement d’homosexualité aux jeunes enfants ? aux adolescents ?

– Cas de conscience familiaux (mon fils me fait du chantage au suicide, me présente son copain et veut l’inviter en vacances, m’invite à son mariage ; ma fille lesbienne est enceinte ; etc.)

 

JOURNÉE 3 – Homosexualité (dimension amoureuse – le « couple »):

Lire ici le programme détaillé de la journée sur fichier Word (Journée 3).
 

– La première fois homosexuelle, comment je l’ai vécue ? (Témoignages)

– Est-ce de l’Amour (fragilité, infidélité, ambiguïtés) ?

– Y a-t-il des couples homos qui marchent et qui sont heureux ? Peut-on parler de « couples » ?

– La complexité des « couples » homos (rapports de forces domination/soumission, amitié massacrée, complexité de l’amitié sensuelle ou amoureuse)

– Si ce n’est pas de l’amour, ça y ressemble… (Témoignages d’expériences amoureuses fortes que j’ai peut-être vécues ; Témoignages aussi de la Rencontre avec Jésus, plus forte que ces expériences)

– Quels sont les aspects positifs du « couple » homo ? Pourquoi on a envie d’y croire ? (les « bonnes » raisons)

– Où est le mal dans le « couple homo » ?

– Y a-t-il des différences entre les « couples » homos de femmes et les « couples » d’hommes ?

– Les hommes mariés ou les femmes mariés qui divorcent pour partir vivre leur homosexualité : de plus en plus nombreux.

– Cas de conscience amicaux (exemple : je rencontre un « couple » homo qui s’entend bien : que dire ? ; mon meilleur ami m’annonce qu’il est gay : comment réagir ? ; Je vois que mon ami homo n’est pas pleinement heureux en couple : que dire sans prendre le risque de le perdre ?).

 

JOURNÉE 4 – Homosexualité (dimension culturelle, médiatique, artistique, associative):

Lire ici le programme détaillé de la journée sur fichier Word (Journée 4).
 

– Grande Frise chronologique des dates les plus importantes de l’histoire mondiale de l’homosexualité (faits marquants, lois).

– Les bons souvenirs en communauté homo : le monde associatif, politique, artistique, amical, festif (Témoignages).

– Les séries et les films qui parlent du sujet : quelle image on nous en donne ? (Extraits de films) ; quel est l’intérêt de les voir ?

– La richesse du symbolisme homosexuel (c.f. Dictionnaire des Codes homosexuels). Quels sont les points communs (de goûts, de vécus) entre personnes homosexuelles ? Quels sont les chansons, les films, les activités qui nous plaisent ? Pourquoi ?

– Pourquoi tel artiste devient icône gay ?

– Le milieu lesbien : tour d’horizon

– La Gay Pride : est-elle si horrible ? (le cas particulier des Gays Pride en Amérique Latine)

– Peut-on véritablement parler de « communauté homosexuelle » ? Et est-ce souhaitable ?

 

JOURNÉE 5 – Homosexualité (dimension légale, politique, internationale):

Lire ici le programme détaillé de la journée sur fichier Word (Journée 5).
 

– Existe-t-il réellement un « lobby gay » infiltré dans les médias, le monde de l’entreprise, en politique ? Jusqu’où va-t-il aller ? Qui tient ses ficelles ?

– Les arguments classiques de la propagande pro-gays (droits de l’Homme, égalité hommes/femmes, respect, antifascisme, libération d’une oppression, solidarité, diversité, victimisation).

– L’hétérosexualité : la Bête de l’Apocalypse (le diable déguisé en différence des sexes ; pourquoi l’Église n’a jamais défendu l’hétérosexualité).

– Explication des liens entre homosexualité et Franc-Maçonnerie (Définition de la Franc-Maçonnerie et de l’alchimie).

– Homosexualité en Colombie : état des lieux. Le succès croissant et incontrôlable de la bisexualité auprès des jeunes. Les deux camps puissants des progressistes (portés par les féministes) et des catholiques conservateurs (portés par les machistes) se durcissent, et les jeunes quittent de plus en plus l’Église car ils ne comprennent pas son positionnement par rapport à l’homosexualité.

– Qu’est-ce que la théorie du Genre (idéologie du Gender) ? Par quel biais s’introduit-elle dans notre pays ? Comment y faire face ?

– La gravité de l’Union Civile/du « mariage » gay : pourquoi ce sont des lois homophobes (même si elles s’annoncent « gays friendly ») ? Est-ce que cela sert de parler de PMA (Procréation Médicalement Assistée) et de GPA (Gestation Pour Autrui) ?

– La promotion de l’homosexualité dans les milieux scolaires : État des lieux.

– Ce qui nous attend pour l’avenir… (Homosexualité : signe de Fin du Monde ?)

 

JOURNÉE 6 – Homophobie :

Lire ici le programme détaillé de la journée sur fichier Word (Journée 6).
 

– Pourquoi est-ce si difficile de parler d’homosexualité ?

– L’homophobie telle qu’elle est comprise mondialement (fantasme, alibi hystérique)

– L’homophobie telle qu’elle est comprise par les catholiques (une insulte, une irréalité)

– L’homophobie telle qu’elle est vraiment : les viols, les crimes, les suicides, le tourisme sexuel. Ses mécanismes (le profil psychologique de l’agresseur ; de l’agressé). Ses racines. L’homophobie n’est-elle qu’un refoulement ?

– La violence du milieu homosexuel et de la pratique homo ; les réseaux sociaux et les sites de rencontres ; la prostitution gratuite ; les tensions dans les « couples » ; la maltraitance contre les témoins homos publics ; l’homophobie dans le sport, en prison ou à l’école (Témoignages).

– Homophobie entre personnes homosexuelles (Témoignages) : haine des personnalités gays, biphobie, transphobie, lesbophobie, le jeunisme ou au contraire la haine des jeunes.

– L’homophobie insoupçonnée des gays friendly.

– Liens entre terrorisme et homosexualité.

– Liens entre dictatures (intégrismes religieux) et homosexualité.

– Les grands oubliés : les personnes homosexuelles bisexuelles (les fantasmes haïs), les personnes homos croyantes, les personnes homosexuelles médiatisées, les personnes homos handicapées ou infectées par le VIH (Sida), les personnes homos exilées, les personnes homos pauvres ou SDF, les personnes homos droguées.

 

JOURNÉE 7 – Homosexualité (dimension ecclésiale) :

Lire ici le programme détaillé de la journée sur fichier Word (Journée 7).
 

– Pourquoi l’Église s’oppose aux actes (et donc à la formation des couples) homosexuels ? Que dit la Bible, le Catéchisme et l’Église ? Comment l’« intrinsèquement désordonné » peut-il être justifié ? Que manque-t-il aux paragraphes du Catéchisme ? Le positionnement du Pape François est-il juste ?

– Est-ce qu’une personne homo en état de péché mortel ira en enfer ?

– L’homophobie des pro-Vie. Comment sont traitées les personnes homosexuelles y compris continentes par les catholiques, les prêtres et les cardinaux ? (Le paradoxe de l’accompagnement des personnes homos en Colombie : elles sont très entourées mais pas écoutées ou planquées)

– Le soutien insoupçonné des catholiques pro-Vie au mariage gay (alors qu’ils se croient opposés à lui)

– La promotion muette de l’homosexualité dans les médias dits « catholiques », dans les établissements scolaire dits « catholiques ».

– Cas de conscience insolubles en paroisse (tel catéchiste ou organiste est homo, tel prêtre est homo, tel couple homo assiste aux messes, tel chef scout est homo, tel séminariste est homo, etc.).

– Les prêtres homosexuels : état des lieux. Comment vivre cette double vie ? (Conseils)

– Quelles sont les associations gays chrétiennes existantes ? Sont-elles satisfaisantes (y compris Courage) ? L’Église accueille-t-elle suffisamment les personnes homosexuelles ?

– L’homophobie parmi les catholiques (ET chez les groupes progressistes, ET chez les groupes tradis) (Témoignages). Qu’est-ce qui ne va pas dans le discours du père James Martin ? Qu’est-ce qui ne va pas non plus dans le discours du cardinal Sarah ?

– Les groupes de thérapie de conversion (ex-gays, agapê thérapies, groupes de parole et de restauration d’identité) : Dieu peut-il enlever l’homosexualité ? Quels sont les résultats ? (Témoignages).

– Positionnement des autres religions par rapport à l’homosexualité : juifs, musulmans, protestants.

– Les arguments qui marchent vraiment auprès des personnes athées pour faire passer le discours de l’Église sur l’homosexualité (expliquer l’homophobie ; axer sur la rhétorique de la différence ; éclaircir le concept de discrimination ; le meilleur argument, ce sont les personnes homos continentes en chair et en os)

 

JOURNÉE 8 – Homosexualité (dimension sainte) :

Lire ici le programme détaillé de la journée sur fichier Word (Journée 8).
 

– Homosexualité et sainteté : compatibles ? (Les risques à prendre)

– Être homosexuel et continent expose à être détesté de 4 types de groupes (les gays friendly ; les cathos progressistes ; les cathos indifférents ou peureux ; les cathos conservateurs). Jalousie sacerdotale.

– Les manifestations démoniaques dans le cadre de la pratique homo (Témoignages).

– Dieu dans ma vie (Témoignages sur l’expérience des sacrements et la joie d’être catholique et de connaître Jésus ; témoignages des miracles sensibles que j’ai vécus dans ma vie) : Jésus prend toute la place, et je ne peux pas pratiquer mon homosexualité.

– Les personnes homosexuelles : des amis hors pair. Les qualités spécifiques des personnes homosexuelles.

– Les terrains de fécondité et de créativité des personnes homos dans la société et dans l’Église.

– Pourquoi l’homosexualité devrait être la priorité ecclésiale et mondiale ? L’enjeu mondial et ecclésial autour de l’homosexualité : pourquoi non seulement ce n’est pas un petit sujet mais c’est LE sujet (aux côtés de Jésus) qu’il faut traiter ? Les attaques musclées des groupes LGBT contre l’Église (de plus en plus nombreuses).

– Pourquoi l’homosexualité continente est la clé des cœurs et même le bouclier humain contre les attaques anticléricales actuelles ? (la pédophilie : faux nez de l’homosexualité)

– Les beautés, la force et l’humour insolent de la communauté homosexuelle continente.

– Quelle est la différence entre « chasteté », « abstinence » et « continence » ? Comment parvenir à vivre la continence ? Quels sont les chemins concrets qu’on peut proposer à une personne durablement homo pour rentrer dans l’apostolat par l’homosexualité ?

– Est-il bon de proposer une pastorale spécifique ? une oblature ? n’y a-t-il pas un risque d’enfermer la personne dans sa tendance ?

– Comment arrêter la masturbation et le porno ?

– Homosexuel mais continent : qui peut nous arrêter ?

Je découvre que mon jeune fils est accro au porno : qu’est-ce que je peux faire ? (6 petits conseils précieux)


 

Ça fait deux fois que des mères de famille catholiques me prennent à part et me confient, parfois dans les larmes, leur désarroi et leur honte d’avoir découvert que leur jeune fils (de 9-12 ans) regardait du porno en cachette et de manière répétée. Démunies, elles m’ont demandé des conseils pour enrayer subtilement le cercle vicieux. Voilà les six clés que je leur donne :
 

1 – ASSUMEZ VOTRE PEINE CAR ELLE EST LÉGITIME. L’incident n’est ni catastrophique ni anodin. Il est objectivement violent. NON, vous ne vous faites pas de film. NON, vous n’êtes pas triste pour rien. Symboliquement, et donc un peu concrètement, le fait que votre fils aille voir du porno, a fortiori dans votre dos, c’est comme si on vous avait enfoncé un pieux dans le cœur : admettez-le, sans en faire des caisses mais sans le nier non plus. Ce sera déjà un grand pas !
 

2 – DÉDRAMATISEZ LA SITUATION SANS RELATIVISER, ET AJOUTEZ DE LA JOIE/DE L’HUMOUR SANS ÉVINCER LA GRAVITÉ. Je vous conseille, même si c’est difficile, de ne pas noircir le tableau et de ne pas rentrer avec votre fils dans le conflit ou dans le chantage aux sentiments et à la tristesse de la mater dolorosa ou du pater doloroso (même si c’est déjà très bien d’avoir transformé votre colère – « Quoi?? C’est comme ça que mon fils traite les femmes?? C’est un futur prédateur sexuel et un violeur!?! » – en tristesse). L’urgence et l’essentiel, c’est de vous et de le sortir de la peur (la peur étant ce qui alimente en général le vice par l’appel à la transgression de l’interdit) en remplaçant celle-ci par la confiance et la joie. Rappelez-vous également que les péchés de chair, aussi graves soient-ils, sont cependant moins graves que les péchés de l’âme. Et notre Pape François nous invite à laisser les péchés d’impureté à leur juste place, sans les magnifier par la diabolisation et sans en faire une fixette/un drame non plus. Rajoutez de l’humilité/humour à la recherche de pureté de votre fils (le Padre Pio disait que les deux ailes pour aller directement au Paradis sont l’humilité et la pureté : pas l’une sans l’autre, car la pureté sans l’humilité devient du purisme fragile, et l’humilité sans la pureté devient du laxisme tout aussi instable). La joie et l’humour (dans la gravité) sont les meilleurs moyens de substituer la peur et l’humiliation par la confiance. La peur conduit généralement à la désobéissance, alors que la confiance, elle, libère des addictions à un moment donné et pulvérise le mal.
 

3 – SOULIGNEZ LE COURAGE HÉROÏQUE (et même SAINT!) DE VOTRE FILS. Dans un premier temps, il est bon de resituer la/les chute(s) de votre fils dans son contexte, de vous mettre à sa place, et d’universaliser son cas en le dépathologisant et en le déspiritualisant un peu. Quand je parle de « dépathologisation », j’entends : sortir du registre scientifique souvent anxiogène « Mon fils est malade, il ne s’aime pas, il faut que j’admette qu’il rentre dans la catégorie de l’addict au porno. Il faut aller voir un psy! Il faut lui faire faire un parcours Teen star! Il faut l’éduquer à la beauté et lui ôter sa peur des femmes!! » Quand je parle de « déspiritualisation », j’entends : sortir du diagnostic spiritualiste alarmiste « Mon fils commet un grave péché et est un déshonneur pour la famille et pour ses parents, un modèle dangereux pour ses petits frères et sœurs ! Son âme est en grand danger de damnation ! Je prie pour lui et vais le faire désexorciser, avec prières de délivrance et tout et tout ! » Priez pour lui mais dans le secret et sans qu’il le devine, sans le lui faire sentir. Et surtout, priez pour vous d’abord, car vous êtes peut-être 100 fois plus pécheur (ou pécheresse) que lui, malgré les apparences contextuelles. Au bout du compte, essayez de vous mettre à sa place, de remplacer l’apitoiement par l’empathie, voire même de vous forcer à l’admiration à son égard : les jeunes d’aujourd’hui qui résistent à la vague du porno sont des exceptions et des héros. Mesurez la difficulté que c’est, dans le contexte actuel de surexposition aux écrans, d’érotisation généralisée, d’avoir la force d’âme de refuser la facilité d’accès aux sites – votre fils n’est ni plus ni moins qu’un potentiel alcoolique entouré de bouteilles et surtout d’alcooliques comme lui, de faux amis bien plus que d’amis soutenants. La pression des camarades de classe pour passer à l’acte génital et assouvir ses fantasmes est très forte, et peut-être encore plus – paradoxalement – dans les établissements hors contrat et les milieux cathos que dans l’enseignement public. Mesurez aussi la difficulté supplémentaire d’être un homme plutôt qu’une femme en matière de gestion de sa libido. Mesurez la fragilité consubstantielle des ados et les agressions permanentes (visuelles et physiques, sociales, scolaires) auxquelles ils sont confrontés. Bref, comprenez vraiment ce que vit votre fils: qu’auriez-vous fait dans le contexte qui est le sien ? Sûrement pas mieux, et sans doute pire ! Il y a un fossé générationnel immense à franchir pour le rejoindre. C’est indéniable. Tout va tellement vite du point de vue technologie/moeurs/démocratisation des drogues, l’écart entre les enfants préservés et les enfants qui en savent trop en matière de génitalité s’élargit tellement au sein d’une même classe, et votre discours sur la sexualité et l’Amour pèse si peu désormais face au concert assourdissant d’Internet, des films et des séries ! Ne soyez par conséquent pas si sûr(e) de vous-même, ne soyez pas non plus si dur(e) avec vous-même ni avec votre fils. Nous arrivons à la Fin des Temps : vous avez donc des circonstances largement atténuantes, et vous n’êtes objectivement PAS AIDÉ(S) socialement dans votre tâche éducative ni dans votre grandissement humain ! C’est chaud pour TOUT LE MONDE… et pas seulement pour votre fils ! Je me permets de vous le rappeler. Ça ne guérit et ne résout rien, mais ça soulage et ça remet les choses en perspective, quand même !
 

4 – ALLEZ PARLER À VOTRE FILS EN TÊTE À TÊTE, ou bien écrivez-lui une courte lettre de soutien, sans nier votre peine mais sans trop insister sur celle-ci non plus, sans appuyer sur le négatif pour ne pas accroître sa honte ni son humiliation ni son orgueil blessé. Par ailleurs, pour cet entretien coeur-à-coeur, vous n’êtes pas non plus obligé(e) de respecter scrupuleusement le mimétisme des sexes (le-père-avec-le-fils, la-mère-avec-la-fille). Une maman aussi à des choses ajustées à dire sur la masculinité de son fils et s’y connaît parfois bien plus en virilité qu’elle ne le croit (complémentarité des sexes oblige ^^). Un papa peut également très bien comprendre sa fille. De toute façon, c’est votre fils qui exprimera spontanément sa préférence et vous n’aurez qu’à vous ajuster à son désir.
 

5 – PROPOSEZ UN COMPAGNONNAGE PLUTÔT QU’UNE AIDE. Oui. Si vous vous présentez à votre fils comme un compagnon de route – aussi misérable et pécheur que lui – plutôt que comme un aide soignant (en général, l’intention d’aide est souvent condescendante, et instaure un rapport inégalitaire entre la personne aidante et la personne aidée, qui fait repoussoir), ça change tout. Montrez – sans nécessairement rentrer dans les détails ni le relativisme mais en choisissant juste un exemple bien parlant de votre propre vie intime – que vous êtes un pauvre type comme lui, et malgré cela, aimé du Christ et qui a besoin de l’aide de votre fils pour ne pas retomber. Vous pouvez très bien offrir sans complaisance vos blessures, votre vulnérabilité, vos hontes à votre enfant (ça, au moins, ça ne peut que le décomplexer et le mettre à l’aise, si c’est fait avec humour et pudeur) : « Tu vois, mon fils, maman n’est pas parfaite, elle a été et reste une pauvre fille… » ; « Papa est un pauvre type comme toi, qui se bat et qui a besoin de toi. Tes chutes m’aident déjà. On va s’en sortir ensemble. N’hésite pas à m’appeler si tu as une tentation et que tu te sens couler. » Rappelez-lui sa belle responsabilité à votre égard. Vous pouvez même, sans démagogie, le remercier aussi pour ce qu’il vous a appris par sa/ses chute(s).
 

6 – PRÉSENTEZ-LUI DES MODÈLES. Ce sera mon dernier conseil : si possible, mettez votre fils en contact avec des personnes croyantes qui ont positivement et durablement dompté la tentation (maintenant très répandue) de masturbation/porno. Proposez-lui des modèles positifs. Car ils existent (même s’ils ne courent pas les rues) ! Mieux. Soyez vous-même le modèle irréprochable que vous voudriez que votre fils soit. Plutôt que de lui demander de changer d’attitude, plutôt que de brandir un devoir moral ou une peur qu’il recommence, convertissez-vous d’abord. C’est la conversion par l’exemple incarné la plus efficace.
 
 

Courage à nous tous ! Christ est vainqueur, et nos chutes ne sont rien à côté de la puissance de sa Miséricorde.
 

Les catholiques croient nous (personnes homos) aimer et nous faire plaisir alors qu’ils sont complètement à la masse et nous mettent à distance


 

Je le vois bien : les catholiques, dans leur grande majorité, sont persuadés d’être très aimants à notre égard à nous personnes homosexuelles. Ils sont persuadés qu’ils n’ont rien à se reprocher, qu’ils (eux et leurs psychologues, sociologues ou juristes) parlent très bien du sujet de l’homosexualité, que l’Église Catholique a un discours de délicatesse et d’accueil irréprochable nous concernant, que l’accueil des personnes homosexuelles est assuré même si c’est toujours perfectible, qu’ils peuvent se passer de nous pour exposer correctement la Bonne Nouvelle évangélique sur la sexualité et même sur l’homosexualité, qu’il y a bien d’autres sujets tout aussi importants (le handicap, la solidarité, la fin de vie, l’évangélisation, le message du Christ, le climat, l’islam, etc.) à traiter qu’elle. Ils n’ont pas compris que les pas de géant qu’ils s’imaginent faire sont des pas de souris, totalement insuffisants, voire même des rétropédalages, des retours en arrière. Ils n’ont toujours pas compris la primauté/la priorité que constituait l’analyse et l’apostolat de l’homosexualité pour le monde et l’Église.

 

Selon eux, ça reste un petit sujet… voire même on en parle déjà trop (alors que concrètement, je suis le seul à le traiter publiquement, même à échelle mondiale, et je croule sous le travail). Ils sont complètement à côté de la plaque, passent à côté du monde, de l’Église, et de leurs contemporains qui pour la plupart ne se focalisent que sur l’homosexualité pour se couper totalement de l’Église Catholique. Pour les rares catholiques qui nous témoignent d’un peu d’intérêt, ils nous applaudissent en coulisses… mais leurs « J’aime beaucoup ce que vous faites » et leurs « Merci pour votre courage » sont déjà périmés, arrivent trop tard, datent d’… il y a 7 ans (sans exagérer). Et ils ne s’en rendent même pas compte. Récemment, une amie, la bouche en coeur, pensait me faire plaisir en m’envoyant un témoignage d’une « ex-lesbienne », qu’elle a lu sur Internet, qui comporte d’ailleurs bien des erreurs, qu’on nous ressert constamment aux formations lyonnaises à l’affectivité, et qui date de 2012 ! Et les gens pensent me faire plaisir parce que ça parle de moi en bien à la fin… alors que par ailleurs, ils ne m’invitent pas. Allô la terre ?! Ici Tintin !
 

Ça me fait penser aux adultes responsables de pastorale des jeunes, qui présentent les vidéos de témoignages de Courage (The Third Way : The Everlasting Hills) aux adolescents cathos en aumônerie en pensant proposer une formation solide sur l’homosexualité, qui se gargarisent d’aborder un sujet « contemporain et sensible » qui tient à coeur la jeunesse d’aujourd’hui (en plein questionnement sur la bisexualité, c’est le moins qu’on puisse dire !), et qui s’imaginent qu’en un visionnage Youtube suivi d’un échange avec des questions/réponses ça suffit et que l’important est de savoir que « ça existe » (« ça », ce sont les personnes homos continentes), sans pour autant creuser davantage le sujet, sans aller plus en profondeur dans les définitions (sexualité/homosexualité/hétérosexualité/homophobie/bisexualité/transidentité), sans réaliser qu’ils exposent des témoins lointains et désincarnés (que les jeunes s’empresseront d’oublier, en se disant que la continence, c’est « un choix personnel » certes beau mais exceptionnel et particulier, qui ne s’applique qu’à ceux à qui ça « convient », mais pas aux autres et surtout pas à eux !). On se donne l’illusion d’aborder le sujet de l’homosexualité de front alors qu’on le survole. C’est effrayant.
 

Quand est-ce que les catholiques, les évêques, les cardinaux, vont reconnaître leurs lacunes et leur incompétence à parler d’homosexualité, leur homophobie et leurs limites à traiter correctement du sujet sans notre présence et notre vie concrète à nous personnes continentes ? Quand vont-ils réaliser que l’homosexualité n’est pas un petit sujet, n’est pas qu’un témoignage qu’on écoute le temps d’une soirée et après on passe à autre chose (nos jeunes ne coincent par rapport au message de l’Église que sur les questions de sexualité, et en particulier la question de l’homosexualité ! Pas ailleurs !)? Que c’est pénible de devoir toujours se justifier d’une évidence rappelée sans arrêt par nos contemporains, et que seuls les catholiques s’évertuent à nier ! Que c’est fatigant, cet aveuglement et cette indifférence habillés en compassion et en assurance d’aimer comme Jésus aime ! Que c’est effarant, ce faux amour, cette fausse attention ! Réveillez-vous, amis catholiques: Jésus nous aime bien plus que vous (si vous saviez !) ! Que vous êtes lents et comme vous nous aimez mal ! Et surtout, arrêtez de pleurer sur vous-mêmes : vous méritez amplement votre réputation d’« homophobes » !

La nouvelle vague actuelle des « humoristes » homosexuels anti-cathos


 

Stars montantes du petit écran, de Youtube ou du poste radio (Shirley Souagnon, Vincent Dedienne, La Bajon, Pierre Fatus, Alex Ramirès, Jérémy Lorca, Océane Rose-Marie dite « Océan », Jarry, Samuel Laroque, Alex Lutz, Max Bird, etc.), ils sont humoristes, remplissent les rang des « ricanants » de Yann Barthès et autres chroniqueurs dans l’esprit corrosif Anal +. En général, ils font rire jaune sur les plateaux télé (surtout depuis l’essoufflement spectaculaire du militantisme LGBT qui n’a plus aucune loi « justifiée » à demander depuis le « mariage gay ») parce qu’ils offrent un humour cynique objectivement bête et méchant, prenant quotidiennement les catholiques (ou plutôt les caricatures grossières qu’ils s’en font) pour cible, mais qu’un large public derrière eux est forcé de valider par une hilarité de fond de classe ou snobinarde tout aussi narquoise qu’eux pour ne pas passer pour une assistance de vieux cons homophobes.
 

Ces « humoristes », qui avaient fait un coming out somme toute assez discret, bizarrement effacé de la mémoire de tous, qu’ils présentent maintenant comme un détail de leur vie et de leur métier, jouent pourtant à l’heure actuelle, et contre toute attente, les pourfendeurs agressivement gays friendly de La Manif Pour Tous (qui, c’est vrai, sont des connards… mais pas comme ils l’imaginent), à l’instar de leurs pères humoristiques nouvellement radicalisés/militantisés (Laurent Ruquier, Muriel Robin, Pierre Palmade, Marc-Olivier Fogiel, Jarry, Christophe Beaugrand, Matthieu Delormeau…). Ils se mettent en ce moment à cracher le fiel de leur propre homosexualité/homophobie plus ou moins assumée (plutôt moins que plus, d’ailleurs…) sous forme de parodie (mal sentie) d’Église Catholique, dernier bastion de moralité qui s’oppose encore et timidement à leur boulimie de célébrité, à leur panique/incompréhension de la situation chaotique nationale et internationale, et qui catalyse leur révolte et leur haine d’eux-mêmes/de la société giletjaunisée.
 

Personne ne dira rien à ces « comiques anarchistes » aigris bobos (donc intentionnellement anti-bobos), n’arrêtera la course effrénée et ricanante de la dépression anticléricale « gay friendly » de ces intellectuels fatigués France Inter (Guillaume Meurice, Frédéric Fromet, Sofia Aram, Alison Wheeler, Pierre-Emmanuel Barré…). Tout le monde les trouvera « drôlissimes », en particulier dans leurs portraits acides – mais totalement déconnectés du Réel – des « dangereux intégristes catholiques ». Personne n’identifiera que le foyer de leur anticléricalisme de mauvaise foi, si arriviste, se situe dans une homosexualité mal digérée et mal vécue parce que actée, soutenue en même temps que banalisée. Personne ne dénoncera la motivation gay friendly de leur révolte et de leur « militantisme » télévisuel dit « humoristique ». Et pourtant, le problème réside sur ce point-là précis de l’homosexualité justifiée/pratiquée. L’attitude arrogante et anticléricale de Vincent Dedienne, chroniqueur homosexuel planqué de l’émission Quotidien, est selon moi l’illustration parfaite de cette aigreur d’homophobie gay friendly si nauséabonde qui envahit nos salles de spectacle, plateaux télé/radio et nos places publiques.
 

 

À cause de la cathophobie de ces humoristes homos-gays friendly, on n’a jamais aussi peu ri – de surcroît au nom de l’humour – en France qu’aujourd’hui. Le rôle de l’humoriste, qui à la base est celui de détendre l’atmosphère, de pacifier les gens, et de nous faire aimer les autres, de défendre la Vérité, d’exorciser nos peurs, et non de « s’engager » (pour des faux combats) ou d’être « anti-Système », est totalement dévoyé. Les comiques actuels (la métamorphose de Muriel Robin en flic télévisuel aboyant le démontre) deviennent de plus en plus terroristes, au sens premier du terme : des personnes qui jouent sur la peur, la créent, tout en étant – c’est un comble – des lâches pas drôles jouant en arrière-cour (car taper sur La Manif Pour Tous et sur l’Église aujourd’hui, c’est comme tirer sur une ambulance : il y aurait pourtant tellement de choses à dire sur La Manif Pour Tous !). Et la justification sociale de l’« identité/amour » homos – que traduisent les attaques douteusement « humoristiques » de plus en plus nombreuses à l’encontre les catholiques – y est pour beaucoup dans ce climat comique national délétère. Qu’elle en ait conscience ou pas, une large partie des Français broie du catho – ou accepte que quelques humoristes le fassent à sa place – parce qu’elle est devenue massivement gay friendly, donc homophobe. Nos concitoyens (en un seul mot, « concitoyens ») n’ont toujours pas compris que l’homosexualité était un peur (de la différence des sexes) et une révolte qui, si elle ne peut pas être expliquée et exprimée dans l’amour des personnes homos, si elle est banalisée et justifiée légalement, ressort en déprime et en violence sociales aigües. En humour de roquet soumis. Ils n’ont toujours pas compris non plus que la rupture avec l’Église Catholique était déprimante et malvenue. Car l’Église Catholique, la vraie, c’est eux ; et de surcroît, Elle est drôle et Elle rend heureux.

Voilà à quoi se résume la vie d’une personne catholique et homosexuelle qui veut rester dans l’Église


 

Quand tu es homo et catho, et qu’on ne te permet pas d’être continent (puisque la continence est par définition l’abstinence pour Jésus, le don et l’analyse publics de l’homosexualité : elle est comme la sainteté, elle n’est pas personnelle, elle est un chemin et un cap et non un trophée ni la ville d’arrivée, elle n’appartient qu’au Christ, elle n’existe qu’en partage et que si elle est donnée et reçue ; sinon elle meurt dans un coffre ou dans les mains), l’unique perspective existentielle qu’il te reste (et je pense, qui est vécue par 99,9% des catholiques homos qui veulent obéir à l’Église), c’est l’abstinence sèche. Cette abstinence qui est surnommée pieusement et pompeusement « Croix », « renoncement », « Vérité », « obéissance », « sainteté », « promesse de Salut ». Cette abstinence que certains appellent à tort « chasteté » (la chasteté est la vertu universelle qui n’induit pas nécessairement le célibat, le renoncement au couple ni aux enfants ni à la génitalité ni à la sentimentalité… donc elle ne correspond pas à la condition spécifique homosexuelle), et encore plus à tort « continence » (celle-ci est nécessairement publique, joyeuse, percutante, réconciliée avec la culture et la communauté LGBT, et ouvertement homosexuelle) consiste à : 1) se contrôler en permanence sur la masturbation ; 2) se contrôler en permanence sur le porno ; 3) s’empêcher de tomber amoureux ; 4) s’empêcher de sortir avec quelqu’un et de coucher ; 5) quitter son copain si jamais on est en « couple », et de vivre une vie de célibataire « à vie » ; 6) éviter de se marier (ou alors, quand on peut se marier, tirer un trait complet sur son homosexualité et sa vie d’avant) ; 7) renoncer à rentrer dans les ordres (ou alors, quand on a réussi à passer entre les mailles du filet, faire profil bas et s’engouffrer dans une intense vie de prière) ; 8) renoncer à la conjugalité et à la joie de l’apostolat par l’homosexualité ; 9) vivre dans l’anonymat, la tristesse, la sécheresse, la double vie (le suicide, pour un catholique, est inconcevable) ; 10) s’imposer à soi-même (j’oserais même dire « s’inventer », « se rêver », « fantasmer », « singer »), sans mission ecclésiale officielle ou clairement pré-établie, un vœu, une oblature, une consécration virginale entre soi et Jésus/l’Église, un peu « à la protestante » (puisqu’aucun évêque, ni cardinal ni prêtre ni Pape n’a le courage de nous demander la continence : dans les rares cas où ils osent utiliser notre homosexualité, ils ne nous proposent qu’une abstinence, qu’un retrait, qu’une fraternité de victimes planquées, qu’une écoute impuissante…). En gros, pour l’instant, la seule porte de sortie offerte par l’Église aux personnes durablement homosexuelles, c’est une vie de vieux gars superficiellement « accompagné » (par des groupes de parole qui essaient d’éteindre ton homosexualité plutôt que de l’utiliser, qui tentent de juguler le flot impétueux de ta libido débordante, de limiter les dégâts de ton train de vie branlant et parsemé de chutes et de tentations), quasiment une vie de veuf (à 30 ans !) frustré et ponctuellement libertin. Et, pour les plus courageux, une vie de petit garçon sage effectuant inlassablement des va-et-vient entre les sites de rencontres et les confessionnaux. Merveilleux, n’est-ce pas, dans quel isolement, quelle misère et quel désarroi nous, personnes homos qui avons le petit mérite de rester dans l’Église et d’encore assister à la messe, qui avons le petit courage de rentrer dans le rôle du malade apaisé et même miraculeusement guéri par Jésus, et de supporter l’indifférence, la défiance, la culpabilisation et le mépris permanents de la plupart des catholiques à notre encontre, nous nous trouvons… Ça fait envie, hein? Voilà notre quotidien. Et le pire, c’est que je n’exagère même pas ! Et comme je comprends ceux d’entre nous qui se barrent de l’Église (même s’ils ont tort de se barrer) !
 

N.B. : Pour compléter, lire aussi cet article ainsi que cet autre article.

Décryptage du livre Bâtir un Pont du jésuite James Martin : Maman vous attend sur son pont


 

On m’a souvent parlé du père James Martin, prêtre jésuite nord-américain, et de ses propos gays friendly (= pro-gays). Mais à vrai dire, je ne m’étais pas encore trop penché sur son cas, car je trouvais la chasse aux sorcières « progressistes et réformatrices » lancée contre lui par la Réacosphère excessive, mal argumentée et mimétique de ce qu’elle attaque. En plus, à mon avis, il y a une urgence beaucoup plus grande à dénoncer le danger venant du côté des évêques et des cardinaux traditionalistes tels que le cardinal Sarah (car jamais l’Église Catholique du haut ne validera les thèses de James Martin ; en revanche, l’Église risque beaucoup plus fortement de se soumettre à des types dangereux et ecclésialement corrects comme le cardinal Sarah). Le père James Martin fait diversion sur la véritable source du schisme, et arrange finalement tout le monde en incarnant le « Danger progressiste ». Je voulais éviter de nourrir la haine et la diabolisation facile autour de James Martin. Donc je ne m’attaque à son discours, et à son livre Bâtir un Pont (titre initial : Building a Bridge) que maintenant. Et je vais essayer d’en montrer non pas toute l’horreur et la laideur, mais au contraire toute la brillance, la beauté, la franchise, la séduction, le côté rose-bonbon, l’hypocrisie aussi. Ce sera une manière de reconnaître les bonnes intentions et la sincérité de l’ouvrage Bâtir un pont, qui se veut vraiment « constructif », qui prétend nous accueillir, nous, personnes homosexuelles, telles que nous sommes, et tel que l’Église Catholique et Jésus le demanderaient. N’enlevons pas à James Martin sa bonne intention. Même si au final, tout concourt à comprendre qu’il fait partie de ce que j’appellerais la « Génération de prêtres Big Mother » (pour reprendre le titre de l’excellent essai de Michel Schneider écrit en 2002), c’est-à-dire des prêtres pervers narcissiques (et je pourrais rajouter « homosexuel refoulé », donc « homophobe gays friendly »)..
 

Pourquoi je féminise James Martin ? Non par misogynie ou homophobie primaires, ni par mauvaise foi gratuitement méprisante pour le ridiculiser. Mais parce que c’est tout simplement lui qui le fait inconsciemment. Il se présente souvent lui-même au féminin, et comme la bonne mère compréhensive (… face au patriarcat ecclésial qui ne comprendrait rien et accueillerait mal les « personnes LGBT » comme il dit). Il cite particulièrement les mères : « une mère m’a dit » (p. 104), « Récemment, j’ai reçu le message d’une femme… » (p. 32) ; « La délicatesse commence par entendre ce que dit cette maman. » (pp. 104-105) ; etc. Sur Twitter, il met les femmes à l’honneur, bien plus encore que les hommes. Et dans son livre, il nous fait à plusieurs moments des plaidoyers féministes en se servant des récits bibliques (la rencontre entre Jésus et la Samaritaine, ou encore avec Marie-Madeleine) : « D’abord, c’est une femme. » (p. 193) ; « Jésus ressuscité se manifeste en premier à une femme. » (p. 201) ; etc. À son insu, James Martin nous montre qu’il veut nous faire accompagner par le diable, cet ange asexué dont on n’identifie pas le sexe : « Des biblistes ont fait remarquer que le sexe du deuxième disciple d’Emmaüs (l’ami de Cléophas) n’est pas mentionné. Cet autre disciple pourrait donc bien être une femme. Qui vous a accompagné dans vos phases de désespoir ? » (p. 210) Et il fait passer cette démagogie pour de la galanterie, de la justice et de la lutte contre le machisme…
 

1 – LES CADEAUX DE MAMAN MARTIN : QU’Y A-T-IL DANS LE PETIT PAQUET… ?


 

Comme toute gentille mère qui se respecte, Maman Martin a décidé de mettre le paquet pour nous faire plaisir, à nous personnes homosexuelles. Pour quelle occasion ? Aucune. C’est l’occasion qui fait la daronne, comme dit le dicton. C’est soi-disant de manière désintéressée de sa part.
 

Alors voyons voir ce qu’il y a dans le joli paquet enrubanné de Maman Martin. Oh ! Un pont arc-en-ciel Playmobil à construire !! Mais c’est génial ! Exactement celui qu’on voudrait ! Et il nous conduit vers où, ce pont ? Vers un château enchanté qui ressemble à une cathédrale. Et c’est une cathédrale ! Vraiment charmant. On va pouvoir faire des beaux pâtés de sable.
 

Mais c’est qu’on dirait qu’il y a d’autres cadeaux personnalisés dans ce paquet… Maman Martin est trop choute. Elle a pensé à plein de détails. Elle nous offre une robe de princesse, un costume de prince, une layette rose cousue main. Dans son livre, on retrouve de temps à autre le lexique de la lumière-textile : « leurs vêtements » (p. 111) ; « C’est toi qui m’as tissé au ventre de ma mère. […]merveille que je suis. » (Psaume 139 cité) ; « l’image de Dieu nous ‘tissant’ » (p. 177) ; « effilochement du tissu social » (pp. 33-34) ; « alliés » (p. 39, synonyme de « gays friendly ») ; « sont venues se serrer dans l’Église » (p. 25) ; « se sentir plus en lien avec l’Église » (p. 51) ; « les filets » (p. 191) ; « votre filet » (p. 191) ; etc. Et en plus de la layette, Maman Martin a rajouté une jolie lampe de chevet et un mobile lumineux pour que nous n’ayons pas peur du noir, et histoire de resserrer les liens avec nous (au sens de cordages ligotants) : « jeter une lumière nouvelle » (p. 28) ; « une intensité » (p. 33), « intensité » (p. 22) ; « tension » (p. 45) ; « enrichie » (p. 60) ; « soleil brille » (p. 63) ; « l’énergie des catholiques LGBT » (p. 89) ; « transformé » (p. 94) ; « expérience transformante » (p. 173) ; « mettre leur énergie et leurs ressources » (p. 101) ; etc. D’ailleurs, le marquage de fin de chapitre sont des étoiles… C’est magique.
 

Mais l’élan de générosité de Maman Martin ne s’arrête pas aux cadeaux matériels. Elle nous offre surtout des cadeaux symboliques (c’est-à-dire verbaux, légaux, de croyance, sacramentaux). Maman Martin veut satisfaire tous nos désirs (mot qui revient souvent) : « Quels sont vos désirs, vos espoirs ? » (p. 76) et toutes les attentes de ses chers protégés que nous, personnes homos, serions. Elle emploie beaucoup le terme « espoir » : « les espoirs » (p. 13), « vos espoirs » (p. 77), « espoirs » (p. 88) ; « espérer » (p. 131) ; etc. Elle ne veut surtout pas nous frustrer, être castratrice. La bonne mère prétend répondre à tous nos fantasmes identitaires et amoureux, à partir du moment où ils sont homosexuels. Et elle invite tout le monde, et en particulier les pasteurs catholiques, à faire preuve du même laxisme totalitaire : « partager leurs vies comme un tout » (p. 89) Il ne faudrait rien nous céder.
 

Le premier de ses cadeaux symboliques, c’est évidemment la reconnaissance de notre soi-disant volonté d’être reconnues telles que nous sommes (« homosexuels ») et d’« aimer » (homosexuellement, entre autres). Le père James Martin défend l’« identité homo » et l’« amour » homo, et même la transidentité et la transsexualité. À de nombreuses reprises dans son livre, il substantise l’adjectif « homosexuel » : « une lesbienne » (p. 59) ; « une lesbienne » (p. 61) ; « les homosexuel-le-s » (p. 45) ; « les gays et lesbiennes » (p. 125) ; « assumer cette identité » (p. 36) ; « accepter leur propre identité » (p. 185) ; etc. Il croit en l’« identité » homo et la juge « naturelle », « essentielle » : « Ce jeune homme m’a spontanément dit qu’il était gay, et la manière très naturelle avec laquelle il a fait cela m’indiquait qu’il était tout à fait à l’aise avec sa sexualité. » (p. 36). L’idée en filigrane, c’est que l’homosexualité n’est pas un problème et n’a pas à l’être. Être bien avec son homosexualité, c’est, selon James Martin, ne pas en faire un problème, c’est d’intégrer, d’« assumer » (p. 36) son « identité » LGBT.
 

 

Maman Martin croit également en « l’amour » homo : elle défend le sentiment amoureux, le fait de « connaître les sentiments » (p. 91) « comprendre les sentiments » (p. 91) ; « L’un de mes plus vieux amis est un homme gay appelé Mark, autrefois membre d’une congrégation religieuse catholique. Il y a environ vingt ans, Mark a quitté sa congrégation après avoir annoncé qu’il était gay et a refait sa vie avec son partenaire, avec qui il est désormais marié civilement. Ce dernier souffre d’une maladie grave et Mark s’est dévoué de longues années à son service avec beaucoup de tendresse et d’affection. Qu’est-ce que l’histoire de Mark nous dit de l’amour ? » (p. 78) ; etc. Sa croyance au « couple homo chaste » ou en « l’amour homo chaste » ressort dans ses paroles : « Qualifier le sexualité d’une personne d’‘objectivement désordonnée’ est une manière de lui dire que tout son amour, même le plus chaste, est désordonné, ce qui est manifestement un jugement inutilement cruel. » (p. 104) Et encore, à l’écrit, le père James Martin ronge son frein. Il est beaucoup plus cash et permissif à l’oral, où là il sait que ses propos sont moins attaquables et plus insaisissables (comme on l’a vu dans son entretien avec Brandon Ambrosino à l’Université de Villanova le 29 août 2017, où le jésuite ne voyait aucune objection à ce que le jeune homme homo embrasse son compagnon pendant le baiser de paix à la messe…).
 

Maman Martin est très « cool » comme prêtre. Très « ouverte ». Elle croit en la « famille homoparentale » (elle parle de « familles » au pluriel). Étant donné qu’elle voue un culte aux Différences, à l’Altérité (James Martin prononce beaucoup de fois l’expression « l’autre » en tant que personne indéfinie : deux fois p. 19, une fois p. 20, trois fois p. 21, une fois p. 87, deux fois p. 94, une fois p. 102, une fois p. 145, une autre p. 210… et je rappelle que « l’Autre » est un des noms du diable dans la Bible, en plus de « l’Étranger » : « C’est l’étranger que Jésus désigne comme héros. » p. 166), il était logique qu’il confonde la différence des sexes avec l’hétérosexualité (hétérosexualité qui est l’idolâtrie pour toutes les altérités au niveau amoureux et sexuel, le diable déguisé en différence des sexes). Et ça ne loupe pas. Le diable sort dès l’introduction de Bâtir un pont : « de nombreux hétérosexuels » (p. 15). Et ça continue de plus belle après : « personnes hétérosexuelles » (p. 40) ; « les diocèses et les paroisses doivent être cohérents : licencie-t-on un homme ou une femme hétérosexuelle qui divorce puis se remarie civilement sans obtenir un jugement de nullité pour son premier mariage ? » (p. 69) ; « hétérosexuels » (p. 72) ; « les hommes et les femmes hétérosexuels » (p. 72) ; « hétéros » (p. 72) ; « Les hétérosexuels » (p. 72) ; « les jeunes hétéros » (p. 84) « les jeunes hétéros » (encore p. 84) ; « leurs homologues hétéros » (p. 125) ; « homos comme hétéros » (p. 127) ; etc. Toute la pensée martinienne sur l’homosexualité est faussée car basée sur l’hétérosexualité, c’est-à-dire une fausse humanité définie par la pratique génitale, la volonté individuelle et les sentiments amoureux.
 

Maman Martin tient tellement à nous maintenir dans une enfance angélique qu’elle se refuse à nous voir grandir et à devenir hommes ou femmes. Elle veut nous débarrasser de notre sexuation. Le sexe, elle n’aime pas. Elle trouve ça sale, animal, dégradant : « L’expression ‘attraction pour les personnes de même sexe’ s’appuie sur le mot ‘sexe’. C’est donc loin d’être l’idéal. » (p. 56). Par exemple, elle préfère dire « cisgenre » qu’« hétérosexuel » (p. 81)… parce que dans « hétérosexuel », il y a le suffixe « sexuel ». Beurk ! Elle réduit la sexualité à la génitalité : « Il n’est pas nécessaire de toujours tout ramener à la sexualité. » (pp. 16-17). James Martin valide carrément la transsexualité (alors que la transsexualité est un mythe : on ne change pas de sexe, même après opération). « Voilà une femme manifestement hétérosexuelle qui avait épousé un homme désormais devenu femme. » (p. 81) Il justifie également la transidentité (dysphorie de genre), en promouvant discrètement l’idéologie du Gender, dont la caractéristique formelle est le remplacement (ou l’absorption du mot) « sexe » par le mot « genre », et qui est concrètement une promotion de toutes les « identités sexuelles » : « un spectre qui va de l’un à l’autre » (p. 21) ; « un sexe (genre) ou l’autre » (p. 21) ; « identité de genre » (p. 76) ; « la femme cisgenre » (p. 81) ; « Voilà un mariage [entre une femme et une femme trans F to M] que la plupart des clercs qualifieraient d’irrégulier. Et pourtant, un modèle de fidélité et de loyauté. Même après que l’un des membres du couple eut fait sa ‘transition’, le mariage était toujours là, intact. Qu’est-ce que ce couple nous dit de la fidélité ? » (p. 81) ; « votre identité de genre » (p. 159) ; etc.
 

 

Deuxième cadeau symbolique que Maman Martine désire nous offrir : un nom. Celui qu’on veut (ou « voudrait ») : « personnes LGBT », « catholiques LGBT » (et puis ensuite « un homosexuel », « un gay », « une lesbienne », « un bisexuel », « un transsexuel/transgenre »). James Martin développe tout un chapitre sur « comment doivent être appelées les personnes homos ? ». Il instaure la logique de la méritocratie alliée au faire plaisir et à l’affirmation de soi. En gros, il entend négocier auprès des autorités ecclésiales et de l’ensemble des catholiques un « droit à l’auto-détermination » des personnes homos. Exactement comme la mère d’élève qui arriverait à l’école primaire de son fils trans pour imposer à la maîtresse de sa « fille née garçon » et à tout l’établissement le changement de prénom de « sa fille »… et tout ça bien sûr au nom du bien-être existentiel de son enfant, de la prévention anti-harcèlement, et du respect des « diversités » : « Le respect implique d’appeler un groupe de la manière dont il veut être appelé. Au niveau interpersonnel, si quelqu’un vous dit : ‘Je préfère qu’on m’appelle Jim, plutôt que James’, vous feriez très naturellement attention à l’appeler par le nom qu’il préfère. C’est de la courtoisie élémentaire. C’est la même chose à l’échelle des groupes. » (p. 53) ; « Le respect signifie au minimum offrir à la communauté LGBT la même reconnaissance que toute communauté désire et mérite. » (p. 49) ; « Il est plus respectueux d’appeler les personnes par le nom qu’elles préfèrent. Toutes personnes par le nom qu’elles préfèrent. Toute personne a le droit d’être appelée par le nom dont elle veut qu’on use pour elle. » (p. 53) ; « Je ne suis pas le seul à soutenir qu’il faut appeler les personnes par le nom qu’elles préfèrent. » (p. 56) ; « les gens ont le droit de choisir leur appellation. Utiliser ensuite ces termes fait partie d’une relation respectueuse. » (p. 57) ; « le mariage de couples de même sexe » (p. 111). On a l’impression d’entendre le même discours idéologique féministe et individualiste du « Mon corps m’appartient ! », sauf que cette fois, c’est « Leur nom leur appartient ! ».
 

C’est de la cosmétique et du pur nominalisme sentimental, nominalisme que James Martin dénonce chez les autres, en reprochant aux catholiques leur hypocrisie de ne pas nommer les choses… (« Oublions donc les expressions telles que ‘personne attirée par les personnes de même sexe’ qu’aucune personne LGBT que je connais n’emploie, ou même ‘personne homosexuelle’ qui semble trop clinique à beaucoup. Comment la communauté LGBT pourrait écouter l’Église si cette dernière persiste à user d’un langage qui est offensant pour elle ? » p. 55)… mais lui, qu’est-il en train de faire avec l’homosexualité ? avec le « mariage gay » (expression qu’il ne prononce jamais) ? avec le péché d’homosexualité ? avec sa probable homosexualité à lui ? La même chose ! Il cautionne le mensonge identitaire du coming out, le mensonge amoureux du « couple » homo, il cache sa propre tendance sexuelle, et il ne dit rien sur le péché qu’est la pratique homosexuelle.
 

Maman Martin dévoile beaucoup plus loin le noir dessein de son nominalisme gay friendly (et vraiment, ça fait froid dans le dos…) : c’est pour avoir le pouvoir sur nous, ses chers enfants LGBT : « Connaître le nom de quelqu’un, dans le monde de la Bible, c’est déjà connaître un peu la personne, partager une certaine intimité avec elle, voire posséder un certain pouvoir sur elle. » (p. 157) ; « Connaître le nom de quelqu’un revient, en un sens, à connaître cette personne, à rentrer dans son intimité, voire à exercer un pouvoir sur elle. » (p. 54). Je rappelle que James Martin dédie tout un chapitre de son livre sur la façon de nous nommer. C’est bien qu’il cherche à nous posséder, à avoir un ascendant sur nous, et qu’il se prend pour Dieu : « Dieu donne un nouveau nom à Abram » (p. 158). Il se justifie de la distorsion nominaliste autour des personnes homosexuelles, et plus largement autour de la sexualité, de l’Amour, de l’homosexualité et de Dieu, en citant la Bible : « Dieu donne à Adam le pouvoir de nommer les créatures » (p. 158) Dieu ordonne aussi à Adam de nommer le mal… mais bon, ça, visiblement, James a zappé…
 

Troisième cadeau symbolique en lien avec la dénomination homosexuelle : pour nous gâter et flatter l’ensemble des personnes homosexuelles, Maman Martin nous décerne des titres honorifiques : par exemple le titre d’« Ambassadeurs », en nous attribuant ensuite le mérite de cette trouvaille (il cite par exemple « une lesbienne » qui s’investit du « rôle d’ambassadeur catholique », p. 62). James Martin se fait le défenseur de la « sainteté pour tous », et développe le mythe du « Saint homosexuel » (p. 64) (et je dis « mythe » car Là-haut, nous ne serons plus homosexuels). Il distribue des diplômes de « prophète » ou de « saint » à ceux qui passent la douane de son pont, parce que lui-même se prend pour un grand prophète. « Les prophètes ont toujours eu l’amour comme moteur. L’amour non seulement de leur semblable, mais aussi l’amour de l’institution » (p. 143). Il se risque à lancer d’hasardeux pronostics de sainteté LGBT… : « Il est vraisemblable que parmi les prêtres, religieux et religieuses canonisés, un certain nombre d’entre eux a éprouvé cette attirance, tout en vivant fidèlement leur promesse de célibat ou leur vœu de chasteté. » (p. 65) Qu’en sait-il ? Rien du tout. Et ce n’est pas à lui de décider.
 

Maman Martin ne délivre pas que des « patronymes » qui font bien et parfait. Pour leur donner une touche d’irrévérence, d’intensité et de liberté, elle les salit au passage. Elle nous offre le titre de « constataires », de « révoltés », de « rebelles » rainbow. Comme Lucifer, il appelle à la plainte, à la révolte, à la vengeance matinée de respectabilité et de révérence du statut ecclésiastique : « Faites-vous suffisamment confiance à Dieu pour vous plaindre, comme le fait le psalmiste, de ceux qui vous ont ‘maudit’ ? » (p. 183) Je ne saurais que trop lui recommander de méditer cette maxime très inspirée (par l’Esprit Saint) de saint François de Sales : « Qui se plaint, pèche ».
 

 

Quatrième cadeau symbolique offert gracieusement par Maman Martin : elle nous reconnaît énormément de qualités, de dons, de talents. Nous serions merveilleuses, et elle est teeellement fière de nous… Comme Céline Dion, elle ne tarit pas d’éloges à notre sujet. Nous, catholiques LGBT, aurions des talents à foison, serions des surdoués, des exemples d’engagement ! : « talents » (p. 32) ; « talents » (p. 33) ; « les catholiques LGBT ont des talents uniques à déployer dans l’Église » (p. 58) ; « Ces dons aident à bâtir l’Église. » (p. 58) ; « leurs dons » (p. 59) ; « nombreux dons apportés » (p. 59) ; « apporté » (p. 59) ; « leur engagement » (p. 35) ; « engagement » (p. 63) ; « engagement » (p. 164) ; « engagé » (p. 233) ; « engagement » (p. 234) ; « ce que ces hommes et femmes LGBT apportent à l’Église » (p. 89) ; « talentueux » (p. 59) ; « son talent » (p. 59) ; « talents » (p. 61) ; « talents » (p. 88) ; « de nombreux talents » (p. 89) ; « exercer les talents » (p. 143) ; « un talent » (p. 161) ; « exercé ces talents » (p. 163) ; « exercer ces talents » (p. 163) ; « les talents » (p. 223) « ces talents » (encore p. 223) ; « ces dons » (p. 60) ; « un don » (p. 62) ; « donnés » (p. 63) ; « Repérer, nommer et honorer ces dons. » (p. 63) ; « dons » (p. 88) ; « célébrer et chérir les dons des catholiques LGBT » (p. 89) ; « leur don » (p. 157) ; « différents dons » (p. 163) ; « dons » (p. 163) ; « dons » (p. 164) ; « dons » (encore p. 164) ; « apporter leurs dons » (p. 164) ; etc. C’est presque « Il a un rêve » dans « Raiponce » de Pixar-Disney, sauf que là, ce sera « Les LGBT ont un (incroyable) talent ». Il a un talent. Elle a un talent. Et toi, c’est quoi, ton talent ? C’est quoi les dons rainbow que tu apportes à l’Église ? Viens mélanger tes couleurs ! Spot publicitaire minable mais flatteur et apparemment interactif.
 

À l’instar d’Emmanuel Macron qui a demandé trois dons aux responsables catholiques aux Bernardingues (et qui en réalité se prend pour l’enfant Jésus entouré des rois mages), Maman Martin nous « propose » à nous personnes homosexuelles de lui redonner les trois baballes qu’il nous a données et attribuées : « Cette compassion est un don. Cette persévérance est un don. Ce pardon est un don. […] Compassion, persévérance et pardon sont des dons. » (pp. 60-61) ; « Chacun de nous apporte des dons variés » (p. 161). C’est un technique bien connue des francs-maçons actuels : attribuer puis demander à ceux qu’on veut flatter et manipuler des DONS, en général au nombre de trois. James Martin fait de même avec les personnes homos et les clercs. Comme ça, il envoie en mission, tout en responsabilisant ses éclaireurs, ses architectes, ses ouvriers, et en les maintenant dans son giron. Comme par hasard, James Martin fait peu référence au Donateur (Jésus), puisqu’elle nous identifie aux trois dons : « Ils sont eux-mêmes le don. » (p. 63). Il fait également très peu référence au don de la Croix qui accompagne obligatoirement la réception des talents.
 

Dernier cadeau symbolico-concret que Maman Martin a réussi à négocier avec nous (dans le secret du confessionnal cette fois) si jamais nous sommes vraiment sages et coopératives, méritantes et émouvantes dans notre pratique amoureuse et spirituelle pédésexuelle : il nous offre des sacrements. Oh la la… Même quand notre état de vie (pratique homo, « couple » homo, etc.) ne nous permet pas de les recevoir : il évoque par exemple la distribution du « sacrement de réconciliation » (p. 29). Et sans doute fait-il aussi les bénédictions de « couples » (même si là, je n’ai rien pour le prouver). Il offre cela au nom de toute la communauté ecclésiastique et de l’Église-Institution (cadeau de la Maison !). Mais chuuut ! Pour éviter le scandale et les incompréhensions en interne, ce « cadeau-bonus », ces passe-droits sacramentaux, il nous demande de les taire pour le moment (On planque les bonbecs dans la poche, et on dit rien aux autres ! C’est notre petit secret…). Et pour ne pas avoir à demander l’autorisation de sa hiérarchie pour de telles pratiques « sacerdotales », il la remercie d’avance ! Comme ça, aucun n’osera riposter : qui peut rejeter un « merci » ? En effet, nous ne sommes pas les seules, nous personnes homos, à recevoir des cadeaux de Maman Martin. Elle offre aussi ses complimentations à certains chefs de l’Église-Institution, soigneusement sélectionnés comme « sortants du lot », et délivre des autorisations, des bons points, à qui voudra bien de sa pommade lubrifiante : « Il y a bien des évêques, et de plus en plus, qui savent accueillir. […] On trouve aussi de nombreuses paroisses, et de plus en plus, qui savent accueillir. » (p. 131). Elle attribue le label « Paroisse qui sait accueillir », « évêque friendly ou homos-compatible », aux communautés méritantes et aux chefs d’Église qui ont suivi ses conseils et l’ont reçue chez eux. Les critères tacites de cette attribution, c’est de valider l’« identité » homo ainsi que « l’amour homo ». Of course !
 
 

2 – COMMENT MAMAN MARTIN S’Y PREND POUR QUE NOUS ACCEPTIONS SES CADEAUX SANS RÉSISTER?

Maman Martin serait très très contrariée si nous, personnes homosexuelles, et puis ensuite plus largement les catholiques, refusions ses présents. Très contrariée. Comment quelqu’un oserait lui faire l’affront de douter de son amour pour les personnes homos et pour l’Église ?? d’écarter ses cadeaux d’un revers de main ?! Elle ne peut le concevoir ! Elle élabore donc toute une stratégie comportementale et verbale de diva pour éviter à tout prix cette suspicion, ce « Cataclysme ».
 

D’abord, Jocaste nous couve/dévore des yeux, nous fait les yeux doux : « un regard neuf » (p. 38) ; « regard » (p. 94) ; « Comment avez-vous réussi à le ‘voir’ dans votre vie ? » (p. 174) ; « Dieu a fait vos ‘reins’, et toutes vos entrailles. Cela change le regard qu’on a sur soi… » (p. 179) ; « Quel regard portez-vous maintenant sur cette époque ? » (p. 210) ; etc. Un peu comme en hypnose. Aies confianccce.
 

Ensuite, pour clouer le bec à Baby LGBT qui parfois peut régurgiter devant tant de gourmandises avalées (les bébés cathos, surtout homos, c’est parfois étonnamment récalcitrants et ascètes…), Maman Martin nous fait parler un maximum, témoigner, raconter notre histoire. Exactement comme les entrepreneurs de la Tech actuelle, qui nous lancent dans le story-telling (en particulier quand on n’a rien à dire) pour faire marcher leur propre business du témoignage émotionnel. Vas-y ! Accompagne-moi sur les scènes des églises et des télés, et je partagerai avec toi le micro et le magot des honneurs en te laissant raconter ton « vécu » homosexuel. Cette offre a l’air alléchante sur le papier puisqu’elle semble inverser les rôles habituels : ce n’est plus Baby LGBT qui se tourne vers Maman Martin pour qu’elle lui raconte une histoire, mais Maman Martin elle-même qui demande, d’un air énamouré, à sa créature, de le faire. Wahou! Trop d’honneurs ! En réalité, c’est un cadeau empoisonné, car en général, côté personnes homosexuelles prêtes à s’afficher dans les médias, ça ne se bouscule pas au portillon. Donc James Martin ne partage pas tant que ça sa place médiatique. Pas folle (ou plutôt très folle) la guêpe !
 

 

Ensuite, pour que nous acceptions ses « cadeaux » sans broncher, Maman Martin joue à fond sur l’émotion : elle se donne le rôle maternant de la Mère-Courage (ou de Père-Courage) qui « comprend » tout, qui « voit » tout, qui « endure » tout, qui « entend » et « accueille » tout, avec patience et empathie. C’est un peu Jacques Pradel. Et quand ses poulains n’ont pas la force de raconter leur struggle of gay life eux-mêmes, elle raconte à leur place des anecdotes où eux se retrouvent mis en scène avec elle, ou bien des retrouvailles émouvantes entre « homoparents » et « enfant gay », pour tirer les larmes à un public médusé, justement. Sortez les Kleenex : « L’une des choses les plus émouvantes […] : un jeune homme de seize ans qui venait juste de faire son coming out au sein de son lycée catholique et son père, approchant la cinquantaine, qui avait alors avec le reste de la famille accueilli son fils à bras ouverts et avec un cœur gros comme ça. » (p. 36) Maman Martin est fière de susciter autant d’émotion et d’intérêt autour de sa personne. Pardon… autour des « catholiques LGBT ». Elle est accueillie littéralement comme une rock (roc ?) star, une princesse. Lady Di. Elle nous raconte les effusions d’émotions fortes et les étreintes corporelles qu’elle a connues pendant ses conférences : « De jeunes personnes LGBT m’ont serré dans leurs bras, des parents ont pleuré, de nombreuses personnes m’ont remercié, en des termes bien plus forts que j’aurais pu imaginer. » (p. 23) It was… It was… amaaazing ! Elle fait devant nous et ses lecteurs l’inventaire numérique de sa moisson d’auditeurs émus venus en masse l’écouter : « l’église Sainte-Cécile, à Boston […]sept cents personnes » (p. 22) ; « la taille de l’auditoire m’a impressionné. » (p. 23) ; « Là aussi, la foule était telle que tout le monde avait dû rester debout » (p. 25) ; « Une nouvelle fois, c’est plus de sept cents personnes. » (p. 25) ; « Des gens ont attendu parfois deux heures pour pouvoir me parler et me partager leur histoire, souvent dans l’émotion. » (p. 25) ; etc. Les églises pleines à craquer, ça galvanise Maman Martin (même si elle se garde bien de trop exhiber son excitation, pour ne pas passer pour une orgueilleuse arriviste) ! Ça lui donne un sentiment de puissance, cette mystérieuse attraction des foules pour l’homosexualité. Maman Martin ne se sent plus pisser ! Entre les lignes de Bâtir un Pont transparaît un véritable attrait narcissique pour la gloire et l’audience : « Voir une église aussi remplie m’a fait comprendre ce que mon discours pouvait avoir de neuf pour tant de personnes. » (p. 23) Je me suis ému moi-même, tiens !
 

Autre technique mise en place par ce faux-cul de James Martin pour nous amadouer : Bonne Maman Martin soigne la forme et focalise sur celle-ci (… pour occulter précisément l’absence de fond). Une femme du monde (= les mignons de James) se doit de connaître les bonnes manières et l’art de la présentation, de la bienséance : « s’adresser la parole poliment » (p. 33) « une courtoisie tranquille » (p. 33) ; « de la même manière » (p. 60) ; « Je voudrais réfléchir tant à la manière dont l’Église s’adresse à la communauté LGBT qu’à la manière dont la communauté LGBT s’adresse à l’Église. » (p. 45) ; « Ce mot magnifique qu’est la délicatesse » (p. 135) ; « avec respect » (citant le Pape François, p. 138) ; « avec dignité » (citant encore le Pape, p. 138) ; « avec la compassion nécessaire » (p. 213) ; etc.
 

Pour justifier ce formalisme caricatural poussé à l’extrême, Maman Martin s’abrite derrière le Catéchisme de l’Église Catholique. Mais c’est toujours le même extrait repris : celui où il est question de « traiter les personnes homosexuelles avec respect, compassion et délicatesse ». Évidemment, les autres paragraphes de doctrine, non-centrés sur la forme, elle ne les aborde jamais. Elle les effleure, tout au plus. Et cette crispation sur la « manière » doucereuse d’accompagner les personnes homos vire au lavage de cerveau et à l’obsession. Je n’ai jamais vu ça ailleurs, j’avoue. Maman Martin a répété rien moins que 17 fois le trio dans tout le livre (et encore… je ne compte même pas les mentions des termes pris isolément) ! Notre Mémère ne s’est pas foulée : le triptyque respect/compassion/délicatesse, elle nous en donne à bouffer matin midi et soir ! Elle s’en est même servi comme plan de livre : comme ça, pas besoin de se casser la tête à élaborer une pensée personnelle (C’est vous dire si Bâtir un Pont est un livre creux) ! Allez, on lance le disque ! : « renforcer un esprit de ‘respect, compassion et délicatesse’ » (p. 26) ; « ‘respect, compassion et délicatesse’ » (p. 31) ; « Mais tout cela doit être fait avec ‘respect, compassion et délicatesse’. » (p. 32) ; « respect, compassion et délicatesse sont des talents sous-estimés » (encore p. 32) ; « dans le respect, la compassion et la délicatesse » (p. 37) ; « avec ‘respect, compassion et délicatesse’ » (p. 45) ; « ‘respect, compassion et délicatesse’ » (p. 46) ; « avec ‘respect, compassion et délicatesse’ » (p. 47) ; « avec ‘respect, compassion et délicatesse’ » (p. 107) ; « avec ‘respect, compassion et délicatesse’ » (p. 108) ; « respect, compassion, délicatesse » (encore p. 108) ; « Je vous ai invités à parcourir avec moi ce pont construits sur les trois piliers que nous donne le Catéchisme dans son approche du ministère auprès des personnes LGBT : le respect, la compassion et la délicatesse. » (p. 145) ; « ‘respect, compassion, délicatesse’, ces trois vertus mentionnées par le Catéchisme de l’Église » (p. 221) ; « avec respect, compassion, et délicatesse » (éditeurs, p. 226) ; « Au-delà du respect, de la compassion, et de la délicatesse, quelles autres vertus l’Église devrait-elle incarner quand elle s’adresse à la communauté LGBT ? » (éditeurs, p. 225). Le tabac c’est tabou, on en viendra tous à bout ! On n’est pas devant autre chose qu’un martèlement infantilisant d’une formule quasi incantatoire. À un moment donné, James Martin va même jusqu’à citer dans son livre un père de famille (ayant un enfant gay) qui, en bonne élève, le cite ! : « Les personnes gays doivent être accueillies avec respect, compassion et délicatesse. J’ai dit à ma femme : ‘Je devrais traiter l’évêque avec ce respect, cette compassion, et cette délicatesse que j’attends de sa part envers notre fils.’ » (p. 116) Le rendu « gourou et adepte-perroquet » est immédiat !
 

Alors oui, vous l’aurez compris, Maman Martin voudrait que chacun puisse, sur les questions LGBT, « témoigner de sa compassion » (p. 75) : « ‘Je t’aimerai toujours, peu importe ce que tu vas me dire.’ Qu’est-ce que ce grand-père nous dit de la compassion ? » (p. 78) ; « Il m’a semblé que c’était une faute, un manque de compassion, une absence de ‘souffrir avec’. » (p. 86). Le « souffrir avec », visiblement, c’est un peu le « vivre-ensemble » ou le « Je suis Charlie » du Petit James Martin illustré : un concept langagier lénifiant et hypocrite. En plus, James Martin développe l’idée (totalement erronée) que la compassion serait l’amour inconditionnel et aveugle : « ‘Jésus t’aime. Et ton Église te reçoit comme tu es.’ Qu’est-ce que ce prêtre nous dit de l’accueil ? » (p. 79). Or, cette idée de l’Amour inconditionnel de Dieu est une pure mythologie (crue malheureusement vraie par beaucoup de catholiques). L’Amour de Dieu a trois conditions (et non des moindres !) : la préservation de notre liberté (à L’accueillir ou à Le refuser), la préservation de la Vérité (et donc notre obéissance), et surtout l’acceptation de la Croix de Jésus. Le « Comment on est aimé de Dieu » et ce que ça implique comme renoncements (notamment le renoncement à la pratique homo), ça, comme par hasard, James n’y répond pas. Par ailleurs, comme le développe Fabrice Hadjadj, qui distingue très finement « compassion » et « empathie », la compassion est le péché d’Ève : celle-ci a tellement voulu « souffrir avec » Adam qu’elle s’est damnée en tombant dans le même trou que son mari, par compassion et respect de l’« unité », justement. Ce n’est par conséquent certainement pas une « vertu » à présenter comme modèle de comportement. Ensuite, la définition par James Martin de la délicatesse comme « une conscience aiguë de ce qui pourrait blesser ou offenser l’autre. » (p. 102) démontre également qu’il nous prend, nous personnes homosexuelles, pour des petites choses fragiles, devant être nécessairement couvées par une mère-poule (lui, en l’occurrence !). Or le refus de blesser l’autre, ça s’appelle parfois la lâcheté, la peur, la compromission, la démagogie ou la séduction, la surprotection, l’empêchement de vivre ! Si j’avais Maman Martin en face de moi, je n’aurais envie de lui dire qu’une chose : « Fous-nous la paix ! Arrête de nous ‘aimer’ comme ça ! ».
 

Pour finir sur le triptyque respect/compassion/délicatesse, je signalerais que les trois « piliers » répétés comme une ritournelle par James Martin ne sont pas des « vertus » spirituelles ou théologales (contrairement à ce que prétendent les éditeurs en fin de livre p. 232, en pensant sans doute au trio « Foi-Espérance-Charité »), ni des Vérités dogmatique, mais juste des attitudes formelles, des qualités humaines et mondaines, des manières, de surcroît plutôt attribuables aux femmes et aux mères qu’aux hommes (et sans tomber dans un essentialisme de la différence des sexes, je dirais plutôt « attribuables aux personnes toxiquement maternantes tout court : qu’elles soient hommes ou femmes »). Le discours de l’Église sur l’homosexualité dit bien autre chose qu’une manière de se conduire, d’accompagner ou d’aimer. Réduire son enseignement sur l’homosexualité à ces trois mots « respect/compassion/délicatesse », à des attitudes, à des conduites, c’est juste sidérant de niaiserie et spectaculairement réducteur… Les aspérités du Catéchisme et l’exigence de la Croix pour les personnes homosexuelles, le père James Martin les a complètement gommées. Il veut de l’héroïsme LGBT sans la Croix. Et ça, ce n’est pas nous rendre service.
 

Maman Martin a trouvé une technique imparable pour imposer sa propagande d’accompagnement (et de garderie !) des personnes homosexuelles à l’Église : précisément en ne l’imposant pas ! Ou plutôt, en présentant cette imposition comme une suggestion, une option, un service, une initiative étrangère à elle et émanant des personnes qu’elle asservit. James Martin joue l’hôtesse d’accueil qui « invite » et « propose » à tour de bras : « J’invitais à la discussion » (p. 17) « ce livre n’est ni une controverse ni une polémique ni un débat, mais une invitation à prendre part à la conversation » (p. 26) ; « inviter les paroisses à la prière en commun » (p. 39) ; « les catholiques sont invités à traiter les homosexuel-le-s » (p. 45) ; « Commençons donc par emprunter le pont » (p. 47) ; « Les pasteurs de l’Église sont invités à être attentifs » (p. 54) ; « J’invite les pasteurs à admettre que » (p. 57) ; « invitée à méditer sur la façon » (p. 60) ; « l’Église est invitée à… » (p. 64) ; « Permettez-moi de vous partager six anecdotes qui invitent à l’écoute. » (p. 77) ; « étaient invités à réagir » (p. 80) ; « inviter le lecteur à méditer des passages » (p. 80) ; « nous invite tous à y réfléchir » (p. 86) ; « Mais j’invite les personnes LGBT à réfléchir à cette question : est-ce compatible avec notre vie de chrétiens ? » (p. 112) ; « le pont que je vous invite à franchir » (p. 146) ; « Pour continuer la réflexion » (p. 217) ; « ce guide lecture et de discussion » (p. 219) ; « cette invitation » (p. 219) ; « propose » (p. 222) ; etc. Ce lèche-botte professionnel s’étend en salamalecs mielleux ridicules, en formules à rallonge fleuries qui confinent à l’obséquiosité : « Permettez-moi » (p. 46) ; « il peut donc sembler étrange de se demander comment… » (p. 46) ; « la distinction que je propose » (p. 46) ; etc. Quand on le complimente, il esquisse une fausse modestie : « C’est probablement vrai. » (p. 24) Même quand il doit hausser le ton, il se contient dans une politesse excessive : surtout, il ne faut pas nommer les choses, il faut ne rien interdire ni condamner, ne pas paraître strict ! « C’est un argument intéressant, qui mérite attention. » (p. 73) ; « Le Catéchisme dit bien que ‘toute manifestation d’injuste discrimination’ doit être évitée. » (p. 83) ; « chose que nous devrions éviter de pratiquer » (p. 71) : toute personne normalement constituée aurait usé dans ces deux dernières phrases de l’adjectif « proscrite » ou « condamnée ». Mais non ! La bonne mère doucereuse, même quand elle condamne, le fait avec mollesse, sophistication et préciosité. Elle évite le conflit, et surtout la Vérité tranchante du Christ !
 

Avec Maman Martin, on se croirait revenus à l’École des Fans. À l’ouverture des « cadeaux », elle simule l’étonnement émerveillé avec son enfant : « À ma plus grande surprise » (p. 80) « Quelle surprise ! » (p. 80) ; « Et voici peut-être une surprise plus grande encore » (p. 80) ; « ce qui me laissa interloqué » (p. 81) ; « Elle perçut mon étonnement. » (p. 81) ; « J’étais déconcerté et seul mon mutisme était capable de rendre compte de ma sidération. » (p. 81) ; « La taille de l’auditoire m’a impressionné » (p. 23) ; etc. Comme la star pas naturelle (les célébrités américanisées style Céline Dion, ou encore Lenni Kim nous en livrent toujours des parfaits exemples), James Martin surjoue sur lui-même les effets qu’il attend des gens qu’il manipule. C’est une technique bien connue du monde publicitaire, dont le but est d’assommer les téléspectateurs de positivité et de flatterie. Et il y a fort à penser qu’il y a autant de calcul que de sincérité dans le comportement de James Martin quand il affiche une joie de ravi de la crèche ou au contraire une mine défaite et émue. Pour nous attraper et pour s’attraper lui-même, il jouera beaucoup sur l’affect, et ne va quasiment s’axer que sur l’émotion forte positive pour s’adresser à un auditoire : « Nombre de ces rencontres m’ont profondément touché. » (p. 11) La bonne mère s’extasie, à l’instar de la bourgeoise, pour susciter l’extasie autour d’elle : « N’est-ce pas là une phrase magnifique ? » (p. 87) ; « ‘Délicatesse’. C’est un mot magnifique utilisé par le Catéchisme. » (p. 91) ; « trésors de spiritualité que recèlent les Écritures » (p. 151) ; etc. Maman Martin se penche sur notre berceau, pour que chacun admire en lui-même (ou en elle !) « la merveille qu’il est » (p. 177). Elle simule qu’elle nous prend pour Dieu en personne, pour Jésus en culotte de velours, qu’elle voit à travers nous la Vision béatifique, ou encore la Vierge ! Elle nous renvoie en enfance, et plus que ça, au stade prénatal, aux sensations intra-utérines. Elle veut nous entraîner aux tréfonds de nous-mêmes, dans l’introspection, nous faire fermer les yeux pour que nous entrevoyions « l’image de Dieu nous ‘tissant’ » (p. 177).
 

 

Afin que nous acceptions ses cadeaux et ses paroles doucereuses sans riposter, Maman Martin ne nous dit que des choses gentilles et agréables. C’est ce qu’on appelle, dans le jargon de la manipulation, le Positive Wording (traduction : la « formulation positive »). En quoi consiste le Positive Wording ? C’est très simple. C’est ce que certains appellent le Monde des Bisounours. Il s’agit, dans les discours, d’une censure systématique des mauvaises réactions, des critiques, des oppositions, des mots négatifs qui blessent ou qui pourraient blesser et donner une mauvaise image. Le Positive Wording est d’une part un outil d’évitement des conflits et d’autre part un dispositif de conquête par l’indifférence souriante et muette. Il dit toujours « oui » (ou « peut-être » quand il veut dire « non »), évite les « ne… pas », « respecte tout » (tout en n’écoutant ce qui l’arrange), et félicite au lieu de dénoncer. Il multiplie les flatteries, les formules de nuance ou les concepts vides (du genre les adjectifs « différent », « intéressant », « fort », « nouveau », « cohérent », « lumineux », etc.) afin d’étouffer toute résistance. Il fuit la polémique et les sujets qui fâchent (ces sujets seront dits « inappropriés », « clivants » ou « excessifs »). Il est mielleux, caressant. Il pense que la Paix du Christ n’est pas une épée qui divise mais au contraire une parole humaniste et altruiste forcément douce, intense, fédératrice et unissante. Il fait d’ailleurs une fixette sur les concepts d’UNITÉ et de DIALOGUE. Il prétend ne rien imposer et ne pas être sectaire (il « invite » à tour de bras). La formulation positive est une cosmétique rhétorique redoutable, dont les dictatures (en particulier communistes et stalinistes) ont jadis abusée, et qui est désormais très utilisée par les politiciens actuels (Macron, Hollande, ceux qui se présentent comme « socialistes », etc.), par les scientifiques et les mentalistes. Elle fait partie des techniques d’hypnose (la programmation neuro-linguistique : PNL) et de communication non-violente (CNV) les plus courues pour manipuler un auditoire en lui donnant l’illusion d’être acteur de son propre raisonnement, de sa propre révolte, et … surtout de son propre endormissement !
 

Le Positive Wording, c’est exactement ce que met en place notre Big Mother nord-américaine, qui insiste beaucoup sur la communication, l’écoute, la nécessité : « un dialogue serein » (p. 142) ; « Je me désole du manque de compréhension et de dialogue entre les catholiques LGBT et l’Église institutionnelle. » (p. 30) ; « dialogue » (p. 17) ; « l’essence même du dialogue » (p. 18) ; « dialogue » (p. 22) ; « résulte d’un manque de communication et de confiance » (p. 45) ; « dialogue » (p. 56) ; « dialoguer » (p. 56) ; « dialogue empreint de respect » (p. 118) ; « modèle au dialogue » (éditeurs, p. 226) ; etc. Surtout concernant l’homosexualité, Maman Martin nous martèle qu’il faut se parler, « en parler », COMMUNIQUER, écouter (Mais l’écoute de quoi et de qui, au juste ?). C’est l’oralité pour l’oralité. Avec Maman Martin, on s’enlise dans le formalisme de la Vérité ou le fanatisme de la Parole, dans la posture écoutante ou communicante (mais qui ne communique et n’écoute rien, au final). James Martin multiplie les phrases à la con, les sophismes langagiers moralisants ou Walt Disney qui font joli mais qui ne signifient rien du tout : « Pour apprendre, il nous faut écouter. » (p. 82) ; « La première chose, et la plus importante, est l’écoute. » (p. 76) ; « Souvent, on a du mal à comprendre ou à accepter certaines choses. Cela nous arrive à tous, à différents stades de notre vie. » (p. 207) ; « La Résurrection montre que l’amour triomphe toujours de la haine, la vie de la mort, et l’espérance sur le désespoir. » (p. 201) ; etc. Par exemple, il défend cette idée fausse que l’amour, ce serait « vouloir le bien de l’autre ». Ça sort d’où, cette connerie ? Certains cardinaux tiennent également ce discours à la noix : « ‘Ces deux hommes partagent la vie l’un de l’autre, avec toutes les joies et douleurs qui vont avec, et chacun aide l’autre. Il nous faut reconnaître que cette personne a pris une décision importante pour son propre bien et pour le bien d’autrui.’ » (le cardinal Christoph Schönborn, cité par James Martin p. 94). On va aller loin, avec ça…
 

Maman Martin emploie également des métaphores poétiques très bucoliques pour fleurir son discours indigent et le muscler un peu. Elle adore notamment l’image « dynamique » du chemin. Ce n’est plus « en marche avec Macron » ni « le changement c’est maintenant avec Hollande », mais « en chemin » avec James Martin : « cheminement spirituel » (p. 38) ; « cheminement spirituel » (encore p. 38) ; « Je voudrais vous inviter à marcher avec moi » (p. 45) ; « votre cheminement » (p. 164) ; « Maintenant, changeons de côté sur le pont et parcourons le chemin » (p. 107) ; « le chemin parcouru » (p. 118) ; « Nous sommes tous des pèlerins en chemin. » (p. 147) ; « Si vous deviez raconter votre propre ‘chemin d’Emmaüs’, que serait cette histoire ? » (p. 210) ; « Dieu d’amour, tu peux m’ouvrir un chemin d’amour. » (p. 214) ; « De quelle manière l’Esprit Saint vous met-il en route ? » (éditeurs, p. 232) ; « processus » (p. 34) ; « le processus » (p. 35) ; etc. Et ne vous moquez pas : en France, les « Marches spirituelles » (très bébés) à destination des « personnes concernées par l’homosexualité » commencent à être en vogue dans plusieurs diocèses
 

Globalement, les idées défendues par Maman Martin sont des concepts sentimentaux et solidaires qui brillent par leur vacuité, leur imprécision et leurs bons sentiments : « la reconnaissance », « la sainteté », « l’ouverture », « l’accueil », « être soi-même et accepté tel que l’on est », « l’amour », « l’égalité », « l’aide », « la nouveauté », « le changement », etc. : « reconnaître l’existence de la communauté LGBT » ; « reconnaissance » (p. 49) ; « reconnaître » (p. 58) ; « Jésus reconnaît chacun. » (p. 49) ; « reconnu » (p. 49) ; « reconnaître » (p. 50) ; « accueillis » « aimés » (p. 50) ; « aimés de Dieu » (p. 64) ; « sainteté » (p. 64) ; « d’abord l’accueil, pas la condamnation » (p. 213) ; « Dieu d’amour, tu m’as fait tel que je suis. » (p. 214) ; « Dieu d’amour, aide-moi à me souvenir que je peux vivre d’amour. » (p. 214) ; « Dieu d’amour, tu peux m’ouvrir un chemin d’amour. » (p. 214) ; « Dieu d’amour, aide-moi à trouver des amis qui m’aiment pour ce que je suis. » (p. 214) ; « aider les autres » (p. 87) ; etc. Elle nous fait méditer sur des concepts généralistes irréfutables du point de vue de l’intention (« fidélité », « sexualité », « accueil », « amour »… pp. 76-81) pour qu’on ne parle pas d’homosexualité ni d’hétérosexualité, et pour qu’on associe inconsciemment ces concepts sucrés aux situations précédemment citées : cela s’appelle tout simplement de la manipulation. Maman Martin insiste aussi beaucoup sur les notions de nouveauté (p. 18, p. 23, p. 28, p. 30, p. 38) et d’unité : « Prions pour la paix et l’unité. » (p. 131) ; « unité » (p. 33) ; « L’Église devrait être signe d’unité » (p. 34) ; « la réconciliation » (p. 37) ; « en vue du bien commun » (p. 33) ; « inviter les paroisses à la prière en commun » (p. 39) ; « Ensemble sur le pont » (p. 145) ; « Nous sommes tous ensemble sur ce pont. Car ce pont, c’est l’Église. » (p. 146) ; « rassembler tout le monde dans la grande famille des enfants de Dieu » (p. 88) ; etc. Elle défend un universalisme et un humanisme intégral christisé : « des êtres humains » (p. 65) ; « notre humanité » (p. 65) ; « condition humaine » (p. 88) ; « monde entier » (p. 228) ; « cet aspect de l’universalité » (p. 228) ; « s’adresse à un groupe bien plus large » (p. 12) ; etc. Elle instaure en quelque sorte un néo-communisme, où bien entendu elle fusionne les inconciliables (elle défend la soi-disant « compatibilité » entre pratique homo et pratique religieuse), prône l’unité dans la diversité (et dans ce totalitarisme ecclésial, la pluralité a plus d’importance que l’unité, d’ailleurs !) en détournant la métaphore paulinienne du Corps mystique christique indivisible (1 Co 12, 12-27) : « leur pluralité » (il parle des membres de l’Église, p. 162) ; « tous » (p. 55) ; « toutes » (p. 60) ; « concerne l’Église tout entière » (p. 13) ; « pour l’ensemble de l’Église » (p. 34) ; « Chaque membre, chaque organe est important. » (p. 58) ; « l’Église comme un corps dont les membres contribuent au bon fonctionnement de l’ensemble » (p. 161) ; « Tous nous faisons partie de ce ‘Corps du Christ’ qu’est l’Église. » (p. 161) ; « La Bible est à tout le monde. » (p. 39) ; « L’Église, en tant qu’elle est un tout » (p. 60) ; « tout catholique » (p. 75) ; « le Peuple de Dieu dans son ensemble » (p. 46) ; « nous invite tous à y réfléchir » (p. 86) ; « le corps entier » (p. 143) ; etc. Et si quelqu’un ose s’opposer à son rouleau compresseur du « rassemblement » et de la « réconciliation », Maman Martin agite devant lui le spectre hideux de la « division » et de la « désunion » (p. 34), bref, de la « trahison » et de l’« apostasie ». Comme si accepter l’Unité du Christ revenait à tout accepter à partir du moment où les idées ajoutées au Magistère et au Corps ecclésial sont humanisées/personnifiées et homosexualisées… Sa conception de l’Église est tellement communiste que James Martin présente même le protestantisme comme un meilleur modèle de cohésion que le catholicisme : « Imaginez ce qui aurait pu se passer si les attaques avaient eu lieu contre une église méthodiste. Beaucoup d’évêques auraient déclaré ‘Nous nous tenons aux côtés de nos frères et sœurs méthodistes.’ » (p. 86)
 

Enfin, j’ai remarqué que la technique qu’use Maman Martin pour nous enfumer et pour que nous souriions à ses gouzi-gouzi est la simulation de concertation. En effet, notre chère mère nous bombarde de questions et prend régulièrement une posture questionnante. Comme face à des bébés privés encore du don de la parole et sur qui on souhaite projeter pleins d’idées, d’intentions, de pensées personnelles, d’interrogations d’adultes. Pour commencer, Maman Martin conseille à toute personne qui veut être amie et proche du « catholique LGBT » de « l’écouter et de lui poser des questions » (p. 76). Le programme est clair ! Ensuite, elle lui montre comment faire, en se tournant vers nous. Démonstration ! : « Qu’est-ce que l’histoire de Mark nous dit de l’amour ? » (p. 78) ; « ‘Je t’aimerai toujours, peu importe ce que tu vas me dire.’ Qu’est-ce que ce grand-père nous dit de la compassion ? » (p. 78) ; « ‘Jésus t’aime. Et ton Église te reçoit comme tu es.’ Qu’est-ce que ce prêtre nous dit de l’accueil ? » (p. 79) ; « Qu’est-ce que cette grand-mère nous dit de la foi ? » (p. 79) ; « Qu’est-ce que Maggie nous dit de la sexualité ? » (p. 80) ; « Qu’est-ce que ce couple [entre une femme et une femme trans F to M] nous dit de la fidélité ? » (p. 81) ; « Vous sentez-vous, vous-mêmes, bienvenus dans l’Église ? » (p. 77) ; « Quelle est votre propre expérience de Dieu ? » (p. 77) « Comment le vivez-vous ? » (p. 77)
 

»Détendez-vous… Je vous sens crispé… » James Martin nous masse les épaules verbalement et spirituellement : « Quel effet cela vous a fait de faire votre coming out, ou bien de parler pour la première fois de votre sexualité ou de votre identité ? Qu’est-ce que cela vous a fait, que de prononcer ces mots ? » (p. 160) « Comment vous sentiriez-vous, au moment où Dieu vous parle ? Que lui auriez-vous dit ou demandé, si vous aviez été à la place de Moïse ? » (p. 160) ; etc. Le livre Bâtir un Pont, c’est ni plus ni moins un salon zen de massages tantriques masturbatoires. James Martin ne fait référence qu’à des émotions agréables (gratitude, réconfort, consolation, paix, etc.) en nous posant des questions sur notre ressenti. Il fait vraiment en sorte que le lecteur se touche : « Comment vous êtes-vous sentis lorsque vous avez entendu votre proche ou ami(e) ‘nommer’ pour la première fois sa sexualité ou son identité de genre ? » (p. 160) ; « Arrivez-vous à exprimer à Dieu ce que vous avez alors ressenti ? » (p. 163) ; « Sentez-vous » (p. 164) ; « vous sentir » (p. 164) ; « Quand vous êtes-vous senti faire partie de l’Église avec le plus d’intensité ou d’acuité ? » (p. 164) ; « Qu’avez-vous ressenti ? » (p. 199) ; « Qu’est-ce que cela vous fait d’imaginer Dieu vous connaissant de manière très intime ? » (p. 179) ; « Comment vous sentez-vous à l’égard de celui ou celle qui vous a fait confiance ? Et à l’égard de Dieu ? » (p. 171) ; « Dieu a fait vos ‘reins’, et toutes vos entrailles. Cela change le regard qu’on a sur soi… comment vous sentez-vous ? Pouvez-vous le dire à Dieu ? » (p. 179) ; etc. Et le plus dingue, c’est qu’il fait passer cette séance d’anesthésie pour de l’application 100 % catholique et agréée de la méthode de discernement et de retraite spirituelle traditionnelle ignacienne (pauvre saint Ignace de Loyola !). Ce type est un grand malade, en fait.
 

 

Et pour couronner le tout, James Martin joue la maîtresse d’école. En effet, dans le dernier tiers de son livre, il nous laisse des exercices pratiques d’oraison, des travaux dirigés (à faire en groupe ou seul dans sa chapelle), des cahiers de devoirs de vacances gay friendly, si vous préférez. Par son ouvrage, il prétend proposer un guide de « méditation » (p. 34), un kit d’organisation de veillées, de conférences, de fondation de groupes de parole, d’animation de retraites spirituelles, de marches-pèlerinages, autour de l’homosexualité. Un peu sur le modèle des manuels sensibleristes et cliniques des Témoins de Jéhovah et de la Scientologie, qui, à chaque situation décrite ou problématique d’évangélisation donnée, attribuent un comportement à appliquer, un questionnaire (appris) à formuler (sans apparemment imposer les réponses). De surcroît, cet appel à méditer sous le prétexte LGBT, en mettant en place un pastiche sincère de lectio divina, induit l’idée que les situations gays friendly seraient Paroles d’Évangile, seraient bibliques (Dans l’idée, je n’y mettrais aucune objection, à la condition que soit défendue et vécue la continence homosexuelle… sauf que là, ce n’est pas du tout le cas). Le but caché de cette manigance est de faire de l’« identité gay » et de « l’amour » homo des créations divines, des lieux de bonheur, des dons de Dieu. Dieu nous aurait voulu homos et nous aurait donné notre homosexualité. Notre homosexualité serait Prière ! Il la met sur le même plan qu’une révélation divine, qu’une vérité éternelle, que la différence des sexes : « Pensez-vous qu’il était difficile à Jésus d’annoncer son identité au milieu de personnes qui le connaissaient si bien ? » (p. 187) ; « Selon vous, qu’est-ce qui a rendu Jésus capable de le faire ? Qu’est-ce qui vous rend capable de vous accepter tel que vous êtes ? Avez-vous déjà parlé de votre sexualité ou de votre identité à quelqu’un ? » (p. 188).
 

 

Et Mécresse Martin a pensé à tout le monde : les enfants mais aussi les parents et les prêtres sont « invités » à se questionner et à répondre aux questionnaires de la dame ! James Martin ouvre l’interrogation aux dimensions de l’Église et du monde, à l’ensemble des accompagnateurs des personnes homos : « Qu’est-ce que cela vous fait d’avoir un enfant LGBT ? » (p. 76) ; « Qu’avez-vous ressenti la première fois que votre proche ou ami(e) vous a parlé de sa sexualité ? Quelle a été votre réaction ? » (p. 188) ; « De quelle manière manifestez-vous de la délicatesse envers les personnes LGBT ? » (éditeurs, p. 225) ; « De quelle manière la prophétie pourrait-elle aider la communauté LGBT à être plus délicate avec l’Église ? » (éditeurs, p. 228) ; etc. De plus, Maman Martin termine souvent ses paragraphes par des questions soulevées dont elle ne fournit pas de réponse. Juste comme une préciosité rhétorique qui fait ouvert mais qui en réalité est une démission, une projection narcissique : « Ne sommes-nous pas tous un peu dans cette situation ? » (p. 87) Sa pensée se suspend (et se dilue !) en esthétisme du point d’interrogation, en posture philosophique du Penseur de Rodin… C’est du dressage infantilisant pur et simple.
 

Maman Martin pose des fausses questions (… dont les réponses sont évidentes ; exemple : « Croyez-vous que tous sont bienvenus dans l’Église de Dieu ? » p. 230), pour occulter la seule vraie question qui est celle du COMMENT nous sommes les bienvenues. On n’arrête pas de nous demander notre avis, dans ce bouquin. Tous ces simulacres d’interrogations, c’est une manière de nous faire parler la bouche pleine, de ne pas avoir à défendre quoi que ce soit, et de donner l’impression à l’auditeur ou au lecteur d’être libre et acteur. « Le père Martin relate six histoires au sujet de personnes LGBT. Laquelle de ces histoires vous touche le plus ? » (éditeurs, p. 223) Ah bon ? Parce que c’est censé nous toucher ?? En réalité, sous forme de question, James Martin projette sur nous ce que nous penserions ou ce que nous devons penser. Il nous fait également du chantage aux sentiments, nous enferme dans la réaction et l’émotion, pour nous éviter de réfléchir ou de remettre en cause ses dossiers soi-disant « scientifiques », ses propos soi-disant « bibliques », et pour briser toute résistance : « Dans les statistiques sur les suicides de jeunes LGBT et le harcèlement dont ils sont la cible, le père Martin note qu’un(e) jeune gay, lesbienne ou bisexuel-le a cinq fois plus de chance d’essayer de se suicider qu’un(e) jeune hétéro. Ce chiffre vous surprend-il ? Comment cela peut-il amener à considérer l’inclusion des personnes LGBT comme une question de vie ou de mort ? » (éditeurs, p. 224). Quand je dis que Maman Martin tente de nous enfermer dans la réaction, je ne mens pas. Il ne parle justement que des réactions que ses propos suscite(raie)nt, pour faire diversion sur ces derniers : « déclencher des émotions et des réactions bouleversantes » (p. 23), « réactions si puissantes » (p. 23), « ces réactions » (p. 24), « réaction » (p. 38), « une réaction » (p. 61), « je lui demandai comment il avait réagi » (p. 78) « étaient invités à réagir » (p. 80). Et après, il a le culot d’étriller « la vague réactionnaire et intolérante qui s’abat sur les chrétiens » (4e de couverture)… Il allume le chauffe-eau de la réaction, pour feindre ensuite de ne pas prendre la douche, et la proposer hypocritement aux autres. Voyez-vous la doucereuse !
 

3 – QUE CACHE CONCRÈTEMENT LA GENTILLESSE GAY FRIENDLY MATERNELLE DE JAMES MARTIN ?

D’abord, on peut voir que derrière le sourire et la bonne intention de Maman Martin se cache un rabaissement des personnes dans l’infantilisation et l’épanchement émotionnel. C’est tout le discours du pervers narcissique, qui va fouiller dans les tréfonds de votre intimité et de votre psychisme, au nom de Dieu et de l’homosexualité, pour y débusquer la faille autant que la tendresse (la souffrance sublimée). « Raconte-nous comment tu souffres. » Tacitement, James Martin attend l’aveu de défaillance, le débordement émotionnel, veut que l’Enfant de Dieu (homosexuel ou gay friendly) craque, pour s’épancher ensuite avec fausse pudeur sur sa peine : « Avez-vous déjà été complètement rejeté ? Pouvez-vous parler à Jésus de cette souffrance ? Pouvez-vous partager cela avec lui dans la prière ? » (p. 188) ; « Pouvez-vous faire mémoire d’un moment où vous étiez désespéré ? » (p. 204) ; « Avez-vous jamais connu un désespoir semblable à celui des disciples d’Emmaüs ? » (p. 210) ; « Qui vous a accompagné dans vos phases de désespoir ? » (p. 210) ; « Une prière pour quand je me sens rejeté » (p. 211) ; « Cette histoire vous remplit-elle d’espoir, de désespoir, ou vous laisse-t-elle avec des sentiments contradictoires ? » (éditeurs, p. 226) ; etc. Maman Martin demande aux témoins qu’elle sollicite de pleurer/s’émouvoir sur eux-mêmes. Elle met le focus sur l’intimité souffrante, à l’américaine : « Qu’avez-vous eu à souffrir en raison de votre orientation sexuelle ou de votre identité de genre ? » (p. 76) Et c’est d’autant plus malhonnête que nous, personnes homos, sommes des proies faciles, car nous souffrons réellement, nos proches aussi, et nous avons peu d’occasions de l’exprimer en public et en Église.
 

Maman est là : « Vous n’êtes pas seuls. » (p. 147… You are not alone… en balançant la tête…). James Martin aime à flatter notre narcissisme, notre ressenti. Il se contrefiche de la réalité, du traumatisme de la pratique homo ou de l’étiquetage identitaire homo, il se fout de ce que nous vivons, de l’accueil vrai des personnes homosexuelles dans l’Église (et ses conditions exigeantes !). Il ne veut pas que nous soyons accueillies concrètement : il veut juste que nous nous sentions accueillies. La nuance est de taille ! Tout son discours nous concernant est centré sur le ressenti, en général négatif : « se sentir blessés, rejetés, exclus ou insultés par l’Église institutionnelle » (p. 30) ; « le sentiment de désespoir » (p. 34) ; « se sentir exclues » (p. 36) ; « ce sentiment de marginalisation chez les catholiques LGBT » (p. 37) ; « se sente reconnu et valorisé » (p. 49) ; « se sentir plus en lien avec l’Église » (p. 51) ; « se sont senties » (p. 58) ; « se sont sentis exclus » (p. 59) ; « comment il avait réagi » (p. 78) ; « se sente accueillie dans l’Église » (p. 79) ; « Ils sont vus comme ‘autres’. » (p. 95) ; « se sentir marginalisées » (p. 95) ; « ceux qui se sentent exclus » (p. 98) ; « se sent-il rejeté par l’Église ? » (p. 117) ; « senties accueillies » (p. 131) ; « catholiques LGBT perçoivent de l’hostilité » (p. 132) ; « perçoivent de l’hostilité » (p. 133) ; « se sentent appréciés » (p. 213) ; « se sentent exclus, rejetés, marginalisés » (p. 213) ; etc. Tout ce qui l’intéresse, c’est que nous, personnes homosexuelles, nous sentions « nous-mêmes », que nous nous sentions aimées ou haïes. Pas que nous soyons aimées !
 

Au fond, James Martin veut nous enfermer dans la victimisation et le misérabilisme. Il parle sans arrêt du sentiment d’exclusion : pas de l’exclusion elle-même. Pour manipuler le monde, soit il idéalise le tableau de l’homosexualité, soit il le noircit en jetant la faute sur l’extérieur et sur ceux qui refusent de rentrer dans sa croyance en « l’identité homo » et en l’« amour homo ». En lisant Bâtir un Pont, c’est flagrant comme James Martin ne s’axe que sur l’émotion forte ultra négative : « exprimé tant leur chagrin que leur effroi » (p. 27) ; « Quelques larmes au coin de l’œil d’un catholique LGBT » (p. 18). Il la guette au microscope ! Et quand elle ne vient pas des autres, il la surjoue sur lui. La bonne mère veut montrer qu’elle comprend tout, plaint tout le monde. En réalité, elle croit tout ce que lui disent les médias catastrophistes (en particulier étiquetés « alternatifs ») : « Une part de mon ministère en tant que jésuite a consisté à construire des ponts entre ces groupes. Après la fusillade d’Orlando, mon désir de le faire a grandi. » (pp. 30-31) ; « Je comprends les difficultés » (p. 31) ; « discrimination » (p. 71) « discrimination » (p. 72) « particulièrement dans les situations de persécution » (p. 82) ; « La vie semble parfois vide d’espoir. » (p. 201) ; « Dans de nombreux endroits dans le monde, les personnes LGBT sont sujettes à des traitements épouvantables. » (p. 82) ; « personnes persécutées » (p. 165) ; « L’épidémie de suicides parmi les jeunes LGBT ne peut pas laisser le cœur des chrétiens insensible. » (p. 213) ; etc. Quelles sont ses sources ? Aucune. A-t-il compris que la véritable homophobie était précisément la croyance en « l’identité » homo et la pratique homo, qu’il promeut ? Visiblement, non. En vérité, il s’en bat les steaks, de la réelle homophobie. Il ne fait qu’imposer une sensiblerie à la Yolande du Fayet de la Tour ou à la Nathalie de Williencourt. En plus, James Martin se sert du Catéchisme pour diaboliser le mot « discrimination » (or ce terme est neutre et signifie beaucoup plus positivement « distinction » : par exemple, « discriminer des phonèmes » dans l’apprentissage de la lecture, c’est distinguer les syllabes différentes) : « Le Catéchisme dit bien que ‘toute manifestation d’injuste discrimination’ doit être évitée. » (p. 83).
 

James Martin préfère se donner le beau rôle de la pleureuse et jouer la Mère Teresa qui irait seule aux « périphéries » : en vrai bobo (bourgeoise-bohème), il sublime l’altérité, la marginalité (ou plutôt ce qu’il se représente comme tel), la dissidence : « Encore une fois, il s’agit de quelqu’un vivant aux marges. » (par rapport à Zachée, p. 96). La bonne mère se présente hypocritement comme une humble servante, et voit sa sollicitude oppressante comme un merveilleux service aux déshérités, aux étrangers, aux laissés-pour-compte : « au service » (p. 101) ; « J’ai rencontré et servi de nombreuses personnes » (p. 40) ; Ayant moi-même travaillé avec des réfugiés… » (p. 83) ; etc. Et au cas où on la suspecterait d’arrivisme, elle bat sa coulpe et se frappe la poitrine en devançant ses accusateurs : « Je présente par avance mes excuses à ceux qui pourraient trouver que je minimise leur souffrance, méconnais leur situation. » (p. 40) On voit chez lui la dérive gnostique : il laisse entendre que Lui, en tant qu’interlocuteur privilégié, connaît et comprend mieux que quiconque les personnes homos : « Je commence à avoir une bonne perception de l’immense souffrance que les personnes LGBT peuvent éprouver dans leur relation avec des ministres de l’Église. » (p. 32) James serait la voix des sans-voix.
 

Au bout du compte, il parle de nous à notre place. L’apostolat de l’homosexualité par le père James Martin n’est pas autre chose qu’une usurpation d’identité(s). En effet, Maman Martine a une forte tendance à faire parler les gens à sa place, ou à s’exprimer en leur nom, ou bien encore à changer sa propre identité (en disant « ils », « lui », « nous », « les catholiques LGBT », « on », « mes amis ») pour ne pas avoir à dire dire « je ». En particulier quand il a un avis qui n’obéit pas au Magistère de l’Église, tel un caméléon, il endosse son masque d’Homme invisible. Par exemple, au moment de dénoncer le passage du Catéchisme de l’Église Catholique qualifiant les actes homosexuels d’« intrinsèquement désordonnés », et d’exiger son retrait, tout d’un coup, la première personne du singulier passe au « ils » dans la même phrase : « Pour ma part, tous les évêques que je connais sont sincères dans leur volonté de rejoindre pastoralement cette communauté » (p. 30).
 

Mais si James Martin tente de cacher son « je » dans les autres pronoms personnels, la plupart du temps, il préfère prendre moins de risque, en nous faisant parler à sa place, en nous citant, en recopiant fidèlement des passages (parfois spectaculairement tronqués et rabotés !) des autres. Et dans ce cas-là, la première personne du singulier ressort du bois, mais cette fois en tant que rapporteuse d’un événement ou d’un propos l’impliquant elle mais où elle accompagne une tierce personne. En gros, Maman Martin envoie quelqu’un dire à sa place ce qu’elle pense, pour ne pas porter la responsabilité des propos qu’elle écrit. Elle nous fait parler. Son livre n’est d’ailleurs composé quasiment que de témoignages reçus, comme en atteste la dédicace : « À toutes les personnes LGBT, leurs familles et leurs amis, qui m’ont partagé leurs joies, leurs espoirs, leurs chagrins et leurs angoisses. » (p. 7) ; Bâtir un Pont ressemble aux ouvrages-bidon d’Erwann Binet (La Bataille du mariage pour tous), de Jean-Pier Delaume-Myard (Homosexuel : contre le mariage pour tous), de Frigide Barjot (Qui suis-je pour juger ?), dans lesquels la florilège de témoignages est censé masquer l’absence d’analyse. Pour grossir le nombre de pages et en faire un bouquin publiable, James Martin a réuni et exhibe sa collection de lettres, de confidences, d’épisodes publics dans lesquels une personne homosexuelle (ou « affiliée ») s’exprime : « j’ai rencontré » (p. 119) ; « m’ont témoigné avec émotion leur gratitude pour ce livre » (p. 17) ; « déclencher des émotions et des réactions bouleversantes » (p. 23) ; « accueilli leur fils avec affection et à bras ouverts » (p. 114) ; « Elles m’ont partagé des récits personnels. » (pp. 31-32) ; « Un jeune homme gay m’a partagé » (p. 72) ; « j’ai écouté » (p. 13) ; « l’accompagnement » (p. 91), etc. James Martin se met lui-même en scène en tant qu’écoutant privilégié. Il se prend pour une psy (sans sa casquette de psy), un présentateur de talk show ou un modérateur de débat brûlant modestement en retrait.
 

En outre, j’ai remarqué que James Martin fait souvent parler les personnes homosexuelles à la troisième personne de l’indéfini (« tout le monde comprend que… », p. 50), ou bien à la première personne du singulier (« je »), en nous faisant répéter une phrase qu’il a préécrite sous forme de prière pour nous : « On me fait me sentir moins que rien. » (cf. la prière finale, p. 214). Il lui arrive aussi d’imposer une pensée en la glissant dans une tournure interrogative : « Pourquoi pensez-vous que l’écoute est essentielle ? » (éditeurs, p. 223) : Ah bon ? On pense ça, nous ?? Il use par ailleurs de la tournure passive, pour uniformiser la communauté homo catho et nous prêter sa propre perception de celle-ci : « Cet enseignement de l’Église n’a pas été ‘reçu’ par la communauté LGBT, à laquelle il s’adresse. » (p. 16) Ah bon ?? Parle pour toi, James ! Not in my name ! ; « Les personnes LGBT s’entendent souvent dire qu’elles n’ont pas leur place dans l’Église. » (p. 52) ; « Même si l’expression ‘actes intrinsèquement désordonnés’ s’applique à l’orientation et non à la personne, elle demeure inutilement blessante, comme me l’a dit un nombre incalculable de personnes LGBT. » (p. 102) ; etc. Je ne sais pas le nombre de personnes homos que James Martin connaît, qu’il représente, mais je prétends en connaître autant, voire plus que lui. Il obéit – et sans doute crée – une susceptibilité chez nous, personnes homosexuelles, qui fait le lit de notre douilletterie. Mais qu’il se détrompe : certaines personnes homos, sans être masos, sont très contentes et même rassurées de la dureté et de la radicalité de l’expression « actes intrinsèquement désordonnés ». Donc son discours « Nous sommes légion » (Mc 5, 9) ou « Je connais un nombre incalculable de personnes LGBT [blessées par le discours de l’Église institutionnelle] » (p. 102) ne tient pas. Je croise plus de catholiques homosexuels qui sont blessés du silence assourdissant des gens d’Église gays friendly de son espèce par rapport à la gravité des actes homos, que par les paroles claires du Catéchisme.
 

James Martin ne fait pas que se planquer derrière les personnes homosexuelles et leurs proches ou se servir de notre témoignage pour nous voler notre apostolat. Il parle également à la place des évêques, même si c’est moins fréquent : « Ce livre a été applaudi par plusieurs cardinaux, archevêques et évêques. » (p. 20) James Martin feint l’obéissance et l’humilité, l’obéissance à ses supérieurs. Il montre patte blanche, c’est-à-dire ses mots signés, ses sous-imprimaturCensor Librorum » et « Imprimi Potest » p. 20), ses certificats de bon disciple : « Ce livre a reçu l’approbation formelle de mon supérieur. » (p. 20). Il cite également la liste des évêques qui l’appuient (au nombre de cinq, p. 27), et rapporte les propos de prélats haut placés : « Le cardinal Christoph Schönborn a évoqué un couple d’amis gay qui avait transformé sa vision des personnes LGBT. Il s’est même publiquement félicité de leur union. » (p. 94). Comble de l’hypocrisie : James Martin applaudit même les groupes chrétiens d’accompagnement à l’adresse des personnes homos, qui défendent la continence, alors que lui-même ne la prescrit pas. Par exemple, il fait la promotion du groupe Courage International (que je surnomme Mourage International), en laissant un père de famille prôner à sa place ce mouvement (p. 118). Comme ça, il fait plaisir à tout le monde, et cloue le bec à ceux qui le suspecteraient de ne pas vanter la continence homosexuelle. Quel faux cul professionnel !
 

Vous vous en serez doutés, James Martin fait également parler le Pape François à sa place : « l’appel du Pape François » (p. 91) ; « Le pape François » (p. 101) ; etc. Il n’est pas le seul. Pape François par-ci, Pape François par-là… un vrai pantin, l’Argentin ! Solidarité et familiarité jésuite obligent ! Au dos du livre, James Martin prend bien soin de signaler que c’est le Pape qui l’a officiellement nommé en 2017 « consulteur au Secrétariat pour la communication du Saint-Siège et du Vatican. Entre parenthèses, je suis toujours à me demander aujourd’hui pourquoi le vrai Pape François ne dit rien contre la propagande actuelle du père James Martin (qui s’exprime pourtant en son nom et au nom du Vatican). Pourquoi ce silence ? Voilà pour moi un mystère…
 

 

James Martin fait la même récupération éhontée du Catéchisme de l’Église Catholique. Il n’a retenu de ce dernier qu’une seule phrase : celle sur « le respect, la compassion, la délicatesse ». Le reste du Catéchisme, centré sur la continence homosexuelle, l’exigence du célibat, le Salut de l’âme, l’accueil de la Croix de Jésus, et l’apostolat de l’analyse de l’homosexualité en direction du monde : à la poubelle ! Il ne présente la continence (autrement dit le célibat consacré) que comme une « option » ou une cohérence spécifique aux vœux religieux : pas du tout comme un appel universel à toute personne qui ressent une tendance durablement homosexuelle. C’est ce qui s’appelle un véritable travail de sape de la Bonne Nouvelle délivrée par l’Église à la communauté gay ! Et comme James Martin est un hypocrite de première catégorie, il se vaut de quelques citations vraiment tirées du Catéchisme, pour les applaudir comme des paroles divines, comme le ferait une groupie. « ‘Délicatesse’. C’est un mot magnifique utilisé par le Catéchisme. » (p. 91) Ainsi, il rassure et flatte son auditoire catholique, tout en maintenant discrètement sa censure. Ou alors il se cache sous les jupons de certains évêques ou cardinaux fantômes, pour ne pas assumer sa demande honteuse : « Quelques évêques ont déjà appelé l’Église à abandonner l’expression ‘objectivement désordonnée’ lorsqu’il est question de l’attirance homosexuelle (comme c’est le cas dans le Catéchisme, au n° 2358). » (p. 102) C’est bien joué. Pour les bons catholiques peu sourcilleux, ou qui ont du mal à digérer l’amertume des paroles du Catéchisme, ça passe très bien.
 

Plus embêtant encore : James Martin parle très souvent à la place du Christ. Et le pire, c’est qu’il est persuadé de délivrer Son message et de lui rendre humblement service ! : « Ce livre s’appuie sur les Évangiles et est parfaitement en phase avec l’enseignement de l’Église. » (p. 20) En fait, c’est du gros mytho. Le prêtre jésuite prête à la Bible des idées qu’elle ne diffuse pas. Il l’utilise en la citant abondamment pour en détourner le propos et justifier ses propres fantasmes amoureux, solidaires ou expansionnistes : « Lisez la parabole du Bon Samaritain. (Lc 10, 25-37) » (p. 83) ; « Ce que je vous dis dans les ténèbres, dites-le au grand jour. (Mt 10, 27) » (p. 24) ; etc. À en voir l’usage détourné qu’il en fait, la Bible se réduit manifestement à une Bible-prétexte (ou à un album-photos racontant des histoires légendaires) pour illustrer des valeurs humanistes, des sentiments ou des défauts purement humains. En effet, dans Bâtir un Pont, tous les textes tirés du Nouveau Testament sont présentés comme des tableaux idylliques dédiés chacun à une émotion (les personnages se métamorphosent en allégories de sentiments humains, si vous préférez) : par exemple, les compagnons d’Emmaüs représentent = la désespérance ; Marie-Madeleine = la fierté ; les disciples = la peur ; la Samaritaine = la honte ; Pierre = le remord ; Jésus dans la synagogue = la différence ; le psalmiste = la combattivité ; Zachée = le sentiment de rejet ; le centurion = la compassion ; etc. Ils deviennent des prétextes narcissiques à s’émouvoir et de regarder le nombril, des images d’Épinal, des personnages iconiques d’un film de Mel Gibson. Avec James Martin, on rentre en plein dans le délire mystique et béat de l’illuminisme protestant. Dans la cosmovision martinienne, tout est ramené à l’expérience et à la sensation personnelles. Il nous enjoint à une lecture introspective sentimentale de la Bible : « Si vous deviez raconter votre propre ‘chemin d’Emmaüs’, que serait cette histoire ? » (p. 210) James Martin s’étend en explications de technique et en conseils de prière, de méditation. Le texte biblique est transformé en support pour s’admirer narcissiquement en train de prier : « Lequel de ces passages bibliques vous parle le plus ? » (éditeurs, p. 230) (Navré mais un texte biblique ne « nous parle » pas : il parle, tout court !) ; « Avez-vous été capable de prier avec cette prière ? Que s’est-il passé quand vous l’avez fait ? » (éditeurs, p. 231). James Martin nous interviewe comme des gens allongés sur un divan et qui vivraient en direct l’expérience sensorielle extraordinaire que serait la prière. Il nous demande même de raconter nos sensations pendant l’oraison et post-oraison ! Il envisage la prière comme une technique d’hypnose ou une projection imaginaire, plus que comme une relation concrète, secrète (et parfois aride, il faut le reconnaître !) : « Cette façon de prier » (p. 153) ; « Souvent, cette technique » (p. 153) ; « cette technique » (p. 153) ; « cette lecture ignacienne où l’imagination joue un rôle important » (p. 154) ; « Essayez de vous imaginer dans la scène, et voyez quel genre de sentiments » (p. 154) ; « Passages bibliques pour réfléchir et méditer » (p. 149) ; « une méditation plus calme » (p. 153) ; « Vous pouvez essayer de vous imaginer dans une scène biblique. » (p. 153) ; etc. Faites gaffe, il est à deux doigts de nous demander de fermer les yeux pour de vrai ! Par des questions inquisitrices, il s’immisce mine de rien dans la relation intime entre le croyant et Dieu pendant la prière : « De quels fardeaux voudriez-vous vous décharger auprès de Jésus ? Et quels sont vos besoins, que voudriez-vous lui demander ? » (p. 198) ; « Pouvez-vous parler à Jésus de vos expériences en la matière ? » (p. 199) ; etc. Ce sont des phrases que j’ai pu entendre dans d’autres contextes (égrégores, hypnose de foule, séance collective de méditation pleine conscience, etc.). Et bien sûr, ces citations martiniennes tirées de la Bible ou d’un lexique spiritualiste familier aux croyants flattent beaucoup de catholiques par la projection narcissique individuelle qu’elles permettent, a fortiori en faisant mention d’un référentiel religieux qui les tranquillisent.
 

 

Par voie de conséquence, James Martin a une fâcheuse tendance à se mettre à la place du Christ et à lui prêter un regard et des intentions qu’il n’a pas. Par exemple, il se sert de l’épisode biblique du centurion pour asseoir sa propre conception (erronée) de l’Amour. Jésus devient alors le prétexte de la promotion d’un humanisme intégral et d’une lecture néo-marxiste de la Bible (= transgression des clivages de classes sociales) : « Jésus a vu en lui un homme dans le besoin, il a écouté son histoire et répondu à son besoin. » Non. Jésus ne répond pas aux besoins et aux désirs de tout un chacun (le mot « désir » revient souvent en bouche de James Martin). Sa Volonté, qui est la Volonté de son Père, est reine. Les pensées du Seigneur ne sont pas nos pensées. À certains moments, James Martin parle très clairement à la place de Jésus : « Ce que Jésus désirait, c’était créer un ‘nous’. Car pour lui, il n’y a pas ‘nous’ et ‘eux’. Mais seulement ‘nous’. » (p. 98) ; « Dieu désire la réconciliation et l’unité. » (p. 145) C’est faux : Jésus s’est toujours annoncé comme un séparateur et un Signe de contradiction. Certainement pas comme un Rassembleur. James Martin ne tarie pas d’éloges sur l’adaptation de Jésus à tous, sur son « amour inconditionnel » qui ne ferait pas de différence entre les Hommes : « Pour Jésus, il n’y avait pas d’‘autres’. Jésus voyait au-delà des catégories, il rencontrait des personnes là où elles étaient et les accompagnait. » (p. 95) ; « Quand Jésus rencontre une personne marginalisée, il ne voit pas des catégories mais des personnes. » (p. 95) ; etc. Euh… Qui fait des catégories de personnes à l’intérieur de l’Église, entre les personnes gays friendly et celles qui « ne savent/sauraient pas les accueillir », si ce n’est James Martin ? De plus, désolé de le dire, mais Jésus fait des différences entre les personnes. Il sépare, distingue, partage. Déjà au niveau des préférences : entre Jean et ses autres disciples, par exemple. Et même au niveau des classes sociales : je vous rappelle qu’il traite les Cananéens de « chiens » (Mt 15, 21), quand même. Excusez du peu… Les scribes, les pharisiens, les chefs des prêtres, les gens destinés à l’enfer, eux aussi, Jésus les distingue(ra) bien des « élus » de son Cœur. Même si incontestablement Jésus aime tout le monde, son adaptation aux gens est limitée, et son traitement est inégalitaire (mais juste !) puisque chacun est unique et libre.
 

 

J’ai bien peur que, sur ce coup-là, James Martin fasse preuve d’un christo-centrisme franc-maçon à la cardinal Sarah, qui fige Jésus en (top) modèle, en schéma, en patron (au sens architectural du terme), en puissant colosse de pierre : « Nous pouvons prendre Jésus comme modèle. » (p. 55) ; « Il n’est pas nécessaire de chercher bien loin pour trouver un modèle à suivre. Dieu l’a donné en la personne de Jésus. » (p. 87) ; « Il a planté sa tente au milieu de nous. » (p. 87) ; « Dieu a planté sa tente chez nous » (p. 87) ; « En cela comme en toute chose, Jésus est notre modèle. » (p. 95) ; « Quelle image vous plaît le plus dans ce psaume 62 : Dieu comme salut, rocher, citadelle ou abri ? » (p. 183) ; « De quelle manière Dieu a-t-il été votre ‘rocher’ ? Comment Dieu peut-il être pour vous un ‘rocher’ à l’avenir ? » (p. 184) ; « Nous devons nous conduire de la même manière que Jésus. » (p. 213) ; « modèle au dialogue » (éditeurs, p. 226) ; etc. Dans la tête de James Martin, Jésus, c’est vraiment le « Dieu matière première », le roi solide comme un roc. Alors certes, James Martin parodie le discours franc-maçon (« Jésus ne leur parle pas en employant les mots du charpentier qu’il était, qui aurait pu dire, par exemple, ‘Allons construire la maison de Dieu’ ou ‘Venez, allons creuser les fondations du Royaume de Dieu.’ », p. 55) … mais pour mieux le copier en douce après (« Il ne faut donc pas prendre cet essai comme un plan d’assemblage du pont avec ses instructions de montage ni comme une étude rivet par rivet de sa structure, mais plutôt comme une esquisse, comme un point de départ, une opportunité de réflexion et de conversation. » p. 41 ; « Dieu est à la fois l’architecte, le bâtisseur et la fondation de ce pont. », p. 147). Car c’est bien James Martin en personne qui, en début de son ouvrage, accepte de recevoir le titre de « Bâtisseur de ponts » : « Lorsque New Ways Ministry (un groupe qui s’occupe des catholiques LGBT et les représente) m’a demandé quelques semaines après la tragédie d’Orlando si j’acceptais de recevoir leur ‘Prix du Bâtisseur de Ponts’ (Bridge Building Award) et de donner une conférence à l’occasion de la réception, j’ai accepté. » (p. 31) Par conséquent, on peut en déduire aisément que James Martin se prend pour le Christ. Nous reviendrons un peu plus tard sur le profil carriériste et PONTifical du personnage.
 

Plus grave encore, James Martin parle à la place de l’Esprit Saint. Certes, au détour d’une page de Bâtir un Pont, il Lui réserve une vibrante et brève révérence (« le Saint-Esprit », p. 146). Mais en y regardant de plus près, on voit que l’Esprit Saint, version James Martin, se fige en attitude, en posture esthétique CitroënInspired by you ») : « Quand nous écoutons, nous apprenons, nous sommes provoqués et inspirés. » (p. 77). En fait, James Martin ne s’intéresse pas à l’Esprit Saint en tant que tel mais à « un » esprit (« renforcer un esprit de ‘respect, compassion et délicatesse’ », p. 26). Lequel, me direz-vous ? Sans doute l’esprit du monde.
 

Par son essai Building a Bridge, James Martin instaure une véritable censure de la Vérité. N’en déplaisent à ceux qui sont charmés par son discours émotionnel ou à ceux qui ont eu l’impression d’apprendre, grâce à lui, à connaître la réalité homosexuelle. Dès le départ, en introduction du livre, il se justifie d’être superficiel, de survoler le sujet de l’homosexualité, voire même carrément de faire l’impasse dessus. Il annonce solennellement qu’il ne traitera pas de l’homosexualité en tant que telle, mais uniquement du « comment elle est perçue et vécue ». Et il pense que sa franchise – il parle beaucoup de « clarté » – fera illusion : « L’omission de considérations sur les relations homosexuelles était tout aussi intentionnelle » (p. 15) ; « J’ai ainsi décidé de ne pas évoquer cette question en profondeur puisque c’est une thématique sur laquelle les deux parties sont trop éloignées. » (p. 15) (Je croyais que tu voulais construire un pont… mais juste avant, tu clives, tu sépares de manière définitive, radicale, irrévocable et irréconciliable, les deux « mondes » que tu prétends ensuite unir : n’y a-t-il pas là, James, une véritable hypocrisie ? un méga foutage de gueule ??) ; « La même chose peut-être dite du mariage homosexuel : c’est un sujet sur lequel l’Église institutionnelle et la grande majorité de la communauté LGBT sont trop éloignées. […] Je n’entre pas dans le débat, préférant me concentrer sur les points de convergence. Ce livre n’est ni un traité de théologie morale ni une réflexion sur la moralité de la sexualité LGBT. Je ne suis pas spécialisé en théologie morale. Et surtout, il n’est pas nécessaire de toujours tout ramener à la sexualité. » (pp. 16-17). James Martin me fait penser à ces baigneurs qui dissertent sur la qualité de l’eau de la mer, sur les plaisirs de la baignade, pour inciter les autres à se baigner à leur place, pour vivre les délices de la baignade par procuration, … et surtout pour ne pas se mouiller (et mater les gens à poil) ! Nous voilà prévenus. Zéro réflexion dans le livre de James Martin sur le fait homosexuel, l’homosexualité, la réalité désirante homo-érotique, les lois pro-gays, la communauté gay et les comportements à l’intérieur du « milieu » homo, l’homophobie, la culture homosexuelle ! Aucun élément d’interprétation ni de sens ! Il restera sur le registre de la pure pleurniche béate. Et effectivement, pour ceux qui ont lu Bâtir un Pont en entier ou qui ont assisté à une de ses conférences, James Martin ne parle jamais d’homosexualité : il ne fait que citer des anecdotes où sont impliquées des personnes homosexuelles, et les émotions qu’elles ont suscitées. Ça s’arrête là. « Le livre ne traite pas la question des relations sexuelles entre personnes de même sexe ni celle du mariage homosexuel car l’Église institutionnelle et la plupart des catholiques LGBT sont trop éloignés sur ces sujets et il souhaite plutôt se concentrer sur les lieux de ‘possible convergence de vues’. » (p. 220)
 

Pourtant, il connaît l’urgence de l’éclairage sur ces sujets, il sait l’enjeu mondial et ecclésial dissimulé derrière l’homosexualité, il devine la gravité de la pratique homo puisqu’il prend soin de souligner l’importance (aux yeux de certains mais pas à ses propres yeux) de la fidélité à la promesse de célibat continent pour les prêtres à tendance homo (« célibat des prêtres qui sont gays et des membres d’ordres religieux féminins et masculins qui sont gays ou lesbiens et qui vivent dans la chasteté continente. » p. 62) ; « prêtre gay célibataire » p. 66). Mais rien à faire : il n’en parle pas. Il se cache derrière la loi ou la norme pour justifier par défaut la pratique homo. Comment s’y prend-il rhétoriquement ? En fuyant la morale par l’emploi d’adjectifs ou de mots qui sont de l’ordre de la neutralité sociologique et scientifique, de la logique, tels que « régularité/irrégularité » (« régulier/irrégulier ») ou encore « cohérence/incohérence » (cohérent/incohérence) : « irrégulières » (p. 71) ; « Voilà un mariage [entre une femme et une femme trans F to M] que la plupart des clercs qualifieraient d’irrégulier. Et pourtant, un modèle de fidélité et de loyauté. » (p. 81) ; « ‘Ce n’est pas là une situation que l’Église peut considérer comme régulière.’ » (le cardinal Christoph Schönborn, cité p. 94) ; « parfaitement cohérente » (p. 21) ; « rester cohérents » (p. 70) ; etc. Avec son légalisme chelou de la « régularité »/l’« irrégularité », qui autorise finalement des arrangements, des compromis, des tolérances, des aménagements, des accommodations, un « régime spécial », avec ce qui est considéré socialement comme des « exceptions » à cette loi, des « anormativités », du « hors norme », de l’« extraordinaire », de l’« exceptionnel », du « non-commun », des « minorités ne pouvant pas faire office d’exemple général », des « irrégularités », mais certainement pas des péchés, des interdits ou des maux, James Martin s’arrange habilement pour présenter la pratique homosexuelle ou transsexuelle comme une simple « anormativité », une différence qui est neutralisée et relativisée par l’existence de la règle, de la norme générale, mais non assimilable à un mal objectif ou à un signe de péché. Et les rares fois où James Martin concède que les personnes homos pratiquant leur homosexualité puissent être pécheresses, ce ne sera pas au titre de leurs actes amoureux (qu’il ne reconnaîtra toujours pas comme objectivement peccamineux) mais au nom de leur condition humaine pécheresse communément partagée avec l’ensemble des Humains (… donc au nom d’un communisme/universalisme du péché) : « Nous sommes tous pécheurs. » (p. 19) ; « La conversion est pour tous. » (p. 40) ; « Parfois, nous doutons d’être ‘dignes’ de suivre Jésus ou d’être aimés par Dieu. Tous autant que nous sommes, hétéros, gays, lesbiennes, bisexuel-le-s, transgenres, nous sommes imparfaits. Nous avons tous nos défauts. Nous sommes tous pécheurs. » (p. 189) ; « tous imparfaits » (p. 192) ; « les gens qui composent notre Église ne sont pas parfaits. Nous ne l’avons jamais été. Nous ne le serons jamais. » (p. 146 : ah bon ? Et l’éternité, alors ?) ; etc. Au bout du compte, James Martin nie le péché et la faute homosexuels, notamment en remplaçant le mot « repentance » par celui de « conversion » (p. 40). À l’entendre, les personnes homos pratiquant leur homosexualité ne seraient pas des pécheurs spécifiques, ni « plus pécheurs que d’autres » : « Je ne cherche pas ici à dire que les personnes LGBT devraient être traitées comme des pécheurs, c’est-à-dire de la même manière que toutes ces catégories de personnes de cette époque, car nous sommes des pécheurs. » (p. 97) ; « les gens qui composent notre Église ne sont pas parfaits. Nous ne l’avons jamais été. Nous ne le serons jamais. » (p. 146) ; « Nous sommes tous des pèlerins en chemin. » (p. 147) Par voie légale, ou par une logique humaniste numéraire, il désobjective et relativise la pratique homosexuelle, il exonère les personnes homosexuelles du péché. Et ça, c’est très grave car c’est un profond manque d’amour à notre encontre. C’est un déni de notre liberté et de notre responsabilité, en plus d’un mépris pour le Salut éternel de notre âme.
 

Je resterai pour ma part toujours estomaqué par l’aplomb et l’assurance des censeurs type James Martin, qui arrivent à blablater (sur des sujets pourtant aussi lourds que l’homosexualité et l’homophobie) en se donnant l’air de dire quelque chose d’hyper profond et de sauver l’Humanité, qui parviennent à mépriser chez les autres ce qu’ils prétendent détenir eux seuls, à savoir l’intelligence. Car dans le discours martinien, il faut voir comment il appelle à la démission intellectuelle, à la haine du jugement et de la raison humains. Par exemple, en promouvant la « conversion » (« metanoüs » en grec), il incite son auditoire à ne plus réfléchir : « ‘Méta’ signifie en grec ‘après’ ou ‘au-delà’, et ‘noüs’ signifie ‘esprit, intellect’. » (p. 40). Et tout au long de son écrit, il diabolise le jugement : « dépourvue de tout jugement » (p. 61) ; « libérées de ce besoin de juger » (p. 61) ; « un jugement inutilement cruel » (p. 104) ; « combattre les préjugés » (p. 164) ; etc. Or, si nous pensons et sentons, forcément nous jugeons et nous pré-jugeons ! C’est le propre de l’Humain !
 

Cette recherche de neutralisation de la raison et de la Vérité par la séduction, elle est tout à fait lisible dans l’attitude de James Martin et dans les propos qu’il rapporte du père de famille (papa d’un enfant homosexuel) venu rendre visite à son évêque pour le convaincre d’accepter/de justifier l’« identité et l’amour homosexuels » : « ‘Je tâchais de l’émouvoir et de ne pas m’engager dans un débat intellectuel.’ » (p. 117). Difficile d’être plus clair. James Martin nous incite d’ailleurs à draguer nos évêques. Le respect et l’émotion sont clairement définis comme des tactiques nécessaires à « la prise de conscience » (éditeurs, p. 226). James Martin est loin de faire figure d’exception parmi les clercs dans cette quête de gloire à travers l’homosexualité et à travers nous personnes homosexuelles. J’ai déjà observé à moultes reprises la complaisance et la gratification que trouvent certains prêtres à nous citer, à raconter dans un livre (en veillant à notre anonymat) un épisode de confessionnal qu’ils ont vécus avec nous, ou plusieurs échanges et amitiés qu’ils vivent à nos côtés dans « l’accompagnement » qu’ils nous « proposent ». Ils nous affichent comme autant de trophées et de preuves vivantes de leur incroyable ouverture et capacité à écouter, à s’approcher des « périphéries » et à aller là où beaucoup de leurs confrères prêtres n’iraient pas (par homophobie). Il y a autour de nous un enjeu mondial deviné mais souvent exploité sans vergogne par de plus en plus de prêtres qui rêvent en secret de nous ACCOMPAGNER (genre le père Louis-Marie Guitton à Mourage) comme un business, un apostolat ou un groupe de parole, un faire-valoir, un rôle indispensable dans le C.V. et la carrière du prêtre 2.0 ! Un attachement pour le moins suspect parce que ces prêtres ou évêques gays friendly ne veulent surtout pas que nous parlions d’homosexualité et d’homophobie. Ils nous l’interdisent, même, car nous leur piquerions la vedette et prouverions leur illégitimité à nous seconder. Leur carriérisme aussi.
 

Chez James Martin, cette obsession de devenir notre meilleure amie, notre confidente, notre maman-copine, est très forte. C’est Frigide Barjot, mais au masculin… et avec un col romain ! Quasiment à toutes les pages de Bâtir un Pont, on peut lire ce cri d’affamé d’« amitiés homo-sensibles » (comme dirait Jean-Michel Dunand). James Martin insiste beaucoup sur les amitiés particulières qu’il a tissées avec nous : « Un ami gay me l’a écrit… » (p. 23) ; « J’ai écouté leurs joies et leurs espoirs, leurs chagrins et leurs angoisses, accompagnés parfois de larmes, parfois de rires. Cela m’a amené à me lier d’amitié avec nombre d’entre eux. » (p. 29) ; « Je suis devenu ami avec nombre d’entre eux. » (p. 30) ; « Mon expérience avec les personnes LGBT est longue. » (p. 41) ; « L’un de mes plus vieux amis est un homme gay appelé Mark. » (p. 78) ; « entrer en amitié avec eux » (p. 92) ; « Un de mes amis, un homme gay nommé Brian » (p. 92) ; « l’importance de la familiarité et de l’amitié » (p. 93) ; « entrer en amitié » (p. 96) ; « un de mes amis gays » (p. 126) ; « amitié (p. 234) ; etc. On le voit gros comme une maison défendre en filigrane la notion très ambiguë d’« amour d’amitié » : « Dieu d’amour, aide-moi à trouver des amis qui m’aiment pour ce que je suis. » (cf. la prière finale rédigée par James Martin, p. 214). Le pire dans l’histoire, c’est que James Martin est plus occupé à se justifier de bien nous connaître, à montrer ses diplômes d’amitié avec nous, qu’à s’occuper vraiment de notre situation et à prendre le risque (comme le prennent les vrais amis) de nous dire parfois des vérités qui contrarient nos plans et nos rêves sentimentaux. Cette inquiétude démesurée à prouver sa légitimité (amicale) démontre au contraire que sa démarche n’est pas juste, n’a pas de légitimité ni de substrat de réalité d’amitié. Car sachez bien une chose, les gays friendly : nos vrais amis ne disent pas et ne se présentent jamais comme nos « amis ». Ça se voit tout naturellement, et ils n’ont même pas besoin d’étaler nos photos ensemble ou nos diplômes d’amitié pour qu’elle se voie. Nos vrais amis sont aussi ceux qui ne justifient ni la pseudo « identité » homo ni le pseudo « amour » homo. Le contraire de ce que fait James Martin. Lui, il désire tellement se rapprocher de nous, « entrer en amitié » avec les « catholiques LGBT », et prouver à travers nous l’existence et le bien-fondé de « l’identité-amour homo », qu’on a vraiment l’impression qu’il en est aussi et qu’il veut nous serrer. En plus, il nous présente comme des personnes très « affectueuses » (p. 60). Désolé James, mais on n’a pas gardé les cochonnes ensemble. « Je suis ton frère. » (p. 130) (Ça y est… il se prend pour Dark Wador maintenant !) Alors non. On va se calmer tout de suite.
 

De surcroît, James Martin semble s’être savamment composé toute une cour homosexuelle autour de lui. Depuis un moment déjà. « L’un de mes conseillers spirituels était un homme gay. » (p. 59) ; « les animateurs liturgiques les plus talentueux que j’ai connus durant mes presque trente ans comme jésuite sont des hommes gays. » (p. 59) ; etc. On dirait qu’il considère l’Église Catholique comme son garde-manger LGBT secret, son vivier perso d’amis-amants, d’autant plus qu’il évoque ouvertement dans son livre l’existence (numériquement importante) des curés gays (p. 124). Donc non seulement il réussit son coup médiatique en brisant un vrai tabou, en créant le Buzz du Siècle par l’annonce du Talon d’Achille de l’Église Catholique (à savoir l’homosexualité, bien plus encore que la pédophilie) sans régler le scandale (ça impressionne tout le monde, et ça intimide/fragilise l’ensemble des pasteurs). Mais en plus, c’est l’hypocrisie totale sur son cas personnel, puisqu’il réclame aux autres le coming out qu’il est incapable de faire lui-même. Récemment, un journaliste télé a cherché à savoir si James Martin était directement concerné par le sujet, ce à quoi il a répondu, en bon élève soumis et obéissant : « Mon supérieur, le Provincial des jésuites, m’a demandé de ne pas faire de déclaration concernant mon orientation sexuelle. » Tout le monde a compris. Son homosexualité est donc un secret de Polichinelle bien (mal) gardé ! En revanche, dans une autre vidéo, James Martin encourage carrément les prêtres à faire leur coming out. Il connaît pertinemment l’importance – et même la prévalence – de la continence (célibat consacré) pour vivre en conformité avec le Magistère de l’Église et pour une vie en sainteté et en Vérité avec Jésus. Mais il ne la défend pas. Et ce, à dessein. Et il ne la vit pas, je crois, ne serait-ce qu’en ne l’exigeant pas des autres. Ceci est vrai également pour les prêtres et les gens qui soutiennent le discours de James Martin. À commencer par le traducteur français de Bâtir un Pont, le dominicain ultra bobo (et surtout ultra gay refoulé) Augustin Laurent-Huyghues-Beaufond – qui comme par hasard me conchie sur Twitter (pseudo : OBrother_op), et n’hésite pas à défendre sa croyance en l’« amour » homo, y compris dans les sphères tradis, sans en assumer les conséquences et sans craindre les poursuites. Ces défenseurs sacerdotaux de la pratique homosexuelle courent en liberté, sévissent de manière à la fois suffisamment publique et ambiguë pour passer entre les mailles du filet de la censure ecclésiale. Leur fourberie, difficile à prouver (à moins de les prendre sur le vif), n’en est que plus écœurante. Mais un jour, ils récolteront les fruits de leur désobéissance, de leur arrivisme et de leur duplicité. Ça, c’est sûr.
 

 

En parlant d’arrivisme, le livre de James Martin, mais aussi ses interventions publiques, transpirent le désir de carrière. Même dans les remerciements de la fin, on a le bonheur d’apprendre que la rock-star jésuite a un agent ! : « Merci à Donald Cutler, mon agent si extraordinaire et si extraordinairement enthousiaste. » (p. 234) Quel prêtre ou religieuse digne de cette charge a un « agent », sans déconner ?!? De plus, il suffit d’entendre James Martin parler de l’Église-Institution pour voir qu’il la conçoit comme un appareil étatique, un instrument pour accéder au pouvoir, une forteresse ou entreprise, un projet architectural, et non d’abord comme le Christ en personne, pauvre et en Croix : « L’Église fonctionne » (p. 34) ; « à l’église Saint-Paul-Apôtre de New York » (p. 24) ; « l’université Villanova, proche de Philadelphie » (p. 25) ; « l’appartenance à l’Église » (p. 38) ; « la marche de l’Église » (p. 46) ; « le porche » (p. 51) ; « participent à l’édification de l’Église » (p. 60) ; « participent à l’édification d’une paroisse ou d’un diocèse » (p. 60) ; « participent à l’édification de l’Église » (p. 63) ; « L’Église institutionnelle doit se tenir avec les catholiques LGBT. » (p. 75) ; « établissements catholiques » (p. 75) ; « l’Église institutionnelle » (p. 107) ; etc.
 

Dans Bâtir un Pont, James Martin évoque sans arrêt le travail : « agents pastoraux » (p. 13) ; « le travail de l’Évangile » (p. 28) ; « j’ai exercé » (p. 28) ; « J’ai travaillé avec elles. » (p. 28) ; « travail » (p. 28) ; « travaillé » (p. 29) ; « travailler » (p. 29) ; « travaillé » (p. 33) ; « la quantité de travail » (p. 35) ; « travailler avec plus d’ardeur » (p. 37) ; « travail » (p. 41) ; « un poste officiel » (p. 46) ; « la fonction » (p. 46) ; « travaillant » (p. 59) ; « j’ai travaillé » (p. 59) ; « meilleurs employés » (p. 61) ; « travailleur » (p. 61) ; « travaillant » (p. 61) ; « travaillent » (p. 63) ; « travail » (p. 67) « travail » (encore p. 67) ; « employeur » (p. 68) ; « emploi » (p. 68) ; « emploi » (encore p. 68) ; « poste » (p. 68) ; « employés » (p. 68) ; « embauche » (p. 69) ; « salariés » (p. 69) ; « travaillent » (p. 69) ; « employés » (p. 70) ; « activité professionnelle » (p. 71) ; « employés » (p. 71) ; « poste officiel » (p. 75) ; « employés » (p. 85) ; « travaillait » (p. 92) « travaillait dur » (p. 93) ; « un poste » (p. 93) ; « patron » (p. 93) ; « travaillait » (p. 93) ; « son poste » (p. 100) ; « leur emploi » (p. 100) ; « son activité » (p. 100) ; « Ayant moi-même travaillé avec des réfugiés… » (p. 83) ; « travaille » (p. 85) ; « poste » (p. 122) ; « travaillant » (p. 143) ; « Pierre dit qu’il a travaillé dur » (p. 191) ; etc.
 

La métaphore du pont ou du viaduc à construire pour accéder à l’Église-Institution, est omniprésente dans le livre de James Martin, et est typiquement franc-maçonne : « tracent des frontières » (p. 34) ; « Où voyez-vous des chrétiens tracer de telles frontières ? » (p. 221) ; « traces de l’action » (éditeurs, p. 232) ; « l’action » (p. 39) ; « des pierres » (p. 146) ; « C’est en construisant ce genre de ponts qu’on arrivera aux plus beaux résultats. » (p. 118) ; « l’essentiel des critiques s’est avéré constructif » (p. 18) ; « constructive » (p. 18) ; « construit » (p. 45) ; « construction » (p. 64) ; « construire la confiance » (p. 56) ; « l’édification de toute la communauté des croyants » (p. 108) ; « construire » (p. 222) ; « la construction du pont » (éditeurs, p. 227) ; « construction du pont » (éditeurs, p. 232) ; « continuer à progresser dans la construction de ce pont » (éditeurs, p. 232) ; « deux tours du World Trade Center » (p. 66) ; « tour » (p. 111) ; « tours » (p. 111) ; « édifiante » (p. 13) ; « La responsabilité de bâtir ce pont » (p. 14) ; « tout projet de ‘pont’ » (p. 19) ; « pont » (p. 20) ; « un profond désir de ponts dans notre Église » (p. 25) ; « construire des ponts » (p. 26) ; « jeter un pont » (p. 28) ; « un pont » (p. 45) ; « meilleurs ponts » (p. 45) ; « ce pont » (p. 45) ; « le pont » (p. 47) ; « en se tenant sur le pont » (p. 18) ; « construire un pont » (p. 142) ; « Ensemble sur le pont » (p. 145) ; « Il parla du respect comme d’un outil pour bâtir un pont. » (p. 114) ; « Je lisais la Règle de saint Benoît […]La Règle » (p. 115) ; « le fondement » (p. 51) ; « fondamental » (p. 70) ; « fondamentaux » (p. 70) ; « constituer une barrière » (p. 56) ; « la barrière à l’entrée du pont » (p. 142) ; etc. Je rajouterais que James Martin développe le concept (très franc-maçon) de la quête : « continuer à soutenir les catholiques LGBT dans leur quête d’une place au sein de l’Église » (p. 22) ; « quête » (p. 33) ; « requêtes » (p. 122) Il insiste aussi sur un autre leitmotiv dynamique de la Franc-Maçonnerie : l’amélioration et la transformation : « meilleurs ponts » (p. 45) ; « meilleurs employés » (p. 61) ; « les meilleurs évangélisateurs » (p. 61) ; « Nous nous efforçons de faire de notre mieux. » (p. 192) ; etc.
 

À vrai dire, James Martin semble fasciné par le pouvoir (cf. « pouvoir » p. 54 ; deux fois le mot « pouvoir » pp. 157-158) : « Dans l’Église catholique, c’est la hiérarchie qui possède le pouvoir institutionnel. Les membres de la hiérarchie peuvent autoriser les fidèles à recevoir les sacrements, autoriser ou empêcher les prêtres de célébrer les sacrements, ils peuvent fermer ou ouvrir des paroisses ou des aumôneries diocésaines, autoriser les gens à conserver leur poste dans une institution catholique, et ainsi de suite. Mais les catholiques LGBT ont eux aussi du pouvoir. » (p. 107) ; « Dans l’Église institutionnelle, c’est toujours la hiérarchie qui détient le pouvoir. » (p.108) C’est simple. Il voit les évêques comme des gestionnaires. Bref, des pièces maîtresses : « les évêques doivent : trouver… […] gérer… […] décider… […] trouver de l’argent frais… […] accompagner la croissance… […] répondre aux plaintes » (p. 122). C’est pour ça qu’il prétend bichonner l’Église. À ses yeux, elle est un outil précieux pour son ascension : « utiles » (p. 12) ; « utile » (p. 18) ; « utiles » (p. 38) ; « utile » (p. 41) ; « utile » (p. 46), « utile » (p. 113) ; etc. C’est pour ça aussi qu’il insiste beaucoup sur la nécessité de la respecter et de respecter ses fonctionnaires, afin d’atteindre ses objectifs et réaliser ses projets : « respecter la hiérarchie » (p. 114) « Leur enseignement mérite notre respect. » (p. 109). Il appelle même de ses vœux à prier pour les dirigeants de l’Église (« une vraie compréhension de la vie de ceux qui détiennent le pouvoir dans l’Église institutionnelle. » p. 119 ; « Qu’est-ce que cela pourrait vouloir dire que de manifester de la compassion à l’égard de la hiérarchie ? » p. 119 ; « prier pour eux » p. 133 ; « une prière sincère » p. 133 ; « Les catholiques LGBT sont invités à la compassion et à la prière pour nos ‘frères religieux qui luttent’[contre leurs propres penchants homosexuels refoulés], même lorsque leur comportement les a parfois identifiés aux ennemis de la communauté LGBT. » p. 126) ; etc.), non pas dans un vrai élan du cœur, mais pour habiller sa condescendance anticléricale de piété et de bonté sacrificielle, pour acheter le silence et la paix de ses chefs, par pure stratégie et intérêt. D’ailleurs, James Martin conseille à ses frères catholiques LGBT d’imiter sa ruse et de faire profil bas avec les évêques : « Ne serait-ce que d’un point de vue strictement humain, c’est une stratégie qui peut se révéler payante : si vous voulez vraiment avoir de l’influence sur la façon dont l’Église traite les questions LGBT, il peut être utile de gagner la confiance des membres de sa hiérarchie. » (p. 113)
 

Mais je crois que plus profondément, derrière toute cette manigance carriériste de James Martin se cache un plan de vengeance et de destruction contre l’Église-Institution, dont son commanditaire, aveuglé par ses bonnes intentions cléricalistes, n’a peut-être pas encore pris toute la mesure. Ce qui est certain, c’est que James Martin considère les gens d’Église comme fautifs et entend bien leur faire payer la facture de cette « faute » : « La seule évocation de la possibilité d’accueillir des personnes LGBT pouvait susciter les commentaires les plus homophobes et haineux qu’on puisse imaginer. » (p. 17) ; « La quasi-totalité des licenciements dans des institutions catholiques invoquait comme motif des questions LGBT. » (p. 68) ; etc. James Martin se sert de l’homosexualité et de la caricature sincère qu’il se fait des souffrances réellement vécues par les personnes homosexuelles (et peut-être aussi de la révolte qui émane de son propre refoulement d’homosexualité) pour faire culpabiliser les chefs de l’Église-Institution, leur faire porter le chapeau, les traîner en procès devant les tribunaux médiatiques de la planète, et régler ses comptes (ou un vieux contentieux que j’ignore encore : en tout cas, je devine juste que c’est du lourd). Il parle en effet du « rejet dont sont victimes les personnes lesbiennes, gays, bisexuelles et transgenres » (4e de couverture), de « la vague réactionnaire et intolérante qui s’abat sur les chrétiens » homos (idem), d’« un déferlement de haine » (p. 17) de la part des catholiques conservateurs à son encontre et à l’encontre de ses protégés homosexuels qui « ont été blessés par leur Église » (p. 213). Il va jusqu’à imputer des vagues de suicides et de dépressions de jeunes aux rédacteurs des paragraphes sur l’homosexualité dans le Catéchisme de l’Église Catholique : « ‘Les gens comprennent-ils l’effet d’un tel langage sur un garçon gay de 14 ans ? Cela peut le détruire.’ » (James Martin à propos de la qualification des actes homos en tant qu’« intrinsèquement désordonnés », pp. 104-105). Il déplore aussi l’existence de prêtres homophobes, « haineux et blessants par manque d’éducation » (p. 126), et entend justement les éduquer, les corriger : à un moment du livre, il énonce carrément une ligne de conduite épiscopale (il a rédigé une sorte de « Déclaration des droits et des devoirs des évêques » pp. 126-127). Il ne rigole pas, le James Martin. Je pense même qu’il veut éclater l’Église (même si, par ailleurs, il ne jure que par son unité). La preuve de cela, c’est qu’il met le terme au pluriel : « les chrétiens et leurs Églises » (p. 13).
 

Pour faire passer subtilement la pilule de sa vengeance à ses adversaires épiscopaux et cardinalices, il use premièrement de la menace amène de la délation. Et Dieu sait si en ce moment, elle est efficace, cette menace, étant donné que l’homosexualité est devenue le fer de lance invisible principal de l’anticléricalisme mondial (le fer de lance visible, c’est la pédophilie, et dans une moindre mesure, le sexisme). Le père James Martin, en s’avançant officieusement comme « homo non pratiquant » et officiellement comme « prêtre accompagnateur des LGBT », et en mettant l’homosexualité sur la table des négociations entre l’Église et le monde, s’est mis à l’abri, y compris dans son exposition médiatique ; et surtout, il a posé un ultimatum très dissuasif à sa hiérarchie ecclésiale pour obtenir ce qu’il veut : « J’accepte votre statut de supérieurs hiérarchiques, et mon statut de sous-ministre, mais vous, en contrepartie, vous arrondissez les angles du Catéchisme sur l’homosexualité. Sinon, je vous dénonce pour homophobie ou pour pratique homosexuelle sacerdotale massive cachée… Et là, c’est le pavé dans la mare! »
 

Dans un second temps, pour mener à bien son plan de vengeance contre l’Église, James Martin use de la métaphore – apparemment fédératrice, et séduisante intellectuellement et visuellement parlant – du « pont à double sens » (p. 31), qui ressemble à un trait d’union équilibré, neutre et impartial, suspendu entre la communauté LGBT et l’Église institutionnelle… mais dans les faits, il fait l’inverse de les unir puisqu’il considère que c’est à l’Église-Institution de faire le premier pas, de s’adapter, et que c’est elle seule la fautive de l’histoire : « Une grande responsabilité dans ce travail de dialogue incombe à l’Église institutionnelle : c’est elle qui a causé chez les personnes LGBT ce sentiment de mise à l’écart, et non l’inverse. […] c’est le clergé et les pasteurs de l’Église qui sont responsables de la marginalisation. » (p. 14) ; « Comme je l’ai dit, c’est bien l’Église institutionnelle qui a causé ce sentiment de marginalisation chez les catholiques LGBT, et non l’inverse. » (p. 37) ; « La responsabilité de la construction du pont incombe plus à l’Église institutionnelle qu’aux catholiques LGBT » (p. 219) Au bout du compte, le « double sens » en question n’est pas synonyme de circulation bilatérale, mais plutôt d’« ambiguïté ». « Entre ces deux groupes que sont la communauté LGBT et l’Église institutionnelle, un fossé s’est creusé, une séparation qui réclame qu’un pont soit jeté. » (p. 28) Mais qui les a « éloignés » (il utilise ce même adjectif quatre fois, p. 15, 16, 17 et 220) si ce n’est James Martin lui-même ?? En réalité, par le symbole du pont, l’auteur adopte une vision très manichéenne et binaire du dialogue entre les personnes homosexuelles et les chefs de l’Église. Comme par hasard, dans le tableau qu’il a théorisé, il place les opposants « homophobes » dans les eaux sombres en dessous du pont (« Et combien les eaux qui coulent sous le pont sont dangereuses » p. 18 ; « eaux sombres » p. 146)… et lui au-dessus !
 

James Martin, hypocritement, ne se croit ni faire partie de l’Église-Institution ni de la communauté LGBT, et tacitement, il laisse pourtant entendre qu’il les représente toutes les deux. En endossant le rôle de modérateur, d’intermédiaire, de médiateur, d’arbitre fixant les règles, en s’attribuant le rôle de soi-disant « juste » milieu ou de douanier, il se prend pour le pont, et donc pour le Pape (l’adjectif « pontifical » ou « pontif » vient précisément du mot « pont »). Il est galvanisé par son statut d’exception sacerdotale. Il cite même un témoin homosexuel lui décernant ce titre : « Entendre un prêtre dire les choses que tu dis est un contre-exemple frappant. Entendre un membre du clergé dire des choses positives sur les personnes LGBT est tout à la fois nouveau et bouleversant. » (p. 24)
 

À travers l’image (très simpliste) du pont, James Martin plante le décor d’un nouveau paradis où il est le roi (« Faire confiance à ce pont, c’est croire que les gens finiront par l’emprunter. » p. 145), le maître d’un monde intermédiaire, d’un sas vers le Paradis de Jésus et de l’Église-Institution, avec des péages et des barrières : « Sur le pont, il y a des péages » (p. 145). Ce qu’il se garde bien de dévoiler, c’est que « ce voyage sur le pont » (p. 147) sera pour beaucoup sans retour, et que son douanier ne laissera pas passer sur l’autre rive (l’Église-Institution) ceux qui l’emprunteront : « Vivre dans le respect, la compassion et la délicatesse, cela a un prix. » (p. 145) Ce prix, c’est l’acceptation du péché et le renoncement à la Vérité et au Salut. C’est la reddition de Jésus et de son âme. C’est l’équivalent de trente piécettes d’argent.
 

Je me trouvais il y a quelques jours à une réunion Pôle Emploi en collaboration avec des travailleurs sociaux, pour inciter ceux qui demandent à percevoir le RSA (Revenu de Solidarité Active) à mériter ce dernier et à trouver un emploi (je n’ai pas dit « un travail »). Même s’ils veulent au final nous faire rentrer dans leur Système de salariat, il s’agit pour ces agents de la Mairie de Paris d’insister sur la notion de partenariat à double sens (précisément), de contrat de confiance, afin d’éviter tout assistanat ou impression d’assistanat. Ils parlent de « Contrat d’Engagement Réciproque », de « travail de co-construction », nous jurent que « rien n’est obligé », qu’ils sont là pour « nous donner des outils pour creuser nos projets et non les leurs ». C’est exactement le même dispositif de smart contract que propose James Martin avec son pont à double entrée et double sens, sauf que dans son cas, son contrat donnant-donnant mériterait de s’appeler « Gay Spirit Contract », et que le système dans lequel il veut nous faire rentrer est la croyance en « l’identité » et en « l’amour » homo (voire la pratique homo et la bénédiction religieuse des « couples » homos). Il met en scène, de manière puante (il faut le dire) et forcée, une singerie de réconciliation. Car comment parvenir à une véritable réconciliation sans Vérité ? James Martin s’annonce comme le Grand Réconciliateur, le Pont humain, l’entre-deux entre des factions décrétées préalablement « opposées » à qui il permettrait de « faire la paix » : « De la même manière que l’Église institutionnelle est appelée à voir des frères et des sœurs dans la communauté LGBT, la communauté LGBT est invitée à voir les pasteurs de l’Église comme ses frères. » (p. 121). Il parle d’instaurer l’« égalité du cœur » (p. 123).
 

En fait, malgré ses dires, son pont est à sens unique : c’est à nous d’aller le rejoindre dessus, et plus fondamentalement, de passer sur lui. Venez vers moi. J’ai trouvé la « voie du pont » (p. 145) : « Par-dessus tout, j’aimerais offrir à tous ce pont et le soutenir. » (p. 38) ; « Je vous invite maintenant à me rejoindre sur ce pont » (p. 41) ; « Je voudrais vous inviter à marcher avec moi » (p. 45) ; « le pont que je vous invite à franchir » (p. 146) ; etc. James Martin n’appelle pas à aller vers l’Église-Institution ni à s’adapter pleinement à Elle. Le lien (= le pont) pour aller vers l’Église-Institution semble plus important à ses yeux que l’Église-Institution. Et la direction de son pont penche largement plus vers la communauté LGBT que vers une réception plénière du contenu du Catéchisme à propos de l’homosexualité. Il propose davantage un mouvement unilatéral (c’est-à-dire celui qui va dans son sens et vers lui) qu’un mouvement vers ceux qui ne pensent pas comme lui : « Je vous ai invités à parcourir avec moi ce pont. » (p. 145)
 

James Martin est un stratège machiavélique (au sens historique de l’adjectif, et non d’abord manichéen et moral). À son avis, la fin justifie les moyens. Il aime à s’apitoyer sur ses préférés – en l’occurrence nous catholiques LGBT – et à rentrer dans le jeu de notre sentiment d’être des victimes de notre propre Église : « Ooooh mes pauvres… Les chefs de notre Église ont été crès crès méchants avec vous. Ils ne vous/nous comprennent pas. Ils se trompent sur vous. Je sais. Mes collègues me font parfois secrètement honte… Excusez-les… » James flatte en nous une victimisation, nous drague de manière à la fois maternante et paternante – donc apparemment « chaste » – tout en temporisant nos supposées « attentes irrépressibles » et en négociant avec nous un échéancier basé sur une singerie de pardon, de patience et de prière : « Vous ne serez pas aussi méchants que les chefs de l’Église institutionnelle l’ont été avec vous ; car vous êtes plus intelligents et plus Grands Seigneurs qu’eux, plus rusés et magnanimes. Plus catholiques, au final. Priez pour vos ennemis, faites mine de les écouter, conquérez leur cœur… et bientôt, ils vous mangeront dans la main, vous verrez. Ils sont durs à cuire, mais ce ne sont pas des mauvais bougres. Ils ne mordent pas. En plus, c’est maintenant qu’il faut croire à notre lente offensive car ils sont influençables et extrêmement affaiblis en ce moment. Alors armez-vous de patience. Souriez-leur comme si de rien n’était. Leur ralliement à notre cause universelle LGBT est proche. Nous les amadouerons et les aurons à l’usure. C’est juste une question de temps, d’attitude, de présentation, de changement. » : « changement » (p. 40) ; « Les temps changent, lentement. » (p. 128) ; « L’Église change petit à petit. » (p. 129) ; « ce changement » (p. 129) ; « faire changer les choses » (p. 143) ; « changer » (p. 213) ; « changer » (p. 221) ; « progresser » (éditeurs, p. 232) ; etc. Toutefois, James Martin la joue fine et devance la critique de sa rhétorique du changement et de la réforme, en ne laissant pas transparaître de grands désirs de révolution spectaculaire. Comme il dit lui-même, le pont est la métaphore du « changement progressif » et non du changement brutal : il se dédouane d’une « promotion d’un changement radical dans l’enseignement de l’Église institutionnelle » (p. 20). Le pont se présente comme la gentille passerelle d’une innocente promenade… même si factuellement, c’est plutôt un pont-levis d’assaut en douceur des idées gays friendly dans l’Église.
 

La démarche de James Martin est d’autant plus perverse qu’elle est caressante, sincère, bien-intentionnée, franche, donc (inconsciemment ?) franc-maçonne. La franchise (ou la sincérité, les bonnes intentions non suivies des actes d’humilité) est la signature de la Franc-Maçonnerie par excellence : « le souhait d’aborder ces questions de manière franche » (p. 24) ; « pour ma part, tous les évêques que je connais sont sincères dans leur volonté de rejoindre pastoralement cette communauté » (p. 30) ; « de manière honnête » (p. 56) ; « sincèrement » (p. 117) ; « en toute franchise » (p. 120) ; « une prière sincère » (p. 133) ; « Vous avez pu parler franchement de votre sexualité » (p. 198). Je pense que Jésus, face la puanteur d’obséquiosité de James Martin, dirait à ce dernier, s’il pouvait s’adresser à lui distinctement : « Arrière Satan ! », comme il l’avait fait avec saint Pierre. Ou mieux : « Judas, c’est par un baiser que tu me livres ? ».
 

James Martin a l’air très fan du protestantisme. Comme je l’ai signalé plus haut, il chante la cohésion des Églises méthodistes (p. 86). Et sur son mur Twitter ; il partage énormément de photos qui font partie de l’imagerie traditionnelle des sectes issues du protestantisme comme par exemple les Témoins de Jéhovah ; et il s’attarde beaucoup en hommages sur les grandes figures du protestantisme évangéliste mondial, telles que Billy Graham ou encore le pasteur Martin Luther King. S’il est cohérent, ce qu’on pourrait lui demander, c’est de se positionner plus clairement, voire de changer carrément de crèmerie, plutôt que de faire semblant d’être encore catholique. Si l’enseignement catholique sur l’homosexualité ne lui plaît pas, et qu’il le distord continuellement en public, eh bien qu’il le laisse tomber une bonne fois pour toutes, au lieu d’entraîner mes frères prêtres ou/et homosexuels catholiques dans ses erreurs et sa révolte. Dans ma bouche, ce n’est même pas une proposition. C’est un conseil insistant. Pour le bien de l’Église et son bien à lui.
 

 

J’arrive à la fin de ma critique de Bâtir un Pont de James Martin (qui m’a pris une semaine entière de travail !). Alors merci doublement de l’avoir lue jusqu’au bout. En conclusion, il apparaît que le profil du bonhomme, et le phénomène réformiste qu’il incarne, ont de quoi nous inquiéter fortement. Et néanmoins, comme je l’ai signalé plus haut, plus urgente me semble l’identification de déviance chez le cardinal Sarah (car celle-là, peu la voient) que chez James Martin (celle-ci, tout le monde la voit et s’en sert même pour faire diversion par rapport au cardinal Sarah). Et vu la bêtise et le manque de finesse des médias de la Réacosphère d’extrême droite (Médias Presse Infos, le blog de Jeanne Smits, Riposte Catholique, Réinformation TV, Le Salon Beige, L’Incorrect, etc.), on est encore loin de la clairvoyance collective. Si James Martin est la bonne mère, le cardinal Sarah est le bon père (qui, en ce moment, parraine les « homos mais pas gays » comme Daniel C. Mattson). S’acharner sur le père James Martin, cela revient presque à tirer sur une ambulance. Plus courageux et subtil est celui qui dénoncera la traîtrise du cardinal Sarah et le dévoiement de l’association Mourage. Car là, c’est l’aveuglement général. Force et humilité de Jésus à nous tous !
 

Les 12 obsessions des cathos bobos de la Réacosphère

Minorité influente à l’intérieur de l’Église Catholique – et pourtant on n’entend quasiment qu’eux dans les médias dits « alternatifs », aux côtés de leurs jumeaux progressistes -, je vous présente la nébuleuse de la « Fachosphère » ou « Réacosphère », dont j’ai parlée abondamment dans le chapitre des bobos cathos anars d’extrême droite dans mon livre Homo-Bobo-Apo. En pleine expansion vue que la crise que vivent le monde et l’Église actuels amène son lot de mécontents et de paniqués, les membres de la confrérie de la Réacosphère ont 12 obsessions que je vais décrire dans cette vidéo :
 

 

 

1) Première obsession : L’HOMOSEXUALITÉ ! Ils ont vraiment un problème avec ça. Ils en parlent souvent. De tous les médias cathos, ce sont les seuls qui osent prononcer explicitement le terme. Et maintenant, beaucoup de leurs articles portent apparemment sur le sujet. Ils créent même des néologismes (« homofolie », « homosexualisme », « homohérésie », « homosexualiste », « lobby gay », etc.). Ils font comme les protestants : pour eux, à la fois l’homosexualité est diabolique (ils la lobbyisent sous forme de terrible dictature : à leurs yeux, ce qui est normal, c’est la famille, et le reste, ce sont des déviances, des perversions, des péchés), à la fois ça n’existe pas (ils disent qu’ils s’en foutent, qu’on en parle trop, et se piquent de pseudo savoir psychanalytique et de moultes statistiques pour la pathologiser). D’ailleurs, la concernant, ils adorent la thèse de la blessure narcissique. Ils nous la ressortent quand ils veulent nous décrédibiliser à peu de frais : tu t’énerves, c’est normal, ta blessure narcissique se réveille et tu es un blessé de la vie. En réalité, ils sont hyper mal à l’aise avec le sujet parce qu’ils n’en parlent jamais en dehors du phénomène social, parce qu’ils ne parlent jamais des personnes homos et n’annoncent jamais la Bonne Nouvelle, parce qu’il y a énormément d’homosexualité refoulée (et donc pratiquée) dans leurs rangs, une homosexualité camouflée dans un mariage et une famille nombreuse, ou dans un activisme viriliste (Action Française, BADE, GUD). Même s’ils affichent une inflexibilité et un puritanisme d’apparat, dans les faits, ils se laissent bien souvent aller à la débauche. Ils font partie des libertaires cachés. D’ailleurs, ils brandissent souvent leur liberté d’expression, d’éducation, de croyances et de cultes, comme un droit canonique inviolable et feignent la décontraction réactionnaire. Ça se voit jusque dans le titre de leurs médias : TV Libertés, Radio Courtoisie « la seule radio vraiment libre ! ». Ils ne divorcent pas beaucoup, mais en revanche, se trompent ou se séparent allègrement, vu que la CRC (Contre-Réforme Catholique) s’arrangera pour annuler leur mariage en toute discrétion et légalité.
 

 

2) Deuxième marotte : LA VÉRITÉ (mais sans Charité) : Ils érigent tout ce qu’ils craignent comme des vérités et des généralités universelles. Penser les choses en termes de vérité uniquement, c’est une manière de se justifier d’être inflexible, intransigeant, entier : si je suis lucide et obéissant à la Vérité, je suis donc forcément juste ! Au bout du compte, comme Lucifer, ils ont remplacé l’Amour par l’Intelligence. Et ils croient que ça leur donne tous les droits. Ils passent maîtres dans l’exercice du soupçon et de l’accusation : ils sont constamment dans l’invectives, l’effet d’annonce et la critique négative. Jamais dans l’émerveillement. Ils abusent des points d’exclamation. Beaucoup de leurs sites n’annoncent pas la Bonne Nouvelle (même si en intention, la vitrine a l’air gentille : je pense par exemple à un site comme « Égalité et Réconciliation »). Dans les faits, c’est plutôt « profession Mouchards et Juges ». Les réactionnaires réagissent au quart de tour mais ils réfléchissent peu : ils se contentent de faire ricocher la mauvaise nouvelle ou le pseudo « scandale », de râler avec les râleurs, et ils rêvent d’annoncer en premier à la terre entière le scoop qui détruira des rêves et des naïvetés, qui dénoncera les contrefaçons. À tel point qu’on se demande si leurs sites sont cathos. Même s’ils en portent le nom : Riposte Catholique, Christianitas, Info Catholique, Catho Bel, France Catholique, etc. Ils sont tellement mauvaises langues, et avides de recenser uniquement ce qui ne va pas dans l’Église, de révéler les affaires troubles ou les écarts en interne, qu’on doute réellement de leur catholicité et de leur bienveillance à l’égard de l’Église. Ils sont tenus en réalité par des journalistes qui se valent du catholicisme pour surveiller le moindre faux pas des gens d’Église, et de divulguer l’info « ecclésiale » qui créera la zizanie. Par exemple, ils distribuent les bons et les mauvais points entre les cardinaux. Ils sont comme les papys réacs du Muppet Show : « T’as vu : Untel défend le lobby gay ! T’as vu ? Tel autre a approuvé l’euthanasie. » Ce sont des rapporteurs à 4 chandelles… et qui en plus surinterprètent bien souvent les propos pour les monter en épingle. Par exemple, jamais le cardinal Marx n’a encouragé à la bénédiction des couples homos. C’est le pur fruit de l’imaginaire de la Fachosphère. Mais de la réalité des faits, ou de l’issue d’un début de soupçon, ils se moquent bien. Pour eux, la paranoïa, le risque ou l’ambiguïté deviennent la réalité. Au fond, ils ne rêvent que d’une chose : l’arrivée d’un schisme, et que l’Église Catholique coule. Le pire, c’est que dans leur discours de Vérité, il n’y a pas de Charité, pas d’Amour. L’Amour, pour eux, c’est une faiblesse. Quand ils affichent un cœur, c’est uniquement le Sacré-Cœur saignant et brodé main : jamais leur propre cœur. Et quand ils s’expriment sur les réseaux sociaux, le paradoxe, c’est que ces chantres de la Vérité sont incapables de parler à visage découvert : c’est toujours derrière un masque ou un pseudonyme. La Vérité, c’est pour les autres : jamais pour eux !
 

3) Troisième fixette de la Fachosphère : LEUR RÉPUTATION D’INTÉGRISTES. Observez juste les coups de sang du blogueur Fikmonskov, très amers et peu réfléchis. Les accusations de « raciste », de « nazi », d’« intégriste », d’« extrême droite » (pour lui, l’extrême droite n’existe pas, d’ailleurs), de « fasciste », le font réagir au quart de tour : il n’a aucune distance. Et même quand il n’est pas attaqué sur ça, il faut toujours qu’il la ramène sur sa réputation d’extrémiste et qu’il ironise dessus. En fait, il ne l’a toujours pas digérée. Elle lui tient chaud, même s’il affiche parfois un ricanement ou singe un détachement d’indifférence.
 

 

Ça marche aussi avec la journaliste Eugénie Bastié, bossant au Figaro, et qui est capable, rien que pour ricaner sur sa réputation de « réac » ou d’« antiféministes », de plaisanter sur la mort d’Arnaud Beltrame en se posant en victime. On retrouve ce cynisme provocateur chez Jean-Marie Le Pen (prenant un malin plaisir à décrire les chambres à gaz nazies comme un « détail de l’histoire »). Dans le binarisme simpliste actuel du monde, qui classe les gens dans le camp de l’« Amour » ou celui de la « Haine », les réactionnaires se savent associés au camp de la haine (exemple : le « F-Haine ») et ça, ça les énerve prodigieusement autant que ça les excite. Par pur orgueil et plaisir d’humilier, ils décident de rentrer dans le jeu de leur mauvaise réputation, pour au moins prendre leur interlocuteur en défaut de bêtise et de haine, en étant eux-mêmes aussi haineux que lui, mais au moins avec art et esprit !
 

 

 

Par exemple, ils poussent la provocation jusqu’à imiter sérieusement la parodie du fascisme historique qui leur est imputée : je pense aux colloques de Civitas intitulés « Dieu, Famille, Patrie » et singeant la France collabo de Vichy. Par ailleurs, pour salir en même temps qu’honorer leur réputation de « haineux », ils s’autorisent souvent le paradoxe très bobo de mêler dans leur discours mots châtiés et insultes : les banderoles « Foutons-les dehors ! », les slogans « Y’a bon Banania, y’a pas bon Taubira ! » (scandés au mégaphone par l’abbé Beauvais, ancien curé de saint Nicolas du Chardonnet, lors de la manifestation du mouvement Civitas contre la « christianophobie » le 20 octobre 2013), Davy Rodriguez n°2 du Front National Jeune (FNJ) proférant le 10 mars dernier « espèce de nègre de merde ! », etc. À force de se moquer ironiquement de leur réputation de « haineux », ils ne voient même plus qu’ils lui obéissent en actes.
 

 

4) Quatrième obsession : LA RÉALITÉ. Les fachos sont obnubilés par la Réalité (les élus du Front National ne jurent que par elle, par exemple). Ils ont des radios dédiées exclusivement au Réel : « Radio Courtoisie, la radio libre du pays réel et de la francophonie. » Ils organisent même depuis 2017 des « Fêtes du Pays Réel » tellement ils poussent le pragmatisme jusqu’au bout et voient le monde comme une virtualité qu’ils n’habitent plus. Ils s’enchaînent à l’actualité, aux flux incessants des nouvelles délivrées par les réseaux sociaux et les chaînes d’infos, et s’annoncent comme ceux qui vont réinformer la planète manipulée, rétablir la réalité (exemple : Réinformation TV). En gros, selon les membres de la Réacosphère, il est plus important d’avoir raison que d’aimer, de tenir informé que d’annoncer le Salut à tous. Ils voient dans la cohérence ou le réalisme une loyauté, une honnêteté, et même une voie de sainteté. Il faut que ça file droit, que tout se prouve, se mérite et se paie. C’est une forme de gnosticisme justicier, en fait. En filigrane derrière cette obsession de la réalité se trouve la croyance qu’ils auraient le courage de dire tout haut ce que tout le monde penserait tout bas, et surtout que ce sont eux qui ont raison et les autres qui auraient tort. Penser les choses en termes de « réalité » uniquement, c’est finalement l’excuse facile pour traiter à peu de frais leurs détracteurs de menteurs : ces derniers nient le « réel » (réel qui est bien souvent le fruit de leurs propres projections et fantasmes paranoïaques), DONC ils sont forcément « aveugles », « fous », « bêtes », « de mauvaise foi » et « indignes de confiance ». Il y a un orgueil monumental caché derrière l’obsession des réac’ pour la réalité et la Vérité. Ils se reconnaissent volontiers pécheurs (dans l’idée), mais jamais fautifs.
 

 

5) Cinquième lubie : LE COMPLOT. Leur sentiment permanent d’être épiés, censurés, mal aimés, persécutés, en danger, incompris, engouffre les réacs dans la défiance. Ils voient du complot, de la stratégie, de la censure, partout. Dans leurs articles de presse, ils choisissent des titres racoleurs qu’ils mettent souvent au négatif et avec des injonctions. Exemple avec la revue L’Incorrect : le 13 avril 2018, ils titraient l’un de leurs articles « Les gardiens de la mort et de la tolérance ne nous enfermeront pas dans la cage aux phobes ! » Ils fantasment sur l’ennemi interne, sans penser une seule seconde que c’est eux ! Dans leur système de croyances, la Vérité est forcément violente, cinglante. Implicitement, ils pensent qu’elle est le mal, que « y’a que la vérité qui blesse », et ils rêvent d’arriver en grands annonciateurs des « 4 Vérités » des gens qui les entourent, pour ne jamais entendre les leurs. Pour eux, la Vérité est nécessairement cachée, ne se dévoile pas, est une propriété privée qui n’appartiendrait qu’à ceux qui la méritent. Car au fond, elle ne s’est pas incarnée dans leur cœur. Ils en ont une connaissance intellectuelle. La peur, et tout le raisonnement intellectuel qu’ils ont déployé pour la justifier, a endurci leur cœur, les a rendu misanthropes. Ils ont très peu de vrais amis, d’ailleurs, et jugent le monde de loin.
 

 

 

6) Sixième obsession : LES MÉDIAS. Même s’ils se targuent d’avoir grandi sans la télé, les membres de la Fachosphère se sont bien rattrapés depuis et recherchent les caméras fiévreusement par la suite. Il leur arrive même d’utiliser le mot « Medias » pour s’auto-définir : exemple : Medias Presse Infos. Car oui, ils créent des télés, des revues et des radios alternatives, des chaînes Youtube et des partis politiques. Ils sont relativement bien infiltrés dans les sphères médiatiques, ont tout fait pour les intégrer, connaissent leurs codes (les happenings, les éditos cinglants, les effets d’annonce, les tweets, etc.) et cherchent à créer le buzz à tout prix. Ils étaient les premiers à monter au créneau lors des pièces blasphématoires (Golgota Picnic par exemple), lors du « mariage gay ». Ils étaient aussi les premiers à oser braver les plateaux télé, à s’enchaîner à l’Arc-de-Triomphe et à imiter les Femens. Ils sont à l’affût de la moindre occasion de se faire remarquer publiquement. Ils adorent prendre des poses victimiaires héroïques dans les caméras. On a tous en tête la photo du curé de sainte Rita étendu théâtralement sur le sol pendant que son église était évacuée par les CRS qui soi-disant auraient interrompu une messe, le 3 août 2016… alors qu’en réalité, cette mise en scène de martyre avait été savamment orchestrée par les « victimes » elles-mêmes ! Les membres de la Réacosphère rêvent de passer pour les nouvelles Jeanne d’Arc. Ils aiment créer l’événement (Marion Maréchal Le Pen à Washington en février 2018, par exemple). Par ailleurs, les fachos ont un rapport idolâtre d’attraction-répulsion vis à vis du monde : à la fois il déteste leur époque et lui sont hermétiques (ils auraient préféré vivre dans un autre siècle ; notre temps et nos contemporains les effraient), à la fois ils sont complètement enchaînés à elle, font éponge avec elle. Il y a peu de recul chez eux : ils croient tout ce qu’ils voient ou entendent à la télé. Ils sont d’une crédulité impressionnante, et sont eux-mêmes facilement impressionnables. Le propre du réactionnaire n’est-il pas justement de réagir, et même de surréagir ?
 

 

7) Septième fixette : LA CIVILISATION : Les membres de la Réacosphère sont très branchés « Civilisation », « Patrie », « Tradition », « Passé », « Patrimoine », « Racines chrétiennes », « Royaume de France ». D’où leur patriotisme et leur nationalisme royalistes exacerbés. Leur millénarisme, aussi. Le millénarisme est le souhait d’instaurer un règne terrestre de Dieu par la force et des moyens humains. Le slogan de l’institut Civitas, c’est précisément « Pour une Cité Catholique ». Il y a un gros fond de peur, de vengeance, de révolte, d’orgueil, derrière cette idéalisation passéiste de l’Histoire. Quelque part, les réactionnaires se réjouissent du chaos. Car leur idéalisation de la civilisation s’accompagne d’une vision très noire du présent, et repose sur la fameuse dichotomie « civilisation/barbarie ». Ils fantasment beaucoup à propos de la « destruction ou du basculement de civilisation », de la « décadence des mœurs », etc. Et ils cherchent à mettre en place exactement ce qu’ils condamnent chez les autres, et en particulier dans la Franc-Maçonnerie, car elle aussi a pour objectif de construire une nouvelle civilisation par le biais du chaos. Les conférences d’Alain Escada contre le Nouvel Ordre Mondial et la Fin des Temps, sont donc une vaste blague. Les réactionnaires se centrent sur le Christ-Roi. Tout comme Judas, le traître qui a livré Jésus et qui était un parfait zélote patriotiste, millénariste : il voulait faire du Christ le fondateur d’une nouvelle civilisation qui renverserait le pouvoir tyrannique en place. Et Jésus fuie ce genre de soldats zélés pour sa cause : « À la vue du signe que Jésus avait accompli, les gens disaient : ‘C’est vraiment lui le Prophète annoncé, celui qui vient dans le monde.’ Mais Jésus savait qu’ils allaient venir l’enlever pour faire de lui leur roi ; alors de nouveau il se retira dans la montagne, lui seul. » (Jn 6, 15).
 

 

 

8) Huitième obsession : L’ISLAM. À propos de millénarisme, nos chers amis réacs font une fixette sur l’islam. Leur paranoïa haineuse a toujours besoin de se fixer sur une population religieuse en particulier qu’ils diabolisent pour altériser le mal : avant, c’étaient les chrétiens modernistes et les protestants. Mais à présent, ils ont jeté leur dévolu diabolisant sur l’islam, qu’ils confondent avec les personnes musulmanes (dont ils ne se soucient jamais). Ils créent des sites où ils font fusionner Jésus et l’islam (exemple : Islam et Vérité). Et dans leur langage, c’est le constant amalgame. En témoigne la récente sortie de Marion Maréchal-Le Pen aux États-Unis : « La France était la fille aînée de l’Église. Elle est en passe de devenir la petite nièce de l’islam. » À les entendre, tout est de la faute de l’islam. Ça devient pathologique chez eux. Tu te casses une jambe : c’est de la faute de l’islam. Il pleut, c’est l’islam ! Et même quand il n’est pas directement question de l’islam, ils ont l’art de tout ramener à ce dernier par l’art de la comparaison abusive. Exemple : Une église catholique est taguée de graffitis : eh ben… c’est pas dans une mosquée qu’on aurait osé faire ça ! (sous-entendu : « Les cathos, on les soutient uniquement parce que ce sont des victimes, donc des points de comparaison qui nous permettent de diaboliser l’ennemi d’en face, mais ce sont aussi des chiffes molles qui n’ont pas de couilles et ne savent pas se défendre. »). L’islam n’est donc pas mieux loti que le catholicisme, au final. Les membres de la Réacosphère ont un profond mépris pour les catholiques, et en particulier les prêtres – ils adulent le statut ecclésiastique du prêtre, mais le prêtre « personne », ils le détestent. Et on comprend pourquoi : l’autorité ne leur plait pas (ils prétendent l’incarner), l’humilité du Christ non plus (eux, ils préfèrent les champions, les croisés, les vainqueurs, les justiciers autoritaires !), ils ont des situations maritales non conforme à l’Église (divorces, homosexualité, concubinage, adultère) ou bien quand ils restent mariés ils n’honorent pas leur mariage. Des élus FN en personne m’ont certifié que les leaders de ce parti détestaient les catholiques (ils trouvent les prêtres trop bavards, et quand ces derniers l’ouvrent trop, ils leur conseillent de se mêler de leurs affaires). Les réactionnaires n’aiment du catholicisme que sa civilisation, que sa puissance autoritaire et punitive, que son statut de contre-pouvoir et de civilisation messianiste justicière.
 

 

9) Neuvième obsession : LA FORME DU RITE, LA LOI. Les réactionnaires font une fixette sur le rite, l’Église-Institution, le dogme, la tradition, l’ordre, la manière de prier. Ils restent dans le code moral, le permis et le défendu, la règle, les fautes : ils ne mangent pas à la table des pécheurs puisque ces derniers « ont fauté » et sont « impurs ». Dans toute situation humaine, ils ne vont voir que les défauts. Au fond, par orgueil, ils confondent la sainteté avec la perfection. Ils mettent le culte au-dessus des Humains qu’il est censé servir. Ils détestent tout élan d’ouverture à l’autre, qu’ils voient comme un dangereux relativisme. Et il ne faut surtout pas leur parler d’œcuménisme (là, c’est le crime de lèse-majesté !). Ils ont fait une fixette sur le Concile Vatican II (1962-1965), comme pour annoncer que c’est le Grand Virage de la Trahison, le moment fatal où tout a basculé. Ils ne démordent pas que le rite et les petites habitudes dogmatiques ont été bousculés voire carrément perdues depuis ce concile. D’où sort cette croyance ? On ne sait pas. Mais ils croient dur comme faire que rien ne sera plus comme avant, que l’Église s’est perdue à jamais, que les bons prêtres n’existent plus, que les jeunes générations de catholiques sont des faux croyants. Ils honnissent le Pape François uniquement parce qu’il est bon : ils le prennent pour un irresponsable, un incompétent, un moderniste, un Antéchrist protestantisé… quitte à idéaliser son prédécesseur, Benoît XVI (alors qu’au temps de ce dernier, ils n’hésitaient pas à le qualifier aussi d’apostat). Comme les pharisiens de la Bible, ils sont très matérialistes, avares, près de leurs sous, même si leur spiritualisme intégral et leur goût de l’esthétisme laisseraient croire le contraire. Ils survestissent sur le matériel pour compenser leurs nombreux manques affectifs. Ils sont très à cheval sur les codes de bienséance, et les codes liturgiques (c’est pour ça qu’ils se laissent flatter par le cardinal Sarah) : ils ont transformé les statues, le rosaire, la médaille miraculeuse, en fétiches, en grigris ; ils se crispent sur la forme (qu’eux qualifieront de tridentine – FSSPX – et d’extraordinaire) de la messe. Ils ne vont pas à la messe pour aimer les autres, mais par devoir moral. Ils sont en général très protocolaires : ils disent les prières bien comme il faut (parfois le rosaire tous les jours), connaissent les phrases qu’il faut dire par cœur, se rendent aux pélés qu’il faut, vont à confesse. Mais c’est superficiel. Car ils ne confessent jamais leur dureté de cœur et leur refus de pardonner. Ils n’ont pas compris que Jésus n’en a rien à faire des prières, des holocaustes et des sacrifices, ou des bonnes manières de le prier. Il veut un cœur broyé, contrit, aimant. Il veut des disciples entourés d’amis.
 

 

 

10) Dixième obsession : LA COMMUNION DANS LA MAIN. En lien avec l’obsession du culte, les néo-pharisiens ont une autre lubie : c’est la communion dans la main. Pourquoi ? Parce qu’ils n’ont pas le cœur sur la main, finalement. Et je dis ça alors que personnellement, je reçois la communion dans la bouche, et je préfère. Sur les réseaux sociaux, si vous voulez un peu d’animation, vous commencez à brancher les réac’ sur la communion dans la main. Et vous mettrez le feu aux poudres ! En général, concernant l’Eucharistie, les réacs se fixent sur la manière de la recevoir autant (voire plus) que sur l’hostie elle-même. Ils ont besoin de mettre plein de règles, de conditions de bonne réception, de clôtures moralistes et de licences pour délivrer aux autres le « droit de communier » (comme Judas avec l’onction de Béthanie) ou le diplôme de « vrai catholique », de poser des cadres qui les rassurent (missel bilingue latin-langue vernaculaire, messe ad orientem), et surtout qui les placent du bon côté de la barrière du Salut. Deuxième sujet tendax : c’est le port de la soutane ou du col romain. Ils ont fait de la communion un fétiche presque intouchable, désincarné, un dîner privé, une union sans communion. Ils privilégient bizarrement le « sens du sacré » au sacré.
 

11) Onzième obsession : LE MÉCONTENTEMENT. À les entendre, il faut être mécontent et méfiant, récriminer, ronchonner. C’est obligatoire ! La patience, la longanimité, l’humour, la tendresse, c’est pas leur truc. C’est de la faiblesse. Les vrais sourires, c’est pas vraiment le style de la maison. Autant vous dire que dans les rangs réacs, ça ne respire pas la joie de vivre. Ça ne rayonne pas. C’est plutôt sourire crispé. Ou l’air pataud, antipathique et patibulaire d’un Jean-Marie Le Pen. Vous avez déjà vu Marion Maréchal, Charlotte d’Ornellas, les présentateurs de TV Libertés ou Fikmonskov sourire, vous ? Non. Il faut faire la gueule. L’antipathie est la règle. Et leur obsession, c’est de ne pas être ridicule. Moi, par exemple, j’ai fait un truc public ridicule : mon clip « C’est bien gentil ». Eh bien certains réacs voulaient me traîner carrément en procès pour ça, sans rire. Assumer ses limites, le ridicule, accepter d’être pécheur, fautif et fragile, d’être aimé en dehors du mérite, ils ne font pas.
 

Le sourire d’Alain Escada…


 

12) Douzième et dernière obsession : L’ENFER : Pour faire contrepoids au relativisme Bisounours ambiant qui ne parle plus du Salut ni de l’enfer, les réactionnaires se prennent de passion pour l’enfer et n’annoncent plus la Bonne Nouvelle du Salut pour les pécheurs. Par exemple, le secret de Fatima, offrant des visions de l’Enfer, ils ont adoré !! Ils font une véritable fixette sur l’Enfer. En réalité, ils ont une conception très intellectuelle de celui-ci, puisqu’il n’y a pas de vraie connaissance de l’enfer sans l’accès à la Miséricorde et sans la prise de conscience de sa propre misère, sans la compréhension que l’enfer est cerné de Miséricorde. Ils sont à ce point dans le goût de la peur et de la menace, dans le manque d’Amour et dans la fermeture de cœur, qu’ils s’arqueboutent sur le déni de l’enfer. À leurs yeux, on peut nier le paradis, mais surtout pas l’existence de l’enfer !! leur CHER enfer ! Je pense à la récente polémique sur les propos du Pape qui aurait nié l’enfer, le 31 mars dernier. Au fond, je crois qu’ils ont pris l’enfer pour le paradis : je les ai entendu dire que l’enfer est une grâce/don de Dieu (alors que l’enfer est permis par la grâce de Dieu mais n’est certainement pas une grâce de Dieu). Car en réalité, ils tiennent plus à l’enfer qu’au paradis. Eh bien ils s’y dirigent tout droit ! Comme ils placent la Justice à la place de l’Amour, ils sont capables de s’auto-juger (comme ils imaginent que Jésus les juge) et de s’envoyer en enfer pour honorer Jésus, au lieu de se laisser aimer par Lui ! Incroyable.
 
 

Cet article bénéficiera bientôt d’une vidéo sur Youtube, intégrant une série de 15 entretiens tournés en avril 2018 à Lourdes avec la journaliste Nathalie Cardon, et dans le droit fil de mon livre Homo-Bobo-Apo. Voici les articles de chacun d’eux :
 

1 – « Les 11 messages subliminaux diffusés dans l’émission ‘The Voice’ »

2 – « Le Synode des jeunes : la cata »

3 – « Le raz-de-marée de la transidentité » (transsexualité)

4 – « Le Boom des pastorales d’accompagnement des personnes homosexuelles dans l’Église »

5 – « Mylène Farmer, Grande Architecte de la Franc-Maçonnerie gay friendly »

6 – « Pourquoi La Manif Pour Tous est un vrai désastre »

7 – « Pourquoi parler d’homosexualité dans les établissements scolaires est Mission Impossible »

8 – « L’homosexualité dans la série de TF1 Demain Nous Appartient »

9 – « Je me suis ridiculisé publiquement : Comment vivre avec cette honte ? »

10 – « L’Hétérosexualité est la Bête de l’Apocalypse »

11 – « Les 4 armées de la Bataille finale d’Armageddon »

12 – « Visite maçonnique de Macron aux Bernardingues »

13 – « Les 12 obsessions des cathos bobos de la Réacosphère »

14 – « Homosexualité, la priorité niée dans l’Église »

15 – « Définition de la bisexualité »