Je savoure ces soirées ou pique-niques à Paris où des amis que j’ai réunis alors qu’ils ne se connaissaient pas s’entendent tellement bien qu’ils pourraient se passer de ma présence. C’est une grande joie et satisfaction.
 

Notre groupe de 10 personnes devait être avenant, vu qu’un SDF quinquagénaire est venu s’incruster chez nous. Imbibé d’alcool, il a d’emblée commencer par nous parler d’exorcisme. Je lui ai sorti le médaillon de saint Antoine de Padoue que je porte au cou, et il l’a spontanément embrassé. Il m’a révélé qu’il était homosexuel (j’avais déjà entendu qu’il y aurait beaucoup plus d’homosexualité chez les gens de la rue qu’on ne l’imagine) et les marques d’une agression homophobe par un ancien camarade SDF, qu’il portait au dos. Il s’est fait frapper par lui à la colonne vertébrale, par derrière, à coups de pieds. Et il m’a parlé de vengeance, et de son projet de tuer son agresseur. Je l’ai menacé durement de ne pas le faire (car sinon, gare au Salut de son âme) : il a pleuré à chaudes larmes au moment où nous avons parlé de Jésus, d’homosexualité et de pardon (instant de grâce : ça perlait tout seul)… même si, à d’autres moments, il reprenait son rôle de pirate-vengeur, bourré, violent et fou, son côté peau-de-colle. Sous le blouson en cuir noir très macho, il portait un lingerie féminine sur le haut du corps; et par-dessus son pantalon, une robe longue de femme, qu’il a fini par dérouler. Il se disait « bisexuel ». Il vit en foyer où il est connu par ses camarades pour ça, et se fait rejeter. C’était la première fois de ma vie que je tombais sur un SDF-travelo en chair et en os (cf. suite).