En ce moment, avec l’actualité brûlante, nous avons largement de quoi courir à droite à gauche pour nous rendre utiles et pour éteindre les feux sociétaux qui s’allument autour de nous. Mais l’incendie le plus dangereux, je crois que c’est celui qui se trouve à l’intérieur de l’Église et dans notre cœur. Il s’appelle peur, ignorance, et surtout orgueil. Et il se traduit en général par le silence. Il nous faut d’urgence libérer la Parole dans l’Église. Car aussi incroyable que cela puisse paraître, Elle y est actuellement interdite. Je le vois dès que je parle d’homosexualité, d’hétérosexualité, de boboïsme et des Fins dernières. Aujourd’hui, entre catholiques, c’est hallucinant comme on ne peut plus rien dire. La moindre remarque ou demande d’autocritique sera tout de suite traduite comme une odieuse ingratitude, un manque de Charité, une trahison à l’Unité, un manque d’Espérance, une folie, un caprice de star, un horrible blasphème, un orgueil diabolique.
 

En particulier en ce qui concerne trois catégories de catholiques : les mouvements pro-Vie, les évangélisateurs (les journalistes inclus), les prêtres. Qu’ils racontent de la merde, qu’ils enchaînent les compromissions, qu’ils jouent le jeu de la Franc-Maçonnerie et du boboïsme, qu’ils soient pro-homosexualité, que leur activisme soit vitrine ou tiède et n’emploie pas les bons moyens, qu’ils enchaînent les défaites, qu’ils ne prennent aucun risque, qu’ils n’assument pas le Christ, il ne faut rien dire ! « La critique est aisée mais l’art est difficile. Et puis ils font quand même quelque chose. Et ça ne va pas si mal, tu exagères… » La mère de famille engagée, l’homme politique chrétien, le directeur d’association caritative catholique, le prêtre, sont intouchables. C’est con parce que ce sont eux qui composent l’essentiel de la communauté ecclésiale… Comment on fait avec cette omerta, quand ils font objectivement mal leur travail et que c’est concrètement le feu dans la baraque ? La meute des catholiques tièdes et/ou radicalisés hurle à l’unisson « Ta gueule ! » à l’insolent qui ose dénoncer les problèmes et les contradictions. La militance pro-Vie, c’est la consécration d’une vie ! Le service aux plus faibles, c’est la sainteté incarnée ! La vocation sacerdotale, c’est la papauté ! Et mon cul, c’est du poulet ?
 

À l’heure actuelle, l’Église Catholique est tellement vérolée de l’intérieur par le boboïsme, les mouvements pro-Vie sont tellement persuadés d’avoir raison (alors qu’ils ne nomment pas les vrais problèmes et sombrent dans le fondamentalisme nataliste), les mouvements d’Évangélisation actuels sont tellement persuadés d’être dans la Vérité (alors qu’ils remplacent Jésus par le dieu « Évangélisation »), les prêtres sont tellement persuadés qu’ils vont révolutionner l’Église (soit en la modernisant, soit en la radicalisant), que franchement, la situation ne va pas aller en s’améliorant. Je suis pris entre la nécessité de quand même dénoncer la corruption, et la fatigue de ne pas être écouté et de passer pour un fou qui gueule tout seul au feu dans sa camisole de force. Quand va-t-on pouvoir parler librement en Église sans déclencher la soupe à la grimace, le grommellement ou une susceptibilité hystérique et offusquée ? En tous cas, pas pendant le Synode des jeunes, pas sur les plateaux télé « sans langue de buis » de KTO (quelle blague !), ni pendant les Conférences des Évêques.
 

La plupart des catholiques, dès qu’on leur propose un début de réflexion et d’auto-critique à travers l’analyse de l’homosexualité ou du boboïsme, se sentent visés ou bien se drapent dans l’indifférence et l’agressivité. Franchement, que d’aveuglement, que de certitudes, que de durcissement de nuques, que de carriérisme, que de mauvaise foi. Et puis surtout, quel gâchis. A fortiori quand on voit que l’étude de l’homosexualité rend joyeux et répond aux malaises sociaux, que l’étude du boboïsme libère vraiment, que l’étude des Fins dernières ça relève un Homme. Tu peux être pro-Vie, faire des évangélisations de plage, être prêtre, et quand même être un gros con. Et alors ? Qu’est-ce qu’on s’en fout ! Ça arrive à des gens très bien. Ça arrive même à tout le monde. À moi le premier. Et tu peux changer de méthode, ou céder ta place ou demander pardon : tu n’en mourras pas.