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Du Sacré-Cœur du Christ jaillissent deux faisceaux : un rouge – celui du Sang de Vie – et un blanc – celui de la Lumière et de l’Eau de Vie.
 
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Il semblerait que le Cardinal Robert Sarah, guinéen, chouchou des tradis en ce moment, soit bien plus soucieux et préoccupé par le Rouge que par le Blanc, à cause précisément de sa peur, de sa tendance à voir rouge, de sa « violence de salon » intérieure, et de son carriérisme ecclésiastique savamment cachés par un discours pro-humilité et dogmatique bon ton. Ceci est particulièrement audible dans son homélie de Toussaint (31 octobre 2016 dernier) à la Basilique de Vézelay face aux Scouts d’Europe. En effet, il se présente lui-même comme le Cardinal porte-drapeau du sang rouge du martyr : « Je suis en quelque sorte dans la branche rouge de l’Église », glisse-t-il en faisant frétiller de plaisir l’assemblée de tireurs d’élites. À travers son allocution, le Cardinal Sarah s’offre comme une sorte de chef militaire de l’Église du Martyr, de l’Église rouge et sans concession, de l’Église flamboyante et dans le Vrai. Beaucoup d’assurance et de « sainte » prétention pour finalement peu d’humilité et de Vérité…
 
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Et presque personne ne semble s’en rendre compte. Il faut reconnaître que le Cardinal Rouge sait y faire (même si son argumentaire est finalement peu profond et aligne les lapalissades, c’est-à-dire les évidences qui, sans être fausses, ne nomment pas le mal et ne font pas avancer notre combat contre Satan : « Le silence est nécessaire », « Un arbre sans racine meurt », « Les Français sont chrétiens et sont des lâches », etc.). Son discours obséquieux et sans langue de bois a tout pour séduire le pharisien lambda (il constitue un parfait épate-bourgeois-révoltés, donc un épate-bobos-d’extrême-droite) : dogmatisme, jusqueboutisme, institutionnalisme, liturgisme, formalisme, volontarisme de l’exigence, fondamentalisme de la Vérité, de la combativité, de la fermeté, de la persévérance, de l’engagement (Pierre-Hervé Grosjean, à côté, il peut aller se rhabiller), de la transmission (Bellamy, aussi, il peut aller se rhabiller), du sacrifice, de l’autorité, du sens du sacrifice (plus que de la Miséricorde en actes), de l’obéissance, de la radicalité, de la Croix, de la souffrance, de l’héritage, du courage, de la loyauté, de la fidélité, du don de soi jusqu’au martyr, de la fermeté, de la pureté, etc. Il flatte les appétits messianistes, héroïstes de son auditoire de jeunes loups motivés. Il va dans le sens de leur nostalgie belliqueuse/belligérante. Il surfe sur la vague de la radicalité/entièreté du don de soi, de l’offrande, du sens de la promesse et du devoir. Le pharisien n’en peut plus : il plane, il vole, il met son rosaire au fusil !… en étant persuadé que les pécheurs et les méchants et les insensés, ce sont les autres !
 
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Symboliquement, à travers cette homélie de Vézelay (que certains voudraient transformer en appel du 18 juin, mais version catholique), le Cardinal fait prêter serment, en apostrophant chacun des jeunes présents. Il galvanise la foule autour de la cohérence, de l’appel à la Guerre sainte (« Personne ne vous fera taire ! »), de l’opiniâtreté (comme si celle-ci était une vertu en soi…). Il faudrait, selon lui, refuser de courber l’échine face au modernisme et même face à la corruption des gens d’Église au progressisme.
 
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Le Cardinal Sarah fait même parler les pierres (top bobo : cf. le code 45 des Bobos en Vérité)! Il encourage à « reconstruire l’héritage chrétien » (discours maçonnico-chrétien), à « bâtir des cathédrales » Il flatte l’identitarisme catholiquechrétienté », médiévalisme, références culturelles chevaleresques, etc.) plus que le catholicisme de cœur. Ces images d’Épinal sont séduisantes pour tous les catholiques frustrés par l’anticléricalisme de la société païenne et par la mollesse ecclésiale ambiante, avides d’un retour à la flamboyance des Croisades, tout contents de se voir baptisés « Fils de la Chrétienté » investis d’une Mission-épopée (pensez-vous !). Son homélie prend la forme solennelle d’un adoubement des chevaliers des temps modernes, d’un envoi en mission et surtout en combat. Le Cardinal harangue les jeunesses catholiques en leur servant une diatribe « intègre » qui rassure leurs intégrismes et conforte les catholiques revanchards dans leur durcissement pseudo « humble » et « serviteur ».
 
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Il emploie un jargon guerrier. C’est un véritable appel à la guerre, un discours de résistance. Il fustige l’« Europe ivre de ses multiples idéologies qui font beaucoup de mal à l’Humanité ». « Idéologie », c’est typiquement le mot qui ne veut rien dire, qui est idéologique (si sa forme et son sens ne sont ni étayés ni contextualisés), et qui n’explique rien, mais qui a l’air d’expliquer et de valoir toutes les justifications du monde, toutes les diabolisations. Le Cardinal Sarah fustige également la « Théorie du Gender ». Il n’hésite pas à la diaboliser en « programme satanique » (sans jamais expliquer ce que le Gender est), en la qualifiant carrément de « Crime contre l’Humanité » (là encore, cette grandiloquence accusatrice n’explique rien). Il dit que cette théorie a « une origine satanique » (la surnaturalisation du mal empêche tout raisonnement et même dispense finalement de régler son compte au mal réel). Il féminise l’Europe, en disant que des peuples plus « virils » et plus croyants qu’Elle vont la bouffer toute crue. En filigrane, on entend dans les propos du Cardinal une petite vengeance masquée contre une image fantasmée de l’Europe (« Europe sans Dieu, orgueilleusement dominatrice des pauvres et des faibles et qui nie ses racines chrétiennes »), un anti-occidentalisme dont lui, le prélat africain, serait le fier et « légitime » porte-parole.
 

Le pire, c’est que ce discours ampoulé mégalomaniaque se prétend nuancé, sage, modeste. Le Cardinal Rouge appelle à « pratiquer l’humilité/le service », en nous jouant le couplet de l’anti-ambition. Personnellement, je me suis toujours dit que qui parle (à outrance) d’humilité n’est pas humble. Le Cardinal appelle aussi au refus des honneurs, alors que lui-même aligne truisme catholiquement correct sur truisme catholiquement correct pour acheter par son intransigeance démagogique les catholiques têtes brûlées : « Si tu recherches la richesse ou les honneurs, tu n’es pas digne d’être adoubé. » Faites ce que je dis mais pas ce que je fais. Il met même en garde contre les écueils dans lesquels il tombe pourtant : « Il vous faut éviter de tomber dans le piège du volontarisme » nous dit-il, alors que toute son homélie est fondée sur la volonté et le devoir. Quand le Cardinal Rouge (rouge de colère et de faux calme, en fait) appelle quand même ses virils soldats à « prendre tous les gens qui sont autour d’eux » pour les évangéliser, là encore, ce sont des jolis mots, une ouverture d’apparat. Car dans sa bouche, il s’agit de tous les gens… sauf les personnes homosexuelles, les libertins, les désobéissants, les païens, les suiveurs de Satan, les mauviettes de la société matérialiste, les corrupteurs de LA Vérité qu’il servirait, etc.

 

Je vous le dis : la teneur des propos de ce Cardinal n’est pas nette. Celui qui met sa Vérité dans l’intention de Vérité (à savoir la sincérité ou la franchise) est toujours douteux. Car la fin ne justifie pas les moyens. Les bonnes intentions ne sont pas les bonnes actions. Et ce n’est pas la pureté d’intention ou le « sans concession » ou la radicalité qui suffisent à rendre un combat juste : c’est Jésus et son amour en actes à travers nous. Défendre la franchise, c’est ce que fait pourtant le Cardinal Sarah : d’ailleurs, il fait « promettre » aux scouts « d’être francs et de combattre le mal et l’injustice ». Et il rappelle les trois piliers de la foi du scout, en les transformant en idoles : « Franchise, dévouement et pureté » Même la Vérité, il la fige en idole : « Soyez toujours vrais. »
 

Comme tout bon familialiste nataliste et vitaliste qui se respecte, il défend idéologiquement le mariage, la famille, la Vie, sans nuance et alors que c’est pile le vocabulaire de ceux qui détruisent le mariage, la famille et la Vie : « Alors toi, Routier scout, es-tu prêt, par ton témoignage de futur époux et de père de famille chrétien, à participer à la défense et la promotion de la famille et de la Vie ? »
 

Non seulement il ne lutte pas contre le Gender mais en plus il le nourrit en prohibant tout discours sur l’homosexualité et l’hétérosexualité puisque le Gender est l’hétérosexualité (cf. je vous renvoie à mes notes n°117-120-122-103 de mes « 247 questions sur l’homosexualité à l’intérieur de l’Église » prouvant que le Cardinal Sarah a flingué toute analyse du Gender au dernier Synode sur la Famille, sous couvert d’anti-occidentalisme et d’observance de la doctrine romaine. Bref, il a fait de l’homosexualité un « non-sujet »). Encore, s’il avait eu l’intelligence de dire « L’hétérosexualité est le diable déguisé en différence des sexes » ou bien « Le Gender est l’hétérosexualité, et comme nous cautionnons cet amalgame entre différence des sexes et hétérosexualité, nous collaborons avec ce système diabolique qu’est le Gender », j’aurais applaudi des deux mains. Mais là, pas du tout. Sa diabolisation du Gender est une extériorisation du mal sur les autres, n’est donc absolument pas humble, et en quelque sorte, elle couvre et justifie en négatif le Gender en le rendant encore plus invisible. C’est catastrophique.
 

Oui, je le répète : dans les mots du Cardinal et la manière de les exprimer, il y a quelque chose cloche. Je suis bien pauvre et démuni pour le prouver, car dans le texte sont employées et rappelées plein de Vérités, dans la droite ligne du Magistère de l’Église Catholique. Et je reconnais à ce Prélat une forme d’audace, de courage… Mais malheureusement, ce franc-parler se durcit en légalisme (la Loi de Dieu), en protocole, en paternalisme faussement calme et prétentieux, en injonctions qui ne laissent pas libre et qui n’aiment pas. La radicalité sans amour, ça devient de la rigidité. Moi, j’ai beau entendre énoncer la Vérité, j’ai besoin de plus d’humanité, de plus d’humour, de plus d’humilité en actes (qu’en paroles). La parole-martinet, qui redresse, qui donne des coups, qui menace, qui assène ce qui est bien et ce qui est satanique, qui refuse le dialogue ou la concession (ce fut déjà le cas du Cardinal africain au Synode ; et avec le Pape François, il se place également en censeur, en inspecteur et en précepteur bien plus qu’en interlocuteur et en disciple, quoi qu’il en pense et quoi qu’il montre en léchant les bottes du Saint Père avec déférence).
 

Au bout du compte, le discours du Cardinal n’est pas rafraîchissant (même s’il se veut vigoureux et revigorant). C’est au contraire le discours moraliste du devoir spirituel : « Il faut » ; « C’est tout ou rien. C’est noir ou blanc. » ; « Celui qui n’est pas avec Jésus est contre Jésus et contre nous » (Mais qui a dit que vous étiez vraiment avec et pour Jésus ?). Sur la copie, ça a l’air net et sans bavure. Et pourtant, étrangement, j’entends de la bouche de ce Redresseur d’Occidentaux un pamphlet effrayant, sans faille, sans faiblesse, sans défaillance, sans âme, sans remise en question personnelle. Sécheresse de l’ensemble. Zéro concession. Zéro compromis. Il s’en dégage une intransigeance (qui se veut souple, humble et vraie, mais on n’y croit pas). C’est un langage paternel… mais qui manque d’indulgence, de Miséricorde, de maternité de Marie, de pardon. Ça motive peut-être les fils de bonne famille, les boy scouts qui ont besoin de se faire gueuler dessus comme des paramilitaires pour avancer… mais franchement, il décourage tout le reste, les retardataires et le bout de la caravane. C’est un discours paternel dans le sens caricatural de l’adjectif : par exemple, à un moment, le Cardinal s’insurge contre « l’égoïsme » et « la paresse ». On dirait un père de famille qui engueule (maladroitement et inefficacement) son ado, un chef militaire humain plus qu’un chef spirituel. C’est l’antithèse, je trouve, d’un Père Philippe de Maistre qui, tout masculin qu’il soit, sait être doux et pédagogue avec ses gars, sans tomber dans la parodie paternaliste du Cardinal.
 

Alors moi je suggère au Cardinal Rouge, avec tout le respect hiérarchique que je lui dois (mais au moins, j’espère que mes mots serviront à réveiller une poignée de catholiques traditionnalistes aveuglés par son esbroufe intransigeante), de se calmer, de mettre de l’eau bénite dans ses globules rouges pâteux, et d’arrêter de se servir de son mépris de l’Occident, de sa peur, et du substrat de culpabilité qui réside dans le cœur de beaucoup de catholiques européens, pour jouer les père-la-morale, pour nourrir un mysticisme messianiste déconnecté du Réel, des autres et de l’Église, et pour s’assurer une carrière et une popularité sur la base d’un rigorisme certes rassurant mais peu aimant. Le véritable humble, c’est celui qui ne parle pas d’humilité. Le vrai guerrier, c’est celui qui ne diabolise pas le mal qu’il prétend combattre en lui donnant trop d’importance ou en ne le considérant que chez le voisin. Le vrai vainqueur, c’est l’Homme qui consent à être doux, drôle, et à s’abandonner (quitte à ce que ce consentement passe pour de la trahison et de la lâcheté).
 
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Cardinal Sarah, l’Insoumis ? Pas si sûr. Moi, je dirais plutôt le contraire. La soumission, la vraie, accueille le Sang et l’Eau, le Rouge et le Blanc. Les deux ! Sinon, l’un sans l’autre indique une séduction, une collaboration ou un durcissement quelque part. Attention, amis cardinaux. Ne nous draguez pas sous prétexte que vous êtes nos maîtres et nos guides. Ne devenez pas des petits chefs sous prétexte que nous vous devons obéissance parce que vous êtes la présence du Christ sur terre. Il ne suffit pas de prêter allégeance au Pape ou à l’humilité ou à Jésus, ni de se draper dans la séduisante radicalité de la Vérité et de l’obéissance, dans le formalisme du rite sacré catholique, pour gommer une ambition ou une prétention mal placée, ni pour s’acheter un diplôme de prophète. La Vérité d’accord. Mais la Charité d’abord. N’est pas forcément « Recadreur du Pape ou de l’Église » ni Réformateur qui le prétend.
 
 
 

P.S. : Je me permets de rajouter en post-scriptum une réaction d’un de ses gentils « catholiques » à mon article. À part ça, quand je parle de l’homophobie de la Manif Pour Tous, il paraît que je délire et invente…
 
3-novembre-2016