Lunettes d'or

Lunettes d’or

 

NOTICE EXPLICATIVE :

 

La Bible ne se trompe pas en associant les actes et le désir homo à l’idolâtrie… 

 
 

Un regard humain pétillant et scintillant d’amour, c’est ce qu’il y a de plus beau sur cette Terre, non ? Mais quand on cherche à figer cette beauté pour la posséder éternellement pour soi et l’immortaliser de force, on se crée un veau d’or, au regard certes magnifique, étincelant, mais complètement mort, à la gloire de notre isolement narcissique. Le désir homosexuel dit cette idolâtrie fétichiste pour l’Amour et la Beauté, une fascination dirigée vers la femme-objet ou l’homme-objet cinématographiques qui ont capturé notre regard avec leurs lunettes d’or, celles qui semblaient réenchanter le monde.

 
 

N.B. : Je vous renvoie également aux codes « Regard féminin », « Artiste raté », « Poids des mots et des regards », « Amant narcissique », « Bourgeoise », « Femme allongée », « Reine », « Pygmalion », et « Promotion ‘canapédé’ », dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.

 
 

Pour accéder au menu de tous les codes, cliquer ici.

 

 

FICTION

 

a) Le motif de l’œil d’or est récurrent dans les œuvres homosexuelles :

Film "Reflets dans un oeil d'or" de John Huston

Film « Reflets dans un oeil d’or » de John Huston


 

On le retrouve dans le film « Reflets dans un œil d’or » (1967) de John Huston (Léonora, avec son regard doré, subjugue le héros homosexuel qui vient la veiller chaque nuit), le roman La Fille aux yeux d’or (1898) d’Honoré de Balzac, le film « La Fille aux yeux d’or » (1961) de Jean-Gabriel Albicocco, le roman Lunettes d’or (1958) de Giorgio Bassani, le film « Les Lunettes d’or » (1987) de Giuliano Montaldo, la chanson « Les Yeux d’or (Assassins sans couteaux) » de Juliette, la chanson « L’Œil sec » des Valentins, les fleuves-miroirs dorés du film « La Mala Educación » (« La mauvaise éducation », 2003) de Pedro Almodóvar et du poème « Antoñito El Camborio » de Federico García Lorca, le poème « Polvo » de Néstor Perlongher, le roman Le Roi au masque d’or (1892) de Marcel Schwob, le roman Des Aveugles (1985) d’Hervé Guibert, le roman El Ojo Sagrado (1922) d’Álvaro Retana, le roman Amami, Alfredo ! Polvo De Estrellas (1984) de Terenci Moix, le film « L’Or se barre » (1969) de Peter Collinson, le film « Short Eyes » (1977) de Robert M. Young, le film « The Boy With The Sun In His Eyes » (« Le Garçon avec le soleil dans les yeux », 2009) de Todd Verow, le roman Pompes funèbres (1947) de Jean Genet (avec l’œil de bronze), le film « Un peu de soleil dans les yeux » (2010) de Stéphane Botti, le film « Marguerite » (2015) de Xavier Giannoli (avec Kyril, le dandy avec son monocle), etc.

 

Roman "Lunettes d'or" de Giorgio Bassani

Roman « Lunettes d’or » de Giorgio Bassani


 

Par exemple, dans le film « Howl » (2010) de Rob Epstein et Jeffrey Friedman, les lunettes du poète homosexuel nord-américain Allen Ginsberg s’éclairent quand il écrit sur sa machine à écrire son poème « Howl ».

 

Film "Howl" de Rob Epstein et Jeffrey Friedman

Film « Howl » de Rob Epstein et Jeffrey Friedman


 

Dans la pièce Antigone (1922) de Jean Cocteau, l’héroïne parle de « l’œil d’or ». Dans la pièce Loretta Strong (1974) de Copi, les yeux sont en or ou incrustés de rubis : « Il y a des bouts d’or qui se baladent dans tous les sens. […] C’est que de la poussière d’or. » ; « J’ai de la porcelaine qui s’incruste dans les yeux. » ; « Oh zut, j’accouche ! Un… deux… trois… quatre ! C’est des chauves-souris en or ! Oh mais les yeux c’est des petits rubis ! » Dans la pièce Confidences (2008) de Florence Azémar, Stéphane dit qu’il s’habille toujours en jaune parce que cela va avec la couleur de ses yeux. Dans sa « Chanson du Bijoutier » (2009), Nicolas Bacchus déclare qu’il « s’est fait faire des bisous / des bijoux pour les yeux » par les bijoutiers. Dans le one-(wo)man-show Zize 100% Marseillaise (2012) de Thierry Wilson, Zize, le travesti M to F, possède une montre, des bijoux, des pierres, des lunettes, tout ce qui est clinquant. Dans le film « Totò Che Visse Due volte » (« Toto qui vécut deux fois », 1998) de Daniele Cipri et Francesco Maresco, Pietrino fait l’éloge des yeux de son amant Fefe, de « ses pupilles d’or ». Dans le one-man-show Au sol et en vol (2014) de Jean-Philippe Janssens, Jeanfi, le steward homo, parodie les passagères nord-américaines « aux ongles tellement longs que tu pourrais te crever un œil avec », et qui en grandes bourgeoises s’extasient devant un verre d’eau offert grâcement par la compagnie aérienne. Il éteint leur enthousiasme, en faisant comme par hasard mention de l’or : « Ça va… C’était un verre d’eau, pas un lingot non plus ! » Dans le film « Mezzanotte » (2014) de Sebastiano Riso, Meri, le prostitué transsexuel M to F, dit qu’il « aime regarder ses clients dans les yeux pendant qu’il les excite » : « Je suis fille de bijoutiers, moi ! »

 

Roman La Fille aux yeux d'or d'Honoré de Balzac

Roman La Fille aux yeux d’or d’Honoré de Balzac


 

Dans le film « Comme des voleurs » (2007) de Lionel Baier, Lionel semble obsédé par une chose : l’or. « Moi, ce que je veux, c’est de l’or. » Et ce n’est pas le goût du lucre qui lui fait dire cela. C’est bien plus innocent et hypnotique, cette résurgence du motif du regard illuminé d’or dans les œuvres homosexuelles. Il s’agit plutôt d’une captation adoratrice quasi aveugle pour le métal précieux, puisque, par exemple, ce même héros du film de Baier est fan du roman L’Or (1925) de Blaise Cendrars, et se balade toujours avec un exemplaire de cet ouvrage sur lui.

 

L’or peut être le matériau par excellence de l’irréel. On le voit par exemple quand le chanteur David Bowie, dans les années 1970, rentre dans la peau de Ziggy Stardust (« poussière d’étoiles »), un cosmonaute-extraterrestre tout de lamé brillant vêtu, avec un cercle doré au milieu du front. Dans la pièce Les Quatre jumelles (1973) de Copi, l’or est clairement mis en lien avec la cécité : au moment où Fougère découvre un butin (« Oh ma Sainte Vierge ! Des lingots d’or ! »), sa sœur Joséphine regrette justement de ne pas voir (« Où ? Où ? Ah quelle merde d’être aveugle ! Où ? »).

 

Film "Presque rien" de Sébastien Lifshitz

Film « Presque rien » de Sébastien Lifshitz


 

Il peut s’agir de la cécité amoureuse. Les regards d’or – pour dire une banalité – sont souvent les indicateurs d’un coup de foudre, d’une sublimation éthérée de l’être aimé : « Son regard a croisé mon regard comme un rayon laser. » (cf. la chanson « Besoin d’amour » de la comédie musicale Starmania de Michel Berger) ; « Elle s’arrêta. Sur les tentures de soie rouge, les icônes scintillaient comme autant de fenêtres ouvertes sur un monde immuable et doré. » (Laura en parlant de son amante Sylvia à l’exposition d’icônes, dans le roman Deux femmes (1975) d’Harry Muslisch, p. 109) ; « Dans les fentes noires de ses yeux brillaient deux gouttes de soleil. » (Pascal décrivant Pierre dans le roman Le Garçon sur la colline (1980) de Claude Brami, p. 106) ; « C’est bien Maguy : des yeux d’enfant fluorescents comme la magie. » (cf. le poème « L’Énergie du désespoir » (2008) d’Aude Legrand-Berriot, p. 27) ; « Je te filme avec les lunettes. » (Anton s’adressant à son amant Vlad dans le film « Stand » (2015) de Jonathan Taïeb) ; etc.

 

Film "L'Homme qui venait d'ailleurs" de Nicolas Roeg

Film « L’Homme qui venait d’ailleurs » de Nicolas Roeg


 

Dans le film « Le Fil » (2010) de Mehdi Ben Attia, Malik met ses lunettes de soleil dès qu’il veut regarder Bilal comme un objet de convoitise, sans se faire voir de lui. Le personnage qui porte ces réverbérantes Ray-Ban, même s’il est charmant avec, est souvent présenté comme un Homme invisible glaçant et prédateur, ou bien un être désincarné lié au fantasme (= au désir homosexuel ici) et à la fantaisie littéraire : « Ses yeux jaunes ressemblaient à ceux de sa louve. » (Renée Vivien, La Dame à la louve (2007), p. 20) ; « Victor a réfléchi, il a posé ses jumelles sur le banc de bois du Zodiac, il a remis ses lunettes de soleil et il s’est tourné vers moi avec cet air interrogateur que certains prennent pour de la distraction et qui n’est qu’une manière subtile de voyager entre la réalité et la fiction. » (Ashe dans le roman Riches, cruels et fardés (2002) d’Hervé Claude, p. 235) ; « Monsieur Roublev se tenait devant le livre d’or, il ôta ses lunettes. » (Harry Muslisch, Deux femmes (1975), p. 197) Par exemple, dans le roman Dix petits phoques (2003) de Jean-Paul Tapie, les boys band – et les homos qui les imitent – sont jugés « trop lisses, semblables à ces verres de lunettes de soleil qui réfléchissent le soleil pour mieux dissimuler le vide du regard » (p. 136) ; « Sans lunettes, à la place des visages, Jolie de Parma ne voyait que des taches lumineuses. D’où sa crise de nerfs quand elle tomba à terre. Elle croyait à un coup monté par une actrice rivale pour la ridiculiser en public. » (Copi, La Vie est un tango (1979), p. 15)

 

LUNETTES L'homme qui venait 1

Film « L’Homme qui venait d’ailleurs » de Nicolas Roeg


 

Dans le roman Vincent Garbo (2010) de Quentin Lamotta, le héros n’a que mépris pour ces « frimeurs à lunettes réfléchissantes. » (p. 58) Les lunettes d’or sont clairement associées au phénomène de l’Homme-objet et à sa superficialité supposée (froideur, goût du paraître, effet de mode, frime, séduction égocentrique, espionnage, narcissisme, société de consommation, etc.). Elles instaurent parfois un rapport marchand entre les deux amants homosexuels (quand bien même celui-ci sera, par euphémisme, appelé « drague » ou « séduction » plutôt que « corruption » ou « prostitution ») étant donné que le flux monétaire circulant entre les deux regards est invisible, désirant : « Gardez l’or de la monnaie de mon regard ! » (cf. un extrait d’une nouvelle écrite par un ami en 2003, p. 61)

 

Film "Totally F***ed Up" de Gregg Araki

Film « Totally F***ed Up » de Gregg Araki


 

Par ailleurs, quand les yeux de l’amant/de l’aimant s’éclairent d’une tout autre couleur que le jaune, généralement, c’est mauvais signe : cela signifie que le personnage homosexuel ou l’icône gay est possédé(e) par un esprit maléfique, l’ange de lumière Lucifer (cf. les vidéo-clips des chansons « Sans logique » de Mylène Farmer, « I Wanna Go » de Britney Spears, « Thriller » de Michael Jackson, et le regard de la lesbienne Lorelei dans le film « Kaboom » (2010) de Gregg Araki).

 

Film "L'Homme qui venait d'ailleurs" de Nicolas Roeg

Film « L’Homme qui venait d’ailleurs » de Nicolas Roeg

Film "L'Homme qui venait d'ailleurs" de Nicolas Roeg

Film « L’Homme qui venait d’ailleurs » de Nicolas Roeg

Film "L'Homme qui venait d'ailleurs" de Nicolas Roeg

Film « L’Homme qui venait d’ailleurs » de Nicolas Roeg

Film "L'Homme qui venait d'ailleurs" de Nicolas Roeg

Film « L’Homme qui venait d’ailleurs » de Nicolas Roeg


 

Dans le roman The Well Of Loneliness (Le Puits de solitude, 1928) de Marguerite Radclyffe Hall, l’or symbolise l’éblouissement éphémère des sentiments amoureux éprouvés par l’héroïne lesbienne. Une sorte de feu de paille, d’inflation dangereuse de la passion car celle-ci se fonde très peu sur la Réalité, est trop matérialiste/réifiante (l’Amour vrai a beau partager avec le lingot d’or la beauté, la richesse, et la solidité, il est le seul des deux à être réellement vivant !). Au départ, le regard de Stephen brille de mille feux pour l’amante (« Elle ne voyait rien d’étrange ou de sacrilège dans l’amour qu’elle ressentait pour Angela Crossby. […] Les yeux de la jeunesse sont attirés vers les étoiles. », p. 192) Et puis l’amour doré pourrit entre les mains de celle qui ne le donne pas au mieux, ni aux bonnes personnes : « Il y a d’étranges rayons obliques sur les collines, comme une gloire d’or, et cela vous attriste… Pourquoi cette gloire d’or vous rend-elle triste lorsqu’elle brille ainsi sur les collines ? » (idem, p. 47) On retrouve la même métaphore de l’amour-fusion destructeur dans le roman Je vous écris comme je vous aime (2006) d’Élisabeth Brami, quand Émilie écrit à son amante Gabrielle : « Vous êtes mon astre et mon désastre : trop brève apparition, puis éclipse. » (p. 32)

 

Film "Swimming-pool" de François Ozon

Film « Swimming-pool » de François Ozon


 

La métaphore entre amour et or, toute éclatante et épatante soit-elle de prime abord, teinte le désir homosexuel d’un matérialisme, d’une surdose de concupiscence et de paraître, qui transforme ce qui ressemble à de l’amour vrai en adoration malsaine, aveuglante. Par exemple, dans le roman Le Jour du roi (2010) d’Abdellah Taïa, Omar prétend aimer Khalid, mais on comprend aussi qu’il l’aime pour son argent, pour l’occasion qu’il lui fournit de posséder fièrement comme un trophée : « Khalid, j’admirais tout en lui. J’aimais tout en lui. […] Les lumières autour de lui. Sa richesse. Khalid était riche. Tout en lui me le rappelait. Me le démontrait. […] Khalid était riche et il était beau. Khalid était riche et il était beau. » (p. 81)

 
 

b) Les personnages homosexuels observent des feux d’artifice et aiment ce qui brille :

C’est l’éclat scintillant des feux d’artifice qui attire magiquement un certain nombre de personnages homosexuels : on l’observe dans le dessin animé « L’Ombre d’Andersen » (2000) de Jannik Hastrup, la pièce Happy Birthday Daddy (2007) de Christophe Averlan, le film « Fire » (2004) de Deepa Mehta, le film « Presque rien » (2000) de Sébastien Lifshitz, le film « L’Homme qui venait d’ailleurs » (1976) de Nicolas Roeg (avec les feux d’artifice reflétés dans les yeux de David Bowie), le film « La Vierge des tueurs » (2000) de Barbet Schroeder, le film « Grande École » (2003) de Robert Salis (avec un début festif célébrant la puissance de l’orgasme génital), l’album The Rise And Fall of Ziggy Stardust And The Spiders From Mars (1972) de David Bowie, le film « Jeu de miroir » (2002) d’Harry Richard, le film « Le Secret de Brokeback Mountain » (2006) d’Ang Lee, le film « Flocons d’or » (1976) de Werner Schroeter, le one-man-show Jérôme Commandeur se fait discret (2008) de Jérôme Commandeur, le film « Comme des voleurs » (2007) de Lionel Baier, le film « To Bring To Light » (« Chandelier », 2002) de Steven Cohen, le roman At Swim, Two Boys (Deux garçons, la mer, 2001) de Jamie O’Neill, le film « Imagine You And Me » (2005) d’Ol Parker, etc.

 

Par exemple, dans le spectacle musical Luca, l’évangile d’un homo (2013) d’Alexandre Vallès, les images de feux d’artifice figurent la fin de l’orgasme. Dans le film « À trois on y va ! » (2015) de Jérôme Bonnell, les feux d’artifice apparaissent précisément au moment du débordement passionnel bisexuel de l’héroïne lesbienne Mélodie, qui se voit vivre un « couple à trois » avec Charlotte et Charles.

 

Le personnage homosexuel célèbre l’or, le dieu Électricité, la magie carnavalesque lumineuse (en général juste avant l’arrivée de la catastrophe) : « Regardez, il y a les feux d’artifice ! » (Ahmed dans la pièce La Tour de la Défense (1974) de Copi, p. 85) ; « C’était magique. La ville une féerie futuriste, un feu d’artifice géant où le bleu sidéral de la voûte céleste serait étoilé par les pétillements d’un champagne de fête. » (cf. un extrait d’une nouvelle écrite par un ami en 2003, p. 4) ; « Avec Florence, on adorait les lumières. » (Stéphane, le héros homo parlant de sa meilleure amie lesbienne, dans la pièce Confidences (2008) de Florence Azémar) Il arrive que la brillance de l’or soit associée à la sensualité d’un veau d’or auquel le héros s’identifie : « L’or étincelle de partout sur son visage, se brise en paillettes d’étoiles aux rais tristes de l’ampoule, se pulvérise jusqu’aux pointes de ses cheveux mordorés, s’incruste dans ses yeux en éclats de soleil. » (cf. un extrait d’une nouvelle écrite par un ami en 2003, p. 2) ; « Du tambour, et ses yeux brillent comme du diamant ! » (Emory par rapport à Bernard, dans le film « The Boys In The Band », « Les Garçons de la bande » (1970) de William Friedkin) ; « Je suis une étoile. » (Jarry dans le one-man-show Entre fous émois (2008) de Gilles Tourman) ; « Rien de plus chaste que cette nudité d’or triomphant dans un ciel bleu sombre. » (Roger dans le roman L’Autre (1971) de Julien Green, p. 20) ; « C’était les années 2000. Tout était brillant à l’époque. » (Maurice, le styliste homosexuel, s’exprimant face à un modèle de vêtement qu’il a créé et qu’il n’assume, dans le film « Les Douze Coups de Minuit », « After The Ball » (2015) de Sean Garrity) ; etc. Dans la pièce Les Miséreuses (2011) de Christian Dupouy, la figure de Valjean « aime tout ce qui brille » (d’ailleurs, il vole un chandelier).

 

Dans les fictions homos, ce dieu doré, de manière générale, impose une captation qui emprisonne l’esprit qu’il hypnotise : « J’ai essayé de dormir. Mais y avait rien à faire. Dès que je fermais les yeux, j’avais des paillettes d’or qui me pleuvaient devant les rétines. Et derrière ce rideau, Groucha, dansant une sorte de danse du ventre, avec son piercing au milieu qui faisait comme un œil éblouissante. Groucha, ça virait à l’obsession. Il me la fallait. Et à froid, loin d’elle et de son regard moqueur, ça me paraissait pas si hors de portée que ça. » (Yvon à propos de Groucha, dans le roman L’Hystéricon (2010) de Christophe Bigot, p. 261) ; « J’avais des paillettes, du chauve-business. J’avais envie de ça. » (Zize, le travesti M to F parlant de sa vie, après avoir eu son premier enfant, dans le one-(wo)man-show Zize 100% Marseillaise (2012) de Thierry Wilson) ; « On pénètre ce pavillon par une pluie d’or. » (la Bête dans le film « La Belle et la Bête » (1945) de Jean Cocteau) ; etc. Certains héros homosexuels se prennent pour ce « divin » veau d’or qu’ils convoitent : « Nous sommes faits d’ivoire et d’or. » (Dorian dans le roman Le Portrait de Dorian Gray (1890) d’Oscar Wilde) ; « C’est notre nuit du veau d’or ! » (Fifi et Mimi, les deux travestis M to F, dans la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi) ; etc.

 

Film "L'Inconnu du Nord-Express" d'Alfred Hitchcock

Film « L’Inconnu du Nord-Express » d’Alfred Hitchcock


 

Les feux d’artifices sont généralement montrés comme des paravents kitsch d’une guerre larvée ou d’une dictature cachée : ceci est manifeste dans le film « Bulldog In The White House » (« Bulldog à la Maison Blanche », 2006) de Todd Verow (avec la chanson militante du travesti, pendant laquelle sont intercalées des paroles relatant des faits politiques graves à des images d’explosions lumineuses), ou bien encore à la fin du concert Météor Tour (septembre 2010) du groupe Indochine à Bercy (un paysage désolé, dévasté par la guerre, encore fumant, s’étale sur trois écrans géants, et pourtant, on voit au second plan un foisonnement de feux d’artifice). Un peu comme le rainbow flag, les feux d’artifice visibles dans certaines œuvres traitant d’homosexualité n’annoncent rien de gai. Plutôt le contraire ! Ils disent un éclatement schizoïde dû à l’hédonisme ambiant d’une société où l’oisiveté règne en maître, où la fête, à force de s’éterniser, vire au cauchemar. « Nous allons lui jouer un feu d’artifices, le bouquet final. » (Vera l’héroïne lesbienne machiavélique s’adressant à son amante Lola par rapport à Nina, dans la pièce Géométrie du triangle isocèle (2016) de Franck d’Ascanio)

 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION :
 

PARFOIS RÉALITÉ

 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 
 

Je vous renvoie aux documentaires « Bright Eyes » (1986) de Stuart Marshall, « Due Volte Genitori » (2008) de Claudio Cipelleti, ainsi qu’aux concerts de la chanteuse Mylène Farmer (où il y a souvent le rituel de la pluie d’or, présenté généralement comme « magique » et féérique).

 

Dalida, surnommée "Quatre yeux" étant petite

Dalida, surnommée « Quatre yeux » étant petite


 

Certaines personnes homosexuelles (Félix González-Torres, Jean-Paul Gaultier, Yves Saint-Laurent, Manuel Puig, etc.) disent aimer les paillettes, la chaleur des spots lumineux, les pluies de confettis pailletés : « Mario a flashé sur un pantalon en cuir argenté. » (Arnaud dans la pièce-documentaire Quand mon cœur bat, je veux que tu l’entendes… (2009) d’Alberto Lombardo) ; « La plupart des lieux de prédilection fréquentés par les homosexuels étaient urbains, civils, sophistiqués. Le scénariste américain Ben Hecht, à l’époque correspondant à Berlin pour une multitude de journaux des États-Unis, se souviendra longtemps d’y avoir croisé un groupe d’aviateurs, élégants, parfumés, monocle à l’œil, bourrés à l’héroïne ou à la cocaïne. » (Philippe Simonnot parlant de la libéralisation des mœurs dans la ville nazie berlinoise des années 1920-30, dans son essai Le Rose et le Brun (2015), p. 30) ; « L’artifice me fascine, ce qui est brillant et scintillant » déclare par exemple Andy Warhol (cf. l’article « Andy Warhol » d’Élisabeth Lebovici, dans le Dictionnaire des cultures gays et lesbiennes (2003) de Didier Éribon, p. 495) ; « Marc parlait d’or. » (Marc, le meilleur ami homo de Paula Dumont, après sa visite de la Fondation Maeght, dans l’autobiographie de Paula, La Vie dure : Éducation sentimentale d’une lesbienne (2010), p. 92) ; etc. Lorsque que je me baladais dans l’exposition « Le Grand Monde d’Andy Warhol » au Grand Palais de Paris, en 2009, j’ai découvert que l’artiste était fasciné par la brillance des paillettes et du strass, par les éclats artificiels. D’ailleurs, pour certaines de ses œuvres, il a employé de la poussière de diamant. Le poète espagnol Luis Cernuda, quant à lui, dit être attiré par « la splendeur de la fugacité et la beauté éphémère » (cf. le site Isla de la Ternura, consulté en janvier 2003). Lors de l’émission Homo Micro sur Radio Paris Plurielle diffusée le 7 mars 2011, Cécile Vargaftig dit qu’elle a lu La Fille aux yeux d’or de Balzac.

 

Un certain nombre d’individus homosexuels avouent qu’ils « aiment la brillance de la nuit » (le couturier Xavier Delcour, cité dans la revue Têtu de novembre 2001, p. 111) : « Les seuls gens vrais pour moi sont ceux qui brûlent comme des feux d’artifice extraordinaires qui explosent comme des araignées dans les étoiles » écrit le romancier nord-américain Jack Kerouac. Leur attrait pour l’or exprime en toile de fond un désir de pacotille, une superficialité, un élan de mort ou de futilité, puisque le fétiche qu’ils cherchent à devenir, tout brillant qu’il soit, est figé et inanimé : « Le mort et le plus beau des humains m’apparaissaient confondus dans la même poussière d’or, au milieu d’une foule de marins, de soldats, de voyous, de voleurs de tous les pays. […] Je faisais connaissance au même instant avec la mort et avec l’amour. » (Jean Genet, Journal du voleur (1949), p. 43)

 

Film "Hellbent" de Paul Etheredge-Ouzts

Film « Hellbent » de Paul Etheredge-Ouzts


 

À mon sens, hormis le fait d’illustrer l’attrait naïf, enfantin, et souvent inavoué, d’une grande part du public homosexuel pour le kitsch disco, la place prédominante des lunettes d’or et de la brillance dans les œuvres homosexuelles s’explique par la nature idolâtre du désir homosexuel. Ce désir particulier, pas si relationnel que cela (Nicolás Rosa, dans Artefacto (1992), explique justement que chez les artistes néo-baroques homosexuels, il est souvent question de « l’impénétrabilité de l’or qui est miroir de lui-même », p. 19), est le signe d’une fixation à un modèle cinématographique. Le désir du Tout-Autre ou de l’autre sexe s’est cristallisé sur une idole au regard vide mais argenté, qui a fait barrage à la progression vitale de l’Amour, et qui n’est pas Relation. Avec ce code des « Lunettes d’or », on touche directement à la problématique du fétichisme, de l’idolâtrie (…et de la solitude qu’elle engendre) : « Je suis myope. Ça rassure. Ça endort. J’enlève mes lunettes, c’est réglé, aussitôt les gens parlent. Autrefois, quand je les enlevais, c’était pour dresser une barrière entre les autres et moi. Je croyais m’enfermer derrière un mur de brume. J’étais jeune. Aujourd’hui, je porte ma myopie comme un masque. Ou plutôt (puisque les masques dissimulent tous les traits en laissant les yeux à découvert, par deux fentes imprudentes, et que mon masque à moi procède de la façon contraire) je me sers de ma myopie comme de verres fumés. Rendu inoffensif par le flou de l’œil, au fond duquel on ne songe pas à deviner mon attention prête à bondir au moindre signal, je ne suis jamais plus ‘voyant’ que le regard nu. Les contours de l’objet s’évanouissent, les gestes s’enfoncent dans du coton : plus rien ne m’échappe des inflexions de la voix, des mouvements de l’âme. » (la voix narrative du roman La Peau des zèbres (1969) de Jean-Louis Bory, p. 27 ; c’est moi qui souligne) Encore faut-il se rendre compte qu’on parle au regard miroitant inanimé d’une statue…

 

Film "L'Homme au lac" d'Alain Guiraudie

Film « L’Homme au lac » d’Alain Guiraudie (Face au violeur luciférien…)


 

Inconsciemment, c’est la vanité de l’orgasme homosexuel et plus généralement de l’acte homosexuel – qui a la durée d’un feu d’artifice – qui est dénoncé avec des étoiles dans les yeux : « Cadinot nous offre un feu d’artifice. » (cf. le commentaire « critique » concernant le film porno « Le Voyage à Venise » (1986) de Jean-Daniel Cadinot, dans le catalogue du 19e Festival Chéries-Chéris au Forum des Images de Paris, en octobre 2013, p. 92) ; « Ce fut un épisode sans importance. Ça n’a pas été… il n’y a pas eu de feux d’artifice. » (Dan, homme homosexuel parlant de sa première coucherie homosexuelle, dans le documentaire « Desire Of The Everlasting Hills » (2014) de Paul Check) ; etc.

 
 

Pour accéder au menu de tous les codes, cliquer ici.