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Obèses anorexiques

 

NOTICE EXPLICATIVE :

 

Le 17 novembre 2012, alors que je me trouvais à côté d’un char d’une des premières Manif Pour Tous à Paris, près des Invalides, une vieille mamie m’a spontanément adressé la parole (sans m’avoir reconnu, et sans raison logique puisqu’elle ne savait pas que j’étais homo et que je ne lui avais pas adressé la parole). Elle s’est mise à me parler d’homosexualité. Et elle me faisait cette judicieuse comparaison à laquelle je n’aurais pas pensée en ces termes (même si j’avais déjà depuis longtemps écrit dans mon Dictionnaire des Codes homosexuels ce code des « Obèses anorexiques ») : « Vous savez, je crois que l’homosexualité, c’est exactement comme l’obésité : il y en a certains qui ne l’ont absolument pas choisie et qui n’y sont pour rien ; il y en a qui à la fois l’ont subie et à la fois s’y installent ; d’autres qui en sont totalement responsables par leurs comportements. » Elle semblait ainsi me faire comprendre qu’avec tous ces degrés différents de liberté, on voit bien qu’on ne peut socialement ni l’applaudir, ni la proposer comme norme d’identité et de bonheur. Je me suis gardé de commenter quoi que ce soit. Mais j’ai souri intérieurement. Ça fait tellement longtemps que je nous considère, nous les personnes homosexuelles, comme des êtres humains en tension entre boulimie et anorexie !

 

« Obèses anorexiques »… Voilà une périphrase antinomique qui a de quoi étonner. Comment peut-on être les deux à la fois ? Les personnages homosexuels pratiquants (et parfois les individus homos réels) réussissent cet exploit ! Ils se définissent eux-mêmes ainsi, d’ailleurs. Et dans les fictions traitant d’homosexualité, ils alternent les phases de boulimie et les moments de régime drastique… comme pour illustrer que le désir homosexuel est un trop-peu d’amour qui se traduit en général par un trop-plein (de câlins, d’objets, de sexe, de consommation, de sincérités, etc.) pour mieux faire passer sa violence comme « belle ». Car violence du désir homo il y a : dans la vie réelle des personnes homos et hétéros confondues, la boulimie provient souvent d’un manque d’amour (mal compensé) ou d’un viol, et l’anorexie indique de manière générale l’existence de l’inceste ou le sentiment de ne plus exister.

 
 

N.B. : Je vous renvoie également aux codes « Différences physiques », « Bonbons », « Cannibalisme », « Tout », « Aube », « Fan de feuilletons », « Collectionneur », « FAP la « fille à pédé(s) », à la partie « Crâne en cristal » du code « Chevauchement de la fiction sur la Réalité », à la partie « Paradoxe du libertin » du code « Liaisons dangereuses », à la partie « Maman-gâteau » du code « Mère possessive », dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.

 
 

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FICTION

 

a) Le personnage homosexuel est présenté ou se présente comme un glouton :

 

Beaucoup d’œuvres traitant d’homosexualité abordent la question de l’obésité : cf. le film « Torch Song Trilogy » (1989) de Paul Bogart, le film « Inspecteur Gadget » (1999) de David Kellogg, le film « Superstar : The Karen Carpenter Story » (1987) de Todd Haynes, le film « Fat Girls » (2006) d’Ash Christian, le film « Anita, Tanze Des Lasters » (1987) de Rosa von Praunheim, le film « Thulaajapoika » (« Le Fils prodigue », 1992) de Veikko Aaltonen, le film « 50 façons de dire Fabuleux » (2005) de Stewart Main, le tableau L’Homme à l’oiseau (2000) de Luan Xiaojie, la pièce À plein régime (2008) de François Rimbau, le roman Nourritures terrestres (1897) d’André Gide, la chanson « Mes bourrelets d’antan » de Marie-Paule Belle, le one-woman-show Betty Speaks (2009) de Louise de Ville (l’héroïne lesbienne se bâfre de gâteaux), le film « Bettlejuice » (1988) de Tim Burton (avec Otho, le protagoniste homosexuel obèse), la comédie musicale La Nuit d’Elliot Fall (2010) de Vincent Daenen, la comédie musicale Hairspray (2011) de John Waters (avec Tracy, l’héroïne obèse au physique difficile), le film « Good Morning England » (2009) de Richard Curtis (avec la cuisinière lesbienne), le one-man-show Tout en finesse (2014) de Rodolphe Sand, etc. Par exemple, dans le film « Demain tout commence » (2016) d’Hugo Gélin, Bernie, le producteur homosexuel, est bien en chair.

 

Otho, le héros gay obèse du film "Beetlejuice" de Tim Burton

Otho, le héros gay obèse du film « Beetlejuice » de Tim Burton


 

« Conquiers ta gloutonnerie. » (cf. une réplique de la pièce Howlin’ (2008) d’Allen Ginsberg) ; « La gourmandise… » (le santon de la Vierge Marie s’adressant d’un air sévère à la jeune Marie, dans le film « Mon Arbre » (2011) de Bérénice André) ; « Continue à manger des gâteaux jusqu’à 50 ans et tu seras obèse. » (cf. une remarque faite à Harvey, le héros homosexuel du film « Harvey Milk » (2009) de Gus Van Sant) ; « J’ai pas toujours été l’Adonis sculptural que vous avez devant les yeux. » (un des clients homosexuels du sauna, ex-obèse, se définissant comme une « taille XXL, large comme une baleine » pendant son adolescence, dans la comédie musicale Sauna (2011) de Nicolas Guilleminot) ; « Tu m’étonnes que tu grossisses, avec tout ce que tu bouffes. » (Océane Rose-Marie parlant à sa compagne, dans son one-woman-show Chaton violents, 2015) ; « Arrête de te gaver de cacahouètes. » (Katya s’adressant à son ami gay Anton, pourtant mince, dans le film « Stand » (2015) de Jonathan Taïeb) ; « C’est quoi l’avantage à être un gros gay ? » (Arnaud, le héros homo, dans la pièce La Thérapie pour tous (2015) de Benjamin Waltz et Arnaud Nucit) ; etc.

 

Par exemple, le Roi Ubu (1896) d’Alfred Jarry, ou bien le Falstaff de William Shakespeare, sont présentés comme des gloutons gargantuesques. Dans le film « Les Enfants terribles » (1949) de Jean-Pierre Melville, Paul est décrit par sa sœur comme un goinfre qui « mâche en rêve », qui « crève de gourmandise et refuse de faire un effort ». Dans Le Banquet (- 380 av. J.-C.) de Platon, Aristophane, le défenseur de l’amour androgynique (on dirait aujourd’hui « homosexuel »), se couvre de ridicule : il a le hoquet car il a trop mangé. Dans la pièce Doris Darling (2012) de Ben Elton, Doris, l’héroïne lesbienne despotique, se commande à elle toute seule « une pété de pizzas ». Dans la pièce Revenir un jour (2014) de Franck Le Hen, Steeve, l’un des héros homos, a prix 30 kg et tient une baraque à frites. Dans la pièce Copains navrants (2011) de Patrick Hernandez, les héros homos sont des goinfres : Nono prends 4 fois du dessert ; Stef, 3 fois. Dans la pièce L’Ombre de Venceslao (1978) de Copi, Largui se mange tout le pot de confiture de lait. Dans la pièce Bonjour ivresse ! (2010) de Franck Le Hen, Benoît, le héros homosexuel, raconte qu’étant adolescent, il avait des grosses joues de hamster. Dans la pièce Le Gang des Potiches (2010) de Karine Dubernet, Nina, l’héroïne lesbienne, est obèse et se remplit de biscuits BN. Dans la pièce La Thérapie pour tous (2015) de Benjamin Waltz et Arnaud Nucit, le Dr Katzelblum a écrit plusieurs livres sur le « Syndrome de Stockholm », le « transfert émotionnel », et un ouvrage intitulé Arrête de bouffer Pénélope. Dans le film « Que Viva Eisenstein ! » (2015) de Peter Greenaway, Sergueï Eisenstein, homosexuel, trouve son « corps lourd » et disgracieux. Il est ensuite dit qu’« il est petit, vulgaire et gras ». Dans le film « Spotlight » (2016) de Tom McCarthy, Sacha Pfeiffer, la journaliste, interviewe Joe, un homme homosexuel obèse, très anxieux, qui a été violé par un prêtre à l’adolescence, et qui gobe les muffins en grande quantité pour compenser. Dans la série Demain nous appartient diffusé en 2017 sur la chaîne TF1, Étienne, l’interne homo à l’hôpital de Sète, était pendant l’adolescence l’ancien camarade de classe de Victoire Lazzari, le souffre-douleur du lycée, surnommé « Bouboule » par ses camarades.

 

Dans le film « La Vie d’Adèle » (2013) d’Abdellatif Kechiche, tous les personnages sont filmés continuellement en train de manger, de consommer (des pâtes et des spaghettis surtout, de la boisson alcoolisée, du tabac, du sexe, de la sensation naturelle, etc.). C’est en fait un film sur la consommation, et destiné à des consommateurs bobos. D’ailleurs, l’héroïne ne s’en cache pas : « Je mange de tout. Je pourrais manger en continu toute la journée. » (Adèle)

 

La gourmandise du libertin homosexuel prend au départ des allures de fête, de gala. On retrouve le festin dans plusieurs œuvres abordant la thématique homosexuelle : cf. le film « Les Damnés » (1969) de Luchino Visconti, le film « Freak Orlando » (1981) d’Ulrike Ottinger, le film « Salò ou les 120 Jours de Sodome » (1975) de Pier Paolo Pasolini (avec le banquet burlesque des noces), l’album Le Festin de Juliette (2002) de Juliette, le roman Festin nu (1959) de William Burroughs, le film « Tableau de famille » (2002) de Ferzan Ozpetek, le roman Pique-nique au paradis (1968) de Joanna Russ, le roman Off-Side (1969) de Gonzalo Torrente Ballester, la pièce Yvonne, Princesse de Bourgogne (2008) de Witold Gombrowicz, le roman Le Banquet des anges (1984) de Dominique Fernandez, le film « Desperate Living » (1977) de John Waters, le film « Le Banquet des chacals » (2006) de Stéphane Marti, le vidéo-clip de la chanson « Gourmandises » d’Alizée, le film « One Night Stand » (2006) d’Émilie Jouvet, etc.

 

La boulimie prend aussi des allures d’amour, devient luxure (cf. je vous renvoie au code « Cannibalisme » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels). Dans beaucoup de créations homo-érotiques, le désir homosexuel est comparé à une irrépressible sensation de faim : « J’aime plusieurs personnes. Je ne parle pas de mon homosexualité mais de mon appétit sexuel… et je ne suis pas un libertin. » (Larry, le libertin enchaînant les « plans cul », dans le film « The Boys In The Band », « Les Garçons de la bande » (1970) de William Friedkin) ; « [Il me fallait] assouvir cette faim que j’avais du féminin. D’autant que je prenais conscience que seul le corps, chez les femmes, m’intéressait. Je ne me sentais pas capable d’aimer vraiment. […] J’avais peur de moi. Quand je sentais monter ce besoin de chair, peu m’importaient les moyens et la figure de celle qui me donnerait ce qu’il me fallait. » (Alexandra, la narratrice lesbienne du roman Les Carnets d’Alexandra (2010) de Dominique Simon, pp. 56-57) ; « Supporter une journée sans voir sa voisine lui mettait au ventre un sentiment de manque tel qu’elle avait l’impression de ne pas avoir mangé. » (idem, p. 184) ; « J’ai faim. » (Henri, juste après avoir embrassé pour la première fois sur la bouche un inconnu à la gare, dans le film « L’homme blessé » (1983) de Patrice Chéreau) ; « Je n’arrive pas à croire que je suis assise là à vous raconter que j’ai eu les yeux plus grands que le ventre. » (Anamika, l’héroïne lesbienne, au moment d’annoncer son homosexualité au vieil Adit, dans le roman Babyji (2005) d’Abha Dawesar, p. 201) ; « Vous aimez sûrement manger. Je me le suis dit tout de suite. » (Léopold s’adressant à son futur amant Franz, dans la pièce Gouttes dans l’océan (1997) de Rainer Werner Fassbinder) ; etc.

 

Par exemple, dans le film « Ô belle Amérique ! » (2002) d’Alan Brown, Andy demande à Brad comme on peut être sûr qu’on est vraiment homo ; ce dernier lui répond : « Tu le sais comme tu sais que tu as faim. » Dans le roman El Beso De La Mujer-Araña (Le Baiser de la Femme-Araignée, 1976) de Manuel Puig, Valentín se laisse conquérir par le désir homosexuel à partir du moment où il se goinfre de nourriture : « La Femme-Araignée m’a montré du doigt un chemin dans la forêt, et maintenant que j’ai trouvé tant de choses à manger, je ne sais plus par où commencer… » (p. 263) Dans la pièce Le Gai Mariage (2010) de Gérard Bitton et Michel Munz, Dodo a grossi depuis qu’il est « marié » avec son pote Henri.

 

Le bonheur de l’assouvissement de la gourmandise sexuelle est de courte durée. Et déjà, certains héros homosexuels expriment les affres de la digestion difficile ou les désagréments de l’obésité désirante/charnelle. « Jadis, si je me souviens bien, ma vie était un festin où s’ouvraient tous les cœurs, où tous les vins coulaient. […] J’ai songé à rechercher la clef du festin ancien où je reprendrais peut-être l’appétit. » (la voix narrative au tout début d’ d’Une Saison en enfer (1873) d’Arthur Rimbaud, p. 135) ; « Le banquet d’hier était très bon. » (Noé, le héros homosexuel, après avoir été vu par son fils Secundo en train de masturber un homme dans une camionnette, dans le film « Mon Père », « Retablo » (2018) d’Álvaro Delgado Aparicio).

 

C’est l’« amour » homosexuel qui semble trop calorique. « Nous, ce qui aurait dû nous alerter, c’est la prise de poids. J’étais devenue un angelot obèse. » (Océane parlant de sa relation amoureuse avec sa compagne Nathalie, dans le one-woman-show La Lesbienne invisible (2009) d’Océane Rose Marie) ; « C’était un repas équilibré… » (Jean-Luc, ironique, dans la pièce Et Dieu créa les folles (2009) de Corinne Natali) ; etc. Par exemple, dans la pièce Ma double vie (2009) de Stéphane Mitchell, Tania, l’héroïne lesbienne, a l’appétit coupé une fois qu’elle est homosexuellement amoureuse : elle semble calée.

 
 

b) Le personnage homosexuel est présenté ou se présente comme un être squelettique :

 OBÈSES angoisse

 

Paradoxalement (et conjointement à la boulimie), beaucoup d’œuvres traitant d’homosexualité abordent aussi la question de l’anorexie et de la maigreur corporelle : cf. la pièce Jerk (2008) de Dennis Cooper, le roman L’Affamée (1948) de Violette Leduc, la chanson « J’ai faim, j’ai chaud, j’ai soif » de la comédie musicale Panique à bord (2008) de Stéphane Laporte, l’album « Faim de siècle » de Jean Guidoni, la pièce Faim d’année (2007) de Franck Arrondeau et Xaviéra Marchetti, le roman Alambres (1987) de Néstor Perlongher, la fameuse robe de viande crue Vanitas, robe de chair pour albinos anorexique (1987) de Jama Stark, le film « La Dernière Fois » (2010) de François Zabaleta (dédié à l’anorexie), etc.

 

« Je veux mourir mince, ne pas me nourrir avant de mourir. Je veux rester jeune. » (Didier Bénureau dans son spectacle musicale Bénureau en best-of avec des cochons, 2012) ; « Je ne mange pas de charcuterie. C’est très vulgaire. » (Bernard, le héros homosexuel de la pièce Nous deux (2012) de Pascal Rocher et Sandra Colombo) ; « Moi qui sais que ma maigreur t’intrigue… » (un des héros homosexuels de la comédie musicale Encore un tour de pédalos (2011) d’Alain Marcel) ; « Surtout je faisais très très attention à ma ligne. » (un des personnages homos parlant de son arrivée dans le « milieu homo », dans la comédie musicale À voix et à vapeur (2011) de Christian Dupouy) ; « Esti [l’héroïne lesbienne] sortit de la baignoire et examina son corps d’un œil critique, debout devant le miroir. Elle était, décréta-t-elle, trop mince. D’année en année, elle perdait du poids. Il fallait agir. Elle se l’était déjà dit, bien décidée à manger plus ; une résolution prise quasiment chaque semaine. Elle enduisait de beurre ses légumes et faisait rissoler les pommes de terre dans de la graisse d’oie. […] Mais elle avait beau cuisiner tant et plus, son appétit s’évanouissait dès qu’elle atteignait la table. Si elle se forçait à manger, son estomac la récompensait par des nausées effroyables accompagnées de crampes intestinales. Elle décida néanmoins de faire un nouvel effort. » (Naomi Alderman, La Désobéissance (2006), pp. 33-34) ; « C’est pour ça qu’ils sont tous rachitiques. » (Samuel Laroque parlant de ses pairs homos, dans son one-man-show Elle est pas belle ma vie ?, 2012) ; « C’est comme l’anorexie. Je ne veux plus. Trop d’amis à moi sont morts d’anorexie. » (Rodolphe Sand, travesti, se mettant dans la peau d’une odieuse bourgeoise dirigeant un orphelinat au Burkina-Faso, et entourée d’enfants faméliques, dans son one-man-show Tout en finesse , 2014) ; « Mais je suis gay ! Grossir ?!? Et puis quoi encore ?! » (le jeune Mathan dans la pièce Un Cœur en herbe (2010) de Christophe et Stéphane Botti) ; « Auvergnat Cola… pour les anorexiques. » (Jefferey Jordan dans son one-man-show Jefferey Jordan s’affole, 2015) ; « Si seulement t’étais pas sous-alimenté… Mange, petit. » (Arthur s’adressant à son amant Jimmy, dans le roman Harlem Quartet (1978) de James Baldwin, mis en scène par Élise Vigier en 2018) ; etc.

 

Par exemple, dans son opéra King Arthur (2009), Hervé Niquet vante parodiquement en chanson sa « taille de guêpe » qui apparemment ferait des émules : « On a le béguin pour ma silhouette. » Dans la pièce Des bobards à maman (2011) de Rémi Deval, Max, la grande folle, ne veut porter que des vêtements moulants : « Et puis c’est la mode, merde ! » Dans le film « Children Of God » (« Enfants de Dieu », 2011) de Kareem J. Mortimer, Romeo se moque de son amant Johnny, qu’il présente comme un « Blanc maigre ». Dans la nouvelle « La Baraka » (1983) de Copi, Puce, le tenancier d’un bar, est dépeint comme un « vieux pédé à moitié travesti, les cheveux longs décolorés sur un corps squelettique » (p. 44) Dans la comédie musicale À voix et à vapeur (2011) de Christian Dupouy, les protagonistes homosexuels se conseillent de suivre le fameux régime Slim Fast pour rester potables sur le marché LGBT. Dans le téléfilm « Juste une question d’amour » (2000) de Christian Faure, les deux amants Cédric et Laurent sont les seuls invités à table à faire passer le fromage sans se servir. Dans le film « Footing » (2012) de Damien Gault, pour expliquer à son amie d’enfance (obèse) sa maigreur à lui, Marco, le héros homo dit qu’il a « le ver solitaire » (au sens propre comme au figuré, puisqu’il vient de se séparer d’avec son copain). Dans la biopic « Yves Saint-Laurent » (2014) de Jalil Lespert, Yves sait qu’il doit manger mais il se rationne ou n’a pas d’appétit : « J’ai pas faim. » Dans la pièce Lacenaire (2014) de Franck Desmedt et Yvon Martin, la physionomie (revendiquée !) de Lacenaire, c’est la maigreur. Dans le film « Les Amours imaginaires » (2010) de Xavier Dolan, Francis, le héros homosexuel, fait attention à sa ligne et ne veut pas manger trop sucré. Dans son one-woman-show Free, The One Woman Funky Show (2014), Shirley Souagnon s’identifie aux esclaves noirs chantant le blues, aux enfants faméliques des pubs d’Action Contre la Faim : « J’ai vraiment un corps de base. SI j’étais une voiture, je serais sans options. Moi, si je me mets à nue, je peux faire une pub pour Action Contre la Faim. Avec des mouches autour des yeux. » Dans le film « Praia Do Futuro » (2014) de Karim Aïnouz, Heiko, le héros homosexuel décédé par noyade s’adressant à son amant Konrad, dit qu’il est « maigre comme un clou ». Dans le film « Mezzanotte » (2014) de Sebastiano Riso, plus Davide, le héros, s’homosexualise, plus son entourage lui fait la remarque qu’il maigrit à vue d’œil.

 
 

c) Le personnage homosexuel alterne les crises d’anorexie et les crises de boulimie :

Série "Modern Family" avec le couple gay formé par Mitchell et son amant obèse Cameron.

Série « Modern Family » avec le couple gay formé par Mitchell et son amant obèse Cameron.


 

Aussi bizarre que cela puisse paraître, un certain nombre de héros homosexuels sont décrits/se décrivent comme des obèses anorexiques… ou bien ils forment un duo contrasté avec une personne beaucoup plus enrobée ou beaucoup plus rachitique qu’eux (cf. je vous renvoie au code « FAP la ‘fille à pédé(s)’ » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels) : cf.  le film « Des oiseaux petits et gros » (1966) de Pier Paolo Pasolini, le one-man-show Ali au pays des merveilles (2011) d’Ali Bougheraba (et le binôme Afid – l’obèse – et Crevette – le fin), la pièce Ça s’en va et ça revient (2011) de Pierre Cabanis (avec Hugo, obèse et homosexuel, vivant avec Benjamin, son colocataire mince), le film « Get Real » (« Comme un garçon », 1998) de Simon Shore, etc.

 

« Ingrat. Un gras ici. Un maigre là… » (cf. un calembour assumé comme pourri, dans le one-woman-show Nana vend la mèche (2009) de Frédérique Quelven) ; « Ils [les gens du Peuple] disent que nous mangeons trop. » (la Princesse s’adressant à sa mère la Reine, décrite par la Vache sacrée comme un « squelette aveugle » (p. 86), dans la pièce La Pyramide ! (1975) de Copi) ; « Mme Pignou s’arrêta, extasiée, devant la vitrine des œufs de Pâques à l’angle de la rue Henri-Monnier et de la rue Victor-Massé. Elle n’avait pas mangé depuis une semaine, non pas par manque de pain, certes, mais par gourmandise. » (Copi, la nouvelle « Madame Pignou » (1978), p. 45) ; « Elle est robuste et grasse. J’ai toujours été fascinée par cette sorte de filles, moi qui suis née trop menue. » (Alexandra, la narratrice lesbienne du roman Les Carnets d’Alexandra (2010) de Dominique Simon, p. 13) ; « Je suis c’qu’on appelle un faux maigre. » (Jérôme Commandeur dans son one-man-show Jérôme Commandeur se fait discret, 2008) ; « Dans mon cas, plus les gens sont gros, plus ils me trouvent maigre. » (Laurent Gérard dans son one-man-show Gérard comme le prénom, 2011) ; « Le majordome entra, apportant le thé. ‘Du sucre ? demanda Angela. – Non, merci’, dit Stephen [l’héroïne lesbienne] ; puis, changeant soudain d’idée : ‘Trois morceaux, s’il vous plaît’ ». (Marguerite Radclyffe Hall, The Well Of Loneliness, Le Puits de solitude (1928), p. 183) ; « La maigreur de la duchesse d’Albe lui avait attiré le sobriquet peu élégant de ‘La Esqueleta’. […] Elle offrait de somptueux dîners où elle mangeait comme un ogre, sans pouvoir jamais dépasser son poids. » (Copi, la nouvelle « L’Autoportrait de Goya » (1978), pp. 9-12) ; « Je passais prendre la bouillotte et embrasser grand-mère, que je surprenais souvent à moitié déshabillée, danseuse obèse et déchue, environnée de tout un Niagara de dentelles, de chairs gélatineuses qui moutonnaient à l’infini par la grâce du double reflet de l’armoire à glaces et de la psyché. » (le narrateur homosexuel décrivant sa grand-mère, dans la nouvelle « La Carapace » (2010) d’Essobal Lenoir, p. 12) ; « Tu goûtes à mon amour comme une anorexique. » (cf. la chanson « Anorexique » du chanteur Queen Mimosa) ; « Sur Internet, tu parles toujours de régimes. À quoi ça sert si tu t’empiffres de gâteaux apéro ? » (le jeune Mathan s’adressant à son amant Jacques, dans la pièce Un Cœur en herbe (2010) de Christophe et Stéphane Botti) ; etc.

 

 

Par exemple, dans le film « Le Derrière » (1999) de Valérie Lemercier, Francis (interprété par Dieudonné) refuse les gâteaux qu’on lui propose en journée… et se lève en cachette la nuit pour s’empiffrer avec ce qu’il y a dans le frigo. Dans la pièce Comme ils disent (2008) de Christophe Dauphin et Pascal Rocher, Philibert suit un régime et pourtant n’arrête pas de réclamer à manger ; il est d’ailleurs surnommé « gros pépère » par son amant David. Dans ses poèmes « ¿Por Qué Seremos Tan Hermosas ? » et « Circo », Néstor Perlongher décrit les personnes homosexuelles comme des filles à la fois « obèses » et « anorexiques ». Dans le roman À ta place (2006) de Karine Reysset, Cécile fait très attention à son poids (il lui arrive de vomir souvent)… mais à d’autres moments se goinfre de bonbons : « Je blêmis, trouve refuge dans les toilettes, vomis, ça devient une habitude. » (p. 22) ; « Plus je me trouvais grasse, plus je m’empiffrais. » (p. 79) ; etc. Dans le roman Les Dix Gros Blancs (2005) d’Emmanuel Pierrat, le chanteur Elton John est défini comme « le crooner pour vieilles peaux et midinets obèses » (p. 118) et comme un obèse anorexique : « Chacun connaissait ses difficultés surpondérales, le plongeant tour à tour entre obésité suintante et régime drastique. » (p. 122) Dans le film « The Boys In The Band » (« Les Garçons de la bande », 1970) de William Friedkin, Emory, l’un des héros homosexuels – le plus efféminé – est le premier à faire attention à sa ligne, mais à exercer ses talents de cuisinier pour se goinfrer par personnes interposées, en les surnourrissant. Dans le film « Cruising » (« La Chasse », 1980) de William Friedkin, Tedd, le jeune dramaturge homosexuel, soigne sa ligne et pour cela, ne mange que du poisson ; ça ne l’empêchera pas d’être boulimique pour d’autres choses : « Moi ce que je vise, c’est le fric ! » Dans le film « In & Out » (1997) de Frank Oz, après avoir été bouboule pendant son adolescence, Emily, la future femme d’Howard, homo refoulé, sombre maintenant dans l’anorexie à cause du coming out de son futur mari : « 34 kg : j’ai perdu 34 kg ! C’est pour ça que je suis pratiquement anorexique ! »

 

Film "Le Derrière" de Valérie Lemercier

Film « Le Derrière » de Valérie Lemercier


 

Dans son one-man-show Gérard comme le prénom (2011), Laurent Gérard nous propose tout un sketch sur la maigreur. En filigrane, il compare l’homosexualité à l’anorexie : « J’ai une différence que mon entourage vit de plus en plus mal… » Après nous avoir fait croire qu’il allait faire son coming out, il simule qu’il se retrouve dans un groupe de parole genre Alcooliques Anonymes parce qu’il vit mal sa minceur. Il critique sévèrement ceux qu’il appelle les « dictateurs du régime », qui lui reprochent sa maigreur (« Vous êtes tellement maigre qu’on va croire que vous allez perdre un œil ! » leur fait-il dire) : « Les gens épais me bouffent ! »

 

Dans son one-man-show Bon à marier (2015), Jérémy Lorca passe des crises de boulimie (à cause de ses chagrins d’amour) à l’anorexie (en ayant par exemple la turista en plein voyage en Asie) : « Heureusement, j’ai fini par perdre 12 kg en 1 semaine. Une turista… : tu la proposes à un obèse, il ne la veut pas ! »
 

Dans le film « Mine Vaganti » (« Le Premier qui l’a dit », 2010) de Ferzan Ozpetek, la grand-mère d’Antonio et de Tommaso, les deux frères homos, a tout de la femme soumise-insoumise, qui s’est mariée par devoir, mais qui ensuite envoie promener tous ses carcans avec l’âge : elle mange sucré, ne se médicamente pas toujours, boit plus que de raison, justifie l’homosexualité de ses petits-enfants, et finit même par se suicider en se goinfrant de gâteaux. Après s’être privée toute sa vie, elle se rattrape dans la démesure !
 

Dans son one-woman-show Wonderfolle Show (2012), Nathalie Rhéa raconte que vers l’âge de 6-7 ans, elle mangeait énormément (« Je m’empiffrais de tout ! »), mais que ses parents la rationnaient (elle les qualifie pour cela de « discount », de « cruels tortionnaires » !). À l’adolescence, elle a oscillé entre période d’auto-surveillance (« De l’Est, je suis passée à l’Ouest. ») et période de reprise de poids (« De Bouboulette, je suis passée à Bouboule. ») Enfin, à l’âge adulte, elle dit qu’elle essaie en vain un régime et se justifie d’avoir repris ses kilos : « J’ai toujours voulu être capitaliste. J’ai un capital : c’est mon corps. J’ai décidé de capitaliser mon corps de l’intérieur. » Elle se qualifie elle-même de « capitaliste interne ».

 
 

Dans le roman El Beso De La Mujer-Araña (Le Baiser de la Femme-Araignée, 1979) de Manuel Puig, Molina, le héros homosexuel efféminé, à la fois se prive de nourriture et s’en gave (il fait de même avec son compagnon de cellule, Valentín, qui passe du rationnement carcéral au festin apporté par la soi-disant « mère de Molina »).

 

Valentín« C’est ma faute, Molina.

Molina – Notre faute… Nous avons mangé plus que d’habitude. »

(Valentín et Molina, dans le roman El Beso De La Mujer-Araña (Le Baiser de la Femme-Araignée (1979) de Manuel Puig, p. 221)

 
 

Toujours dans le film « The Boys In The Band » (« Les Garçons de la bande », 1970) de William Friedkin, le personnage homosexuel d’Harold – le plus fourbe et le plus manipulateur de la bande –  condense bien ce mépris voilé de soi que symbolise l’entre-deux entre boulimie et anorexie, entre surconsommation et retenue, entre libertinage et ascèse, entre bisexualité et asexualité. Tantôt il rejette le gavage alimentaire (maternel notamment : « Ma détestable mère en mettait [de l’herbe] dans les salades, sans le savoir, et je crois qu’elle aimait ça. Parce qu’à chaque repas, même au petit déjeuner, elle disait : ‘Une salade ?’ »), tantôt il le recherche (« Je cherche désespérément à prendre poids. » dit-il à Michael en se resservant en lasagnes. « Je mangerais à en devenir malade. J’ai très faim. Je goûterais bien tes lasagnes à l’opium. »). Michael, son colocataire (et ex-amant) se moque de son apparent paradoxe – non seulement alimentaire mais aussi existentiel et amoureux – qui le trahit : « Toute la journée, tu te prives, tu prends du café et du laitage, puis tu t’empiffres en un repas. Ensuite, tu culpabilises, tu te trouves gros et moche, alors que tu n’as jamais été aussi mince. »

 

Dans la pièce Sugar (2014) de Joëlle Fossier, William, le héros homosexuel, par dépit amoureux, arrête de manger pendant des semaines… et l’ironie de l’histoire, c’est qu’il est pourtant surnommé « Sugar » (« sucre » en anglais) par son amant Georges !

 

L’hybridité entre obésité et anorexie marque une irréalité, un désir et un fantasme proche de la schizophrénie. « Pas besoin d’être gros pour être une Fat Girl, pas besoin même d’être une fille : c’est un état d’esprit. » (cf. une réplique du film « Fat Girls » (2006) d’Ash Christian) Celle-ci ne sera pas sans effet ni sans violence, comme on va le voir tout de suite après.

 
 

d) Le va-et-vient entre anorexie et boulimie illustre un viol :

En règle générale, le traitement fictionnel de la nourriture dans les œuvres homo-érotiques n’est ni respectueux ni bon signe pour les héros homosexuels.

 

Par exemple, dans le roman El Beso De La Mujer-Araña (Le Baiser de la Femme-Araignée, 1979) de Manuel Puig, Molina, le héros homosexuel cherche à soutirer des informations à Valentín, son amant et colocataire carcéral, en le faisant manger des mets succulents ; il est un indic de la police d’État.

 

Dans la pièce Géométrie du triangle isocèle (2016) de Franck d’Ascanio, Nina, l’héroïne lesbienne, souffre d’anorexie. Celle-ci est expliquée par le fait qu’elle n’ait pas été aimée par ses parents, puis par le fait qu’elle soit manipulée par ses amants puis ses amantes lesbiennes : « Ma mère m’a toujours dévalorisée. Elle est incapable de me faire un compliment. Elle ne m’a jamais aimée. La preuve : elle ne voulait pas me garder. Et mon père… : j’avais un an quand il m’a reconnue. Faut pas s’étonner que je sois anorexique… » (Nina) ; « Elle n’a rien mangé depuis trois jours. » signale cyniquement Lola, la femme qui se sert de Nina comme maîtresse et « second repas », à son amante régulière Vera qui lui répond non moins ironiquement : « C’est souvent le cas chez les anorexiques. »
 

Le va-et-vient entre anorexie et boulimie indique aussi une misère affective, intellectuelle, spirituelle. « Finalement, la seule chose qui a définitivement crevé en moi, au cours de cette crise, ça a été ma foi. Je me suis réveillé affamé d’une bonne faim, assoiffé d’une bonne soif, et réconcilié avec la vie. Je ne croyais plus en Dieu. Je ne croyais plus qu’à la force de mon amour. » (Mourad, le héros homosexuel, au moment de s’assumer en tant qu’homo, dans le roman L’Hystéricon (2010) de Christophe Bigot, p. 339) ; « Ma sœur me reproche d’être trop gâtée. Mais elle n’arrête pas de m’offrir des cadeaux. » (Kanojo, l’une des héroïnes lesbiennes de la pièce Gothic Lolitas (2014) de Delphine Thelliez) ; etc.

 

Le héros homosexuel crie à l’overdose auprès de ses parents et de sa société qui n’ont pas su l’aimer dans une juste mesure. Par exemple, dans le film « Beautiful Thing » (1995) d’Hettie MacDonald, Ste, le protagoniste homosexuel issu d’un milieu culturellement pauvre, cuisine pour son père et reçoit dans sa gamelle le contenu de l’assiette de ce dernier. Il ne peut alors que lui répondre dans l’impuissance : « Je ne mangerai jamais tout ça… » Dans le film « Respire » (2014) de Mélanie Laurent, le père de Charlène (l’héroïne lesbienne) la force à manger des œufs au petit déjeuner alors qu’elle n’a pas du toutfaim : il insiste lourdement : « Mange ! Mange ! » Voilà que l’enfant de la pauvreté est paradoxalement suralimenté ! Dans le roman Vincent Garbo (2010) de Quentin Lamotta, le héros homosexuel refuse toutes les attentions et les prévenances de sa famille (il exècre « les trop doux parents », p. 73) ainsi que de l’État-Providence. Le jeûne sera son unique moyen de résistance et de revendication identitaire : « Je ne mange plus. Par insouciance. J’entame un jeûne presque complet qui va bientôt affoler tous mes protecteurs providentiels, commerçants pour la plupart, vendeurs de bouffe patentés et convaincus qu’il s’agit de se nourrir pour bien se porter. » (p. 111)

 

La boulimie ou l’anorexie sont très souvent les signes d’un abandon, d’un vol, d’un viol ou d’un inceste, d’une surabondance matérielle masquant un vide béant d’amour. « C’est horrible d’avoir faim. Il y a des gens qui en deviennent tout blancs et qui meurent dans d’atroces souffrances. » (Kanojo, l’héroïne lesbienne noire, dans la pièce Gothic Lolitas (2014) de Delphine Thelliez) ; « La constipation, c’est de famille. » (le narrateur homosexuel imitant sa mère s’adressant à lui, dans le one-man-show Les Gays pour les nuls (2016) d’Arnaud Chandeclair) ; « Je ne vois pas pourquoi tu me forces à toujours prendre le thé. Tu sais que je déteste tes gâteaux ! » (Louise s’adressant à Jeanne dans la pièce La Journée d’une Rêveuse (1968) de Copi, p. 91) ; « Durant presque toute la nuit, le rêve n’était que cela, cette leçon de cuisine, ce lien par la nourriture, ce rapprochement inédit, corps contre corps et, au milieu, une petite bougie. Le bien encore possible. La gourmandise sans fin. Mon ventre qui ne cesse de gonfler. Qui va bientôt exploser. Et Hadda qui n’arrêtait pas de me resservir. Encore et encore. Et encore. Le rêve enfantin qui se rapproche petit à petit de l’enfer. » (Omar, le héros homosexuel gavé dans son rêve par la bonne Hadda, dans le roman Le Jour du Roi (2010) d’Abdellah Taïa, p. 103) ; « C’était bon mais j’étais terrifiée. Une fois qu’elle m’avait bien gavée… » (une patiente qui se fait nourrir de billets de 500 euro, dans la pièce Psy Cause(s) (2011) de Josiane Pinson) ; « Et tous ces enfants qui meurent de faim chaque jour… et nous qui allons passer un repas somptueux… » (Jules, l’homo dandy puant, dans la pièce Les Sex Friends de Quentin (2013) de Cyrille Étourneau) ; « Faisons la paix, ouvrons ce frigo pour manger une fois pour toutes ce gâteau d’anniversaire ! Je meurs de faim ! Je n’ai rien mangé de sucré depuis ton dernier anniversaire ! » (Mère s’adressant à sa fille « L. » juste après qu’elles aient tué le père, dans la pièce Le Frigo (1983) de Copi) ; « Est-ce normal de mourir pour être allé dîner dans un restaurant ? » (Bryan, le héros homosexuel qui perd tragiquement son amant Kévin, dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, p. 456) ; « Tu as mangé des gâteaux et de la glace toute la journée. » (Juna s’adressant à son amie lesbienne Kanojo, dans la pièce Gothic Lolitas (2014) de Delphine Thelliez) ; « C’est toi que je ne digère pas. » (Juna s’adressant à son amante Kanojo dans la pièce Gothic Lolitas (2014) de Delphine Thelliez) ; etc.

 

Par exemple, dans son spectacle musical Bénureau en best-of avec des cochons (2012), Didier Bénureau se met dans la peau d’une mère possessive qui couve à l’excès son jeune garçon de 9 ans, Jeanjean, le gave de cochonneries (si bien qu’il devient obèse) et le drogue de cachets pour qu’il s’endorme et ne résiste pas à son traitement carabiné de sollicitude : « C’est le bonheur qui fait grossir. » ; « 9 ans : 85 kg. » ; « Maman’ a toujours été très très gentille avec Jeanjean. » ; « Pas de femmes ! Que ta petite maman ! » ; « Jeanjean, il est gros, gros, qu’est-ce qu’il bouffe ! Et puis il dort ! Il lui faut ses 16 heures de sommeil. Au moins, le mien, il est pas prêt de bouger ! » Dans le roman Le Jour du Roi (2010) d’Abdellah Taïa, c’est en achetant ses fruits et légumes chez son maraîcher qu’Omar, le héros homosexuel, découvre par accident que le vendeur a eu une liaison avec sa mère.

 

Il est fréquent qu’on voie le héros homosexuel vomir : cf. le one-woman-show Vierge et rebelle (2008) de Camille Broquet, la pièce My Scum (2008) de Stanislas Briche, la pièce Howlin’ (2008) d’Allen Ginsberg, le film « Un de trop » (1999) de Damon Santostefano, le roman Dix Petits Phoques (2003) de Jean-Paul Tapie, le film « Another Gay Movie » (2006) de Todd Stephens, le roman L’Homme qui vomit (1988) de Mathieu Lindon, le film « Kaboom » (2010) de Gregg Araki, le film « Mon fils à moi » (2006) de Martial Fougeron, les peintures de Francis Bacon, la pièce Fatigay (2007) de Vincent Coulon, le roman Puck Of Pook’s Hill (1906) de Rudyard Kipling, le one-(wo)man-show Le Jardin des dindes (2008) de Jean-Philippe Set, la chanson « J’en ai marre » d’Alizée, le film « Bug Chaser » (2012) de Ian Wolfley, le spectacle musical Bénureau en best-of avec des cochons (2012) de Didier Bénureau, la pièce Quand mon cœur bat, je veux que tu l’entendes… (2009) d’Alberto Lombardo, le roman La Cité des Rats (1979) de Copi, le roman La Vie est un tango (1979) de Copi, la chanson « Histoires de fesses » de Mylène Farmer, etc. Par exemple, dans la pièce Des bobards à maman (2011) de Rémi Deval, la mère du héros homosexuel dégueule tout son dîner de pizzéria. Dans la pièce Psy Cause(s) (2011) de Josiane Pinson, Madame Gras vomit tout le temps… et pourtant, elle est obèse. Dans la pièce Hétéro (2014) de Denis Lachaud, le Père 2, homosexuel, reçoit une pluie de vomi orangé dans la gueule.

 

« Ça sent le vomi, ici ! » (Jean, l’un des héros homos de la pièce La Tour de la Défense (1974) de Copi) ; « Je vais vomir. » (Alan, l’hétérosexuel exprimant son malaise de se retrouver dans une « soirée de pédales », dans le film « The Boys In The Band », « Les Garçons de la bande » (1970) de William Friedkin ; Michael rajoute ironiquement : « Avant, ça sentait le vomi. Maintenant, le vomi à la rose. ») ; « J’ai juste envie de vomir à chaque fois que tu me touches. » (Édouard s’adressant à son amant Georges, dans la pièce En ballotage (2012) de Benoît Masocco) ; « Pour pas vomir, elle broute. » (Margot, la vache lesbienne de la nouvelle « Margot, histoire vache » (2010) d’Essobal Lenoir, p. 121) ; « J’ai essayé l’anorexie, mais du coup ça ne marche pas parce que je vomis avant de manger ! Du coup, j’ai faim. » (Lise, l’actrice obèse de la pièce La Fesse cachée (2011) de Jérémy Patinier) ; « J’ai presque couru jusqu’aux toilettes, comme si j’allais vomir au lieu de pleurer, me suis assise sur le couvercle de la cuvette et j’ai pleuré, pleuré, sans comprendre pourquoi. J’ai regardé mon reflet dans le miroir de la salle de bains, les traces de larmes, les yeux rouges, et je me suis souvenue d’une chose, juste une chose, d’un moment semblable, d’une époque semblable. Où je me regardais dans ce miroir. En pleurant. Je savais ce que c’était. La sonnette de la porte d’entrée a retenti. » (Ronit, l’héroïne lesbienne dans le roman La Désobéissance (2006) de Naomi Alderman, p. 167) ; « Je te rappelle que les beaux gosses te rendent si nerveuse que tu vomis. » (Amy s’adressant à sa copine Karma, dans la série Faking It (2014) de Dana Min Goodman et Julia Wolov, cf. l’épisode 1 « Couple d’amies » de la saison 1) ; « Des geysers de vomi et de merde… Qu’est-ce que je fous ici ? » (la figure de Sergueï Eisenstein, homosexuel, dans le film « Que Viva Eisenstein ! » (2015) de Peter Greenaway) ; « Je pue le vomi. » (Éric, le héros homo, dans l’épisode 2 de la saison 1 de la série Sex Education (2019) de Laurie Nunn) ; etc. Par exemple, dans le film « Pauline » (2009) de Daphné Charbonneau, l’héroïne lesbienne est prise d’une envie de vomir dès qu’elle découvre son désir lesbien. Dans la pièce Fixing Frank (2011) de Kenneth Hanes, quand Frank dit à son psy (le Dr Apsey) qu’il a des penchants homosexuels, ce dernier lui demande instantanément s’il a des « vomissements ».

 

Régulièrement, dans les fictions, les tables non-débarrassées (filmées à l’écran) montrent que la fête homosexuelle n’est pas complète. Les lendemains d’orgies laissent place à l’amertume, à la culpabilité voire au dégoût d’avoir « trop mangé » : cf. le film « Mort à Venise » (1971) de Luchino Visconti, le film « Les Amants diaboliques » (1942) de Luchino Visconti, le film « Intrusion » (2003) d’Artémio Benki, le roman Fin De Fiesta (1962) de Juan Goytisolo, le film « Les Amitiés particulières » (1964) de Jean Delannoy, le film « L’Homme de sa vie » (2006) de Zabou Breitman, le roman Après le banquet (1960) de Yukio Mishima, le roman Fin de Fiesta (1930) de Federico García Lorca, le film « Él Y Él » (1980) d’Eduardo Manzanos, le film « Festen » (1998) de Thomas Vinterberg, le film « When The Party’s Over » (1991) de Matthew Irmas, le film « Depois Do Almoço » (« After Lunch », 2010) de Rodrigo Diaz Diaz, le film « The Boys In The Band » (« Les Garçons de la bande », 1970) de William Friedkin (avec la terrasse inondée de Michael après l’orage), le film « Entre les corps » (2012) d’Anaïs Sartini (avec l’appart en bordel de Greg et Hannah), le film « Avant la nuit » (2000) de Julian Schnabel, etc.

 

« Le dégoût. Ce terrible dégoût. […] Demain sera une journée pleine de dégoût. » (Michael, le héros homosexuel, à la fin du film « The Boys In The Band », « Les Garçons de la bande » (1970) de William Friedkin) ; « Comment te dire ? Je suis un vieux pantin en lendemain de fête, un vieux pantin entre les mains d’un enfant bête. » (cf. la chanson « En miettes » d’Oshen) ; « Les yeux perdus dans mon assiette. Et mon bonheur n’est qu’amas de miettes. Un crumble froid. […] Grand-mère, Grand-mère, ne désespère pas! On est deux à haïr ces repas. »  (cf. la chanson « À table » de Jann Halexander) ; « En regardant les verres à demi vides, leurs parois emperlées de petites gouttes de pluie, Amande eut un frisson. La belle table du début de la soirée n’était qu’un amas de reliefs détrempés. Les bougies s’étaient éteintes. Les bouquets s’étaient affaissés. Dans le prolongement de la bouteille renversée, la coulée rouge s’était élargie, avait viré au rose pâle. L’air froid avait figé le gras dans les assiettes encore parsemées de rondelles de pain spongieuses. » (Christophe Bigot, L’Hystéricon (2010), p. 451) ; « Les deux amoureux sont debout, au milieu de cette grande salle vide. Rien n’a été nettoyé. Les tables sont encore jonchées d’assiettes sales et de verres à moitié vides. Sur la piste de danse, quelques ballons bougent encore, poussés par des courants d’air imperceptibles. » (Jean-Pierre et Laure, dans le roman Le Musée des amours lointaines (2008) de Jean-Philippe Vest, p. 277) ; « La fête est finie. » (Rupert, le héros homosexuel de 10 ans, dans le film « Ma Vie avec John F. Donovan » (2019) de Xavier Dolan) ; etc.

 

Idem côté cœur. En « amour » homosexuel, il semblerait que le poids (alimentaire) des sentiments fonctionnent comme des vases communicants ou un sablier : quand l’un des deux amants est rempli de sentiments, c’est au détriment du vide amoureux de l’autre… ou parce que ce dernier a chippé dans l’assiette du premier. « Lorsqu’il avait fini son assiette, il piquait naturellement dans la mienne, en ignorant mon regard sombre et mon énervement, tout en feignant de m’écouter avec sérieux. Ça aussi, ma mère aurait dû le remarquer ! On ne faisait pas ces choses-là avant. Avant de nous aimer. » (Bryan par rapport à son amant Kévin dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, pp. 146-147) ; « Tu m’as couché affamé, tu m’as couché affamé. » (Luca, non rassasié en amour, dans le spectacle musical Luca, l’évangile d’un homo (2013) d’Alexandre Vallès) ; etc.

 

Il arrive même que la nourriture soit utilisée pour tuer (poison) ou pour maquiller une mort, un suicide. « Je me caloricide. » (Brüno dans le film « Brüno » (2009) de Larry Charles) ; « Me mange pas. Tu vas être malade. » (Shirley Souagnon se décrivant comme un « yaourt périmé » face aux hommes, dans son concert Free : The One Woman Funky Show, 2014) ; etc. Elle devient la métaphore du viol : cf. le film « La Tendresse des loups » (1973) d’Ulli Lommel, le film « Picnic à Hanging Rock » (1975) de Peter Weir, le film « Eat the Rich » (1987) de Peter Richardson, le film « The Lawless Heart » (2002) de Neil Hunter et Tom Hunsinger, etc.

 

On retrouve le poison dans certaines créations homosexuelles : cf. le film « New Wave » (2008) de Gaël Morel (avec la mère de Romain qui empoisonne et tue son fils homosexuel), la nouvelle L’Encre (2003) d’un ami romancier angevin, le film « Les Filles du botaniste » (2006) de Daï Sijie, le film « Le Poison » (1945) de Billy Wilder, le vidéo-clip de la chanson « Tristana » de Mylène Farmer, le film « Le Nom de la Rose » (1986) de Jean-Jacques Annaud, le roman El Beso De La Mujer-Araña (Le Baiser de la Femme-Araignée, 1979) de Manuel Puig, la pièce A Sodoma En Tren Cobijo (1933) d’Álvaro Retana, le film « Poison Ivy » (1992) de Katt Shea Ruben, le film « Le Roi et le Clown » (2005) de Lee Jun-Ik, la pièce Yvonne, Princesse de Bourgogne (2008) de Witold Gombrowicz, le film « Poison » (1991) de Todd Haynes, le téléfilm « Marie Besnard, l’Empoisonneuse » (2006) de Christian Faure, le roman Le Cœur éclaté (1989) de Michel Tremblay (avec les sandwiches empoisonnés), le roman Un Goûter d’anniversaire (2004) de Jean-Claude Tapie, le roman Les Nettoyeurs (2006) de Vincent Petitet (avec l’arête dans le poisson), le roman La Cité des Rats (1979) de Copi (avec les champignons hallucinogènes, ou encore le suicide au cyanure), la pièce L’Ombre de Venceslao (1978) de Copi (avec les champignons vénéneux), la comédie musicale La Nuit d’Elliot Fall (2010) de Vincent Daenen (où le Baron Lovejoy, homosexuel, administre du poison à Elliot), le film « Les Enfants terribles » (1949) de Jean-Pierre Melville (à la fin, Paul se fait empoisonner par sa sœur Catherine qui le veut tout à elle), etc.

 

« Je me suis empoisonnée à peine mon enfant né. » (Lou, l’héroïne lesbienne, dans la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi) ; « Elle [Vicky] a peut-être même empoisonné le champagne ! » (la Comédienne dans la pièce La Nuit de Madame Lucienne (1986) de Copi) ; « Garde la tête froide, me dit Rakä. Fais surtout attention aux narcotiques qu’elles peuvent glisser dans nos aliments ! » (le rat narrateur dans le roman La Cité des Rats (1979) de Copi, p. 46) ; « Ils [la dernière reine inca, le Jésuite, la Princesse, et la Vaché sacrée]  moururent empoisonnés sous le soleil brûlant au beau milieu du désert. » (Copi, La Pyramide !, 1975) ; « Je suis empoisonnée. Ce sort me dévore. » (Juna, l’une des héroïnes lesbiennes de la pièce Gothic Lolitas (2014) de Delphine Thelliez) ; etc.

 

Par exemple, dans le film « The Boys In The Band » (« Les Garçons de la bande », 1970) de William Friedkin, Michael décrit le jeune Tex qu’il a vu au sauna comme un « chien empoisonné ». Dans la pièce Gouttes dans l’océan (1997) de Rainer Werner Fassbinder, Franz a avalé de l’arsenic pour se suicider ; et lorsqu’il annonce sa mort imminente à sa mère au téléphone, celle-ci ne montre aucune tristesse, et lui souhaite au contraire « Bon voyage ». Dans le one-woman-show Wonderfolle Show (2012) de Nathalie Rhéa, Cunégonde est l’amie prétendument « empoisonneuse » qui invite ses amis à manger. Dans la pièce L’Ombre de Venceslao (1978) de Copi, China tue son mari Rogelio en empoisonnant son dessert ; Hortensia, la femme de Venceslao, a mangé de la mort-aux-rats et meurt empoisonnée ; China met de l’insecticide pour les cafards dans le biberon de son bébé, croyant que c’était du lait concentré… Dans le film « Kaboom » (2010) de Gregg Araki, il y a des vers de terre dans les donuts au chocolat. Dans le film « Jonas » (2018) de Christophe Charrier, Nathan, le héros homosexuel, pour se venger d’un camarade de classe homophobe qui lui taxe toujours des clopes, les empoisonne pour le rendre malade… et ça marche.

 

Dans la fantasmagorie homosexuelle, la nourriture est souvent associée au meurtre ou au viol (cf. je vous renvoie à la partie sur le « viol » dans le code « Bonbons », ainsi qu’au code « Cannibalisme » du Dictionnaire des Codes homosexuels) : cf. les ouvertures impromptues de restaurants dans les films « Volver » (2006) de Pedro Almodóvar et « Les Amants diaboliques » (1943) de Luchino Visconti (suite à des meurtres conjugaux masqués… où le mari assassiné est donné à manger au client), le gazpacho-traître dans le film « Mujer Al Borde De Un Ataque De Nervios » (« Femme au bord de la crise de nerfs », 1987) de Pedro Almodóvar, le café bouillant dans le film « Qu’est-ce que j’ai fait pour mériter ça ? » (1984) de Pedro Almodóvar (qui défigure la femme à qui le mari est venu apporter le petit déjeuner au lit), la prostitution masculine dans le film « Breakfast On Pluto » (2005) de Neil Jordan, l’étouffement de l’amant au hot-dog dans le one-man-show Hétéro-Kit (2011) de Yann Mercanton, le somnifère dans le gazpacho dans le film « Los Abrazos Rotos » (« Étreintes brisées », 2009) de Pedro Almodóvar, le règlement de comptes parricide dans la pièce Happy Birthday Daddy (2007) de Christophe Averlan, le serpent farci au rat dans la pièce La Tour de la Défense (1974) de Copi, la vis que Mme Simpson donne à manger à sa fille Irina dans la pièce L’Homosexuel ou la difficulté de s’exprimer (1967) de Copi, l’histoire du gigot tueur dans le roman L’Hystéricon (2010) de Christophe Bigot, etc.

 

Film "Volver" de Pedro Almodovar

Film « Volver » de Pedro Almodovar


 

Par exemple, dans le roman La Voyeuse interdite (1991) de Nina Bouraoui, la profusion de nourriture est une métaphore du viol, du mariage forcé. Dans le film « Salò O Le 120 Gionate Di Sodoma » (« Salò ou les 120 journées de Sodome », 1975) de Pier Paolo Pasolini, les aliments sont soit dégoûtants (les bourreaux forcent leurs victimes à manger des excréments humains), soit mortels (la victime qui dévore le gâteau apparemment appétissant que lui tend le bourreau meurt en crachant son sang car il y avait des clous à l’intérieur…). Dans le film « Mysterious Skin » (2004) de Gregg Araki, les céréales multicolores lancées en l’air annoncent le viol pédophile. Dans le roman Le Bal des Folles (1977) de Copi, le narrateur homosexuel va s’acheter une pâtisserie (une bûche) juste après avoir commis son meurtre : « Une bûche au rhum […]  J’insiste. Mme Audieu m’a bien dit d’acheter une bûche au rhum à deux cents francs. » (pp. 89-90) Dans la one-woman-show Vierge et rebelle (2008) de Camille Broquet, le repas illustre l’étroitesse et la xénophobie du grand-père de Camille. Dans la pièce Vu duo c’est différent (2008) de Garnier et Sentou, le restaurateur du restaurant bio finit par tuer son client. Dans le film « Serial Mother » (1994) de John Waters, Madame Sutphin s’imagine que ceux qui mangent du poulet sont d’ignobles assassins d’innocents oiseaux… ce qui va réveiller chez elle une terrible folie meurtrière. Dans le one-(wo)-man show Désespérément fabuleuses : One Travelo And Schizo Show (2013) du travesti M to F David Forgit, la prostituée surnommée Krisprolls (parce qu’« elle avait toujours quelque chose dans la bouche ») morte d’avoir reçue une trop grosse quantité de « purée » (= sperme) dans la bouche au moment d’une fellation qu’elle a faite à une homme qui n’avait pas baisé depuis longtemps : mort par overdose sexuelle. Dans le roman La Cité des Rats (1979) de Copi, le serpent avale l’iguane alors qu’il n’a pas la place de le manger, et finit par en mourir : « L’iguane expira et le serpent, devenu trop gros, se hissa avec difficulté sur le plus haut rayon de la bibliothèque où il s’endormit ronflant très fort. » (p. 110)

 

Le poison, c’est souvent la relation amoureuse homosexuelle tout court : « Tu m’empoisonnes. » (William s’adressant à son amant à Georges, dans la pièce Sugar (2014) de Joëlle Fossier)

 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 

PARFOIS RÉALITÉ

 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 
 

a) Certaines personnes homosexuelles sont présentées ou se présentent comme des gloutons :

Chaz Bono

Chaz Bono


 

Beaucoup de personnes homosexuelles actuelles, avant d’avoir aujourd’hui la taille mannequin, ont été ou se sont jugées boulottes ou obèses. « Je ne supporte pas les enfants. Il suffit d’être assis deux minutes dans un avion avec un enfant pour en être vaccinés. » (Nina Myskow citant Elton John avant qu’il ait obtenu des enfants par GPA, dans le documentaire « Elton John, A Singular Man » (2015) de Christian Wagner, diffusée sur la chaîne ARTE le 9 janvier 2016) Je vous renvoie au film biographique « Enfances » (2007) de Yann Le Gal (sur Alfred Hitchcock). Le romancier Thibaut de Saint Pol a écrit plusieurs ouvrages sur l’obésité : Obésité et milieux sociaux en France : les inégalités augmentent (2008) ; Le corps désirable. Hommes et femmes face à leur poids (2010).

 

Bears and daddies

Bears and daddies


 

Par exemple Olympe, le chanteur de  l’émission The Voice 2 (en 2013), étant petit, a eu de gros problèmes de poids. Beaucoup de personnes homosexuelles, durant l’enfance et l’adolescente, étaient bien grassouillettes, ou bien se sont senties ainsi : Laurent Ruquier, Vled, Harry Glenn Milstead, Violette Morris, l’acteur Marlon Brando (à la fin de sa vie), par exemple. D’autres souffrent encore d’obésité : je pense par exemple au chanteur Sam Buttery (dans The Voice UK, en 2012), au rappeur Monis, au journaliste Daniel Konrad, à l’actrice transsexuelle F to M Chaz Bono (fille de la chanteuse Cher), au présentateur Gok Wan, à l’animateur Jesús Vázquez, à Beth Ditto (la chanteuse lesbienne des Gossip), etc. Dans le documentaire « Bixa Travesty » (2019) de Kiko Goifman et Claudia Priscilla, Jup, un homme brésilien travesti en femme, est énorme et souffre de ne passer que pour l’amuseur public, sans être véritablement aimé pour qui il est vraiment. Les personnes homosexuelles bien en chair sont même devenues une mode physique avec le temps (butch pour les femmes, bears et daddies pour les hommes qui cultivent leur forme de nounours).

 

De ma propre expérience, j’ai pu remarquer parmi mes amis homosexuels qu’il y en avait pas mal qui souffraient d’un embonpoint mal porté, que celui-ci soit existant ou non d’ailleurs (je parle d’un sentiment et d’un ressenti avant tout). Ce n’est pas le poids qui crée l’homosexualité, bien sûr (il ne s’agit pas de dire que les personnes obèses ont tendance à être homosexuelles, ni que les personnes homosexuelles sont/ont été toutes obèses), mais bien un rapport douloureux et haineux à son propre corps ; et quand le corps est volumineux, il est évident que ça n’aide pas la personne qui le porte à l’aimer et à accepter sa sexuation.

 

Laurent Ruquier

Laurent Ruquier


 

J’ai eu l’occasion de rencontrer – notamment parmi les adolescents – certains individus homosexuels qui étaient (ou se prenaient pour des) « gros ». Et dans mon « tableau de chasse », sur la dizaine d’hommes avec qui je suis sorti, je peux attester qu’il y avait au moins deux ex-obèses. En les rencontrant et en voyant ce qu’ils étaient devenus, jamais je n’aurais pu deviner leur passé. En revanche, ce que je peux dire de leur caractère, c’est qu’ils avaient tous deux une mère très incestueuse, et qu’ils avaient tendance à rechercher avec moi, en amour, une fusion absorbante similaire.

 

Photo de Rancinan

Photo de Rancinan


 

La gourmandise des libertins homosexuels prend au départ des allures de fête, de gala. Par exemple, Marcel Proust et ses amis Gregh, Dreyfus, Halévy, Finaly, fondèrent en 1892 la revue Le Banquet. Par ailleurs, les femmes (actrices, chanteuses) qui ont un poids conséquent (et dont certaines sont bisexuelles) rencontrent un certain succès auprès du public gay : la chanteuse Juliette, la chanteuse Gossip, la cantatrice Marianne James, la chanteuse Carole Fredericks, etc. Dans sa pièce Les Gens moches ne le font pas exprès (2011), Jérémy Patinier met en scène une Marilyn Monroe version hippopotame obèse en tutu.

 

La boulimie prend aussi des allures d’amour, d’art, devient luxure (cf. je vous renvoie au code « Cannibalisme » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels). Dans beaucoup de discours de personnes homosexuelles ou gay friendly, le désir homosexuel est comparé à une irrépressible sensation de faim : « Quand on est trans, on déteste le manque. » (la femme transsexuel F to M interviewée dans le documentaire « Le Genre qui doute » (2011) de Julie Carlier) ; « Je mange comme un ogre. » (Paula Dumont, Mauvais Genre (2009), p. 113) ; « Copi, cuisinier raffiné et show-man excentrique, à la Rabelais. » (Enzo Moscato, « Les Étoiles psychotiques », dans l’ouvrage collectif Il Teatro Inopportuno Di Copi (2008) de Stefano Casi, p. 11) ; « Thomas Wolfe est un autre de mes auteurs aimés, en grande part à cause de sa merveilleuse manière de décrire la nourriture. […] Quand j’ai appris à lire, j’ai tout de suite été attirée par les histoires où il y avait quelque chose à manger. Une surtout, je m’en souviens, à propos d’un petit garçon qui avait les yeux plus grands que le ventre, et qui est mort de s’être trop bourré de gâteaux, de bonbons et d’une crème glacée grosse comme une montagne. Une image le montrait, vêtu d’un costume marin, à genoux au milieu de toutes ces sucreries, les contemplant d’un regard affamé. Je l’aimais. Aujourd’hui encore, quand j’ai faim, je m’offre un festin par procuration – à travers le Satiricon, Rabelais, Mr Pickwick, ou les romans de Thomas Wolfe. » (Carson McCullers, la romancière nord-américaine lesbienne citée dans la biographie Carson McCullers (1995) de Josyane Savigneau, p. 35) ; etc.

 
 

b) Certaines personnes homosexuelles sont présentées ou se présentent comme des êtres squelettiques :

Paradoxalement (et conjointement à la boulimie), beaucoup de personnes homosexuelles sont concernées de près par la question de l’anorexie et de la maigreur corporelle : « C’est incroyable le nombre de personnes anorexiques que je connais ! Si tu veux continuer à être actrice… » (Lucía Etxebarría, la romancière bisexuelle, lors la présentation de son roman Le Contenu du silence (2012), organisée à la Galerie Dazelle à Paris, le 12 juin 2012) ; « Elle [Hélène, lesbienne] n’arrivait plus à fermer l’œil, elle n’avalait plus rien et elle devenait un vrai squelette. L’envie de se détruire la reprenait dans ces moments-là. » (Paula Dumont, La Vie dure : Éducation sentimentale d’une lesbienne (2010), p. 57)

 

Dans l’émission Controverse diffusée le 24 janvier 2010 sur la chaîne belge RTL-TVI, l’archevêque de Malines Bruxelles en Belgique, Mgr Léonard, l’ancien évêque de Namur, n’a pas hésité cette fois à comparer l’homosexualité à l’anorexie : « Je prends une comparaison pour éclairer… Comparaison qui ne signifie pas que j’identifie les deux situations. Par exemple, je pense qu’anthropologiquement, l’anorexie […]  est un développement qui n’est pas dans la logique de l’appétit […]  Mais jamais je ne vais dire que les anorexiques sont des anormaux… »

 

Certains articles et études confirment que l’homosexualité est facteur à risque pour l’anorexie, même si elle n’est en rien une cause ni une conséquence de celle-ci.

 

OBÈSES Piment

 

Nous sommes plusieurs, de par notre morphologie de faméliques (mais aussi et surtout de par nos comportements alimentaires) à pouvoir être qualifiés d’anorexiques : Copi, Pierre Palmade, Brahim Naït-Balk, … moi-même ! Cette anorexie est d’abord une impression avant d’être une réalité : l’homosexualité a quelque chose de « l’anorexie mentale » ( = je me sens gros… mais réalité, je ne suis pas vraiment anorexique) dont il est question dans cette vidéo d’Arnaud Dumouch.

 
 

c) Certaines personnes homosexuelles alternent les crises d’anorexie et les crises de boulimie :

On mange mais attention faut pas !

On mange mais attention faut pas !


 

Aussi bizarre que cela puisse paraître, un certain nombre de personnes homosexuelles sont décrites/se décrivent comme des obèses anorexiques… (cf. je vous renvoie au code « FAP la ‘fille à pédé(s)’ » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels). Par exemple, dans son roman autobiographique Parloir (2002), Christian Giudicelli décrit un de ses amants, Nicolas, comme un garçon « avide de babas au rhum et d’exercices physiques » (p. 101).

 

« Mon corps nu, à géographie variable, reflète mes états d’âme : je me sens mal, je mange, je grossis, je me déprécie plus à mes propres yeux. Puis il arrive un moment où je me dis : ‘Stop !’ Je me reprends en main, je mincis, je vais mieux, je me sens bien dans ma peau. En résumé, j’associe rondeurs et ‘mal-être’, minceur et ‘bien dans ma peau’. » (Dominique Avrile, « Un vilain petit canard ? », dans l’essai Attirances : Lesbiennes fems, Lesbiennes butchs (2001) de Christine Lemoine et Ingrid Renard, p. 205) ; « Au restaurant je le forçais à choisir un plat consistant qu’il ne finissait pas : ‘Mange, tu es maigre – J’ai plus faim, je vais exploser. Toi, gros gourmand, mange pour moi.’ Il remplaçait mon assiette vide par la sienne. » (Christian Giudicelli parlant de son amant Kamel, dans son autobiographie Parloir (2002), p. 16) ; « Mutation brusque du corps (à la sortie du sanatorium) : il passe (ou croit passer) de la maigreur à l’embonpoint. Depuis, débat perpétuel avec ce corps pour lui rendre sa maigreur essentielle (imaginaire d’intellectuel : maigrir est l’acte naïf du vouloir-être-intelligent). » (Roland Barthes parlant de lui à la troisième personne, dans son autobiographie Roland Barthes par Roland Barthes (1975), p. 36) ; « J’avais oublié mon corps. Je ne mangeais presque plus. J’étais maigre et je le suis resté longtemps. Longtemps. […] J’étais en train de devenir gros, gras. Perdu, même dans mon corps. […] C’était cela, la vérité. Mon corps réel. Il fallait changer. Le changer. Revenir au jour du départ et de l’arrivée. Maigrir. Absolument maigrir. Arrêter de manger. Jouer de nouveau, sans le savoir, avec la mort. » (Abdellah Taïa, Une Mélancolie arabe (2008), pp. 60-63) ; « J’étais maigre. À cet âge mes parents me surnommaient fréquemment ‘Squelette’ et mon père réitérait sans cesse les mêmes blagues ‘Tu pourrais passer derrière une affiche sans la décoller.’ Au village, le poids était une caractéristique valorisée. Mon père et mes deux frères étaient obèses, plusieurs femmes de la famille, et l’on disait volontiers ‘Mieux vaut pas se laisser mourir de faim, c’est une bonne maladie. (L’année d’après, fatigué des sarcasmes de ma famille sur mon poids, j’entrepris de grossir. J’achetais des paquets de chips à la sortie de l’école avec de l’argent que je demandais à ma tante – mes parents n’auraient pas pu m’en donner – et m’en gavais. Moi qui avais jusque-là refusé de manger les plats trop gras que préparait ma mère, précisément par crainte de devenir comme mon père et mes frères – elle s’exaspérait : ‘Ça va pas te boucher ton trou du cul’ –, je me mis soudainement à tout avaler sur mon passage, comme ces insectes qui se déplacent en nuages et font disparaître des paysages entiers. Je pris une vingtaine de kilos en un an.) » (Eddy Bellegueule dans son roman autobiographique En finir avec Eddy Bellegueule (2014) d’Édouard Louis, pp. 16-17) ; etc.

 

Personnellement, j’ai un rapport en dents de scie à la nourriture : je suis rachitique et en même temps grosse bouffe. Mon frigo est vide et me nourrit très mal en temps normal (cela est dû, je l’avoue, à ma flemme et mon tempérament économe, pour ne pas dire « radin avec moi-même ») MAIS ceux qui m’ont vu en soirée sont souvent estomaqués de voir mon sacré coup de fourchette et la rapidité avec laquelle j’engloutis les plats qu’on me présente. Je ne suis pas un gourmet, mais un vrai gourmand… qui ne mange que très rarement ;-). C’est à la limite de la politesse (mais je me soigne peu à peu ^^). Voilà le tableau d’un « anorexique boulimique » pressé, qui voit les repas seul comme une formalité, et qui a certainement peur du manque pour faire autant chroniquement « garde-manger »…

 

L’hybridité entre obésité et anorexie marque une irréalité, un désir et un fantasme proche de la schizophrénie, un mépris de soi. Celle-ci ne sera pas sans effet ni sans violence, comme on va le voir tout de suite après.

 
 

d) Le va-et-vient entre anorexie et boulimie illustre parfois un viol , au moins un fantasme de viol:

Le va-et-vient entre anorexie et boulimie indique souvent une misère affective, intellectuelle, spirituelle. Beaucoup de personnes homosexuelles, en passant par ces états corporels souffrants, crient à l’overdose auprès de leurs parents, de leur(s) amant(s) et de leur société qui n’ont pas su les aimer dans une juste mesure. Le jeûne ou la gourmandise, selon elles, sera leur unique moyen de résistance et de revendication identitaire : « Je vis dans une société de surabondance qui a érigé en dogme cette folie de la maigreur. » (Karin Bernfeld, Apologie de la passivité (1999), p. 8) ; « Mon récit serait celui d’une overdose de ‘bonheur’ qui faillit être mortelle pour beaucoup d’entre nous, enfants du baby-boom venus au monde avec tant de bonnes fées penchées sur notre berceau. […] Enfants surnourris, gavés, à qui l’on dit : on ne parle pas la bouche pleine. » (Cathy Bernheim, L’Amour presque parfait (2003), p. 17) ; « J’avais lu trop de livres, vu trop de films. Ma vie et mes sentiments me dépassaient. » (Abdellah Taïa, Une Mélancolie arabe (2008), p. 41) ; etc.

 

La boulimie ou l’anorexie sont très souvent les signes d’un abandon, d’un vol, d’un viol ou d’un inceste, d’une surabondance matérielle masquant un vide béant d’amour. « On ne saurait trop insister sur cette horreur et cette fuite de l’ennui dans les manifestations du goût camp [promu en premier lieu par la communauté homosexuelle]. Le goût camp ne peut se concevoir que dans le cadre des sociétés d’abondance, des sociétés, ou des cercles sociaux, où se développent les effets psycho-pathologiques de l’abondance. » (Susan Sontag, « Le Style Camp », L’Œuvre parle (1968), p. 446) ; « Ce grand amour que j’avais pour elle, à 18 ans, le refuge absolu qu’elle représentait. Et j’étais boulimique. » (Annie Ernaux parlant de sa mère, dans son autobiographie Je ne suis pas sortie de ma nuit (1997), p. 82) ; « Selon ces croyances [africaines], certains homosexuels passifs demandeurs de services sexuels auraient comme caractéristique essentielle un certain embonpoint, non pas tant une obésité réelle qu’une certaine allure de quelqu’un qui a un poids légèrement au-dessus de la moyenne. Cela leur viendrait, d’après les représentations les plus courantes, de la semence de leurs partenaires qu’ils ont absorbée. À l’inverse, un imprudent qui se livrerait à un commerce sexuel avec un homosexuel court le risque de maigrir, donc de perdre de l’énergie, de se laisser sucer par ses partenaires. » (Séverin Cécile Abega, « Afrique de l’Ouest », dans le Dictionnaire de l’homophobie (2003) de Louis-Georges Tin, p. 12) ; « (Toujours à cette période, vers l’âge de dix ans, une idée ne me quittait plus : une nuit que je regardais la télévision – comme je le faisais régulièrement toute la nuit quand mes frères et sœurs s’absentaient, partaient dormir chez des amis –, j’avais vu un reportage sur un centre d’amaigrissement pour personnes obèses. Les jeunes obèses étaient encadrés par une équipe qui les contraignait à un régime drastique : alimentation, sport, régularité du sommeil. Longtemps après avoir vu cette émission je rêvais d’un pareil endroit pour les gens comme moi. Hanté par le spectre des deux garçons [les deux collégiens qui le maltraitent régulièrement], j’imaginais des éducateurs qui m’auraient battu chaque fois que j’aurais laissé mon corps céder à ses dispositions féminines. Je rêvais d’entraînement pour la voix, la démarche, les façons de tenir le regard. Je m’appliquais à chercher, avec acharnement, de tels stages sur les ordinateurs du collège.) » (Eddy Bellegueule dans son roman autobiographique En finir avec Eddy Bellegueule (2014) d’Édouard Louis, pp. 83-84) ; etc.

 

L’association de l’alimentation à la violence peut signifier un rapport brutal ou paranoïaque au corps et à la Nature, comme le montre ce récit d’enfance du romancier homosexuel japonais Yukio Mishima concernant l’une de ses nourrices : « J’étais sûr qu’elle complotait de m’empoisonner pour se venger. Des vagues de peur déferlaient dans ma poitrine. J’étais certain que le poison avait été versé dans mon bol de bouillon et je n’y aurais touché pour rien au monde. » (Yukio Mishima, Confession d’un masque (1971), pp. 30-31)

 

Jeff Zarillo et Paul Katami à San Francisco (USA) en 2010

Jeff Zarillo et Paul Katami à San Francisco (USA) en 2010


 

Parfois, on voit certaines personnes homosexuelles vomir de la décharge de bonnes intentions et de bienveillance d’un monde ultra-érotisé qui ne les reconnaît pas vraiment telles qu’elles sont. Par exemple, John Waters (« Divine ») est surnommé « Prince of Puke » (traduction : le Prince du Vomi). Dans le docu-fiction éponyme (2009) de Larry Charles, Brüno étale aussi son vomi. « Ernestito et Nacho entrèrent dans la caravane des putes. Des journaux traînaient par terre, des photos pornos étaient accrochées aux murs, au plafond était pendue une bougie rouge, sur le lit vide se distinguait une tache écarlate. Nacho se précipita pour toucher le drap. ‘Merde, du sang ! s’écria Nacho. Elle avait ses règles. Qu’il est con, le Zèbre. Il eut envie de vomir et s’essuya la bouche au drap. » (Alfredo Arias, Folies-Fantômes (1997), p. 259)

 

Idem côté cœur. En « amour » homosexuel, il semblerait que leurs lendemains d’orgies et de frasques sexuelles laissent place à l’amertume, à la culpabilité voire au dégoût d’avoir « trop mangé ». « J’avais seize ans. J’ai zoné dans les bosquets, moyennement rassuré. Un mec s’est approché, beaucoup plus vieux que moi, trente ans, moustachu. Il m’a demandé ce que je faisais là. J’ai dit ‘Je drague’. Il a dit ‘Moi aussi’. Je l’ai suivi jusque derrière une espèce de monument grec. On s’est embrassé. J’avais déjà roulé des pelles à deux ou trois filles, mais là c’était différent. Électrique. Après on s’est sucé. Le goût était horrible. J’ai joui, je ne me souviens pas comment. Je ne me permettais pas de faire très attention à ces choses-là à l’époque. Quand je suis rentré à la maison j’étais en sueur, j’avais envie de vomir. » (Guillaume Dustan racontant sa première fois homosexuelle, dans son autobiographie Plus fort que moi, 1998) Il arrive même à certaines personnes homosexuelles de qualifier explicitement l’acte homosexuel ou leur désir homosexuel acté comme un poison : « Pendant que mon cousin prenait possession de mon corps, Bruno faisait de même avec Fabien, à quelques centimètres de nous. Je sentais l’odeur des corps nus et j’aurais voulu rendre palpable cette odeur, pouvoir la manger pour la rendre plus réelle. J’aurais voulu qu’elle soit un poison qui m’aurait enivré et fait disparaître, avec comme ultime souvenir celui de l’odeur de ces corps, déjà marqués par leur classe sociale […]. » (Eddy Bellegueule dans son roman autobiographique En finir avec Eddy Bellegueule (2014) d’Édouard Louis, p. 153) ; « Un poison me rongeait […] Le vrai nom de ce venin, l’homosexualité, je n’en avais aucune idée. » (Brahim Naït-Balk, Un Homo dans la cité (2009), p. 13) ; « J’ai l’impression que je serai mort bien avant la diffusion de ce film. Je ne sais pas pourquoi je vous parle. J’ai l’impression d’un retour de ce vieux poison. Je le ressens comme une punition. Parce que je donne une mauvaise image de ces pauvres chrétiens. » (Thomas, homosexuel, dans le documentaire « Du Sollst Nicht Schwul Sein », « Tu ne seras pas gay » (2015) de Marco Giacopuzzi) ; etc.

 

Elles associent également la nourriture au meurtre ou au viol (cf. je vous renvoie à la partie sur le « viol » dans le code « Bonbons », ainsi qu’au code « Cannibalisme » du Dictionnaire des Codes homosexuels). Par exemple, dans son autobiographie Le Flamant noir (2004), Berthrand Nguyen Matoko raconte comment ses différents amants l’ont appâté avec de la nourriture pour parvenir à le violer : « On y mange bien. […] Le curé vanta les bons produits de son terroir. » (p. 34) ; « Il m’emmenait dans une garçonnière du huitième arrondissement pour me faire l’amour sans retenue, il m’offrait aussi de bons plats du terroir dans un restaurant chic. » (Berthrand Nguyen Matoko parlant du viol pédophile dont il a été victime à l’adolescence, dans son autobiographie Le Flamant noir (2004), p. 124) ; etc.

 
 

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