Peinture

Peinture

 

 

NOTICE EXPLICATIVE :

 

Film "The Lady Is Dead" de Roy Raz

Film « The Lady Is Dead » de Roy Raz

 

On peut constater dans les œuvres homo-érotiques que la peinture occupe une place prédominante dans la vie des personnages gays et lesbiens : soit ils sont férus d’expositions d’art classique/moderne, et les tableaux de maîtres s’emparent sans cesse de leur imaginaire, soit eux et/ou leur amant exercent le métier d’artiste-peintre. D’ailleurs, ce cliché n’est pas éloigné de la réalité de beaucoup de personnes homosexuelles.

 

Pourquoi ce lien entre peinture et homosexualité ? Parce que le désir homosexuel est un désir d’être objet, de se prendre pour Dieu, et de s’éloigner du Réel pour rejoindre les univers virtuels et intentionnels plus que les réalités terrestres. Rappelons que la peinture est l’ancêtre de la photographie. Elle a donné naissance à l’homme-objet, et a été la première, avec la sculpture, à faire croire à l’Homme qu’à l’instar de Dieu, il pouvait créer, reproduire, et modifier à sa guise le Réel. Comme ce fantasme d’auto-engendrement par l’art est largement répandu dans la communauté LGBT, l’engouement homo pour la peinture s’explique très bien. Enfin, l’addiction à l’image figée montre que le désir homosexuel fait confondre aux individus qui s’y adonnent l’esthétique et l’éthique, les goûts et l’amour. Très souvent dans leurs discours, « aimer la vie ou l’amant », c’est comme « aimer une peinture » (le romantisme bobo narcissique par excellence). Et cette illusion semble être intrinsèque au désir homosexuel. D’ailleurs, j’ai l’impression de ne croiser que des esthètes romantico-libertins (amoureux mais non aimants) parmi les personnes homosexuelles de mon entourage.

 
 

N.B. : Je vous renvoie également aux codes « Collectionneur homo », « Fresques historiques », « Amant narcissique », « Artiste raté », « « Plus que naturel » », « Jardins synthétiques », « Chevauchement de la fiction sur la Réalité », « Maquillage », et à la partie « Artiste divin » du code « Pygmalion », dans mon Dictionnaire des Codes homosexuels.

 
 

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FICTION

 

a) L’idolâtrie homosexuelle pour la peinture :

PEINTURE Manet

Détournement parodique gay du Déjeuner des Canotiers d’Auguste Renoir


 

La peinture occupe une très grande place dans les œuvres de fiction homo-érotiques. Le personnage homosexuel est souvent peintre, ou fan des expos d’art : cf. le roman Le Portrait de Dorian Gray (1891) d’Oscar Wilde, le film « Caravaggio » (1986) de Derek Jarman, le film « Anne Trister » (1985) de Léa Pool, le roman Off-Side (1968) de Gonzalo Torrente Ballester, le film « Mikael » (1924) de Carl Theodor Dreyer, le film « Pour le pire et pour le pire » (1997) de James L. Brooks, la chanson « Les Attractions-Désastre » d’Étienne Daho (avec l’extase devant un tableau de Witsen à Rome), le film « Les Amoureux » (1964) de Mai Zetterling, le film « Via Margutta » (1959) de Mario Camerini, le film « Violence et Passion » (1974) de Luchino Visconti, le film « Afrika » (1973) d’Alberto Cavallone, le film « Fraude matrimoniale » (1977) d’Ignacio F. Iquino, le film « Ocaña, Retrato Intermitente » (1979) de Ventura Pons, le film « Boulevard » (1960) de Julien Duvivier, le film « La Chamade » (1968) d’Alain Cavalier (avec le galeriste Jacques Sereys), le film « Le Glaive et la Balance » (1962) d’André Cayatte (avec Jean Ozenne), le film « Nuit docile » (1986) de Guy Gilles, le film « Parlez-moi d’amour » (1974) de Jean-Pierre Mocky, le film « Leaving Metropolis » (2002) de Brad Fraser, le film « Le Flic de Beverly Hills » (1984) de Martin Brest, la pièce « Loving out » (2013) de Jocelyn Flipo (avec Romain qui est galeriste d’art), le film « Serial Noceurs » (2005) de David Dobkin, le film « Never Met Picasso » (1995) de Stephen Kijak, le film « Amores » (1997) de Domingos Oliveira, le film « Siegfried » (1986) d’Andrzej Domalik, le film « The Attendant » (1992) d’Isaac Julien, le film « Le Goût des autres » (1999) d’Agnès Jaoui, le film « 800 Tsu Rappu Rannazû, Fuyu No Kappa » (1994) de Kazama Shiori, le film « Homme au bain » (2010) de Christophe Honoré (Emmanuel fait des dessins sur les murs de son salon), la chanson « Paint » de Roxette, le film « Mille millièmes, une fantaisie immobilière » (2001) de Rémi Waterhouse, le film « Rome désolée » (1995) de Vincent Dieutre, le roman Des chiens (2012) de Mike Nietomertz (avec « T », un des personnages homosexuels qui fait les Beaux-Arts de Paris, et présente des expos), la B.D. Muchacho (2006) d’Emmanuel Lepage (avec Gabriel de la Serna, passionné de dessin), le film « Senza Fine » (2008) de Roberto Cuzzillo (avec une des héroïnes lesbiennes, Chiara, qui est galeriste), la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi (où les tableaux de Giacometti et de Léonard de Vinci occupent une grande place), la pièce La Nuit de Madame Lucienne (1986) de Copi (avec la peinture dorée sur le parquet du théâtre), le film « J’ai tué ma mère » (2009) de Xavier Dolan (avec le jeune héros homosexuel, Hubert, qui fait de la peinture), le roman Paysage avec dromadaires (2014) de Carola Saavedra (avec Erika, artiste-peintre bisexuelle), le film « L’Art de la fugue » (2014) de Brice Cauvin (avec Alexis, l’un des héros homosexuels, qui est peintre), etc.

 

Par exemple, dans le one-woman-show La Lesbienne invisible (2009), Océane Rose Marie évoque ses « copines lesbiennes profs de peinture sur soie dans la Creuse ». Dans la pièce Le Cheval bleu se promène sur l’horizon, deux fois (2015) de Philippe Cassand, l’intérieur bourgeois est tapissé de tableaux. Dans le film « Potiche » (2010) de François Ozon, Laurent, le fils que le spectateur devine homosexuel, suit des cours de dessin aux Beaux-Arts. Dans le film « Toute première fois » (2015) de Noémie Saglio et Maxime Govare, Nounours, l’un des héros homos, est un artiste d’art contemporain qui peint des vagins en forme de nénuphars roses. Dans la pièce Gouttes dans l’océan (1997) de Rainer Werner Fassbinder, Leopold, l’un des deux héros homosexuel, vit dans un appartement « chic » épuré et savamment décoré ; quant à son jeune amant, qui est au chômage, il cherche vaguement comme travail « quelque chose qui ait un rapport avec l’art ». Dans le film « Keep The Lights On » (2012) d’Ira Sachs, les premières images représentent des couples homos en peinture. Et la plupart des personnages homos prétendent être artistes peintres et dessinateurs : c’est le cas d’Igor, par exemple ; et Paul, lui, se rend régulièrement à la Foire d’Art contemporain. Dans la pièce Le Clan des Joyeux Désespérés (2011) de Karine de Mo, Lili est la bobo qui anime un « atelier de peinture positive ». Dans la pièce Sugar (2014) de Joëlle Fossier, Georges, le héros homo, des tableaux de maîtres. Dans le film « Love Is Strange » (2014) d’Ira Sachs, Ben, l’un des héros homosexuels, est peintre – il peint sur les toits des immeubles new-yorkais, les fameux roof tops – et a ses galeries. Il accroche ses toiles dans la chambre à coucher qu’il partage avec son « mari » George : « George adore les deux nus accrochés à la chambre. » Ben se demande s’il arrivera à devenir célèbre et à vivre de son art. Son amant à la fois le rassure et lui dit que ce n’est pas très important : « Il y a un nouveau peintre à la mode toutes les semaines. J’adore tes tableaux. Et je me fiche de l’avis des autres. » Comme par hasard, le tableau que Ben a peint juste avant sa chute (le tableau représentant le jeune et beau Vlad) sera jugé comme son meilleur. À la toute fin du film, Joey l’offre à George en guise de relique funéraire. Le dernier tableau est considéré comme un bout de Ben, comme une personne réelle. Dans la pièce Ma belle-mère, mon ex et moi (2015) de Bruno Druart et Erwin Zirmi, Julien, le héros bisexuel, collectionne les tableaux de peinture. Dans la pièce Soixante degrés (2016) de Jean Franco et Jérôme Paza, Damien, l’un des héros bisexuels, fait du dessin. Et il offre une de ses réalisations à Rémi, qui prend ce cadeau comme une confirmation de ses sentiments à l’égard de Rémi : « Damien… merci pour le dessin. » Dans la pièce Commentaire d’amour (2016) de Jean-Marie Besset, Mathilde travaille au Louvre et dirige la section de peinture flamande. Dans le film « La Forme de l’eau » (« The Shape of Water », 2018) de Guillermo del Toro, Giles, le personnage homo âgé, est peintre.

 

Dans le film « Children Of God » (« Enfants de Dieu », 2011) de Kareem J. Mortimer, on nous fait croire que c’est l’amour homosexuel qui sert de véritable inspiration artistique au peintre homosexuel : Anna Ross, une conseillère professionnelle, dit à Johnny (un jeune peintre qui affirme que « la peinture, c’est toute sa vie ») que « son travail manque d’émotion » et qu’il devrait aller faire une toile sur l’île d’Eleuthera, près des Bahamas ; c’est en effet là-bas qu’il ira, qu’il trouvera ET l’inspiration artistique pour exécuter une toile magnifique, ET l’amour dans les bras de Romeo.

 

Dans le film « Rafiki » (2018) de Wanuri Kahiu, les deux amantes Kena et Ziki se badigeonnent de peintures fluorescentes tribales en boîte de nuit kenyane… et après leur nuit blanche amoureuse, elles s’amusent encore des traces de peinture restantes : « On a encore de la peinture ! » rit Kena. La peinture semble représenter symboliquement l’attachement désirant.
 

 

Dans le film « La Vie d’Adèle » (2013) d’Abdellatif Kechiche, tous les personnages sont des beaux-ardeux de bas étage que le réalisateur fait passer pour de grands génies et de grands militants révolutionnaires. Emma, par exemple, est en quatrième année de Beaux-Arts et exerce le métier de peintre-philosophe (qui sort des phrases hyper profondes du genre « On peut décider soi-même de sa vie. » ; bon… en réalité, qui vomit de la sensation : « C’est ce qu’il y a de meilleur, la texture. »). C’est une femme engagée qui se pose même en outsider de sa propre profession puisqu’elle fait des tableaux politiques (le « nu », c’est obligatoirement « politique » et « sans concession », n’est-ce pas ?) et qu’elle est révoltée par le « système » capitaliste qui transforme l’art en business (putain, fais chhhiiier). Notre héroïne lesbienne est entourée de galeristes et d’artistes bisexuels, hétérosexuels et homosexuels qui conçoivent l’art comme ce qu’il n’est pas, c’est-à-dire comme une fuite de la Vérité unique et de l’Espérance (à ce propos, l’une des amies d’Emma fait une thèse sur « la morbidité chez le peintre Egon Schiele » : hyper novateur), comme une élite bobo bisexuelle, comme une ode à l’orgasme et aux plaisirs des sens, comme un étalage d’érudition et de points de vue relativisés (avec des références – qui se veulent raffinées – à des peintres comme Klimt ou Schiele, qui sont des lieux communs de l’univers artistique français actuel). Léonard de Vinci n’a qu’à bien se tenir : la relève arrive !

 

On retrouve aussi beaucoup de héros homosexuels exerçant le métier de décorateur ou de designer (cf. je vous renvoie au code « Maquillage » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels) : Elliot, décorateur d’intérieur gay à Greenwich Village dans le film « Hôtel Woodstock » (2009) d’Ang Lee, le décorateur homosexuel de la série Full House (La Fête à la maison, 1987-1988) de Jeff Franklin, le jeune décorateur gay Bob Elkin du film « Un Dimanche comme les autres » (1971) de John Schlesinger, Molina dans le roman El Beso De La Mujer-Araña (Le Baiser de la Femme-Araignée, 1976) de Manuel Puig, le cousin gay de Céleste dans le film « Celeste In The City » (2004) de Larry Shaw, Erlend le décorateur de vitrines homosexuel du roman La Terre des mensonges (2009) d’Anne B. Ragde, le décorateur homo du roman L’Étrangère est arrivée nue (1973) de Pénélope Ashe, le décorateur gay de la pièce Le Saut du lit (2005) de Frédéric Bouchet, Marco le héros homo du film « Footing » (2012) de Damien Gault, Vivien dans la pièce Copains navrants (2011) de Patrick Hernandez, le décorateur gay de la pièce Ma double vie (2009) de Stéphane Mitchell, etc. « Je suis un peu décorateur, un peu styliste. » (cf. la chanson « Comme ils disent » de Charles Aznavour) ; « Martin a toujours été doué en déco. » (Christine, l’ex-femme de Martin, le héros homo, dans la série Joséphine Ange-gardien (1999) de Nicolas Cuche ; épisode 8, « Une Famille pour Noël ») ; « Hugo a toujours été très doué pour la décoration. » (Selma parlant d’Hugo, le héros gay, dans le film « Como Esquecer », « Comment t’oublier ? » (2010) de Malu de Martino) ; etc.

 

Par exemple, dans le film « The Boys In The Band » (« Les Garçons de la bande », 1970) de William Friedkin, dès le collège, Emory, le héros homosexuel efféminé, a montré des prédispositions pour la décoration (il s’est occupé de la déco à la fête du lycée) ; il présente ces prédispositions comme innées à l’homosexualité : « J’ai raconté à Peter [son premier coup de cœur] que je faisais des étoiles en alu, et des nuages en coton. Il faut une folle pour ce genre de choses. » Dans le one-(wo)man-show Zize 100% Marseillaise (2012) de Thierry Wilson, Zize, le travesti M to F, se met dans la peau de la relookeuse de M6, Cristina Cordula, « la grosse gouine qui fait la déco à la télé ».

 

En général, la peinture est mise sur un piédestal par le héros homosexuel. Non seulement elle ne représenterait plus le Réel ni ne serait à Son service, mais elle se substituerait à Lui, en mieux, bien évidemment : « Mon émerveillement ne faisait que commencer. Les salles, ornées de fresques grandioses, auraient mérité la visite à elles seules. » (Éric, le héros homosexuel parlant de la Villa Borghese, dans le roman L’Amant de mon père (2000) d’Albert Russo, p. 20) ; « Je restai en arrêt, frappé d’admiration, devant les tableaux de Catherine S. Burroughs. » (Jean-Marc, le héros homosexuel du roman Le Cœur éclaté (1989) de Michel Tremblay, p. 213) ; « La peinture doit définir ce qui doit vivre. » (Élisabeth dans la pièce Nietzsche, Wagner, et autres cruautés (2008) de Gilles Tourman) ; « Toi et moi, nous sommes des œuvres d’art. » (Sulky et Sulku, les deux artistes efféminés du film « Musée haut, Musée bas » (2007) de Jean-Michel Ribes) ; « Il n’y a pas à dire, Jioseppe a vraiment un don, qui lui permet d’aller au-delà même de la représentation vraie, pour toucher l’idéal. […] Il ne se considère pas comme un simple imitateur de nature. » (Jean-Philippe Vest, Le Musée des amours lointaines (2008), pp. 10-11) ; « Jason allait réciter son credo mécaniquement. Dire qu’il ne croyait qu’à l’art. Affirmer avec un lyrisme faux que seules la peinture, la musique et la poésie permettent de supporter l’existence. » (Jason, le héros homosexuel du roman L’Hystéricon (2010) de Christophe Bigot, p. 357) ; « Tu vois, moi, c’est comme si je voyageais dans un pays merveilleux. » (Sidonie, l’héroïne lesbienne face à la broderie qu’elle tisse pour la femme qu’elle aime, dans le film « Les Adieux à la Reine » (2012) de Benoît Jacquot) ; « Il traverse la chambre abricot, son regard saute d’une image d’Épinal à l’autre, sous verre, encadrées de noir, en frise autour de la pièce, Vengeance d’une portière, Le Prince Mirliton, Till L’Espiègle, Histoire de Mimi Bon-Cœur» (Jean-Louis Bory, La Peau des zèbres (1969), p. 48) ; etc.

 

Par exemple, dans Les Nouvelles orientales (1939) de Marguerite Yourcenar, le vieux peintre Wang-Fô croit davantage en la peinture qu’à la réalité du monde, un monde qui le déçoit. Dans la pièce Le Gai Mariage (2010) de Gérard Bitton et Michel Munz, le père d’Henri, quand il apprend son coming out, lui offre un tableau pour fêter ça. Dans le film « The Talented Mister Ripley » (« Le Talentueux M. Ripley », 1999) d’Anthony Minghella, Tom, le héros homosexuel, fait une blague sur son manque de bronzage : « Ce n’est que la sous-couche. Celle qu’on met avant de peindre. »

 

Dans le film « Les Demoiselles de Rochefort » (1967) de Jacques Demy, Maxence est un « garçon sensible », un peintre-poète à la recherche de son « idéal féminin » : il tombe amoureux de son propre portrait de Delphine, et confond la vie humaine avec la peinture : « Picasso, Klimt… c’est ça la vie. » ; « Son portrait et l’amour ne font plus qu’une image. » ; etc. D’autres personnages du film revendiquent que la peinture n’est pas abstraite puisqu’« elle peut avoir la même couleur que les yeux bleus ».

 

On observe comme une forme de ravissement éthéré, de captation (proche de l’amnésie schizoïde), d’hypnose idolâtre, concernant le rapport de certains personnages homosexuels à la peinture. Bref, un manque de liberté noyé par le plaisir des sens et des goûts. La confusion entre esthétique et esthétique dit une expérience de schizophrénie : « Après j’ai mieux compris l’expérience du Louvre. Devant le tableau de Raphaël, c’était sûrement Vincent imbécile ébahi qui au lieu de se contenter du plaisir des yeux s’était livré à un peu discret touche-pipi dans la poche du plus large futal de Garbo. À moins que ce ne fût le contraire. Car même aujourd’hui, avec un recul de six ans, il m’est encore impossible de dire en toute honnêteté lequel de Vincent ou de Garbo a depuis le début de ce micmac sexuel manipulé l’autre, à qui en réalité la main, à qui le manche. D’ailleurs Vincent Garbo se fout bien de le savoir. » (Vincent Garbo dans le roman éponyme (2010) de Quentin Lamotta, p. 56) Par exemple, dans le film « Que Viva Eisenstein ! » (2015) de Peter Greenaway, Sergueï Eisenstein, homosexuel, cache des photos pornos (en réalité, ce sont des reproductions de tableaux) dans sa valise : cela fait scandale à l’hôtel mexicain où il loge.

 

Il semble que dans bien des fictions homo-érotiques, ce soit la peinture qui impulse le premier émoi homosexuel, et non d’abord le Réel ou une personne de chair et de sang : « Hier, il m’a emmenée au musée voir les collections. Ce qu’il faut connaître si l’on se rend à Paris. […] Il m’a montré aussi le département réservé à la peinture. Certaines représentent des corps féminins exprimés au plus beau. Je me suis emplie de ces images. Je découvrais les regards mystérieux des statues, les femmes peintes. Les seins à demi dénudés éveillèrent en moi un désir qui bientôt devint si vif que j’eus, comme par poussées, des sensations dans mon ventre. » (Alexandra, l’héroïne lesbienne du roman Les Carnets d’Alexandra (2010) de Dominique Simon, pp. 37-38) ; « Ma cousine prétend aussi que ces quatre images peuvent, si je les laisse bien en vue, ‘déclencher des vocations’… Que l’image a une force à laquelle nous sommes toutes sensibles, particulièrement dans le domaine dont il est question. Elle fait naître chez celles qui la regardent des envies inconnues et une assurance due au fait de savoir que d’autres le font déjà. Les gravures sont des outils. En les mettant sous les yeux de filles innocentes, on peut provoquer dans leur sommeil des rêves qui les inciteraient, si l’opportunité leur en était donnée, à ce genre de pratique. » (idem, p. 105) ; « Je ne pus m’empêcher de penser aux plaisirs que nous aurions bientôt à trois, comme sur les gravures que ma cousine m’avait envoyées. » (Alexandra par rapport à Marie et à sa bonne, op. cit., p. 171)

 

Par exemple, dans le sketch « Sacha » de Muriel Robin, la mère indique que son fils Bruno aime la peinture, et montre cela comme un indice indiscutable d’homosexualité. Dans le film « Joyeuses Funérailles » (2007) de Franz Oz, c’est au moment où Daniel découvre l’homosexualité cachée de son père qu’il se met à observer fiévreusement autour de lui toutes les peintures et les sculptures masculines décorant le bureau paternel et chargées d’une sensualité soudain choquante/évidente. Dans la pièce Un Lit pour trois (2010) d’Ivan Tournel et Mylène Chaouat, Catherine, l’héroïne lesbienne, compare son amante Fanny à un tableau et tombe amoureuse d’elle. Dans le film « Rosa la Rose : Fille publique » (1985) de Paul Vecchiali, Julien, un ouvrier peintre en bâtiment tombe amoureux de la prostituée Rosa.

 

Dans le discours du personnage homosexuel, l’art fusionne souvent avec l’amour : « Si je savais dessiner, je te demanderais d’être mon modèle. » (Jacques s’adressant à son jeune amant Mathan, dans la pièce Un Cœur en herbe (2010) de Christophe et Stéphane Botti) ; « Je crois en l’Amour… et aux arts plastiques. » (Helena, artiste peintre « plasticienne » lesbienne, dans le film « Como Esquecer ? », « Comment t’oublier ? » (2010) de Malu de Martino) Par exemple, dans le film « J’ai tué ma mère » (2009) de Xavier Dolan nous est montré un parallèle entre l’acte de peindre (Antonin et Hubert repeignent un appartement) et le coït homo. Dans le film « C’est une petite chambre aux couleurs simples » (2013) de Lana Cheramy, Mister Jones, vieux peintre aveugle et admirateur de Van Gogh, est soigné dans une maison de repos par Bob, un jeune infirmier dont il tombe amoureux. La chambre va peu à peu se transformer en nid d’amour et de communion de sensibilités artistiques… Dans la biopic « Yves Saint-Laurent » (2014) de Jalil Lespert, Bernard Buffet, le peintre et amant de Pierre Bergé, tire le portrait d’Yves Saint-Laurent. Dans la pièce Un Cœur en herbe (2010) de Christophe et Stéphane Botti, Mathan, le jeune héros homosexuel, a dessiné François, son premier amour. Dans le film « Week-end » (2012) d’Andrew Haigh, Glen est galeriste et essaie de draguer Russell en parlant voyage et arts ; il compare même l’acte sexuel à une page blanche (pas du tout réchauffée, la métaphore…) qui, telle une œuvre d’art qui se construit par petites touches, se charge de couleurs et de forme pour atteindre la perfection orgasmique.

 
 

Bryan – « La peinture, ce n’est pas mon truc mais j’aurais aimé savoir…

Kévin – Ça s’apprend. Je t’apprendrai si tu veux. »

(Alexis Hayden et Angel of Ys, Si tu avais été… (2009), p. 12)

 
 

Film "Avril" de Gérald Hustache Mathieu

Film « Avril » de Gérald Hustache Mathieu


 

Cet amour homosexuel basé sur la peinture a tout l’air d’être narcissique. « Plusieurs fois dans les mois qui suivent je retourne seul au Louvre (sans jamais réussir à m’y faire enfermer ; j’aimerais beaucoup vivre ici et le dis chaque fois aux gardiens) […] À force d’observations, je finis par découvrir que je figure sur trois peintures au moins et que sur celle signée Raphaël j’apparais carrément tout entier à poil […] : c’est là devant ce tableau que pour la première fois de son existence Vincent Garbo aura éprouvé sur tout son corps l’émotion de l’amour. » (Vincent Garbo dans le roman éponyme (2010) de Quentin Lamotta, p. 45) ; « La jeune femme [Anne-Catherine] est touchée, pour la première fois de sa vie, par la grâce de l’art, devant l’autoportrait de Madame Vigée-Le Brun et sa fille» (Jean-Philippe Vest, Le Musée des amours lointaines (2008), p. 308) ; « Parmi les affaires de Kévin, il y avait plusieurs tableaux. L’un d’entre eux représentait deux visages de profil, superposés, avec un seul œil en commun. » (Bryan parlant de son amant peintre Kévin, dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, p. 13) ; etc. Par exemple, dans le film « Niño Pez » (2009) de Lucía Puenzo, Guayi et Lala se choisissent comme symbole de leur amour lesbien une toile représentant une femme se baignant dans l’eau (elles disent que c’est « leur tableau »). Dans le film « La Mante religieuse » (2014) de Natalie Saracco, Jézabel, l’héroïne bisexuelle, se peint beaucoup en autoportrait.

 

Film "Johan, mon été 75" de Philippe Vallois

Film « Johan, mon été 75 » de Philippe Vallois


 

L’amant a tendance à être considéré comme un parfait reflet de soi-même regardé dans une glace, une œuvre d’art. « On vous a dit que vous ressemblez à un Botticelli ? » (Cyrille, le héros homosexuel draguant le journaliste Jean-Marc dans la pièce Une Visite inopportune (1988) de Copi) ; « Olivier n’avait pas envie de prendre son repas avec Fabien aujourd’hui. Il préfère regarder l’image de son ami dans le tableau que de le voir en vrai. » (Jean-Philippe Vest, Le Musée des amours lointaines (2008), p. 128) ; etc. Par exemple, dans le film « Adèle Blanc Sec » (2010) de Luc Besson, la momie Patmosis fait les yeux doux à la peinture de St Sébastien au Louvre. Dans le roman Le Portrait de Dorian Gray (1890) d’Oscar Wilde, le peintre Basile tombe amoureux de son modèle Dorian Gray, qui lui-même tombe amoureux de son propre portrait. Je vous renvoie bien entendu au code «Pygmalion » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels.

 
 

b) Qui s’y frotte s’y « pic » :

Le problème, c’est que l’amant réifié, étant quand même vivant et libre, ne se laisse pas faire et posséder comme une chose… « J’ai l’impression d’être un tableau… abstrait. » (François parlant de Dominique qui le prend pour une bête curieuse parce qu’il est homo, dans la pièce On la pend cette crémaillère ? (2010) de Jonathan Dos Santos) ; « Le tableau macabre du rouquin est bien là, il est réel. » (le narrateur homosexuel dans le roman Le Bal des Folles (1977) de Copi, p. 113) ; « L’endroit lui évoquait une galerie d’art moderne, vaste et impersonnel. » (Jane, l’héroïne lesbienne décrivant le nouvel appartement où elle et sa compagne Petra emménagent, dans le roman The Girl On The Stairs, La Fille dans l’escalier (2012) de Louise Welsh, p. 21) ; etc. C’est pourquoi, dans les œuvres homo-érotiques, la peinture n’est pas une gentille estampe inoffensive. Tout le contraire. Elle s’anime, a le pouvoir de « bouffer l’espace psychique », d’étouffer les vrais désirs, de manipuler, et même de violer (cf. je vous renvoie au chapitre « Viol par l’image » de mon essai Homosexualité intime) : « Le souvenir d’une peinture voluptueuse, qui jadis avait dévasté son imagination, lui revint avec une précision intraitable. » (Julien Green, Si j’étais vous (1947), p. 172) ; « Moi, c’est le Caravage qui m’abîme. » (l’un des personnages du film « Musée haut, Musée bas » (2007) de Jean-Michel Ribes) ; etc.

 

Et on comprend bien pourquoi : l’art pictural, tout « dynamique » et « vivant » que les artistes contemporains snobinards le rêvent, fige la vie, cristallise le Réel, est inerte. L’être humain qui souhaite que sa vie soit une toile cherche en réalité à mourir. Les effets destructeurs de la peinture s’observent par exemple dans le roman The Picture Of Dorian Gray (Le Portrait de Dorian Gray, 1890) d’Oscar Wilde (le héros finit par se suicider car il ne supporte pas que la toile qui le représente beau ne corresponde pas à la marche du temps sur son propre corps), le roman Un Amour radioactif (2010) de Antoine Chainas, le roman Le Musée des amours lointaines (2008) de Jean-Philippe Vest (avec l’incendie du musée), etc. Par exemple dans le roman Le Cœur éclaté (1989) de Michel Tremblay, le couple homosexuel Greg et Mike possède une galerie d’art appelée Cactus Flower. Dans la pièce La Estupidez (2008) de Rafael Spregelburd, un tableau a le pouvoir de faire agenouiller tous ceux qui le contemplent. La peinture est donc symbole de damnation et de soumission.

 

La peinture dit également un amour possessif, excessif, insupportable, qui se délite : « Beauté d’une violence sauvage, dans l’Enlèvement de Proserpine, avec ce Pluton […] dont l’effroi se lit même dans la barbe. » (Éric, le héros homosexuel du roman L’Amant de mon père (2000) d’Albert Russo, p. 20) ; « Des images se projetaient dans mon esprit, tels les morceaux d’un miroir fracassé. » (idem, p. 115) ; « Ta chambre est une ode à la couleur mauve : des tapis aux abat-jour, des peintures aux statuettes, des draps aux alaises, le décor couvre chaque nuance du violet. » (Félix, le héros homosexuel décrivant sa chambre incestuelle, dans le roman La Synthèse du camphre (2010) d’Arthur Dreyfus, p. 169) ; « Jioseppe Campi peignait beaucoup de portraits pour des couples qui allaient se séparer. Je veux dire que, dans plus de la moitié des cas, les peintures étaient exécutées avant que le mari parte avant la guerre ou se rende dans une autre ville pour le commerce. » (Jean-Philippe Vest, Le Musée des amours lointaines (2008), p. 82) ; « Kévin avait raison, nous fîmes plein de choses ensemble. À commencer par la peinture, nous y consacrions tous nos mercredis après-midi… puis tous nos week-ends… puis n’importe quand ! C’était un fabuleux prétexte pour nous retrouver. Comme promis, il fut très patient même si, au début, il prenait un peu trop au sérieux son rôle de professeur. Je n’en avais jamais eu d’aussi beau. Pour la première fois de ma vie, j’étais amoureux de mon prof. […] Cette fichue peinture à la fois nous réunissait et nous séparait. » (Bryan dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, p. 82) ; etc.

 

Par exemple, dans le film « Contracorriente » (2011) de Javier Fuentes-León, Santiago, un des deux protagonistes, est peintre (il l’est devenu « grâce à sa mère : c’est elle qui lui a donné la sensibilité ») ; et quand son amant Miguel découvre qu’il est le modèle exclusif de toutes ses toiles, il décide de les peinturlurer de rouge pour effacer les preuves de l’amour (homosexuel) idolâtre qu’elles représentent et qu’il n’assume pas.

 

Les musées et leurs alentours sont parfois des lieux de drague que les personnages homos prétendument « hors milieu » et « sophistiqués » se choisissent pour leurs rencontres. Mais le raffinement du cadre pictural est proportionnel à la violence/la vanité de leurs ébats : cf. la nouvelle « Au musée » (2010) d’Essobal Lenoir, etc. « M’en fiche, je veux fumer, je veux aller baiser au Louvre, je veux faire ce que je veux. C’est jamais fermé pour les pédés, le Louvre, tu savais pas, pauv’con ! » (Simon, l’un des héros homosexuels du roman Des chiens (2012) de Mike Nietomertz, p. 8) « Dans une odeur de pisse rance et de merde, sur des capotes souillées, il me fait l’amour. » (Mike parlant de lui et de Simon, op. cit., p. 15)

 

Le monde de la peinture sert d’alibi au héros homosexuel pour ne pas assumer ses actes de débauche et pour enrober la violence de ses pulsions d’un vernis qui fait sérieux, intello, esthète. « On a fait une expo, vu deux films, et on a fini par coucher ensemble. » (Matthieu en parlant de son amant Jody, avec qui il trompe son copain Jonathan, dans la pièce À partir d’un SMS (2013) de Silas Van H.) ; « Comme tous les pédés, je veux aller voir la rétrospective de Nan Goldin à Beaubourg. » (Mike, le narrateur homosexuel du roman Des chiens (2011) de Mike Nietomertz, p. 89) ; etc. Hypocrisie totale.

 

La peinture est bien souvent utilisée par le personnage homosexuel comme un écran du viol ou de sa propre souffrance : « Je dessine pour ne pas entendre. Les cris. » (Yves Saint-Laurent dans la biopic éponyme (2014) de Jalil Lespert) ; « La peinture qu’elle avait achetée se trouvait encore devant sa porte, mais Jane avait rechigné à se mettre au travail. Les mots seraient encore là même si elle appliquait une nouvelle couche de laque ; elle voulait que leur laideur reste gravée au fer rouge dans les souvenirs des Mann comme ils l’étaient dans les siens. La colère qu’elle avait pu ressentir vis-à-vis de la fille en rapport avec le graffiti avait disparu. Si c’était Anna qui avait dégradé sa porte, elle l’avait fait par désespoir et par peur de ce que les soupçons de Jane pourraient entrainer pour son père. Si c’était Mann, alors lui aussi était désespéré et effrayé. Cette idée la travaillait. » (Jane, l’héroïne lesbienne qui ne se décide pas à effacer le graffiti homophobe « Lesben Raus ! » qui figure à la peinture rouge sur le mur d’entrée de l’appartement qu’elle partage avec sa compagne Petra, dans le roman The Girl On The Stairs, La Fille dans l’escalier (2012) de Louise Welsh, p. 155) ; etc.

 

Dans le film « Stand » (2015) de Jonathan Taïeb, Anton, le héros homo, regarde par internet comment, en Russie, certains « cassages de pédés » s’opèrent : la victime se voit humiliée en étant marquée de peinture bleue sur le visage et les cheveux. C’est le sort qui l’attend à la fin du film. La peinture est signe d’infâmie.
 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 

PARFOIS RÉALITÉ

 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 
 

a) L’idolâtrie homosexuelle pour la peinture :

Vernissage Rennes

Vernissage Rennes


 

On compte beaucoup d’artistes peintres parmi les personnes homosexuelles (Francis Bacon, Léonard de Vinci, Michel Ange, Caravage, Gustave Moreau, Andy Warhol, Copi, Paul Cadmus, Henri Scott Tuke, Salvador Dalí, Géricault, Pierre et Gilles, Einar Wegener, etc.) et un certain nombre d’amateurs d’œuvres d’art (François Reichenbach, Julien Green, Marcel Proust, Marguerite Yourcenar, Bruce Chatwin, Dominique Fernandez, etc.). « Il dessinait beaucoup. » (Christian Dumais-Lvowski, dans l’avant-propos des Cahiers (1919) de Vaslav Nijinski, p. 9) ; « Lola s’exile au Mexique. Elle a l’adresse d’un peintre efféminé qui admire ses formes. Le soir, quand elle dort, il enfile ses robes. Ils sont complices comme deux copines. » (Alfredo Arias, Folies-Fantômes (1997), p. 253) ; etc. Dans le docu-fiction « Le Dos rouge » (2015) d’Antoine Barraud, Bertrand est obsédé par le monde de la peinture : « Pourquoi cette attirance pour les musées ? Il ne l’a jamais su. » (la voix-off de la mère de Bertrand, parlant de son fils) Il rêve de fuir sa réalité pour pénétrer dans les toiles : « C’était comme une maison de poupées. Un théâtre de marionnettes. C’est dans un musée que j’ai senti que mon fils était un homme. »

 

Pour ma part, j’ai fait l’école des Beaux-Arts à Cholet, ma ville de naissance, pendant 6 ans, de l’âge de 10 à 16 ans (cycle enfant et cycle ado). On retrouve aussi beaucoup de personnes homosexuelles exerçant le métier de décorateur : Léonard de Vinci, James Bidgood, Danilo Donati, Philippe Starck, etc.

 

Le peintre Paul Cadmus

Le peintre Paul Cadmus


 

La communauté LGBT est connue pour être peuplée d’esthètes et de graines de peintres géniaux. « Leur imagination est charmée à la vue de beaux jeunes gens, à la vue de statues ou de peintures dont ils aiment à entourer leur chambre. » (J. L. Casper parlant « des pédérastes », dans son Traité pratique de Médecine légale, 1852) ; « Beaucoup d’hommes de tous âges venaient chez moi, parlant des objets d’art ou dans l’espoir d’une aventure. » (Jean-Luc, 27 ans, homosexuel, dans l’essai Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970) de Jean-Louis Chardans, p. 88) ; etc. On la flatte même pour ça. Les sujets homosexuels auraient une sensibilité artistique plus accrue que le reste de l’Humanité… alors certains ont fini par le croire ! Par exemple, l’écrivaine lesbienne Paula Dumont a eu une histoire d’amour longue, irrégulière et tourmentée avec Catherine, une femme bisexuelle peintre. Dans l’essai Le Musée de l’Homme : Le Fabuleux Déclin de l’Empire masculin (2005) de David Abiker, Victor l’ami gay visite beaucoup d’expos.

 
Mika Psycho
 

La peinture constitue une source d’inspiration (et d’impression sensorielle) capitale pour les personnes homosexuelles. Par exemple, dans les vidéo-clips « Je te rends ton amour » et « Sans logique » de Mylène Farmer, on retrouve l’influence d’Egon Schiele et de Goya. Le réalisateur suisse Lionel Baier souligne l’importance qu’a eu la gravure La Vie meurtrière de Félix Vallotton dans sa vie. Le poète William Burroughs a collaboré avec le peintre Brion Gysin, et le monde des arts plastiques occupe une place centrale dans son écriture : « Dans les ouvrages de Burroughs, l’influence de la technique du cinéma est partout manifeste. Burroughs fait lui-même allusion à l’influence de la peinture, et parle de son utilisation de la ‘technique du collage’. » (cf. l’article « William Burroughs et le roman » de Susan Sontag, L’Œuvre parle (1968), p. 147)

 

On observe comme une forme de ravissement éthéré, de captation (proche de l’amnésie schizoïde), d’hypnose idolâtre, concernant le rapport de certaines personnes homosexuelles à la peinture ; bref un manque de liberté noyé par le plaisir des sens et des goûts : « Chaque œuvre de Yourcenar paraît prendre sa source dans une œuvre d’art. » (Jean-Marie Le Sidaner, « Le Musée imaginaire », dans le Magazine littéraire, n°283, décembre 1990, p. 48) ; « Le dernier à faire son apparition fut Paco, dans son uniforme d’astronaute. Ses peintures et sculptures tournaient autour de la planète dans des sphères intersidérales. » (Alfredo Arias, Folies-Fantômes (1997), p. 278) ; « La peinture de Danièle pour moi est une peinture onirique. Ce qui me frappe c’est que le vrai sujet des ‘Lutteurs’, ce n’est pas la violence. C’est la danse lente de la lutte, la complicité amoureuse. » (Hélène Cixous s’exprimant l’exposition de lutteurs sumos Les Lutteurs (2010) de Danièle Heusslein-Gire)

 

Dans le discours d’une grande majorité de personnes homosexuelles, l’art fusionne avec l’Amour. « L’homosexualité n’est alors qu’une sous-couche sous le papier peint que nous offrons à la joie du Seigneur. Pourquoi ce papier-peint ne lui présenterait pas une belle histoire d’amour, humble comme du papier et vraie dans ces traits, gardée avec prévenance dans sa fragilité et forte de son regard à Lui qui portent les agneaux blessés ? » (Henry Creyx, Propos décousus, propos à coudre et propos à découdre d’un chrétien homosexuel (2005), p. 92) Par exemple, dans la pub de Leroy Merlin (2012), c’est le couple homosexuel peignant son appartement qui ouvre le bal des bricoleurs d’intérieur.

 

 

Bien souvent, les individus homosexuels parlent d’Amour quand ils ne devraient parler que de goûts et de pulsions (« je trouve esthétiquement beau/je bande = donc j’aime ») : « Pour mieux comprendre, aidons nous d’un exemple : passer en rêvant devant un tableau, pressé par la foule, encombré de ses préjugés, ou prendre le temps de le regarder, y revenir, y porter toute son attention. Vous ne le verrez pas pareillement. En amour idem. » (Christophe Aveline, L’Infidélité : La relation homosexuelle en question (2009), p. 55)

 

Dans le documentaire « Yves Saint-Laurent et Pierre Bergé : l’Amour fou » (2010) de Pierre Thoretton, on constate, hallucinés, que Pierre Bergé et Yves Saint-Laurent ont vraiment pris les objets pour des dieux vivants : « Mes tableaux de Jéricho, Mondrian, Picasso, Braque, Cézanne… Maintenant, ce sont mes enfants. » (Pierre Bergé) Selon Pierre Bergé, si de son vivant Yves Saint-Laurent avait dû se déposséder de ses tableaux, « il aurait été saisi de vertiges ». Pierre Bergé a toujours été fan de peinture, et est sorti même avec un peintre, Bernard Buffet.

 
 

b) Qui s’y frotte s’y « pic » :

Le tableau Le Radeau de La Méduse de Théodore Géricault

Le tableau Le Radeau de La Méduse de Théodore Géricault


 

Mais l’addiction des individus homosexuels pour l’art de la peinture, loin de toujours signifier une capacité hors du commun à s’émerveiller, dit au contraire, malheureusement, un snobisme et un narcissisme nombriliste affligeant… car l’important n’est pas tant de s’extasier devant une toile présentée comme « artistique », ni tant dans le regard et l’intention, que qui et ce qu’on regarde. Et comme ce qui est regardé par eux n’est en général pas relié au Réel, ni à l’Amour, ni à la beauté, ni au sens de la vie, ni au plus réel des Réels (= le Christ, icône vivante et sainte par excellence), ils se retrouvent très souvent à contempler leur propre prétention au vide.

 

Beaucoup sont des « beaux-ardeux », de faux artistes qui n’ont rien à défendre sauf « l’art pour l’art » (cf. je vous renvoie au code « Artiste raté » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels), des libertins qui confondent (inconsciemment la plupart du temps) goûts et amour, esthétique et éthique. Par exemple, dans la pièce très gauche caviar (théâtre contemporain agressif) Hétéro (2014) de Denis Lachaud, l’espace scénique blanc finit par être aspergé de peinture multicolore partout : le sens ? Dire que la vie est une toile abstraite insensée.

 

Et plus fondamentalement, au niveau symbolique, les toiles semblent avoir « bouffer leur espace psychique », étouffer leurs vrais désirs, les avoir manipulés et même violés (cf. je vous renvoie au chapitre « Viol par l’image » de mon essai Homosexualité intime) : « Elle [Cecilia] contempla sans se lasser la peinture de son fils. Une Mae West pointait entre les feuillages tropicaux, où abondaient fleurs, papillons. À ses pieds, une panthère noire. » (Alfredo Arias, Folies-Fantômes (1997), p. 229) Si l’on remonte la chaîne, on découvre que, pour certaines personnes homosexuelles, la peinture est le cadre du viol : « La pièce était petite et sentait très fort la peinture fraîche. Le lit sous plastique, placé au milieu, était grand et bleu, on aurait dit une piscine intérieure. Je voyais l’eau, j’entendais les petites vagues, je sentais un appel. Je me suis déshabillé en toute hâte. » (Abdellah Taïa racontant le viol qu’il a subi/accepté, dans son autobiographie Une Mélancolie arabe (2008), p. 17) ; « Quand on attaque une toile au couteau, ça m’intéresse. » (Celia s’adressant à Bertrand, dans le docu-fiction « Le Dos rouge » (2015) d’Antoine Barraud) ; « Je crois que je suis plus peinture. » (Bertrand, idem) ; etc. Le viol, comme la gouache, laisse une trace.

 

Par exemple, dans son autobiographie L’Arc-en-ciel (1983, Journal 1981-1984), Julien Green évoque dans sa vie « certains tableaux qui l’ont marqué et dont il a parlé dans son Journal » : « l’évolution du goût et des sentiments à travers l’œil d’un enfant, puis d’un homme, ce que le monde en apparence plat de la peinture fait surgir dans la perspective du rêve, la tyrannie des images depuis l’enfance. Et, je pense, sans oublier les idoles de la sculpture. » (juin 1981, p. 39)
 
 

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