voyante

Voyante extralucide

 

NOTICE EXPLICATIVE :

 

La voyante extralucide est le personnage chouchou de la communauté homo. Souvent, dans les fictions, le personnage homosexuel va la consulter, ou bien s’identifie à la cartomancienne qui lit les boules de cristal et le tarot. Le meilleur exemple à mes yeux, ce sont les clichés pris par Pierre et Gilles pour sublimer la comédienne Marie-France. La voyante peut prendre la figure la mère, mais elle est plus souvent l’actrice qui joue le rôle de la dangereuse Gitane par qui le scandale arrive, cette femme mystérieuse et étrangère qui trompe par amour parce qu’elle veut justement manipuler l’amour et le futur. La voyante, dans l’iconographie homosexuelle, est source de fantasme, et parle du désir homosexuel à voix basse. C’est pour cela qu’elle mérite d’être écoutée.

 

Marie-France par Pierre et Gilles

Marie-France par Pierre et Gilles


 
 

N.B. : Je vous renvoie également aux codes « Carmen », « Magicien », « Regard féminin », « Se prendre pour Dieu », « Mère gay friendly », « Reine », « Attraction pour la ‘foi’ », « Fresques historiques », « Mort = Épouse », « Femme fellinienne géante et pantin », « Amant diabolique », « Destruction des femmes », à la partie « Amour sorcier » du code « Liaisons dangereuses » et à la partie « Carte » du code « Inversion », dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.

 
 

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FICTION

 

a) Le personnage homosexuel va consulter une voyante, ou bien s’y identifie :

Marnie dans la série True Blood

Marnie dans la série True Blood


 

On retrouve la voyante dans le film « Jeepers Creepers » (2001) de Victor Salva (avec la voyante noire), la pièce Elvis n’est pas mort (2008) de Benoît Masocco, le one-man-show Chroniques d’un homo ordinaire (2008) de Yann Galodé, le roman Le Visionnaire (1934) de Julien Green, le roman Un Salon blanc et vieil or (2003) de Catherine Bourassin, le film « Hammam » (1996) de Ferzan Ozpetek (avec la voyante qui lit l’avenir dans le marc de café), le film « Tiresia » (2002) de Bertrand Bonello, le roman Les Julottes (2001) de Françoise Dorin (la mère du héros gay Dominique a ses dons de voyance), la chanson « Noche de Tarot » de Marta Sánchez, la chanson « ExtraTerrestre » (2011) d’Arielle Dombasle en duo avec Philippe Katerine (où Dombasle dit qu’elle « est extralucide »), le film « Elena » (2010) de Nicole Conn (où Tyler Montague est le voyant, l’entremetteur entre Elena et Peyton), le film « Los Amantes Pasajeros » (« Les Amants passagers », 2013) de Pedro Almodóvar (avec la voyante provinciale), le film « Marguerite » (2015) de Xavier Giannoli (avec Félicité, la cartomancienne à barbe, appelée aussi « Nounou » ou encore « la Barbue »), etc.

 

Florence Lee

Florence Lee


 

La voyante sert parfois de substitut au médecin… ou à Dieu. « C’est une voyante ! Elle a une boule de cristal sur une petite table ronde, un hibou empaillé sur une perche. » (le narrateur homosexuel à propos de Delphine Audieu dans le roman Le Bal des folles (1977) de Copi, p. 80) ; « Vous êtes psychiatre ou voyante ? » (le père d’Adineh l’héroïne transsexuelle F to M, s’adressant à Rana la femme mariée, dans le film « Facing Mirrors : Aynehaye Rooberoo », « Une Femme iranienne » (2014) de Negar Azarbayjani) ; etc. Dans le film « L’Homme que j’aime » (1997) de Stéphane Giusti, par exemple, lors d’une discussion à Act-Up Marseille, Martin, à qui un autre militant demande depuis combien de temps il n’a plus fait de bilan médical, répond : « Je préfère aller voir une voyante. » Dans la pièce Sugar (2014) de Joëlle Fossier, Adèle, la sœur de William (le héros homosexuel), lit dans les tarots et fait appel à la voyance. « On va voir ce que disent les cartes… […] La nuit entre deux rondes, j’interroge les arcades du futur. » Voyant que ses prédictions se révèlent justes, Georges, l’amant de William, lui propose de se professionnaliser : « Vous n’en ferez jamais un métier, de la voyance ? »

 

Il n’est pas rare que certains personnages homosexuels se prennent eux-mêmes pour une voyante (c’est une manière pour eux de se croire irrésistibles)… même s’ils tournent de temps en temps leur orgueil mégalomaniaque en dérision. « Tu sais que je suis un peu voyante à mes heures. Je tire toujours les cartes. » (Jean-Luc, un des personnages homos de la pièce Et Dieu créa les folles (2009) de Corinne Natali) ; « L’horoscope, ça ne peut être que moi. » (Yoann, le héros homosexuel, dans la pièce Ma belle-mère, mon ex et moi (2015) de Bruno Druart et Erwin Zirmi) ; « Joséphine est un peu voyante. » (Jerry, travesti en Daphnée, s’adressant à Alouette à propos de Joe travesti en Joséphine, dans le film « Certains l’aiment chaud » (1959) de Billy Wilder) ; « Je ne suis pas voyante mais vous ne rentrerez pas seul ce soir… » (Fripounet, le serveur efféminé de la boîte gay Chez Eva, draguant lourdement le héros hétéro Alexandre, dans le film « Pédale douce » (1996) de Gabriel Aghion) ; etc. Dans la pièce Une heure à tuer ! (2011) de Adeline Blais et Anne-Lise Prat, Claire, qui a des visions, dit en blaguant : « Je ne suis pas du tout voyante. »

 

Quand cette voyante est homosexualisée et jouée par un homme, elle figure en général l’amant diabolique, séduisant et ensorceleur, qui envoûte le héros gay (cf. je vous renvoie à la partie « Amour sorcier » du code « Liaisons dangereuses » et au code « Amant diabolique » dans mon Dictionnaire des Codes homosexuels) : « Vous aimeriez savoir quelque chose sur votre avenir ? » (un devin, marchand d’encens, s’adressant à son futur « plan cul » Paul, dans le film « New York City Inferno » (1978) de Jacques Scandelari) ;

 

La voyante fictionnelle est souvent considérée comme une mère – spirituelle ou de sang – par le héros homosexuel, voire une prostituée : « Le don de la clairvoyance de votre mère est célèbre aux quatre coins du globe ! » (Monsieur Charlie s’adressant à Audric, dans la pièce L’Héritage de la Femme-Araignée (2007) de Christophe et Stéphane Botti) ; « Maman était une extralucide de première ! » (Audric, idem, p. 17) ; « Tu ne savais pas que je sais lire dans les tarots. » (la prostituée « Quarante » dans le film « Rosa la Rose : Fille publique » (1985) de Paul Vecchiali) ; etc. Le personnage gay serait l’héritier direct de la puissance du devin extralucide asexué. Dans la pièce Carla Forever (2012) de Samira Afaifal et Yannick Schiavone, Noémie joue la cartomancienne : l’âme de la mère de Kévin (le héros homosexuel) s’incorpore en elle et ce dernier se jette alors sur Noémie en hurlant « Maman !!! ». Dans le film « Saisir sa chance » (2006) de Russell P. Marleau, par exemple, Chance, le héros homosexuel, associe sa mère décédée à une voyante. Et quand il rencontre le drag queen « Claire Voyante », celui-ci défend mordicus son titre de médium (« Voyante, je le suis. »), et somme le jeune homme, comme lors d’un lavage de cerveau, de croire en la « réalité » de ses dons paranormaux, de l’homosexualité, et de l’inversion de sexe : « Et n’oublie pas, Chance. C’est une illusion dont tu dois convaincre tout le monde. À commencer par toi-même. » Mais, au grand dam du personnage homo, sa voyante adorée est souvent une mère démissionnaire et distante, qui finit par trahir. « D’une autre voix qui rit, je l’entends dire : ‘Je ne suis pas ta mère. Je suis Hadda. Bientôt voyante. Bientôt sorcière. Je ne suis pas ta mère. » (Omar parlant de sa « mère » dans le roman Le Jour du Roi (2010) d’Abdellah Taïa, p. 146) ; « Je suis Hadda. Un peu sorcière. Un peu voyante. Malgré moi. » (Idem, p. 189) ; etc.

 

Film "Ghost" de Jerry Zucker

Film « Ghost » de de Jerry Zucker


 

Généralement, la voyante est un oiseau de mauvais augure. Par exemple, dans le film « Sancharram » (2004) de Licy J. Pullappally, la gitane rencontrée par le couple de lesbiennes leur pronostique une vie courte. Dans le roman Boquitas Pintadas (Le Plus beau tango du monde, 1972) de Manuel Puig, Juan Carlos va consulter une voyante et celle-ci lui annonce de grands malheurs en amour. La voyante cinématographique des homosexuels fictionnels prédit souvent de terribles catastrophes, des ruptures, des changements soudains, un destin maudit, un succès fulgurant. Elle impose une vie où la liberté n’a plus sa place. Et comme beaucoup de personnages homosexuels rêvent d’un destin d’Iphigénie, se prennent pour des êtres maudits par l’Amour, vivent à l’affût des coups de foudre et des situations où l’instant prédomine, fait sa loi, et prive de désir, ils l’écoutent comme un prophète.

 

b) La femme-objet idéale du personnage homosexuel est une cartomancienne (souvent lesbienne/transsexuelle) :

 

Concernant la cartomancienne, je vous renvoie au film « Chéri » (2009) de Stephen Frears, au film « Dérive » (1983) d’Amos Gutmann, à la chanson « Mon Rêve » de Christine Bonnard (la femme en jaune) de la comédie musicale Non, je ne danse pas ! (2010) de Lydie Agaesse, au film « Mommy » (2014) de Xavier Dolan (avec Diane, la mère), à la pièce Les Divas de l’obscur (2011) de Stephan Druet (avec Madame Mime et la Reine de Cœur jouant aux cartes ensemble), au film « Le Testament d’Orphée » (1959) de Jean Cocteau, au film « Ce que je sais d’elle… d’un simple regard » (2000) de Rodrigo Garcia (avec la cartomancienne Lilly), au téléfilm « Marie Besnard, l’empoisonneuse » (2006) de Christian Faure (avec Madame Beaujean), à la pièce Les Fugueuses (2007) de Pierre Palmade et Christophe Duthuron (avec Madame Lefontaine), le film « L’Homme blessé » (1983) de Patrice Chéreau (la mère d’Henri joue au cartes toute seule), etc. Dans le roman Les Julottes (2001) de Françoise Dorin, la mère de Dominique excelle dans l’art du tarot. Dans la pièce L’Héritage de la Femme-Araignée (précédemment citée) de Christophe et Stéphane Botti, Audric croit au pouvoir des cartomanciennes. Dans le film « Dallas Buyers Club » (2014) de Jean-Marc Vallée, « Rayon », le transsexuel M to F habillée en femme avec son fichu, propose à Ron de jouer aux cartes dans leur chambre d’hôpital. Dans le film « Ma Vie avec John F. Donovan » (2019) de Xavier Dolan, Grace, la mère toxique de John le héros homosexuel, joue aux cartes.

 

Le lien entre homosexualité et voyance est relativement présent dans les fictions traitant du désir homosexuel aussi parce que la voyante est le symbole de la féminité mystérieuse, inaccessible, toute-puissante, dangereuse (il y a de la misogynie dans l’adoration homosexuelle pour la voyante). Beaucoup de personnages gays et lesbiens s’identifient à cette gitane un peu macho, qui domine en amour, qui représente le summum de la séduction. Dans le spectacle musical Panique à bord (2008) de Stéphane Laporte, par exemple, Kévin, le personnage homosexuel, tire les cartes à Pierre pour le draguer. Dans la pièce L’Ombre de Venceslao (1978) de Copi, Mechita tire aussi les cartes à Venceslao. La cartomancienne est généralement la meneuse d’hommes, celle qui les manipule : je pense notamment au sublime personnage de peste d’Isabelle dans le film « Maverick » (1994) de Richard Donner (personnage joué par l’actrice lesbienne Jodie Foster, comme par hasard…) qui se conduit comme un cow-boy et fait tourner les hommes en bourrique ; on peut se remémorer également la Mylène Farmer androgyne qui joue aux cartes dans le salon de précieuses du clip « Libertine » ; on mentionnera par ailleurs le duo lesbien Chanel/Pierrette dans le film « Huit femmes » (2002) de François Ozon (ces deux femmes se retrouvent pour jouer aux cartes ensemble dans leur chambre).

 

Film "Maverick" de Richard Donner

Film « Maverick » de Richard Donner (Jodie Foster, icône lesbienne)


 

C’est pour cela que le héros homosexuel cherche parfois à l’assassiner : cf. le film « Curse Of The Queerwolf » (1988) de Mark Pirro, le roman Le Bal des folles (1977) de Copi (avec l’assassinat gore de Delphine Audieu), le film « The Cost Of Love » (2010) de Carl Medland (avec le travesti M to F déguisé en voyante et frappé), etc. « Ayez pitié d’une pauvre femme par-dessus vieille ! J’allume la boule. Vous la voyez votre petite Delphine pendue ? Monsieur, me dit-elle, je me sens mal. Mes sels ! Je la gifle. Je l’attrape par les cheveux, lui cogne le front contre la boule de cristal, elle râle, elle s’affaisse sur sa chaise, elle a une grosse boule bleue sur le front, un filet de sang coule de son oreille. En bas on entend le bruit régulier de la caisse, je regarde par la fenêtre, le boulevard Magenta est toujours le même. La vieille continue de râler, je l’étrangle, elle meurt assise. Je me recoiffe de mon peigne de poche, j’enfile mon imperméable. » (le narrateur homosexuel dans le roman Le Bal des Folles (1977) de Copi, p. 89)

 

La voyante est l’allégorie de la féminité fatale : celle qui subit le viol à distance, par personne interposée. « Oh mon Dieu ! Je vois une chose terrible !! oh mon Dieu… terrible malheur ! ». Elle s’évanouit, subit les souffrances du monde à distance. C’est une déesse violée, un pantin qui semble prêter son corps et son esprit à la vie des autres, qui n’existe pas pour elle-même. C’est un fétiche. Il n’y a qu’à voir tous les objets et les bijoux scintillants qui l’entourent pour le comprendre. Un déguisement de transgenre à elle toute seule !

 

Film "Reflets dans un oeil d'or" de John Huston

Film « Reflets dans un oeil d’or » de John Huston


 

Enfin, la voyante touche aussi le public homosexuel car elle l’introduit dans l’univers des fantômes, de l’invisible, de l’Homme invisible, et donc de l’androgyne. D’ailleurs, cette femme n’est pas réellement une femme : elle est plutôt figure d’inversion (transidentitaire). Le fait qu’elle soit très souvent cartomancienne dans les œuvres homos le prouvent : la voyante fait de la carte un miroir d’elle-même, une invertie en quelque sorte. Et puis, dans les œuvres homosexuelles, la voyante est souvent lesbienne/transsexuelle. On la voit généralement habillée en violet ou en mauve (la couleur du lesbianisme ou de la bisexualité) : cf. le film « Good Morning England » (2009) de Richard Curtis (avec la lesbienne mauve), la pièce Hors-Piste aux Maldives (2011) d’Éric Delcourt (avec Francis, le héros homosexuel habillé en violet), le film « Potiche » (2010) de François Ozon (avec Suzanne, la femme en violet), la pièce On vous rappellera (2010) de François Rimbau (avec Léonor la lesbienne en violet), le film « Bettlejuice » (1988) de Tim Burton (avec le violet associé au lesbianisme), etc. « Comme à cette heure il fait encore un peu froid dans le petit salon, elle [Gabrielle] jette un châle mauve de velours chenille sur ses genoux. » (Élisabeth Brami, Je vous écris comme je vous aime (2006), p. 98) ; « Mamie, à la scholle, elle porte sa robe à dentelles violette. » (Laurent Spielvogel imitant dans son one-man-show Les Bijoux de famille, 2015) ; etc. Je pense à Élie Kakou jouant la voyante dans ses sketchs (avec son voile en tricot violet de Mme Sarfati) ; à la tante de Sonia (habillée de mauve) dans le film « Días De Boda » (2002) de Juan Pinzás ; à Elisabeth Taylor en Leonora (tout de violet vêtue) jouant au black-jack dans le film « Reflection In A Goldeneye » (« Reflets dans un œil d’or », 1967) de John Huston. Dans le film « Mon Père » (« Retablo », 2018) d’Álvaro Delgado Aparicio, Secundo voit les yeux fermés « une femme habillée en mauve porte une robe avec des petits fleurs ». Même le personnage de Laurette surnommée « Miss Tarot » dans le film « Camping 2 » (2010) est habillée en violet (et Dieu sait s’il y a des références homo-érotiques dans les films de Fabien Onteniente !). Et pour finir, dans le récent Disney « La Princesse et la grenouille » (2009), je trouve le Dr Facilier, (celui qui joue le rôle du méchant marabout, et qui est d’ailleurs habillé en violet) particulièrement efféminé. La voyante se prend pour un homme : ce n’est pas un hasard si très souvent, les voyantes se font appeler « Madame Soleil ». (symboliquement, le soleil, contrairement à la lune, est figure de paternité)… Ce n’est pas non plus anodin que, dans le dessin animé de Disney « Robin des Bois » la scène de la voyance (où le Prince Jean se ridiculise une énième fois) soit aussi le seul moment où Robin des Bois se travestisse et joue la femme castratrice. Il y a un lien fort entre l’homosexualité et la voyante. Elle est la jumelle narcissique, l’autre moitié androgynique et cérébrale du héros homosexuel. Par exemple, dans le roman La Vie est un tango (1979) de Copi, Jolie lit dans les pensées de Silvano : « Elle le gifla. Il en resta bouche bée. Qu’est-ce que tu es en train de penser de moi, salaud ? demanda-t-elle. » (p. 91). Dans le roman Des chiens (2011) de Mike Nietomertz, Mike, le héros homosexuel, traite ironiquement de « voyante » sa meilleure amie lesbienne Polly : « Mademoiselle Polly Martin la voyante » (p. 119).

 

Le Dr Facilier dans "La Princesse et la Grenouille" de Walt Disney

Le Dr Facilier dans « La Princesse et la Grenouille » de Walt Disney


 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 

PARFOIS RÉALITÉ

 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 
 

Didier

 

Certaines personnes homosexuelles se sont exercées à la voyance et à l’astrologie (Didier Derlich, Aleister Crowley, Max Jacob, Alain Joseph Bellet, etc.). Il est à ce titre amusant de taper sur les moteurs de recherche Internet l’association de mots « voyance et homosexualité » pour découvrir combien le milieu de la voyance a trouvé son public homosexuel !

 

VOYANCE En secret

 

Les sites de médiums spécialisés dans la gestion des amours homosexuelles fleurissent ! D’ailleurs, il faut voir, dans les dialogues de chat des sites de rencontres homos, l’importance que prend la mention du signe zodiacal dans les questions posées… Et les astrologues, dont le fantasme et la peur (notamment par rapport à la sexualité) sont le fond de commerce, ont tendance à alimenter la croyance en l’identité homosexuelle et à la pratique homosexuelle.

 

VOYANTE Maghreb

 

Pour ce qui est des cas connus de rapprochements entre la communauté homosexuelle et les voyants, on sait que Truman Capote, durant son enfance à la Nouvelle-Orléans, est fasciné par Madame Fergunson, une voyante extralucide. La grand-mère de Reinaldo Arenas, Brigida, était voyante, et l’a fortement influencé. En France, le secrétaire d’État au Numérique, Mounir Mahjoubi, homosexuel, a une soeur, Aïcha, qui est voyante (elle se fait appeler « Madame Aessa »). Quand le chanteur Mika parle de sa grand-mère, il la décrit comme une charmeuse et une ensorceleuse qui arrive toujours à ses fins. Dans l’autobiographie Folies-fantômes (1997) d’Alfredo Arias, il est question de Dolly, une cartomancienne. Dans le docu-fiction « Brüno » (2009) de Larry Charles, on voit apparaître la figure de la voyante. Jean-Luc Lagarce dans son Journal dit qu’il va consulter une voyante cartomancienne. Paula Dumont, dans sa biographie La Vie dure : Éducation sentimentale d’une lesbienne (2010), décrit les démêlés qu’elle a eus avec une voyante extralucide. Quant à Jean-Claude Brialy, dans son autobiographie Le Ruisseau des singes (2000), il illustre très bien ce lien entre désir homo et voyante : « Un jour, j’osai frapper à sa porte et lui demandai de me dire l’avenir. Elle posa son regard de danseuse orientale sur moi, sa main longue et blanche sur les tarots, et me prédit une carrière artistique et une réussite sans problème. » (p. 34) La voyante dont Abdellah Taïa parle dans son autobiographie Une Mélancolie arabe (2008) semble immatérielle, irréelle : « Elle était petite de taille, sans âge et portait des habits noirs. Elle était sans doute une mendiante et elle avait hérité d’un certain pouvoir. Elle savait faire. Elle savait toucher. […] Elle était entrée en moi, dans mon esprit, mon âme lui appartenait, elle la regardait avec douceur, avec brutalité. […] Et enfin, de sa main droite, elle a bouché mes narines. Plus d’air. Le grand sommeil. Le noir paisible. […] La dame en noir a lâché mon nez et de sa bouche a soufflé sur moi. » (pp. 93-94)

 

B.D. les 7 Boules de cristal de Hergé

B.D. Les 7 Boules de cristal de Hergé


 

Personnellement, je ne suis jamais allé voir une voyante (c’est ma religion qui ne me le conseille pas ;-))… preuve que ce que je dis sur les voyantes vis à vis des personnes homosexuelles est à prendre avec des pincettes, prioritairement dans son sens fantasmatique et non littéral (même si, dans mon entourage amical homosexuel, un certain nombre de personnes vont voir des voyantes, ou s’exercent à l’astrologie et au spiritisme, c’est un fait réel que j’ai l’occasion d’observer vraiment).

 

Ma toute première B.D. (avec le personnage de Rufus)

Ma toute première B.D. (avec le personnage de Rufus ; et la voyante à droite)


 

En revanche, quand j’avais 8 ans, j’ai dessiné une B.D. qui s’inspirait énormément des Cigares du Pharaon d’Hergé. Et il y avait dans mon histoire un personnage – dont le nom ne me revient pas – qui était quasiment plus important que le personnage masculin que j’avais initialement choisi pour héros, et qui ressemblait d’ailleurs à un bulldog : c’était la voyante extralucide. Je l’avais dessinée spontanément avec une toge mauve. À l’époque, j’avais été aussi très impressionné par le personnage de Mme Yamilah (habillée elle aussi en mauve) dans l’album de Tintin Les Sept Boules de Cristal : elle incarnait pour moi un fantasme identificatoire puissant. J’adorais la scène du music-hall où cette femme étrangère vit le viol à distance, annonce de manière esthétiquement belle un grand cataclysme en provoquant un scandale pas possible dans le théâtre. Oui, dans mon univers fantasmatique, j’ai aussi eu une aventure avec celle qui prédit la Bonne Aventure.

 

 

Pour finir ce chapitre, je proposerai bien une lecture sociale plus large pour expliquer ce curieux attrait des personnes homosexuelles pour ce cliché de la voyante. Il me semble en effet assez symptomatique que dans nos sociétés de plus en plus maternantes et féminisantes, cherchant à mettre à plat les limites du Réel ainsi que les règles de la Loi symbolique du Père, on fasse de plus en plus fait la louange des voyantes et de l’Intuition féminine en général. Ce mythe contemporain misandre de l’exceptionnelle « Intuition des femmes » est la nouvelle trouvaille des hommes et des femmes féministes. Il repose sur la croyance en un pouvoir particulier que possèderaient uniquement les femmes, les mères, et ceux qui, comme les personnes homosexuelles, auraient depuis la naissance une sensibilité « féminine », une finesse de perception, une acuité spéciale, pour déceler la Vérité, lire dans les âmes, avoir des rêves prémonitoires, comprendre avant tout le monde ce qui se passe au cœur de l’Homme (normal : elles ont fait des études en « psycho » et elles ont naturellement un « cœur de mère »…) Et je peux vous dire que beaucoup de personnes homosexuelles y croient, à cette blague ! « Mon fils était un héros. Moi, je le savais. Il est des dispositions que seule une mère perçoit. » (la psychiatre dans le roman, Pavillon noir (2007) de Thibaut de Saint Pol, p. 220) ; « Quand il y a de l’amour, on peut tout comprendre. » (la mère de Paulo dans le film « Je vois déjà le titre » (1999) de Martial Fougeron) ; « On a sept vies quand on est une femme. » (cf. la chanson « Sept vies » de Tina Arena) ; « Las mujeres somos las de la intuición. » (cf. la chanson « Las De La Intuición » de Shakira) ; « C’est fou, les mères, on a un sixième sens ! » (Grany dans le one-man-show Comme son nom l’indique (2008) de Laurent Lafitte) ; « Je dois avoir un sixième sens, comme maman ! » (le héros de la pièce L’Héritage de la Femme-Araignée (2007) de Christophe et Stéphane Botti) ; « Déjà que nous piquez tous les beaux mecs, laissez-moi au moins notre intuition. » (Alice dans la pièce Coloc’ à taire ! (2010) de Grégory Amsis) Dans la pièce À plein régime (2008) de François Rimbau, Maya la lesbienne défend « l’intuition féminine ». Je vous renvoie également à la série française Clara Sheller de Renaud Bertrand (surtout l’épisode 2 de la première saison, en 2005, intitulé « Intuition féminine »). En me baladant au SIGL (Salon International Gay, Lesbien & friendly) organisé au Carrousel du Louvre de Paris, le 3 novembre 2007, je me suis rendu au stand de l’association des « parents d’homos », Contact, pour y croiser une femme que je connais assez bien, Christiane, puisqu’on la voit dans presque tous les plateaux-télé dès qu’il faut qu’une mère-courage témoigne du coming out de son fils. Amusé, je l’entendais jouer inconsciemment la féministe gay friendly : « Ce que femme veut… [Dieu le veut !] » Je n’ai rien dit. Je me disais juste en moi-même qu’à travers la bataille pour la reconnaissance de l’identité homosexuelle, certaines personnes (surtout des mères) en profitent bien pour prendre leur vengeance sur les hommes et s’annoncer en grandes prêtresses extralucides de la « tolérance » et de la « compréhension maternelle symbiotique ».

 
 

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