Je reviens de la confession puis de la messe à 22h à la Basilique du Sacré-Coeur de Montmartre ce soir. Et vraiment, quelle Grâce !
 

J’ai été gâté parce que tout d’abord j’ai été confessé par un super prêtre. J’ai appris après que c’était le recteur du sanctuaire, Mgr Jean Laverton : une pointure, et vraiment un homme miséricordieux, doux tout en étant droit dans ses bottes. Comme je n’avais pas beaucoup mangé au dîner, et que j’ai gravi les marches de Montmartre un peu trop vite par peur d’être en retard (finalement, le père m’attendait car il n’y avait personne avant moi à la confession), j’étais tout essoufflé et ruisselant de sueur. Et certainement à cause de l’émotion, du masque, ou de ma course, une fois que j’ai dit mes péchés, j’ai fait une crise d’hypoglycémie ou une chute de tension qui m’a obligé à m’asseoir (j’ai fait au père Laverton : « Excusez-moi, je me sens pas bien… » et je me suis vu vriller). J’ai dû lutter pour écouter le prêtre jusqu’au bout, en prenant ma tête entre mes mains pour ne pas tomber dans les pommes avant de recevoir l’absolution. J’étais au bord de l’évanouissement. Il l’a vu. Et quand j’ai émis un doute « Mais je n’ai même pas dit mon acte de contrition.. ? », il a souri en me rétorquant : « Croyez-moi, le Seigneur a vu que vous étiez contrit sans que vous ayez besoin de le formuler ! » Une fois sorti du confessionnal, je suis allé reprendre mes esprits sur un banc, quasiment en m’allongeant. Entre-temps, un autre gars est venu se faire confesser. À l’issue de leur entrevue, le père a « fermé boutique », puis est revenu me voir pour me demander comment j’allais, et aussi pour me poser la question « Est-ce que vous mangez assez ? » (haha). Je l’ai fait rire en disant que j’avais sûrement fait une « crise d’hypo ». Il a repris mon expression en guise d’acquiescement amusé. J’ai senti toute la Miséricorde paternelle de Dieu chez ce prêtre. Belle consolation.
 

Ensuite, je suis resté à la messe. Et comme j’ai eu raison ! D’un part parce que les 2 textes du jour étaient des bombes : ça tombait sur l’épisode d’Élie dans sa caverne et de Dieu se manifestant à lui dans une brise légère (1 Rois 19, 9-16) ; ainsi que sur texte très « hard » de Jésus condamnant l’adultère (même l’adultère de désir !) dans Mt 5,27-32. D’autre part parce qu’ensuite, le père Laverton nous a offert une homélie éblouissante. Pas une phrase inutile. Un vrai ostéo du coeur et de l’âme. Clac, clac, et clac : il a remis tout en place ! Avec précision, Miséricorde et Vérité. Épatant. En nous proposant notamment une interprétation du texte d’Élie sous l’angle de la prière, de notre relation à Jésus, et de nos visions faussées de Dieu. L’Assemblée était scotchée.
 

Par ailleurs, en ressortant de la basilique, j’ai demandé à une dame d’un certain âge quel était le nom du prêtre qui avait célébré la messe. Elle me l’a donné, en validant mon impression sur l’homélie. Et elle m’a dit : « Vous me rappelez un ami qui s’appelle Philippe. Philippe Ariño. » Je lui ai dit : « C’est moi-même. » (hihi) Une dame prénommée Anita, et qui me soutient, alors que je ne connaissais pas son existence.
 

C’est drôle mais aujourd’hui, c’était un peu la journée « spéciale adultère ». Déjà avec les textes du jour. Mais aussi, en tombant par hasard sur le jeu télévisé N’oubliez pas les paroles sur France 2, il y a eu la chanson « Pas de Boogie-Woogie » d’Eddy Mitchell caricaturant le discours de l’Église comme quoi tout acte sexuel ou amoureux en dehors du mariage est peccamineux, grave et adultère. Par ailleurs, pour vous donner quelques éléments de mon contexte, quelques détails de ma vie perso dont je ne suis pas spécialement fier (mais je suis pécheur comme vous tous), j’ai fait un récent passage sur les sites de rencontres homos (depuis, je me suis désinscrit). Et ça n’a pas été que négatif puisque je m’y suis fait 2 très bons amis, avec qui il n’y a pas d’ambiguïté, d’autant plus que chacun d’eux est déjà en couple depuis des années avec un homme. Ce sont des gars particulièrement drôles, intelligents, qui ont pour point commun d’être plus ou moins ouvertement adultères (donc dans une relation dite « libre » et « ouverte » avec leur partenaire) mais paradoxalement non dénués d’éthique et de valeurs profondes. Notamment, ils ont un grand sens de l’écoute.
 

Cette « coïncidence », et le fait que les seuls mecs avec qui je me sois bien entendu et avec qui je puisse garder contact soient adultères tous les deux, m’interroge, m’interpelle. Car ce sont le contraire de « salauds », de gars irrespecteux, méprisant leur copain, ou incapables de s’engager. Même s’ils ne réussissent évidemment pas à me faire justifier l’adultère ni à me faire renoncer à ma foi en la fidélité, je vois que la réalité de la tromperie n’est pas si simple à juger, n’est pas toute blanche ou toute noire. Je sais que ces 2 amis (mais aussi finalement tous mes amis qui vivent des situations d’adultère apparemment « réussies ») me disent quelque chose du mystère de Jésus. Un Jésus qui comprend l’adultère même s’Il ne le justifie pas. D’ailleurs, face à la femme adultère, le Seigneur ne la juge pas. Il dessine des traits sur le sol…même s’il finit par lui rappeler la loi et l’un des 10 commandements rejetant clairement l’adultère. Et cette clémence, cette miséricorde de Dieu face aux personnes adultères, j’ai pu l’expérimenter dans mon coeur aujourd’hui et ces derniers temps, notamment grâce à mes amis. Parce qu’étant pécheurs à un moment donné et infidèles à Dieu, au moins dans notre coeur, quand ce n’est pas en actes, nous sommes tous adultères. Sans exception. Et si on regarde autour de nous les cas d’adultères – entre les célibataires qui chutent régulièrement, les couples en concubinage, les couples homos, les personnes en couple avec des personnes divorcées, les femmes trompant leur mari ou les maris trompant leur épouse, ou désirant tromper, etc. – on a de quoi dire que c’est toute notre génération qui est adultère ! Je ne suis pas en train de relativiser la gravité de l’acte d’adultère. Je dis juste que Jésus comprend les pécheurs, va même jusqu’à comprendre l’adultère, comprendre les raisons apparemment légitimes et/ou complexes pour lesquelles nous chutons ou nous trompons ou nous désirons tromper. Juste parce qu’Il nous aime et que son amour va jusqu’à ce rapprochement, cette empathie, ce partage des intentions et des sincérités, cette communion de souffrances, cette compréhension même du mal, sans pour autant le justifier.
 

Et pour revenir à mes deux récents potes faits sur les sites de rencontres, dont je sais que ce n’est pas un hasard qu’ils débarquent comme ça dans ma vie, maintenant, et qu’ils portent chacun à leur manière le thème de l’adultère (mais j’aurais pu tout aussi bien vous parler de tous ces couples homme-femme solides, complices, mais adultères, qui m’entourent), je sais que même sur les sites, ils se font régulièrement sermonner ou montrer du doigt par des internautes célibataires moralistes comme la pire des espèces. Mais quand je regarde leur « drôle de couple » respectif, je reconnais que derrière l’infidélité et leur arrangement bancal (souvent matérialiste), il y a un beau compagnonnage, un respect mutuel, une complicité, une profonde affection, un attachement réel, une forme d’amitié. Avec leur partenaire de vie, ils ne s’aiment pas assez pour rester monogames et exclusivement fidèles, mais ne s’entendent pas assez mal pour se quitter et refuser de vivre ensemble. Ils partagent une histoire commune, un soutien mutuel, qui me fait dire : « Ce n’est pas bien mais ce n’est pas rien ; et ce n’est pas si mal. »
 

Et si je compare leur situation certes pas idéale mais pas non plus catastrophique ni dénuée de rationalité et de respect, avec les couples homme-femme mariés mais secs, ou encore avec les célibataires vivant un style de vie catholiquement correct, bien réglé, mais sans amour, je dois avouer que la situation tordue des « couples » adultères n’est guère pire que les « situations en règle ». Les gens qui trompent, qui vont « voir ailleurs », qui vivent des couples hors mariage ou adultères, me touchent. Et je trouve qu’ils mettent bien souvent les formes à leur tromperie et ne trompent pas n’importe comment (rares sont ceux qui trompent sans un minimum d’éthique, sans y mettre les règles du respect : transparence, concertation, fidélité de présence ou matériel, complicité amicale, etc.). Les personnes adultères que je connais sont parfois des gens super. Le contraire de salauds. Et paradoxalement, j’ai croisé plus de salauds chez les gens pas adultères mais se permettant de juger les personnes adultères que chez les personnes adultères elles-mêmes. Idem chez les prostituées, les drogués, les grands pécheurs et criminels. Là encore, ça n’excuse rien des actes posés et ne constitue pas une excuses pour ne pas bien se comporter et ne pas viser la pureté et la perfection de Jésus. Mais ça porte à réfléchir, et surtout à rentrer dans cette proximité (scandaleuse !) de Jésus avec les pécheurs. Car Il a cette préférence pour eux. Les gens bien portants, vertueux, ou n’ayant pas besoin de son Salut l’intéressent moins. Ça fait mal au cul des bien-pensants et des bons élèves de la classe, mais c’est comme ça ! Et nous aussi, nous devrions en prendre de la graine. Jésus comprend l’adultère, même s’il ne le justifie pas. Il a une préférence pour les pauvres mais surtout pour les pécheurs. Et Il va jusqu’à les comprendre. Dingue mais vrai !