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Ce texte se trouve initialement sur CLV Magazine, et est une commande de Choisir la Vie en Suisse, pays où la loi contre l’homophobie est à l’ordre du jour.

 

Je n’ai jamais vu personne invoquer l’homophobie sans avoir un viol ou une souffrance inconsciente à dévoiler, un cri à pousser. C’est la raison pour laquelle elle ne mérite ni notre dérision ni notre déni. Si nous savions combien le mot « homophobie » est juste, jamais les opposants aux droits pro-gays ne le mépriseraient autant, et jamais les défenseurs gays friendly ne lui donneraient tant d’importance et projetteraient d’en faire une loi spécifique ! En prenant conscience de la réalité à laquelle il se réfère (le rejet de la différence des sexes), nous l’appréhenderions comme une cause universelle qui devrait tous nous mobiliser, comme une occasion unique de rencontrer vraiment les personnes homosexuelles et de les libérer d’une identité et d’une pratique amoureuse qui les déshumanisent, les violentent et ne les satisfont pas.

 

Fait autant preuve d’homophobie celui qui croit que l’homophobie existe en tant que personnes (en niant qu’elle n’est qu’une peur, qu’un désir non-systématiquement acté, et parfois un acte grave qui ne résume personne, pas même l’individu qui le commet ni celui qui en est victime) que celui qui croit qu’elle n’existe pas du tout (au moins en tant que peur ou violence universelle n’appartenant pas spécifiquement aux personnes homosexuelles).

 

La première homophobie, c’est de censurer la réflexion sur l’homophobie et de mépriser le mot « homophobie »… ce qui est malheureusement le cas de la plupart des gens qui l’emploient aujourd’hui. C’est l’aveuglement généralisé sur l’homophobie, ou l’instrumentalisation émotionnelle dont elle fait l’objet, qui rend le terme si impopulaire, aussi bien du côté de ceux qui y croient de manière magique et jugent dangereuse même sa verbalisation (pour eux, le mot « homophobie » est monstrueux, ignoble et diabolique, s’incarne en des personnes – « les homophobes » – qu’il faut éradiquer et qui sont bien entendu « les autres » et jamais eux-mêmes) que du côté des complotistes paranoïaques qui n’y croient pas du tout (selon eux, le mot est une ruse absurde, un instrument malhonnête de la novlangue qui ferait partie de la rhétorique de la pensée politico-médiatique totalitaire actuelle).
 
 

1) Le sens étymologique d’« homophobie » :

Pourtant, si on s’arrête un tant soit peu sur le mot qui soulève tant de passions, on se rend très vite compte qu’il est tout simplement parfait ! Rien qu’en suivant son étymologie, nous pourrions mener à bien le combat universel et juste contre l’homophobie.
 

a) Le terme « homophobie » est l’alliance de deux mots grecs, « homo » qui signifie « même » et « phobie » qui signifie « peur » voire « haine ». Et en effet, l’homophobie, c’est tout à fait ça : la haine de soi ou du semblable, la peur du même. Je ne connais pas d’agresseur des personnes homosexuelles qui ne soit pas homosexuel lui-même. L’homophobie est une tentation universelle qui atteint tout un chacun : quand ça ne va pas, nous pouvons tous être homophobes.
 

b) Avec le temps, le mot « homophobie » est devenu, dans le langage populaire et pénal, la phobie/haine d’une personne homo (donc attaque/viol à l’encontre d’une personne homosexuelle) et la peur de l’homosexualité en général. Ce sens fonctionne aussi et complète le premier.
 

Les deux définitions, toutes différentes qu’elles soient, sont pertinentes et nous les garderons ensemble. Nous allons voir, au point n°3, les formes et modalités concrètes que prennent ces deux acceptions du mot « homophobie », et qui ont été complètement galvaudées, transformées voire niées par notre monde.
 
 

2) Ce que les mass medias et nos contemporains comprennent de l’homophobie :

Le sens réel et étymologique de l’homophobie, qui renvoie les personnes homosexuelles et leur société à leur responsabilité, les journalistes et nos politiques n’en ont que faire. Il est hallucinant de voir le réductionnisme caricatural qu’opèrent les médias sur l’homophobie (y compris les associations qui s’en disent spécialistes !) puisqu’ils court-circuitent toute enquête sérieuse sur l’homosexualité, et interdisent de parler de souffrance et de viol… alors que l’homophobie n’est pas autre chose que le viol ! Aussi paradoxal que cela puisse paraître, les anti-homophobie actuels sont les pires censeurs de la lutte contre l’homophobie.

 
 

De l’homophobie, nos contemporains s’imaginent deux mensonges :
 

a) Ils croient qu’elle se réduit à tout lien entre homosexualité et violence/souffrance, c’est-à-dire à tout ce qui donne une image négative, malheureuse, péjorative à l’homosexualité, tout ce qui renvoie à la violence concrète de l’homophobie. Autrement dit, ils pensent que l’homophobie, c’est la dénonciation de la réelle homophobie (la dénonciation de la peur de soi et des attaques contre les personnes homos). Inversion et détournement spectaculaire du sens du concept ! Ils font de l’homophobie une affaire de réputation, de paraître, de regards, de rumeurs, de subjectivité, d’intentions, de « clichés », de mal extérieur, et non de réalité, d’humanité, de personnes, de faits concrets, de relations externes et internes aux liens homosexuels. Ils la vident de substance. Ils censurent spectaculairement la violence des actes homophobes (soi-disant parce qu’« elle donnerait une mauvaise image de l’homosexualité »), simplifient leur mécanisme, et couvrent l’identité/le passé des agresseurs et des victimes.
 

b) Ils considèrent (à tort) que l’homophobie est toute résistance à un désir, un droit, une loi, portés par une personne homo ou qu’on fait porter à une personne homo. Or, l’homosexualité n’a jamais été un gage de vérité et d’amour, ni même un ordre. Ce n’est pas parce qu’une personne homosexuelle, seule ou en « couple », exprime un désir ou demande un droit « par amour », que sa législation nationale doit tout lui céder et qu’elle doit se voir offrir toutes les lois qu’elle veut, d’autant plus celles qui ne correspondent pas à sa réalité.

 

c) Comme je l’ai expliqué au départ, conjointement à ces deux croyances erronées dénaturant l’étymologie pourtant extrêmement signifiante du mot « homophobie », on trouve également – parce que ce sont les mêmes personnes, au final – des gens qui pensent que l’homophobie est une simple insulte, un procès infondé, une irréalité, une stratégie de censure, un bout de scotch qu’on met sur la bouche de tout opposant qu’on essaie de faire taire… tout comme l’accusation de « racisme », de « machisme », d’« intégrisme », de « fascisme », d’« antisémitisme », d’« islamophobie », j’en passe et des meilleures.
 

Si vous préférez, c’est un peu l’hystérie des indifférents et des démagos de l’homosexualité. Une certaine homophobie, très courue même chez les catholiques et dans la pensée boboïsante libertaire qui relativise tout et tout le monde au nom de l’amour et d’un universalisme de bon aloi, consiste à nier l’existence du désir homosexuel et de l’hétérosexualité (hétérosexualité en tant qu’idéologie libertine bisexuelle/asexuelle). On entend souvent ce discours relativisant de la part de ceux-là même qui croient en l’équivalence de l’amour dans la différence des sexes et de l’amour n’incluant pas la différence des sexes : « Homo, hétéro, bi, tout ça, ce sont des étiquettes marchandes qui catégorisent les êtres humains de manière caricaturale (… donc la tendance homosexuelle et l’homophobie, selon eux, n’existeraient pas). Seul compte l’Humain, l’amour universel, la dignité humaine, la différence des sexes. Point ! » Ce syllogisme iconoclaste, apparemment ouvert, est pernicieux car dans ce cas là, l’homophobie (qui ne reconnaît pas l’homosexualité ni la réalité des actes homos) s’habille de très belles intentions (parfois même spirituelles) et se veut anti-étiquettes, lutterait contre le réductionnisme d’une certaine conception de l’homophobie, de l’homosexualité, de l’hétérosexualité et plus globalement de la sexualité (résumée actuellement à la génitalité ou à la sentimentalité). Or l’attraction homosexuelle existe. Et les attaques qu’elle génère aussi !

 

Avec ces trois acceptions incorrectes, vous voyez qu’on est encore bien loin d’une réelle compréhension et résolution de ce qu’est l’homophobie !
 
 

3) Ce que l’homophobie est vraiment :

Fort de l’apport de l’étymologie du mot, mais également de mon expérience personnelle et de mes nombreuses études sur les cas d’homophobie (Je vous renvoie au code « Homosexuel homophobe » dans mon Dictionnaire des Codes homosexuels, consultable sur le blog L’Araignée du Désert, ainsi qu’à mon essai L’homophobie en vérité, Éd. Frédéric Aimard, Paris, 2013), c’est-à-dire des attaques opérées sur des personnes homosexuelles au nom de leur homosexualité, je peux vous assurer deux constats (particulièrement en porte-à-faux avec la mentalité générale précédemment décrite) :

 
 

a) L’homophobie est d’une part l’« identité » homosexuelle et d’autre part la pratique homosexuelle :

 

– Le coming out est le premier acte homophobe : la personne homosexuelle qui se réduit à son attirance sexuelle, à ses sentiments ou à ses pulsions, se caricature elle-même, se considère comme un animal, un ange ou un sexe anatomique sur pattes, et s’impose son chantage aux sentiments à elle-même.
 

– Et la pratique homosexuelle (le « couple » homo, si vous voulez) est le second acte homophobe, plus grave encore que le coming out. En effet, tous les actes homophobes connus ont lieu dans des cadres de pratique homo, c’est-à-dire les sphères amoureuses homo-bisexuelles (qui parfois surjouent l’hétérosexualité) ou les sphères prostitutives. Je ne connais pas d’exception. « J’ai travaillé pendant 4 ans avec une ‘bande de loubards’, tels qu’ils se définissaient eux-mêmes, dans le XVIIe arrondissement de Paris. Fréquemment, ils allaient ‘casser du pédé’ au square des Batignolles. En repensant à eux, à leurs discours, aux descriptions qu’ils aimaient faire, s’intégrant à leur mode de provocation par rapport à l’adulte, à l’éduc, je reconnais volontiers ma cécité. La bande : une cinquantaine de jeunes de 14 à 30 ans, bardés de chaînes, de croix gammées pour certains, de blousons de cuir, vivaient une homosexualité latente. […] Sans vouloir en rien énoncer que ces hommes provoquaient le viol parce que homosexuels, le viol d’hommes est peut-être localisé autour des sphères homosexuelles. » (Daniel Welzer-Lang, Le Viol au masculin (1988), pp. 183-184) Et ceci est bien logique : à chaque fois que l’acte homo se pose, le rejet de la différence des sexes se rejoue, et donc le rejet des deux membres du « couple », issus chacun de la différence des sexes. En expulsant, dans sa génitalité, la différence des sexes, la personne homosexuelle rejette son partenaire et se rejette elle-même, à plus ou moins long terme. Et concrètement, en couple homo, l’homophobie se traduit en général par l’ennui, l’incompréhension, le rapport de forces, puis la possession, l’exploitation mutuelle, l’infidélité, le mépris, la violence intraconjugale, parfois même le crime passionnel.
 

b) Au fond, l’acte homophobe est le résultat d’un désir homo refoulé ou excessivement assumé (sous forme d’« identité » ou de pratique homosexuelle, justement) :
 

Il n’est donc pratiqué que par des personnes homosexuelles, avant et surtout après leur coming out, ou bien par des personnes très mal avec la différence des sexes. Par exemple, je ne compte plus le nombre de personnes homosexuelles se disant « hors-milieu », ne supportant pas les hommes trop efféminés ni les femmes trop masculines à leur goût, refusant toute réflexion sur leur homosexualité, maltraitant leurs amis et leurs amants homos, critiquant voire menaçant les uniques personnalités médiatiques qui osent se présenter comme homosexuelles en public (d’ailleurs, ces dernières me rapportent que les seules lettres d’insultes qu’elles reçoivent ne viennent que de leurs pairs homos !). Malheureusement, cette homophobie de l’« identité » et de la pratique homo n’est pas du tout identifiée ni dénoncée socialement. Les rares fois où les gens gays friendly, s’annonçant comme les chantres de la lutte contre l’homophobie et de la défense des « droits des homos », osent reconnaître que l’homophobie puisse venir des personnes homos elles-mêmes, ils la relèguent uniquement du côté du refoulement de l’« identité » et de l’acte homosexuels. Ils n’ont pas totalement tort : nombreux sont les cas d’actes homophobes venus d’un refoulement du désir homosexuel. Dans la réalité, on rencontre beaucoup de personnes homosexuelles qui avouent cet hallucinant paradoxe : « À 16 ans, je cassais du pédé dans les parcs ; à 20 ans, je couchais avec ! » témoigne par exemple Jacques Nolot dans son film « La Chatte à deux têtes ». Mais il ne suffit pas de dire à tous – et même en actes amoureux et sentimentaux – qu’on est « pour » le désir homosexuel pour le reconnaître tel qu’il est, l’accepter, et pour ne pas le refouler. Surtout quand l’alibi majeur de l’homophobie actuel prend la forme du masque rose du coming out, de l’amitié génitalisée, du « mariage » avec paillettes à la mairie et de la paternité adoptive.

 

Je n’ai jamais vu, à ce jour, une personne, bien dans ses baskets et sa sexualité, attaquer une personne homosexuelle ou se sentir mise en danger par elle. L’agresseur homophobe ne s’en prend à une personne homosexuelle que s’il reconnaît en elle sa propre blessure de sexualité, son miroir de désir et d’acte sexuels. Il arrive même que le violeur homo joue les hétéros pour camoufler sa bisexualité latente.
 
 

4) La Loi contre l’homophobie = une loi homophobe

 

C’est la raison pour laquelle les législations nationales qui se basent sur l’orientation sexuelle des personnes (l’Union Civile, le mariage pour tous, la loi contre l’homophobie, les législations sur l’égalité des droits « entre homos et hétéros », etc.) et non plus sur la sexuation et l’humanité des personnes (les Droits de l’Homme), et qui souhaitent justifier socialement la banalité et la beauté de la pseudo « identité homo » et du pseudo « amour (homo) universel » pour en faire les fondements d’une société, sont extrêmement homophobes à leur insu. C’est aussi pourquoi on observe dans tous les pays adoptant une législation contre l’homophobie – sans comprendre ce qu’est la véritable homophobie – et se croyant en voie d’« ouverture » et de « progrès », voient les actes homophobes augmenter sur leur territoire, et cherchent à imputer la responsabilité de leurs propres méfaits homophobes à l’égard des personnes homosexuelles sur les pays orientaux soi-disant « en retard » en matière de « solidarité » et de « droits LGBTQI » (Lesbiens, Gays, Bisexuels, Transsexuels, Queer et Intersexes).
 

Faire une loi sur l’homophobie, c’est toujours faire une loi sur autre chose que l’homophobie : cela revient concrètement à réécrire une loi sur le viol, à rajouter un pansement noir et victimisant sur une plaie ouverte non-identifiée. L’homophobie n’est qu’un procès d’intention, un rajout ou une circonstance aggravante apposée à un crime qui, sans elle, mériterait déjà sanction. À elle seule, elle ne vaut presque rien. Elle est fragile puisqu’elle repose sur la croyance en l’homosexualité. Dans les procès pour homophobie, une présomption d’homophobie ou une intention homophobe doit toujours être soutenue et concrétisée par une agression physique ou une insulte ou un assassinat ou une bagarre ou un vol ou un viol censé(e) l’avoir précédée.
 

Mais le plus malhonnête dans l’histoire de la création d’une loi nationale contre l’homophobie, c’est que ses promoteurs ne s’intéressent même pas à l’homophobie en pratique, et cache leur réelle intention : la justification du supposé « amour » homosexuel en tant qu’amour universel, autrement dit leur idéologie sentimentale asexuée. Je pense notamment aux associations-bidon S.O.S. Homophobie, ou encore Le Refuge, qui alimentent l’homophobie qu’elles prétendent combattre en se faisant de l’argent et une réputation sur le malheur des personnes homosexuelles. Oui. Une loi nationale contre l’homophobie, qui n’identifie pas l’homophobie telle qu’elle est vraiment – à savoir l’« identité » homo et le « couple » homo – non seulement ne luttent pas contre la véritable homophobie, mais construit celle-ci. Il est de notre devoir de la dénoncer, en comprenant que ce refus sera notre plus bel acte de résistance anti-homophobie.