Merci à Arnaud Dumouch d’avoir essayé de mettre les mains dans le cambouis en abordant la question de la pastorale spécifique à l’égard des personnes homosexuelles.
 

 

C’est un ami qui m’a demandé ce que je pensais de cette vidéo, donc je l’ai regardée en entier, et voudrais déjà saluer qu’elle a le mérite de faire un peu de ménage et d’ordre, de dire certaines choses franches et fondamentales, telles que le lien entre homosexualité et souffrance. C’est déjà un grand pas.

 

Pour ce qui est du détail, j’y vois cependant des petites imprécisions qui perturbent la clarté du message ecclésial sur l’homosexualité et de l’ensemble :
 

1) On part toujours, dès qu’on parle d’homosexualité (et moi le premier) avec le handicap de l’absurdité du mot (et de l’usage du mot) « homosexuel », qui est un néologisme qui condense « même » (homo) et « autre » (sexualité) : c’est un mot en soi contradictoire, oxymorique. On est donc toujours coincé pour l’aborder, car la base est mauvaise. On devrait parler uniquement de « désir homosexuel » ou d’« attraction sexuelle pour les personnes de même sexe ». Bref. Le plus important, c’est d’en avoir conscience. Mais je doute que le speaker en ait pleinement conscience.

 

2) L’abord du sujet est, dans ce topo, pluraliste : il contient donc le danger de s’éparpiller, par excès de délicatesse et sous couvert de réalisme et de respect de la diversité, dans le particularisme, au détriment du fond. Par exemple, Arnaud Dumouch insiste un peu trop sur la soi-disant distinction entre « homosexualité féminine » et « homosexualité masculine » (en soutenant qu’elles n’ont presque rien à voir, et que la seconde serait nettement plus compulsive… ce qui est faux), ou bien sur les « formes d’homosexualités » (en rentrant dans le jeu – très marqué dans le « milieu homo » qui se dit « hors-milieu » – de ceux qui séparent radicalement « l’homosexuel qui viole et qui vit dans la luxure » et « l’homosexuel sincère qui désire vivre en chasteté », ou dans le jeu de ceux qui prennent trop de pincettes pour justifier leur statut d’« experts »). Ce discours qui met tout au pluriel, qui crée deux communautés homos (où l’une blanchit/noircit l’autre), qui tente de promouvoir une « diversité homosexuelle » afin de ne pas blesser et d’éviter les généralisations blessantes, qui insiste beaucoup trop sur les sous-parties (« éphébophilie », « traitement hormonal », etc.), n’est pas réaliste et ne donne pas assez de vision d’ensemble. Car il y a très peu de différence entre l’homosexualité féminine et l’homosexualité masculine, très peu de différences entre le « milieu homo » et le « hors milieu », très peu de différences entre éphébophilie et homosexualité, très peu de différences entre désir homosexuel et désir transidentitaire/transsexuel. Ce discours qui se veut non-caricatural et respectueux de la pluralité et du particulier, ne parle pas franchement de la violence des actes homosexuels, et donc n’aide pas à penser la pastorale ecclésiale à l’égard des personnes homosexuelles de manière unifiée, universelle et concrète. À la fin du topo, on voit de la part du conférencier la fragmentation de la pastorale spécifique en « pastorales » au pluriel, comme si l’Église ne pouvait pas proposer la même chose pour les personnes homos libertines et pour les personnes homos sincères (qui sont souvent une seule et même personne !) : « [il y a tant de] diverses formes d’homosexualités que pastoralement elles ne peuvent pas être traitées de la même façon. » Oui et non. Et surtout, non.

 

3) L’amitié amoureuse est trop mise en avant dans son discours, bien qu’il en montre aussi les limites. La « fidélité d’amitié chaste » est présentée comme « la voie sans doute la plus équilibrante » pour les personnes durablement homosexuelles. En gros, la cohabitation sans rapport sensuels/sexuels. Entre les lignes, il croit en la beauté d’une « amitié amoureuse chaste » entre deux personnes homos, et en son éternité, puisqu’il parle de « vivre une amitié chaste et totalement fidèle, à vie ». Arnaud Dumouch reste très allusif sur la nature de cette amitié homosensible, sur son ambiguïté, tout simplement parce qu’il emploie le terme universaliste et spirituel de « chasteté » sans faire une seule fois mention de la continence, LA forme particulière de chasteté qui est demandée par l’Église aux personnes homosexuelles. Mettre en avant la seule chasteté, pour le cas de l’homosexualité, et dire qu’elle est la seule solution, c’est un peu court, c’est laisser la porte ouverte au « couple » homo, et c’est surtout sujet à plein d’erreurs d’interprétation.

 

4) Il y aurait également à redire sur sa défense du mythe de la « sensibilité » exceptionnelle homosexuelle : le fait qu’il souligne de manière positive la soi-disant aptitude artistique homosensible particulière n’est pas, dans son discours, relié à la souffrance. Elle est un peu, pour le coup, essentialiser en eugénisme positif. Cette déférence est inutile si elle ne donne pas de légende réaliste à cette sensibilité.

 

5) On constate dans la vidéo une légère diabolisation ou désincarnation de la sexualité, puisqu’inconsciemment, la sexualité est réduite à la génitalité. Pour le coup, Arnaud Dumouch sort ce genre de contre-Vérité : « La sexualité ne concerne pas la volonté de Dieu. » Or, bien sûr que si !

 

6) Dumouch essentialise beaucoup trop souvent la tendance sexuelle sous forme d’espèce : « les » hétéros ; « les » homos » ; « les lesbiennes » (même si, à certains moments, il commence à se plier à l’exercice de dire « les personnes homosexuelles » et pas « les homos ».). Il confond la différence des sexes avec l’hétérosexualité, et donne à l’hétérosexualité une incarnation, une humanité, une réalité qu’elle n’a pas (seule la différence des sexes est réelle) : « 97% de la population est hétérosexuelle. » Cette erreur se perçoit dans sa manière de ne traiter le thème de l’homosexualité que sous le prisme de la différence des sexes rigidifiée en hétérosexualité : en effet, il fait une claire distinction entre homosexualité masculine et homosexualité féminine… alors qu’en réalité, la peur de la différence des sexes est humaine, à la base ! Et le désir homosexuel possède ses caractéristiques générales, indépendamment de la différence des sexes : il est un désir d’asexuation.

 

7) Ce qui est dit sur l’éphébophilie est intéressant, mais à mon avis, c’est une sous-partie qui dilue la réflexion sur la relation dite « amoureuse » entre deux personnes adultes « consentantes » (alors qu’avec cette relation, on a déjà de quoi faire !). On s’écarte du vrai sujet par des comparaisons certes utiles mais glissantes.

 

8) Le discours de ce conférencier, souvent précis et juste malgré tout, est teinté d’angélisme et de propositions pastorales finalement peu concrètes et incarnées. Son message se résume à une mise en garde contre les actes homos (très bien), à une définition de l’homosexualité comme une fêlure (plus que très bien), mais aussi à une bonne intention dont la conclusion serait : « L’homosexualité, il faut y réfléchir. Dans la bienveillance et le respect de chacun… mais sans rien proposer de concret derrière. » Rajouter au crayon un « s » à « pastorale spécifique à l’égard des personnes homosexuelles », ou bien rajouter une bonne intention (« Il faut s’y mettre. »), ce n’est pas du contenu et c’est particulièrement flou. Quelle forme doit prendre cette pastorale ? Comment et qu’est-ce qu’on propose, sans idéaliser un compagnonnage ambigu ni une amitié amoureuse pseudo « chaste » ? La vidéo ne répond pas, ou bien répond à côté. Ça sent le discours bien-pensant Écologie Humaine (d’ailleurs, Arnaud Dumouch cite deux fois « Écologie humaine »… On le sent contaminé par le propos lénifiant humaniste bobo). Moi, attention, ça me donne envie de rechanter « C’est bien gentil »…