Essayons de rentrer un instant dans le raisonnement des cathos tradis par rapport à l’homosexualité.
 

Comme je l’ai écrit dans le chapitre II de mon livre Homo-Bobo-Apo à propos des cathos bobos anars d’extrême droite, c’est-à-dire des tra-tras hétérosexuels familialistes, ils adoptent par rapport à nous personnes homosexuelles une posture absolument ahurissante d’indifférence condescendante mêlée à du déni. Selon eux, la société nous donne trop d’importance. Le thème de l’homosexualité leur passe franchement au-dessus. Les personnes homos n’existent pas puisque – si elles croyaient en Dieu – elles ne se diraient plus et ne se sentiraient plus homos. Elles n’existent pas vraiment puisqu’elles devraient faire comme eux et comme « tout le monde » à savoir se marier et avoir des enfants (même si sexuellement ce ne sera pas super pour elles), se forcer et y mettre un peu du leur, arrêter leurs chichis et leur comédie. En gros, dans l’esprit des gens de la Réacosphère, nous, personnes homos, sommes des mauviettes douillettes qui s’inventent un faux problème par soumission à une mode (à l’instar des enfants qui feraient leur caprice ou rentreraient dans le jeu de leurs intolérances alimentaires et de leurs fantasmes de peur) ou à cause d’un traumatisme ultra violent vécu dans l’enfance dans lequel nous nous installerions. Nous sommes les rejetons d’un monde dépravé et virtuel, les incarnations improbables de la décadence de la Civilisation occidentale chrétienne, les marionnettes d’un « lobby », des diables en même temps que des irréalités.
 

Pour eux, l’équation existentielle et vocationnelle de tout être humain est simple : à part les familles traditionnelles et leur petit milieu élitiste qu’ils appellent « chrétienté » (le Christ, ils s’en fichent pas mal, en fait…), rien n’a d’importance. Et même quand une personne homosexuelle fait le choix de la continence (abstinence pour Jésus), ils ne la soutiennent et ne la considèrent pas. Tout simplement parce qu’hors du mariage procréatif sacré ou du sacrement de l’ordre, point de Salut ! Les tradis méprisent le célibat. En fait, comme ils destinent l’homosexualité à l’irréalité, à la volonté individuelle, à la dépravation ou à la damnation, ils ne croient pas en la continence, et encore moins à la sainteté des personnes homosexuelles : « Ah bon ? On peut être homosexuel et catholique ? Ça existe, ça ? » s’interrogent-ils mollement ou cyniquement. Le célibat ne trouve grâce à leurs yeux que s’il est clérical. Sinon, selon eux, les célibataires sont des pauvres types, des moins que rien, des parias et des damnés. Et alors, si en plus ils ont le malheur d’être homosexuels, ils leur font bien comprendre qu’ils les saoulent et qu’ils sont définitivement perdus.
 

Pour résumer la pensée paradoxale (car homophobe gay friendly) des cathos tradis à propos de l’homosexualité, une personne durablement homosexuelle doit obligatoirement se marier (avec une personne de l’autre sexe) ou/et pratiquer son homosexualité, mais en revanche elle ne peut pas être catholique, encore homosexuelle, célibataire (donc continente), et non-active homosexuellement (à moins d’être une hypocrite). La deuxième option, dans leur esprit, ce n’est pas possible. Quand on se ressent homo, c’est soit pute, soit soumise ! Et pour les rares tradis qui sont capables de distinguer « personne » et « tendance sexuelle », ils demandent à la personne homo d’être « chaste », et ne l’encouragent pas dans cette voie : pour eux, ce n’est pas « courageux » mais « juste normal » ; c’est « son devoir » d’Enfant de Dieu, devoir pas spécifiquement homosexuel et qui n’aurait finalement rien à voir avec le « mythe de l’homosexualité ». Il est donc difficile de faire plus homophobes gays friendly que ces grenouilles de bénitier !