1 – L’homosexualité, pourquoi est-ce si grave ? et pourquoi l’Église catholique insiste tellement pour ne pas la justifier, ni sous forme d’identité ni sous forme d’amour/de couple, et va jusqu’à la qualifier, au niveau des actes, d’« intrinsèquement désordonnée » et de « dépravation grave » ?

 

 

– Parce que les différences, c’est fondamental pour aimer, s’ouvrir et recevoir/se donner pleinement, transmettre la vie. Ça paraît une évidence de le redire, mais nos contemporains ont la mémoire courte. Sans la différence (et surtout la différence des sexes, celle qui nous a tous fait naître, et que nous portons corporellement), nous n’existons pas, nous n’aimons pas ou nous aimons moins (la force de l’amitié n’est pas comparable au don total de sa personne dans l’Amour). Et le meilleur Amour, le plus comblant, n’est possible que dans l’accueil de la différence des sexes. L’« amour » homosexuel a beau être sincère et comporter certaines fécondités (au fond, attribuables qu’à l’amitié), il n’est pas authentique. Notre (beau) caillou dans la chaussure, c’est que la différence des sexes est un mystère fragile : en soi, elle ne suffit pas pour faire un couple aimant et durable (on le voit facilement autour de nous : il y a des couples qui intègrent la différence des sexes, et sans succès) ; mais si elle est couronnée par l’Amour, elle devient le meilleur. Et ceci est vrai aussi bien pour les couples mariés aimants femme-homme (stériles ou non) que pour les célibataires consacrés. Une portion de levure (= la différence des sexes), toute seule, sans la farine, elle ne peut pas lever grand-chose. Mais une fois intégrée à la pâte humaine, elle devient le meilleur. Il en est de même de la différence des sexes avec l’Amour.

 

– Parce que c’est violent de s’éloigner voire de nier sa sexuation humaine : c’est une haine, un rejet de soi. Et si ce déni est pratiqué à deux, ça s’appelle du viol ou de l’homophobie, y compris si les deux personnes qui le/la pratiquent se disent consentantes et se font du bien en le/la posant. C’est un rejet de l’autre, ni plus ni moins. L’amitié a des règles et des limites à ne pas dépasser ; sinon, elle se mute en cauchemar ennuyeux, frustrant et violent sur la durée.

 

– Parce qu’il est impossible de vivre la sexualité sans la sexualité (= la différence des sexes). Et la pratique homo, en rejetant la sexuation femme-homme et la différence des sexes en amour, rejette la sexualité, donc toute l’Humanité. Elle est homicide en ses desseins. Elle empêche ET aux amitiés de se vivre ET aux amours de se vivre pleinement, simplement, dans tout leur rayonnement de complémentarité. Reconnaître cela n’enlève rien à la dignité (d’homme ou de femme, d’Enfant de Dieu) des personnes homosexuelles, bien entendu, ni au respect que nous leur devons. Mais c’est justement en rappelant la souffrance/la peur qu’est le désir homosexuel, la violence que sont l’identité et la pratique homosexuelles, et la liberté que procure l’expérience de la continence, que l’Église respecte le plus les personnes ressentant une attraction durable pour les personnes de même sexe.

 

Pour résumé, l’Amour humain et divin, c’est l’accueil de la différence, et notamment des deux différences fondatrices de l’Humanité qui nous permettent d’exister et d’aimer pleinement : la différence des sexes et la différence entre nous et Dieu. L’union homosexuelle, en rejetant la différence des sexes hors du cadre amical, vit au mieux des bénéfices de l’amitié (et encore… il s’agit d’une amitié amoureuse ambiguë, compliquée, ennuyeuse, souvent violente, et qui ne comble pas), au pire rejoue la violence du rejet de l’humain. En revanche, la blessure homosexuelle, une fois qu’elle n’est pas pratiquée mais qu’elle est donnée à Dieu et aux autres, devient la fêlure par laquelle la lumière de Dieu et de l’Évangélisation peut passer encore mieux, et parler de manière drôle, originale, décomplexante, aux gens de notre temps. L’homosexualité fait écho à toutes les souffrances humaines. Elle est la vulnérabilité qui peut rapprocher tous les humains.
 
 
MANÈGE désagréable
 

2 – Alors force est de reconnaître que pour défendre ce message ecclésial sur l’homosexualité, c’est le parcours du combattant. Les difficultés pour en parler et être bien reçus sont nombreuses, et nous placent dans la position du petit David contre le grand Goliath, ou du « méchant réac » face au gentil « hétéro gay friendly ». Cela nous oblige à être nous-mêmes au clair et en cohérence avec notre propre rapport à la différence des sexes.

 

 

Voici le listing de quelques obstacles objectifs expliquant notre (juste !) impuissance et le nécessaire fiasco de notre discours:

 

– l’imprécision du terme « homosexualité », un terme hybride et en soi contradictoire puisqu’il mélange le grec (homo signifie « même ») et le latin (sexualité signifie « autre »). Chanter l’altérité en lui préférant l’égalité et la similitude, chanter les différences en minorant la différence des sexes, voilà qui a de quoi perturber l’Humanité toute entière. Ça n’aide pas à clarifier et apaiser les débats sur l’homosexualité !
 

– l’ambiguïté du terme « sexualité », trop réduit actuellement à la « génitalité » ou à l’amour-sentiment acorporel, l’amour-sensations, au détriment de l’amour-engagement et de la reconnaissance de la différence des sexes (sexuation + conjugalité + procréation).
 

– le fait que socialement, la différence des sexes soit confondue avec l’hétérosexualité… alors que l’hétérosexualité, c’est l’altérité des sexes forcée (dans le mot « hétéro-sexuel », il y a deux fois le mot « autre »), c’est aussi toutes les altérités au niveau de la sexualité, à commencer par l’homosexualité… le tout, au détriment de la différence des sexes aimante, en plus !
 

– le fait que la pratique homosexuelle fasse écho à des liens humains parfois très forts et beaux qui peuvent se passer de la différence des sexes ou qui en font une expérience limitée (l’amitié entre deux personnes de même sexe ; les bienfaits de certaines paternités adoptives ; l’existence des couples femme-homme stériles mais qui s’aiment quand même ; la beauté de certains célibats consacrés ; etc.) ; ou le fait que la pratique homosexuelle ne s’oppose pas à la pratique hétérosexuelle (qui, elle, n’est qu’une expérience caricaturale et violente de la différence des sexes, contrairement au mariage entre un homme et une femme qui s’aiment, et qui procréera si ça lui est donné).
 

– le caractère aléatoire et en suspension du désir homosexuel, qui est au fond une bonne nouvelle malgré tout : nous ne sommes pas nos désirs, nous ne sommes pas les personnes qui nous attirent sexuellement ; nous ne connaissons pas le chemin de nos pulsions et de nos fantasmes, et nous sommes libres de ne pas tous les pratiquer. Cela reste quand même un handicap que l’homosexualité ne soit qu’un désir, car elle est difficile à cerner, à appréhender comme une réalité palpable. Son statut de désir nous rend libres mais rajoute de la difficulté à en parler calmement, de manière crédible.
 

– le climat social qui est à la justification de l’homosexualité, autrement dit à la défense banalisante et émotionnelle du désir homosexuel (sous forme d’identité visible/invisible ou d’amour universel qui n’a même pas à se nommer « homosexuel ») ou, inversement, à l’attaque diabolisante (= « les » homos seraient une espèce mauvaise à éradiquer, à soigner, à convertir). Dans de pareilles conditions sensibleristes, il est très difficile de jongler entre ces deux courants d’indifférence à l’homosexualité, de ne pas signer à la glorification cinématographique des sentiments bisexuels. De plus en plus de films, pas du tout réalistes mais très vraisemblables et concrètement touchants, conquièrent les cœurs des indécis, tout en faisant barrage à l’explication apaisée du désir homosexuel, respectueuse des personnes et lucide sur les souffrances/violences qu’elles vivent. Il est très difficile aussi de parler dans un vrai climat d’écoute, dépassionné. Nous souffrons que l’homosexualité soit un sujet aussi mal popularisé : tout le monde (y compris ceux qui ne sont pas en âge de le faire) est dorénavant invité (par le biais des mass médias et d’une propagande à la fois culpabilisante – l’épouvantail de l’homophobie – et déculpabilisante – le sceptre de la solidarité) à prendre position, à « y croire » ou pas, sans savoir véritablement de quoi il s’agit, sans s’intéresser personnellement aux personnes homosexuelles, et sans prise de conscience de l’importance de la différence des sexes et de la différence Créateur/créatures.
 

– le grand écart entre Charité et Vérité, autrement dit le fait d’être accueillant vis à vis des personnes homosexuelles et de prendre au sérieux l’existence de leurs tendances sexuelles, sans pour autant cautionner tous leurs actes et justifier la pratique du désir homo. C’est toute la difficulté de la Miséricorde de Dieu qui prend la mystérieuse forme de l’exigence radicale de la Croix.
 

– la fragilité (psychique, familiale, relationnelle…) des personnes homosexuelles. Nous devons composer avec des individus qui, par excès d’épreuves, par misère sociale, par limite intellectuelle, par fierté, par faiblesse, à cause de la banalisation sociale de l’homosexualité, ne s’identifient pas comme pécheresses ou porteuses d’un signe de péché, nient leurs souffrances, déproblématisent leurs attractions sexuelles, parlent très peu d’elles et de ce qu’elles vivent. Ce n’est pas facile de parier sur des individus aussi fuyants, qui ont si peu confiance en eux et aux autres. Il nous faut donc redoubler d’efforts pour rester dans l’Espérance et la foi que la sainteté se manifeste aussi dans le cadre humain de l’homosexualité.
 

– l’apparence insignifiante de la différence des sexes et de Dieu, qui sont les deux socles de notre existence et de notre Amour, mais qui, par amour justement, ont pris la taille d’un détail, la taille d’une graine de sénevé qui ne montrera son éclat que sur la durée et uniquement quand Elle l’aura décidé (à savoir à la Fin des Temps). Ils sont donc extrêmement difficiles à défendre car leur identité de « meilleurs » apparaît délicatement, par des voies/voix qui ne sont pas qu’humaines.
 

– la force du témoignage personnel, individuel, porté par la personne elle-même, discours qui ne peut pas être remplacé par un discours extérieur sur l’homosexualité. Il est indéniable que dans le climat social actuel, qui n’est ni à la réflexion ni au contrôle des émotions, la présence d’une personne homosexuelle a un poids considérable et vaut tous les arguments face à la superstition populaire autour de l’homosexualité. C’est injuste, ce décalage de légitimités, cet excès d’importance qu’on accorde à une personne qui se dit ouvertement homosexuelle par rapport à une personne qui pourrait avoir un discours tout aussi ajusté sur l’homosexualité mais qui ne sera pas écoutée du fait qu’elle ne ressent pas le désir homosexuel dans sa chair. Mais il faut composer avec, et ne pas sous-estimer, dans les débats sur l’homosexualité, le poids énorme de l’incarnation du message ecclésial sur l’homosexualité par la personne qui les porte.