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Lundi 23 mars 2015. Dans le train qui me conduisait de Rome à Turin toute à l’heure, je me suis retrouvé à une table à trois, à côté d’une gentille jeune femme d’une vingtaine d’années (Roberta : c’était marqué sur sa carte d’embarquement) et en face d’un bel Italien quarantenaire (super bobo, mais beau quand même lol : mal rasé, son bonnet qui ne sert à rien, son ordi portable, prenant des photos du paysage avec son gros appareil…). Le voyage devait initialement durer 4 heures, mais il s’est prolongé d’une heure de retard. Sans chercher pourtant à draguer, je l’ai remarqué : la passivité des voyageurs fait réagir autrement, stimule des comportements baladeurs. L’imaginaire et les cerveaux travaillent forcément, les regards se croisent furtivement, les corps bougent et parfois se frôlent. À un moment, dans mon semi-sommeil, j’ai même touché la chaussure de mon voisin sans le faire exprès ; on s’est regardés et nos pieds se sont légèrement distancés.
 

Et suite à ce voyage, m’a traversé cette réflexion. Est-ce que c’est moi qui ai des idées mal placées, des tentations marginales et des obsessions de psychopathe ? Ou est-ce que c’est humain et atemporel, cette curiosité et interrogation d’homosexualité, et qu’elles effleurent un peu tout le monde, à des degrés différents selon les fantasmes sexuels de chacun et le degré d’auto-censure exercé par le Sur-moi, l’éducation, la connaissance, la culture, les expériences ? Les hommes d’aujourd’hui sont-ils plus déformés sexuellement, pervertis qu’avant, ou bien le désir homosexuel est-il un questionnement humain qui a dû titiller déjà les Hommes du passé, bien plus souvent qu’on ne l’imagine, même si leurs émois et interrogations intérieures n’ont pas été relatés et inscrits dans des films et des livres (et du coup, on pense que c’est un phénomène uniquement moderne, générationnel, individuel) ? Je n’arrive pas à croire que le questionnement homosexuel, même s’il est indéniablement encouragé par notre époque et nos mass medias qui éveillent en nous des idées nouvelles, des constructions mentales propres, des pensées libertines bisexuelles, des comportements inédits, n’ait pas existé par le passé et n’ait pas été général. Il a été géré autrement, indéniablement. Il s’est dilué, refoulé, exprimé autrement. C’est une évidence.
 

L’espace d’un instant, je me suis mis dans la peau et la tête d’un de nos ancêtres, assis dans une diligence au XVIIe siècle en face d’une personne plaisante physiquement pour les deux sexes, et qui aurait été attendri ou grisé par un contact corporel doux ou accidentel avec elle, interrogé par une phrase équivoque, ou troublé par un échange de regards inhabituel et un peu trop appuyé. Je suis sûr que ça a dû arriver. Même dans l’esprit d’un homme au clair sur son attraction pour les personnes de l’autre sexe. Les voyages pouvaient être longs à l’époque, en plus, et propices à l’activité de l’imaginaire. La douceur est asexuée. Elle peut être ressentie les yeux fermés et charmer n’importe qui. Loin de vouloir universaliser à l’excès l’homosexualité, de prendre mon cas pour une généralité afin de me rassurer, de transposer mon élan homo-érotique sur des hommes qui n’ont rien demandé à personne et n’ont rien ressenti, je crois au contraire que ce voyage mental dans le temps m’a aidé à ne pas donner trop d’importance au chemin-girouette (tantôt involontaire, tantôt complaisant) de mon regard, au circuit de mes cogitations intérieures, et à me sentir moins seul, moins libertin, plus solidaire de tous les mâles, moins homosexuel que ce que je crois.