Profonde tristesse pour la tuerie homophobe à Orlando (car oui, c’est de l’homophobie). En dehors de toute récupération, prions ces jours-ci pour les âmes des personnes (homosexuelles ou non) décédées. Car elles en ont besoin.
 

Pendant que certains s’énervent contre la médiatisation de la tragédie d’Orlando, et ironisent sur la vague d’émotion qu’elle suscite (vague qui, je le sais, sert à justifier tout et n’importe quoi, comme par exemple le « mariage homo »), je vois mes amis homos du monde entier venir me parler en privé, recherchant simplement quelques mots de réconfort, me confiant leur peine sans faire de mélodrame, m’écrivant leur angoisse : « Ça aurait très bien pu tomber sur moi ». Je leur réponds : « Et sur moi donc. » Nous repensons tous à nos soirées en boîtes gays. Dimanche soir, j’ai eu du mal à trouver le sommeil, et j’ai mis 48 heures à me remettre de l’événement. Beaucoup de personnes non-homosexuelles ne comprennent pas que ce qui s’est passé est un traumatisme pour toute personne homosexuelle, et que ça n’a rien à voir avec de la victimisation ou de la justification d’une quelconque « identité » homo, « amour » homo ou « patriotisme » homo. Nous sommes tristes parce que nos frères ont été attaqués (et, quelque part, nous avec eux), et que la reconnaissance de ce que nous sommes et vivons reste au point mort.
 
 
 

N.B. : Par ces mots, je tiens à dire que je ne privatise pas ni n’homosexualise ni n’essentialise la souffrance, la violence ni la compassion. Pas même au nom de l’homosexualité. Elles n’appartiennent à personne. Tout comme je ne crois pas en une identité homo ni en un amour homo (même si le désir homo existe et crée malgré lui une communauté, une fraternité). Je l’ai écrit suffisamment dans L’homophobie en Vérité. Dit autrement, mon post n’est pas un « Vous pouvez pâââs comprendre » (sous entendu « … si vous n’êtes pas homo »). Bien sûr que beaucoup de personnes peuvent comprendre et partager notre peine. Et bien sûr que toutes les personnes homosexuelles n’ont pas subi ni se substituent aux personnes homos qui on été tuées au Pulse. Et ce n’est pas ce que j’ai écrit. Je dis simplement que, dans la foule qui pleure sur nous et nous rend hommage, et dans la foule qui grince des dents contre celle qui nous rend hommage, il y a la même homophobie. Et beaucoup de personnes homosexuelles s’en rendent compte, et ça rajoute à leur peine. Je ne dis pas autre chose, et ne distribue pas de « droit de deuil » ou d’ « interdiction de deuil » à tel ou tel, ni de « compréhension » et d’ « ‘incompréhension » à personne. Je ne compare pas les tristesses et ne les hiérarchise pas.