Beaucoup de personnes homosexuelles et ‘gay friendly‘ discréditent et marginalisent mon choix de vie d’abstinence pour Jésus en le montrant comme ultra-minoritaire, non-homosexuel voire homophobe. Et ceux qui au contraire le trouvent exemplaire et voudraient le valoriser me demandent pourquoi il n’y a pas plus de personnes homosexuelles continentes qui se donnent à connaître comme moi, et qui ainsi donneraient au mouvement d’opposition à la loi Taubira tout son poids, au discours de l’Église catholique sur l’homosexualité tout son rayonnement concret. J’explique qu’il y a beaucoup plus de personnes homos continentes qu’on ne croit. Mais le problème, c’est que la plupart d’entre elles, en découvrant mon témoignage, ou bien en comprenant par elles-mêmes que la continence est possible pour elles, ont déjà posé leur grand choix de vie et sont engagées sur un chemin irrévocable, qui ne leur permet plus de revenir en arrière et de clamer tout haut leur homosexualité (elles sont mariées, ou bien en couple homo depuis trop longtemps pour le remettre en cause, ou encore séminaristes ou ordonnées prêtres). Et même pour les personnes homosexuelles continentes qui n’ont pas posé leur grand engagement de vie et qui ne sont pas encore trop coincées par leur contexte professionnel, familial, amical, amoureux, elles comprennent que par l’expérience concrète de la continence, l’homosexualité finit par occuper une place secondaire dans leur vie et pour le coup ne mérite plus d’être annoncée ouvertement : la médiatisation de leurs tendances sexuelles ou un « coming out paradoxal » tomberait mal, leur fermerait des portes, ne leur permettrait pas d’achever jusqu’au bout leur début de conversion. Par exemple, combien de mes amies lesbiennes, découvrant qu’elles ne trouveraient pas un bonheur plein dans une pratique homosexuelle, et à qui je proposais de témoigner de leur expérience équilibrante de la continence à mes côtés, m’ont dit : « Nan mais en fait, je crois que je ne suis pas vraiment lesbienne, tu sais… » ou bien « Si je m’affiche lesbienne, alors que la continence me rapproche de plus en plus des hommes, ça me grillera. »). C’est vrai que la continence homosexuelle est à la fois ce qui permet de parler librement d’homosexualité et qui justifierait de ne pas en parler car elle illustre une libération des mauvais aspects de celle-ci. Par conséquent, force est de reconnaître que je suis bien isolé dans mon genre ! C’est à la fois douloureux et bon signe ! … même si, je crois que ceux qui vivent la continence homosexuelle dans l’ombre passent à côté de la liberté responsabilisante que donnent la visibilité médiatique et l’évangélisation. J’ai juste pris les choses à l’envers : j’ai vécu la continence et fais mon « coming out » quasiment en même temps, avant d’avoir posé mon grand choix d’amour, ou plutôt comme on pose un grand engagement de vie… quand certains ont fait leur « coming out » pour venir petit à petit et timidement à la continence, ou quand d’autres ont vécu la continence sans faire leur « coming out » et en étant déjà rentrés dans leur grand projet de vie (le célibat consacré ou le mariage avec une personne du sexe complémentaire). Je suis isolé, mais c’est pas grave car je ne suis pas seul.