Suite à notre entrevue, quand je continuais de raconter au gothique Morgan Priest mon choix de vie pour Jésus, mon renoncement à la pratique homo (et même aux sentiments amoureux homos), et mon soutien – en actes et en paroles – du message de l’Église sur l’homosexualité, ce dernier m’a sorti spontanément cette réflexion qui m’a profondément touché : « Tu sais Philippe, ne te justifie pas. Je t’aurais reçu et laissé la parole même si tu n’avais pas été continent. Il se trouve que tu l’es, et tant mieux. Mais je t’aurais accueilli même si tu n’avais pas été continent. » Quelle justesse. Quelle amitié. Quelle grandeur d’âme. On n’est plus à la douane.
 

Certains pharisiens voient l’Amour comme une faiblesse, un danger, une collaboration au mal, comme le diable incarné, car ils Lui opposent leur purisme de la Vérité. Mais en réalité, les chemins de la Miséricorde divine ne sont humainement et spirituellement pas « justes ». Payer le même salaire aux ouvriers de la première heure et à ceux de la dernière heure, c’est « injuste ». Tuer le veau gras pour le fils inconséquent et ne jamais récompenser le fils aîné, guérir certains malades et en laisser d’autres sur le carreau et souffrir toute leur vie, réserver les premières places du Paradis aux désobéissants (criminels, prostituées, publicains, pédophiles…) plutôt qu’aux vertueux et aux obéissants, c’est humainement « dégueulasse ». Mais c’est ainsi que fonctionne la Bonté de Dieu. Elle ne suit pas les logiques de rétribution, de récompenses et de confiance humaines.
 

L’ami, le vrai, ne pose pas de conditions à son accueil envers toi, à son écoute envers toi, et même à la diffusion de ton message et à l’ambiguïté qu’il pourrait contenir. Il ne prête pas attention à l’ambiguïté que peut provoquer votre amitié publique. Il soutient. Point. Il sait qu’aimer, ce ne pas cautionner tous les avis ou actes d’autrui. Il sait qu’aimer, c’est accueillir les personnes dans leurs défaillances et avec leurs casseroles et aussi leurs grands écarts à la sainteté. Tout comme Jésus a soutenu le bon larron en l’accueillant dans son Paradis. Il ne s’est pas dit : « Non, il ne faut pas que je le sauve ou que ça se sache que je l’ai sauvé car ça donnerait à croire que j’encourage le crime, ça rendrait mon message ambigu et ça dénaturerait les commandements inviolables de mon Père . » En fait, Il mise sur les personnes. Sans vérifier au préalable si elles sont dignes de confiance ou pas, si elles sont 100% propres et catholiquement correctes.
 

Moi, j’aurais très bien pu accepter sur le tournage des personnes en « couple » homo et non-célibataires, des témoins prostitués ou en désaccord avec l’Église. Elles auraient été les bienvenues. Notre documentaire ne sera pas un film de propagande lisse et catholiquement correcte, un spot publicitaire pour la chasteté, la continence, la sainteté homosexuelles. Nous ne faisons qu’accueillir et aimer les personnes homosexuelles, quel que soit leur parcours. N’en déplaisent aux pharisiens au coeur sec, qui habillent leur méchanceté de « courage » jusque-boutiste et d’exigence « sainte ». Il s’agira de s’efforcer ensemble à rechercher la Vérité, pour ne pas tromper nos téléspectateurs ni les inciter à de mauvais actes et de mauvaises pensées. Mais nous accueillerons les personnes dans leurs contradictions, avec leurs tentations, leurs casseroles, leurs chutes. On ne censurera rien. Car Dieu s’incarne dans un contexte, dans une Humanité pécheresse, dans un combat. Il descend au fond du précipice. Il n’est pas venu pour les gens qui ont le discours, les actes et les avis qu’il faut et qui Lui plaisent : Il est venu – c’est ça le scandale aux yeux des Hommes et des justiciers pharisiens – pour les pécheurs et ceux qui ne méritaient pas son Salut. Ceux qui « méritent » son Salut sont peut-être les gens qui L’intéressent le moins. Il les vomirait presque. À ses yeux, il vaut largement mieux un pécheur aimant qu’un « juste » non-aimant qui pourtant tient le « bon » discours.
 

Merci Morgan et Jérémy d’exister. Merci ! Merci aussi de votre amitié. Si heureux et honoré de vous connaître.