Finalement, il va falloir que je trouve du temps pour aller voir le film « Spotlight ». Parce qu’il y en a (et beaucoup de prêtres catholiques sur les réseaux) que je vois jouer les indignés face à la pédophilie, et donc les démagos, en écrivant leur dégoût de la pédophilie, en battant leur coulpe de prêtres face à leurs corelégionnaires criminels, ou même en soutenant que ce film ne serait non seulement pas anticlérical mais « nécessaire » et finalement « pro-catholique ». On va se calmer. Faut-il leur expliquer la différence (pourtant basique) entre le thème d’un film et le film en lui-même ? Car aucun de ces critiques laudatifs ne parle du contenu du film ni du film en lui-même. Ils ne font que s’exprimer sur « les actes pédophiles posés par des prêtres » en général. Ce n’est pas cela, critiquer un film avec objectivité, je regrette… Ce n’est pas parce que l’intention morale d’un film (= dénoncer la pédophilie) est juste qu’elle ne peut pas faire un mauvais film : la qualité d’un film ne se mesure pas à ses bonnes intentions. Nous manquons aujourd’hui de journalistes qui analysent véritablement ce qu’ils voient, qui donnent du sens aux faits. Nous en avons en revanche beaucoup, même dans le milieu médiatique chrétien, qui s’imaginent que décrypter un film, c’est dévoiler leurs propres goûts (j’ai aimé/je n’ai pas aimé), disserter sur les sensations, impressions ou intentions (les leurs/celles des autres), s’appuyer sur les effets plutôt que sur les faits. Ils font de la culturalité mondaine et étouffent le sens anthropologique des oeuvres. Ça ne va pas.
 

Je me moque de ce que ce film « m’apporte ». Je me fous du « comment il peut bousculer ma foi ». Je m’en contrefiche même qu’il puisse m’aider à prier davantage pour nos prêtres. Là n’est pas la question. Ce qui m’intéresse, ce n’est ni les intentions ni les effets ni les impressions ni les interprétations qu’on peut coller sur le film, mais le film en lui-même (fond et forme). Sortons de la perspective consumériste, individualiste et humaniste intégral.
 

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