Voilà le paradoxe que j’essaie d’expliquer depuis le début me concernant, et qui se trouve synthétisé par cet exemple contextuel qui arrive à l’instant : je reçois plein de textos d’amis qui m’annoncent à la fois qu’ils ne peuvent pas être présents à ma conférence de ce soir sur l’Antéchrist aux Cours Wojtyla et en même temps qu’ils veulent bien une trace enregistrée. « Je ne te soutiens pas mais j’adore ce que tu fais, continue! » ; « Je ne peux pas t’aider mais je veux bien profiter de toi : si t’étais téléchargeable, ce serait cool! » ; « Je te matte mais je ne peux pas t’assumer ouvertement : c’est trop risqué pour moi. » ; « C’est pas le fond de ce que tu dis qui pose problème : c’est la forme. » ; « Je suis sincèrement très intéressé… mais non… » ; etc. L’éternel paradoxe d’être très suivi mais aussi très peu soutenu. Je fais l’objet d’un pompage, copiage, plagiat, qui rend malgré tout service, mais qui globalement m’isole, me marginalise, me donne l’impression que l’amitié n’est plus là (peut-être parce qu’elle n’est plus là, effectivement).

 

Ce paradoxe – qui confine à la schizophrénie, et qui indique malgré tout une différence réelle entre peur et méchanceté – ne me blesse plus. Dans l’ordre de la Grâce et du surnaturel, il est complètement logique et peu révoltant. Il serait limite drôle et devrait me réjouir (car Jésus et ses disciples ont été encore plus mal assumés que moi, assurément!). Il me dépasse. Peut-être même est-il juste. Il est justifié par Jésus, par l’impopularité légendaire de la Vérité. En tout cas, je ne peux pas faire comme s’il n’existait pas. Et je ne traînerai pas pour autant mes amis en procès de trahison ou de lâcheté. D’une certaine manière, je suis même capable de les comprendre. Ils ont tous de très bonnes excuses. Juste, je ne les justifie pas. Et j’observe un gâchis, une ingratitude, une véritable incohérence. Car je ne dis rien qui justifie un tel désaveu ou abandon. Bien au contraire.