Il arrive que la continence homosexuelle soit incarnée par une personne humaine en particulier, autre que Jésus et Marie. Parfois, les pulsions, les sentiments amoureux, existent et perdurent à l’égard de quelqu’un d’existant, même quand on fait le choix de ne pas les entretenir et de ne pas être en couple avec lui, parce qu’on sait que l’incarnation de Jésus et de Marie est maîtresse et prend la première et même toute la place. Car il est facile d’enfermer la continence dans une bulle hermétique désincarnée, déshumanisée, hors de toute tentation, et dans un célibat solitaire. Sauf que ça ne se passe pas toujours comme ça et on ne décide pas de qui on tombe amoureux ! Quelquefois, Jésus met sur notre chemin de personne homosexuelle un individu singulier qui deviendra – plus arbitrairement que librement et volontairement – un ami privilégié, et qui nous donnera l’énergie et le sens de vivre la continence ; qui l’incarnera, même. Et c’est peut-être plus beau et plus consolant pour la route qu’une continence déshumanisée, même si c’est aussi déchirant : quand la continence n’est reliée à aucune personne de chair et de sang à part Jésus, elle ressemble davantage à une abstinence et à une bonne planque de célibataire aigri qui s’est « fait une raison » pour renoncer à la pratique homo qu’à une relation et à un réel sacrifice du cœur. Que sacrifie-t-on à l’autel de la continence si on n’a personne à offrir, aucun amoureux à donner, honnêtement ? Rien.
 

Oui. Un être humain particulier, avec un prénom précis, dans le cadre d’une relation singulière qui officiellement ne peut être qu’amicale mais qui porte encore les traces – ineffaçables terrestrement parlant – du sentiment amoureux, peut devenir l’incarnation humaine (après Jésus et Marie) de la continence homosexuelle. Et bien loin de moi l’idée de défendre le concept vaseux du « couple homo chaste » (pour moi, le couple homo chaste n’existe pas) ou de le présenter comme « la continence ». Je dis simplement qu’on ne choisit par tous la continence par pure dévotion mystique transcendantale à Jésus. Parfois, c’est un ami incarné, dont on est par la force des choses encore amoureux (car les sentiments et les pulsions se contrôlent peu et sont parfois coriaces, même si nous avons toujours la responsabilité et la liberté de nous y soumettre ou pas, de les entretenir ou pas), qui est le messager de Jésus, et qui peut être l’incarnation/le ferment de la continence. C’est ce que je peux encore dire de Jérémy (c.f. « Le cas Jérémy » dans mon livre Homo-Bobo-Apo).
 

Que ça fasse plaisir ou non aux catholiques pharisiens que ça rassurerait de nous savoir, nous personnes homosexuelles continentes, « totalement libérées de la tentation et des risques », « totalement données, libres et disponibles dans notre cœur et dans notre tête, à Jésus », et qui se choisissent comme modèles de sainteté homosexuelle (même s’ils n’associeront jamais les deux termes : pour eux, n’est sanctifiable et béatifiable qu’une personne homosexuelle qui a cessé d’être homosexuellement pratiquante et qui cesse même de ressentir cette tendance) des êtres humains 100 % célibataires, et surtout 100 % cloîtrés. Désolé de les décevoir. Ça ne marche pas comme ça. Jésus et Marie ne sont pas des bulles hermétiques qui nous coupent des Humains : ils se sont incarnés en tout Homme et dans les rencontres humaines que nous faisons. Et même dans le cadre de l’homosexualité, ils s’incarnent. L’amitié désintéressée (§ 2359 du CEC) est un chemin et non un résultat qui s’obtient sur commande. Elle n’est pas non plus qu’une affaire de volonté, de mérite, de performance, de simplicité et de clarté. Même si ça nous arrangerait qu’elle le soit, elle est aussi entachée de tentations, de risques, de la Croix, et elle porte parfois un prénom humain, une relation humaine. Elle ne se vit pas en solitaire. Il est facile de vivre l’amitié désintéressée tout seul !… mais ce n’est même plus une amitié, puisque l’amitié, par définition, se vit à deux… et pas qu’avec Jésus !
 

On ne peut déjà pas être en « couple ». Alors qu’on nous laisse au moins être amis, bordel ! même si cette amitié n’est pas encore tout à fait désintéressée, ni ajustée ni 100 % purifiée/débarrassée des sentiments amoureux ! On n’est pas des machines ni des culs bénis, qui font du renoncement, de l’abnégation, de la prise de distance avec la tentation, le sommet de la vie chrétienne, qui éteignent sur simple décision leurs pulsions. Laissez-nous au moins l’amitié ! Laissez-nous être humains ! Acceptez aussi les intermédiaires christiques « catholiquement incorrects » !