Voilà comment l’Église catholique actuelle s’y prend pour enrayer le phénomène des abus sexuels (pédophilie, viols) en son sein : en censurant et détruisant les œuvres d’art du jésuite Marco Rupnik (ex-abuseur et repenti) exposées dans le sanctuaire marial de Lourdes, jugées « infantilisantes », « perverses » et « post-conciliaires », par les tradis comme Hillary White, Jeanne Smits, Réinformation TV, et autres Civitas ; et jugées « offensantes » par la plupart des évêques français mous du genou – comme l’évêque lourdais Mgr Micas – et des dénonciateurs paranoïaques genre Natalia Trouiller ou des journalistes compassifs tels qu’Arthur Herlin.
Comme je l’expliquais dans un récent article, ce n’est certainement pas en pratiquant cette censure iconoclaste interne que l’Église éradiquera/résoudra le problème des abus sexuels. Tout le contraire ! Mais, de surcroît, cette démarche (faite au nom de prétextes totalement bidons : « la venue du pape Léon », « la rénovation du sanctuaire », « le respect des victimes », « la réparation des abus », « la restauration de la Tradition », « le devoir d’exemplarité »…) montre combien l’Église catholique est à présent dirigée par des malades. Peut-être même plus malades et pervers que les « pervers » qu’ils pointent du doigt ! Car pour projeter une perversion sur des fresques certes « art naïf » soixante-huitard d’un goût discutable mais franchement pas choquant (moi, perso, j’aime beaucoup), pour croire que ces fresques ont le pouvoir de « blesser », d’« agresser » et de « violer une deuxième fois les victimes d’abus sexuels » (à l’instar des films « Autant en emporte le vent » ou des romans Les Dix petits Nègres, retouchés parce qu’ils « offensaient les victimes passées, présentes et futures, de l’esclavage, de l’apartheid et du racisme »), il faut être franchement malade et tordu !
L’iconoclastie – déclinée en traque des « prédateurs », en « justice pour les victimes » – témoigne non seulement d’une bêtise et d’une superstition abyssales (il faut par exemple être très très con et paranoïaque pour confondre une œuvre et son artiste, ou pour rejuger une œuvre à l’aune de la vie privée et sexuelle de son auteur : à ce compte-là, on ne peut plus écouter les chansons de Patrick Bruel au motif que cette écoute cautionnerait les viols et violeraient une deuxième fois les victimes du chanteur… On ne peut plus apprécier aucune œuvre artistique, vu que tous les artistes, excepté Jésus et Marie, sont des pécheurs plus ou moins graves) mais témoigne d’une pathologie inquiétante : c’est le propre des psychotiques de croire par exemple que le mot « chien » peut mordre, ou que, par atavisme, un ouvrage comme Mein Kampf est diabolique, doit être brûlé, mis à l’index, aurait le pouvoir de tuer. Prêter une vie à un mot ou un livre ou des objets inanimés, ça s’appelle de la démence : pas de la clairvoyance, de la justice ni du soin. Et interdire l’étude de phénomènes humains – fascisme, nazisme, totalitarisme, racisme, homophobie, sexisme, pédophilie… – au prétexte qu’ils sont « souffrants, négatifs, dangereux voire meurtriers », ça ne fait que favoriser/renforcer leur reproduction et leurs actualisations sous une forme différente encore plus coriace et dévastatrice car elle s’habille de victimisation, de justicialisme, d’accusation, de vengeance, d’orgueil, de certitude d’avoir raison, d’aimer et de faire œuvre divine. Il faut affronter le mal, l’analyser, et non le fuir par la diabolisation et la victimisation, pour ne pas l’imiter. Sinon, on l’imite ! Y compris en l’accusant et en croyant le détruire !
Et concernant plus spécifiquement le catholicisme, dont la caractéristique est – je le rappelle à toutes fins utiles car beaucoup de chrétiens souffrent d’amnésie – l’amour et le pardon non simplement des victimes et des pauvres mais surtout des bourreaux, des criminels et des grands pécheurs, cette censure iconoclaste des fresques de Marko Rupnik est déplorable et antichrétienne, antéchristique. Et ça, c’est très inquiétant pour l’avenir de l’Église. Car cette dernière perd son essence-même. Et le plus attristant dans tout cela, c’est que personne, à l’intérieur de l’Église, ne s’en rend compte. Pire : les prêtres et évêques, tous bords confondus, se félicitent de la destruction de ces œuvres d’art. Et je doute fortement que le « pape » Léon ait le courage de dénoncer cette iconoclastie. Il en est peut-être même l’instigateur…


