Ce qui m’énerve dans le réductionnisme manichéen, c’est sa spectaculaire déformation des faits, pour gommer le mimétisme du diable à l’égard de Dieu, et donc nous cacher les dangers du millénarisme chrétien! Par exemple, il n’y a que Zeffirelli qui a montré dans son film « Jésus » le profil chrétien de Barabbas (À la piscine du Temple, Barabbas veut rencontrer Jésus, qu’il considère comme le Messie annoncé par le prophète Amos, au point d’être à deux doigts de devenir son disciple ! Il veut faire de lui une force politique, un étendard messianique, et une force de contre-pouvoir contre le dictateur romain : à partir de 4h07. C’est un zélote! Comme les bobos anars d’extrême-droite, qui aujourd’hui font leur « coming out » catho, et partent en croisades! Et Jésus s’oppose à son militantisme insurrectionnel et identitaire « christique »). Ce qu’il faut bien comprendre, c’est que ce qui sépare Barabbas et Jésus, en apparence, ce n’est pas grand-chose. Les deux prônent le Christ, et Jésus, bien sûr, l’incarne! Les réalisateurs protestants (Mel Gibson, et tant d’autres) n’ont rien compris quand ils mettent en scène Barabbas comme un simple « méchant brigand » de dessin-animés. Non. C’est un catholique (en carton, mais un catholique quand même!). C’est un croyant. Il croit en Jésus. Même s’il se trompe sur sa royauté! Et dans la scène du vote entre Barabbas et Jésus, proposée par Ponce Pilate juste avant la Pâques, pour faire libérer un prisonnier, nous devons absolument comprendre (parce que cette scène va se reproduire à l’identique à notre époque actuelle!) que ce n’est pas un vote (entre le tenant d’un athéisme païen d’un côté, et le représentant du catholicisme parfait de l’autre) qui se joue, mais bien entre deux christianismes ! L’un qui veut d’une royauté chrétienne terrestre acquise par la force (Barabbas) et l’autre qui est la royauté chrétienne céleste désarmée et faible (Jésus). Si nous faisons de Barabbas et de Jésus les opposés, nous nous préparons à voter prochainement pour Barabbas et contre Jésus, bien que nous ne nous en rendions pas compte, puisqu’en votant Barabbas, nous aurons, en tant que chrétiens zélés, l’impression de voter vraiment Jésus !

