(Cet article est publié en espagnol sur le site Forum Libertas. Voici le lien. Il est complété par l’article 2 en français (sur la Franc-Maçonnerie en Espagne) et l’article 3 (sur les évêques espagnols).
 

 

Que c’est difficile de simplement parler d’homosexualité et de l’expliquer publiquement, sans se faire traiter de « traître », d’« homosexuel homophobe », par les gays friendly, ou au contraire de « militant LGBT » par les conservateurs, sans susciter la peur ou la méfiance ou la langue de bois des catholiques (« Tu n’es pas que ça. » ; « Ne dis pas ‘homosexualité’ : tu es une personne attirée par les personnes du même sexe, tu es un SSA. Tu es un homme et un Enfant de Dieu : ne dis pas ‘Je suis homosexuel’ et ne te réduis pas à ton attirance sexuelle. » ; « Tu peux changer et guérir. » ; « L’homosexualité, ce n’est pas la question : ce sont la sexualité, l’identité et l’Humain qui priment. Lis la Théologie du Corps de Jean-Paul II. » ; « Ton discours perturbe les jeunes et nous culpabilise. »), et sans être récupéré par les activistes catholiques comme une soi-disant « victime homosexuelle » pour taper sur le « lobby gay » !
 

Entre les gays friendly qui nous accueillent uniquement pour que nous justifions leur libertinage et leurs fantasmes amoureux asexués, et à la condition que nous n’analysions jamais notre homosexualité et que nous fermions notre gueule, entre les catholiques qui considèrent soit que l’« amour homosexuel » fait aussi partie de « l’amour de Dieu » (dans le cas des catholiques progressistes) ou au contraire qui considèrent par purisme pharisien que simplement prononcer le mot « homosexualité » et dire « Je suis une personne homosexuelle » c’est péché ou que cela justifie l’homosexualité et donne des mauvaises idées aux jeunes, on n’est pas aidé !
 

Même quand on se ressent homo depuis l’enfance (comme c’est mon cas), combien de conditions faut-il réunir pour être enfin autorisé à parler du sujet de l’homosexualité un jour ? Il faut un mot des parents ? Il faut être obligatoirement de gauche ? ou obligatoirement de droite ? Il faut montrer patte blanche ? Il faut montrer copain voire carrément alliance ? Il faut être forcément en couple ? Il faut être universitaire et bardé de diplômes ? Il faut être athée (car les croyants ne pourraient pas être objectifs) ? Il ne faut pas prononcer le mot « homosexualité » ni dire « nous » ni évoquer ses amis homos et ne pas parler en leur nom ni de notre amitié ? Il faut s’annoncer « ex-gay » ? se montrer anti-gay ou « gay repenti » ou parfait ou coupable ou malade ou malheureux ou abstinent, ou « homo mais pas gayhors milieu », taper sur le « milieu gay » et le présenter comme une terrible dictature ? Il faut forcément parler d’homosexualité en bien (sinon c’est de l’homophobie) ou bien en mal (sinon c’est du péché et du relativisme) ou bien ne pas en parler du tout (sinon c’est de la délation ou de la compromission avec le monde) ? Finalement, on n’a plus beaucoup le choix. Si on écoute les promoteurs comme les opposants de l’homosexualité, on ne dit plus rien !

 

JE SAIS que le mot « homosexualité » est un terme pourri : c’est un mélange de grec et de latin, et en plus c’est un terme oxymorique qui porte sa propre contradiction (il dit « même » – homo en grec – et « autre » – secare en latin – dans un même mot !). JE SAIS que c’est un terme flou qui renvoie à des réalités complètement différentes et que, si l’éclairage de ces 5 réalités n’est pas donné (1) l’attraction érotique vers le même sexe ; 2) la personne qui la ressent ; 3) l’acte homosexuel ; 4) le couple-acte ; 5) le couple-personnes), cela conduit à une grande confusion et à de profonds conflits sociaux ! JE SAIS que je ne suis pas que ma tendance sexuelle, et que je suis avant tout un homme et un Enfant de Dieu ! Mais le désir homosexuel existe, bon sang ! Et qu’on le veuille ou non, même s’il n’est pas essentiel, il conditionne parfois fortement l’identité humaine et les actes, et le rapport à Dieu. Et aujourd’hui, qu’on le veuille ou non, la croyance en l’« identité homo » et en l’« amour homo », et son impact dans les mots, la vie des gens, les médias, la politique, l’économie, et même l’Église, est concret et de plus en plus prégnant ! Que fait-on de tout cela, de l’influence de l’homosexualité sur le terrain des croyances, des émotions et des actes qu’elles suscitent ?

 

Tant que nos contemporains, et en particulier les catholiques, mépriseront les mots de la novlangue (homosexualité-hétérosexualité-homophobie), mépriseront/craindront leur époque, ignoreront les raisonnements intellectuels et les logiques émotionnels, de croyance, et amoureuses de leurs contemporains, tant qu’ils considèreront qu’employer les termes « homosexualité », « hétérosexualité », « homophobie » et « transphobie » revient à pactiser avec le mal et à rentrer dans le jeu qu’ils dénoncent, nous n’avancerons pas. Le sens profond de la sexualité et de l’Église ne sera pas compris ni accueilli. Or il est tout à fait possible et même bénéfique de parler du grand phénomène social qu’est devenu l’homosexualité sans le justifier et sans endoctriner personne. Au contraire : c’est en le traitant bien qu’on ira vraiment vers l’autre, le prochain.
 

Le problème n’est pas d’aborder (y compris avec les jeunes) la question de l’homosexualité ou de l’homophobie, mais du comment on les aborde. Si on ne justifie aucune « identité » homo ni aucun « amour » homo, si on sort du jugement des personnes et de l’insulte pour s’attacher aux actes, il n’y a aucun problème à parler ouvertement d’homosexualité. Mieux : nos jeunes ont soif de comprendre ce qui leur est montré comme de l’amour, de la sexualité, de l’identité, de la diversité ou au contraire comme de la discrimination et comme le mal. Si nous ne les rejoignons pas dans leurs mots et leurs croyances, ils vont se dire que l’Église n’aime pas, est déconnectée des réalités de son temps et des gens, qu’Elle ne les écoute pas et ne les accueille pas.
 

 

Tant que les catholiques pensent que l’important, c’est de « dire la vérité vraie » et d’« avoir raison », et non de dire la Vérité-Charité, la vérité telle qu’elle est crue vraie, et non d’aimer les personnes et de les rejoindre dans leurs mots à elles, ils agissent en pharisiens intellectualistes ou provocateurs (cf. le cas du bus Hazte Oír) qui emploient les méthodes du monde et les arguments du monde (« la liberté d’expression », « l’idéologie », « l’égalité », « le droit », « les discriminations », « la faute aux médias », etc.).

 

Pour mon premier papier au Forum Libertas, je tenais donc à dire que je ne défends pas la liberté d’expression (c’est qui, d’ailleurs, « Expression » ?) ni une vérité académique. La seule liberté qui m’intéresse, c’est la liberté de Jésus, c’est-à-dire la liberté reliée à Sa Vérité aimante.