Lune

Lune

 

NOTICE EXPLICATIVE :

 

Étant donné que le désir homosexuel a rejeté la différence des sexes, il n’est pas ancré véritablement, durablement et sereinement dans le Réel. Pas étonnant, pour le coup, qu’il transporte jusqu’à la lune les individus qui s’y adonnent. Beaucoup de personnes homosexuelles confirment leur réputation de Jean de la Lune. Les titres de leurs ouvrages sont des signatures (cf. le roman Pierrot la Lune de Pierre Gripari, le film « Claire Of The Moon » de Nicole Conn, le film « Danny In The Sky » de Dennis Langlois, etc.). La lune, l’astre androgynique par excellence, comme l’explique Paul Rey dans son essai Le Désir (1999), symbolise le fantasme de changer de sexe, de devenir Dieu ou irréel.

 
 

N.B. : Je vous renvoie également aux codes « Se prendre pour Dieu », « Fleurs », « Super-héros », « Funambulisme et Somnambulisme », « Sommeil », « Moitié », « Mère possessive », « Matricide », « Violeur homosexuel », « Voyage », « Vierge », « Ennemi de la Nature », « « Un Petit Poisson, Un Petit Oiseau » », « « Plus que naturel » », et « Planeur » dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.

 
 

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FICTION

Film "La Fureur de vivre" de Nicholas Ray

Film « La Fureur de vivre » de Nicholas Ray


 

Dans les fictions traitant d’homosexualité, la lune est vraiment un leitmotiv : cf. le film « Strangers On A Train » (« L’Inconnu du Nord-Express », 1951) d’Alfred Hitchcock, le poème « Romance De La Luna, Luna » de Federico García Lorca, l’album Cendres de Lune de Mylène Farmer, le film « Full Moon In New York » (1989) de Stanley Kwan, la nouvelle « Comme la lune » (2000) de Daniel Meynard, le film « Les Serpents de la lune des pirates » (1973) de Jean-Louis Jorge, le roman Pierrot la Lune (1963) de Pierre Gripari, le roman La Lune noire d’Orion (1980) de Francis Berthelot, le roman Maybe The Moon (1999) d’Armistead Maupin, le film « La Face cachée de la lune » (2003) de Robert Lepage, le roman The Hidden Side Of The Moon (1987) de Joanna Russ, la chanson « Line » de Nicolas Bacchus, le film « Claire Of The Moon » (1992) de Nicole Conn, la pièce Le Roi Lune (2007) de Thierry Debroux (centré sur la vie de Louis II de Bavière, homosexuel notoire), le film « ¡ Cariño, He Enviado Los Hombres A La Luna ! » (1998) de Marta Balletbo-Coll, le film « Le Sable » (2005) de Mario Feroce, le film « Salò O Le 120 Giornate Di Sodoma » (« Salò ou les 120 jours de Sodome », 1975) de Pier Paolo Pasolini, la nouvelle El Marqués De Sebregondi Llega Y Retrocede (1988) d’Osvaldo Lamborghini, la série Dante’s Cove (saison 2, 2006, avec Grace, la femme vouée à la lune), le roman El Anarquista Desnudo (1979) de Luis Fernández, la pièce L’Autre monde, ou les états et empires de la lune (vers 1650) de Savinien de Cyrano de Bergerac, la chanson « Dans la lune » de Zazie, le recueil de poèmes Los Adoradores De Luna (1976) de Jaime Manrique Ardila, le roman Latin Moon In Manhattan (1990) de Jaime Manrique Ardila, la chanson « The Naked Moon » du film « Le Signe de la Croix » (1932) de Cecil B. DeMille, le film « Dangerous Moonlight » (1941) de Brian Desmond Hurst, le film « Over The Moon » (1937) de Thornton Freeland, le film « Waiting For The Moon » (1987) de Jill Godmilow, le film « Moon 44 » (1990) de Roland Emmerich, le film « Poisson Lune » (1999) de Jose Alvaro Morais, la chanson « Le Soleil a rendez-vous avec la Lune » de Charles Trénet, le film « Que faisaient les femmes pendant que l’homme marchait sur la lune ? » (2000) de Chris Vander Stappen, la chanson « Les Pieds dans la lune » des Valentins, le film d’animation « Le Baiser de la Lune » (2010) de Sébastien Watel (racontant l’histoire d’amour entre Félix, un poisson-chat, et Léon, un poisson-lune), le film « A Single Man » (2009) de Tom Ford (avec la lune filmée pendant quelques secondes, et que George, le héros homosexuel, regarde), le film « Il y a des jours… et des lunes » (1989) de Claude Lelouch (avec Francis Huster, prêtre en couple avec un antiquaire), le morceau « Clair de Lune » d’Érik Satie, le roman La Cité des Rats (1979) de Copi, la nouvelle « Virginia Woolf a encore frappé » (1983) de Copi, la comédie musicale La Nuit d’Elliot Fall (2010) de Vincent Daenen (avec Moon Island), la pièce Scène d’été pour jeunes gens en maillot (2012) de Christophe et Stéphane Botti, le film « Plan B » (2010) de Marco Berger (où Bruno conte fleurette à Pablo en lui récitant un poème sur la lune), le film « Mille et une lunes » (2008) de Lyonel Kouro, le roman The Moon Is A Harsh Mistress (Révolte sur la Lune, 1966) de Robert A. Heinlein, le film « Reaching For The Moon » (2013) de Bruno Barreto, le film « Les Amours imaginaires » (2010) de Xavier Dolan, le film « Stand » (2015) de Jonathan Taïeb, la chanson « Love Song » de Mylène Farmer, etc.

 

Film "Mille et une lunes" de Lyonel Kouro

Film « Mille et une lunes » de Lyonel Kouro


 

Le satellite le plus connu de la Terre symbolise en général l’éloignement du réel, ou plus gravement la folie, la perte de conscience, la captation de la raison par la pulsion désirante : « Tu étais dans la lune, Vicomte ? » (Antonin lisant les Liaisons dangereuses à son copain Hubert, dans le film « J’ai tué ma mère » (2009) de Xavier Dolan) ; « Depuis quelques temps, tu es toujours dans la lune mais tu penses à rien ! » (la mère de Bryan détectant inconsciemment une homosexualité chez son fils, dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, p. 8) Par exemple, dans le roman La Vie est un tango (1979) de Copi, Silvano « vit dans la lune » (p. 30). Lune : Dans le film « Les Amours imaginaires » (2010) de Xavier Dolan, la mère de Nicolas (le héros homosexuel), n’arrête pas de dire à son fils qu’il est dans la lune. Dans le film « La Vie d’Adèle » (2013) d’Abdellatif Kechiche, lorsque Adèle s’homosexualise, elle perd tellement pied avec le réel que sa mère, à table, lui fait gentiment remarquer qu’elle est dans la lune : « Dans la lune, Adèle… » Dans la pièce Lacernaire (2014) d’Yvon Bregeon et Franck Desmedt, la lune est la voix de la conscience occultée par les deux criminels : « Un jour, tu nous feras repeindre la lune avec du crottin. » ; « Ça ne sera que la seconde couche. » lui répond cyniquement Lacenaire.

 

La lune apparaît comme un innocent motif esthétique : « Sur chaque tableau, Muriel Gold, dans des décors exotiques où trônait cependant toujours la même pleine lune. » (Jean-Marc, décrivant les tableaux de la lesbienne Catherine S. Burroughs, dans le roman Le Cœur éclaté (1989) de Michel Tremblay, p. 214) ; « Rakä et moi, profitant de la lune déjà haute dans le ciel, nous nous aventurions dans les plus hauts étages de la Cité dont la silencieuse et fraîche pénombre argentée nous intriguait. » (Gouri dans le roman La Cité des Rats (1979) de Copi) ; « Au clair de lune, on voit les rats partout envahir la cité. » (le chœur des voisines dans la pièce Cachafaz (1993) de Copi) ; « Vois dans le ciel : la lun’ se lève ! » (Raulito à son amant Cachafaz, idem) ; « Ce soir, nous allons dîner au clair de lune, je vous réciterai les vers de Lorca. » (Cyrille, le héros homo s’adressant à Hubert, dans la pièce Une Visite inopportune (1988) de Copi) ; etc. Par exemple, dans le film « Kaboom » (2010) de Gregg Araki, Thor, le colocataire de Smith (le héros homosexuel) est « con comme la lune ».

 

B.D. "Kang" de Copi

B.D. « Kang » de Copi


 

Mais en général, elle a une connotation narcissique, amoureuse, homosexuelle et incestueuse : « Lune, avec la mère enfin baisée… » (Allen Ginsberg dans son poème « Howl », 1956) ; « Elle attend que nous allions la séduire. » (Dorian Gray à propos de la lune, dans le roman Le Portrait de Dorian Gray (1890) d’Oscar Wilde) ; « La lune et moi, on est pareil ! » (Mongola dans le spectacle comique À l’Olympia déjà ! (1992) d’Élie Kakou) ; « Tu crois que c’est toi, les étoiles ? Et moi, la lune ? J’avais cru que tu étais la lune. Moi aussi, j’ai été absente, tu sais. J’ai l’impression d’avoir été absente pendant tout ce temps. » (Esti à son amante Ronit dans le roman La Désobéissance (2006) de Naomi Alderman, p. 139) ; « La lune, son amie » (Cyrano dans la pièce Cyrano intime (2009) d’Yves Morvan) ; « Ton père avait, entre parenthèses, une tête de lune. » (la mère de Doña Rita dans la pièce La Tragi-comédie de Don Cristóbal et Doña Rosita (1935) de Federico García Lorca) ; « La lune me caresse le visage si je lui demande. » (Nathan dans le film « Les Astres noirs » (2009) de Yann Gonzalez) ; « Et maintenant, la lune, énorme, se levait dans le ciel ; puis elle sembla s’immobiliser et regarder Stephen [l’héroïne lesbienne] fixement. » (Marguerite Radclyffe Hall, The Well Of Loneliness, Le Puits de solitude (1928), p. 60) ; « Tes lèvres sont fraîches comme la mer au clair de lune, mais le soleil levant succède à la lune. » (idem, p. 412) ; « Fly me to the moon. » (Didier Bénureau dans son spectacle musical Bénureau en best-of avec des cochons, 2012) ; « Je suis aussi fier de toi que si tu avais marché sur la lune. » (Glen s’adressant à son amant Russell qui tente de s’imaginer qu’il fait son coming out à son père, dans le film « Week-end » (2012) d’Andrew Haigh) ; « Je pensais que je n’avais qu’à tendre la main pour toucher la lune. » (Danny parlant à son amant Zach de « leur » mère, dans le film « Judas Kiss » (2011) de J.T. Tepnapa et Carlos Pedraza) ; « Arrêtez de chanter ‘Au clair de la lune’ à vos enfants. C’est une chanson érotique. Et Pierrot est gay. » (Jefferey Jordan dans son one-man-show Jefferey Jordan s’affole, 2015) ; « C’est la pleine lune ce soir. C’est sûrement un signe. » (Sam, la mère toxique de Rupert le héros homo de 10 ans, dans le film « Ma Vie avec John F. Donovan » (2019) de Xavier Dolan) ; etc. Par exemple, dans la pièce Dépression très nerveuse (2008) d’Augustin d’Ollone, il est question de « l’attraction de la lune ». Dans la pièce La Pyramide ! (1975) de Copi, on nous parle de la « déesse lune ». Dans le téléfilm « Clara cet été-là » (2003) de Patrick Grandperret, c’est juste après le baiser lesbien qu’on nous montre la lune dans le ciel nocturne. La lune est l’incarnation de la passion ravageuse : « Marlène amoureuse, la pleine lune aussi. » (cf. la chanson « Mourir d’ennui » de Jeanne Mas) Dans le film « Xenia » (2014) de Panos H. Koutras, Dany, le héros homo face à la lune, en croisière en bateau, rencontre son actrice-chanteuse fétiche de l’autre côté de l’océan : jusqu’à la fin, il prend Patty Pravo pour un substitut maternel et identitaire. Dans la pièce Hétéro (2014) de Denis Lachaud, la lune est l’amant homosexuel que Gatal, le héros homosexuel, se voit offert (et en réalité imposé) par ses deux « pères » en couple homo : « Réjouis-toi, cowboy. La lune sera rousse pour tes fiançailles. » lui dit son Père 1. Elle éclipse aussitôt le futur fiancé de Gatal qui, immédiatement après avoir entendue cette phrase, quitte la scène : « Je disparais. »

 

B.D. "Le Monde fantastique des gays" de Copi

B.D. « Le Monde fantastique des gays » de Copi

 

Dans le film « Pédale douce » (1996) de Gabriel Aghion, Alexandre, le héros hétéro, feuillette un prospectus de prévention Sida dans la boîte gay Chez Eva dans lequel figure une publicité »La Face cachée de la lune ». Et plus tard, pour cette même raison, il est suspecté d’être de la jaquette par un de ses employés, André, ouvertement homosexuel : « Alors ? Ce soir, on nous montre la face cachée de la lune ? ». La lune est finalement cette part d’homosexualité qui résiderait dans l’hétérosexualité.
 

Souvent, la lune est associée au sexe féminin, donc à la mère primitive poétique qu’un élan incestueux pousse à rejoindre : « Une lune croit en même temps que je décoince les jambes. » (la jeune femme dans la pièce Mon cœur avec un E à la fin (2011) de Jérémy Patinier) ; « Dieu a dit à la Lune de se renouveler chaque mois. C’est une couronne de splendeur pour ceux qui naissent des entrailles, car eux aussi, ils sont destinés à se renouveler, comme elle. » (cf. une citation du Kiddoush levana, apparaissant dans le roman La Désobéissance (2006) de Naomi Alderman, p. 126)

 

B.D. "Femme assise" de Copi

B.D. « Femme assise » de Copi


 

Le personnage homosexuel vénère la lune comme une déesse à laquelle il s’identifie et rêve de s’unir dans une fusion fatale : « Être la lune, perdue dans tes étoiles, cachée derrière un voile pour annuler la pâleur de ma plume. Être la lune. » (cf. la chanson « La Lune » de Jeanne Mas) ; « J’ai demandé à la Lune ce que tu pensais. » (cf. une Habanera du musicien-chanteur Eduardo Sánchez de Fuentes dédié au poète homosexuel Federico García Lorca qui a voyagé à La Havane en 1930) ; « J’ai demandé à la lune si tu voulais encore de moi. » (cf. la chanson « J’ai demandé à la Lune » du groupe Indochine) ; « Accroché à la lune comme un effroyable pantin » (Yanowski lors de son concert Le Cirque des Mirages, 2009) ; « Vous êtes assises sur une faux ? C’est un croissant de Lune ? Attention, ça coupe ! Aïe, Linda ! Vous jaillissez de partout ! » (Loretta Strong dans la pièce Loretta Strong (1978) de Copi) ; « Jack Spencer, après avoir touché la lune, touche le fond. » (cf. l’article de journal décrivant le départ de Jack de l’Opéra, dans la pièce La Dernière Danse (2011) d’Olivier Schmidt)

 

Dans le film « Moonlight » (2017) de Barry Jenkins, Chiron, le jeune héros homosexuel, apprend que les Noirs, face à la lune, deviennent bleus. Il s’identifie donc à cette nouvelle race homo-noire de semi-extraterrestre.
 

L’astre détruit ce qu’il avait pourtant fait vivre par la réification. Il démythifie en mythifiant, viole en rendant éphémèrement vierge, transforme les êtres humains en statues et en spectres (et c’est bien connu que la lumière de la lune, en même temps qu’elle éclaire, est fatale aux photos: elle les fait jaunir). Exactement comme le personnage de Léni dans le roman El Beso De La Mujer-Araña (Le Baiser de la Femme-araignée, 1976) de Manuel Puig, sacralisée mais aussi meurtrie par l’action lunaire : « La brise éteint les bougies, qui faisaient toute la lumière. Seule entre la clarté de la lune, et elle éclaire Léni, qui ressemble à une statue de plus, grande comme elle est, avec sa robe blanche qui la serre de près, on dirait une amphore grecque […]. Elle a comme la certitude que des choses très importantes vont surgir dans sa vie, et presque sûrement pour aboutir à un tragique dénouement. Elle est à la fois une déesse, et une femme très fragile, qui tremble de peur. » (p. 57) On retrouve la même action destructrice – et paradoxalement magique – de la lune sur la reine du carnaval dans la pièce Dalida, du soleil au sommeil (2011) de Joseph Agostini (Dalida, la femme fatale qui s’achemine vers la mort, porte « sa robe blanche, comme une tache de lune »), ou encore dans la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi : « Alors, elle, resplendissante, monterait et redescendrait la Butte, comme une pute enveloppée de Chanel à la lumière de la lune, toute seule avec son destin, singe, guenon ou femme cruelle, souvenir d’un Carnaval solitaire de fille à bite ou d’homme sans apparat ! » (Fifi à propos de Lou) ; « Je veux t’attendre au zénith dans le ciel de la pleine lune ! Je veux ta virginité. » (Ahmed à Lou, idem) ; etc. La lune peut même prendre les traits du diable : « Sous la lune naissent parfois d’étranges créatures. » (cf. une réplique de la comédie musicale La Nuit d’Elliot Fall (2010) de Vincent Daenen) ; « Je n’ai pas oublié de cette nuit-là […] son visage incandescent pareil à une lune rousse sous la lumière inactinique. » (le narrateur parlant de son amant Didier dans la nouvelle « La Chaudière » (2010) d’Essobal Lenoir, p. 27) ; « Pendant ce temps, l’uniquement objet [Jason, le héros homosexuel] du désir de Mourad, assis sur son balcon face à la lune, pleurait à chaudes larmes. […] La lumière de la lune se suffisait à elle-même, et les éléments du décor se recomposaient harmonieusement, lui révélant, sans plus de raison ni avec moins d’évidence, que l’horreur du monde a pour revers son inexprimable beauté. » (Christophe Bigot, L’Hystéricon (2010), pp. 245-246) ; « Vous êtes mon astre et mon désastre : trop brève apparition, puis éclipse. » (Émilie s’adressant à son amante Gabrielle, dans le roman Je vous écris comme je vous aime (2006) d’Élisabeth Brami, p. 32) ; etc. Par exemple, dans le film « Métamorphoses » (2014) de Christophe Honoré, la lune est filmée en gros plan quand Narcisse se suicide en se jetant du haut d’un immeuble.

 

Mais j’irai même plus loin en disant que la lune est celle qui donne l’énergie du viol. Par exemple, dans la pièce À toi pour toujours, ta Marie-Lou (2011) de Michel Tremblay, Léopold, avant d’aller violer sa femme Marie-Lou, a récité des poèmes à la lune (« Il disait à la lune qu’il ne voulait pas qu’elle s’en aille. »).

 

B.D. "Kang" de Copi

B.D. « Kang » de Copi


 

Dans le film « La Mala Educación » (« La mauvaise éducation », 2003) de Pedro Almodóvar, tandis que les garçons vont se baigner dans un lac, Ignacio et le père Manolo s’excentrent. Ignacio, le jeune garçon qui se révèlera homosexuel, chante cette chanson dédiée à la lune, juste avant de se faire violer : « Moon River, jamais je ne t’oublierai, jamais je ne me laisserai emporter par les eaux, les eaux tourmentées du fleuve de la lune qui tourbillonne à mes pieds. Ô fleuve, ô Lune, dites-moi où se trouvent, Mon Dieu, le bien et le mal, dites-le moi. Je veux savoir ce qui se dissimule dans l’obscurité pour qu’enfin soit dévoilé… »

 

B.D. "Femme assise" de Copi

B.D. « Femme assise » de Copi


 

En temps normal, la lune homo-fictionnelle dénature, fait violence à la sexualité par la glorification de l’irréel, de l’inversion, de l’artifice, de l’androgyne (cette créature inexistante, qui a aboli la sexuation), par conséquent de l’homosexualité. « La lune, cette déesse des filles sans garçon… » (cf. une réplique de la pièce Le Songe d’une nuit d’été (1596) de William Shakespeare) ; « Me parlez-vous de loin, de votre île de la lune à l’envers qui invite à l’union ? » (Émilie à son amante Gabrielle, dans le roman Je vous écris comme je vous aime (2006) d’Élisabeth Brami, p. 19) ; « J’ai l’impression que vous m’habitez, que vous me parlez sans cesse, de là-bas, de votre domaine sur l’île de la lune à l’envers. » (idem, p. 138) ; « Elle [Esti, l’héroïne lesbienne] s’était rendue au mikvé afin de se purifier de son mari, mais Ronit [son amante] allait revenir. En marchant vers sa maison, sous la lune décroissante, Esti sentit vaguement la marée s’inverser. » (Naomi Alderman, La Désobéissance (2006), pp. 36-37) ; « Au clair de la lune, je suis une catin. » (Tom, le fan de Mylène Farmer, dans la pièce Et Dieu créa les fans (2016) de Jacky Goupil) ; etc. Par exemple, la pièce La Nuit de Madame Lucienne (1986) de Copi commence précisément dans les studios de Télé-Lune ; y sévit une dictature prescrivant un nouvel ordre sexuel, une séparation arbitraire de l’Humanité, ainsi qu’une propagande maternante aseptisée : « Nous allons séparer nos chers spectateurs en mâles, femâles et transexuâles. […] La politique sur la Lune : tout est calme à l’heure qu’il est, une brise légère me caresse, je retouche mon maquillage à l’aide d’un pinceau aérien. C’est l’heure de la paix, pour nous, lunaires. » Dans la pièce La Pyramide ! (1975), du même auteur, quand la Princesse demande à sa mère la Reine « comment fait-on pour avoir un fils mâle ? », celle-ci lui répond : « C’est toujours pile ou face, une face la lune, l’autre le soleil. » L’identité sexuée est éclipsée au profit d’une androgynie lunaire bipolaire angélique.

 

Dans la comédie musicale HAIR (2011) de Gérôme Ragni et James Rado, particulièrement gay friendly, la lune occupe le devant de la scène (« Regardez la lune ! Regardez la lune ! » s’exclame Aldebert ; « Ce soir, la dernière nuit du monde, restons tous ensemble regarder la lune. » dira un peu plus tard Claude)… et on comprend pourquoi ! Elle illustre l’errance amoureuse de tous les personnages, l’indifférenciation identitaire engendrée par la société matérialiste, uniformisante, imposant une bisexualité asexualisante.

 

B.D. "Femme assise" de Copi

B.D. « Femme assise » de Copi


 

Dans le film « Hoje Eu Quero Voltar Sozinho » (« Au premier regard », 2014) de Daniel Ribeiro, Gabriel propose à son futur amant Léo de voir l’éclipse de lune : « La lune disparaît dans le ciel. » Léo lui demande l’intérêt de regarder les éclipses. Gabriel lui explique qu’il y a une éclipse quand « le soleil, la Terre et la lune sont tous les trois exactement alignés » Sous l’éclairage lunaire, Gabriel voit en Léo un androgyne illuminé à moitié par la lune et brûlé par le soleil de l’autre.

 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 

PARFOIS RÉALITÉ

 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 
 

Film "Noche Sin Luna" de Bethynia Cárdenas Íñiguez

Film « Noche Sin Luna » de Bethynia Cárdenas Íñiguez


 

La lune est une planète qui attire beaucoup de personnes homosexuelles. Elle a déjà inspiré les titres de certains de leurs écrits, des pseudonymes d’hommes travestis (exemple : Claire de Lune), ou bien des noms de lieux d’homosociabilité (cf. la revue La Luna De Madrid (1983) de Borja Casani, le bar gay The Full Moon Saloon d’Orlando, aux États-Unis ; beaucoup d’établissements lesbiens se font baptiser La Lune noire ; on peut aussi penser au fameux Moonwalk de Michael Jackson… qui n’est d’ailleurs pas une invention de Michael finalement). Par exemple, en 1974, Paul Morrissey et Andy Warhol ont travaillé sur un projet de musical à Broadway, intitulé Man On The Moon.

 
LUNE Soirée Lune
 

Certains individus homosexuels utilisent la lune comme un exutoire de leur amour non-donné. Elle est la Muse de leur fanatisme : « Ô Lune ! Tu as toujours été à mes côtés, m’éclairant dans les moments les plus terribles. Tu a été ma mère, ma véritable déesse ! » (Reinaldo Arenas, Antes Que Anochezca (1992), p. 340) ; « Mais vous êtes un détraqué de la lune ?!? » (Georges Beller à Steevy Boulay, dans la pièce Ma Femme est folle (2011) de Jean Barbier) ; « Sur le plan astronomique, […] la lune, se trouvant entre la terre et le soleil, reçoit la lumière du soleil, et, comme le soleil, éclaire la terre. Cette situation particulière investit la lune d’une surdétermination diffuse. En effet, dans cette perspective, la lune devient, par extension, l’astre qui instaure un lien entre le monde des dieux et celui des hommes. Voilà pourquoi elle dispense la folie. Or, c’est effectivement une folie divine qui possède et inspire ces médiateurs par excellence entre les dieux et les hommes, que sont les devins et les praticiens d’initiations ; lesquels, par choc en retour, se voient affectés de ce caractère bisexuel, qui caractérise les intermédiaires et les médiateurs de tout ordre. » (cf. l’article « Bisexualité et médiation en Grèce ancienne » de Luc Brisson, dans l’ouvrage collectif Bisexualité et différence des sexes (1973), pp. 38-39)

 

Film « Das Flüstern Des Mondes » (« Whispering Moon », 2006) de Michael Satzinger

Film « Das Flüstern Des Mondes » (« Whispering Moon », 2006) de Michael Satzinger


 

La lune a beau être bien lointaine et absente (objectivement, à part pour les gens vivant la nuit, elle occupe davantage nos songes que notre quotidien), elle renvoie quand même chez l’être humain au moins à une réalité psychique et fantasmatique, à un désir de toute-puissance originelle, d’irréalité androgynique égoïste (d’ailleurs, elle est le symbole même de la moitié ou du quartier), à un désir idolâtre fétichiste (de devenir objet), et donc à un fantasme de mort ou de viol incestueux : « Il y avait trois genres : originairement, le mâle était un rejeton du soleil ; la femelle, de la terre ; de la lune enfin, celui qui participe de l’un et de l’autre ensemble. » (Platon, « L’Humanité primitive », Le Banquet (- 385 av. J.-C.), cité dans l’essai L’Homosexualité de Platon à Foucault (2005) de Daniel Borillo et Dominique Colas, p. 34) ; « Dylan et Ednar ne cessaient de s’aimer sans témoins ; seules la lune et les étoiles pouvaient entendre l’écho de ce voix qui chuchotaient sur la falaise. » (Jean-Claude Janvier-Modeste, dans son autobiographie Un Fils différent (2011), p. 31) ; « J’ai été retrouvé la Femme lunaire. Elle m’a confié comment elle avait été violée par son père. » (Simone de Beauvoir, parlant de son amante « la femme lunaire », dans une lettre rapportée dans la pièce-biopic Pour l’amour de Simone (2017) d’Anne-Marie Philipe)

 

LUNE Cocteau

 

Tout porte à croire que la lune est l’éclairage scénique de la tragédie : « Elle a mis à chauffer la cire sur la cuisinière. Les pots ont explosé et le liquide brûlant a recouvert son corps comme une horrible robe dégoulinante. Elle a passé des mois à l’hôpital. Nous avons entendu son cri désespéré quand elle s’est regardée dans le miroir pou la première fois après l’accident. Nous étions à notre porte, sur la terrasse. Elle est rentrée comme une folle dans le poulailler et, pour se venger de sa tragédie, elle a égorgé, une à une, toutes les poules qui essayaient de s’envoler avec terreur. J’ai compris l’absurdité d’avoir des ailes sans pouvoir voler. Elle a fini par saisir le coq qu’elle a achevé avec les dents. Un nuage laissa filtrer les rayons d’une lune grise qui illumina le terrible visage monstrueux, ensanglanté par le sang du coq. Quelque temps après, elle est repartie. Elle a disparu dans la nature. Peut-être a-t-elle cherché dans la jungle la compassion des bêtes […]. Ce poulailler devint ma scène : il avait été le décor d’une véritable tragédie, je pouvais donc l’habiter de mes fantaisies. » (Alfredo Arias, Folies-Fantômes (1997), pp. 166-167)

 

La lune occupe une place très importante dans le répertoire musical de Mylène Farmer, l’icône gay préférée de la communauté homosexuelle française : cf. la chanson « Vertige » (« Plus loin, plus haut, j’atteins mon astre. »), « Libertine » (« Cendre de lune, petite bulle d’écume, poussée par le vent, je brûle et je m’enrhume. »), « Paradis inanimé » (« Sous la lune m’allonger. ») ; « Looking For My Name » (« Oh ! I see the moon, I see no trace of you. »), « Pas le temps de vivre » (« Il est des heures où, quand la lune est si pâle, l’être se monacale. ») ; « Il n’y a pas d’ailleurs » (« Pour renaître de tes cendres, il te faudra réapprendre. Aimer vivre, rester libre. Délaisser tes amertumes, te frayer jusqu’à la lune un passage, il faut me croire. ») ; « Pourvu qu’elles soient douces » (« D’un poète tu n’as que la lune en tête. »), « Et si vieillir m’était conté » (« Bientôt la lune est pleine. ») ; les vidéo-clips « Tristana » et « L’Âme-stram-gram ». Dans l’univers farmérien, la lune se réfère en général à la maternité avortée, à un mortel inceste (avec soi-même), à l’impossibilité de l’amour homosexuel.

 

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