personnage empêchant

Personnage homosexuel empêchant l’union femme-homme

 
 

NOTICE EXPLICATIVE :

 
 

Tous briseurs de couples ??

 

Les individus homosexuels sont-ils contre les couples femme-homme ? Pas tous. Mais beaucoup d’entre eux, oui, parce qu’ils s’opposent (à juste titre pourtant) aux couples cinématographiques hétéros (et à tous les couples femme-homme qui les imitent dans la réalité), et qu’ils les ont confondu avec les couples femme-homme aimants non-hétérosexuels.

 

Beaucoup de personnes homosexuelles empêchent la rencontre entre la femme et l’homme en la diabolisant ou en la romançant sur les écrans. « Pour pouvoir abolir le mariage, il faut d’abord que tout le monde puisse en bénéficier. […] C’est l’étape suivante. » (Caroline Mécary, Avocate au barreau de Paris, s’exprimant au sujet du « mariage pour tous » au festival Mode d’emploi à Lyon en novembre 2013) Dans certains films homo-érotiques, il n’est pas anodin que ce soit le personnage homosexuel qui, on ne sait jamais vraiment pourquoi (peut-être s’interpose-t-il pour leur éviter une guerre dramatique élaborée par ses propres fantasmes ?), sépare la femme et l’homme. Le film « Pédale douce » (1996) de Gabriel Aghion en fournit un parfait exemple. Les représentations stylisées du combat entre le camp des filles et celui des garçons – notamment dans les comédies musicales et les jeux télévisés – excitent souvent beaucoup les personnes homosexuelles. Elles mettent fréquemment en scène l’impossibilité de l’union femme/homme, souvent par le traitement tragi-comique, à travers une scène de répudiation entre une femme hautaine et un homme désespéré l’implorant à genou, ou bien des disputes cataclysmiques jouées par des stéréotypes agressifs de chacun des deux sexes.

 

Cette vision diabolisée ou mièvre de l’union femme-homme implique aussi l’illusion de la compréhension parfaite entre les femmes et les hommes réels. Beaucoup de personnes homosexuelles divinisent le couple hétérosexuel, y compris aux dépens du mariage et du couple femme-homme réel non-hétérosexuel. Elles croient à la fois que tous les humains sont condamnés à ne jamais être heureux en amour, et paradoxalement, qu’ils goûtent tous au bonheur magique et « normal » dont elles seules seraient privées. Par exemple, certaines pensent naïvement que « les enfants hétéros n’auront jamais aucun problème dans leur vie » (Denis, témoin homosexuel dans l’émission Bas les masques (1992) de Mireille Dumas). Comme elles attribuent à ceux qu’elles appellent parfois « les normaux » ou « les heureux » (Jean-Louis Bory, La Peau des zèbres (1969), p.128) une vie selon les stéréotypes de la publicité, elles assurent que l’existence des autres est peu enviable, mais cependant plus harmonieuse que la leur. « Je pensais jalousement à ces hommes anonymes qui à cette heure s’amusaient, grossièrement peut-être, mais qui étaient supérieurs à moi par leur connaissance du plaisir, dont j’avais seulement le désir… » (cf. le poème « El Placer » de Luis Cernuda)

 

Beaucoup de personnes homosexuelles idéalisent le couple femme-homme non-hétérosexuel parce que elles le jalousent secrètement, lui ET le couple hétérosexuel. La jalousie semble être l’un des moteurs principaux du désir homosexuel. Certaines personnes homosexuelles la justifient en la projetant en haine « hétérophobe » sur ceux qui ne seraient que des « homophobes envieux » (Gregory Woods, Historia De La Literatura Gay (2002), p. 294) faisant une allergie inexpliquée à « leur bonheur d’homosexuels ». En définitive, elles envisagent que le bonheur puisse être gênant, non pas parce qu’il le serait réellement, mais parce qu’elles-mêmes en font une expérience paradoxale. La félicité des autres a souvent quelque chose d’écœurant quand on ne la vit pas exactement soi-même. S’il y a une haine de leur part pour le couple femme-homme qu’elles qualifient de « tyrannique », c’est parce qu’effectivement il est matraqué en tant que « modèle hétéro » idyllique dans les médias, mais aussi parce que la supériorité du couple femme-homme désirant (donc non-hétérosexuel) réveille leur orgueil mal placé et les renvoie de fait aux déficiences des structures conjugales homosexuelles (et hétérosexuelles !). Leur mépris affiché des couples intégrant la différence des sexes exprime leur quête désespérée d’approbation et la volonté de se substituer à ces couples dans l’inversion mimétique hétérosexuelle ou homosexuelle.

 
 

N.B. : Je vous renvoie également aux codes « Trio », « Destruction des femmes », « FAP ‘Fille à pédé(s)’ », « Parricide la bonne soupe », « Jumeaux », « Duo totalitaire lesbienne/gay », « Violeur homosexuel », « Haine de la famille », à la partie « Parents divorcés » du code « Orphelins », à la partie « Fils de Merteuil et Valmont » du code « Liaisons dangereuses », à la partie « Scène de répudiation » du code « Femme et homme en statues de cire », et la partie « Peur de la sexualité » du code « Symboles phalliques », dans mon Dictionnaire des Codes homosexuels.

 
 

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FICTION

 

Film "Garçon stupide" de Lionel Baier

Film « Garçon stupide » de Lionel Baier


 

Très souvent dans les fictions traitant d’homosexualité, le personnage homosexuel fait barrage à l’amour entre la femme et l’homme : cf. le film « L’Un dans l’autre » (1999) de Laurent Larivière (Matthieu drague son pote Antoine qui cherchait pourtant à flirter avec Laëtitia la veille), le film « Pédale douce » (1996) de Gabriel Aghion (Adrien face au couple Eva/Alexandre), le film « Ma vraie vie à Rouen » (2002) d’Olivier Ducastel et Jacques Martineau (Étienne avec le couple Vanessa/Ludovic), le roman Les Liaisons dangereuses (1782) de Choderlos de Laclos (la Marquise de Merteuil court-circuitant l’idylle amoureuse entre Cécile Volanges et le Vicomte de Valmont), la pièce Les Amers (2008) de Mathieu Beurton (Kevin face au couple Joe/Jenny), le film « Garçon stupide » (2003) de Lionel Baier (Loïc empêchant sa meilleure amie Marie d’avoir un copain : il la traite même de « pute » dès qu’elle vit une histoire d’amour), la pièce L’École des femmes (1662) de Molière (Arnolphe s’interposant entre Agnès et Horace), le film « De sang-froid » (1984) de Penelope Spheeris, la pièce Elvis n’est pas mort (2008) de Benoît Masocco (la lesbienne « John » séparant le couple Elvis/Marilyn), la pièce Confidences entre frères (2008) de Kevin Champenois (Damien faisant obstacle à l’union Amélie/Samuel), la pièce Doubles (2007) de Christophe et Stéphane Botti (avec Louis, empêchant son frère siamois de connaître une fille), le vidéo-clip de la chanson « Libertine » de Mylène Farmer, la pièce Une Cigogne pour trois (2008) de Romuald Jankow (Sébastien, le héros homosexuel empêchant l’union Paul/Marie : il traite sa meilleure amie Marie de « garce » dès qu’elle lui préfère un autre homme), le film « Dead Ringers » (« Faux semblants », 1988) de David Cronenberg (Elliot cherche à séparer son frère jumeau Beverly et la femme de ce dernier, Claire), la pièce On la pend cette crémaillère (2010) de Jonathan Dos Santos (avec François, le héros homosexuel, sautant sur les hommes mariés, et essayant de détourner Jérôme de Catherine), le film « Nettoyage à sec » (1997) d’Anne Fontaine (le jeune Loïc s’ingérant dans la vie d’un ménage, Nicole et Jean-Marie), le film « L’Homme de sa vie » (2006) de Zabou Breitman (Hugo arrachant Frédéric à sa vie d’homme marié), etc.

 

Par exemple, dans le film « Alone With Mr Carter » (2012) de Jean-Pierre Bergeron, le jeune John, amoureux d’un papy de 70 ans, tache de jus de fruit la veste de la copine de Mr Carter, Lucilla, quand elle se serre de trop près à ce dernier. Dans le film « Praia Do Futuro » (2014) de Karim Aïnouz, Konrad, le héros homosexuel, vient séparer Ayrton et sa copine Dakota. Dans le film « Respire » (2014) de Mélanie Laurent, Sarah, l’héroïne lesbienne, s’interpose de manière intempestive et déplacée dans une conversation téléphonique où les parents de sa copine Charlène se parlent, en agressant le père pour que la mère « l’envoie chier définitivement » et pour couper court à leur discussion. Charlène est morte de rire avec elle. Dans la pièce Lettre d’amour à Staline (2011) de Juan Mayorga, Staline s’incruste dans le couple Boulgakov/Boulgakova pour séduire l’intellectuel. Dans le film « À mon frère » (2010) d’Olivier Ciappa, le fait que l’un des deux jumeaux ait trouvé copine est ressenti par l’autre comme une trahison et une hypocrisie. Dans le one-woman-show Wonderfolle Show (2012), Nathalie Rhéa reprochent aux couples hétéros se tenant la main dans la rue de lui barrer le chemin à cause de leurs bras. Dans la pièce Qui aime bien trahit bien ! (2008) de Vincent Delboy, Sébastien, le héros homosexuel, trame tout un plan pour dresser Stéphanie, sa « meilleure amie », contre Pascal, le petit ami de celle-ci. Dans le film « C.R.A.Z.Y. » (2005) de Jean-Marc Vallée, Zac s’interpose entre sa cousine et le copain de cette dernière, en se plaçant au milieu de leur lit conjugal. Dans le téléfilm « La Confusion des sentiments » (2000) d’Ilan Duran Cohen, Alain, le héros homosexuel, fait écran à l’union entre Marc et Babette. Dans le vidéo-clip de la chanson « J’ai le droit aussi » de Calogero, le héros homosexuel, attristé, se retrouve pris en sandwich entre un couple hétéro qui s’embrasse. Dans la série Clara Sheller (2005) de Renaud Bertrand, JP, le héros homosexuel, empêche le couple Clara/Patrick de se former (cf. l’épisode 1 « À la recherche du prince charmant »), car il veut posséder à la fois l’exclusivité affective de sa meilleure amie, et garder Patrick pour lui tout seul. Dans le film « Club de femmes » (1936) de Jacques Deval, Alice en pince pour sa camarade de pensionnat Juliette, qui n’a d’yeux que pour son fiancé ; jalouse, elle se débarrasse de la lettre de demande en mariage de sa copine, pour faire échouer le projet. Dans la pièce La Cage aux folles (1973) de Jean Poiret, Georges veut dissuader son fils Laurent de se marier avec une femme. Dans la pièce Coloc’ à taire ! (2010) de Grégory Amsis, Fred, le héros homo, trahit sa meilleure amie en lui piquant son copain. Dans la pièce Casimir et Caroline (2009) d’Ödön von Horváth, Eugène s’oppose à l’union Casimir/Caroline. Dans le film « Donne-moi la main » (2009) de Pascal-Alex Vincent, Quentin voit d’un très mauvais œil la relation amoureuse entre son frère jumeau Antoine et Clémentine. Dans la pièce Une Heure à tuer ! (2011) de Adeline Blais et Anne-Lise Prat, Claire veut faire divorcer le couple Joséphine/Luc. Dans le film « Circumstance » (« En secret », 2011), Maryam Keshavarz, Atafeh essaie d’arracher sa copine Shirin du mariage hétérosexuel dans lequel elle s’est empêtrée. Dans la pièce Ça s’en va et ça revient (2011) de Pierre Cabanis, Hugo, l’homosexuel qui n’avait pas voulu de Franckie quand elle était célibataire, la jalouse quand elle revient avec un « ex » à elle. Dans le film « Les Enfants terribles » (1949) de Jean-Pierre Melville, Catherine intercepte une lettre d’amour entre Paul et Agathe. Dans la pièce Le Gai Mariage (2010) de Gérard Bitton et Michel Munz, le père homosexuel d’Henri (le héros qui feint l’homosexualité) traite Elsa, la copine de son fils, de « folle » : elle serait « une de ces tordues » qui va détourner son fils du « droit chemin de l’homosexualité ». Dans le film « Free Fall » (2014) de Stéphane Lacant, Engel est le tentateur de Marc, l’homme marié et futur père : Marc lui reproche d’avoir « bousillé sa vie ». Dans le film « East Of Eden » (« À l’est d’Éden », 1955) d’Elia Kazan, Cal (James Dean) espionne son frère Aron et sa future femme Abra, et il leur fait une crise de jalousie en jetant contre eux des blocs de glace. Dans le film « Après lui » (2006) de Gaël Morel, Camille, la mère de Matthieu, juge les mariages « inconscients ». Dans la pièce Gouttes dans l’océan (1997) de Rainer Werner Fassbinder, Léopold veut empêcher son amant Franz de revoir Ana… puis il la lui piquera. Dans le film « Guillaume et les garçons, à table ! » (2013) de Guillaume Gallienne, Guillaume, le héros bisexuel, est témoin que son meilleur ami Jérémy baise la belle Lisa sous la pluie… et il maudit bien sûr sa rivale : « C’est vraiment une espèce de… » Dans la pièce La Belle et la Bière (2010) d’Emmanuel Pallas, Léo, le héros homosexuel, se montre jaloux du couple Garance/Riton. Dans le film « Test : San Francisco 1985 » (2013) de Chris Mason Johnson, Todd s’incruste entre Molly et Frankie son futur amant en se mettant au milieu d’eux sur le canapé, jartant la donzelle ainsi que sa tentative de faire virer sa cuti à Frankie. Dans la pièce L’Héritage était-il sous la jupe de papa ? (2015) de Laurence Briata et Nicolas Ronceux, Géraldine, la femme de Nicolas le héros homosexuel, est contrainte d’assister au mariage d’inconnus, Laurence et Martin, qu’elle cherche à détruire de son regard critique assassin : elle ne supporte pas « le mariage de ces guignols ». Dans la pièce Les Faux British (2015) d’Henry Lewis, Jonathan Sayer et Henry Shields, Thomas, le héros homosexuel, maintient une relation très fusionnelle avec sa sœur Florence. « Je n’apprécie pas que vous mettiez vos sales pattes sur ma sœur ! » dit-il à Helmer, le fiancé de Florence, en lui faisant comprendre que la chasse est gardée. Helmer résiste, en vain : « C’est un être dangereux, particulièrement déséquilibré. Il ne supportera de donner sa sœur à qui que ce soit. ». « Il est de notoriété publique que vous êtes d’une possessivité maladive à l’égard de votre sœur. » lui lance-t-il à la face. Dans le film « The Talented Mister Ripley » (« Le Talentueux M. Ripley », 1999) d’Anthony Minghella, Tom, le héros homo, observe l’homme qu’il aime faire l’amour dans un bateau avec une femme, Marge, en forçant un peu la main à celle-ci. On découvre qu’il brise le couple de Dick et de Marge, puis pique Peter à Marge. Dans la pièce Les Favoris (2016) d’Éric Delcourt, Guen, le héros homosexuel, dénigre les sentiments que porte Stan à sa meilleure amie Camille. Dans le film « La Passion d’Augustine » (2016) de Léa Pool, Augustine, mère supérieure d’un couvent-conservatoire, transpose sur sa nièce Alice, virtuose en piano, tous ses fantasmes esthétiques, amoureux et carriéristes, inachevés. Lorsque celle-ci a une aventure avec un garçon et l’embrasse sur la bouche, Augustine s’interpose in extremis. Dans le film « Demain tout commence » (2016) d’Hugo Gélin, Bernie, le producteur homosexuel, a pris sous son toit son ami hétéro Samuel (Omar Sy), et lui fait une crise de jalousie quand ce dernier essaie de se remettre en couple avec Kristin : « T’as pas recouché avec elle j’espère ? » lui demande-t-il sérieusement. Dans le film « Love, Simon » (2017) de Greg Berlanti, Simon, le héros homo, pour ne pas que son homosexualité soit révélée par Martin, va tout faire pour empêcher le beau couple Nick et Abby de se former : « J’voulais empêcher que vous sortiez ensemble. » Dans le film « Pédale dure » (2004) de Gabriel Aghion, Seb et Loïc, couple homo, essaient de séparer Marie et Charles, pour garder Marie rien que pour eux et pour leur projet parental. L’intéressée résume bien leur démarche : « Non seulement je te baise pas mais je décourage ceux qui veulent te baiser ! »

 

Il arrive souvent que l’objectif – plus ou moins délibéré – du héros homosexuel soit de briser les couples, pour des raisons paradoxalement très nobles : c’est pour empêcher les divorces, les viols, et l’hypocrisie des mariages : « Peter était fiancé à cette conne de Loraine, dont la mère était une vraie salope. » (Emory, le héros homosexuel amoureux de Peter, dans le film « The Boys In The Band », « Les Garçons de la bande » (1970) de William Friedkin) ; « Et bien moi, je vais parler à ma main… » (Lennon, le héros homosexuel isolé quand les deux autres couples s’embrassent autour de lui, dans la pièce Scènes d’été pour jeunes gens en maillot de bain (2011) de Christophe et Stéphane Botti) ; « Vous êtes une femme folle dont le désir est de séparer les gens qui s’aiment. » (Lady Sackville s’adressant à sa fille lesbienne Vita, dans le film « Vita et Virginia » (2019) de Chanya Button) ; « Scum brisera les couples. » (une réplique de la pièce My Scum (2008) de Stanislas Briche) ; « Et ne me dis pas que les gens se marient par amour ! » (Glen s’adressant à son amant Russell, dans le film « Week-end » (2012) d’Andrew Haigh) ; « Qui dit mariage dit adultère. » (Norbert, l’un des héros homosexuel de la pièce Copains navrants (2011) de Patrick Hernandez) ; « J’avoue, je maudis tous ceux qui s’aiment. » (cf. la chanson « Assasymphonie » dans l’opéra-rock Mozart en 2012) ; « Pendant un apéro au Boobs’bourg, en attendant les autres, Cody m’avoue qu’à New York il met des petites annonces sur craiglist.org en se faisant passer pour une fille : ‘Comme ça, quand les hommes ils veulent ma chatte, je dis à eux je suis un pédé mais je peux te sucer bien ta bite à fond et avaler ton jus. Ça marche, quoi, les hommes ils ont envie d’une fille parce qu’ils pensent que c’est la seule chose qui les fait bander mais un jour où ils sont en manque ils goûtent à la bouche ou le cul d’un pédé et d’un coup ils se rendent compte que ce qui les fait bander c’est le sexe, et pas une fille, quoi. Je suis comme une sorte de terroriste queer comme j’oblige les hommes hétéros de se rendre compte que tout le monde est pédé, quoi, parce que tout le monde bande pour n’importe qui. » (Mike, le narrateur homo citant Cody, son ami homo efféminé nord-américain qui cherche à détourner des hommes hétéros, dans le roman Des chiens (2011) de Mike Nietomertz, pp. 98-99) ; « Tu vas pas me dire que tout ce bonheur, c’est pas insoutenable. » (Valentin, le héros homosexuel s’adressant à la « fille à pédés » Naima, à la vue d’un couple hétéro qui s’embrasse, dans le film « Saint Valentin » (2012) de Philippe Landoulsi) ; « Je te rappelle que les beaux gosses te rendent si nerveuse que tu vomis. » (Amy s’adressant à sa copine Karma, dans la série Faking It (2014) de Dana Min Goodman et Julia Wolov, cf. l’épisode 1 « Couple d’amies » de la saison 1) ; « Oublie-le, chérie. Il est célibataire depuis tellement longtemps qu’à mon avis il ne sait plus comment on fait. » (Maurice, le styliste homosexuel, décourageant son amie Kate de tomber amoureuse de leur collègue commun Daniel, dans le film « Les Douze Coups de Minuit », « After The Ball » (2015) de Sean Garrity) ; etc. Par exemple, dans le film « Que Viva Eisenstein ! » (2015) de Peter Greenaway, Sergueï Eisenstein, homosexuel, déclare à la police qu’il a frappé un militaire qui « violait une femme » à côté de lui sur sa couchette.

 

Film "Krampack" de Cesc Gay

Film « Krampack » de Cesc Gay

 

Mais c’est le plus souvent la passion amoureuse qui pousse à l’exécution de la différence des sexes. Le personnage homosexuel prend ses désirs pour des réalités, et projette sa propre homosexualité sur l’homme « hétérosexuel » qu’il veut voler à sa femme. « Si jamais tu te maries, tu t’éloigneras de moi. Irrémédiablement. » (Agathe dissuadant son amante Fanchette de se marier avec Lucenville, dans la pièce Les Amours de Fanchette (2012) d’Imago) ; « On dirait qu’elle va nous bouffer ! » (Fanny s’adressant à son mari Jean-Pierre à propos de Catherine, l’héroïne lesbienne dont elle va tomber amoureuse et qui s’ingère dans leur couple, dans la pièce Un Lit pour trois (2010) d’Ivan Tournel et Mylène Chaouat) ; « Ça fait combien de temps que tu la supportes, l’autre folle ? » (Philippe, le héros homosexuel s’adressant à son ami hétérosexuel, dans la comédie musicale La Belle au bois de Chicago (2012) de Géraldine Brandao et Romaric Poirier) ; etc.

 

Par exemple, dans le film « Krámpack » (2000) de Cesc Gay, Dani essaie d’empêcher le rendez-vous entre Nico et sa dulcinée Elena, en semant le doute : pour dissuader la fille, il va lui faire croire que Nico « est pédé », et qu’il s’est déjà fait draguer par lui, alors que ce n’est pas vrai du tout : « Il se sert de toi. Il me l’a fait aussi. Il veut baiser avec une nana et il t’a choisie. Après, il va te quitter. Et comme on est amis, je voulais te le dire. […]La nuit, il vient dans mon lit et me touche. Et l’autre jour, il m’a obligé à ‘le faire’. » Comme Dani voit qu’Elena ne marche pas, il est tenté de la pousser contre les rames d’un train qui passe à toute vitesse… mais il se retient de justesse.

 

Dans le téléfilm « Clara cet été-là » (2003) de Patrick Grandperret, Clara, l’héroïne lesbienne, pour se venger d’être abandonnée de sa meilleure amie Zoé qui sort avec Sébastien, essaie de faire croire à Sébastien (en le prenant à part) que Zoé n’est pas satisfaite avec lui : « Zoé m’a dit qu’elle prenait pas son pied avec toi. En réalité, je crois que son truc, c’est plutôt les filles. » Son plan machiavélique ne marche pas, car Zoé lui avoue que elle et Sébastien n’ont toujours pas couché ensemble.

 

Jean-Marc Généreuse (Mickael Young) en marin homosexuel dans « Mission Enfoirés 2017, drague son commandant le Capitaine Bigloo. Il fait tout pour que Bigloo et la jolie Belinda, qui s’aiment depuis leur jeune temps, ne puissent pas se déclarer leur amour : il fait croire au capitaine que Belinda est déjà prise. Et il se travestit lui-même en Belinda à la fin.
 

Il peut exister une concurrence entre le personnage homosexuel et la FAP (« fille à pédés »), qui se disputent le même homme, le bisexuel/la bisexuelle : « D’habitude, tu dégommes tous mes Jules ! » (Damien, le héros homosexuel à sa meilleure amie Agathe, dans la pièce Les deux pieds dans le bonheur (2008) de Géraldine Therre et Erwin Zirmi) ; « Je ne sais si l’idée d’accélérer, de monter sur le trottoir et de les renverser me vint sur le moment où si je n’y pense que rétrospectivement. » (Laura, l’héroïne lesbienne parlant du couple Sylvia/Alfred, dans le roman Deux femmes (1975) d’Harry Muslisch, p. 154) par exemple, dans le film « Fried Green Tomatoes » (« Beignets de tomates vertes », 1991) de John Avnet, Idgie est suspectée d’avoir tué Bennett, le mari de Ruth (la femme qu’elle aime)… et ce même Bennett, qui bat sa femme, est qualifié d’homosexuel refoulé.

 

Quelquefois, le protagoniste homosexuel justifie son incompréhensible attitude « anti couple femme-homme » par un attachement fusionnel à sa meilleure amie, un amour platonique qui le comblerait totalement : « Arrête de penser à lui. » ; « Décroche pas non plus, c’est pas la peine. J’suis complètement suicidaire. J’suis au-dessous de tout avec toi. Tu te demandes pas pourquoi ? J’ai peur de te perdre, c’est tout. Tu es la femme de ma vie, Eva. Lève pas les yeux au Ciel. Ne souries pas. Tu es la femme que je voudrais avoir, et celle que je voudrais être. Tu en as rencontré beaucoup, de mecs qui t’ont dit ça ? J’ai le vertige en ce moment. Moi aussi, je voudrais tout changer. Moi aussi, je me sens prisonnier, en apnée, au bord d’un gouffre. » (Adrien parlant au répondeur d’Eva, sa meilleure amie qu’il a éloignée volontairement d’Alexandre, dans le film « Pédale douce » (1996) de Gabriel Aghion) ; « Dès qu’il y a quelque chose de bon entre deux êtres, il faut que tu viennes tout gâcher ! » (Eva s’adressant à Adrien, idem).

 

Dans le film « Les Amoureux » (1994) de Catherine Corsini, quand Viviane annonce à Marc, le héros homosexuel, qu’elle est vraiment amoureuse d’un seul homme, celui-ci réagit très mal. Elle lui demande calmement de ne pas rentrer dans le cercle vicieux de la jalousie : « Recommence pas, Marc. C’est laid, la jalousie. […]C’est important, c’qui m’arrive. J’suis amoureuse de Tomec, j’te jure. » Marc menace Viviane en l’enserrant : « Le producteur de disques aussi, tu disais que t’étais amoureuse de lui ! Et le Grec ? Et le journaliste avec qui t’es venue pour l’enterrement de mémé ? Et le patron de restaurant avec qui tu devais te marier à l’église ? J’peux te faire lire toutes les lettres, si tu veux les voir ! » Viviane essaie de se justifier : « Cette fois-ci, c’est différent… » Marc fait quand même la sourde oreille, comme si Viviane lui devait des comptes : « C’est la même chose ! C’est toujours la même histoire ennuyeuse !! »

 

Film "Les Enfants terribles" de Jean-Pierre Melville

Film « Les Enfants terribles » de Jean-Pierre Melville

 

La jalousie du héros homosexuel envers le couple femme-homme s’explique parfois par un élan incestueux : il en veut à ses propres parents de l’avoir nécessairement exclu de la « scène primitive », autrement dit du coït qui l’a fait naître. « Anna et lui [Sir Philip] se mettaient à causer et à s’amuser, ignorant Stephen [l’héroïne lesbienne], inventant, comme deux enfants, d’absurdes petits jeux auxquels ne prenait pas toujours part celle qui était l’enfant véritable. Stephen s’asseyait et observait en silence, mais son cœur était la proie des plus étranges émotions, émotions qu’un petit être de sept ans n’est pas fait pour affronter et auxquelles il ne peut donner de noms précis. » (Marguerite Radclyffe Hall, The Well Of Loneliness, Le Puits de solitude (1928), p. 49) ; « Stephen avait erré jusqu’à un vieux hangar où l’on rangeait les outils de jardinage et y vit Collins [sa nourrice] et le valet de pied qui semblaient se parler avec véhémence, avec tant de véhémence qu’ils ne l’entendirent point. Puis une véritable catastrophe survint, car Henry prit rudement Collins par les poignets, l’attira à lui, puis, la maintenant toujours rudement, l’embrassa à pleines lèvres. Stephen se sentit soudain la tête chaude et comme si elle était prise de vertige, puis une aveugle et incompréhensible rage l’envahit, elle voulut crier, mais la voix lui manqua complètement et elle ne put que bredouiller. Une seconde après, elle saisissait un pot de fleurs cassé et le lançait avec force dans la direction d’Henry. Il l’atteignit en plein figure, lui ouvrant la joue d’où le sang se mit à dégoutter lentement. Il était étourdi, essayant doucement la blessure, tandis que Collins regardait fixement Stephen sans parler. Aucun d’eux ne prononça une parole ; ils se sentaient trop coupables. Ils étaient aussi très étonnés. […]Stephen s’enfuit sauvagement, plus loin, toujours plus loin, n’importe comment, n’importe où, pourvu qu’elle cessât de les voir. » (idem, pp. 38-39) ; etc. Par exemple, dans le roman Le Garçon sur la colline (1980) de Claude Brami, le jeune Pascal essaie de tuer l’amant de sa mère qu’il avait initialement considéré comme son propre amant : « J’étais bien avec lui. J’étais si bien. Et lui, lui, il ne pensait qu’à ma mère… » (p. 287) Dans le film « Mommy » (2014) de Xavier Dolan, Steve, le héros homo, empêche sa mère Diane de former un couple avec Paul, homme qu’il dénigre : « P’tain de beauf ! »

 

Enfin, la destruction jalouse du couple femme-homme par le héros homosexuel prend pour « beau » prétexte fallacieux l’unité identitaire : souvent, c’est le personnage transsexuel, qui a pour fantasme d’incarner à lui seul la différence des sexes, qui va engloutir le couple femme-homme.

 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 

PARFOIS RÉALITÉ

 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 
 

La jalousie des personnes homosexuelles à l’égard des couples femme-homme, confondus avec les hétérosexuels du cinéma, s’entend fréquemment dans leurs discours. Et je comprends pourquoi : l’hétérosexualité est détestable ! Le problème est que les couples femme-homme aimants, eux, ne le sont pas !

 

Combien de mes amis homos méprisent les préoccupations quotidiennes des couples et des familles qui les entourent, cherchent à détourner des hommes mariés ou des mères mariées (qu’ils disent à tort « hétérosexuels »), jalousent le couple femme-homme au point que leur mépris du mariage s’annonce sous forme de revendication de ce dernier et d’une « équivalence » supposée entre couples homosexuels et couples femme-homme aimants !

 

Film "Chloé" d'Atom Egoyan

Film « Chloé » d’Atom Egoyan

 

Certaines cherchent à empêcher la formation du couple femme-homme : « Il était jaloux. Il voulait m’empêcher de faire l’amour avec des filles. » (François, 17 ans, victime d’inceste à l’âge de 12 à 16 ans, et parlant de son père, dans l’essai Ça arrive aussi aux garçons (1997) de Michel Dorais, p. 169) ; « Tu es marié ? Quelle horreur ! » (Jean-Luc, 27 ans, homosexuel, dans l’essai Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970) de Jean-Louis Chardans, p. 74) ; « Très vite, les lettres échangées prirent, du moins pour moi, une tournure nettement sentimentale. Un jour, la femme de mon… amant platonique découvrit toute l’histoire ; et je souffris de nouveau énormément de cet amour malheureux ; je fus même au bord du suicide. À la suite de cette dépression nerveuse, le médecin de la famille, un être jeune, aimable et profondément humain, s’intéressa à moi, me confessa et finit par découvrir que ma vie sexuelle était reléguée à l’arrière-plan de mon existence. » (idem, p. 81) ; « Lorsque mon associée gardait seule le magasin, elle ne faisait aucune affaire ; par contre, lorsque nous étions ensemble, à chaque entrée d’un client, j’étais sûr d’être demandé. Encore jeune et jolie, mon associée me prit littéralement en grippe le jour où je lui ‘soulevai’ son fiancé, un jeune officier aviateur. Ce que je fis, d’ailleurs, bien plus par plaisir de la voir furieuse et peinée que par réel désir. » (idem, p. 88) ; « D’office, je saisissais aveuglément la différence des valeurs entre l’homme et la femme dans cette société, où la cuisine et le ménage par exemple sont synonymes de féminin ; le football et les sorties entre copains, de masculin. Sans conteste, la frontière entre les deux s’affichait clairement dans ces théories. C’est-à-dire, une philosophie totalement incohérente à mon égard. M’y soumettre ? Non, c’était déjà déchoir que de m’en contenter. » (Bertrand Nguyen Matoko, Le Flamant noir (2004), p. 47)

 

Par exemple, dans la biopic « Yves Saint-Laurent » (2014) de Jalil Lespert, Yves Saint-Laurent ne supporte pas la liaison Victoire/Pierre Bergé, et vire Victoire. Autre exemple : Serge de Diaghilew, chorégraphe russe homosexuel, faisait tout pour que « ses » danseurs ne sortent pas avec des femmes : « Pas de femmes ! Pas de femmes : la fatigue sacrée de la danse doit chasser les tentations mauvaises ! » Le danseur Serge Lifar raconte dans ses mémoires À l’aube de mon destin chez Diaghilew : Sept ans aux ballets russes (1949) comment Diaghilew a tenté de l’empêcher de maintenir une liaison amoureuse avec une femme : « Chassez cette danseuse de la troupe, car elle fait de l’œil à Lifar. » Dans son concert Free : The One Woman Funky Show (2014), Shirley Souagnon fait semblant de s’extasier sur un jeune couple d’amoureux femme-homme à qui elle demande depuis combien de temps ils sont ensemble. Ils répondent : « Deux ans. »… ce à quoi elle répond ironiquement : « C’est bien. Ça ne va pas durer. » avant de jouer la méchante : « J’aime répandre le bonheur. » Dans le film biographique « Girl » (2018) de Lukas Dhont, Lara/Victor, garçon trans M to F de 16 ans, empêche son père (Mathias) de refaire sa vie avec une femme, est très intrusif quand ce dernier rencontre Christine, veut lire ses messages de portable, déboule pendant leur dîner en amoureux.

 

Cette volonté de séparer les femmes et les hommes n’est pas délibérément cruelle, si l’on en juge uniquement les intentions : les « briseurs de couples femme-homme » homosexuels avancent qu’ils luttent contre les désastres de l’hétérosexisme, ou bien en faveur de la libération « des » homosexuels refoulés et prisonniers d’un mariage de raison. Il s’agit aussi selon eux d’éviter aux « hétéros » une terrible guerre ou un viol qu’ils appellent « couple », « mariage », ou « famille ». Par exemple, Hitler disait que la rencontre entre un homme et une femme, c’était comme une guerre. L’écrivain homosexuel Bruce Chatwin raconte que la relation entre ses parents était à l’image d’un conflit armé : « Mon enfance fut la guerre et le sentiment de la guerre. » Souvent, la conception homosexuelle du mariage femme-homme est cataclysmique : « Je n’ai jamais eu le goût de la conjugalité. » (Denis Daniel, Mon théâtre à corps perdu (2006), p. 122) ; « Pour moi, le couple est le tombeau des deux personnes. Je dis toujours que le mariage est le tombeau des femmes. » (Gisèle, femme lesbienne dans l’essai L’Homosexualité dans tous ses états (2007) de Pierre Verdrager, p. 301) ; « Leur conception de l’amour était liée au mariage. […]J’estimais d’une part, qu’il était temps de croquer la vie à pleine dents, que nous étions encore jeunes, trop même, pour penser au mariage, qu’il y a un temps pour pleurer, un temps pour danser et un temps pour souffrir. » (Bertrand Nguyen Matoko, Le Flamant noir (2004), p. 59) ; « La jeunesse du futur poète [Oscar Wilde] s’écoule, non pas dans le calme, mais dans les échos et les remous d’un scandale qui désagrège sa famille : la maîtresse de son père fait du chantage, intente un procès aux Wilde en prétendant avoir été endormie au chloroforme puis violée par sir William. Les amis de collège d’Oscar, qui suivent le procès dans les journaux, ne lui épargnent aucun détail… ‘Voilà donc où conduit ce grossier amour des hommes pour les femmes, à cette boue ! ’ écrira-t-il plus tard, en parlant de cette lamentable affaire. » (Jean-Louis Chardans, Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970), p. 170) ; etc.

 

Mais c’est le plus souvent la passion amoureuse qui pousse à l’exécution de la différence des sexes. Il est fréquent que les personnes homosexuelles prennent leurs désirs pour des réalités, et projettent leur propre homosexualité sur l’homme « hétérosexuel » qu’elles veulent voler à sa femme (ou la femme « hétérosexuelle » qu’elles veulent voler à son mari), quitte à passer par le mensonge : « En répliquant mensongèrement que je connaissais des hommes mariés, qui plus est, occupaient un rang social très important dans notre société, qui couchaient avec d’autres hommes, je ne faisais que blesser un orgueil mal placé. Il semblait que tous [les garçons de mon âge] , autant qu’ils étaient, se pliaient à la volonté commune. » (Bertrand Nguyen Matoko, Le Flamant noir (2004), p. 62) ; « Ce que j’aimais chez la sœur éclatait chez le frère. Au premier coup d’œil, je compris le drame et qu’une douce existence me demeurerait interdite. Je ne fus pas long à apprendre que de son côté, ce frère, instruit par l’école anglaise, avait eu à mon contact un véritable coup de foudre. Ce jeune homme m’adorait. En m’aimant il se trompait lui-même. Nous nous vîmes en cachette et en vînmes à ce qui était fatal. L’atmosphère de la maison se chargea d’électricité méchante. Nous dissimulions notre crime avec adresse, mais cette atmosphère inquiétait d’autant plus ma fiancée qu’elle n’en soupçonnait pas l’origine. À la longue, l’amour que son frère me témoignait se mua en passion. Peut-être cette passion cachait-elle un secret besoin de détruire ? Il haïssait sa sœur. Il me suppliait de reprendre ma parole, de rompre le mariage. Je freinai de mon mieux. J’essayai d’obtenir un calme relatif qui ne faisait que retarder la catastrophe. Un soir où je venais rendre visite à sa sœur, j’entendis des plaintes à travers la porte. La pauvre fille gisait à plat ventre par terre, un mouchoir dans la bouche et les cheveux épars. Debout devant elle, son frère lui criait : ‘Il est à moi ! à moi ! à moi puisqu’il est trop lâche pour te l’avouer, c’est moi qui te l’annonce ! » (Jean Cocteau, Le Livre blanc, 1928)

 

"Tuer une pute, c'est sauver un couple"

« Tuer une pute, c’est sauver un couple »

 

La jalousie de l’individu homosexuel envers le couple femme-homme s’explique parfois par un élan incestueux : il en veut à ses propres parents de l’avoir nécessairement exclu de la « scène primitive », autrement dit du coït qui l’a fait naître. « En me rendant devant la chambre de mes parents ces nuits où, tétanisé par la peur, je ne trouvais pas le sommeil, j’entendais leur respiration de plus en plus précipitée à travers la porte, les cris étouffés, leur souffle audible à cause des cloisons trop peu épaisses. (Je gravais des petits mots au couteau suisse sur les plaques de placoplâtre, ‘Chambre d’Ed’, et même cette phrase absurde – puisqu’il n’y avait pas de porte –, ‘Frappez au rideau avant d’entrer. ’) Les gémissements de ma mère, ‘Putain c’est bon, encore, encore. ’ J’attendais qu’ils aient terminé pour entrer. Je savais qu’à un moment ou à un autre mon père pousserait un cri puissant et sonore. Je savais que ce cri était une espèce de signal, la possibilité de pénétrer dans la chambre. Les ressorts du lit cessaient de grincer. Le silence qui suivait faisait partie du cri, alors je patientais encore quelques minutes, quelques secondes, je retardais l’ouverture de la porte. Dans la chambre flottait l’odeur du cri de mon père. Aujourd’hui encore quand je sens cette odeur je ne peux m’empêcher de penser à cette séquence répétée de mon enfance. » (Eddy Bellegueule dans le roman autobiographique En finir avec Eddy Bellegueule (2014) d’Édouard Louis, pp. 81-82)

 
 

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