élève:Prof

Élève/Prof

 

NOTICE EXPLICATIVE :

 

Il est très fréquent dans les œuvres de fictions traitant d’homosexualité, que le personnage homosexuel (si c’est un élève) tombe amoureux de son professeur, ou qu’il charme (si c’est un professeur) son élève. Le désir d’union charnelle entre l’apprenant et son éducateur montre bien la nature incestuelle du désir homosexuel, nature qui peut parfois s’actualiser réellement.

 
ÉLÈVE Martine
 

Dans leurs œuvres et en désir, beaucoup de personnes homosexuelles cherchent à gommer la frontière entre maître et élève, par mépris/adulation de l’autorité, du service, et de la jeunesse. Leur passion des éducateurs n’est pas qu’une provocation ni un désir explicite de déshonorer la différence des générations. Elle est sincère. Dans leur cursus scolaire, les personnes homosexuelles se sont souvent senties très solidaires de leurs professeurs, au point d’être parfois taxées de « lèche-bottes » par l’ensemble de leur classe. Elles en sont même parfois tombées amoureuses. Et il arrive que certains enseignants, pris dans leurs élans de chaperonnage, aiment un élève en particulier plus que de raison

 

Le lien entre désir homosexuel et relation incestueuse élève/prof n’est pas souvent analysé par les membres de la communauté homosexuel, car il renvoie directement au thème épineux de la pédophilie (cf. je vous renvoie évidemment au code « Pédophilie » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels), et à l’immaturité violente de l’homosexualité.

 

Je précise par ailleurs que ce code n’invite en aucune façon à ce que les personnes homosexuelles soient tenues à l’écart des métiers de l’encadrement et de l’éducation de la jeunesse.

 
 

N.B. : Je vous renvoie également aux codes « Parodies de Mômes », « Frère, fils, père, amant, maître, Dieu », « Inceste », « Inceste entre frères », « Adeptes des pratiques SM », « Éternelle jeunesse », « Infirmière », « Pédophilie », « Faux intellectuels », « Pygmalion », « Doubles schizophréniques », « Androgynie Bouffon/Tyran », « Tomber amoureux des personnages de fiction ou du leader de la classe », « Défense du tyran », « Entre-deux-guerres », à la partie « Amoureux du médecin » du code « Médecines parallèles », et à la partie sur les « profs de lettres » du code « Bovarysme », dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.

 
 

Pour accéder au menu de tous les codes, cliquer ici.

 

 

FICTION

 

a) École, lieu de la découverte de l’homosexualité:

Souvent, le héros des fictions homo-érotiques est un personnage qui vit son initiation homosexuelle avec un autre de ses camarades de classe, dans le cadre scolaire : cf. le roman L’Amour comme on l’apprend à l’école hôtelière (2006) de Jacques Jouet, le film « Ma vraie vie à Rouen » (2002) d’Olivier Ducastel et Jacques Martineau, le film « Sancharram » (2004) de Licy J. Pullappally, le film « Get Real » (« Comme un garçon », 1998) de Simon Shore, le film « Thomas trébuche » (1998) de Pascal-Alex Vincent, le film « Prom Queen » (« La Reine du bal », 2004) de John L’Écuyer, le film « La Mala Educación » (« La mauvaise éducation », 2003) de Pedro Almodóvar, le film « Circumstance » (« En secret », 2011) de Maryam Keshavarz, le film « Le cercle des poètes disparus » (1989) de Peter Weir, le film « Was Nützt Die Liebe In Gedanken » (« Parfum d’absinthe », 2004) d’Achim Von Borries, le film « Judas Kiss » (2011) de J.T. Tepnapa et Carlos, etc.

 

« Il paraît que c’est plein de pédés, les pensionnats. » (Antonin, l’un des héros homosexuels du film « J’ai tué ma mère » (2009) de Xavier Dolan) ; « Deuxième choc, mon voisin de table, Esteban. Un redoublant. Un cancre. Le bon élève tombe amoureux du cancre. C’est bien connu. […] Je lui montrais comment faire une explication pour le bac en français. On avait un groupement de textes tiré des Fleurs du mal. Quand je relisais avec lui Parfum exotique, j’avais des frissons des pieds à la tête. J’avais l’impression que ça parlait de lui, de nous. » (Mourad, l’un des personnages homosexuels, parlant d’Esteban, un camarade de classe, dans le roman L’Hystéricon (2010) de Christophe Bigot, pp. 338-339) ; « Des chéris du lycée… » (le psychanalyste du campus s’extasiant face à Jenko et Schmidt qui jouent aux amoureux, dans le film « 22 Jump Street » (2014) de Phil Lord et Christopher Miller) ; etc.

 

Par exemple, dans le film « La Vie d’Adèle » (2013) d’Abdellatif Kechiche, Adèle, l’héroïne lesbienne, étudiante en classe de 1ère L (Littéraire), boit comme du petit lait tout ce que lui disent ses profs de lettres, et transpose son cadre scolaire sur sa relation amoureuse homosexuelle : il est d’ailleurs montré qu’elle aurait fait des progrès spectaculaires en classe depuis qu’elle sort avec Emma ; et Emma se présente ironiquement comme la prof secrète et privée, qui allie jouissance sexuelle et cours particuliers…

 

Dans le film « In & Out » (1997) de Frank Oz, le coming out d’un prof d’université, Howard Beckett, provoque chez Jack, un de ses étudiants, un grand trouble identitaire. Et à la fin, pour défendre l’enseignant, l’élève et tous ses élèves finissent par faire croire qu’ils sont tous devenus gays par contamination.

 

Dans le film « La Belle Saison » (2015) de Catherine Corsini, Carole est prof d’espagnol, et en profite pour dire à son amante Delphine qui ne comprend rien à cette langue : « Me gustan tus pechos. » (= j’aime tes seins).
 
 

b) Le prof homosexuel :

Film "Olivia" de Jacqueline Audry

Film « Olivia » de Jacqueline Audry


 

Mais il arrive aussi que le héros homosexuel soit membre du corps professoral : cf. le film « En 80 jours » (2010) de José Mari Goenaga et Jon Garaño (avec Maïté, la prof de piano lesbienne), la comédie musicale Hairspray (2011) de John Waters (avec la prof de basket lesbienne), la pièce Parfum d’intimité (2007) de Michel Tremblay (avec Jean-Marc, professeur de lettres homosexuel), le film « Jeffrey » (1995) de Christopher Ashley (avec Steve, le prof de gym), le roman Le Professeur (1930) de Jaroslaw Iwaszkiewicz, le film « The Children’s Hour » (« La Rumeur », 1961) de William Wyler, le film « Dirty Talk » (2012) de Jeff Sumner (avec Nathan, le prof d’anglais « conservateur »), le film « La Vie d’Adèle » (2013) d’Abdellatif Kechiche (Adèle est professeur des écoles), le film « Mauvaise Passe » (1998) de Michel Blanc (avec Pierre, le prof agrégé louant les services de prostitués), le roman La Dette (2006) de Gilles Sebhan, le film « Marguerite » (2015) de Xavier Giannoli (avec Atos Pezzini, homosexuel, prof de chant de l’héroïne), le téléfilm « Baisers cachés » (2017) de Didier Bivel (avec Catherine, la prof de maths lesbienne), etc.

 

Par exemple, dans le film « Cours privé » (1986) de Pierre Granier-Deferre, Jeanne Kern, la jeune et jolie prof, voit sa vie privée mise en cause par le biais de lettres anonymes puis des photos compromettantes diffusées dans l’établissement où elle enseigne. Dans la pièce La Mort vous remercie d’avoir choisi sa compagnie (2010) de Philippe Cassand, Xavier, le prof de gym de Thibault, devient son amant. Dans la série Les Filles d’à côté (1993-1995) de Jean-Luc Azoulay, Gérard, le prof de musculation de la salle de sport, est l’archétype de la grande folle. Dans le film « La Passion d’Augustine » (2016) de Léa Pool, Augustine, mère supérieure d’un couvent-conservatoire, transpose sur sa nièce Alice, virtuose en piano, tous ses fantasmes esthétiques, amoureux et carriéristes, inachevés. Dans le film « Love, Simon » (2017) de Greg Berlanti, Madame Albright, la prof de théâtre du lycée, est lesbienne et « n’aime pas les hommes ».

 

Le milieu professoral est présenté comme un vivier homosexuel : « Y’en a beaucoup dans le corps enseignant. » (la mère de François, le héros homo, dans le one-man-show Hétéro-Kit (2011) de Yann Mercanton) ; « Madame, t’es gouine comme une dorade ! » (les élèves de la mère de François, idem) ; « Pour une fois qu’un prof de danse n’était pas pédé… » (Océane Rose-Marie dans son one-woman-show La Lesbienne invisible, 2009) ; « Berlot, le prof de sport, si soucieux de la propreté des corps qu’il vient jusqu’aux douches donner un coup de main aux plus lents. » (Vincent Garbo, le héros homosexuel du roman éponyme (2010) de Quentin Lamotta, p. 42) ; etc.

 
 

c) La liaison amoureuse entre l’élève et le prof :

Film "Sapore Del Grano" de Gianni Da Campo

Film « Sapore Del Grano » de Gianni Da Campo


 

D’abord, profs et élèves commencent à se flairer de loin… « Elle a mis ses bras autour de moi, la tête appuyée contre ma poitrine. Je lui ai caressé le dos et l’ai embrassée sur le front. Au loin, de l’autre côté de la cour, je voyais des institutrices et des rangées d’élèves dans leurs classes. Certaines fixaient le tableau ou leurs livres, d’autres nous observaient, Esti et moi, debout dans la cour. Je me suis tue. J’ai serré Esti contre moi et l’ai tenue comme ça, dans mes bras. » (Ronit, l’héroïne lesbienne parlant d’Esti, sa camarade de jeunesse, dans le roman La Désobéissance (2006) de Naomi Alderman, p. 253) ; « Stephen [l’héroïne lesbienne] choyait Mlle Duphot […]. C’était en vain que Mlle Duphot essayait d’être sévère, son élève trouvait toujours moyen de la séduire. » (Marguerite Radclyffe Hall, The Well Of Loneliness, Le Puits de solitude (1928), p. 74) ; « Tu es un élève. C’est interdit. » (Emily draguée par Cameron Drake, un ancien élève d’Howard son presque-mari qui a fait son coming out, dans le film « In & Out » (1997) de Frank Oz) ; « Il faut au moins un mentor et un disciple pour réussir une quête. » (la voix-off d’Audrey, l’agresseur homophobe, parlant d’Anton ou de Vlad, dans le film « Stand » (2015) de Jonathan Taïeb) ; « J’suis amoureux de Monsieur Hendricks mais il sais même pas que j’existe. Comment je fais pour qu’il me voie ? » (un élève homo demandant conseil à Otis, dans l’épisode 3 de la saison 1 de la série Sex Education (2019) de Laurie Nunn) ; etc.

 

Puis c’est carrément l’histoire d’amour scolaire inter-générationnelle ! : cf. le film « Sapore Del Grano » (1986) de Gianni Da Campo (où un jeune professeur et un de ses élèves de 12 ans tombent amoureux), le film « Une dernière nuit au Mans » (2010) de Jeff Bonnenfant et Jann Halexander (avec le professeur de mathématiques particulier et son élève), le film « Mauvaises Fréquentations » (2000) d’Antonio Hens (avec Guillermo qui se fait sodomiser par l’étudiant qui est censé lui donner des cours particuliers), le roman Alcibiade, enfant à l’école (1651) d’Antonio Rocco, le roman Sexy (2007) de Joyce Carol Oats (avec la relation entre Darren et Mr Tracy), le film « A Single Man » (2009) de Tom Ford (avec la liaison à peine consommée entre George, prof de lettres à la fac, et son jeune élève Kenny), le roman Journal de Suzanne (1991) d’Hélène de Monferrand (avec la liaison entre Suzanne et son élève Erika), le roman Gaieté parisienne (1996) de Benoît Duteurtre (avec la liaison entre Pierrot et Nicolas, son prof de français), le film « Blood Of Dracula » (1957) d’Herbert L. Strock, le film « Ami/Amant » (1998) de Ventura Pons, la pièce Confidences (2008) de Florence Azémar, le film « Walk A Crooked Path » (1970) de John Brason, le film « Blue Jeans » (1976) d’Hugues Burin des Roziers, le film « Hot Spot » (1990) de Dennis Hopper, le film « The Servant » (1963) de Joseph Losey, le film « Un Élève doué » (1998) de Bryan Singer, le film « Picnic à Hanging Rock » (1975) de Peter Weir, le film « Whole New Thing » (2005) d’Amnon Buchbinder, le film « Only The Brave » (1994) d’Ana Kokkinos, le film « Allemagne année zéro » (1948) de Roberto Rossellini, le film « Emporte-moi » (1998) de Léa Pool, le film « Beonjijeonpeureul Hada « (2000) de Kim Dae-seung, le roman La Mort à Venise (1912) de Thomas Mann, le film « Le Jardin des délices » (1967) de Silvano Agosti, le roman Corydon (1924) d’André Gide, le roman Julia (1970) d’Ana Maria Moix, le film « Eden’s Curve » (2003) d’Anne Misawa, le film « Good Will Hunting » (1997) de Gus Van Sant (avec la relation très proche entre le prof de mathématiques M. Lambeau et Will, un petit génie sans le sou, qu’il prend sous son aile), le film « My Fair Lady » (1964) de George Cukor (revisitant le mythe du Pygmalion), le film « Almost Normal » (2005) de Marc Moody (avec la liaison entre Steven et le professeur Brad Jenkins), le film « Araignée de satin » (1985) de Jacques Baratier, le film « À cause d’un garçon » (2001) de Fabrice Cazeneuve (avec Vincent et son prof de littérature, tous deux homosexuels), le film « Cercle intime » (2001) de Samantha Lang, le film « Le Conformiste » (1970) de Bernardo Bertolucci, le film « Jeunes filles en uniforme » (1931) de Léontine Sagan et Karl Froelich (avec la liaison entre Manuela et Mademoiselle de Bernburg), le film « Olivia » (1950) de Jacqueline Audry, le roman Pasión Y Muerte Del Cura Deusto (1924) d’Augusto d’Halmar, le roman L’Élève (1891) d’Henry James, le film « Autre que les autres » (1919) de Richard Oswald, le film « Zéro de conduite » (1933) de Jean Vigo, le film « Olivia » (1950) de Jacqueline Audry (avec la liaison entre Mademoiselle Julie et Cara), le film « Holy Matrimony » (1943) de John M. Stahl, le film « La Vie en jeu » (1972) de Gianfranco Mingozzi, le film « Solamente Nero » (1978) d’Antonio Bido, le film « Giornata Nera Per L’Ariete » (1971) de Luigi Bazzoni, le film « Frontière chinoise » (1965) de John Ford, le film « The Getting Of Wisdom » (1978) de Bruce Beresford, le film « Fighting Tommy Riley » (2005) d’Eddie O’Flaherty, le film « Loving Annabelle » (2006) de Katherine Brooks, le film « Showboy » (2002) de Christian Taylor et Lindy Heyman, le film « A Strange Love Affair » (1985) d’Éric De Kuyper et Paul Verstraten, le film « Le Maître de musique » (1988) de Gérard Corbiau, le film « Les Lunettes d’or » (1987) de Giuliano Montaldo, le film « Liv Og Dod » (« Vie ou mort », 1980) de Svend Wam et Peter Vennerod, le film « Gutten Som Kunne Fly » (1993) de Svend Wam, le roman Un Garçon parfait (2008) d’Alain Claude Sulzer, le film « History Boys » (2005) de Nicholas Hytner, le film « Les Équilibristes » (1991) de Nico Papatakis, le film « Extrasystole » (2013) d’Alice Douard, le film « Die Frau » (2012) de Régina Demina (avec le schéma SM entre la femme-enfant et sa surveillante d’internat), etc.

 

On ne sait pas trop qui, de l’élève ou du prof, a commencé le jeu amoureux. Par exemple, dans le film « La Robe du soir » (2010) de Myriam Aziza, Mme Solenska, dont la jeune Juliette tombe amoureuse, est le stéréotype de la femme libérée : elle est prof de français, chante en cours, est habillée légèrement et en tenue moulante, se la joue jeune (elle mange à la cantine avec ses élèves de 3e), se maquille, a des vêtements colorés, parle « sexe » et « ménopause » en cours, fait les cours dehors quand il fait beau. Étant jeune, elle excellait en danse et était la préférée de sa prof de danse. On a l’impression que l’enseignante tout comme son élève ont vécu la même histoire d’amour passionnelle. Dans le film « The Last Girl : The Girl with all the Gifts » (2017) de Colm McCarthy, Melanie, une gamine zombie noire, tombe amoureuse de sa prof humaine Miss Helen Justineau, et leur « amour » chevaleresque est montré comme indestructible, authentique, durable « jusqu’à la fin des temps ».

 

Dans le film « Judas Kiss » (2011) de J.T. Tepnapa et Carlos Pedraza, Zach, le « vieux beau », va être prof dans un jury d’élèves en fac de cinéma (d’ailleurs, il se fait charrier par son meilleur ami homo, Toph, qui deviendra à la fin son amant : « Tu adores les films… et les étudiants sont sûrement mignons… ») ; et il tombe amoureux d’un jeune étudiant Danny, qui le drague sans détour en boîte et avec qui il passe une nuit torride. Dans le film « L’Objet de mon affection » (1998) de Nicholas Hytner, Joley sort avec un jeune étudiant et trompe son amant George. Dans le film « 20 ans d’écart » (2013) de David Moreau, Vincent Khan, le rédacteur en chef homosexuel de la revue de mode féminine Rebelle avoue à Alice, l’héroïne, que lorsqu’il était jeune, « il s’est tapé son prof d’anglais renforcé ».

 

Dans le manga Professor Strange Love (2008) de Chie Sasahara, Hayama, un jeune élève dont la scolarité est un peu en péril, décide d’aider le professeur Shiina pour ses expériences, afin d’échapper au redoublement. Malheureusement pour lui, ce professeur invente des médicaments plutôt douteux. C’est ainsi que Shiina lui fait avaler (par un bouche à bouche) un médicament qui le transforme en gaffeur.

 

Manga "Professor Strange Love" de Chie Sasahara

Manga « Professor Strange Love » de Chie Sasahara

 

Dans la pièce Géométrie du triangle isocèle (2016) de Franck d’Ascanio, Lola a flashé sur Vera quand celle-ci, maître de conférence à la fac, a parlé avec verve au micro et que Lola était étudiante dans les années 1970. Vera dit qu’elle a voulu Lola à cause de ses grands pieds…
 
 

d) Transgression plutôt à l’initiative du prof :

Parfois, l’acte homosexuel élève/prof naît sous l’impulsion de l’enseignant vers son jeune apprenti : « Je pensai à mon séjour au pensionnat et à une conversation surprise entre deux grandes. L’une racontait à l’autre que la surveillante l’avait entraînée dans son lit pour faire des choses qu’il ne fallait dévoiler à personne. » (Alexandra, la narratrice lesbienne du roman Les Carnets d’Alexandra (2010) de Dominique Simon, p. 224) ; « Madame Simpson, j’aime votre fille ! » (Madame Garbo, prof de piano parlant Irina, son élève, à la mère de celle-ci, dans la pièce L’Homosexuel ou la difficulté de s’exprimer (1972) de Copi) ; « Mon prof d’éducation physique… Moi, il m’a tout appris. C’est lui qui disait : ‘Un hétéro, c’est un homo qui s’ignore tant qu’il n’a pas goûté au fruit défendu.’. » (Fabien Tucci, homosexuel, dans son one-man-show Fabien Tucci fait son coming-outch, 2015) ; etc. Par exemple, le roman A Glance Away (1961) de John Edgar Wideman entrelace les monologues intérieurs d’un ex-drogué noir et d’un professeur de littérature blanc et homosexuel. Dans la pièce Chroniques des temps de Sida (2009) de Bruno Dairou, un prof viole son élève. Dans le film « Food Of Love » (2002) de Ventura Pons, Richard, un célèbre pianiste, tombe amoureux de son jeune et talentueux élève, Paul. Dans le sketch « Club 69 » d’Élie Sémoun, le gérant des établissements 69 raconte qu’il a été dépucelé par son professeur de français, « Madame Bernard ».

 
 

e) Transgression plutôt à l’initiative de l’élève :

Mais il ne faut pas croire que l’élan amoureux prof/élève n’est qu’une initiative pédophile. Bien souvent, c’est l’élève qui drague son professeur et tresse des scenari amoureux/incestueux avec lui : cf. la nouvelle Le Sac de Mlle Godfroy de Violette Leduc, le roman Le Dragueur de Dieu (1981) de Conrad Detrez, le film « En colo » (2009) de Pascal-Alex Vincent, etc.

 

Film "For More Years" de Tova Magnusson-Norling

Film « For More Years » de Tova Magnusson-Norling


 

« Premier choc, donc, mon prof d’éco, M. Dambrières. Un blond aux yeux marrons, âgé d’environ trente-cinq ans. […] Pour ne pas le décevoir, je travaillais comme un fou et j’avais presque toujours les meilleures notes. » (Mourad, l’un des deux héros homosexuels du roman L’Hystéricon (2010) de Christophe Bigot, p. 338) ; « Je travaillerais beaucoup plus parce que je ne voudrais pas la décevoir. Je ne pensais à rien d’autre, vingt-quatre heures sur vingt-quatre, sinon à avoir des aventures. » (Anamika, l’héroïne lesbienne parlant de sa prof Mrs Pillai, dans le roman Babyji (2005) d’Abha Dawesar, p. 226) ; « Tanguy était premier en tout, mais tenait à obtenir des notes très élevées, car il savait que cela faisait plaisir au Père Pardo et il aurait fait n’importe quoi pour lui faire plaisir. » (Michel del Castillo, Tanguy (1957), p. 199) ; « Quand j’étais au lycée, j’étais un peu amoureuse de ma prof d’anglais, Madame Miller. » (Fanny dans la pièce Un Lit pour trois (2010) d’Ivan Tournel et Mylène Chaouat) ; etc.

 

Par exemple, dans le film « Como Esquecer » (« Comment t’oublier ? », 2010) de Malu de Martino, Carmen, étudiante, « chauffe à fond » sa prof de littérature à la fac, Julia, lesbienne aussi. Dans le film « 120 battements par minute » (2017) de Robin Campillo, Sean, l’un des héros homos, raconte qu’il a eu sa première expérience à 16 ans avec son prof de maths, monsieur Hervé Ducas. Et c’est ainsi qu’il a été contaminé par le VIH. Dans le film « James » (2008) de Connor Clements, le jeune James tombe amoureux de son professeur M. Sutherland. Dans la comédie musicale Encore un tour de pédalos (2011) d’Alain Marcel, l’un des personnages dit avoir découvert précocement son homosexualité en tombant amoureux de son professeur des écoles. Dans le film « Le Jupon rouge » (1986) de Geneviève Lefebvre, Claude confie qu’à 14 ans, elle était folle amoureuse de sa professeure d’anglais. Dans le film d’animation « Piano Forest » (2009) de Masayuki Kojima, Shûhei est troublé par son prof de piano, Ajino. Dans le film « Ausente » (« Absent », 2011) de Marco Berger, Sebastián, un élève en cours de natation, se méprend sur les intentions pourtant gratuitement altruistes de son prof qui l’héberge chez lui pour une nuit. Dans le roman La Confusion des sentiments (1928) de Stefan Zweig, Roland, jeune étudiant de 19 ans, voue une admiration frisant l’idolâtrie pour son vieux professeur de philologie. Dans le roman N’oubliez pas de vivre (2004) de Thibaut de Saint Pol, le narrateur en hypokhâgne tombe sous le charme de son athlétique professeur de mathématiques. Dans le film « Another Gay Movie » (2006) de Todd Stephens, Andy est amoureux de son prof M. Puckov (avec qui il finira par faire des séances SM). Dans le film « Ma vraie vie à Rouen » (2002) d’Olivier Ducastel et Jacques Martineau, Étienne filme en cachette son beau prof d’histoire-géo, Laurent (qui sera finalement son futur beau-père). Dans le film « Atomes » (2012) d’Arnaud Dufeys, Hugo, un éducateur de 34 ans à l’internat, voit son quotidien perturbé par Jules, un adolescent provocateur. Dans le roman Si tout n’a pas péri avec mon innocence (2013) d’Emmanuelle Bayamack-Tam, la jeune Kim tombe amoureuse de sa prof de GRS.

 

Il existe parfois un rapport ambigu, passionnel, fusionnel, fanatique, d’adoration/concurrence, entre le monde de l’adolescence scolaire et le monde enseignant. On le voit bien dans « la colère contre le Corps Enseignant » (p. 74) qu’exprime par exemple le personnage homosexuel de Vincent Garbo dans le roman éponyme (2010) de Quentin Lamotta (les profs sont décrits comme « des monstres géants difformes »). Le prof est chargé de tellement d’espoirs inappropriés qu’il finit par décevoir.

 

La relation élève/prof tourne au vinaigre. Par exemple, dans le film « Je te mangerais » (2009) de Sophie Laloy, Marie, prof de piano au conservatoire de Lyon, vit une passion dévorante avec Emma, jeune étudiante en médecine, qui lui « bouffera la vie ». Dans le film « Les Voleurs » (1996) d’André Téchiné, Marie, prof de lettres à la fac, ne pourra pas empêcher la tentative de suicide de son élève et amante Juliette.

 
 

f) La transposition du couple élève/prof dans le couple homosexuel :

Le fantasme incestuel du schéma amoureux élève/prof peut également être partagé entre les deux amants du même âge, pourtant en dehors de tout contexte scolaire. Le couple homosexuel joue « au papa et à la maman », ou plutôt « à l’élève et au maître » : « T’es le maître et je suis l’élève. » (Jack à son amant Paul, dans la pièce La Dernière Danse (2011) d’Olivier Schmidt) ; « Kévin avait raison, nous fîmes plein de choses ensemble. À commencer par la peinture, nous y consacrions tous nos mercredis après-midi… puis tous nos week-ends… puis n’importe quand ! C’était un fabuleux prétexte pour nous retrouver. Comme promis, il fut très patient même si, au début, il prenait un peu trop au sérieux son rôle de professeur. Je n’en avais jamais eu d’aussi beau. Pour la première fois de ma vie, j’étais amoureux de mon prof. » (Bryan, le héros homosexuel du roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, p. 82) ; « Je suppose que tu lui donnes un coup de main… » (le père de Claire s’adressant à sa fille lesbienne au sujet de la thèse de Suzanne, la copine de Claire, dans la pièce Le Mariage (2014) de Jean-Luc Jeener) ; etc. Par exemple, dans la pièce En ballotage (2012) de Benoît Masocco, Georges est prof de français ; lui et Édouard, son amant, se sont rencontrés pour la première fois lors d’une conférence de Georges sur la montée du néo-nazisme en Europe occidentale. Dans le roman La Désobéissance (2006) de Naomi Alderman, Esti, l’une des deux héroïnes lesbiennes, tombe l’espace d’un instant sous le charme d’une jeune prof d’histoire : « Elle voulait saisir le bras de mademoiselle Schnitzler, l’attirer et la serrer contre elle. » (p. 82) Dans la comédie musicale La Belle au bois de Chicago (2012) de Géraldine Brandao et Romaric Poirier, Bernard essaie de draguer Philippe en lui apprenant à jouer du xylophone. Dans le film « Corps à corps » (2009) de Julien Ralanto, Raphaëlle découvre dans les bras de sa prof de flamenco les plaisirs lesbiens. Dans le film « Boys Like Us » (2014) de Patric Chiha, Gabriel, fasciné par un moniteur de colo d’enfants, Andreas, commence à imaginer qu’il retombe sur son « ex » Franz, et projette totalement son désir d’être éduqué par son amant sur Andreas. Dans le roman At Swim, Two Boys (Deux garçons, la mer, 2001) de Jamie O’Neill, Doyler et Jim, les deux jeunes amants, se prennent à rêver qu’ils vivront ensemble et monteront une école où ils seront tous les deux maîtres d’école (Jim a d’ailleurs eu pour prof de natation maritime Doyler, puis plus tard le pédéraste Anthony).

 

La transposition du binôme élève-prof sur la rencontre homosexuelle prend alors un tour sadomasochiste autant qu’infantilisant et salace. « Madame, est-il vrai que certaines femmes aiment la violence ? » (Anamika, élève lesbienne qui rêverait de poser cette question à une de ses profs qui l’attire, dans le roman Babyji (2005) d’Abha Dawesar, p. 113) ; « Quelque chose de ce livre [Le Petit Chose d’Alphonse Daudet] était entré dans mon cœur directement […]. » (Omar, le héros homosexuel s’identifiant au professeur maltraité par ses élèves, dans le roman Le Jour du Roi (2010) d’Abdellah Taïa, p. 85) ; etc. Par exemple, dans le film « The Boys In The Band » (« Les Garçons de la bande », 1970) de William Friedkin, Emory, le héros homosexuel efféminé, se présente ironiquement comme une vieille instit qui va infliger à ses futurs prétendants une bonne leçon (sexuelle) d’arithmétique ; et lorsqu’Alan se présente comme prof de maths, il saisit la balle verbale au bond : « Ça donne envie d’acheter une règle à calcul, hein ? » Dans le film « Children Of God » (« Enfants de Dieu », 2011) de Kareem J. Mortimer, Johnny a peur de s’abandonner, et donc son amant Romeo lui apprend à faire « la planche » dans la mer : « Pour flotter, il faut lâcher prise et tout oublier. » Dans le film « W imie… » (« Aime… et fais ce que tu veux », 2014) de Malgorzata Szumowska, Adam apprend aussi à Lukacz à faire la planche pour qu’il sache nager.

 

Et quand les amants scolarisés jouent « aux homos », on cesse de rire. Par exemple, dans le film « Camionero » (2012) de Sebastián Miló, on voit toute la violence de l’expérience homosexuelle vécue entre camarades lycéens : Randy subit les assauts et un bizutage sexuel qui le conduiront au suicide. Dans le roman La Ciudad Y Los Perros (1963) de Mario Vargas-Llosa, les relations entre les jeunes cadets de l’école militaire sont d’une brutalité et d’une animalité rares. Dans la pièce Gouttes dans l’océan (1997) de Rainer Werner Fassbinder, Franz a connu ses premières expériences homos dans un foyer de jeunes garçons, expériences qui l’ont humilié : « Je me suis senti très mal. » Dans le film « W imie… » (« Aime… et fais ce que tu veux », 2014) de Malgorzata Szumowska, une loi du silence extrêmement violente unit deux des jeunes résidents (Rudy et son maître-chanteur Adrian qui le sodomise clandestinement) du centre tenu par le père Adam.

 

Film "Camionero" de Sebastián Miló

Film « Camionero » de Sebastián Miló


 
 
FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION
 

PARFOIS RÉALITÉ

 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 
 

a) École, lieu de la découverte de l’homosexualité:

En écoutant les personnes homosexuelles, on entend souvent que l’école, le collège, ou le lycée, ont été le théâtre de leurs premiers émois amoureux, de leurs premières expériences homosensuelles voire homosexuelles. Je vous renvoie au chapitre sur les « Espaces clos » dans le code « Entre-deux-guerres » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels.

 

« Mon ancien camarade de classe me met sous les yeux deux photos de Janson, cinquième et quatrième, toute la classe. […] Moi, mince, l’air silencieux, innocent d’une innocence évidente. Cela m’a ému, car depuis… Et tout à coup, le visage de Durieu que j’avais oublié et qui m’a arraché un cri : un visage d’ange résolu. Silencieux aussi celui-là, on ne le voyait pas, il disparaissait, je ne pouvais pas m’empêcher de ressentir sa beauté comme une brûlure, une brûlure incompréhensible. Un jour, alors que l’heure avait sonné et que la classe était vide, nous nous sommes trouvés seuls l’un devant l’autre, moi sur l’estrade, lui devant vers moi ce visage sérieux qui me hantait, et tout à coup, avec une douceur qui me fait encore battre le cœur, il prit ma main et y posa ses lèvres. Je la lui laissai tant qu’il voulut et, au bout d’un instant, il la laissa tomber lentement, prit sa gibecière et s’en alla. Pas un mot n’avait été dit dont je me souvienne, mais pendant ce court moment il y eut entre nous une sorte d’adoration l’un pour l’autre, muette et déchirante. Ce fut mon tout premier amour, le plus brûlant peut-être, celui qui me ravagea le cœur pour la première fois, et hier je l’ai ressenti de nouveau devant cette image, j’ai eu de nouveau treize ans, en proie à l’atroce amour dont je ne pouvais rien savoir de ce qu’il voulait dire. » (Julien Green, L’Arc-en-ciel, Journal 1981-1984, avril 1981, pp. 23-24) ; « Je suis arrivée au pensionnat à l’âge de 14 ans. J’étais très naïve. Et je me suis retrouvée très tôt face à ces problèmes. Et j’ai été choquée. Il ne se passait que ça autour de moi, et je ne voulais pas le voir. Et j’en étais choquée. Depuis la surveillante qui couchait avec la surintendante, jusqu’aux élèves qui partageaient ma chambre, il n’y avait que ça autour de moi. J’étais la seule à ne pas être informée et à ne pas trouver que c’était épouvantable. Je me suis d’autant plus braquée que je sentais confusément en moi une attirance. Mais je voulais absolument la nier. » (Germaine, femme lesbienne suisse, dans le documentaire « Les Homophiles » (1971) de Rudolph Menthonnex et Jean-Pierre Goretta) ; etc.
 
 

b) Le prof homosexuel :

Beaucoup de personnalités homosexuelles ont exercé ou exercent le métier de prof : Paul Verlaine, Michel Foucault, Jean Le Bitoux, Jean-Louis Bory, Henri Chapier, etc. Par exemple, dans le documentaire « Ma Vie (séro)positive » (2012) de Florence Reynel, Vincent, 28 ans, homosexuel, rêve de devenir prof d’histoire. « Certains universitaires homosexuels, alors honnis et secrets, m’accordaient pleinement leur confiance et leur société, qui était instructive ; car, marginalisés par leur ‘vice’ comme moi par ma difformité, ils avaient spécialement développé leur culture, leur originalité ou leur talent ; ils faisaient généralement d’excellents professeurs. Passant moi-même pour un peu excentrique aux yeux du vulgaire, je me sentais comme normal en leur société. » (Paul Veyne, atteint d’une difformité physique à la tête, dans son autobiographie Et dans l’éternité, je ne m’ennuierai pas (2014), p. 159)

 

Dans son autobiographie La Vie dure : Éducation sentimentale d’une lesbienne (2010), Paula Dumont se présente comme une « consciencieuse prof de Lettres qui a passé sa vie à compulser des dictionnaires » (p. 136) et qui aurait été sans cesse réfrénée dans sa sexualité et son identité.

 

Film "Ausente" de Marco Berge

Film « Ausente » de Marco Berger


 

J’ai rencontré au sein de l’Éducation Nationale beaucoup de professeurs hommes homosexuels (peut-être est-ce dû à la forte féminisation actuelle du métier de prof ?), mais aussi de nombreuses professeures lesbiennes. D’ailleurs, il existe des associations LGBT regroupant le personnel enseignant et éducatif (par exemple, CLEF en France)… mais elles ont du mal à se faire un nom ou à durer. L’amalgame entre pédophilie et éducation est tellement craint, l’homosexualité tellement mal pratiquée par les enseignants homosexuels, que le désir homosexuel a du mal à s’afficher ouvertement, devient un secret de polichinelle. Je ne crois pas que la raison n°1 de l’invisibilité homosexuelle dans le monde de l’éducation soit d’abord l’âge des élèves, ni même la gêne sociale par rapport au thème de l’homosexualité. Elle me semble être plutôt le fruit de l’homophobie des personnes homosexuelles envers elles-mêmes, homophobie qui se traduit par une homosexualité pratiquée.

 
 

c) La liaison amoureuse entre l’élève et le prof :

D’abord, profs et élèves commencent à se flairer de loin… : « Ce n’est un secret pour personne que, quelle que soit l’honnêteté et la vigilance des surveillants, les pensionnaires des collèges, les internes des lycées, les novices des couvents, dans un besoin inné d’affection, sont portés les uns vers les autres par des intimités presque toujours particulières. […] Très souvent, avant, ou après la contamination des élèves, il y a celle des maîtres. » (Jean-Louis Chardans, Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970), p. 269)

 

Puis c’est carrément l’histoire d’amour scolaire inter-générationnelle ! Par exemple, dans l’essai Folies-Fantômes (1997) d’Alfredo Arias, le prof d’art dramatique et l’élève le plus macho du lycée militaire sortent ensemble.

 

On ne sait pas trop qui, de l’élève ou du prof, a commencé le jeu amoureux. Sûrement les deux. Certaines personnes homosexuelles ont eu une relation privilégiée avec un professeur en particulier : James Dean et le révérend James A. Deweerd, Luis Cernuda et le père López, Violette Leduc et sa prof de musique Herminone, etc. Par exemple, la romancière lesbienne nord-américaine Carson McCullers tomba amoureuse de sa prof de piano Marie Tucker.

 
 

d) Transgression plutôt à l’initiative du prof :

Parfois, l’acte homosexuel naît sous l’impulsion de l’enseignant vers son jeune apprenti.

 

« Je devins distant avec mes camarades, de même qu’avec le père Basile, nos rapports s’orientèrent sur la voie des remises en question. Je lui reprochais de s’être épris de moi d’une manière excessive, et pensais que c’était une faute de m’avoir fait découvrir ses pulsions sexuelles ; je lui reprochais également l’initiative, qu’il avait prise de me combler de petits cadeaux, de me parler souvent avec douceur par rapport aux autres élèves, et de s’appliquer à m’expliquer que j’étais beau et tout rose, comme un bébé qui vient de naître. […] Cet amour était devenu une abjection qui m’étouffait à la manière d’une proie exposée aux griffes de son prédateur. » (Berthrand Nguyen Matoko, Le Flamant noir (2004), pp. 40-41)

 

Par exemple, quand Pier Paolo Pasolini avait 27 ans, il a eu des démêlés avec la justice pour une affaire de détournement de mineurs (3 élèves) ; à ce sujet, le documentaire « L’Affaire Pasolini » (2013) d’Andreas Pichler embellit un peu le tableau : « Pasolini développait de vraies amitiés avec ces garçons : il jouait au foot avec eux, fait des virées nocturnes avec eux, danse et va à la plage avec eux. »

 

Certaines personnes homosexuelles exerçant le métier de prof se sentent mises en danger par leurs penchants homosexuels, qui les exposent à briser la différence des générations, ou bien à faire chaque année l’expérience angoissante du fossé grandissant qui les éloigne des objets de leur fantasme homosexuel (qui, eux, ne changent pas d’âge ! c’est ça le pire pour un prof qui enseigne toujours au même niveau !) : « J’ai enseigné pendant quatre ans à des adolescents et aucun ne m’a appelé au secours. Ensuite, j’ai été nommée en École Normale où tous mes élèves étaient majeurs. Mais je me suis souvent demandé ce que j’aurais fait si j’avais été sollicitée par des collégiens ou des lycéens à la dérive, voire désespérés. » (Paula Dumont, Mauvais Genre (2009), p. 97)

 
 

e) Transgression plutôt à l’initiative de l’élève :

B.D. "Kang" de Copi

B.D. « Kang » de Copi


 

Mais il ne faut pas croire que l’élan amoureux prof/élève n’est qu’une initiative pédophile. Bien souvent, c’est l’élève qui drague son professeur et tresse des scenari amoureux/incestueux avec l’adulte : « J’avais six, sept ans. Je sentais que je n’étais pas comme les autres, que j’aimais mes maîtresses. » (Anne, témoin lesbienne citée dans l’essai L’Homosexualité dans tous ses états (2007) de Pierre Verdrager, p. 283) ; « Ce fut vraisemblablement en deuxième – j’avais alors quatorze ans – que je remarquai, un jour, un professeur qui avait omis de mettre son pantalon en ordre. Pendant toute la durée du cours, comme captivé, je regardai cet endroit et j’en vins, pour la première fois, à la triste conscience de ma vie sexuelle. Dès ce jour, j’observai ce professeur qui m’attirait par son regard très doux, sa voix, son charme, bien que je n’en fusse pas aimé. » (Jean-Luc, 27 ans et homosexuel, dans l’essai Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970) de Jean-Louis Chardans, p. 78) ; « Quelle lesbienne ne se souvient pas avoir été (au moins un peu) amoureuse d’une de ses profs ? » (Anne Delabre, Le Cinéma français et l’homosexualité (2008), p. 190) ; « Je redoutais la sonnerie qui annonçait l’heure de la récréation. Alors que tout le monde dévalait l’escalier en courant, je traînais, j’hésitais à quitter la classe et la proximité des maîtres. » (Christophe Tison, Il m’aimait (2004), p. 35) ; « Mon travestissement en garçon a duré jusqu’à l’âge de 12 ans, âge où ma mère m’a mise à l’internat pout fille. Le jour de la rentrée, j’entends encore raisonner en moi la parole méchante et ironique dite avec un rictus moqueur ainsi qu’un léger pouffement de rire de la part du père d’une fille ‘Tiens, y’a des garçons dans cet internat ?’. Là, je me suis dit : ‘C’en est trop, je veux être une fille. Quelques mois après, je suis tombée follement amoureuse de ma prof de français à l’internat. Belle femme douce, féminine et ferme. Tout l’opposé de ma mère. Et ça a été le point de départ d’une lutte tenace pour m’affranchir de la méchanceté de ma mère. Mais j’ai réussi à devenir une belle femme. Dans mon entourage, personne ne connaît mon combat et cet attrait si puissant pour les femmes. » (Valérie, 31 ans, qui m’a écrit un mail en 2012) ; « C’étaient pas des femmes homosexuelles. C’étaient des professeurs. » (Thérèse, femme lesbienne de 70 ans, parlant de la découverte de son homosexualité au collège quand elle avait 14 ans, dans le documentaire « Les Invisibles » (2012) de Sébastien Lifshitz) ; « J’étais prisonnier, entre le couloir, mes parents et les habitants du village. Le seul répit était la salle de classe. J’appréciais l’école. Pas le collège, la vie du collège : il y avait les deux garçons. Mais j’aimais les enseignants. […] Je ne maîtrisais pas ce qu’on appelle les ‘bases’. […] Pourtant je m’attachais aux enseignants et je savais qu’il fallait obtenir de bons résultats pour leur plaire. » (Eddy Bellegueule dans le roman autobiographique En finir avec Eddy Bellegueule (2014) d’Édouard Louis, pp. 85-86) ; etc.

 

B.D. "Kang" de Copi

B.D. « Kang » de Copi


 

Par exemple, dans son autobiographie Mauvais Genre (2009), l’essayiste lesbienne Paula Dumont, encore écolière, raconte comme elle est tombée amoureuse de sa maîtresse, mademoiselle Levreau, âgée de 20 ans : « Est-il besoin d’écrire que j’en tombe aussitôt éperdument amoureuse ? Et qu’on ne vienne pas m’objecter qu’à sept ans, les enfants ne savent rien de l’amour. […] J’avais trouvé à l’école une mère de substitution. » (pp. 43-45)

 

L’écrivain Berthrand Nguyen Matoko, quant à lui, était montré comme un exemple par ses profs de collège, et jouait sans le savoir le rôle du « lèche-botte ».

 

Pour ma part, si mes souvenirs sont bons, je n’ai jamais été amoureux ou attiré sexuellement par un instituteur ou un prof (sauf peut-être mon beau professeur de maths de 5e, le parfait père de famille…). En revanche, il est certain que pendant toute ma scolarité – un peu moins en fac –, j’avais tout du parfait élève, soucieux de plaire à ses professeurs, et de leur rendre la classe agréable, quitte à se mettre à dos tous les élèves un peu perturbateurs de ma classe. Je ne sais pas si c’est le fait d’avoir eu des parents profs tous les deux, mais d’office, très jeune, je me mettais spontanément du côté des profs. Tout petit déjà, je considérais mes maîtresses comme des mamans de substitution. Et les récréations en collège ou en lycée, je préférais les passer avec mes profs que sur la cour d’école. À l’âge adulte, j’ai plus ou moins « choisi » d’être professeur d’espagnol (comme mon papa !)… Suis-je tombé une fois amoureux d’un élève ? Jamais. J’ai la chance de ne jamais avoir été tenté de séduire mes élèves tout simplement parce que physiquement, je ne suis attiré que par des hommes avec des poils, donc ayant minimum 25-30 ans (d’ailleurs, je plains mes collègues qui sont attirés sexuellement par les jeunes éphèbes, car ça existe). Moi, je serais tenté de citer le romancier français Jean-Louis Bory, professeur de lettres, qui coupait court aux rumeurs de pédophilie, en disant que si, dans le cadre de son métier, les seules personnes qui pouvaient craindre ses avances, ce n’était pas ses élèves… mais les papas de ses élèves !

 
 

f) La transposition du couple élève/prof dans le couple homosexuel :

Beaucoup d’artistes homosexuels aiment rentrer dans la peau d’un professeur, et jouer à la « mécresse », pour eux-mêmes, ou avec leurs amants : cf. le one-man-show Raphaël Beaumont vous invite à ses funérailles (2011) de Raphaël Beaumont (avec la scène du prof faisant une visite de cimetière à sa classe de collégiens), le one-man-show Petit cours d’éducation sexuelle (2009) de Samuel Ganes (où un professeur d’éducation sexuelle très efféminé enseignant la vie à son public pendant tout le spectacle), les fameux sketchs d’Élie Kakou en prof d’anglais, etc. « La seule chose qui me fait peur, c’est de tomber amoureux de mon instructeur ! » (Mateo, homosexuel et séropositif, en boutade, avant de sauter en parachute en tandem, dans le documentaire « Vivant ! » (2014) de Vincent Boujon) (dans le documentaire « Vivant ! » (2014) de Vincent Boujon) Et les humoristes qui ont interprété des profs sont parfois devenues icônes gays : pensez à Julie Ferrier, Sophie Forte, entre autres.

 

Et quand le binôme élève/prof se transpose dans les couples homosexuels réels, cela donne souvent des mises en scène d’infantilisation qui font pitié à regarder… voire même des scènes de viol concrètes. On peut penser par exemple au bizutage homosexuel qu’a vécu le romancier Eddy Bellegueule au collège, et qu’il relate dans son autobiographie En finir avec Eddy Bellegueule (2014) d’Édouard Louis.

 

Dans l’essai Le Rose et le Brun (2015) de Philippe Simonnot, un peu avant et pendant l’Allemagne nazie, beaucoup d’idéologues allemands étaient persuadés des vertus pédagogiques de l’homosexualité. Par exemple, Hans Blüher expliquait « pourquoi donc les pédérastes feraient-ils de meilleurs chefs et de meilleurs éducateurs » : « Bien qu’il n’y ait pas de différences essentielles entre homosexuels et non homosexuels, il y a des différences marquées dans l’efficacité de l’éducation et de l’enseignement de la jeunesse. Maintes et maintes fois, des cas historiques ont montré que l’efficacité d’un chef était directement proportionnelle au degré de son inversion sexuelle. […] Du point de vue éducatif, il y a cinq types sexuels d’hommes, depuis l’hétérosexuel exclusif jusqu’à l’homosexuel complet. L’homme hétérosexuel exclusif est le moins bien habilité à enseigner la jeunesse. La seconde catégorie, à savoir des hommes qui satisfont leurs besoins sexuels avec des femmes, mais sont socialement dépendants de leur propre sexe, fait d’excellents éducateurs, de même que les bi-sexuels. […] Un quatrième type, c’est l’homme qui satisfait ses besoins sexuels avec des hommes, mais remplit la plupart de ses besoins sociaux avec des femmes. . […] Le cinquième et dernier type d’homme est l’homosexuel exclusif. De tels hommes sont le point focal de toutes les organisations de jeunesse, et sont souvent des figures révolutionnaires. » (p. 149) Dans sa Libre École de Wickersdorf, Gustav Wyneken essaiera de mettre en pratique son idéal d’éros pédagogique. Il écrit : « Seulement un bon pédéraste peut être un pédagogue complet. Les amitiés les plus sérieuses et les plus fortes que j’ai pu observer furent toujours entre professeur et élèves. Une troupe de garçons et de jeunes peut devenir le cœur le plus vivant de l’ordre sacré de la jeunesse que la communauté de la Libre École veut être. » (pp. 161-162) En 1920 il est accusé d’actes immoraux avec quelques-uns de ses élèves. Il aurait embrassé deux d’entre eux, totalement nus. Otto Kiefer enseignait que par l’amour homosexuel l’individu était porté à son plus haut niveau, les différences sociales effacées, et la relation hiérarchique professeur/élève remplacée par une affection mutuelle. Elisar von Kuppfer prétendait que le professeur qui ne voit les garçons que comme des élèves est un mauvais pédagogue. « Qui regarde les garçons simplement comme des objets d’école, qui est incapable de les aimer, ne sera jamais un bon professeur. Et les jeunes le savent. », écrivait-il encore. Hans Blüher, on l’a vu, croyait aussi en l’excellence pédagogique des pédérastes.
 
 

Pour accéder au menu de tous les codes, cliquer ici.