éternelle jeu

Éternelle jeunesse

 

NOTICE EXPLICATIVE :

 

Vidéo-clip de la chanson "Lonely Lisa" de Mylène Farmer

Vidéo-clip de la chanson « Lonely Lisa » de Mylène Farmer


 

Le culte de l’éternelle jeunesse, particulièrement palpable dans le « milieu homosexuel » tant la date de péremption semble avoir été fixée à 25 ans, montre l’élan incertainement et fantasmatiquement incestueux et pédophile du désir homosexuel, quand bien même un certain nombre de personnes homosexuelles sont sûres et certaines de n’être attirées que par des individus mûrs et adultes (cf. je vous renvoie aux codes « Pédophilie » et « Parodies de mômes » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels). Il traduit en négatif une angoisse de la vieillesse. On entend celle-ci exprimée par beaucoup de sujets homosexuels, y compris chez ceux qui n’ont que la vingtaine. Même s’ils savent bien qu’il leur faudra à un moment ou un autre renoncer à finir avec un petit jeune de vingt ans, ils ne se défont pas de cette utopie pour autant. Chaperonner un éphèbe pré-pubère, ou se trouver un père de substitution à travers un amant, c’est un moyen détourné de faire le bain de jouvence du Pygmalion, mais aussi de revivre une jeunesse perdue en se substituant aux enfants.

 

La communauté homosexuelle tend de plus en plus à parler au nom des enfants, à se placer en valeureuse gardienne de leurs droits, surtout depuis les débats sur l’homoparentalité. Sa soudaine passion pour le monde juvénile frise parfois l’angélisme. Certains de ses artistes affectionnent les chœurs d’enfants et les superposent souvent à leur propre voix. Ils emballent l’enfance de papier rose bonbon anti-choc (« Il n’y a pas de drame dans l’enfance » affirme tout sourire Arturo Carrera, dans son poème « Roturas, Chatarra De Juguetes ») alors qu’on sait pertinemment qu’elle constitue un moment où les êtres sont plus fragiles qu’à l’âge adulte parce qu’ils doivent apprendre à se construire. Ce camouflage indique généralement un éloignement du réel, mais plus gravement un traumatisme identitaire et personnel vécu précisément dans l’enfance.

 
 

N.B. : Je vois également aux codes « Parodies de mômes », « Eau », « Conteur homo », « Petits Morveux », « Amant diabolique », « Se prendre pour Dieu », « Frère, fils, père, amant, maître, Dieu », « Pédophilie », « Couple homosexuel enfermé dans un cinéma », « Innocence », « Vierge », « Planeur », « Scatologie », « « Première fois » », et à la partie « Fixette sur un amant perdu et déifié » du code « Clonage », dans le Dictionnaire des Codes homosexuels.

 
 

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FICTION

 

a) La jeunesse éternelle :

Film "Wild Side" de Sébastien Lifshitz

Film « Wild Side » de Sébastien Lifshitz


 

Très souvent dans les fictions traitant d’homosexualité, le personnage homosexuel refuse de grandir, ou vénère une jeunesse angélique : cf. la chanson « Est-ce que tu viens pour les vacances ? » de David et Jonathan, le roman Toutes les filles son belles à vingt ans (2014) d’Andromak, les chansons « Plus grandir », « Dessine-moi un mouton », et « Et si vieillir m’était conté » de Mylène Farmer, les films « J’embrasse pas » (1991) et « Les Roseaux sauvages » (1994) d’André Téchiné, le film « Les Amitiés particulières » (1964) de Jean Delannoy (avec l’idéalisation de l’amitié d’adolescence), le roman La Sombra Del Humo En El Espejo (1924) d’Augusto d’Halmar, le film « Mort à Venise » (1971) de Luchino Visconti (avec la figure christique du jeune Tadzio), le film « David’s Birthday » (« Il Compleanno », 2009) de Marco Filiberti (le jeune et beau David séduit Mateo), le film « Le Temps qui reste » (2005) de François Ozon (avec des images récurrentes d’un jeune enfant… sans doute des réminiscences du héros, Romain), le film « Wild Side » (2004) de Sébastien Lifshitz (avec les perpétuels flash-back sur la jeunesse du héros transsexuel), le roman Agostino (1944) d’Alberto Moravia, le roman La Confusion des sentiments (1927) de Stefan Sweig, le film « L’Été de Kikujiro » (1999) de Kitano Takeshi, le roman Tanguy (1957) de Michel del Castillo, la pièce El Público (1930-1936) de Federico García Lorca (avec l’expression de l’angoisse du vieillissement), le film « Meteorango Kid, Heroi Intergaláctico » (1969) d’Andrés Luis de Oliveira, le film « Billy Budd » (1962) de Peter Ustinov, le film « Violence et Passion » (1974) de Luchino Visconti, le film « Oublier Venise » (1979) de Franco Brusati, le film « Le Portrait de Doriana Gray » (1975) de Jess Franco, le film « Morgane et ses Nymphes » (1970) de Bruno Gantillon, le film « Chuck And Buck » (2000) de Miguel Artera, le film « Prick Up » (1987) de Stephen Frears, le film « Kids Return » (1996) de Takeshi Kitano, le film « Murmur Of Youth » (1997) de Lin Cheng-sheng, le film « Ricky » (2009) de François Ozon (avec Ricky, le bébé doté d’ailes), le film « Chéri » (2009) de Stephen Frears, le film « Le Cimetière des mots usés » (2011) de François Zabaleta (avec l’un des titres de chapitre : « L’Enfant surnuméraire »), les tableaux d’Hannes Steinert (2007) (célébrant un retour à l’enfance), le film « The Boy Next Door » (2008) d’un réalisateur inconnu, le film « Patrik, 1.5 » (« Les Joies de la famille », 2009) d’Ella Lemhagen (avec la scène des bulles de savon dans la prairie), etc.

 

Le jeune Alexandre dans le film "Les Amitiés particulières" de Jean Delannoy

Le jeune Alexandre dans le film « Les Amitiés particulières » de Jean Delannoy


 

En général, le héros homosexuel idéalise complètement l’enfance : « Je suis fou des enfants. » (le narrateur homosexuel du roman Le Bal des Folles (1977) de Copi, p. 68) ; « Notre théorie c’est de sauver les enfants ! » (Jean-Marc, le héros homosexuel de la pièce Les Virilius (2014) d’Alessandro Avellis) ; « Il n’y a pas de drame dans l’enfance. » (cf. le poème « Roturas, Chatarra De Juguetes » (1985) d’Arturo Carrera) ; « Rien ne vaut la jeunesse ! […] Rien n’est plus cher que la jeunesse ! » (la « Voix » à Jeanne, dans la pièce La Journée d’une rêveuse (1968) de Copi) ; « J’ai seize ans et je sais parfaitement ça, que d’avoir seize ans, c’est un triomphe. » (Vincent, l’un des héros homosexuels du roman En l’absence des hommes (2001) de Philippe Besson, pp. 14-15) ; « C’était l’enfance, le temps de l’innocence. » (Stéphane Corbin, Les Murmures du temps, 2011) ; « Je suis pubère. Dieu me préfère. J’veux mourir blond, avec une tête de p’tit garçon. Je veux mourir mince, ne pas me nourrir avant de mourir. Je veux rester jeune. » (Jean-Ba, l’enfant de chœur de 14 ans interprété par Didier Bénureau, dans son spectacle musical Bénureau en best-of avec des cochons, 2012) ; « Tu sais ce que j’aimerais ? Que tu ne grandisses pas aussi vite. » (Tessa s’adressant à sa fille Hache, la petite sœur de Rachel l’héroïne lesbienne, dans le film « Imagine You And Me » (2005) d’Ol Parker) ; « Charles et moi, nous nous connaissions depuis la plus tendre enfance… » (Thomas, le héros homosexuel parlant de manière ambigu d’un ami défunt, dans la pièce Les Faux British (2015) d’Henry Lewis, Jonathan Sayer et Henry Shields) ; etc. Par exemple, dans la pièce Ça s’en va et ça revient (2011) de Pierre Cabanis, Jean raconte qu’il se déguisait en Marie Ingalls de la série La Petite Maison dans la prairie quand il était petit. Dans la pièce Sugar (2014) de Joëlle Fossier, William, le héros homosexuel (le plus jeune du couple homo formé avec Georges), veut rester en enfance : « Pourquoi faut-il grandir, Adèle ? c’est si bon, l’enfance. »

 

Il se crée son petit monde imaginaire, fait de poupées, de loisirs, de jeux, de vacances, de films et de dessins animés, de danse : cf. le film « Far West » (2003) de Pascal-Alex Vincent, le film « Mysterious Skin » (2004) de Gregg Araki, le film « Boys Don’t Cry » (1999) de Kimberly Peirce, le film « My Summer Of Love » (2004) de Pawel Pawlikovsky, le roman Nicolas Pages (1999) de Guillaume Dustan (dans lequel les pulsations de la discothèque sont comparées aux sensations prénatales de l’enfant dans le ventre de sa mère), le film « Partisane » (2012) de Jule Japher Chiari (la protagoniste lesbienne, Mnesya, écoute une boîte à musique), etc.

 

Film "15" de Royston Tan

Film « 15 » de Royston Tan


 

Par exemple, le film « Queens » (2012) de Catherine Corringer dépeint un monde où la sexualité est proche de l’enfance : un jeune homme est un arbre nourricier, un autre une poupée, une femme âgée est aussi une enfant. Dans la pièce Un petit jeu sans conséquence (2012) de Jean Dell et Gérard Sibleyras, Patrick, le héros homosexuel, joue avec ses jeux de plages. Dans son one-man-show Elle est pas belle ma vie ? (2012), Samuel Laroque affiche sa nostalgie des dessins animés (Candy, les Schtroumpfs, etc.) et des chanteuses pour enfants (Dorothée, Chantal Goya, etc.).

 

Parfois, le héros homosexuel est fasciné par un mobile enfantin suspendu au plafond : cf. le film « Le bon coup » (2005) d’Arnault Labaronne, le film « Fast Forward » (« D’un trait », 2004) d’Alexis Van Stratum, le film « Kika » (1993) de Pedro Almodóvar, le film « Mon copain Rachid » (1998) de Philippe Barassat, la pièce Une Cigogne pour trois (2008) de Romuald Jankow, le film « Une si petite distance » (2010) de Caroline Fournier (avec la boule à facettes annonçant l’amour lesbien), le lustre hypnotisant se balançant dans l’arrière-scène du concert (2008) d’Étienne Daho, le film « The Prom Queen » (« La Reine du bal » (2004) de John L’Écuyer, etc.

 

Le personnage homosexuel se présente comme un être exceptionnel, un enfant à la maturité d’adulte, et/ou un adulte à la pureté enfantine. « Le haut de mon corps a 27 ans, et le bas, 17 ans. » (Wang Ping dans le film « Nuits d’ivresse printanière » (2009) de Lou Ye) ; « Vous savez que mes seize ans ont déjà dit adieu à l’enfance tout en continuant – ainsi, on gagne sur les deux tableaux – d’offrir l’image de l’enfance. » (Vincent, le héros homosexuel de 16 ans, dans le roman En l’absence des hommes (2001) de Philippe Besson, p. 23) ; « Je parle d’un petit garçon et je dis que c’est mon frère. » (Heiko, le héros homosexuel s’adressant à son amant Konrad, dans le film « Praia Do Futuro » (2014) de Karim Aïnouz) ; « Je ne suis pas un enfant. » (Davide, le héros homosexuel de 14 ans, dans le film « Mezzanotte » (2014) de Sebastiano Riso) ; etc. Par exemple, dans la pièce Bill (2011) de Balthazar Barbaut, Bill est décrit comme un « bébé géant ». Le roman Le Crabaudeur (2000) de Quentin Lamotta se présente comme un conte philosophique raconter par un enfant adulte, surdoué, visionnaire.

 

Très souvent dans les œuvres homosexuelles, l’âge est une tromperie : cf. le film « La Vie privée de Sherlock Holmes » (1970) de Billy Wilder (avec les quatre nains du cimetière, décrits comme des « enfants au visage de vieillards »), le roman Les Vieux Enfants (2005) d’Élisabeth Brami, etc.

 

Ce jeu sérieux sur la confusion des générations est particulièrement bien illustré dans l’œuvre du dramaturge homosexuel argentin Copi. En effet, rares sont les fois où ses personnages ont une claire idée de l’âge qu’ils ont, ou qu’ont les gens qui les entourent :

 

Jeanne – « Quand est-ce que tu cesseras d’être vieille ?

Louise – Vieille ? Je ne m’en étais jamais aperçue.

Jeanne – […] Depuis que nous sommes petites j’ai rajeuni de jour en jour, tandis que toi tu es restée toujours aussi vieille ! »

(Copi, La Journée d’une rêveuse (1968), pp. 36-37)

 

« C’était une Indienne de 12 ans mais elle avait la poitrine d’une femme de 20 ans. » (Copi, La Vie est un tango (1979), p. 156) ; « Son tailleur bleu-ciel qui lui faisait paraître plus jeune à La Rochelle disparaissait ici à côté de l’affublement baroque de Jolie, qui devait avoir pourtant trente ans de plus qu’elle. » (cf. la description de Solange, op. cit., p. 167) ; « [Le Maire] pensa que Jolie de Parma avait à peine 50 ans. Elle en avait 60. Quant à Solange Soubirous, il lui en donna à peine 40. » (idem, p. 177) ; « Et il [Silvano] partit en courant vers le théâtre Odéon avec une agilité qui lui fit penser qu’il avait un corps de vingt ans. » (idem, p. 139) ; « Silvano […] crut qu’Arlette était une gamine. Ce n’est que le jour où il se rendit à la mairie pour déclarer Didier qu’il sut qu’elle avait 36 ans. » (idem, p. 106) ; « Elle était bien plus vieille que je ne le croyais. » (Ahmed à propos de Madame Ada dans la nouvelle « La Baraka » (1983) de Copi, p. 42) ; etc.

 
 

b) Le refus de vieillir :

L’idéalisation de la jeunesse et de l’enfance s’accompagne pour le coup d’une angoisse très forte, chez le personnage homosexuel, du temps qui passe et de la vieillesse : « La jeunesse est une drogue. Et je vois pas comment je pourrais m’en passer. » (Anne – interprétée par Muriel Robin – dans le téléfilm « Le Clan des Lanzacs » (2012) de Josée Dayan) ; « Si je m’aperçois que je vieillis, je me tue ! » (Dorian Gray dans le roman Le Portrait de Dorian Gray (1891) d’Oscar Wilde) ; « J’ai une ride de stress ! » (le Schtroumpft Coquet dans le film d’animation « The Smurf », « Les Schtroumpfs » (2011) de Raja Gosnell) ; « La jeunesse est la seule chose qui compte en ce monde. […] Que c’est triste. Je vais devenir vieux. » (Lord Henry, idem) ; « Il s’avéra que même si j’étais destinée à vieillir et à mourir, je pourrais avoir une jumelle, installée dans un satellite se déplaçant à la vitesse de la lumière, qui ne vieillirait pas au même rythme que moi. » (Anamika, l’héroïne lesbienne qui prétend rechercher « l’immortalité », dans le roman Babyji (2005) d’Abha Dawesar, p. 219) ; « Je supporte pas l’idée de vieillir. » (Jarry dans son one-man-show Entre fous émois (2008) de Gilles Tourman) ; « Ça devrait être interdit de vieillir. » (Saint Loup, le couturier homosexuel du film « Rose et Noir » (2009) de Gérard Jugnot) ; « Premièrement, je n’ai aucun ride !!! » (Fred, le héros homosexuel de la pièce Coloc’ à taire ! (2010) de Grégory Amsis) ; « Quel malheur que tu sois devenu vieux ! » (la Mère à « L. » dans la pièce Le Frigo (1983) de Copi, p. 31) ; « Vous, Oiseaux-Comédiens, aidez-moi à franchir le miroir… de l’enfance perdue. » (Camarade Constance dans la pièce Les Oiseaux (2010) d’Alfredo Arias) ; « Les pédés sont pires que les femmes. À 30 ans, ils pensent que c’est fini. Il n’y a pas que la beauté ! » (Michael, le héros homosexuel du film « The Boys In The Band », « Les Garçons de la bande » (1970) de William Friedkin) ; « Comment te dire ? Je suis un vieux pantin en lendemain de fête, un vieux pantin entre les mains d’un enfant bête. » (cf. la chanson « En miettes » d’Oshen, Océane Rose-Marie, la lesbienne invisible) ; « C’est vraiment dégueulasse de vieillir. » (Henry s’adressant à Jonas, le héros homosexuel, dans le film « Jonas » (2018) de Christophe Charrier) ; « Plus il vieillit, plus il est aigri. » (Jean, homo, parlant de son co-équipier Joël, dans le film « Les Crevettes pailletées » (2019) de Cédric le Gallo et Maxime Govare) ; « Tais-toi… Hier soir, je me suis arraché cinq cheveux blancs… » (André, homosexuel, se désespérant de voir le temps qui passe, dans le film « Pédale douce » (1996) de Gabriel Aghion) ; etc. Dans le film « Test : San Francisco 1985 » (2013) de Chris Mason Johnson, Todd, l’un des héros homosexuels, n’a qu’une ambition dans la vie : « Mourir jeune et joli. »

 

Par exemple, dans le film « Mort à Venise » (1971) de Luchino Visconti, Aschenbach regarde l’écoulement du sablier avec amertume. Dans le roman Journal de Suzanne (1991) d’Hélène de Monferrand, Héloïse, en voyant son corps d’enfant devenir adulte, crie à la « malédiction » (p. 362). Dans le film « Je vois déjà le titre » (1999) de Martial Fougeron, l’angoisse de la vieillesse homosexuelle est clairement abordée. Dans le film musical « Victor, Victoria » (1982) de Blake Edwards, la phrase « vieille pédale pathétique ! », dirigée contre Toddy, est présentée comme la pire des insultes qui puisse être entendue par une personne gay. Dans le roman La Vie est un tango (1979) de Copi, Silvano s’imagine qu’en 2009 il aura 70 ans alors qu’il en sera plutôt à 100. Dans le film « Romeos » (2011) de Sabine Bernardi, « Lukas » – initialement Miriam – passe son temps à se scruter dans le miroir, s’imposant l’angoisse éternel du Dorian Gray. Dans son one-woman-show Wonderfolle Show (2012), Nathalie Rhéa dit son angoisse de la quarantaine : « Qu’est-ce qu’on a comme avenir quand on a passé la quarantaine ? » Le film « Circuit » (2001) de Dirk Shafer raconte l’histoire d’un prostitué terrifié à l’idée de vieillir. Dans le film « Sils Maria » (2014) d’Olivier Assayas, Maria, pile au moment où elle doit se mettre au théâtre dans la peau d’une lesbienne, Helena, attirée par la « jeunesse » de Sigrid au point de se suicider, éprouve un vertige par rapport à son âge vieillissant réel. Dans son concert Free : The One Woman Funky Show, (2014), Shirley Souagnon regrette sa jeunesse : « Chuis fracassée. Chuis adulte. Chuis vieille. » Dans le one-man-show Au sol et en vol (2014) de Jean-Philippe Janssens, Jeanfi, le steward homo, présente l’inconvénient de son métier : « Y’a le revers de la médaille : tu vieillis plus vite que d’habitude. » Il se rend chez un chirurgien pratiquant la « médecine esthétique » pour rajeunir. Dans la performance Nous souviendrons-nous (2015) de Cédric Leproust, le narrateur adulte, qui vit pourtant hors de sa sphère de conscience, joue à être un fœtus qui n’est pas encore sorti du ventre de sa mère : « Voilà. Je suis un vieux fœtus à présent. »

 

Vivant douloureusement le passage des années, certains personnages homosexuels décident de se suicider : « J’aurais dix-huit ans à jamais. » (Kévin, s’exprimant après son suicide, dans le roman Si tu avais été… (2009) d’Alexis Hayden et Angel of Ys, p. 461) Par exemple, dans le film « Traitement de choc » (1972) d’Alain Jessua, un quinquagénaire homosexuel obnubilé par la jeunesse rentre dans un établissement de cure censé lui redonner jouvence et santé : « Ce traitement, c’est toute ma vie : je peux continuer de plaire, d’aimer, de rester jeune. » Il mettra fin à ses jours après avoir été chassé, faute d’argent.

 
 

c) Derrière l’idéalisation, il y a… :

Cette idéalisation de la jeunesse bute à un moment donné contre sa propre inconsistance, contre le Réel ; ou alors on découvre chez le héros homosexuel que le rêve de l’enfance a été brisé par un choc, un viol, une accélération trop prématurée vers le monde adulte, l’adolescence angoissée de la chenille qui craint de devenir papillon. Par exemple, dans la comédie musicale À voix et à vapeur (2011) de Christian Dupouy, un des personnages, âgé de 16 ans, et écrivant à son père pour lui annoncer son homosexualité, se définit comme un « enfant qui a poussé trop vite », qui n’a pas vécu pleinement son temps de l’enfance. Dans le film « Les Garçons et Guillaume, à table ! » (2013) de Guillaume Gallienne, c’est juste après avoir frôlé le viol par trois racailles qui voulaient vivre « un plan » avec lui que Guillaume s’éclipse en chantant la fameuse comptine enfantine « Il était un petit homme, pirouette cacahouète ».

 

En général, le héros gay feint l’innocence enfantine quand il ne veut pas assumer ses actes honteux d’adulte, ou bien parce qu’il veut masquer sa haine de lui-même par le vernis de suffisance de la jeunesse conquérante qu’il serait le seul à incarner. « Je suis comme un enfant qui aurait grandi trop vite. Un être hybride, mi-enfant, mi-adulte. » (Adrien, le héros homosexuel du roman Par d’autres chemins (2009) d’Hugues Pouyé, p. 48) ; « Il est temps que tu grandisses maintenant. Et va voir à quoi ressemble le vrai monde. » (le père d’Éric s’adressant à son fils homo Éric, dans l’épisode 3 de la saison 1 de la série Sex Education (2019) de Laurie Nunn).

 

Très souvent dans les œuvres homosexuelles, la différence des générations est gommée, les rapports parents/enfants sont inversés ou érotisés : « Il faut que je me rende à l’autre bout de la ville pour le baby-sitting : personne n’a encore compris que c’était plutôt moi qui avais besoin de me faire garder. » (la narratrice lesbienne dans le roman Apologie de la passivité (1999) de Karin Bernfeld, p. 24) ; « Et sa mère n’a pas d’âge ! » (Mimi à propos de Solitaire, la mère de Lou, dans la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi) ; « Elle est une fille comme moi ! Comme moi, qui suis fille de femme comme elle sera mère d’une fille ! » (Solitaire en parlant de sa fille Lou, dans la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi) ; « Anna ressemble tellement à Greta que ça pourrait presque être elle. » (Jane, l’héroïne lesbienne parlant de la mère et de la fille de 13 ans, dans le roman The Girl On The Stairs, La Fille dans l’escalier (2012) de Louise Welsh, p. 177) ; « Si t’es un bon papa, alors tu fais qu’est-ce que je veux… » (l’enfant à son père, dans la nouvelle « L’Histoire qui finit mal » (2010) d’Essobal Lenoir, p. 5) ; etc. Par exemple, dans le film « Drôle de Félix » (1999) d’Olivier Ducastel et Jacques Martineau, ce sont les enfants qui éduquent leurs parents : Félix apprend à son pseudo « père » à pêcher. Dans la pièce Eva Perón (1969) de Copi, Evita infantilise sa propre mère et la gronde comme si elle était une enfant. Dans la chanson « Lisa tu étais si petite » de Faby, il est question de ces « enfants qui grandissent plus vite que les parents »

 

Après « L’Amour n’a pas de sexe », place à « L’Amour n’a pas d’âge » ! En général, la séparation-rupture de la différence entre l’enfant et l’adulte préfigure ou illustre une violence, un inceste, une monstruosité, la pédophilie, le clonage : « Me voici : la Solitaire ! Je suis une fille-mère abandonnée par sa fille qui à moi quiconque préfère ! » (Solitaire dans la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi) ; « J’ai peur qu’il naisse anormal, avec la tête de ma mère et le corps d’un animal ! » (Lou accouchant de son bébé, idem) ; « La jeunesse qui rayonne à chaque instant de vous, voilà ce que la Reine aime chez Sidonie. » (cf. une réplique du film « Les Adieux à la Reine » (2012) de Benoît Jacquot) ; « Vous me faites à chaque fois l’effet d’un bain de jouvence. » (la Reine Marie-Antoinette à son amante Madame de Polignac, idem) ; etc.

 

Dans la pièce Hétéro (2014) de Denis Lachaud, les héros homosexuels sont obnubilés par la procréation et leur descendance assurée par le clonage, parce qu’en réalité, ils font de l’horloge biologique et de la vieillesse des monstres.
 

Dans la pièce Un Tango en bord de mer (2014) de Philippe Besson, Stéphane est bloqué par un idéal physique de jeune homme angélique qu’il recherche chez tous ses amants : « Malgré leurs impuretés, ces êtres restent très purs, sans taches, comme si rien ne pouvait les abîmer. » Vincent, son « ex », le lui fait remarquer : « T’as toujours été obsédé par l’éternelle jeunesse. » Et Stéphane confirme : « Oui, de jeunesse figée, fossilisée, je suis fasciné. »
 

Paradoxalement, ces mêmes réalisateurs homosexuels qui idéalisent l’enfance, pratiquent l’art iconoclaste du détournement parodique, pour se venger/se défendre inconsciemment (eux diront « ironiquement ») de leur attachement naïf à une jeunesse irréelle, télévisuelle, et avant tout plastique : « Mon lifting est de travers ! » (Solitaire dans la pièce Les Escaliers du Sacré-Cœur (1986) de Copi) Par exemple, dans son one-(wo)man-show Charlène Duval… entre copines (2011), Charlène Duval, le travesti M to F, raconte qu’il lit encore du Enid Blyton et des Oui-Oui : il en fera une lecture détournée très sulfureuse, afin de prouver sa distance critique. Mais qui a dit que l’ironie était un gage de détachement ? Moi, je suis justement persuadé du contraire.

 
 

FRONTIÈRE À FRANCHIR AVEC PRÉCAUTION

 

PARFOIS RÉALITÉ

 

La fiction peut renvoyer à une certaine réalité, même si ce n’est pas automatique :

 
 

a) La jeunesse éternelle :

Si on les écoute bien, on découvre qu’un certain nombre de personnes homosexuelles idéalisent complètement l’enfance : « C’est merveilleux quand l’enfance et la grande personne sont mêlées. » (Jean Cocteau, dans le documentaire « Jean Cocteau, autoportrait d’un inconnu » (1983) d’Edgardo Cozarinsky) ; « La seule chose qui me différenciait des hommes ‘normaux’, c’est que j’adorais l’éclat de cette déesse : la jeunesse. » (Witold Gombrowicz, Journal, 1957-1966) ; « Quand on est jeune, on se sent immortel. On est beau. » (Jonathan, séropositif et homosexuel, dans le documentaire « Prends-moi » (2012) de Sébastien Lifshitz) ; « L’enfant triomphe, parce qu’il dit et parce qu’il ne dit pas. Il triomphe parce qu’il ne parle pas sérieusement : il trompe, il détrompe, il enchante. » (Roberto Echavarren, Medusario (1996), p. 149) ; « C’est l’insouciance, le bien-être, et le bonheur à l’état pur. Et on n’est pas encore égratigné par la vie. » (Denis parlant de l’enfance, dans le documentaire « Une Vie de couple avec un chien » (1997) de Joël van Effenterre) ; « Jamais peut-être auparavant dans l’histoire, observe Klaus Mann, les jeunes gens n’avaient été jeunes de façon aussi consciente, éclatante et provocante que la génération allemande de ces années-là. On disait : ‘Je suis jeune’ et on avait formulé une philosophie, poussé un cri de guerre. La jeunesse était une conjuration un défi, un triomphe. » (Klaus Mann, Journal, p. 135) ; etc. Dans son essai Se dire lesbienne : Vie de couple, sexualité, représentation de soi (2010), Natacha Chetcuti définit le « paradis de l’asexuation » (recherché par beaucoup de femmes lesbiennes) comme « une masculinité qui doit rester dans le registre de l’enfance ou de l’adolescence » (p. 93).

 

Bien souvent, les individus homosexuels se présentent comme des grands enfants, et rentrent le plus sincèrement/ironiquement du monde dans la peau de ces gamins tout-puissants que la publicité et le cinéma ont déifiés puis diabolisés. « J’ai 12 ans à l’intérieur de moi. » (le peintre nord-américain Keith Haring, cité dans l’article « Keith Haring » d’Élisabeth Lebovici, sur le Dictionnaire des cultures gays et lesbiennes (2003) de Didier Éribon, p. 237) ; « L’adolescence, voilà mon territoire. » (Christophe Honoré, Le Livre pour enfants (2005), p. 32) ; « Je suis encore un prématuré quelque part. » (Axel, une femme transsexuelle F to M, dans le documentaire « Nous n’irons plus au bois » (2007) de Josée Dayan) ; « J’ai toujours voulu rester un enfant dans ma tête. » (le youtubeur Newtiteuf, en janvier 2017) ; etc. Le poète homosexuel français Jean Cocteau se définissait comme « un éternel adolescent » (cf. Paula Dumont, Mauvais Genre (2009), p. 91).

 

Par exemple, les concerts du chanteur Mika ressemble à des cours de récré géante, colorées et naïves. Dans son one-man-show Elle est pas belle ma vie ? (2012), Samuel Laroque fait chanter à son public des chansons de Chantal Goya. Dans le vidéo-clip de sa chanson « Je suis gay », Samy Messaoud joue avec son ourson en peluche. Les sketchs d’Anne Roumanoff, dans lesquels l’humoriste imite souvent des enfants, sont très appréciés de la communauté LGBT.

 

« Mon envie dans ce film est de faire apparaître la relation que j’ai eue avec Pêche. Parce qu’elle a été sans doute une soupape à mes questions. Parce que j’avais trouvé en lui quelqu’un à qui m’accrocher. À travers cette histoire intime avec Pêche, mais aussi à travers les failles et les choses du monde normées et non normées assimilées, ressortira le cheminement d’un enfant, de sa construction, de ses peurs anciennes face à son homosexualité, mais aussi de ses désirs et secrets les plus beaux qu’il n’ait imaginés. » (Thomas Riera parlant de son documentaire « Pêche, mon petit poney » (2012) sur sa figure-jouet)

 

Vidéo-clip de la chanson "Parler tout bas" d'Alizée

Vidéo-clip de la chanson « Parler tout bas » d’Alizée

 

Sous l’Allemagne nazie, les mouvements de jeunesse des Wandervögel (littéralement : Oiseaux migrateurs) étaient imprégnés d’homosexualité et apportèrent « leur idéalisme juvénile » (Philippe Simonnot dans son essai Le Rose et le Brun (2015), p. 13)
 

Les membres de la communauté homosexuelle sont parfois friands des chorales des petits chanteurs à la croix de bois. Les chœurs d’enfants dans les films « Les Amitiés particulières » (1964) de Jean Delannoy, « La Mala Educación » (« La Mauvaise Éducation », 2003) de Pedro Almodóvar, ainsi que dans les chansons « Heal The World » de Michael Jackson (avec, à la fin, la voix d’une gamine qui se superpose à celle du chanteur), « Where’s The Party » de Madonna, « Tomber 7 fois » et « Libertine » de Mylène Farmer, « J’ai demandé à la Lune » du groupe Indochine, « Parler tout bas » d’Alizée, « Fallait pas commencer » de Lio, etc., montrent un attrait réel pour l’enfance folklorique. Par exemple, le compositeur homosexuel Benjamin Britten utilisait beaucoup les chorales d’enfants dans ses compositions musicales. Le compositeur Érik Satie a écrit des comptines pour les enfants.

 

Derrière cette idéalisation homosexuelle se cache un sentiment de ne pas avoir eu de vraie jeunesse, justement ! « Finalement, j’ai pas été jeune. C’est ce qui me manque beaucoup. » (Yves Saint-Laurent dans le documentaire « Yves Saint-Laurent et Pierre Bergé : l’Amour fou » (2010) de Pierre Thoretton)

 
 

b) Le refus de vieillir :

B.D. "Femme assise" de Copi

B.D. « Femme assise » de Copi


 

L’idéalisation de la jeunesse et de l’enfance s’accompagne pour le coup d’une angoisse très forte, chez les individus homosexuels, du temps qui passe et de la vieillesse : « Je ne veux pas vieillir. » (Alexandre Delmar, Prélude à une vie heureuse (2004), p. 168) ; « Bien sûr, sur les dessins, je fais plus jeune que mon âge. » (Peter Gehardt, ironique, dans son documentaire « Homo et alors ?!? », 2015) ; « Et là, tu peux pas lutter. On ne pardonne pas à un gay de vieillir. » (Guillaume parlant de son amant Xavier qui l’a quitté pour un petit jeune, dans le documentaire « Cet homme-là est un mille-feuilles » (2011) de Patricia Mortagne) ; « J’avais honte de moi devant lui. Je me sentais vieux, blasé. Mais j’étais avec lui, je comprenais tout ce qu’il désirait, tout ce qu’il ne désirait pas. Il était dans le malheur avec une fraicheur miraculeuse. […] Je l’ai aimé. » (Abdellah Taïa racontant ses sentiments face à un jeune domestique noir, Karabiino, qu’il convoite, dans son autobiographie Une Mélancolie arabe (2008), pp. 74-75) ; « Ça va être un mariage de vieux avec de la musique de vieux. » (Pierre se plaignant de la musique qu’il choisit avec Bertrand pour leur playlist de « mariage », dans l’émission Infra-Rouge du 10 mars 2015 intitulée « Couple(s) : La vie conjugale » diffusée sur France 2) ; « La vieillesse est un naufrage. Elle me fait peur. Une espèce d’horreur physique. » (Pierre Démeron, homosexuel de 37 ans, au micro de Jacques Chancel, dans l’émission Radioscopie sur France Inter, 3 avril 1969) ; « La puberté, ça a vraiment été un choc pour moi. » (Iris, homme M to F, qui s’appelle initialement Gabriel, dans l’émission Zone interdite spéciale « Être fille ou garçon, le dilemme des transgenres » diffusée le 12 novembre 2017 sur la chaîne M6) ; etc. Par exemple, lors de son concert Les Murmures du temps (2011), le chanteur Stéphane Corbin exprime sa peur de vieillir. Dans le documentaire « Les Invisibles » (2012) de Sébastien Lifshitz, Christian, le dandy homo de 50 ans, se lamente de vivre une « phase de vieillissement prématuré » ; quant à Thérèse, âgée de 70 ans, elle semble montrer la vieillesse comme une impasse terrible (« L’âge qui a été dur, c’est cinquante ans. L’âge où j’ai renoncé à séduire. ») de laquelle elle a tenté plusieurs fois de contourner en sortant avec des femmes qui avaient quasiment 30 ans de moins qu’elle (passions souvent dévorantes et destructrices) pour retrouver sa jeunesse perdue.

 

Alors vous allez me dire : « Ils ont peur de vieillir… mais c’est le cas de tout le monde ! Ce n’est pas propre aux homos ! » Et je vous répondrai : Oui et non. Même si bien évidemment ils n’ont pas le monopole du jeunisme, leur attachement au corps mortel et à la beauté plastique adolescente (donc celle qui passe) les expose particulièrement à la phobie idolâtre de la mort.

 

Dans son essai Histoire et anthologie de l’homosexualité (1970), par exemple, Jean-Louis Chardans décrit – avec un ton défaitiste et misérabiliste qui ne serait pas le mien – « l’enfer de la vieillesse » pour les individus homosexuels, « car l’homosexualité n’a nulle pitié pour les individus décatis. Les derniers jours de ceux dont le nom n’est pas célèbre prennent souvent l’allure de l’agonie des insectes au seuil de l’hiver : délaissés de tous, sans famille, ils cherchent jusqu’au bout à demeurer la ‘jeune folle’ fardée de leur vingt ans. » (p. 14) Il est question, chez les personnes homosexuelles, de « l’attrait de la beauté angélique des éphèbes » (p. 346).

 

Vivant douloureusement le passage des années, il n’est pas rare que personnes homosexuelles décident même de se suicider. Le baron Adelswärd-Fersen, par exemple, ne supportant pas l’idée de vieillir, mit fin à ses jours en 1923 à l’âge de 43 ans. Il est certain que les enfants, dans la vie d’un Homme, aide à vieillir, à voir de l’avant, à mourir sereinement ; et que les personnes homosexuelles, ne pouvant pas procréer en couple homosexuel, ne s’assurent pas de vieux jours reposants et chantants. Celles qui ont eu des enfants d’un précédent mariage dit « hétéro » en conviennent sans discuter. Sachant que je ne dis pas par là qu’il suffit d’avoir engendré un enfant naturellement pour vivre une vieillesse heureuse.

 
 

c) Derrière l’idéalisation, il y a… :

L’idéalisation homosexuelle de la jeunesse bute à un moment donné contre sa propre inconsistance, contre son immatérialité, contre le Réel ; ou bien on finit par découvrir que le rêve de l’enfance a été brisé par un choc, un viol, une accélération trop prématurée vers le monde adulte, l’adolescence angoissée de la chenille qui craignait de devenir papillon : « J’ai vite pris la mesure de ce qu’était la vie d’adulte. » (Véronique, femme lesbienne interviewée dans l’essai Les Chrétiens et l’homosexualité (2004) de Claire Lesegretin, p. 259) ; « Mon enfance, elle a été éclipsée par des situations de famille, des choses compliquées, que je comprenais trop bien. » (le chanteur homosexuel Charles Trénet dans le documentaire « Charles Trénet, l’ombre au tableau » (2013) de Karl Zéro et Daisy d’Errata) ; « Moi, je vois mon enfance comme une période qui ne nous a pas du tout armés. Je vais grandir moins vite que les autres. » (Christian, le dandy homo de 50 ans, dans le documentaire « Les Invisibles » (2012) de Sébastien Lifshitz) ; « Et pour dire clairement et exactement les choses en une phrase, j’ai le sentiment de ne jamais avoir eu d’enfance. » (Paula Dumont, Mauvais Genre (2009), p. 42) ; « Là où les choses commencent à se corser, c’est effectivement en 4e. Il y a un truc terrible qui se passe chez les garçons à ce moment-là, c’est la puberté. » (Alexandre Delmar, Prélude à une vie heureuse (2004), p. 21) ; « J’ai vécu dans la peur des métamorphoses. » (Jean Genet, Journal du voleur (1949), p. 39) ; « Un accident l’a buté sur un souvenir d’enfance et ce souvenir est devenu sacré ; dans ses premières années, un drame liturgique s’est joué, dont il était l’officiant : il a connu le paradis et l’a perdu, il était enfant et on l’a chassé de son enfance. Sans doute cette ‘coupure’ n’est pas très aisément localisable : elle se promène au gré de ses humeurs et de ses mythes entre sa dixième et sa quinzième année. Peu importe : elle existe, il y croit ; sa vie se divise en deux parties hétérogènes : avant et après le drame sacré. » (Jean-Paul Sartre à propos de Jean Genet, dans la biographie Saint Genet (1952), p. 9) ; « De mon enfance je n’ai aucun souvenir heureux. » (cf. la première phrase d’Eddy Bellegueule dans le roman autobiographique En finir avec Eddy Bellegueule (2014) d’Édouard Louis, p. 13) ; etc. Le documentaire « Jenny Bel’Air » (2008) de Régine Abadia, tirant le portrait du fameux travesti M to F du mythique Palace à Paris, présente « l’histoire d’un petit garçon à qui on a volé une enfance » (cf. le catalogue du 19e Festival Chéries-Chéris au Forum des Images de Paris, en octobre 2013, p. 80).

 

Par exemple, le shota est un genre de mangas représentant des gamins de 10 ans dans des scènes homosexuelles avec des adultes : cette réalité de la pédophilie est occultée dans les traductions.

 

En général, la séparation-rupture de la différence entre l’enfant et l’adulte préfigure ou illustre une violence, un inceste, une monstruosité : « Je savais que j’étais le seul à avoir une double vie. Une vie d’enfant et une vie d’adulte. (Et je ne comprenais rien à ces deux vies.) » (Christophe Tison racontant comment il a été abusé par un adulte à l’adolescence, dans son autobiographie Il m’aimait (2004), p. 63)

 

C’est la raison pour laquelle, concernant l’amour homosexuel de l’enfance, on constate que le « pas du tout » succède très vite au « passionnément » (cf. je vous renvoie au code « Petits Morveux » de mon Dictionnaire des Codes homosexuels). « La jeunesse de Proust se caractérise par un immense sentiment de bonheur. […] Mais à un moment donné de son existence, il comprit que le bonheur n’était pas pour lui, et il y a renoncé. » (cf. l’article « La Douleur pour destin » de Pietro Citati, dans le Magazine littéraire, n°350, janvier 1997, p. 24) Pour ma part, je sais que j’ai vécu une enfance très heureuse, mais aussi que mon cauchemar a commencé dès l’entrée en collège, à l’adolescence, donc à partir du moment où les camps garçons/filles se sont mieux dessinés, où la société m’a demandé de sortir de l’enfance…

 

Dans la communauté homo, la vénération toute récente de la jeunesse, des joies de la paternité, même si elle doit bien sûr être considérée, respectée, et entendue comme un besoin sincère et légitime de laisser une trace vivante et durable sur cette Terre, me semble être aussi un moyen de faire diversion sur les réels problèmes à l’intérieur des couples homosexuels. Au-delà des intentions, elle traduit des drames personnels vécus par chacun des deux partenaires (surtout dans l’enfance), et aussi un refus de s’ancrer dans le Réel, dans son corps sexué, dans la réalité de la famille naturelle, dans sa responsabilité et sa liberté d’adulte. Comme le dit si justement Pascal Bruckner dans son essai La Tentation de l’innocence (1995), « le bébé devient l’avenir de l’homme quand l’homme ne veut plus répondre ni du monde ni de soi. » (p. 100)

 
ÉTERNELLE tétine
 
 

(Je rappelle pour finir que ce code fonctionne en doublon avec le code « Parodies de Mômes » dans ce même Dictionnaire.)

 

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