Regard

Ma petite règle de vie, c’est que j’essaie de faire en sorte que rien de ce que je fais dans mon intimité ne me fasse rougir si ça devenait un jour public. Ça demande une attention de tous les instants. Mais cet effort d’imagination me fait connaître tout de suite mes péchés, éclaire instantanément ce qui est honteux ou injuste dans mes agissements et dans mes paroles. C’est radical ! Rappelez-vous la fois où, par erreur, vous avez envoyé le mail de médisances précisément à la personne que vous critiquiez… Repensez à la honte d’être pris en flagrant délit de masturbation, d’infidélité ou de visionnage de porno… et vous comprendrez très vite de quoi je parle !

En revanche, si j’applique vraiment cette règle dans mon quotidien, je vis une véritable libération. Non seulement je ne fuis plus le regard des autres mais je le recherche, je l’appelle au secours et il accourt immédiatement. Et combien plus le regard de Dieu ! Ce n’est pas un hasard si, de nos jours, le « regard des autres » est autant méprisé par nos contemporains. Il est très décrié, tout simplement parce que l’être humain ne veut plus assumer ses actes mauvais et rendre compte du mal qu’il se fait à lui-même, il ne veut pas reconnaître que son propre regard s’est sali, est devenu voyeuriste. Je vois pourtant dans ces regards humains un appel à la perfection, un miroir salutaire et un réel appui. Sans le regard des autres, je vis pour moi. Et c’est bien triste. J’aime Facebook et Twitter pour les mines de regards qu’ils sont : ces réseaux m’encouragent à avoir une vie impeccable. La disparition terrestre de ma mère aussi m’aide incroyablement à devenir irréprochable. Loin de créer une angoisse ou une surveillance stériles, elle me stimule encore plus à la sainteté. Je rends grâce à Dieu tous les jours d’être regardé par les autres. En bien, en mal, peu importe. D’être regardé, tout simplement. Il n’y a que ceux qui regardent/agissent mal qui voient du narcissisme et du Big Brother partout.