PASTORALE Gay church
 

Si, à l’issue du Synode sur la Famille, une pastorale spécifique aux personnes homosexuelles était créée, cela serait-il une grande avancée, ou au contraire un pas en arrière, un scandale plus grave qu’il n’y paraît, un drame, une raison suffisante pour justifier un schisme, voire de l’homophobie masquée sous un aspect d’« ouverture », d’« accueil », de « respect des personnes » et d’« adaptation aux réalités de notre temps » ?

 

Voilà une vraie question, qu’un bon ami, Vincent Rouyer (pédopsychiatre), m’a aidé tout à l’heure à formuler !
 

Post de Vincent Rouyer daté du 15 octobre 2014 sur Facebook

Post de Vincent Rouyer daté du 15 octobre 2014 sur Facebook

 

Une question pas évidente du tout, car elle va plus en profondeur que celle de la simple présomption de justification ecclésiale de l’identité ou de la pratique homo. On a compris (mis à part Frigide Barjot, Têtu, certains membres de David et Jonathan et de Devenir Un En Christ, peut-être même certains évêques ou cardinaux supposés « progressistes ») que le Vatican ne justifierait jamais l’identité homosexuelle, ni la pratique homo, ni l’existence d’un « amour » homosexuel, ni une Union civile, ni les bénédictions des unions homosexuelles. On a compris que l’Église accueillait les personnes homosexuelles et appelaient à ne pas les juger, mais au contraire à les valoriser. Les craintes de bons nombres d’entre nous ne se concentrent plus du tout là, mais ailleurs : sur la possibilité de faire du désir homosexuel un critère de Mission et de pastorale spécifique ; et je dirais même plus : sur la possibilité que la blessure homosexuelle soit un lieu d’où puisse émerger la Sainteté de Dieu. Trop la folie !!! 😉 C’est ÇA, le véritable sujet de nos questionnements intérieurs. Quelle juste place laisser à l’homosexualité dans l’Église ?

 

Derrière le projet de création d’une pastorale spécifique destinées aux personnes attirées sexuellement par les personnes de même sexe se trouve une question pratico-pratique profonde : le désir homosexuel peut-il être considéré comme un critère de classification des êtres humains (y compris s’il est vécu dans la continence, c’est-à-dire dans l’absence de pratique homosexuelle et le refus d’identification de soi à une identité homosexuelle ou à la reconnaissance d’un désir érotique réel et souvent durable en soi !) ; et si oui, mérite-t-il un encadrement spécial (que ce soit une pastorale d’accueil spécialisée, voire même, pour ceux qui voient les choses en grand, la création, pour les personnes homosexuelles continentes, d’un ordre religieux ou d’une consécration spécifique, du même type que la confrérie qu’avait fondée le père Lataste à destination des anciennes femmes prostituées et détenues) ?

 

OUI catégorique, répondent les excités d’une diversité et d’une unité ecclésiale façon Gay Church, les sentimentaleux soucieux d’une intégration express forcée des personnes homosexuelles dans l’Église. Ça part d’un bon sentiment, mais ils oublient que la véritable Charité n’existe pas sans l’exigence de la Vérité sur le désir homosexuel et les actes homosexuels.

 

NON catégorique, répondent ceux qui, à mon avis, mélangent orientation sexuelle et identité, ou désir érotique et pratique de ce désir. « On ne peut pas réduire l’être humain à sa seule sexualité. » avancent-ils, sous couvert d’arguments universalistes. C’est faux. S’il est vrai que l’être humain ne se réduit pas à la génitalité, il se réduit, dans un temps humain terrestre, à sa sexualité (« sexualité » étant entendue comme « différence des sexes », « sexuation », et « rapport au monde et aux autres en tant qu’être sexué »). Les ennemis d’une pastorale à destination des personnes homosexuelles sont les mêmes qui diront que la reconnaissance de l’existence du désir homosexuel donne à ce dernier trop d’importance, le justifierait presque, « stigmatiserait » les personnes qui le ressentent, les « ghettoïserait » en communautarisme (« l’homophobie positive », à l’instar du « racisme positif » et des « discriminations positives »), « s’essentialiserait » sous forme d’espèce (alors qu’ils prétendront par ailleurs lutter contre cette essentialisation et attribueront la personnification du désir homosexuel aux individus qui soit reconnaissent l’existence du désir homo, soit le figent en identité ou en acte/amour, soit bâtissent un « lobby LGBT »). Rien de tout ça, concrètement, dans la création d’une pastorale spécifique ou d’une consécration spécifique.
 
PASTORALE Famille recomposée
 

La question de la « pastorale orientée » mérite un vrai débat, car même dans la sphère associative catholique prônant la continence (je veux parler bien sûr de Courage International, le seul apostolat en direction des personnes à attirances pour le même sexe officiellement soutenu par l’Église catholique), nous ne sommes pas d’accord entre les leaders. La plupart parlent uniquement de l’horizon de la « chasteté », terme beau mais un peu fourre-tout qui dispenserait de parler de « continence », la continence étant considérée comme un Éverest délicat/impossible à proposer publiquement (elle fait peur et ne serait pas très vendeuse), comme un choix accessible seulement à une infime minorité des personnes homosexuelles catholiques désirant être chastes. Je crois que ce n’est pas vrai : la continence est bien plus accessible et bien moins coûteuse que ce qu’on se représente ; elle est également un mot qui aide à vivre la véritable chasteté car elle donne à celle-ci une incarnation et une forme claires ; elle évite les amours platoniques et la douleur des amitiés amoureuses… réalités que le mot « chasteté » mal explicité entretient.

 

À mon sens, pour répondre à l’enjeu d’une pastorale ecclésiale spécifique pour les personnes homosexuelles ou les personnes concernées de près ou de loin par l’homosexualité, nous sommes mis en difficulté par deux zones de flou qui restent à éclaircir:
 

– La première, c’est l’amalgame (encore très persistant, voire naissant, au sein de l’Église) entre chasteté et continence. Or, pour les personnes durablement et terrestrement homosexuelles, il n’est pas proposé n’importe quelle forme de « chasteté » (car la véritable chasteté peut être vécue aussi au sein d’un couple femme-homme aimant n’ayant pas renoncé à vivre la génitalité, au sein d’une amitié femme-homme unique qui glissera vers l’amour, au sein d’une famille) ; il est justement proposé une chasteté bien spécifique, gémellaire de celle qui est demandée aux célibataires consacrés religieux, à savoir l’amitié désintéressée, l’absence totale d’activité génitale et sentimentale, et la continence (une abstinence donnée à Jésus et aux autres, avec la reconnaissance de l’existence du désir homosexuel). Rien ne sert de nous mentir et de se planquer derrière le concept religieusement correct de « chasteté » ou de « charité ». Qu’on le veuille ou non, la chasteté pour les personnes durablement homosexuelles a une forme spécifique (un peu contraignante, il est vrai, car elle est plus réduite et moins variée que pour les personnes attirées sexuellement par le sexe complémentaire) ; et cette forme s’appelle continence.
 

– La seconde zone de flou, c’est de se satisfaire de la continence et d’en faire une vocation d’Église. Or, la continence (tout comme le célibat sans projet de don entier de sa personne à la personne aimée), n’est pas une vocation au même titre que le mariage d’amour entre une femme et un homme ou le célibat consacré religieux et/ou sacerdotal. Elle n’est pas une « troisième voie sacrée » à mettre sur le même plan que les deux autres. Elle n’est pas non plus une voie de garage. Mais si elle veut vraiment demeurer évangélique, elle doit être comprise comme un stade transitoire, un sas vers une des deux vocations officielles de l’Église – le mariage ou le célibat consacré – qui ne se supplantera pas à celles-ci (grande prudence est demandée aux personnes durablement homosexuelles qui font le pas de la « continence vers le mariage femme-homme aimant » ; encore plus grande prudence et discernement sont demandés aux personnes durablement homosexuelles qui font le pas de la « continence vers le célibat consacré et vers le sacerdoce »), un chemin qui ne s’en éloignera pas non plus, et qui même tendra formellement et spirituellement plutôt vers les exigences du célibat consacré. Pour les personnes durablement homosexuelles dans un temps terrestre, je crois en la continence comme une étape (honorant le célibat consacré et le mariage femme-homme aimant) qui mérite une consécration qui ne soit pas considérée de la même hauteur que le célibat consacré sacerdotal ou que le mariage femme-homme aimant, mais qui, à cause de la force relative du désir homosexuel, puisse exister sans encourir le risque de faire de la continence un refuge justificateur du désir homosexuel. Même moi, en tant que personne continente, je ne suis pas habilité à m’installer dans le désir homosexuel sous couvert d’abstinence pour Jésus. Je ne sais pas comment mon désir sexuel évoluera, donc je n’ai pas à décider comment Jésus et les autres me guérissent/me guériront de cette blessure désirante qui habite en moi, je n’ai pas à m’enfermer et à me reposer sur mon témoignage de « personne homosexuelle continente » en me tenant chaud à mon désir homosexuel enrobé de foi et d’abstinence. C’est une tentation qui existe, je le reconnais, de se servir de la continence pour, en toile de fond, de pas chercher à changer, ou pour justifier une peur de la différence des sexes, ou pour s’écarter du mariage ou du sacerdoce et leur faire de l’ombre. Mais en attendant, le désir homosexuel existe, me submerge toujours en ce qui concerne les femmes. Et le désir de me donner pleinement à l’Église avec tout ce que je suis et tout ce que je ressens est bien là également ! Ce n’est pas parce que je ne suis pas (encore) appelé au mariage ni au sacerdoce que je dois rester cloîtré chez moi, que je ne peux pas me donner entièrement à l’Église, et que l’Église ne pourrait rien faire de moi et n’aurait rien à me proposer de grand !

 

Nous nous devons de répondre aux deux questions de la pastorale spécifique et de la consécration spécifique à l’égard des personnes homosexuelles dans l’Église, non pas dans une logique moraliste alarmiste (genre « Il faut qu’on se positionne absolument ! Pour savoir quoi répondre, pour ne pas avoir l’air de cons, pour stopper les erreurs d’interprétations, les excès et les divisions qui peuvent naître dans l’Église à cause du sujet épineux et explosif de l’homosexualité ! Pour avoir un discours clair et exigeant, charitable mais Vrai ! »), mais dans une logique beaucoup plus positive, un élan d’Espérance, d’enthousiasme que je lis déjà dans les 3 points proposés par le Synode, car à la clé, ne perdons pas de vue qu’il y a des personnes ressentant un désir homosexuel qui sont extraordinaires et qui constituent indéniablement une richesse pour l’Église, il y a le Salut de ces personnes qui est en jeu, et puis surtout il y a un enjeu collectif de Sainteté. Une homosexualité vécue dans l’obéissance à l’Église fait de grands saints (c’est un prêtre catholique, je pense homosexuel continent, qui me l’a dit un jour). Pourquoi devons-nous, en tant que catholiques, souligner l’importance de l’homosexualité dans l’Église, sans jamais justifier le désir homo, une pseudo « identité homosexuelle » ni un « amour homosexuel » ? Parce que, dans certains cas, une fois transformé par le Seigneur, le désir homosexuel devient la pierre d’angle jadis rejetée par les bâtisseurs. Parce qu’il est un lieu d’où peut jaillir une force de Vie énorme, originale, drôle, incroyablement efficace. Un peu comme un vaccin qui contient paradoxalement une dose de poison. Comme je l’écrivais il y a peu, non seulement l’homosexualité n’est pas un petit sujet, mais elle est la planque mondiale actuelle du diable. Ça, c’est la face noire du problème. Mais la face éclatante beaucoup plus positive, c’est qu’une fois cette planque dévoilée et expliquée, une fois l’homosexualité vécue dans la continence et donnée à l’Église et aux autres, le désir homosexuel peut devenir l’un des plus puissants moteurs de sainteté par lequel l’Esprit Saint (= l’Essence de Dieu) circule et se diffuse dans le monde entier. Dit autrement, la blessure homosexuelle, en sa qualité de faille, peut, si elle est traversée par l’Esprit Saint, si elle est donnée entièrement à Dieu et à son Église, faire passer énormément de la Lumière du Christ, dans un monde crispé et particulièrement envoûté/travaillé par le mot « homosexualité » et par la pratique sensuelle et génitale BISEXUELLE.
 
PASTORALE Bougie
 

Personnellement, je suis pour le fait que l’existence du désir homosexuel (que je ne justifie pas sous forme d’identité, ni d’amour, ni de pratique, ni même d’identité religieuse continente) soit un critère spécifique de classification des personnes (tout comme pour les divorcés remariés), et donc je suis en faveur de la création d’une pastorale spécifique à l’égard des personnes homosexuelles. Nous ne pouvons pas, du fait que nous ne sommes pas (et à raison) d’accord avec l’existence du désir homosexuel, soutenir pour autant que ce dernier n’existe pas, ni nous valoir du fait que, parce que les personnes homosexuelles sont avant tout homme ou femme ET Enfants de Dieu, elles n’ont pas besoin d’un accompagnement spécifique, ni ne vivent un chemin singulier avec ce brancard désirant. Ce serait faux, et mal connaître le désir homosexuel qui, sans être fondamental, n’en est pas moins parfois profond et durable. Le désir homosexuel est une réalité désirante qui peut conditionner fortement l’identité et les actes des personnes qui le ressentent, quand bien même il ne se substitue pas à l’identité fondamentale des personnes. Il ne peut pas toujours être balayé comme ça… même si, parfois, il est effectivement « balayé comme ça » par l’Esprit Saint, par des libérations spectaculaires, par la rencontre de la personne de l’autre sexe qui saura libérer petit à petit la personne homosexuelle de sa peur de la différence des sexes. Je crois, pour avoir étudié sérieusement l’enracinement du désir homosexuel dans beaucoup de vies humaines, pour avoir croisé aussi un certain nombre de personnes homosexuelles ayant vécu des « sessions agapê » libérantes mais pas totalement transformantes par rapport aux tendances homosexuelles, que le désir homosexuel est souvent (là encore, je dis « souvent » car cela dépend des situations et des degrés d’ancrage du désir homosexuel : le spectre des homosexualités est très vaste !) un dur à cuire. De plus, les personnes catholiques, continentes ou en chemin de continence, existent. C’est une réalité humaine d’Église, certes minoritaire en apparence (je ne demande absolument pas à la grossir, ni à ce qu’elle devienne un obsession ecclésiale, loin s’en faut), mais symboliquement très importante. Il y a derrière ces personnes à attirances pour le même sexe un fort enjeu de sainteté qui nous englobe tous. Et il y a derrière l’homosexualité un fort enjeu de conversion des cœurs d’un grand nombre de personnes non-homosexuelles, qui se présentent de plus en plus comme hétéros gays friendly, qui se coupent de l’Église et de Jésus uniquement à cause de la question homosexuelle et de leur mauvaise compréhension du sujet. L’Église joue donc très très gros avec l’homosexualité. Plutôt que de fuir le sujet (et les sujets vivants homosexuels !) dans la tiédeur et dans la peur, en s’auto-persuadant que ce n’est pas si important, je crois que l’Église doit (et Elle est en bonne voie pour le faire) prendre concrètement les rênes et proposer une pastorale spécifique pour les personnes homosexuelles. Si Elle ne le fait pas, le sujet Lui reviendra constamment dans la figure, Elle passera à côté de nombreuses personnes de qualité et à côté d’un puissant outil d’Évangélisation, d’un super canal de Sainteté = l’homosexualité traversée et transcendée d’Esprit Saint. Et Dieu déteste le gâchis. Lui, il sait faire feu de tout bois humain.

 

Même si, à l’évidence, le critère premier d’une vocation religieuse ou d’un accueil d’une personne humaine, c’est la vocation à suivre et à servir le Christ, il n’empêche absolument pas que se greffe à ce critère premier le contexte spécifique où Jésus appelle tout un chacun. Et il est de notre devoir, au nom de l’Incarnation du Christ dans notre Humanité sexuée et imparfaite, de tenir compte des lieux, des événements, des conditions/conditionnements terrestres, des réalités désirantes, dans lesquels Jésus s’inscrit. Et de répondre aux besoins qu’exigent ces situations. Par une pastorale ou carrément la création d’une consécration spécifique, consécration qui ne se supplante pas à la vocation sacerdotale, qui ne la parodie pas non plus. Et pour éviter cette parodie, la création d’une fraternité religieuse serait idéale. Mais avançons déjà par petits pas en accueillant positivement la nouvelle de la création (qui en fait a déjà été créée sous Benoît XVI) d’une pastorale spécifique à l’égard des personnes homosexuelles. Jusqu’à preuve du contraire, nous, personnes à attraction pour le même sexe, n’avons pas la gale. Et quand bien même nous l’aurions, l’Église, Elle, viendrait quand même vers nous. 😉 Ne la freinez pas.
 
 
 

N.B. : Ce texte a été complété, quelques jours après, de ce petit article concernant l’issue du Synode.