Mon article pour le journal La Cordée (n°65, décembre 2021) spéciale Amoris Laetitia et « situations irrégulières » dans l’Église


 

Immense honneur d’avoir été sollicité par le journal inter-paroissial du Haut-Adour (Pyrénées) La Cordée pour répondre à la question : « Les personnes homosexuelles sont-elles réellement accueillies dans l’Église ? » Vous pouvez retrouver sur papier (n°65 : article tronqué) ou sur le site de La Cordée (l’intégralité) mon article en cliquant sur ce lien.
 

LES PERSONNES HOMOSEXUELLES SONT-ELLES RÉELLEMENT ACCUEILLIES DANS L’ÉGLISE ?
 

Philippe Ariño, essayiste et intellectuel hispano-français, né en 1980 à Cholet et résidant à Paris, est l’auteur de différents essais sur l’homosexualité et l’homophobie, dont L’homosexualité en vérité (2012), Homo-Bobo-Apo (2017) traitant des Fins dernières et des liens entre homosexualité et Franc-Maçonnerie, et Interdiction des thérapies de guérison de l’homosexualité (2019). Il a aussi écrit un Dictionnaire des Codes homosexuels, consultable sur son blog L’Araignée du Désert. La particularité de cet écrivain hors normes, c’est qu’il est homosexuel, catholique et continent (abstinent pour Jésus) : il s’oppose autant au « mariage gay » qu’à la Manif Pour Tous, qu’il décrit comme « homophobes ». En 2019-2021, il réalise un documentaire (en 25 parties et traduit en 5 langues) intitulé « Les Folles de Dieu », avec 5 autres témoins homos et trans, et visible sur YouTube.
 

 

Comment nous, personnes homosexuelles, sommes accueillies par le Monde et par l’Église Catholique ? Fort de mon expérience de témoignage public en tant que personne homo croyante depuis plus de 20 ans, je peux vous dire, sans me victimiser ni faire ma crise d’égo défaitiste, qu’on est proche du désastre. Ecclésialement, mais déjà, pour commencer, socialement.
 

Incroyable mais vrai : les gens en général s’en contrefichent de nous et du thème. C’est très étrange : ils sont à la fois complètement fascinés/effrayés par l’homosexualité et les personnes homos, et ils s’en foutent royalement ! Soit les « gays friendly » (y compris parmi les cathos) nous applaudissent MAIS à la condition que nous fermions notre gueule et que nous ne partagions pas ce que nous vivons (car si nous commençons à parler vraiment de notre expérience, le lien entre homosexualité et souffrance/violence ressort très vite, ternit l’image toute rose ou arc-en-ciel que le Monde voudrait montrer de nous, et est considéré comme une « homophobie provoquant des suicides »), soit les opposants à l’homosexualité (identité + pratique + lois gays) pensent qu’en nous laissant parler, nous la justifierions, nous l’encouragerions, et nous serions donc extrêmement dangereux. Si bien que les promoteurs progressistes de l’homosexualité tout comme ses détracteurs ont tout intérêt à nous ignorer, à nous museler, ou à nous stigmatiser comme des « traîtres à la Cause LGBT » (Lesbienne, Gay Bi et Trans) ou bien des « enfants bâtards » marginaux dont la parole et le témoignage ne compteraient pas. La plupart de nos contemporains pensent même que l’homosexualité est aussi banale que la couleur des yeux, soutiennent que l’Amour ou le plaisir ou la tendresse n’a pas à se justifier pour se pratiquer individuellement, que le sexe de la personne n’a pas d’importance dans le choix d’Amour, et estiment qu’« on » donne à l’homosexualité trop d’importance dans les médias et en politique. Pour eux, ce n’est pas un sujet, et elle ne s’interroge même pas ! C’est un état de fait, un non-choix indiscutable, ou, dans l’extrême inverse, une odieuse excuse « idéologique », un point c’est tout !
 

En ce qui concerne la réception des personnes homosexuelles dans l’Église Catholique, ce n’est pas mieux ! Et je parle en connaissance de cause. Depuis mon opposition publique au « mariage » gay en 2012-2013 (dont il faut savoir qu’il a été cautionné par 99% des cathos – y compris les principaux porte-parole de La Manif Pour Tous, qui n’ont jamais dénoncé l’Union Civile qui EST pourtant concrètement le « mariage » gay, et qui m’ont éjecté quasiment dès le départ car ils ont refusé de parler d’homosexualité : par homophobie et fondamentaliste nataliste, ils ont préféré ne se focaliser que sur l’ENFANT et les conséquences du « mariage » gay sur la filiation… alors qu’il faut quand même être aveugle pour ne pas reconnaître que cette loi est passée au nom de l’homosexualité et des personnes homos !), je ne suis plus du tout invité nulle part pour témoigner, ni publié par aucune maison d’édition catho, alors que paradoxalement les besoins et les souffrances sur cette question sont criants : rien qu’au niveau éducatif, les établissements scolaires sont aujourd’hui littéralement saturés par la vague de bisexualité chez les jeunes, devenue comme une mode autant que LA matraque psychologique principale du harcèlement scolaire, y compris dans les écoles privées.
 

Le plus dingue, c’est qu’une personne homo qui commence à parler de son homosexualité dans l’Église, a fortiori continente comme moi (autrement dit, abstinente pour Jésus, l’Église et le Monde : c’est-à-dire qu’elle ne pratique pas sa tendance et qu’elle essaie tant bien que mal de vivre le message de l’Église sur l’homosexualité à travers un célibat consacré non-officiel puisqu’elle ne peut ni se marier ni postuler au sacerdoce) se retrouve attaquée principalement par 3 camps : les cathos progressistes et soixante-huitards (qui nous voient comme des fachos parce qu’ils rêveraient d’une compatibilité harmonieuse entre pratique religieuse et pratique homo), les cathos indifférents (qui trouvent qu’on nous entend trop et qu’« il n’y aurait pas que la sexualité dans la vie ! »), et les cathos conservateurs (qui nous voient comme de dangereux pécheurs voués à l’enfer et à la guérison, et qui manqueraient de Foi : « Si vous croyiez véritablement en Dieu, ai-je déjà entendu, vous ne vous sentiriez et ne vous diriez plus homos ! » Pour eux, la continence ne suffit pas : il faut en plus que nous annoncions notre guérison et la disparition complète de la tendance, que nous nous annoncions comme « ex-gays », et donc en gros que nous ne parlions même pas du sujet !).
 

De plus, l’Église Catholique actuelle ne nous explique toujours pas en quoi l’homosexualité – en tant qu’acte – est un mal (ou pire, un péché grave et mortel). Elle ne nous propose pas de chemin grand et positif pouvant concurrencer le couple homo… si bien que la plupart d’entre nous finissons par nous rabattre sur le couple ou la recherche d’un partenaire amoureux, et par quitter l’Église en claquant la porte, rien qu’en nous imaginant qu’Elle ne nous aimerait pas, ne nous accepterait pas tels que nous sommes, et que derrière la timide vitrine d’accompagnement et de vagues solutions avancées (4 petits paragraphes condamnateurs, doloristes et misérabilistes dans le Catéchisme de l’Église Catholique nous parlent d’accompagnement dans la « délicatesse » et de « devoir de sainteté et d’acceptation de notre croix en offrande aux souffrances du Christ » : très sexy comme proposition, n’est-ce pas…) il n’y a aucune oblature spécifique ni apostolat public ni Bonne Nouvelle spécialement dirigée aux personnes durablement homosexuelles (Je regrette mais l’association Courage International n’est pas un apostolat public : c’est un groupe d’accompagnement fraternel anonyme et caché, et de surcroît un « groupe de thérapie » – basé sur les 12 étapes des Alcooliques Anonymes – qui refuse d’en porter le nom et les intentions. Courage est d’ailleurs dans le viseur de la dernière loi contre les thérapies de conversion votée en octobre 2021 à l’unanimité à l’Assemblée Nationale). En gros, le message actuel de l’Église sur l’homosexualité, c’est « Tu n’es pas que ‘ça’ ! Nous t’accueillons et ne te jugeons pas. Maintenant, sois chaste, saint, porte ta croix, et tais-toi ! ».
 

Et ce n’est pas prêt de changer ! Lors de la deuxième session du Synode sur la Famille (2015), le Pape François s’est fait publiquement tirer les oreilles et menacer par le Cardinal Sarah qui lui a demandé de ne pas traiter du sujet de l’homosexualité… alors que le Saint Père l’aurait fait. « Pas de compassion ni de propositions concrètes et joyeuses destinées nommément aux personnes homos ! », lui a-t-on laissé entendre. Ça donnerait à croire, selon les cardinaux tradis homophobes, que l’homosexualité serait un chemin et un lieu de sainteté : mon Dieu quelle horreur !! La Bonne Nouvelle annoncée aux personnes homosexuelles ?!? Mais où va-t-on ?! Lors du Synode des Jeunes en 2018 (qui a succédé à la publication de l’Encyclique Amoris Laetitia en 2016), il a même été décrété que « le thème de la sexualité ne serait pas abordé », de peur de faire exploser le Synode en plein vol et de rouvrir la Boîte de Pandore : c’est vrai que la sexualité et les questions d’affectivité, ce n’est PAS DU TOUT la préoccupation n°1 des jeunes d’aujourd’hui (On va parler de la « sainteté », de la « joie » et de la « solidarité » à la place… c’est moins risqué et ça fait « jeune » quand même !). #OnNEstPasDansLaMerde
 

Conclusion : comme me l’avait fait remarquer en aparté le père Stéphane Palaz il y a quelques années – et je crois malheureusement qu’il a raison – « l’Église ne parlera jamais d’homosexualité » (en tout cas, pas plus que le peu qu’Elle a osé faire !). Et pendant le tournage de mon documentaire « Les Folles de Dieu » (fin 2019 à Lourdes), les cardinaux, les évêques, les moines, les simples prêtres, que j’ai suppliés de venir témoigner face-caméra de l’Amour paternel et fraternel qu’ils sont censés nous porter à nous personnes homosexuelles du Monde entier, ont tous sans exception décliné mon invitation, en s’inventant des excuses-bidon (« Je ne veux pas engager ma communauté… » ; « J’ai obéi à mon supérieur qui préfère ne pas prendre de risque… » ; « C’est super bien et courageux, ce que vous faites… » = « Cause toujours, tu m’intéresses ».). On a même été virés de la Cité Saint Pierre (qui accueille pourtant DUECDevenir Un En Christ –, association homo chrétienne qui cautionne la pratique homo) ! C’est vous dire ! Ces rejets ou refus de nous encourager (alors même que nous vivons ce que demande l’Église officielle), c’est non seulement tristissime – puisque ça donne raison à la réputation d’homophobie portée contre le clergé et tous les catholiques ! – mais surtout très inquiétant pour notre Église-Institution humaine. Car l’homosexualité, bien plus que la pédophilie (car la pédophilie, tout le monde est « contre », y compris les personnes pédophiles ! : en revanche, l’homosexualité, même ceux qui la condamnent, ne savent pas expliquer en quoi c’est un mal et un péché, pas même le Pape !), est le talon d’Achille, la petite bactérie qui a le pouvoir de faire péter à elle seule tout le Système ecclésial. Contrairement à l’adultère, l’avortement, la pédophilie, l’euthanasie, etc., l’homosexualité est le seul péché (ou « signe de péché » quand elle n’est pas actée) que les gens d’Église n’identifient pas ou dont ils ne parviennent pas à prouver le mal (car oui : où est le mal dans un couple homo fidèle, respectueux, serviable et pieux ?). C’est donc une erreur très grave de ne pas nous écouter, nous personnes homos continentes. Pas seulement à cause du contre-témoignage que cela constitue. Mais aussi et d’abord parce que c’est sur ce point précis-là de l’homosexualité et de l’Amour de tous (y compris et en particulier des personnes homos) que le Monde va demander le plus de comptes et d’explications aux catholiques. Et cette demande sera tellement pressante et peu exaucée qu’elle risque de s’exprimer sous forme de meurtres et de condamnations à mort pour manque effectif de Charité chrétienne.