Le véritable drame que dévoile à son insu le film « Spotlight », ce n’est pas le déni ecclésial des viols pédophiles : c’est que l’Église catholique n’a quasiment plus d’appareil critique ni de garde-fous sacerdotaux, intellectuels et journalistiques

Spotlight affiche
 

Je viens de voir le film « Spotlight » de Tom McCarthy, primé il y a dix jours aux Oscars en tant que « Meilleur Film ». Le thème : la dénonciation par des journalistes d’un quotidien nord-américain le Boston Globe des scandales de pédophilie cachés par la hiérarchie de l’Église catholique, dans les années 2000, aux États-Unis.
 

Les Experts à Boston

Les Experts à Boston


 

Bon, je confirme ce que j’avais pressenti : en plus d’être une merde bobo, c’est bien un film anticlérical et cathophobe, contrairement à ce que prétendent certains catholiques et prêtres démagos. Et je vais essayer de vous le prouver.
 
Spotlight prêtre témoignant
 

Car le scandale de ce film n’est pas qu’il obtienne la consécration oscarienne alors qu’il est nul et ennuyeux, ni même dans le fait qu’il traite du déni institutionnel des viols pédophiles opérés par des prêtres. Ça n’est pas un scoop (= que des films merdiques soient auréolés, ni qu’il existe dans l’Église catholique des horreurs étouffées par l’Institution ecclésiale). Mais la nouvelle moins réjouissante, et dont personne ne parle (parce que personne ne s’en rend compte), c’est la grande démission critique des prêtres et des journalistes catholiques, dans leur quasi majorité. C’est la corruption ecclésiale inconsciente au boboïsme. Aujourd’hui et dans les années à venir, qui va avoir la force de défendre l’Église ? Surtout quand Elle est objectivement, excessivement et injustement attaquée, comme c’est le cas dans « Spotlight » ? Pas grand monde, en fait. Où sont nos penseurs et nos critiques catholiques ? Pour la sortie d’un film anticlérical comme « Spotlight », nulle part ! Anesthésie générale.
 
 

a) Boboland :

Spotlight bobo
 

Quand je vous parle d’invasion de boboïsme y compris dans la maison catholique, je n’exagère pas. Mais comme maintenant, presque tout le monde a les pieds dans cette merde tiède verte et que celle-ci leur tient chaud, il est plus facile de la relativiser. Alors rapidement, je vais faire maintenant l’inventaire des nombreux échos que j’ai trouvés dans le film « Spotlight » avec mes 60 codes bobos de mon livre Les Bobos en Vérité, sachant que je suis certainement passé à côté de répliques importantes car la prise de notes pendant la projection du film était trop rapide :
 
Spotlight Désobéissance
 

CODE N°1 – PETITS-FILS DE 68 : Le boboïsme se caractérise par le culte de l’autonomie et de la désobéissance, l’affirmation de soi par l’anticonformisme et l’opposition à toute règle dite « institutionnelle ». On retrouve tout à fait cette rebellitude décontract’ dans le film « Spotlight ». Aucun des héros n’assume de tenir son poste à responsabilité… même les chefs ! Par exemple, Robby, le rédac-chef du Boston Globe joue le pote et le partenaire de ses employés : « Je suis plutôt coach que rédacteur en chef. » ; « Techniquement, je suis rédacteur en chef. ‘Techniquement’… » Quant au Grand Manitou, Marty Baron, c’est vraiment l’incarnation du chef qui ne veut pas avoir l’air d’être chef. Face aux juges, il joue les hors-la-loi : « J’ignore les lois ici. » ; « Je veux contester… » Tous les personnages du film croient que la Vérité s’achète à l’audace anticonformiste, au bagout : « Culoté pour un premier jour » (Robby). Et dès qu’ils se voient recadrés par une interdiction (« Il faut que tu arrêtes. » conseille par exemple Jim à son ami Robby), ils l’entendent comme une injonction à dépasser les limites. Selon eux, la véritable liberté est l’absence de limites, l’opposition, la désobéissance, l’entêtement individualiste, la transgression des règles. « Vous ferez ce que vous voudrez. Comme toujours. » (Phil s’adressant à Sacha Pfeiffer) Ils affichent leur haine des institutions, et en particulier celles de la justice : « Ça dépend du juge… » (Robby) Les avocats et les juges seraient tous véreux et corrompus par la moralité et la mafia ecclésiales. Le credo soixante-huitard du boboïsme repose intégralement sur la désobéissance. Et dans le film « Spotlight », tous les héros bobos désobéissent à un moment donné (et toujours soi-disant « pour le bien et la justice »). Le membre de l’équippe bobo le plus « révolutionnaire » (c’est d’ailleurs lui qui trouve dans les archives les preuves les plus accablantes contre le clergé), c’est le personnage de Mike. Il brise tous les codes de bienséance (il désobéit à la secrétaire de Garabedian et force la porte de son bureau), les codes professionnels (il vient en short au bureau ou interrompt ses collègues), les codes alimentaires (il mange de la mal-bouffe), il répond à son patron Robby et lui gueule dessus, etc. Le film montre l’obéissance uniquement comme une soumission et une collaboration avec l’ennemi. Les cas d’obéissance positive sont totalement évincés. Histoire de faire comprendre que l’obéissance est toujours suspecte, infructueuse et dangereuse. Et on arrive au paradoxe suivant que les promoteurs de la transgression font la morale aux ecclésiastiques par rapport à leur transgression de la différence des générations (= pédophilie). Cherchez l’erreur. Ceux qui désobéissent font la morale de l’obéissance à ceux qui ont désobéi : en effet, les pédophiles sont également anti-institutions (même si parfois ils s’en servent comme camouflage)… exactement comme les bobos. Marty Baron met un point d’honneur à « être indépendant » et à casser toutes les conventions. Les désobéissants se font miroir en croyant s’opposer.

CODE N°2 – « JE SUIS ORIGINAL ! » : Le bobo se rêve sans cesse marginal et absolument unique… sans les autres. On retrouve cette idolâtrie pour l’originalité dans le film « Spotlight » : « T’es hors limites. » (Jim s’adressant à Robby) L’inversion est absolutisée et vue comme la révolution qu’elle n’est pas : « Si on procédait à l’envers ? » (Robby)

CODE N°3 – HAINE DE LA MATIÈRE, DE L’ARGENT ET DES RICHESSES : Le bobo se la joue pauvre de gauche, alors qu’en réalité il est pété de tune et très matérialiste. On en trouve un bel exemple avec le personnage de Marty, le snob gauchiste, qui au gala de charité catholique, feint la sobriété et le dégoût des mondanités : « Pour être honnête, les soirées ne sont pas mon fort. » Bobby et lui refusent même les petits fours. Eux ne mangent pas de ce pain-là, enfin !

CODE N°4 – LE CONSOMMATEUR MASQUÉ : Derrière sa comédie du refus du matériel, le bobo a du mal finalement à se détacher de son petit confort, de ses ordinateurs et de ses affaires. C’est marquant dans le film « Spotlight ». Par exemple, Robby et Jim jouent au golf et viennent de milieux bourgeois. Les héros gravitent dans les médias, dans des bureaux et des open space où le téléphone sonne sans arrêt (comme dans les mauvaises séries nord-américaines, avec l’ambiance survoltée des commissariats de police télévisuels, des hôpitaux, pour singer la suractivité). Ils vivent au milieu des papiers, des ordis, des fichiers informatiques, au crochet de la télé et des nouvelles du JT, même s’ils prétendent faire partie des médias « alternatifs »

CODE N°5 – LA SOLIDARITÉ D’APPARAT : Le bobo se moque du charity business des bourgeois… mais lui ne fait pas mieux ! Il donne son émotion aux pauvres pour ne pas se donner lui-même. C’est exactement le cas des personnages de « Spotlight ». Ils ricanent des galas de charité catholiques (qui d’ailleurs n’existent pas dans la réalité tels qu’ils sont dépeints dans le film, mais bon…), mais eux ne font guère mieux. Leur élan vers les victimes de viol pédophile est très immature, intéressé, purement émotionnel (dans le registre hystérico-fusionnel), mercantile et voyeuriste : il répond aux exigences du business de la victimisation et du buzz éditorial. Les héros-journalistes s’accaparent LEURS victimes, en n’ayant rien à faire de leur personne (leur témoignage et la quantité d’abord !) : « On va chercher d’autres victimes. » (Mike) ; « Restons concentrés sur les victimes. » (Robby) ; « On ne tiendra compte de personne dans cette histoire. » (Robby) Cette focalisation victimiaire vire à l’hystérie identificatoire, à la transposition narcissique et égocentrique : par exemple, Mike désobéit théâtralement à son chef Robby en lui gueulant dessus, dans une crise de rébellion (voulue émouvante et poignante par les réalisateurs du film), alors qu’elle n’est qu’un transfert excessif sur les victimes : « Ça aurait pu être toi, moi, nous !!! » Est-ce que tu te rends compte, Jack ?!? On se croirait dans un mauvais soap opera. Par ailleurs, tout dans le boboïsme est centré sur l’agir (au détriment de l’être), ainsi que sur le savoir-faire, la technique, le rationalisme, la simulation d’action (solidaire), l’esprit d’équipe des executive men et des working girls. Les Experts à Manhattan qui mènent l’enquête. Comme dans les publicités pourries de ManPower, de déodorants ou de dentifrice simulant l’expertise professionnelle. On retrouve ce naturalisme professionnaliste dans le film « Spotlight » : les héros se la jouent entreprenants, hommes et femmes de terrain agissant et réfléchissant dur, sur la base d’un travail exigeant et irréfutable, esthétisant le travail d’équipe « plus fort que tout » : ils font semblant de travailler pour prouver le sérieux de leurs études et le réalisme de leurs articles affectifs. C’est de la vitrine, du simulacre de travail… mais le pire, c’est que la plupart des Nord-Américains y croient à fond, à cet esprit d’entreprise Hollywood Chewing-Gum.

De l'ACTION (comme dans Derrick...)

De l’ACTION (comme dans Derrick…)

CODE N°6 – PLUS BOURGEOIS QUE BOURGEOIS : L’ÉLITE DU BON « MAUVAIS GOÛT » : Même quand il joue au bourgeois ou au beauf, le bobo se persuade qu’il fait exception parce qu’il en aurait conscience. On voit dans « Spotlight » cette présomption d’exceptionnalité chez bon nombre des héros. Surtout avec Marty Baron (avec un nom de famille qui parle de lui-même !), qui joue à ne pas être patron : « Dis-moi où se trouve le bureau du patron. » Quant à Mike et Ben, ils se la jouent gars relax, capables de s’organiser une soirée pizza-bière tout en gardant la classe !

CODE N°7 – JARGON VULGOS-PÉDANT : Le bobo adopte en général un langage tantôt châtié, tantôt charretier, pour prouver qu’il n’est ni un beauf ni un aristo. On constate dans « Spotlight » que les personnages bobos jurent tout le temps, sortent des gros mots, et cette vulgarité confine à l’hystérie : « Je sais pas pourquoi j’ai explosé. » (Mike, l’impulsif) Le bobo simule souvent le débordement irrépressible d’émotions afin de s’excuser de ne pas les contrôler, ou bien pour « faire cool et excédé ».

CODE N°8 – PARLER ANGLAIS : Avec « Spotlight », au pays des « Ricains », travaillant en plus dans les médias, sur des postes qui louvoient entre information et publicité, on ne pouvait être mieux servi de boboïtude !

CODE N°9 – OPTIMISTE ET ESPOIR : Le boboïsme repose sur l’optimisme. Et on en trouve un bel échantillon dans « Spotlight » avec la taquinerie que le journaliste Joe, un collègue barbu de Mike, lance à ce dernier sur les bancs du tribunal : « Il n’a pas l’air optimiste. »

CODE N°12 – GLOBE-TROTTER : Rien que le titre du journal Boston Globe évoque cette mondialisation métonymique dont fait l’objet la ville de Boston, qui serait à l’image de toute l’Église catholique : il y aurait eu 249 prêtres impliqués dans des abus auprès de mineurs à Boston… donc 6% des prêtres dans le monde seraient pédophiles. C’est global ! Par ailleurs, le personnage de Mike, ainsi que Matt et Sacha, ont vraiment la bougeotte et représentent cet électron « libre » qu’est le bobo.

CODE N°13 – CANAPÉ : On retrouve quelques vieux fauteuils vintage et canapés dans le film « Spotlight ». Et plus globalement, le dilettantisme qu’il représente. Le bobo est l’ambassadeur de la cool attitude et le partisan du moindre effort : « On n’aime pas se précipiter. » (Robby) « Va voir ailleurs, j’ai du boulot. » (un collègue refoulant Mike qui vient le troubler dans son travail à l’agence de presse) ; « Tu cours au travail, toi ? » (Robby raillant son collègue essoufflé Mike, qui vient au boulot comme il fait du jogging) Aux yeux du bobo, le patron, c’est le facho et le sadomaso : « Il épuise tout le monde. » (Ben parlant de son boss travaillant tard dans les bureaux de son entreprise) Le personnage de Garabedian est une dilettante qui cache sa paresse par l’activisme laboral.

CODE N°18 – « VIVE LE VIEUX ! » : Le bobo rejette les vieux mais célèbre le style « vieux », le rétro. Et dans le film « Spotlight », la journaliste Sacha vit en effet dans un appart bohème… mais laisse tomber sa grand-mère et ne se rend plus à la messe avec elle.

CODE N°20 – CLOPE : Comme le bobo se veut cool et décomplexé, il consomme de l’« interdit » (pour cacher ses angoisses dans le paraître). On retrouve des fumeurs et des buveurs chez certains des personnages de « Spotlight ».

CODE N°21 – VILLE : Le bobo vit en général en ville, ou bien comme un citadin quand il est à la campagne. Tout le film « Spotlight » montre ce paradoxe mal résolu du « citadin qui ne s’assume pas comme tel ».
Spotlight Ville

CODE N°24 – « JE NE CROIS PAS EN DIEU MAIS JE FAIS COMME SI » : Le bobo se croit catholique pratiquant même quand il ne va plus à la messe… parce que pour lui, la foi est une question d’adhésion personnelle à Dieu, mais certainement pas une question d’Institution humaine. On en trouve plein, des cathos schizos et individualistes, dans « Spotlight » : « Je ne vais plus à l’église, sauf avec ma grand-mère. » (Sacha) ; « On ne pratique plus. On est catholiques d’éducation. » (Mike et ses collègues) ; « Je ne vais plus à la messe… mais je me sens catholique. » (Richard) ; etc.

CODE N°25 – NOSTALGIE DE LA MESSE DU DIMANCHE ET DE LA VIE COMMUNAUTAIRE : L’église/Église est désertée par le bobo, qui en garde tout de même la nostalgie (« En fait, j’adorais aller à l’église quand j’étais petit. » avoue Mike dans « Spotlight »). Elle est remplacée par l’aide humanitaire et psychologique : à la fin du film, c’est le bureau qui fait office d’église. Et les cloches sont remplacées par les sonneries incessantes des téléphones annonçant de nouveaux témoignages poignants de victimes de viol.

CODE N°27 – NEW AGE ET PSYCHOLOGIE : Au lieu d’aimer, le bobo ressent et raisonne, psychologise. C’est exactement la perversion compassionnelle qu’on observe chez les héros de « Spotlight » : avec une fausse distance et une fausse objectivité journalistique (je dis « fausse » car elle est orientée idéologiquement), ils grappillent la moindre anecdote scabreuse, épient et écrivent soi-disant « tout », écoutent comme de bonnes mères attentionnées : « Ça ne vous dérange pas si je prends quelques notes ? » (Sacha s’adressant à Joe, un homme homosexuel obèse, très anxieux et efféminé, qui a été violé par un prêtre à l’adolescence) Leurs sophismes langagiers confinent à l’infantilisation : « ‘Abuser’ ne suffit pas. » (Sacha voulant lutter contre l’autocensure des victimes qui n’oseraient pas appeler un chat « un chat » ni employer le verbe « violer ») Psychologie Magazine, j’écoute. Les personnages de « Spotlight » ne sont pas que journalistes : ils enfilent leur masque d’enquêteurs-psys, de reporters-psys. Standard téléphonique « S.O.S. Viol » j’écoute. En réalité, ils exploitent. À l’instar de Jacques Pradel. Pour dorloter leur propre misère libertine.

CODE N°28 – NI REMORDS NI PÉCHÉ : Le bobo, en général, ne sait dire ni « pardon », ni « s’il te plaît », ni « merci » (les trois mots de l’Homme priant). Il désire juste « ne rien regretter » et fuit la culpabilité (= donc la responsabilité de ses actes et l’humilité) comme la peste. C’est ce qui arrive avec les personnages de « Spotlight » : « Ne me remerciez pas ! » (Patrick) Le pardon n’a pas du tout sa place dans le film. Il faut punir, un point c’est tout ! Même quand Mike s’emporte excessivement contre son patron Robby, il ne lui formule aucune demande de pardon et n’affiche aucun remord. « Spotlight », ton univers impitoyable. Et après, ses réalisateurs osent nous parler d’acte de justice et de réparation grâce à leur film ??

CODE N°30 – CROISADE ICONOCLASTE CONTRE LES « CLICHÉS » : Comme dans tout régime totalitaire qui évacue le corps et la pensée qu’il méprise sous l’appellation d’« images », de « clichés » et de « préjugés », le boboïsme se lance dans la lutte iconoclaste. Et le film « Spotlight » joue sur cette corde du dévoilement des clichés pour mieux les détruire. Il dévoile certains stéréotypes « interdits » pour mieux en censurer/caricaturer/renforcer d’autres. L’iconoclastie se veut d’ailleurs un gage d’objectivité et de répartition des fautes. Par exemple, le rédac-chef Robby incarne la caution anti-manichéiste du film, parce que lui aussi a pris sa part de responsabilité dans le déni de la pédophilie ecclésiale (il a refusé de couvrir médiatiquement une affaire de pédophilie à ses débuts dans le journalisme). « Tous responsables ! » nous dit le film… pour occulter l’inégalité de l’attribution des fautes. Car Robby reste une exception de collabo dans son propre camp, contrairement aux prêtres qui sont tous mis dans le même panier.

CODE N°31 – SUPER-ZÉRO : Dans « Spotlight », le personnage de Mike a tout du « Super-héros raté » héroïsé. Au départ, il ne paye pas de mine : mains dans les poches, l’air de rien, cool et un peu paresseux. Mais au final, c’est lui qui est présenté comme le vrai héros. Il arrive toujours à ses fins, même quand il se mage des portes closes et des fermetures administratives. Il contourne les règles et soudoie le gardien des archives pour faire des photocopies de documents confidentiels supposément autorisés au public. Il feinte en transgressant la loi du secret, et en remplaçant celle-ci par la loi (non moins enviable) du Talion (= œil pour œil, dent pour dent).

"Spotlight" lave plus blanc que blanc

« Spotlight » lave plus blanc que blanc

CODE N°32 – LA FOLIE POUR LE BLANC : Le bobo aime bien simuler la pureté virginale en mettant tout en blanc (quitte, après, à le salir). On observe dans « Spotlight » cette monochromie aseptisée rien que dans le design seventies de l’affiche.
Spotlight barbu Baron

CODE N°33 – BARBU : Pour cultiver son style un peu wild et christique, le bobo a tendance à négliger son rasage. On retrouve dans « Spotlight » des beaux archétypes de barbus : Joe le collègue hipster de Mike, Matt le moustachu eighties, Marty Baron le cliché bobo vivant (barbu + lunettes), sans oublier dans la vraie vie Joe Crowley.

CODE N°34 – SILENCE ET PUDEUR SACRÉS : Le bobo, pour s’acheter esthétiquement une humilité et une sobriété de façade, aime bien faire l’éloge du silence ou de la pudeur, même si ces derniers sont en réalité l’expression de sa censure, de sa lâcheté, de sa timidité et de ses complexes. Dans le film « Spotlight », la promotion du silence vise effectivement le voyeurisme, la stratégie, ou l’alibi sensibleriste pour ensuite accuser et briser d’autant plus violemment le silence tant soi-disant « préalablement contenu » : « Il va falloir être encore plus discret que d’habitude. » (Robby) ; « Je devrais me taire. » (Mike) L’argument de la pudeur est également la béquille rhétorique poétisante dont raffolent en général les critiques de cinéma bobos qui n’ont à dire d’un film qu’ils veulent à tous prix célébrer quand même. Cela m’étonnera quasiment personne que le journal La Croix, top bobo chrétien, saute à pieds joints dedans : « Un film fait de finesse et de pudeur. »

CODE N°35 – LA VOIX-OFF INSUPPORTABLE : Comme dans les films à prétention réaliste et antifasciste moralisante (tels que « Imitation Game » par exemple), le film « Spotlight » est encadré, dans le générique du début et celui de fin, par une voix-off ou quelques lignes de commentaires (en général voulues « factuelles » et « choquantes »), rappelant le but et le procès d’intentions de l’œuvre : prouver que l’Église-Institution continue encore et toujours à protéger les pédophiles parmi ses prêtres et à les laisser sans impunité.

CODE N°36 – BOUGIES : Le boboïsme est fana des lumières déchristianisées et esthétisées (c’est normal : il célèbre Lucifer, l’ange de lumière). On retrouve les bougies Nature et Découvertes dans les restaurants du film « Spotlight ». Et bien sûr, le titre même du film renvoie à la lumière (« spotlight » signifie « projecteur » en anglais), une lumière pour le coup sélective, discriminante, jugeante, éphémère, puissante mais éphémère, mercantile et hollywoodienne. On est loin de la lumière d’amour qu’est Jésus.

CODE N°38 – LE BLOGUEUR CATHO (… ET SA BIÈRE !) : Le bobo, en particulier chrétien, a coutume de s’acheter une coolitude rebelle en utilisant la bière. Ça ne loupe pas avec les héros chrétiens (et plus du tout cathos) de « Spotlight » ! « Tu veux une bière ? » propose Mike à Ben ; Sacha et Phil Saviano sirotent également leur « binouze » dans un bar. Huhuhu. C’est humaniste.

CODE N°40 – DANDY QUEER & CAMP : Dans « Spotlight », le dandy négligé, la synthèse du boboïsme, c’est bien le Baron : Marty Baron ! Flegmatique et discrètement insolent

CODE N°42 – PAS D’HUMOUR : Ce qui caractérise le boboïsme, c’est qu’il se prend tellement au sérieux (même quand il prétend être drôle) qu’il perd tout son humour. Et en l’occurrence dans le film « Spotlight », on ne se pisse pas dessus. Il y a même des prêtres qui ont réussi à trouver cet électroencéphalogramme émotionnel plat « émouvant à en pleurer »… « Tu peux être chiant aussi. » (Robby s’adressant à Mike) = seule blague du film. Donc je vous préviens : faut surtout pas la louper ni dormir à ce moment-là !

CODE N°45 – PROMENADE CHORÉGRAPHIQUE : Le boboïsme a tendance à esthétiser l’errance, et en général l’errance urbaine, pour prouver de manière belle, ralentie et nostalgique, la vacuité des comportements humains. Dans le film « Spotlight », les héros bobos sont montrés justement en train d’arpenter la ville de Boston, à la découverte de « l’horreur cachée ».

CODE N°46 – SIFFLOTEMENTS, XYLOPHONES, BANJO ET PIANO : Le bobo accompagne presque systématiquement ses actions mensongères de la même bande-son. Quand c’est un « drame psychologique » qu’il souhaite illustrer, il nous ressort toujours le piano (sur tapis de violons) à la Twin Peaks ou X-Files (les séries nord-américaines pourries des années 1990). Malheureusement, entre-temps, sont arrivées les chanteuses dépressives bobos Adèle, Amy Winehouse et Lana del Rey. Et croyez-moi qu’on nous les ressert à tous les plateaux-repas cinéma, matin midi et soir ! Le film psychololo « Spotlight » n’échappe pas à la règle.

CODE N°47 – LE MONDE ENFANTIN DÉSENCHANTÉ : Le boboïsme s’affaire à dresser le portrait-hommage d’une jeunesse en général détruite par l’ignominie des adultes. C’est exactement le cas dans « Spotlight », où sont juxtaposées la féérie des chants de Noël avec la réalité du viol pédophile, le discours béat du prêtre au micro avec l’abus sexuel. Les quelques enfants montrés dans le film ne parlent jamais, sont des icônes muettes (à part quand ils sont joués par des adultes). On les observe dans la rue. Ils sont enfermés dans des cabinets d’écoute de psys.

CODE N°49 – « L’AMOUR N’EXISTE PAS. LES AMOURS ÉPHÉMÈRES, OUI. » : Bizarre pour un film qui se propose de parler de sexualité… Dans « Spotlight », il n’y a aucune histoire d’amour représentée. Juste, Sacha vit avec son compagnon. Mais sinon, la conjugalité et la différence des sexes ne sont absolument pas célébrées. Or le boboïsme repose précisément sur le rejet de la différence des sexes et de la différence Créateur-créatures (= l’Église).

CODE N°50 – « JE SUIS VIVANT » OU « J’AI AIMÉ » : Voilà le genre d’expressions hédonistes creuses que le bobo sort avec magnanimité pour se justifier de gâcher sa vie en amour. Dans « Spotlight », on en retrouve une belle dans la bouche de Sacha Pfeiffer, quand l’un de ses témoins violés lui demande pourquoi elle tient tant à dévoiler à la face de la terre les scandales pédophiles dans l’Église. Et là, Sacha-Scully nous déclame une réplique (déjà culte !) censée nous émouvoir par sa profondeur et nous convaincre par sa concision laconique : « Je suis là parce que ça m’importe. » Ça mérite la standing ovation, une phrase pareille…

CODE N°54 – « JE NE DRAGUE PAS. ET C’EST PAS SEXUEL. » Le boboïsme a coutume de réduire la génitalité à une asexualité, par hypocrisie (lui dira « par pudeur ») et sentimentalisme. C’est exactement ce qui se passe dans le film « Spotlight ». Et les bobos trouvent ça « très fort », ce côté « violence sexuelle encore plus dure et plus vraie parce que suggérée ». Épate-bourgeois cinématographique que la mise en abîme et la suggestion.

CODE N°57 – LE MARIAGE (OU PAS) : Dans « Spotlight », aucun des héros n’est montré marié. Et certains même revendiquent leur rejet du mariage, comme par exemple Mitch Garabedian, qui a décidé de ne pas s’embarrasser d’une femme, d’enfants et qui ne vit que pour son travail.

CODE N°58 – « FAMILLE, TU ME SAOULES ! » : Non seulement le boboïsme n’aime pas la différence des sexes, mais il expulse également la différence des générations (= rapports adulte-enfant ou père-fils). « Spotlight » en est la parfaite illustration : Marty dénigre le Cardinal Law, Mike insulte son supérieur Robby, Robby bafoue l’autorité paternelle de son ami Jim (confortablement installé dans sa résidence pavillonnaire éclairée pour Noël), etc. Et les mots à l’égard de la famille ne sont pas tendres : « Mon père, c’était un vrai enfoiré ! » (Patrick) Même la famille locale et sociale est présentée comme une veuve noire : « S’il faut un village pour élever un enfant, il faut aussi un village pour l’agresser. » (Garabedian)

CODE N°59 – « L’ENFANT, MON OBJET ET MON POTE » : Dans « Spotlight », les héros bobos sont quasiment tous célibataires et sans enfants. L’enfant est regardé à distance, comme un pote muet (quand il reste physiquement avec son corps d’enfant), comme un alter ego dont on exploite médiatiquement le précieux témoignage (quand il a atteint l’âge adulte après son viol). Les véritables enfants passent à la trappe. Y compris dans la fiche technique du film et la distribution des rôles principaux… alors que c’est quand même un film en hommage aux enfants, à la base…

CODE N°60 – BOBO HOMO : Le boboïsme, par son vœu d’un monde sans limite, « libre » et affranchi de la différence des sexes, se fait régulièrement le promoteur d’une bisexualité que, par ailleurs, il ne voudra jamais nommer ni étiqueter. On observe cette gay friendly (et cette asexual/libertine !) attitude dans le film « Spotlight », qui prend clairement la défense de l’homosexualité tout en la censurant. Les héros et les réalisateurs du film mettent à l’abri leurs amis homos de la présomption de complicité pédophile en brandissant l’épouvantail dissuasif du « #pasdamalgame entre homosexualité et pédophilie » : « La crise n’a rien à voir avec le fait d’être homosexuel. » ; « Rien à voir avec le fait d’être gay. Ces prêtres ont violé des enfants. » (Phil Saviano) Ah bon ? D’où tirent-ils cela ? Moi qui ai étudié les liens non-causaux (mais pourtant bien réels !) entre homosexualité et pédophilie, j’enterrerais un peu moins vite qu’eux le dossier ! Les bobos tapent sur l’Église qui n’aurait rien dit sur la pédophilie, alors qu’ils font de même en taisant la violence pédophile de certains actes homosexuels. En effet, un certain nombre de violeurs pédophiles se prétendent souvent « homosexuels » alors qu’ils sont concrètement pédophiles, pour ne pas être identifiés/arrêtés. Les bobos accusent l’Église d’avoir fermé les yeux sur les viols pédophiles venant des prêtres tout pendant qu’ils couvrent les viols perpétrés dans l’hétérosexualité et l’homosexualité, en promouvant/banalisant l’homosexualité, en censurant toute réflexion sur l’homophobie, et en confondant l’hétérosexualité avec la différence des sexes. Bonjour l’hypocrisie !
 
 

b) Un film clairement anticlérical :

Spotlight méchant prêtre
 

Pour faire « open » et « pas coincé », et surtout pour temporiser la vague de nouvelles contestations et de nouveaux scandales que pourrait réveiller un film pareil, un certain nombre de catholiques ont décidé de la jouer fine, lèche-cul et mielleuse, en affichant sur Internet et dans tous les réseaux sociaux le drapeau blanc du « Ce film n’est pas anticlérical ». C’est bien gentil (comme dirait le chanteur)… mais ils se foutent de la gueule de qui ?
 

Je veux bien relever au hasard certaines expressions employées dans « Spotlight » et vous allez me dire si elles ne sont pas anticléricales ! « un clergé dégénéré » (Robby) ; « un putain de Pape » (Mike) ; « Je pense que nous avons les moyens de nous attaquer à l’Église. » (Mike) ; « Toi aussi, tu en veux à l’Église ? » (Ben s’adressant à Mike) ; etc.
 

Regardons les choses en face. L’enquête de la brigade anti-prêtres-pédophiles n’est pas humaniste ni altruiste : elle est purement idéologique. Les protagonistes du film veulent carrément éradiquer un « Système » : « On ne tiendra compte de personne dans cette histoire. » (Robby s’adressant à son collègue Mike) ; « C’est ce qui est prévu par le système. » (Eric Macleish parlant de l’Église)
 

Avec le discours des héros de « Spotlight » et les intentions affichées des réalisateurs, on se trouve bien face à une idéologie. L’idéologie de l’accusation compassionnelle. Le propre de toute idéologie, c’est qu’elle met un thème ou une vérité au-dessus de la personne qu’il/elle est censé(e) servir. « Ces sujets sont la raison d’être de notre travail. » (Marty) L’Église catholique et ses fidèles sont complètement déshumanisés.
 

Marty Baron, le grand chef de l’équipe journalistique, ironise sur l’autorité dont s’arroge l’Église vaticane, et ne nomme même pas le Pape et ses cardinaux. Pour lui, la gouvernance du catholicisme s’appelle « En-haut » : « C’est venu d’en-haut. » Il fait fi de la rencontre avec les ministres du Christ et avec le Christ. Il veut juste couper la tête de l’Église. Il ne voit pas l’humanité de l’Église, mais uniquement un appareil, une machine infernale, une pyramide indéboulonable : « On doit se concentrer sur l’Institution. Pas les individus. » Il dépersonnifie/déshumanise complètement l’Église pour la diaboliser et justifier son éradication complète : « On s’attaque au système. » Car non : il ne s’agit pas, pour la bande de reporters, d’aider l’Église à faire son nettoyage d’hommerie. Au nom d’un nécessaire nettoyage ecclésial (qui, je le rappelle, ne peut passer que par la reconnaissance des fautes, mais aussi le pardon et la miséricorde), ils veulent carrément passer l’Institution au karcher !
 

Il ne s’agit pas, dans le film « Spotlight », de démontrer qu’il y a des cas avérés de pédophilie, ni même de s’intéresser véritablement aux victimes. Il s’agit (et là, c’est beaucoup grave) de généraliser l’accusation et la condamnation pour pédophilie à TOUT le système religieux. Par exemple, Robby passe son temps à appliquer à TOUS les prêtres ce qui n’est le fait que de certains (même si émotionnellement, nous sommes tous concernés par le viol pédophile, aussi minoritaire soit-il) : « Toi et tous les autres » (Robby s’adressant à son ami Jim) ; « Ce prêtre pédophile n’est pas un cas isolé : C’est tout le système. » (Robby) Avec « Spotlight », on atteint un degré de paranoïa anticléricale qui saute aux yeux, quand même.
 

L’ensemble des héros du film encouragent à désobéir à Dieu et à ses ministres, rien qu’en montrant l’horreur pédophile qui se cachent derrière ceux qui prétextent l’obéissance à l’Église pour justifier l’injustifiable (= le viol) : « Comment dire non à Dieu ? » (Phil) La plupart des protagonistes de « Spotlight » expriment leur dégoût haineux de l’Église-Institution : « J’ai arrêté d’aller à l’église avec ma grand-mère. C’était trop dur. J’étais assise là et je me suis mise à penser à Joe Crowley ou à un autre et je… Je me suis mise en colère. » (Sacha) Les prêtres sont même rendus responsables d’avoir odieusement brisé la belle relation naissante entre les bobos et Dieu, d’avoir massacré un rêve de gosse. « En fait, j’adorais aller à l’église quand j’étais petit. » avoue Mike en pleurs.
 
Spotlight bobo barbu
 

L’anticléricalisme du film se dégage particulièrement du leader du groupe de journalistes, Marty Baron. Roi du cynisme, il ironise sur « la soi-disant ‘Puissance de Dieu’ ». Il regarde de haut les clercs… même quand il est accueilli dans leur salon ou à leurs galas de charité. Il tourne en dérision le cadeau du Cardinal Law : « Le Cardinal m’a offert un Catéchisme de l’Église catholique. » souffle-t-il cyniquement à l’oreille de Robby. Il refuse ce qu’il juge comme « la grande mascarade de la mondanité catholique ». En fait, il n’a rien compris de l’Église véritable, qui est les pauvres et que Jésus a toujours défendue.
 

Les héros bobos libertins/frustrés sexuels du film n’ont pas accès à la compréhension de la beauté de la chasteté sacerdotale, du célibat continent. Selon Richard, par exemple, « l’obligation d’abstinence » créerait les abus sexuels dans l’Église. Et Maureen, la vieille « bonne du curé » qui sert le thé au Cardinal Law dans son salon rutilant et cosy, est vraiment filmée comme la concubine cachée.
 

Le message de « Spotlight » n’est pas du tout bienveillant ni adjuvant vis à vis de l’Église. Tout le contraire. Celle-ci serait la Grande Méchante : « L’Église continue de s’en prendre à moi. » (Richard) D’ailleurs, les bobos chrétiens nord-américains nous font bien comprendre, en traçant une ligne manichéenne entre le « camp du Bien » (c’est-à-dire eux) et le « camp du mal » (c’est-à-dire les catholiques), qu’il va falloir faire le bon choix : « Sois du bon côté. » (Robby menaçant son ami Jim)
 

À les entendre, l’Église serait une mafia qui broie les personnes et les âmes, qui serait infiltrée partout, qui feraient disparaître les documents et les preuves qui pourraient La compromettre : « Ils contrôlent tout. » (Garabedian) ; « L’Église va tout enterrer. » (Mike)
 

Ils atteignent le Point Godwin avec Mike qui fait l’amalgame entre la collaboration de l’Église catholique aux côtés des pédophiles avec la soi-disant collaboration de l’Église catholique aux côtés des « bons Allemands ». Aaaah… l’Allemagne nazie… je me disais que ça faisait longtemps qu’on n’en avait pas entendu parler, tiens…
 

Quoi qu’en disent les commentateurs cathos qui voient dans « Spotlight » un acte de charité et une occasion de questionnement ecclésial exceptionnels (rien que ça !), les personnages du film, eux, sont beaucoup moins charitables et dans la démarche du dialogue/du pardon. Non. Eux, ce sont les Justiciers qui veulent venger légalement les victimes ! Pas de pitié pour les croissants ! Zéro amour des bourreaux ou des ennemis. « Ne remerciez pas. Coincez ces enfoirés. » (Patrick, victime d’un viol par un prêtre à l’adolescence) Au lieu de permettre la rencontre entre les agressés et les agresseurs, au lieu d’être une main tendue, « Spotlight » innocente totalement les victimes, diabolise totalement les bourreaux, pour qu’ils ne se rencontrent qu’au tribunal ou entre les barreaux d’une prison : « Ces types sont des prédateurs. » (Mike)
 

Nos héros bobos s’expriment comme des méchants de dessins animés : « On les tient. » (Mike) Et personne ne semble entendre cette voix vengeresse de Gargamel, bien moins drôle que celle de Gargamel d’ailleurs, puisqu’elle est dite sincèrement.
 

Selon les réalisateurs, l’Église mentirait, minorerait l’horreur voire la justifierait. Elle aurait abusé de « sa clause de confidentialité » (gage de la confiance, de la confidentialité, du secret). Et le travail de reconnaissance, d’humilité, et de nettoyage qu’ont fait Jean-Paul II, Benoît XVI, et maintenant François, que dalle ! Les bobos n’écoutent pas et préfèrent s’hystériser sur le peu qu’ils savent des victimes du passé. « L’Église a discrédité le phénomène. » (Mike) ; « C’est officiel. » (Matt) Le commentaire du générique final laisse entendre que le Cardinal Law, qui n’a pas dénoncé les prêtres pédophiles de son diocèse à temps, coulerait des jours heureux à Rome, sous le giron du Vatican, en toute impunité. Ça aussi, ce n’est pas du tout de l’anticléricalisme, peut-être ?
 
Spotlight Cardinal Law
 

Sans parler des scènes totalement improbables de semi aveu inconscient de pédophilie (cf. l’interrogatoire insensé et cousu de fils blancs entre la journaliste Sacha Pfeiffer et le père Ronald Paquin)
 

Comme l’écrit très justement un ami : « La pédophilie est une triste et scandaleuse réalité dans l’Église. Pas moins (mais pas plus non plus, merci de nous en faire le crédit…) que dans d’autres institutions. Mais plus scandaleuse car elle est le fait de certains hommes qui ont revêtu le Christ. Maintenant, la question est de savoir quelle est la finalité d’un tel film. A-t-il pour but d’éviter que de tels scandales se reproduisent, avec un regard bienveillant sur l’Église ou est-ce une énième tentative pour discréditer l’Église… ? » Je lui réponds avec assurance que non. Ce n’est pas parce qu’un film dénonce à juste titre la pédophilie de certains prêtres qu’il en devient bon et « excellent » comme l’affirment certains cathos du web. Ce n’est pas parce qu’un film dénonce les crimes de pédophilie qu’il les dénonce bien, pour les bonnes raisons, et qu’il devient juste et vrai. La qualité d’un film ne se mesure pas à ses « bonnes » intentions mais dans ce qu’il dit et fait. Et en l’occurrence, ce que « Spotlight » dit et fait, même s’il se base sur un substrat de réel (à dénoncer), est faux, exagéré voire carrément violent et irrespectueux.
 

« Spotlight » fait beaucoup plus de mal à l’Église que de bien. D’une part parce qu’il caricature l’Institution de manière vraisemblable (mais pas du tout réaliste), façon « docu-fiction d’investigation scientifique » (Compléments d’enquête ou Faites entrer l’accusé), si bien que les non-catholiques seront tentés de croire tout ce qu’il avance, sans le recul nécessaire. D’autre part parce qu’on a de quoi douter qu’une personne éloignée de l’Église ait envie de se rapprocher de Celle-ci après avoir vu ce film. Si on veut « dés-évangéliser », c’est sans doute un excellent moyen. C’est peut-être aussi un « bon » film pour faire prendre conscience à des séminaristes de la gravité de tels faits dans les fonctions qu’ils auront à occuper. Pour le reste, « Spotlight » décourage les gens de faire confiance au Vatican, et menace le reste des croyants qui Lui font encore confiance, mais qui seraient des « collabos qui s’ignorent ».
 
 

c) Certains prêtres A-DO-RENT visiblement l’anticléricalisme (No problem) :

Putain, c'est trop cool d'être anticlérical

Putain, c’est trop cool d’être anticlérical


 

C’est déjà ahurissant qu’un film qui est, dans son contenu et dans sa forme, aussi maigre qu’un épisode télé des Experts à Manhattan, arrive à gagner l’Oscar du Meilleur Film à Hollywood. On voit bien que cette récompense est idéologique : à l’instar de la Palme d’Or de Cannes décernée à la « Vie d’Adèle » (une daube sans nom), le monde journalistique et cinématographique applaudit l’intention, le parfum de scandale, les idées, prêtés au film, mais ne récompense pas du tout le film en lui-même, en soi très banal, sans réelle profondeur, et bourré de caricatures.
 

Mais ce qui est encore plus ahurissant, c’est que ceux qui se font gifler par le film rentrent dans la danse de leurs bourreaux, les remercient avec des étoiles dans les yeux, voire pleurent même avec eux. Là, on a de quoi halluciner. Y a-t-il quelqu’un de sensé dans la salle ? Y a-t-il un journaliste de la presse chrétienne qui sait regarder un film et l’analyser ? Quand je vois l’absence d’esprit critique d’Aleteia, de La Vie, de Famille Chrétienne, de France Catholique, du Figaro, du Padre Blog (frôlant l’hystérie de la pleureuse), du Suisse Romain, du Beta ECDQ, de Aleteia le Retour (ils récidivent dans l’auto-flagellation !), de Radio Vaticana, d’Église catholique, de Radio Notre-Drame, et même d’Égalité et Réconciliation (qui pompe sur France Catholique). Seul Causeur sort timidement du lot.
 

Oui, Cardinal O’Malley, « Spotlight » est un film « important », comme vous dites. Mais pas pour la raison que vous croyez. La nouvelle la plus inquiétante, à mon avis, que nous apprend à son insu « Spotlight » concernant les médias et la Curie cathos, c’est que nous n’avons plus d’appareil critique. Nos journalistes et nos critiques catholiques dignes de ce nom n’existent plus, ne savent plus commenter ni analyser une œuvre, sont corrompus à l’esprit du monde et au boboïsme.

 

Plus que la qualité du film « Spotlight » en elle-même (s’il ne s’agissait que du film, je n’aurais sans doute pas pris la peine d’en faire un article), j’avoue que c’est surtout la réaction démagogique, bourgeoise épatée, et pas du tout courageuse, de toute une partie du clergé français qui a motivé mon billet. À un moment donné, je me suis même demandé quand s’arrêterait le cortège dithyrambique des cyber-curés snobs. Aussi étonnant que cela puisse paraître, l’anticléricalisme fait les choux gras de certains prêtres médiatiques. Le crime profite même à ceux qui sont visés par lui ! Il ne vient pas que de l’extérieur : l’anticléricalisme provient surtout de l’intérieur de l’Église car il est applaudi en qualité de « claque qui fait du bien à l’Institution ». C’est très étonnant de constater ces élans sadomasochistes internes. Au lieu de dénoncer les attaques objectives qui sont faites à leur Église à travers un film de mauvaise qualité, les prêtres médiatiques collaborent avec leurs ennemis, feignent le débordement d’émotions, félicitent les haineux, s’arrangent pour trouver le film « excellent » et « salutaire », jouent les convertis qui « soudain comprennent/réalisent » et qui battent leur coulpe à la place de leurs collègues, parlent de toute autre chose (du thème du film et non du film en lui-même ; ou bien de la polémique autour du film et non du film). Mon Dieu, kyrie eleison. Ces prêtres savent-ils réfléchir et interpréter une œuvre au-delà de son décorum médiatique ? Savent-ils faire abstraction du qu’en dira-t-on ? Savent-ils qu’on peut faire de très mauvais films avec d’excellentes thématiques et bonnes intentions ? Savent-ils que la dénonciation du mal ne tue pas ? Sont-ils attachés à la Vérité et aiment-ils vraiment l’Église ? Je leur pose sérieusement la question. Car en soutenant un film pareil, j’en doute.
 

Acteur jouant Mike

Acteur jouant Mike


 

Ceux qui devraient défendre l’Église baissent leur culotte devant le boboïsme et rentrent dans son chantage à la culpabilité. Eh bien moi, en regardant « Spotlight », je suis autant attristé pour les victimes des actes pédophiles que je suis triste devant un certain clergé boboïsant et une certaine presse dite « catholique ». J’attends de vrais prêtres ! J’attends de vrais journalistes catholiques ! Et force est de reconnaître qu’ils se font rares. Alors on va arrêter de jouer aux cons ou aux polis qui remercient ceux qui les attaquent, les calomnient, les culpabilisent, les caricaturent. Le chantage aux sentiments et aux actes isolés, l’exploitation de la souffrance et de la violence de certains, l’utilisation de la compassion pour se venger de toute l’Église, ça suffit ! Catholiques, réveillez-vous !

 

Enfin, je suis navré de devoir le dire : même si je ne me réjouis absolument pas de ce qui arrive en ce moment au Cardinal Barbarin concernant le scandale de pédophilie dans son diocèse de Lyon, ni de ce qui arrive à Mgr Aillet par rapport à ses prises de position contre l’avortement, je ne peux que constater que ça n’arrive pas par hasard. De même, si le Pape François se fait récupérer aussi facilement par Virginie Tellenne (alias « Frigide Barjot ») à propos de l’Union Civile, c’est bien qu’il y a une brèche et un manque de clarté dans le discours ecclésial par rapport à l’homosexualité, l’hétérosexualité, et la sexualité en général. Les attaques contre l’Église sont permises par Dieu et par un contexte. Si ce n’est déjà largement fait, l’Église catholique va très prochainement se faire tacler sur les points de sexualité (pédophilie, adultère, célibat continent, et homosexualité en première ligne) parce que ses pasteurs n’ont pas osé en parler en Vérité, et que beaucoup ne gèrent pas leur propre sexualité. Je ne fais que prévenir d’une évidence.

La prostitution bobo dans l’Église

« Heureux celui que le Seigneur trouvera en train de veiller. »
 
 

Dom Jean-Baptiste Chautard, le moine cistercien, était visionnaire sur la grave dérive bobo que nous vivons actuellement dans l’Église catholique (cf. les codes 38 et 39 dans mon livre Les Bobos en Vérité) quand il écrivait en 1907 dans L’Âme de tout apostolat que « malheureusement dans l’Église, il y a beaucoup de canaux, mais peu de réservoirs ».
 
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En croyant bien faire et transmettre les bons messages, les bobos cathos d’aujourd’hui (barbus et lunettés) se transforment en réalité en outils de com, en publicistes, en agences de designers, en ingénieurs du spirituel, en dir com, en starts-up, en communicants, en organisateurs d’événementiel, en relais technicistes diversifiés des slogans mondains les plus modernistes et progressistes… au détriment de la Vérité, du contenu des messages, de l’humilité, de l’âme de l’Esprit Saint. Même si c’est pour rendre service aux prêtres et à Jésus, dans le fond. Je ne crois pas que ça rende vraiment service à la Vérité.
 
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Il suffit de regarder la vidéo promotionnant la start-up chrétienne Progressif Media. Tout le jargon de l’humanisme intégral sans le Christ, sans le catholicisme, sans la Croix, sans la Vérité, sans les messages polémiques risqués et vrais, s’y trouve : Jésus est remplacé par ses « valeurs », le catholicisme est remplacé par le « christianisme » (« organismes chrétiens »), le foi devient un bien de consommation et de communication (« stratégie », « innovation », « communication », « être connecté »), l’iconoclastie est valorisée (« briser les stéréotypes ») alors qu’elle est en soi le support des régimes totalitaires, l’humanisme intégral athée mais spiritualiste est célébré (« créer du lien » ; « L’Humain au Coeur »; « Nous sommes en mission », « changement de regard », etc.) à la plus grande gloire du subjectivisme relativiste et du consumérisme (« répondre aux besoins », « phénomènes », « concerts », « les mentalités évoluent »), le savoir-faire prévaut sur le savoir-être (« opérationnel », « moyens », « développement », « enjeux »), l’Institution-Église en tant qu’appareil de pouvoir et Jésus en tant que Super-Héros prennent le pas sur l’Église des pauvres et le Christ en Croix.
 
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Je vous le dis : nous filons en ce moment un très mauvais coton. La forme ne doit pas passer au-dessus du fond, au-dessus de l’identité pauvre et vraie de Jésus et de son Église. Le péché de Judas, c’est bien d’avoir essayé de vendre son Christ, de le transformer en médias.

Programa mexicano terrible : Promoción del « Amor 2.0 »

Programa mexicano terrible : Promoción del « Amor 2.0 »
 

 

El dogma de la « Diversidad », de la « Apertura » y de la « Igualdad » impide a la presentadora hablar verdaderamente de la homosexualidad. ¡ Qué censura ! (Y lo digo como homosexual). No defiende el matrimonio, sino la heterosexualidad, la bisexualidad, el sentimentalismo, la asexualidad. ¿¿¿ Cuándo van a escucharnos???
 

Y encima, nos están justificando los divorcios, diciendo que una mujer se tiene que conformar con la noticia de la homosexualidad de su marido (trabajo de « luto » : ¡ qué vergüenza !). Y el joven consejero va a difundir su mensaje relativista en las escuelas…

Mettez vos lunettes pour voir la quenouille sur Google aujourd’hui

Non. Je ne rêve pas ! La quenouille est bien un symbole Google franc-maçon ! Aujourd’hui, Google fête les 105 ans de la naissance de Clara Rockmore. Ceux qui ne voient pas la quenouille sur ce Doodle et regardent mes analyses avec scepticisme, ouvrez les yeux s’il vous plaît. Mettez vos lunettes ! 🙂
 

Sur Wikipédia, ressort bien tout l'humanisme intégral que symbolise cette artiste : "Sous son contrôle, le timbre du thérémine était proche de celui du violon ou de la voix humaine."

Sur Wikipédia, ressort bien tout l’humanisme intégral que symbolise cette artiste : « Sous son contrôle, le timbre du thérémine était proche de celui du violon ou de la voix humaine.« 

Spotlight ou le sujet de Spotlight

Finalement, il va falloir que je trouve du temps pour aller voir le film « Spotlight ». Parce qu’il y en a (et beaucoup de prêtres catholiques sur les réseaux) que je vois jouer les indignés face à la pédophilie, et donc les démagos, en écrivant leur dégoût de la pédophilie, en battant leur coulpe de prêtres face à leurs corelégionnaires criminels, ou même en soutenant que ce film ne serait non seulement pas anticlérical mais « nécessaire » et finalement « pro-catholique ». On va se calmer. Faut-il leur expliquer la différence (pourtant basique) entre le thème d’un film et le film en lui-même ? Car aucun de ces critiques laudatifs ne parle du contenu du film ni du film en lui-même. Ils ne font que s’exprimer sur « les actes pédophiles posés par des prêtres » en général. Ce n’est pas cela, critiquer un film avec objectivité, je regrette… Ce n’est pas parce que l’intention morale d’un film (= dénoncer la pédophilie) est juste qu’elle ne peut pas faire un mauvais film : la qualité d’un film ne se mesure pas à ses bonnes intentions. Nous manquons aujourd’hui de journalistes qui analysent véritablement ce qu’ils voient, qui donnent du sens aux faits. Nous en avons en revanche beaucoup, même dans le milieu médiatique chrétien, qui s’imaginent que décrypter un film, c’est dévoiler leurs propres goûts (j’ai aimé/je n’ai pas aimé), disserter sur les sensations, impressions ou intentions (les leurs/celles des autres), s’appuyer sur les effets plutôt que sur les faits. Ils font de la culturalité mondaine et étouffent le sens anthropologique des oeuvres. Ça ne va pas.
 

Je me moque de ce que ce film « m’apporte ». Je me fous du « comment il peut bousculer ma foi ». Je m’en contrefiche même qu’il puisse m’aider à prier davantage pour nos prêtres. Là n’est pas la question. Ce qui m’intéresse, ce n’est ni les intentions ni les effets ni les impressions ni les interprétations qu’on peut coller sur le film, mais le film en lui-même (fond et forme). Sortons de la perspective consumériste, individualiste et humaniste intégral.
 

La suite de la critique sur ce lien.

Pas de lynchage de Frigide Barjot mais une remise en question EN ÉGLISE

Pour l’affaire d’hier, il n’y a pas à juger/lyncher Virginie Tellenne, mais à se remettre sérieusement en question EN ÉGLISE. Des 30 interlocuteurs français du Pape hier, ils étaient quasiment tous pro-Union Civile (ou « pour » par omission et en ne disant rien dessus). Ça fait froid dans le dos, quand même.
 

D’ailleurs, c’est fou de ne pas faire le lien entre la revendication d’amour de l’Union Civile et la filiation biologique. Autrement dit, de croire qu’une « Union Civile sans droits vers la filiation » puisse seulement exister, ou même qu’une revendication d’ « abrogation » (de la GPA, du mariage pour tous) puisse être viable sans la dénonciation de l’Union Civile par l’explicitation de l’hétérosexualité et l’homosexualité. Ça me dépasse.
 

Si Virginie Tellenne (alias Frigide Barjot) a foncé dans une brèche, c’est que la brèche existait déjà (même chez le Pape, qui n’a pas l’air de savoir pourquoi il doit s’opposer à l’Union Civile). Il suffit de regarder comment LMPT me voit comme un ennemi simplement parce que j’insiste sur l’abrogation de l’Union Civile, et comment elle essaie de proposer une Union Civile bis avec le Partenariat de Vie Commune (PVC), pour comprendre que Frigide Barjot n’est non seulement pas seule mais elle est entourée de 90% des cathos.

Le Partenariat de Vie Commune (PVC) : la nouvelle Union Civile maquillée que propose La Manif Pour Tous

PVC
 

La Manif Pour Tous se vantait depuis sa naissance et son essor de s’opposer à l’Union Civile (afin de ne jamais la dénoncer explicitement). Ainsi, l’organisme se démarquait théoriquement de Virginie Tellenne (pour éjecter celle-ci en douceur) et elle rassurait tout aussi théoriquement ses adhérents anti-conséquences-de-la-loi-Taubira-sur-la-filiation, anti-GPA, anti-présomption-d’homophobie, et secrètement pro-couple-homo-discret. En réalité, on le voit bien avec le nouveau projet (22 pages) concocté par l’IFR (Institut Famille & République) sur commande de LMPT, non seulement La Manif Pour Tous ne s’est jamais opposée à l’Union Civile ni prononcé sur celle-ci, mais elle est même en train de construire actuellement une autre Union Civile que le PaCS. C’est juste le nom qui change : le Partenariat de Vie Commune (PVC) !
 

Sans compter le fait que ce Partenariat n’a aucune chance de passer compte tenu de l’attachement des mentalités actuelles aux biens symboliques, sentimentalisés et intentionnels, il consolide encore plus ce qu’il prétend abroger, à savoir le « mariage pour tous ». Car le Partenariat de Vie Commune et le « mariage pour tous » reposent tous les deux sur la croyance en l’hétérosexualité (une hétérosexualité comprise comme la différence des sexes qu’elle n’est pas) ! La Manif Pour Tous refuse toujours d’entendre raison. Et les mensonges ou projets bancals comme le PVC continuent de nous enfoncer dans la contradiction et le faux remède.
 

La raison principale pour laquelle le Partenariat de Vie Commune sera rejeté, c’est que le PaCS et le « mariage pour tous » non jamais été demandés pour leur contenu, mais pour l’intention symbolique qu’ils représentaient, à savoir « la reconnaissance sociale des personnes homosexuelles », la justification de l’« amour homosexuel » en tant qu’« Amour universel asexué », et une preuve tangible de justice d’alignement entre l’hétérosexualité et l’homosexualité. Proposer un nouveau partenariat/contrat, sans toucher aux trois seuls mythes (l’hétérosexualité, l’homosexualité, l’homophobie) qui motivent les défenseurs de toutes lois se présentant comme gay friendly, en se contentant de soigner son contenu, prouve que les juristes de la LMPT n’ont toujours pas compris pourquoi le PaCS et le « mariage pour tous » étaient passés comme des lettres à la Poste. Ils n’ont toujours pas perçu la prévalence de la RÉALITÉ INTENTIONNELLE ET SENTIMENTALE des lois pro-gays. Autrement dit que les lois LGBT n’étaient pas demandées pour elles-mêmes, mais uniquement pour ce qu’elles symbolisaient, représentaient, à savoir l’hétérosexualité (= toutes les altérités au niveau de la sexualité, homosexualité comprise).
 

Il est urgent de se réveiller et d’arrêter de se cacher derrière l’alibi juridique ou philosophique, derrière la rhétorique peu stratégique du « moindre mal » ou de l’« idéologie des idéologies » (cristallisées autour de mots-concepts qui ne se réfèrent à rien dans l’esprit de ceux qui les emploient : « lobby », « GPA », « abrogation », « Gender », « transhumanisme », « censure totalitaire de la pensée unique », etc.), pour ne pas prendre le problème (= le soutien mondial à la bipolarité hétérosexualité-homosexualité) à bras le corps.
 

Je vais donc à présent (et pour la énième fois) réexpliquer les effets pervers de l’Union Civile (et de tous ses dérivés : alliance civile, partenariat enregistré, pacte civil de solidarité, partnership, etc.) et prendre des extraits du projet de contrat de Partenariat de Vie Commune rédigé avec toute la bonne volonté du monde par Jacques Thomas et Aude Mirkovic, pour vous montrer en quoi il est bourré d’incohérences voire de mensonges.
 
 
 

« La Loi du 17 mai a dénaturé le mariage. » : Oui, mais en quoi ? Vous ne le dites pas. La dénaturation vient à la base de la substitution de la différence des sexes par l’hétérosexualité, y compris dans les textes juridiques. Et vous participez de cette dénaturation en vous référant vous aussi à l’hétérosexualité en tant que différence des sexes.
 

« sa nécessaire abrogation. » : En quoi serait-elle nécessaire ? Vous ne l’explicitez pas et vous enchaînez sans vous justifier. Comment cela peut-il être recevable ?
 

« le refus de l’idéologie du genre. » Vous définissez le genre comme une idéologie, alors que le genre sexué, lui, est une réalité à défendre. Et par ailleurs, vous n’explicitez même pas ce qu’est le Gender, que vous épinglez comme une « idéologie » sans autre procès, alors que cette idéologie porte un nom bien précis : l’hétérosexualité (= toutes les altérités au niveau de la sexualité).
 

« Le Partenariat de Vie Commune libère la loi de la prise en compte illusoire de la nature des relations entre partenaires. » Au lieu d’affronter les réalités relationnelles violentes concernées par la croyance sociale en l’« amour hétéro » et en l’« amour homo », vous désexalualisez et désentimentalisez toute relation humaine. Vous allez même jusqu’à déshumaniser et désentimentaliser le concubinage. Comment pensez-vous ainsi parvenir à convaincre la moindre personne ou le moindre binôme de colocataires ? Que vous le vouliez ou non, les relations ou cohabitations, même amicales et familiales, sont sexuelles, puisqu’elles impliquent des personnes humaines sexuées. Eh oui ! C’est toute la richesse du mot « sexualité » que vous appauvrissez/neutralisez par votre projet de Partenariat de Vie Commune asexué.
 

« prendre en compte les besoins exprimés par la société. » ; « Le PVC est une proposition novatrice qui répond réellement aux besoins actuels de la société française. »Vous insistez énormément sur cette notion de « besoin » dans tout votre article. Ce n’est pas, je crois, un bon angle. Car tous les besoins, vous le savez bien, ne sont pas légitimes, ni ajustés au Réel humain, ni à satisfaire. Et si vous êtes persuadés du contraire, que faites-vous à ce compte-là du soi-disant « besoin » chez les unions homosexuelles de se marier et de fonder une famille, de se voir reconnaître socialement et concrètement leur « amour » ? La dialectique du besoin sans limite s’oppose précisément au bien commun, et appelle à la consommation, à la boulimie de faux « droits », notamment « pro-gays ».
 

« La Loi du 17 mai 2013, fondée sur des présupposés idéologiques de divers ordres confus ou faussé, porte à de graves conséquences. » Dans votre projet de loi, tout est axé sur la filiation, et les conséquences de la Loi Taubira. Pas la loi dans ses racines, en elle-même, dans ses conséquences sur l’individu (homosexuel) et le couple (sans enfant). De plus, penser le problème des lois pro-gays en des termes manichéens évasifs (« idéologies », « lobby », etc.) ne nomme rien. Cela ne résout pas le problème de l’homosexualité, de l’hétérosexualité, de l’homophobie. Réduire le « mariage pour tous » ou le PaCS à une problématique purement nataliste (alors que tout le monde est concerné par la différence des sexes, y compris les célibataires), finalement, ça exclut quasiment tous les êtres humains qui n’ont pas d’enfants et les couples femme-homme qui ne peuvent pas en avoir.
 

« prendre en compte les revendications légitimes des personnes de même sexe vivant ensemble. » Ah parce qu’en plus vous énoncez que les revendications des unions de même sexe sont légitimes ?? Et en plus, qui vous a dit qu’elles le sont (toutes) ? Moi, pour l’instant, je suis persuadé de leur illégitimité. Et ce, sans exception. On peut comprendre sans excuser ni justifier.
 

Par ailleurs, votre texte ne remet pas en cause ce que stipule la Cour Européenne des Droits de l’Homme sur (je vous cite) l’« authenticité des unions homosexuelles ». En fait, vous êtes gays friendly, croyez en l’« amour homo » (tant qu’il reste privé et ne se légalise pas en norme sociale), et n’osez pas dire que vous n’y croyez pas par peur que la présomption d’homophobie vous tombe dessus ? Il fallait le dire tout de suite !
 

« Le mariage civil est un contrat d’union hétérosexué. » (Vous citez l’article 144 du Code Civil) Je ne suis pas d’accord. Le mariage civil est un contrat d’union sexuée, avec les deux sexes complémentaires. Et dans le meilleur des cas, ce n’est pas qu’un contrat : c’est une relation d’amour. Même le mariage civil. L’amour – et sa reconnaissance – n’est pas réservé qu’au mariage religieux, même si sur le papier du mariage civil, il n’apparaît pas. Mais dans les faits et en intentions, les sentiments ne peuvent être évacués du mariage civil, ni minorés.
 

« Comment séparer le mariage de la filiation pour tous les couples, ‘couples homosexuels’ ou couples hétérosexuels, sans supprimer la présomption de paternité ? » (p. 342) C’est simple : en interdisant qu’une loi humaine se fonde sur l’hétérosexualité, c’est-à-dire sur le sentiment ou la pulsion sexuelle, et non plus sur la sexuation humaine aimante et divine. Remarque annexe : Pourquoi mettez-vous les guillemets à couples homosexuels sans les mettre aux couples hétérosexuels, alors qu’ils sont aussi mythiques les uns que les autres, et qu’ils les méritent tous les deux ?
 

« La loi du 17 mai 2013 modifie le mariage pour le rendre capable d’accueillir une filiation ‘homoparentale’. » Pas seulement. Il fait beaucoup plus que de toucher à la famille et aux couples femme-homme. Il banalise la différence des sexes en la passant au karcher et retire le lien d’amour entre le père et la mère biologiques d’un enfant en tant que condition du mariage. En supprimant toute sexualité et tout amour au mariage, à travers votre proposition du Partenariat, vous allez exactement dans le même sens que le « mariage pour tous ».
 

« les couples mariés hétérosexuels. » Cette périphrase est un non-sens. Si un couple est marié – dans le sens christique et social du terme -, il cesse instantanément d’être hétérosexuels. L’hétérosexualité est le libertinage, dans et hors différence des sexes.
 

« toutes les personnes mariées, hétérosexuelles ou homosexuelles. » Les personnes de même sexe, même si elles obtiennent légalement le droit de se marier, même si elles passent à la mairie et signent des registres, ne vivront jamais le mariage et ne seront jamais mariées, étant donné que le mariage EST la différence des sexes couronnée par l’amour. Idem pour les couples hétérosexuels, qui incluent la différence des sexes mais sans amour : ils ne seront jamais mariés, même s’ils le sont aux yeux de la loi des Hommes. Par rapport aux unions de même sexe qui auraient contracté un « mariage », il n’y a donc pas lieu de s’alarmer ou de s’offusquer au sujet du mot « démariage » : le démariage ne peut exister que s’il y a eu mariage. Or, dans le cadre relationnel homosexuel, il n’y a de toute façon pas mariage.
 

« couples hétérosexuels. » Les couples hétérosexuels n’existent pas (sauf à la télé, ou très furtivement). Seuls les couples unissant un homme et une femme qui s’aiment doivent être défendus et durent.
 

« ’homoparentalité’. » Vous mettez des termes entre guillemets pour les mépriser sans pour autant les définir ni expliciter pourquoi vous les méprisez. Au moins, si vous disiez que l’homoparentalité est de la science-fiction et que seule la parenté – biologique et/ou adoptive – existe, on aurait déjà moins l’impression que vous théorisez/fantasmez sur la novlangue dans le seul but de l’écarter et de fermer le dialogue avec nos contemporains.
 

« Depuis quand les relations sexuelles ou les sentiments amoureux requièrent-ils une validation par un officier d’état civil ou des engagements juridiques aussi importants ? » Pourquoi alors défendre la normativité de l’hétérosexualité, si vous êtes logiques jusqu’au bout ?
 

« La loi vise un bien commun. Elle est faite pour le bien de la société en général. » L’argument du bien commun peut largement se retourner contre vous, puisqu’il est le mot fourre-tout de toutes les revendications qui se drapent de bonnes intentions, y compris « l’amour homo », ainsi que le désir sincère de « fonder une famille et d’élever un enfant dans l’amour » exprimé par n’importe quel « couple homo ».
 

« C’est bien le couple, c’est-à-dire l’union affective et sexuelle de deux personnes, qui semble être devenu l’objet principal du droit de la famille. » En promotionnant la bipolarité hétérosexualité-homosexualité qui a fondé historiquement/hystériquement cette « couplisation du droit et du mariage », j’ai le regret de vous dire que vous chérissez à votre insu les causes dont vous dénoncez les conséquences.
 

« alliance civile. » Vous pouvez trouver toutes les périphrases que vous voudrez pour vous donner l’illusion de contourner l’Union Civile (« Alliance civile », « Partenariat de Vie Commune », « cohabitation chaste », etc.), personne ne voudra de votre retour en arrière ni restituer ce « mariage gay » qui leur apparaît comme un « progrès » et un « symbole d’égalité » ; et d’autre part, vous recréez des PaCS bis, en les amputant de surcroît de certains « avantages » (enfants notamment, statut social d’« amour », folklore typique de la cérémonie de « mariage », etc.) dont certains « couples homos » ont déjà commencé à jouir. Vous n’imaginez même pas le tollé de votre PVC ! Presque aussi grand que celui que génèrera ma proposition d’abrogation de l’Union Civile et de toute loi basée sur l’orientation sexuelle !
 

« Les relations amoureuses et affectives, ainsi que les orientations ou comportements sexuels, ne relèvent pas – ou ne devraient pas relever – du domaine de la loi, du champ de compétence du législateur. » Dans ces cas-là, pourquoi vous législateurs défendez-vous l’hétérosexualité et ne la dénoncez-vous pas directement en tant que « critère légal » illégal ? À l’instar de l’homosexualité, l’hétérosexualité est une orientation sexuelle, un fantasme, une pulsion, une fausse identité, une attraction fusionnelle et violente envers les personnes du sexe différent, une pratique génitale et/ou procréative dénuée d’amour, une parodie de la différence des sexes. Elle n’est pas plus légitime que l’homosexualité pour établir un droit ou une loi. Elle constitue même une violation des Droits de l’Homme ! Donc soyez cohérents jusqu’au bout.
 

« la protection des droits fondamentaux, notamment de la vie privée. » Comme notre époque qui fait fusionner vie privée et vie publique tout en les séparant schizophréniquement/caricaturalement, vous privatisez l’homosexualité, et la sexualité en général, pour en faire des réalités qui ne poseraient pas problème à partir du moment où elles resteraient dans la sphère strictement intime et ne relèveraient pas du droit. Mais ignorez-vous que l’homosexualité pose déjà problème dans le soi-disant « privé » et pour les deux personnes qui la pratiquent ? Et ignorez-vous que la sexualité et tout couple sont des réalités qui sont ouvertes sur la vie/sur la société et donc qu’elles ne peuvent pas être enfermées dans une cage dorée privatisée, à l’abri des lois et de votre parole de juristes ?
 

« Le couple ne peut être appréhendé par la loi qu’en fonction de la filiation. » Qu’est-ce que c’est que cette vision nataliste, froide, légaliste, dénuée d’amour, et hétérosexuelle que vous avez du couple ??
 

« Le mariage est d’un autre ordre. C’est une institution ; au-delà du contrat. » En quoi est-ce un argument valide que de dire qu’une réalité ne devrait pas changer sous prétexte qu’elle est une « institution » ? Toutes les institutions humaines seraient-elles bonnes d’être institutionnelles, traditionnelles, ancestrales ? Je ne crois pas. Et l’histoire des civilisations humaines en fournissent de nombreux exemples.
 

« Les valeurs de la République et les principes de notre droit interdisent de légiférer directement en matière d’union, qui relève de la liberté des personnes. » Oui, mais en quoi nous ne pourrions pas légiférer indirectement, à distance, en matière d’unions ? Ce n’est pas parce que la fusion ou la rupture entre la vie privée et la vie intime, entre le monde législatif et le monde sexuel/amoureux, n’est pas bonne que pour autant il ne doit pas exister des liens, ni que la loi ne doit pas se positionner en matière de sexualité, d’amour, de sentiments ! D’ailleurs, plus vous déconnectez la politique du spirituel ou du sexuel, plus vous générez une fusion malheureuse et totalitaire entre eux. Quand, amis législateurs, allez-vous vous mêlez davantage d’amour et de sexualité ? Nos politiciens et législateurs socialistes ont moins de scrupules que vous pour habiller les désirs et fantasmes populaires, leurs propres fantasmes amoureux et sexuels, leur propre pratique libertine désordonnée, en lois !
 

« Le législateur n’est pas compétent pour régir directement les unions de personnes, sans considération de la filiation. » S’il vous faut obligatoirement l’horizon filiatif pour commencer à légiférer en matière de sexualité, on va attendre longtemps, surtout dans ce monde de plus en plus peuplé de célibataires (ou de couples à l’esprit célibataire) qui veulent coucher ensemble sans s’engager, sans se marier et sans s’encombrer d’enfants.
 

« Une consécration législative d’un statut de ‘couple homosexuel’ est ipso jure, par définition, une consécration de l’idéologie du genre. » Vous pouvez nous renvoyer autant que vous voulez à la lecture des écrits de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi de 2003 pour vous dédouaner proprement d’une parole plus personnelle et plus risquées sur l’homosexualité ou sur vos croyances religieuses. Vous pouvez vous dispenser de ne pas avoir à définir ce qui se cache derrière votre épouvantail à moineaux rhétorique nommé « idéologie du genre » (ou « lobby LGBT » : étonnant que vous n’en ayez pas parlé, de celui-là…). Mais vous bottez en touche encore une fois sur des thématiques cruciales – l’hétérosexualité, l’homosexualité – qui constituent pourtant le nœud des problèmes que vous prétendez résoudre.
 

« revenir au mariage civil en tant qu’union d’un homme et d’une femme, donc fondé sur l’altérité des sexes, structure la plus à même de répondre aux besoins des enfants. » Je préfère vous rappeler que nous ne défendons pas le mariage civil en tant qu’union (à horizon procréatif) entre un homme et une femme. C’est faux. Nous ne prônons que le couple femme-homme qui s’aime. Pas la différence des sexes en soi (car elle n’est pas toujours une réussite, ni un gage de succès). Pas plus que nous ne défendrions la filiation en soi (il y a des couples qui arrivent techniquement à procréer, et qui s’aiment beaucoup moins et sont beaucoup moins réussis que des couples femme-homme stériles, voire même que certaines unions homos). Nous ne défendons que les mariages civils d’amour entre un homme et une femme libres de se choisir et qui s’engagent pour la vie en acceptant d’accueillir la vie d’un enfant si celle-ci se présente.
 

« mettre fin au PaCS qui est un statut de couple incohérent. » En quoi serait-il incohérent ? Vous soulignez certainement une piste, mais ensuite, vous esquivez son explication en ne nommant pas concrètement les problèmes, les incohérences.
 

« tenir compte des besoins et des usages de nos contemporains. »Encore et toujours ce jargon utilitariste, consumériste et productiviste du BESOIN que vous empruntez à nos opposants individualistes (même si eux le traduiront par « droits »)…
 

Par rapport à la cohabitation : « La ‘vie commune’ ne prend pas nécessairement la forme d’une union sexuelle. […] À ce niveau, l’aspect sexuel disparaît en tant que différence spécifique. L’affection joue bien sûr, mais en tant que sentiment d’amitié, et non sentiment amoureux. […] Or, avec la disparition de l’aspect sexuel, d’un côté toute interférence de l’idéologie du genre disparaît, et d’un autre côté le caractère libéral du régime politique et le champ de compétence du législateur sont sauvegardés. » Par votre projet de PVC, vous désexualisez la cohabitation ou le concubinage (en plus d’effacer la frontière entre les deux), exactement comme le fait la société gay friendly bobo qui, pour ne pas assumer ses actes libertins bisexuels qu’elle veut poser sans pour autant les nommer et en porter la responsabilité, est capable de nous sortir que « la sexualité, c’est pas sexuel », que la génitalité sans limite serait même « spirituelle », « désincarnée » et « bien au-delà des étiquettes homos, hétéros, bis, trans, etc. ». Croyez-vous que votre PVC soit une réussite ou une rupture avec le PaCS et le « mariage pour tous » ? Pas du tout. Il est exactement ce que vise ce que vous nommez « l’idéologie du genre », idéologie qui, je le rappelle, est anticonformiste par principe, et donc constamment contre elle-même dans les discours, afin de s’autoriser à continuer d’agir dans l’ombre selon sa logique libertine.
 

« Avec le PVC, les aspects sexuels seraient, par définition, absents. La vie privée des personnes serait protégée de manière absolue. » Quelle victoire de l’individualisme ! Bravo ! Chacun fait ce qu’il veut, à partir du moment où il ne se l’impose qu’à lui-même et à son/ses partenaire(s) (du même sexe ou de l’autre sexe, on s’en fout, on ne veut pas le savoir !), à partir du moment où il le fait dans son coin et que ça ne porte pas à conséquence sur le monde extérieur, à partir du moment où ça revêt la forme de la « protection », de la « sécurité » et de la « modernité ». J’aime beaucoup cette indifférence qui se fait passer pour du respect, de la justice et du légal…
 

« Le Partenariat de Vie Commune est un simple contrat de mise en commun de moyens, qui ne porte pas sur la manière dont les personnes vivent leur sexualité. » Oui. En gros, même si c’est au nom de l’enfant, votre Partenariat de Vie Commune est purement matérialiste. Vous allez en faire, des envieux, avec un contrat aussi romantique et sexy que ça !
 

« La cause juridique est toujours un fine la procréation. »Natalisme dénué de sentiment, de spirituel, et à la plus grande gloire du productivisme hétérosexiste. C’est pathétique.
 

Le Partenariat de Vie Commune « comprendrait bien un statut légal protecteur qui, certes, n’aurait pas la même portée symbolique que le mariage ou même le PaCS mais constituerait ‘une forme’ juridique concrète et bien réelle. » C’est bête parce que, ce qui avait motivé les personnes pro-PaCS et pro-mariage-gay, c’était précisément la PORTÉE SYMBOLIQUE de ces lois, et très peu leur dimension matérielle, réelle, leur contenu légal (inconnu des rangs homos). Vous tombez complètement dans le panneau des quelques militants LGBT juristes, qui parlent au nom des personnes homosexuelles qu’ils ne connaissent pas et qu’ils représentent très peu ou très mal, et qui vous ont fait croire que la population homosexuelle voulait absolument et concrètement les lois qui portent (pour un temps limité) son nom.
 

« Ce que recherchent avant tout ces personnes, c’est, de manière très pragmatique, une protection juridique qui garantisse leur sécurité matérielle. » Vous vous plantez. Le matériel, le sécuritaire, c’est l’alibi très secondaire de la revendication sentimentaliste des personnes libertaires. Si vous aviez interrogé les personnes homosexuelles qui ont soutenu en 1998 le PaCS en France, vous auriez vu par vous-mêmes que la grande majorité d’entre elles était incapable d’en décliner le sigle, et se désintéressait déjà totalement du projet de loi à la base. Elles ne le voulaient que « dans l’idée », « pour le symbole d’avancée de leurs droits identitaires et amoureux » qu’il représentait. Le contenu juridique, rien à faire !
 

« revendications égalitaristes. » Si vous ne parlez pas de quelle égalité il s’agit vraiment – à savoir la bipolarité entre les deux jumeaux terribles Homosexualité et Hétérosexualité qui se jalousent autant qu’ils se copient -, à nouveau vous sombrez dans le discours victimisant et manichéen de l’idéologie-qui-n’aurait-pas-de-nom, et vous ne réglez rien.
 

« sans considération de la sexualité. » Vous vous adressez à des anges, avec votre Partenariat, c’est bien ce qui me semblait. Tout comme le « mariage pour tous » et le PaCS !
 

« Avec le PVC, rien ne serait retiré aux ‘couples’ de même sexe, mais le statut serait offert aux personnes vivant dans un même foyer sans avoir de relation intime. » Dites aux personnes qui se mettent en « couple » homo que rien ne leur sera retiré avec votre Partenariat : elles vous riront au nez ou auront envie de vous passer à tabac. Que faites-vous dans ce cas-là de la puissance sociale, sentimentale, symbolique, amoureuse, des mots « mariage », « amour » ou « famille » (et de leurs dérivés : « mari », « femme », « papa », « maman », « fils », etc.) qu’induisent sur le papier et en fantasme des lois comme le PaCS et « le mariage pour tous » ? Vous-mêmes, vous n’êtes pas sans l’ignorer puisque vous faites tout implicitement pour que l’union homosexuelle ne soit pas appelée « mariage » et qu’elle échappe statutairement à l’arsenal juridique que recouvre le mot « mariage ».
 

« une vraie réponse à un besoin social, né de la nécessité pour les adultes de mettre en commun des moyens pour vivre et partager les frais d’existence. »Vous parlez encore du « besoin » à satisfaire… sans hiérarchiser entre eux les besoins sociétaux, pourtant très inégaux tant sur le plan quantitatif que moral.
 

« 97% des PaCS sont aujourd’hui conclus par un couple hétérosexuel. » Vous prenez sans cesse appui et comparaison sur l’hétérosexualité, parce que malheureusement vous jouez le jeu de nos opposants en utilisant le même pilier idéologique. Ainsi, vous ne sortez pas de la dimension asexuée et surérotisée des lois que vous dénoncez.
 

« loin des postures et des idéologies. » Vous qui utilisez souvent comme référentiel éthique l’hétérosexualité, ainsi que le jargon crypto-catho de la Doctrine Sociale de l’Églisebien commun », « subsidiarité », « besoin », « respect », « partage », etc.), ou bien qui faites régulièrement mention à l’« idéologie du genre », vous parvenez à conclure en nous disant que « vous vous éloignez des postures et des idéologies » ?? C’est une plaisanterie, j’espère ?
 

En conclusion, votre texte annonce la nécessaire « déception » à venir que risque de générer votre projet de Partenariat de Vie Commune. Comme si vous devanciez inconsciemment sa vanité et le rejet qu’il allait susciter avant même d’être né. « Fort de sa modernité », vous nous dites qu’il risque d’en frustrer certains. Non. Il n’en décevra pas certains. Il décevra tout le monde. À commencer par vous-mêmes ! Et pour cause. Il n’innove pas. Pis : il collabore. La morale de l’histoire : L’abus du compromis (reposant sur une mauvaise compréhension d’un texte de Benoît XVI dédié au compromis, justement) est dangereux pour la Vérité.
 

Le Pape dirait oui à l’Union Civile

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Aux dires de Virginie Tellenne, le Pape François validerait vraiment l’Union Civile. Si tel est effectivement le cas, je serais très inquiet pour notre Église. J’ai suffisamment étudié la gravité de l’Union Civile pour l’assurer.
 

Si en revanche, il sera prouvé que le Pape a fait l’objet d’une instrumentalisation abusive dont Virginie Tellenne s’est fait par le passé la spécialité, on pourra considérer que ce qu’elle a fait est très grave.

Retraite à l’abbaye du Barroux : la mort ou la Vie

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Il n’est pas très facile de revenir de retraite spirituelle quand celle-ci confine à l’intime, au secret du cœur, à la discrétion délicate de l’Esprit Saint, et qu’en même temps, elle concerne l’universel et mérite donc le témoignage. La mission apostolique est un débordement de la coupe intérieure christique. Tout ne peut pas et ne doit pas être dit (ça s’est passé entre Dieu et moi) mais il y a toute une part qui ne m’appartient pas et qui est de l’ordre de la conversion collective, du don vers l’extérieur, de la multiplication des pains, du partage. Alors j’ai décidé de vous ouvrir en partie mon journal de bord de mon séjour en abbaye bénédictine au Barroux.
 

En effet, pour vivre un temps de retraite spirituelle et entendre ce que le Seigneur pensait de mon projet (un peu fou et pas très mûr, avec le recul) de partir vivre dans la rue dans le but d’évangéliser, je suis venu du lundi 15 au 22 février 2016 à l’abbaye sainte Madeleine (Vaucluse, près d’Avignon). Une abbaye réputée austère et intégriste, notamment parce que les 50 frères qui s’y trouvent sont habillés en noir, ont leurs offices exclusivement en latin, vivent en apparence comme à l’âge de pierre, et certains portent même la tonsure (vous savez : la couronne de cheveux autour de la tête). Je ne savais pas trop où je mettais les pieds et à vrai dire, j’y allais plus par obéissance à ma mère spirituelle que par goût personnel. Les traditionnalistes, ce n’est a priori pas trop ma tasse de thé.
 

Eh bien je m’étais trompé ! Le Seigneur m’y attendait, et bien comme il faut. Il m’a comblé de cadeaux ! Au-delà de mes espérances ! Non seulement parce que mon contexte extérieur était tumultueux sans que je ne m’en rende trop compte (le Barroux a donc fait office, sans le savoir, d’abri anti-atomique pile au moment du flot d’insultes qu’a généré le site Yagg par rapport à mon article « L’homosexualité expliquée à un ado de 11-17 ans »), mais en plus par les événements à la fois très simples et surnaturels que j’y ai vécus pendant cette retraite.
 
Barroux
 

Pour vous raconter la conclusion avant le chemin qui a mené à celle-ci, mon projet initial d’évangélisation s’est évanoui. Il n’est plus question pour moi de vivre en SDF, même si, par l’audace que le projet traduisait, cela paraissait grand et courageux, et prouve que j’ai toujours un grand désir de me donner entièrement au Christ. Le problème, c’est que je n’étais pas dans l’obéissance. Et l’obéissance à l’Église, c’est la clé de la vocation vraie. « Qui vous obéit m’obéit » dit Jésus à ses ministres. Sans obéissance, pas d’Amour. Une fois cela compris, il est ressorti de ma semaine au Barroux avec Jésus trois grandes priorités :
 

1) Je ne m’occupais pas assez de ma VIE INTÉRIEURE : J’ai découvert que jusqu’à présent, j’avais été plus un canal qu’un réservoir d’Esprit Saint, plus une cymbale retentissante qu’une personne christique qui se donne dans l’Amour. À l’avenir, je veux passer du temps à écouter Jésus et Le mettre au centre de ma vie. Je veux goûter à cette interaction permanente entre les mondes visible et invisible.
 

2) J’ai décidé de NE PLUS JUGER LES PERSONNES. L’avertissement de Jésus « Quiconque se fâche contre son frère aura à en répondre au Tribunal » a résonné en moi comme une bombe quand je l’ai lu dans le Catéchisme de l’Église catholique dès les premiers jours de ma retraite. Car je savais que parfois, j’ai méprisé les personnes qui ne pensaient pas comme moi, ou les ai confondues avec leurs propos ou leurs actes. Le signe de cette confusion, c’est mon emportement, mes attaques ad hominem. J’ai fait le serment, depuis ma retraite au Barroux, de bénir toute personne, et surtout ceux que j’ai salis publiquement. J’ai une dette envers eux. Cette réparation va me demander un travail de toilettage de mes blogs, articles et vidéos, sans pour autant annuler tout ce que j’ai écrit, car heureusement beaucoup de mes prises de parole ne sont pas entachées de cette colère de ne pas être compris.
 

3) Mon critère d’orientation de mon existence, mon gouvernail, ça doit être uniquement l’OBÉISSANCE À L’ÉGLISE, c’est-à-dire me mettre sous le patronat, la direction, l’ordre et le conseil d’un évêque ; être envoyé. Car, comme le dit Jésus, « Qui vous accueille, M’accueille. » (Mt 10, 40).
 

Voilà, en gros, si je devais résumer mon passage au Barroux, les trois trésors que Jésus m’a révélés clairement. En douceur. Et sans que cela me soit dit par mon directeur de retraite (le Père H.).
 
 
 
 

Ma retraite a donc été ponctuée de rencontres importantes (Saint Antoine de Padoue, Dom Chautard, Père H., Élisabeth, Josiane…), de demandes de pardon (celle avec Élisabeth de Montauban a été déterminante et a tout inauguré), de tournants décisifs, de renoncement à certaines activités (j’ai décidé par exemple de quitter le journal ), de temps forts dans l’église du Barroux face à la Croix du Christ. Et sans que ça soit programmé, elle a suivi exactement la progression classique des étapes de la conversion du cœur qu’on peut observer dans les sessions charismatiques ou dans les festivals de jeunes, beaucoup plus cadrés et mieux léchés en apparence. Même déroulement !
 
Lundi 15 : Perturbation de la perte des repères ;
Mardi 16 : Immersion dans le silence ;
Mercredi 17 : Dieu m’a fait connaître mon péché ;
Jeudi 18 : Premières demandes de Réconciliation ;
Vendredi 19 : Combat spirituel et deuil du projet initial ;
Samedi 20 : Relecture et pommade de l’Esprit Saint ;
Dimanche 21 : Joie et Résurrection dominicale ;
Lundi 22 : Départ.

 

Alors que mon directeur de retraite n’a pas été du tout invasif ni cassant dans son accompagnement spirituel (même vers la fin, il a compris que le gros du cheminement avait été parcouru, et il m’a laissé finir ma retraite tranquille, tout en priant continuellement pour moi), alors que je n’ai pas suivi de retraite prêchée (comme ça aurait pu être initialement le cas, vu que je m’étais d’abord dirigé vers St Joseph de Mont-Rouge à Puimisson puis les Jésuites de Manrèse), alors que mes activités à l’abbaye ont suivi une trame très pauvre et banal (mes déplacements les 4 premiers jours se sont limités à des allées et venues entre ma chambre et l’église ; et j’assistais simplement aux offices), le Seigneur m’a travaillé d’une manière pourtant extraordinaire. J’ai découvert des vérités que seul l’Esprit Saint a pu me dire car elles ne me sont pas parvenues de bouches d’Hommes, et certainement que ça m’aurait été difficile de les recevoir sereinement par voie humaine. Jésus a tout programmé en délicatesse, aux petits oignons. C’était exactement ce qu’il me fallait !
 
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Voici un peu plus en détail comment ça s’est passé :
 
 

Lundi 15 février, j’ai effectué la route à pied de Carpentras jusqu’au Barroux. Une vingtaine de kilomètres. C’était un peu inconscient de ma part, car les voitures roulaient vite, la distance était longue, j’avais peu d’espace pour marcher, et puis surtout, le vent du Mistral soufflait à un point qu’il me déportait parfois. Mais il faisait beau et j’avais besoin de m’infliger cette mortification, de me manger tout cet Esprit Saint dans la gueule, de souffrir un peu. Pour labourer ma terre intérieure et qu’elle soit toute belle pour accueillir la semence à venir. Je suis arrivé vers 17h30, pile avant que la nuit tombe. Le frère hôtelier m’a installé dans ma chambre, mon directeur de retraite (Père H.) m’a salué, et j’ai assisté aux offices du soir. Le coucher est arrivé tôt.
 

Le jour suivant, le mardi, je me demandais ce que je faisais dans cette abbaye, quel état d’esprit je devais adopter, ce que j’allais trouver pendant cette retraite, et j’angoissais un peu à l’idée de perdre mes repères. En effet, le monastère bénédictin n’a quasiment pas de statues à vénérer, n’offre pas d’endroit autre que l’église où se recueillir, pas de petits oratoires ni d’exposition du Saint Sacrement ouverte au public, pas de coins « prière ». Même pas une statue de saint Benoît ou de saint Bernard ! Juste, dans le cloître, un Vierge de Lourdes et un petit Archange saint Michel calfeutré dans une niche. L’église est d’ailleurs très épurée, peu meublée. Dans ces conditions de pauvreté et de sobriété, ce n’est pas facile de savoir où aller, où reposer, où méditer, à part dans sa chambre, dans l’église (justement) ou en pleine nature. Et pourtant, dans cet apparent désert où se parle une langue quasi étrangère pour moi (le latin), Jésus m’avait préparé une oasis.
 
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Le mardi 16, je suis sorti à l’extérieur du bâtiment où logent les retraitants, et contre un des murs se trouvait un petit escalier en pierre aidant à gravir un talus parsemé de plantes. Je me suis assis à mi-hauteur de cet escalier, pour y lire. Et là, quelle ne fut pas ma surprise de découvrir au beau milieu des lierres grimpants une statuette blanche d’un saint que n’importe quel promeneur aurait pu ignorée tellement elle était discrètement posée là : saint Antoine de Padoue ! Mon saint préféré ! Mon ami. Mon lumignon dans la nuit, quand ça ne va pas.
 
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En plus, la figurine était placée là parce que le moine-jardinier, par scrupule, n’avait certainement pas osé la jeter, alors qu’elle était en piteux état : cassée, il lui manquait l’Enfant-Jésus (ce qui n’est pas un détail !) et la Bible. Pourtant, saint Antoine avait encore été épargné et était reconnaissable par son lys blanc de la virginité.
 

Saint Antoine du Barroux

Saint Antoine du Barroux


 
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En plus, il n’avait pas une position de tête habituelle eu égard à la tradition des sculptures à son effigie (normalement, il fixe le petit Jésus, et n’a pas les yeux levés au Ciel). Ici, saint Antoine contemplait Dieu là-haut, et son doigt tenant le lys indiquait également le centre de son cœur. À travers cette statue, son improbabilité aussi, Dieu a voulu me consoler en me montrant que je n’étais pas seul. À travers son fidèle disciple médiéval, Il m’a également enseigner quelle était l’attitude que je devais suivre pour bien vivre ma retraite : ouvrir et exposer le fond de mon cœur à mon Père du Ciel, me pencher sur ma vie intérieure (= Jésus). J’avais juste à me laisser aimer par Lui et à m’offrir pour que mon cœur se consume au Sien. C’était tout simple. Comme j’ai été touché par cette délicatesse ! Même le frère qui me suivait en direction spirituelle ignorait l’existence de cette statue.
 
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Dans la journée, le père H., justement, est venu me rendre visite dans ma cellule pour m’écouter. Il m’a beaucoup écouté et a simplement capté mon attention sur la puissance active de la prière. Le poumon de l’Église apostolique, c’est l’Église monacale. Ce sont les monastères, les couvents et les abbayes ! Et même dans la vie d’un serviteur de Dieu dédié à l’apostolat, il ne prêchera rien s’il ne prie pas et s’il ne reçoit pas d’abord l’Amour de Dieu qu’il pourra ensuite transmettre.
 

Mercredi 17 février, à 6h20 du matin, alors que j’étais déjà bien éveillé, un « détail » troublant a inauguré ma journée. J’ai vu au plafond de ma chambre près de la fenêtre, à travers les rideaux fermés, des filets de lumière bleutée au plafond. Ça n’a duré que trois secondes. Mais je peux vous assurer qu’il ne s’agissait pas des éboueurs du coin ni des gyrophares de voiture de policiers ou d’ambulance. Je crois que la Vierge Marie voulait me signifier qu’elle était là auprès de moi, qu’elle ne m’abandonnait pas.
 

Ce mercredi, lors de sa deuxième visite, le frère H. m’a dit quelque chose qui m’a marqué, alors que ça pourrait sembler anodin : « L’apostolat, c’est pas notre truc. » Il parlait au nom des bénédictins. Et intérieurement, ça a déclenché en moi une réaction en ricochet que j’ai réprimée : « Eh bien moi c’est mon truc ! » L’appel à l’apostolat, c’est quelque chose qui m’habite vraiment. Cette remarque aura son importance pour le jour suivant, vous allez voir.
 

En dernier conseil, le frère H. m’a dit qu’il ne fallait pas que j’hésite à solliciter l’Esprit Saint. Ce que je fis dès le temps des complies le soir même. Je ne me doutais pas de la manière dont Il allait s’y prendre le lendemain. (Pendant ces complies, j’ai imploré spécialement l’Esprit en exprimant un remord et un souhait de réconciliation à l’égard d’une femme quadragénaire, Élisabeth, à qui j’avais parlé trop sèchement sur Facebook et que j’avais virée de mes contacts récemment.)
 
 

Jeudi 18 février, la journée s’annonçait comme les autres, à part qu’il faisait moins beau dehors, et que dans un coin de ma tête, je me demandais ce que le frère H. et moi allions bien avoir de nouveau à nous dire. Non pas que nous tournions en rond pendant nos entretiens, mais il me semblait que nous aurions pu, par la suite, avoir épuisé très vite tout ce qu’il y avait à dire sur mon projet d’évangélisation. Donc j’avais quelques inquiétudes du blanc. J’avais passé le gros de ma journée à recopier sur Word mes notes du Catéchisme de l’Église catholique dont j’ai achevé enfin la lecture. En début d’après-midi, l’idée m’est venue d’aller faire un tour à la bibliothèque des frères pour voir s’il avait un livre sur Saint Antoine de Padoue. J’avais bien apporté dans mes affaires le pavé du père Malachi-Martin dépeignant les scandales du Vatican et l’arrivée du Schisme dans l’Église, mais je n’ai plus envie de lire ce genre de livres. Vu le contexte, je ne les sentais plus.
 

Finalement, ne trouvant pas de biographie sur saint Antoine, je suis remonté dans ma chambre, bredouille. Et là, sur l’étagère de livres qui surplombait mon bureau, un petit livre a attiré mon attention car il comportait le mot « apostolat » qui m’avait fait réagir la veille dans la bouche du frère H. : il s’agissait de L’Âme de tout apostolat du cistercien Dom Jean-Baptiste Chautard. Un guide pratique publié en 1907, taillé sur mesure avec l’appel à l’apostolat que Dieu m’avait donné et pour lequel je m’étais déplacé au Barroux, car à la fois ce livre ne contredisait absolument pas mon projet de départ et m’encourageait vraiment à me jeter à l’eau (d’ailleurs, si j’avais décidé de partir sur les routes, c’était plus pour cultiver ma Vie intérieure que pour prêcher, plus pour être évangélisé que pour évangéliser, plus pour m’intérioriser que m’extérioriser), à la fois il me révélait que jusqu’à présent j’avais cru davantage au pouvoir des actions et des mots qu’au pouvoir de la prière… même si je priais quand même. Et cette inversion perverse des priorités était savamment occultée par les richesses objectives que Dieu m’avait données depuis des années grâce au pouvoir réel de mes prises de parole publiques : je suis doté d’une pensée originale, d’une intelligence et d’un don de la parole qui donneraient à croire que je pourrais me passer de prier et de soigner ma Vie intérieure, que je pourrais me lancer dans l’apostolat en suivant une formation à l’intimité avec Dieu « en accéléré ». Alors que pas du tout. Si je devais partir dans la rue, ça devait être avant tout pour me la fermer. Et si un jour je parlais, ce serait dans longtemps, et après concertation et longs entretiens préalables avec le Christ.
 
L'âme de tout apostolat
 

Dans L’âme de tout apostolat, Dom Jean-Baptiste Chautard (1858-1935) parlent en effet pour tous les « volontaires » de Jésus, en distinguant (sans les opposer) les ordres contemplatifs et les « personnes d’œuvres ». D’entrée, il voit d’un très bon œil les férus d’œuvres, les guerriers pour le Royaume, les hommes d’action, pour qui la vie intérieure n’est pas la priorité. « Ce volume ne s’adresse qu’aux hommes d’œuvres animés d’un ardent désir de se dépenser, mais exposés à négliger les mesures nécessaires pour que leur dévouement soit fécond pour les âmes sans être pour eux-mêmes un dissolvant de vie intérieure. Stimuler les prétendus apôtres qui ont le culte du repos, galvaniser les âmes que l’égoïsme illusionne parce qu’il leur montre dans l’oisiveté un moyen de favoriser la piété, secouer l’indifférence de ces indolents, de ces endormis qui dans l’espoir de quelques avantages ou honneurs accepteront certaines œuvres, pourvu qu’elles ne troublent en rien leur quiétude et leur idéal de tranquillité, tel n’est point notre but. Cette tâche exigerait un ouvrage spécial. Laissant donc à d’autres le soin de faire comprendre à cette catégorie d’apathiques les responsabilités d’une existence que Dieu voulait active et que le démon d’accord avec la nature rend inféconde par manque d’activité et par défaut de zèle, revenons aux chers et vénérés confrères à qui nos pages sont réservées. ». (p. 27)
 

Le père Chautard va même jusqu’à encourager les évangélisateurs zélés : « Que ces humbles pages aillent aux soldats, qui, tout zèle, tout ardeur pour leur noble mission, s’exposent en vertu même de l’activité qu’ils déploient, au péril de n’être point, avant tout, des hommes de vie intérieure, et qui, s’ils en étaient un jour punis par des insuccès en apparence inexplicables autant que par de graves dommages spirituels, seraient alors tentés d’abandonner la lutte et de rentrer découragés sous la tente. Les pensées développées dans ce livre nous ont aidé nous-mêmes à lutter contre l’extériorisation par les œuvres. Puissent-elles éviter à quelques-uns ces déboires, et mieux guider leur courage, en leur montrant que jamais le Dieu des œuvres ne doit être délaissé pour les œuvres de Dieu, et que le ‘Malheur à moi si je n’annonce pas l’Évangile !’ (1 Co 9) ne nous donne pas le droit d’oublier le ‘Pour moi, bien volontiers je dépenserai et je me dépenserai encore moi-même tout entier pour vos âmes’ (2 Co, 12). » (p. 7)
 

Dom Jean-Baptiste Chautard

Dom Jean-Baptiste Chautard


 

Sans brider les élans missionnaires, Dom Chautard met en garde contre l’hérésie pharisienne des œuvres, de la fièvre humaniste et humanitaire qui se sert de Jésus pour s’acheter une humilité, mais qui obéit prioritairement à l’égo : « Dieu veut que Jésus soit la Vie des œuvres. » (p. 8) ; « Se conduire pratiquement en s’occupant des œuvres comme si Jésus n’en était pas seul le principe de vie est qualifié par le cardinal Mermillod d’‘HÉRÉSIE DES ŒUVRES’. Par cette expression, il stigmatise l’aberration d’un apôtre qui, oubliant son rôle secondaire et subordonné, n’attendrait que de son activité personnelle et de ses talents les succès de son apostolat. » (pp. 10-11) Le frère Chautard évoque même « l’insensé ouvrier évangélique ! » (p. 11), les « faux christs » (p. 12).
 

Pour échapper à la tentation de prendre la place de l’action de Dieu, il indique plusieurs clés, dont la n°7 qui m’a interpelée : « Septième vérité : Je dois craindre sérieusement de n’avoir pas le degré de vie intérieure que Jésus exige de moi. » (p. 18) Il prend l’exemple de l’oraison du matin, la messe, les sacrements et offices, examens particulier et général, les lectures pieuses, un minimum de recueillement. « Ma Vie intérieure sera ce qu’est ma Garde du Cœur. » (p. 19). Il s’agit de « » (Heb 11, 27). Il me faut « préserver fréquemment tous mes actes de tout ce qui pourrait vicier leur mobile ou leur accomplissement » (p. 19). « Cet exercice se pratique à toute heure. » (p. 19). « Que ferait Jésus ? Comment se comporterait-il à ma place ? Que me conseillerait-il ? Que demande-t-il de moi en ce moment ? Telles sont les questions qui viennent spontanément à l’âme avide de vie intérieure. » (p. 20) Même Jésus s’en référait à son Père pour prendre une décision et avant d’agir : « Je suis descendu du Ciel non pour faire ma volonté mais la volonté de Celui qui m’a envoyé. ». Le frère Chautard rajoute ces précisions importantes : « Onzième vérité : Jésus doit être et veut être la vie de ces œuvres. Mes efforts à eux seuls ne sont rien, absolument rien. ‘Sans moi, vous ne pouvez rien faire.’ (Jn 15, 5). Ils ne seront utiles et bénis de Dieu que si, par une vraie vie intérieure, je les unis constamment à l’action vivifiante de Jésus. Ils deviendront alors tout puissants. ‘Je puis tout en Celui qui me fortifie.’ (Phil, 4 – 13). S’ils provenaient d’une orgueilleuse suffisance, de la confiance en mes talents, du désir des succès, ils seraient rejetés de Dieu, car ne serait-ce pas sacrilège folie de ma part de ravir à Dieu, pour m’en parer, quelque chose de sa gloire ? » (p. 21)
 

Le frère cistercien non seulement ne cherchent pas à éteindre notre liberté par son appel à l’abandon à Dieu-intérieur, mais il veut la renforcer, nous aider à l’incarner : « Loin d’engendrer en moi la pusillanimité, cette conviction sera ma force. Et quel besoin de prière elle me donnera pour obtenir cette humilité, trésor pour mon âme, assurance du secours de Dieu et gage de succès pour mes œuvres ! » (p. 22) ; « Cette vie intérieure est un principe de dévouement. » (p. 28) ; « Pénétré de l’importance de ce principe, je m’examinerai sérieusement pendant mes retraites pour reconnaître 1) si ma conviction de nullité de mon action lorsqu’elle est seule et de sa force lorsqu’elle est unie à celle de Jésus, ne m’émousse point ; 2) si j’exclus impitoyablement toute complaisance et vanité, tout retour sur moi dans ma vie d’apôtre ; 3) si je me maintiens dans une défiance absolue de moi-même ; 4) si je prie Dieu de vivifier mes œuvres et de me préserver de l’orgueil, premier et principal obstacle à son concours. » (p. 22)
 

Bref. Grâce au livre du frère Chautard, j’ai bien été mis en garde contre la tentation de « l’amour de l’action pour l’action », de « vivre hors de moi-même », de l’« admiration exclusive pour les œuvres ». Cette tentation ne concerne pas que l’homme d’œuvres : elle concerne aussi l’homme de paroles ou de pensée (même apparemment brillantes et fécondes) comme moi. L’intelligence, le talent, les mots, les actions, s’ils ne sont pas puisés en Dieu, sont une lèpre. Le père Chautard prévient contre ce qu’il appelle « la piété de sentiment » (p. 110), à savoir une « piété de milieu, d’entraînement, faite exclusivement de pratiques et d’habitudes, ne donnant que des croyances vagues, un amour sans chaleur et des vertus sans racines. Piété flasque, toute de devanture, de mièvrerie, ou de routine. ‘Pieuseté’ formant de bons enfants incapables de causer de la peine, des maniérés sachant faire la révérence, mais sans force de caractère, à la remorque de leur sensibilité et de leur imagination. » (p. 111)

 

Le père Chautard présente la culture de la vie intérieure comme un vrai travail : « Travail intime, assidu et constant. Et cependant c’est précisément par ce travail que l’âme acquiert une facilité merveilleuse et une étonnante rapidité d’exécution pour les travaux apostoliques. » (p. 33) ; « Ceux qui prient, disait après sa conversion l’éminent homme d’État, Donoso Cortès, font plus pour le monde que ceux qui combattent. » (p. 36). « Dix Carmélites priant, affimait un Évêque de Cochinchine au gouverneur de Saïgon, me seront d’un plus grand secours que vingt missionnaires prêchant. » (p. 38) Et de surcroît, Dom Chautard rappelle la nécessité des œuvres : « Déserter le champ de bataille sous prétexte de mieux cultiver son âme et d’arriver à une union plus parfaite avec Dieu, serait pure illusion et dans certains cas source de vrais dangers. » (p. 43) Saint Thomas d’Aquin corrobore cela : « La vie contemplative est en soi d’un plus grand mérite que la vie active. Il peut néanmoins arriver qu’un homme mérite davantage en faisant un acte extérieur : par exemple, si à cause de l’abondance du divin amour, pour accomplir la volonté de Dieu, pour sa gloire, on supporte parfois d’être privé pour un temps de la douceur de la divine contemplation. » Le livre L’âme de tout apostolat souligne le danger du quiétisme comme celui de l’activisme.
 

En prenant conscience de la tension entre prière et action, ou entre sphère religieuse intérieure et sphère religieuse extérieure, je n’annule pas les œuvres (verbales, écrites) que j’ai pu posées, et que je poserai encore, car elles sont utiles, proposantes et souvent vraies. Dans tout ce que j’ai dit, il y a un mélange entre des choses très utiles (voire uniques et exceptionnelles) et des choses superflues, stériles, orgueilleuses et agressives. J’ai été commentateur plus qu’acteur, canal plutôt que réservoir, observateur plus que contemplatif, inspecteur du négatif plus que du positif, justement parce que je me focalisais sur l’action de mes mots et de ma pensée et non sur la paix d’un silence christique. J’ai davantage critiqué que proposé et prié. J’ai fait des remontrances davantage publiquement qu’en privé. J’ai sans doute trop parlé, et sans la légitimité/l’humilité/le recul qui convenaient. Mais je ne veux pas renoncer à parler moins et mieux. Ou, dit autrement, je ne veux pas renoncer à laisser davantage parler Dieu en moi, et Le mettre davantage au centre que je ne l’ai fait jusqu’à présent. L’apostolat ne doit être que le don du surplus de mon oraison.
 
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Juste avant le dîner à l’abbaye, j’ai eu l’envie d’écrire un mail de demande de pardon à l’amie dont je parlais un peu plus haut, Élisabeth, qui s’était montrée désagréable avec moi la semaine précédente sur Facebook et que j’avais retirée de ma liste de contacts car à chaque fois qu’elle intervenait sur mon mur, c’était pour me faire des remarques cyniques. Cependant, dans la manière que j’avais eue de lui répondre, j’y étais allé trop fort, trop dur. Et la veille, pendant ma prière, comme je vous l’ai dit, j’avais supplié Jésus et l’Esprit Saint que cette amie ne me ferme pas sa porte et me laisse une seconde chance de me faire pardonner. J’ai donc écrit mon mail et envoyé une demande d’ajout d’ami (eh oui, contre toute attente, au Barroux, les sites internet sont quasiment tous inaccessibles… mais en revanche, Dieu a permis que j’aie la Wi-fi, l’accès à ma messagerie, et – le plus surprenant – à Facebook et Twitter. Certainement pour que les pardons aient lieu !). Ce n’est qu’après le dîner que j’ai vu d’une part qu’Élisabeth avait accepté ma demande de contact, et d’autre part son long message de Miséricorde, où elle me pardonnait vraiment avec son cœur et en me montrant ses blessures. C’était magnifique. Et le plus ahurissant, c’est qu’elle m’a avoué m’avoir débloqué seulement la veille… au même moment où j’avais prié l’Esprit Saint ! Comme quoi la prière avait effectivement bien agi ! Et avait devancé les mots. CQFD. Ces imbroglios virtuels peuvent paraître, de l’extérieur, des broutilles adolescentes. Mais en réalité, ils font souvent énormément souffrir, ne sont pas rien, et quand ils se résolvent, peuvent libérer aussi beaucoup.
 

Ce jeudi soir, pendant les complies dans l’obscurité de l’église, même si je n’étais pas très attentif aux psalmodies, je me sentais en état de grâce, comme amoureux, sur un nuage. Je trouvais Jésus, l’Esprit et le Père magnifiques. Et puis j’ai compris pourquoi la grande Croix du Christ, illuminée et placée sur l’autel, m’hypnotisait depuis mon arrivée. On a vraiment l’impression qu’elle plane toute seule dans les airs car les cordages qui la maintiennent en suspension sont rendus invisibles par l’obscurité. Sa simple vue paraît déjà une préfiguration réaliste de la vision béatifique du grand Retour de Jésus en Gloire à la fin des temps ou le jour de notre mort. D’ailleurs, le Christ en Croix du Barroux est crucifié tout habillé. C’est sa particularité. Il est représenté déjà ressuscité, couronné, m’a expliqué le frère H.. C’est donc une Croix qui appelle à la prière, à la prise de conscience de l’eschatologie chrétienne, et d’où émane le miracle de la Résurrection avec une saisissante actualité.
 
Croix
 

Vendredi 19 février, lors de la messe, le Seigneur m’a fait une blague sérieuse, en jouant avec le double sens du mot « homo » permis par le latin, dans l’Évangile selon saint Jean, au chapitre 5 : « Quis est ille homo qui dixit tibi : tolle grabattum tuum et ambula ? » (Quel est l’homme/l’homo qui t’a dit : Prends ton grabat et marche ?) Peut-être que je me fais des films tout seul. Mais je ne crois pas. Jésus est tout à fait capable, sur le moment, de s’incorporer en nous, et même chez la personne homo, pour témoigner, par notre homosexualité, de sa Miséricorde et de son pouvoir en nous de guérir les autres. Truc de fou.
 

Dans la journée, j’ai poursuivi ma lecture de Don Chautard, à l’extérieur de l’abbaye cette fois, avec ma couverture bleue, sur le parking des visiteurs de l’abbaye (c’était la première fois que je m’aventurais à sortir de l’enclos monacal dans lequel j’étais resté depuis lundi). Avec L’Âme de tout apostolat, j’aurais voulu avoir meilleur guide pour ma recherche vocationnelle spécifique, ou meilleur substitut à une retraite prêchée, que je n’aurais pas pu le trouver ! Une retraite guidée même par des topos intéressants (comme « Comment faire les bons choix ? », « Comment discerner ma vocation ? », « le combat spirituel », et même consacré à « l’engagement ») eût été hors sujet par rapport à ma recherche : elle l’aurait soit freinée, soit survolée. Que le Seigneur est bon en nous donnant le meilleur et le plus adapté à nos besoins du moment ! Ce livre est tellement dense (jamais je n’ai lu un ouvrage avec une telle attention) que c’en était troublant. J’aurais voulu, pour gagner di temps, survoler certains passages, sauter des lignes ou des paragraphes, mais aucun n’était à jeter. Tout était à surligner.
 

Ce vendredi de Carême, j’ai découvert, malgré le décorum brillant (encore que plus tellement actuellement) de mon apostolat (brillance entretenue par quelques rares admirateurs et par le caractère inédit des sujets que je traite) toute la supercherie et la laideur de mon statut de « témoin médiatique », de mon œuvre « littéraire », « musicale », « audiovisuelle ». Bien sûr, il ne s’agit pas de tout jeter ou de tout noircir de ce que j’ai fait précédemment : je n’ai pas à rougir de tout. Mais je sais, au fond de mon cœur, qu’il y avait un déséquilibre grandissant entre ma vie intérieure et ma vie publique, et un abandon progressif de Dieu. Et très peu de personne pour me le dire ou me le verbaliser. Le Cardinal Lavigerie dit bien que la frontière est mince entre le saint et le pervers : « Pour un apôtre, il n’y a pas de milieu entre la sainteté complète (au moins désirée et poursuivie avec fidélité et courage) ou la perversion absolue. » (cité par Dom Chautard, p. 79) Au risque de paraître excessif, je crois vraiment que le livre L’Âme de tout apostolat de Dom Chautard m’a sauvé du naufrage, a stoppé ma course vers l’enfer. Tel que j’étais parti, j’allais au trou. J’étais (et je suis encore) en grand danger (de contre-témoignage, voire carrément de damnation, n’ayons pas peur des mots) et je ne le savais même pas. Toute la description qu’il fait du faux prophète qui s’installe dans son témoignage (de la p. 78 à la p. 91), qui succombe à la « tiédeur de volonté » (p. 85), qui s’achemine vers « l’abandon de l’oraison et de tout règlement » (p. 85), vers « la négligence dans la récitation du bréviaire » (p. 85), qui ne développe pas « le goût de l’oraison, l’esprit de sacrifice, l’habitude de la garde du cœur », qui mise beaucoup plus sur les œuvres et ses occupations que sur Jésus, c’est moi.
 
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Ce qui est dingue, c’est la précision chirurgicale et la délicatesse avec lesquelles opère le Seigneur. C’est tellement personnalisé, c’est tellement du « sur mesures », ce livre de Dom Chautard ! Je me vois dedans. S’il avait porté le titre Pour Philippe Ariño quand il viendra faire une retraite ici au Barroux, je l’aurais cru ! Le « pire », c’est que ce livre ne m’a même pas été conseillé par mon directeur de retraite. J’ai été libre de le choisir sur l’étalage de mon bureau (même si le choix a été accidentellement orienté par ce que m’a dit mon directeur). Et les quinze autres livres dans ma chambre, que j’aurais très bien pu lire aussi (il aurait suffi d’un seul autre livre pour détourner entièrement mon attention de L’âme de tout apostolat et le concurrencer !), n’auraient pas bousculé autant mes meubles intérieurs et extérieurs : Le Combat spirituel de Laurent Scupoli, La Vie et la Règle de Saint Benoît, La Vie du petit saint Placide de Geneviève Gallois, La messe commentée, Amour et silence par un chartreux, et même Entretiens sur la vie intérieure de Dom Romain Banquet, auraient sans doute, malgré leur intérêt certain, tapé à côté…
 

L’âme de tout apostolat est pile écrit pour ceux qui veulent faire le saut immédiat de l’évangélisation. Il correspondait pile poil à ma situation. Et il m’encourage à la méfiance perpétuelle de moi-même, à la méfiance envers mes œuvres, et à la confiance toute entière en Dieu à l’intérieur de moi. Il me disait que sans l’humiliation et sans l’oraison, sans la « prise en compte d’un péril incessant » de mes actes et de mon âme (p. 94), j’allais droit au mur : « L’apôtre VRAI connaît les périls que font naître les œuvres. Il les redoute et chaque jour se précautionne contre eux par un sérieux examen de conscience qui lui découvre ses points faibles. » (p. 94) Cependant, après la crainte, Il apportait sa miséricorde : « Dieu ne punit point cette faiblesse par une diminution de sa grâce, et il ne tient pas rigueur de ces défaillances, POURVU QU’IL Y AIT EU EFFORTS SÉRIEUX de vigilance et de prière pendant l’action, et que l’âme se dispose, le travail achevé, à revenir près de Lui se reposer et réparer ses forces. Ces perpétuels RE-COMMENCEMENTS occasionnés par l’entrelacement de vie active et de vie intérieure réjouissent son cœur paternel. » (pp. 96-97)
 

Ce livre m’a démasqué ! Je le dis sans fausse modestie. J’ai découvert que je n’étais qu’un petit prétentieux. J’ai eu tant de paroles mordantes depuis que je parle publiquement. Des paroles apparemment utiles et vraies, d’un point de vue extérieur, contextuel, rentable et instantané… mais finalement beaucoup moins fécondes qu’une prière ou une remontrance privée ! L’insolence de ma situation (= lecture de Dom Chautard) aurait pu me vexer terriblement tant elle touchait juste, et en plus en tout Amour, en tout humour. Sur le coup, pendant l’office de None dans l’église justement, elle m’aurait fait presque rire. Mais elle m’a quand même fait davantage pleurer (… de honte et de joie). La Parole de Dieu, et les retraites au Barroux, ça décoiffe, je peux vous l’assurer ! Ça fait tomber les vieilles peaux. C’était comique tellement c’était précis, c’était vexant tellement c’était imparable, touchant tellement c’était fait de telle sorte que je ne m’en sente pas trop humilié. J’ai découvert combien mon âme était en grand et perpétuel danger, d’autant plus parce que je me croyais relativement à l’abri de la damnation. Cette vérité-là, je n’aurais sans doute pas été capable de l’entendre pendant un enseignement d’une retraite prêchée par les Jésuites, pas même un enseignement consacré à la thématique de l’apostolat. Je n’aurais pas pu l’entendre pendant une conférence sur la nécessité de l’engagement politique et social des catholiques. Cette vérité-là sur moi-même (l’état désastreux de mon âme, mon statut d’imposteur public, d’éternel pécheur sur terre), je n’aurais pas pu l’entendre des retraitants (en début d’après-midi, sur le parking, l’un des prêtres en soutane qui a séjourné en même temps que moi à l’abbaye et qui était sur le départ, est venu me féliciter pour « la beauté de mon témoignage » : ironie du sort, à ce moment-là, ma notoriété me débectait tellement qu’il m’aurait donné une fleur fanée en guise de bravo, c’eût été pareil). Cette vérité-là sur moi-même, probablement que je n’aurais même pas été en capacité de la recevoir par une mise en garde directe de mon accompagnateur, au demeurant très solide, mais suffisamment pressionné par ma susceptibilité, par le lien d’affection fort qui le lie à ma mère spirituelle qui m’avait envoyé à lui puisque c’était son parrain, par mon intelligence, pour ne pas oser me dire trop cash les choses et me décourager. Il fallait, pour que je la reçoive calmement et qu’elle soit féconde, que je reçoive la claque du vendredi de Carême par un moyen surnaturel, lointain, extérieur, pas trop brutal et humanisé : un livre. Mais aussi l’Eucharistie, l’Esprit Saint, les paroles de la Bible (et notamment les psaumes, omniprésents dans la liturgie des heures bénédictine). La lecture de L’âme de tout apostolat, comme je le disais, a constitué la claque du vendredi de Carême. Mais qu’est-ce que ça faisait du bien que Dieu mette vraiment le doigt là où ça faisait mal, qu’Il me mette le nez devant les risques réels de l’entreprise dans laquelle je m’apprêtais à me lancer. Dieu veille sur toutes ses brebis, c’est impressionnant !
 

Vendredi après-midi, le frère H. est venu me visiter pour la troisième reprise. C’était à la fois très clair et attendu (ses conseils se dirigeaient vers la cultivation, en moi, de la vie intérieure et vers l’obéissance), à la fois crucifiant (mon projet de départ dans la nature se délitait de lui-même). Mes plans s’envolaient en fumée. J’étais symboliquement nu. Mais la découverte que j’avais laissé à l’abandon mon Christ intérieur était trop grande, trop enthousiasmante : cette retraite me révélait une amertume (j’ai un trésor intérieur que j’ai négligé au profit de mes trésors extérieurs périssables) mais aussi un nouveau trésor réjouissant (mon trésor intérieur n’était pas perdu, je pouvais le récupérer et le retrouver en Lui accordant ma vie) ! Le frère H. n’a même pas eu à argumenter, à briser des rêves, à me contredire. C’est ma retraite et le livre de Dom Chautard qui avaient parlé. Le père H. n’a fait que me conseiller de prier l’Esprit Saint pour qu’Il m’éclaire.
 

Pendant l’entretien, j’ai senti que le frère H. se laissait impressionner par mon homosexualité, car je l’entendais lui accorder trop d’importance, me définir comme un « récent converti » qui sortait tout juste d’expériences traumatisantes et qui a fait une « grande conversion ». Je l’ai laissé accorder trop d’importance à mon homosexualité et minorer mes 29 premières années de virginité, mes 35 années de pratique et d’éducation religieuse, me traiter comme un jeune converti bon pour être hébergé chez Tim Guénard. Je me disait que ça faisait partie de mon pack « Humilité », de l’obéissance et du sens que voulait donner Jésus à ma retraite. C’était peut-être moi qui me croyais trop vite sorti de l’homosexualité, qui banalisais le traumatisme de mes 1 an et demi de pratique homo, et qui surestimais ma force pour l’apostolat. Je l’ai laissé dire sans broncher.
 

Ce vendredi de Carême a été fidèle à l’image que je me faisais des vendredis saints et des Mystères douloureux. J’ai pleuré parce que soudain face à moi, c’étaient un avenir incertain, un virage dans le brouillard, qui se profilaient. Après mon entrevue avec le frère H., j’ai envoyé un mail à un évêque en qui j’ai confiance pour le préparer à recevoir une lettre de ma part, avec un compte-rendu détaillé de retraite et une demande de rendez-vous, si possible au moment où je savais que je serais à Lourdes (entre le 5 et le 6 mars prochains). Puis, juste avant les complies, je suis allé implorer (en larmes) l’aide de l’Esprit Saint et de saint Antoine de Padoue, avec ma couverture bleue, sur les marches de la statue de saint Antoine, autour de 19 h justement, en priant spécialement pour l’évêque sollicité. Et v’là t’y pas qu’en revenant dans ma chambre, un mail de Mgr, daté de 19h02, est arrivé : positif ! La prière, c’est encore plus précis et inattendu que le téléphone. Bon, à partir de là, il ne me restait plus qu’à suivre l’Esprit Saint pour qu’Il me fasse écrire un super compte-rendu de retraite.
 

Le soir, je suis passé très rapidement sur les réseaux sociaux. Je ne lisais dans les « posts » de mes amis que des commentaires négatifs, superficiels et critiques, que des réactions réactionnaires sur l’actualité. Mes congénères se consolaient et se vengeaient comme ils pouvaient de ne pas assez agir pour le Seigneur et de ne pas assez prier. Mais que de jactance pour pas grand-chose ! Je suis tombé bon nombre de fois dans le panneau, alors je me permets ce constat.
 

Samedi 20 février, ce fut une journée sans filet pour moi : le père H. avait moins de temps à me consacrer samedi (idem pour le dimanche et le lundi qui approchaient). Je crois qu’il a compris que la retraite avait fait son bel effet. Je suis allé m’acheter à la librairie de l’abbaye L’âme de tout apôtre : je décidai qu’il serait mon livre de chevet, pour garder le plus longtemps possible en mémoire les trésors de grâces qui se trouvent à chaque page. Un groupe de scouts adultes est arrivé à l’abbaye pour faire une recollection. Même s’ils étaient d’Europe donc supposément éduqués à l’intériorité, j’arrivais quand même à les trouver encore trop bavards (le silence de l’abbaye commençait vraiment à déteindre sur moi !).
 

Pendant les offices du samedi, je me suis aperçu que le contact régulier et néanmoins un peu distant avec ces 50 hommes de prière m’enveloppait comme une vague de mer qui venait chercher le grain de sable et l’attirer vers Dieu, l’aider à prier. Même si je ne suivais pas encore tout, si je ne comprenais pas tout, si la monophonie des chants en latin pouvait toujours me rebuter un peu. Cela tenait du miracle que la puissance de l’Église soit aussi contagieuse. Ça ne peut pas vraiment s’exprimer par des mots. Je vivais une retraite sensationnelle. Pourtant, d’aucun l’auraient vue comme anodine, voire même comme un abandon car le frère qui me suivait m’a laissé libre de mon emploi du temps et s’est occupé de moi surtout d à distance, dans l’invisible de la prière.
 

Le samedi, je me sentais minable mais aimé, alors je n’étais pas triste comme la veille. Le Seigneur a eu assez pitié de moi pour me permettre de faire le constat tout seul que je me préparais à devenir un gros connard au fil des années, un faux prophète que beaucoup voyaient comme saint, mais qui en réalité allait laisser sa Vie intérieure s’assécher dans la critique permanente et l’assurance d’avoir raison tout seul. Et le pire, c’est que depuis un an, je me plaignais de voir que mes amis me délaissaient, qu’on ne m’invitait plus en conférence. Je jouais l’incompris. Certes, il y avait l’homophobie réelle au sein de l’Église et dans la société, il y avait l’ignorance, la bêtise et l’endurcissement des cœurs. Mais pas que. Et les amis qui essayaient de m’avertir de l’« hérésie des œuvres », de l’hérésie des prises de parole radicales, de l’hérésie du commentaire systématique, de l’hérésie de la plainte, de l’« hérésie de la Vérité sans Charité et sans prière » en résumé, finissaient soit par lâcher l’affaire avec moi et bouder dans leur coin, soit par voir dans mon intransigeance une énigmatique radicalité sainte. Je sais qu’il n’en était quasiment rien (de ma « sainteté accomplie »). Même si je ne dois pas me diaboliser à l’excès ni détruire les belles paroles que j’ai dites, ni oublier la charité et la douceur véritables que certaines d’entre elles avaient (car je ne suis pas un mauvais bougre ni un imbécile, et mes écrits sur l’homosexualité sont nécessaires, puissants).
 

Au Barroux, j’en étais rendu à un point où mon statut d’homme public et la gloriole que j’avais pu en tirer me faisaient honte. Je n’en voulais plus. Ou en tous cas, pas comme avant. Dernièrement, par téléphone, mon grand frère Louis-Marie avait eu à mon égard une parole de remontrance et de correction fraternelle pleine de sagesse. C’était à propos d’un billet incendiaire que j’avais écrit à l’attention de la Conférence des Évêques de France (CEF) suite à l’assemblée plénière de Lourdes juste après le Synode de novembre 2015 sur la famille, où je m’étais permis de me fâcher contre le discours de Mgr Pontier, le président de la CEF. Très fraternellement, mon frère m’avait dit d’un soupir plein de tendresse et de lamentation mêlées : « Certes, tu as raison… mais pas comme ça. Tu n’aurais pas dû. Tu aurais pu te contenter de prier pour eux, ça aurait eu davantage d’efficacité. » Moi, à l’autre bout du fil, je me trouvais des excuses. J’accueillais en partie son recadrage, mais je me félicitais intérieurement de mon incorrigible – et finalement « admissible » à mes yeux – impertinence, je me gaussais de mes frondes « sans concession et politiquement incorrectes ». Mais je n’écoutais pas vraiment et m’endurcissais dans le sentiment d’« avoir quand même un peu raison d’être dur ». Je me moquais de ceux qui m’appelaient à l’amour et à la Charité, leur soutenant qu’ils étaient « schizos » de dissocier en moi fond et forme, et de ne pas me prendre comme un Tout. Et je profitais de mon statut d’Insolent public, qui possède la puissante singularité de parler d’homosexualité comme personne, avec la pertinence et la continence qu’il faut, pour ne pas me remettre un poil en question ni laisser la première place au Christ. Jeune con que j’étais et que je suis encore !
 

L’Amour du Seigneur, c’est qu’Il m’a épargné l’humiliation d’entendre ça de la bouche d’un humain présent en chair et en os face à moi. Dans sa grande Miséricorde, il a tenu à ce que je me rende compte de mon péché, de l’état désastreux de mon âme, de mon identité d’antéchrist et de faux prophète, par la douceur, par une retraite « anodine », par la solitude, par la distance relative de mon directeur de retraite, par un petit livre discret d’un moine cistercien venu du fond des temps (l’abbé Chautard). Certainement qu’en ayant été plus direct et plus descriptif, Jésus savait que je me serais caché, que mon cœur n’y aurait pas survécu, que le sentiment de honte et d’imposture m’aurait submergé, que je me serais enfermé dans ma coquille de vexation. Il m’a préservé de la honte en me laissant une seconde chance. Gloire à Lui ! Et pardon, pardon, pardon. Je veux désormais passer du temps à prier pour ceux avec qui je ne suis pas d’accord, et à ne dire que du bien d’eux (Ça vaut aussi pour les évêques, les cardinaux, le Pape, Virginie Tellenne, Ludovine de la Rochère, Jacques de Guillebon, Koz Toujours, Tugdual Derville, l’abbé Grosjean, nos dirigeants, mon frère jumeau, etc.).
 

Pendant la messe de ce samedi matin, à la fois une grande plainte et une profonde angoisse me submergeaient (« Que de temps j’ai perdu ! »), à la fois une vraie action de grâce montait de mon cœur (« Merci Seigneur, grâce à cette retraite, de m’avoir fait connaître mon péché et mon visage d’orgueilleux ! Je veux dorénavant chanter les louanges de tout le monde, et en particulier de ceux que je n’aime pas assez et dont les paroles m’énerveraient ! »). Mon Carême, il fallait que ce soit un Carême de vie extérieure : finies les paroles acerbes, les critiques, les constats négatifs (même avérés), les médisances ayant l’apparence de la Vérité, les avis sur tout. Ce dont tu vas te priver, Philippe Ariño, ce n’est pas de chocolat (de toute façon, niveau nourriture, je mange dans l’année pire que le menu de Carême qu’on me donne à l’abbaye du Barroux ! Alors où serait le mérite de ma privation de nourriture ?), ce n’est pas de tes vêtements ni de ton toit ni de ton argent (en tout cas, pas tout de suite) ; mais c’est de PAROLES, et en particulier de paroles mauvaises qui te soulageaient mais qui faisaient bien plus de mal que de bien ! Carême d’AVIS ! Carême d’OPINION ! Carême d’IRONIE ! Car tout ça, c’est dans mon cas la richesse pharisienne la plus difficile à lâcher ! Lors de la messe, les lectures étaient très importantes : « Cherchez toujours le bien entre vous et envers tous. Soyez toujours dans la joie. Priez sans cesse. Éprouvez tout et retenez ce qui est bon. Abstenez-vous de tout ce qui a l’apparence du mal. » (saint Paul aux Thessaloniciens, I 5, 14-23). Et je rajoute les paroles du Christ et qui m’ont bien foutu les boules 3 jours auparavant quand je les ai lues sur le Catéchisme de l’Église catholique : « Quiconque se fâche contre son frère en répondra au tribunal ! » (Mat 5, 20-26) Ça va loin. Et on a beau tourner la phrase dans tous les sens pour euphémiser, ça ne marche pas : « Vous avez entendu qu’il a été dit aux ancêtres : ‘Tu ne tueras point’ ; et si quelqu’un tue, il en répondra au tribunal. Eh bien ! moi je vous dis : Quiconque se fâche contre son frère en répondra au tribunal ; mais s’il dit à son frère : ‘Crétin !’, il en répondra au Sanhédrin ; et s’il lui dit : ‘Renégat !’, il en répondra dans la géhenne de feu. Quand donc tu présentes ton offrande à l’autel, si là tu te souviens d’un grief que ton frère a contre toi, laisse là ton offrande, devant l’autel, et va d’abord te réconcilier avec ton frère ; puis reviens, et alors présente ton offrande. » (Mat 5, 22) Ça a le mérite d’être CLAIR ! Et moi, je ne veux pas aller en enfer ! Alors autant vous dire que j’ai du taf ! 😉 Je crois qu’il faut que nous fassions spécialement confiance et attention à toutes les phrases ou passages de la Bible qui nous foutent mal à l’aise, car généralement, c’est là que se trouve notre péché et qu’il ne faudrait surtout pas fuir.
 

Les gens que j’ai traînés dans la boue, j’ai une dette envers vous. Si je veux la régler publiquement à présent (et je la règlerai ensuite en faisant un toilettage de mes articles), c’est aussi parce que je vous ai maltraités publiquement. Pour des raisons bonnes ou mauvaises, là n’est pas la question. Je n’avais pas à régler publiquement mes désaccords avec vous, ni à humilier votre personne par l’insulte, le mépris, l’invective, ni à salir votre nom, votre réputation et votre honneur, surtout indirectement. Et j’ai la chance, avant ma mort et mon procès céleste, de me rattraper, alors je la saisis. En espérant qu’elle ne vous mettra pas mal à l’aise, et qu’elle ne vous apparaîtra ni comme une hypocrisie, ni comme une confusion entre la blogosphère et le confessionnal. Si vous voulez qu’on en reparle en privé, je me tiens à votre disposition et j’en serais très heureux.
 

Jacques de Guillebon : Mes attaques contre toi sont d’autant plus inadmissibles qu’à la base, tu m’avais montré un intérêt réel, malgré ta pudeur apparente. En fait, j’ai su par des amis communs très proches, et par tes discrets essais de salutation à mon égard, que derrière ta façade de froideur, tu es très convivial, plein de camaraderie, droit, et qu’au départ, avant que je te sois hostile, tu voulais mon amitié. Si je ne m’étais pas bêtement arquebouté sur tes écrits sur l’homosexualité, si je ne m’étais pas jeté sur tes contradictions, nos échanges intellectuels auraient pu aller loin, nos engagements politiques auraient pu être fructueux. J’ai pris ta maladresse pour la méchanceté qu’elle n’est pas. J’ai pris tes blessures et ta timidité pour l’orgueil monstrueux qu’elles ne sont pas. J’ai utilisé tes écarts de conduite alors que moi-même je ne suis pas parfait. Je te demande vraiment pardon.

Ludovine de la Rochère : Je n’ai jamais caché mes désaccords sur bon nombre de vos choix dans notre lutte contre le « mariage pour tous ». Mais je peux attester devant tout le monde que vous avez un vrai cœur de mère. D’ailleurs, quand la mienne est décédée, vous êtes venue à la sortie de la messe de Saint-Germain-des-prés (ça ne s’improvise pas !) pour me voir et me formuler vos condoléances. Même si, sur le moment, je n’ai pas su reconnaître votre élan de bonté, je le salue maintenant devant tous. Vous avez respecté ma maman. Et par là même, vous m’avez respecté moi. Vous avez été touchée par ma situation et par ma peine bien enfouie. Vous avez fait fi de nos différends. Peut-être même que, contrairement à moi, vous ne vous doutiez pas encore à l’époque que je vous en voulais. Innocemment, spontanément, vous avez été plus simple et plus bienveillante que moi. Par la suite, malgré nos désaccords de stratégie, je n’avais pas à vous dire que vous « mentiez comme vous respiriez », car ce n’est pas vrai. La preuve avec l’épisode des condoléances. La preuve aussi avec les sacrifices et les efforts que vous faites pour dénoncer le « mariage pour tous ». Avec grande maladresse, peur de l’homosexualité et manque de clairvoyance, certes. Mais vous faites ce que vous pouvez. La preuve avec le courage dont vous faites preuve pour supporter les nombreuses critiques faites à l’encontre votre combat, critiques venant aussi bien de l’intérieur que de l’extérieur. Et moi, comme un méchant qui voulait se venger de ne pas être sollicité par vous, au lieu de vous assurer un précieux soutien dont vous aviez besoin, j’en ai rajouté une couche pour couler votre barque, pour pointer du doigt les nombreuses incohérences de votre stratégie. Et comme les failles pointées sont argumentées et avérées, je ne peux qu’être sûr de vous enfoncer vraiment. C’est ainsi que je joue le jeu de nos opposants. J’ai été vrai mais méchant, donc finalement, je n’étais plus tellement vrai mais réellement méchant. Vous n’avez pas mérité ma méchanceté. Je vous demande pardon.

René Pujol : Je regrette de vous avoir fait passer pour un mauvais journaliste, ou un journaliste mauvais. Car tel n’est pas le cas. Nos désaccords sur certains sujets de société sont là, rien ne sert de le nier hypocritement. Mais vos qualités journalistiques sont indéniables. D’ailleurs, j’aime votre capacité à formuler vos opinions avec tact et art, à tourner vos phrases de telle manière qu’elles ne blessent pas ou qu’elles se finissent en interrogations (pour ne jamais rien imposer), qu’elles soient pleines de nuances et échappent aux caricatures, aux manichéismes. Vous êtes un anticonformiste, un joueur même, qui refuse les simplismes, les pensées toutes faites, le dogmatisme. J’aime aussi votre souci des pauvres, de ceux à qui on ne pense pas, ou ceux qu’on s’est trop habitués à victimiser pour les considérer comme des personnes. Vous défendez la gauche parce que vous croyez sincèrement que la priorité de la Charité christique va aux personnes avant les moyens pour les aider. Et je suis intimement convaincu de cela avec vous. Pardon si j’ai douté de vos bonnes intentions. Car elles sont vraiment bonnes.

Yves Floucat : Je voulais vous remercier pour votre goût des mots précis, pour votre culture (grande, qui gagne à être connue, et qui prouve votre ouverture d’esprit, votre imagination aussi), pour votre souci d’érudition (injustement ignoré, alors que vous connaissez beaucoup de choses essentielles et que vous avez du respect pour les auteurs qui ont formé la pensée moderne). Nous nous sommes opposés sur des divergences de définition de mots, et c’est dommage, car ce que vous avez écrit sur la sexualité ouvre des perspectives véritablement humanistes et à développer dans notre monde surérotisé (je pense à votre belle promotion de l’amitié et du philia dont parlent saint Thomas et Jacques Maritain par exemple). Je n’ai pas su mettre en avant que vous êtes un puits de science et que j’ai beaucoup à apprendre de vous. Je vous demande pardon que nous soyons passés autant à côté l’un de l’autre alors que nos pensées, différentes, se complètent et s’enrichissent. Je le pense vraiment.

Abbé Grosjean et les prêtres du Padreblog : Je vous demande pardon de vous avoir méprisés publiquement, comme si vous étiez des prêtres consensuels, alors que je sais que vous faites un gros travail de médiateurs, de diplomates, de contradicteurs, pour recoller les morceaux entre des mondes que beaucoup s’affairent à séparer. Et si vous étiez si consensuels que cela, vous n’auriez pas choisi de revêtir le Christ (déjà), et vous ne prendriez pas le risque de prendre position sur des sujets épineux et impopulaires. Vous avez d’ailleurs été les premiers à m’offrir une tribune pour parler d’homosexualité. Vous cherchez donc beaucoup moins le confort et la carrière que ce que j’ai dit. Pardon et merci à vous. Continuez de prendre position et de prendre des risques. Ma jalousie n’a rien à faire là.

Les blogueurs et écrivains Fikmonskov, Fol Bavard, Louis Daufresne, Yvan Mata, Arnaud du Royaume, Falk Van Gaver, François Xavier-Bellamy : J’ai été sévère à votre encontre en vous citant ad hominem dans mon livre Les Bobos en Vérité. Le bobo est un personnage mythique et non une personne réelle. J’ai eu tort, en utilisant vos noms, de le personnifier, de vous enfermer dans une caricature universelle mais que personne n’incarne complètement, et pas vous plus que moi. En plus, la plupart d’entre vous n’entrez pas dans la pratique du libertinage que j’y décris. Enfin, je voulais te féliciter en particulier toi Fikmonskov pour ton engagement politique et « virtuel » sur ton blog : tu es un empêcheur de tourner en rond, qui sait identifier les failles d’un système plus vite que les autres, et qui possède un vrai talent littéraire. Tu rentres dans le lard et tu m’as appris à aimer les (bonnes et utiles) bagarres dialectiques. Merci pour ça.

Albéric Dumont : J’ai compris que tu ne me voulais aucun mal (à part le fait que moi je t’en voulais) quand récemment, au téléphone, tu m’as dit toi-même, en conclusion de notre échange : « Au fond, en plus, je suis d’accord avec tout ce que vous défendez. » Mes remarques sur les contradictions (réelles) ou sur l’homophobie (réelle) de La Manif Pour Tous n’auraient pas dû revêtir de caractère personnel ni intentionnel. Donc pardon pour mes attaques personnelles à ton encontre. Je n’ai pas à rendre volontaire et planifiée une homophobie qui n’est en réalité qu’inconsciente et à peine préméditée. Merci de ton engagement contre le « mariage pour tous », car il y a plus plan-plan comme combat.

Madeleine Bazin de Jessey : Pardon d’avoir découragé ton initiative louable de t’engager politiquement pour le bien commun. D’avoir, pour le coup, blessé tes proches ainsi que ta personne. Tu as énormément de qualités, notamment en termes de clarté, d’élocution, d’expression, de diplomatie, de douceur, d’intellect, de positivité, d’honnêteté, de capacité à vouloir unir et réconcilier les gens même quand ils ne sont pas exactement du même bord, voire qui sont opposés. C’est rare pour une fille de ton âge. En plus, Dieu sait s’il faut du courage pour porter politiquement un groupe (La Manif Pour Tous) qui, historiquement et indélébilement, portera la marque (infâme aux yeux de nos contemporains) de l’opposition au « mariage homosexuel » ! Il faut aussi du courage pour porter les contradictions d’un courant politique comme la droite, les contradictions d’un groupe mal aguerri comme Sens Commun ou les contradictions d’un homme politique comme Nicolas Sarkozy. Victime semi consentante de la Génération « Il faut s’engager ! » (génération fomentée par des adultes arrivistes et souvent irresponsables), tu as été lancée, comme une bête à concours, dans la fosse aux lions. Et il fallait plus te plaindre et te soutenir, que t’attaquer. Le lourd chapeau que tu portais pour la vitrine n’était pas le tien, et te pesait. Je n’ai pas su te soutenir alors que tu faisais le grand écart. Pardonne-moi.

Tugdual Derville : Merci pour ton refus absolu de la médisance et de la violence. C’est admirable. L’œil pour œil, dent pour dent, tu ne connais pas. Et c’est tout à l’honneur du Christ. Tu m’as toujours respecté, et même parfois invité et demandé conseil, y compris pour avoir un retour sur tes discours improvisés pendant les veillées des veilleurs. Tu es convié, et à raison, à parler de tous les sujets concernant la valeur sacrée de la vie humaine, de la conception jusqu’à la mort naturelle. Et c’est une bonne chose, car tu défends l’Humain avec délicatesse et pertinence, sans jamais tomber dans le jugement des personnes. Tu prends le risque de t’exposer, de prendre des coups, mais jamais tu n’abandonnes l’idée qu’un jour ceux qui s’opposent à toi ne seront pas tes amis. Pardon de t’avoir fait porter l’éclipse de l’homosexualité dans l’échiquier politique et médiatique du « mariage gay », alors que tu es loin d’être le premier en matière d’homophobie. Pardon aussi d’avoir méprisé ton bébé Écologie Humaine : j’ai beau ne pas être d’accord, je n’avais pas à le mépriser.

Nathalie Saracco : J’ai manqué de douceur dans ma critique sur ton film « La Mante religieuse », film pas parfait (et tu le sais) mais courageux, avec des scènes très efficaces, et qui peut amener des gens éloignés de l’Église vers la foi. C’est nul de ma part d’avoir essayé de torpiller ta barque, de t’avoir confondue avec ton film, et d’avoir farfouillé dans tes failles, tes blessures, plutôt que dans tes nombreuses richesses de cœur et artistiques. Continue à faire des films qui défendent Jésus et l’Église. J’attends tes prochaines productions avec intérêt et émerveillement, car tu suis une pente ascendante.

Mgr Pontier : Je vous ai jugé sur un seul discours, et sans vous avoir jamais vu, sans vous connaître, sans savoir l’énorme travail que vous faites dans l’Église, pour les autres et notamment en faveur des plus pauvres. Mon attitude est lamentable et inqualifiable, d’autant plus qu’elle s’adresse à un évêque catholique, qui plus est, chef des évêques de France. Je suis navré de mon insolence et de ma couardise, car je me suis exprimé de loin, derrière un écran, sans avoir au moins l’honnêteté de m’adresser à vous directement.

Christiane Taubira : J’ai su que vous avez porté une loi qu’au fond vous ne vouliez pas et qui ne venait pas de vous (comme ça arrive presque systématiquement à chaque ministre), même si ensuite, pour sauver la face, vous avez simulé de l’assumer à 200 % et de la mener jusqu’au bout. Cette loi du « mariage pour tous » est tellement injuste et vous a apporté une telle infamie (et pour cause : elle peut vous conduire à la damnation éternelle), un tel faux soutien (car les pro-mariage-pour-tous ne savent toujours pas pourquoi ils sont pour), que vous êtes plus à plaindre, à écouter, à aimer et à convertir qu’à juger et à punir. Dieu seul s’en chargera, tout comme il se chargera du jugement de chacun équitablement le jour de sa mort. Au lieu de vous traiter de tous les noms, au lieu de l’invective par internet (qui vous a enfermée dans le mutisme et a endurci votre cœur plutôt que de vous ouvrir au dialogue et à la compréhension), j’aurais dû prier pour vous et vous souhaiter tout le bien, toute la clairvoyance, vous expliquer calmement pourquoi la loi qui porte votre nom est grave non seulement pour notre pays, notre monde, mais aussi pour votre âme. Par mes critiques, j’ai contribué indirectement à vous fermer comme une huître. Je ne suis pas fier de moi et vous demande pardon.

Erwann Binet : Je sais que vous avez voulu bien faire en menant le projet de Loi Taubira à son terme. Je sais aussi que vous vouliez sincèrement aider les personnes homosexuelles en défendant « nos » droits (même si ce n’était pas la bonne manière, et que c’était même une aide homophobe). Quand vous êtes passé à mes côtés sur le plateau de la chaîne KTO, vous avez esquissé un désir bienveillant de lire mon livre . Vous m’avez dit en coulisses : « Je lirai votre livre. » Finalement, je doute que vous l’ayez fait et compris l’enjeu dramatique de la pratique homo, et plus largement du mythe du « mariage » sans différence des sexes. J’ai pris votre sincérité de haut parce qu’elle n’était pas connectée à la Vérité, alors qu’en réalité, j’aurais gagné à la considérer comme un désir de bien faire. Je vous ai caricaturé en « méchant » alors que vous étiez plein de bonnes intentions. Pardon de vous avoir diabolisé.

Najat Vallaud-Belkacem : Cela se voit. Vous êtes une femme douce, à l’écoute, qui est très amicale et pas du tout formatée « politique de requins », qui est pétrie de bonnes intentions (notamment à l’égard des personnes homosexuelles). Vous défendez des concepts (« le respect », « l’acceptation des différences », « la lutte contre la violence et les discriminations », « la tolérance », « la paix », « l’accueil des personnes homosexuelles », la « mixité », etc.) auxquels vous croyez, c’est évident. Ce n’est d’ailleurs pas ces derniers qu’il faut remettre en cause, mais leurs applications. Je vous ai traitée d’« idiote » alors que vous ne l’êtes absolument pas (inconséquente, certainement, mais pas idiote), de « méchante » et de « dangereuse » alors que vous ne l’êtes pas volontairement (vous êtes même une femme gentille, dans le sens noble et convivial du terme), et que vous n’avez toujours pas compris la gravité de la Loi Taubira que vous avez défendue avec les meilleurs intentions du monde. Pardon d’avoir menti et de vous avoir caricaturée pour vous secouer.

François Hollande : Vous êtes attaqué comme peu de présidents de la République l’ont été. Je suis sincèrement désolé d’avoir participé à ce lynchage, car ça a été comme tirer sur un nœud pour le défaire. Mon attaque à la fois ne vous fait pas progresser et, d’une certaine manière, vous abrite fébrilement et nous blesse tous (pour vous !). Vous n’occuperiez pas le poste de Président de la République, vous seriez certainement aux fêtes de famille le tonton farceur, taquin, gaffeur et pitre, bienveillant, à l’écoute, doux, que je préfèrerais. Je sais, par exemple, par rapport à mon homosexualité, que vous ne m’auriez pas jugé. Et, étant de gauche aussi, nous aurions trouvé de nombreux terrains d’entente. C’est la raison pour laquelle je trouve le rôle qu’on vous fait jouer et les lois dangereuses (la Loi Taubira en tête) qu’on vous fait porter d’autant plus affreux, mensongers. J’aurais aimé vous parler, vous expliquer l’homosexualité telle qu’elle est, la Loi Taubira telle qu’elle est, vous dire combien vous jouiez avec le feu avec celle-ci et combien vous enfonciez notre pays dans un caveau que Nicolas Sarkozy avait déjà bien commencé à creuser (et ça, vous l’avez démontré). J’ai manqué de diplomatie et de l’écoute que vous avez naturellement. Pardon.

Virginie Tellenne (alias Frigide Barjot) : J’ai profité de t’avoir côtoyée personnellement et dans la sphère privée pour te critiquer publiquement et par derrière. J’ai mélangé sphère privée et sphère publique (et ainsi, fait exactement ce que je te reprochais). Ce n’est pas malin. Je te demande pardon. Ça ne t’a pas fait avancer. Ne pas être d’accord avec quelqu’un n’est jamais une raison pour mépriser sa personne. En plus, Dieu t’a gâtée : j’aurais dû m’en réjouir plus longtemps et bénir le Seigneur pour cela plutôt que de m’attacher à ce qui nous séparait. Tu as des talents indéniables de communicante, d’humoriste, de rassembleuse, d’animatrice. Une générosité débordante. De plus, tu as le sens de la synthèse, de la formule concise et efficace. Tu as le sens de l’impertinence inclusive et souvent bien dosée, qui détend l’atmosphère et déride même les plus coincés. Tu as des dons pour créer de la convivialité, pour faire passer des messages complexes et indigestes avec naturel, clarté, simplicité, dans des milieux pourtant très hostiles. Tu désarçonnes les plus anticléricaux et les plus cléricaux. Tu es un tourbillon rose qui rafraîchit l’atmosphère et rarement refroidit. Par ta personne, l’Esprit Saint a contribué à ramener beaucoup de gens à la foi. Tu es parvenue notamment à désembourgeoiser l’opposition à la Loi Taubira (même si tu l’as embourgeoisé à une nouvelle sauce, la sauce bobo). Et je ne doute pas de tes intentions gays friendly à l’égard de tous mes frères homos (même si tu ne connais pas grand-chose à l’homosexualité – tu me l’as toi-même avoué – et que tu te refuses à en parler). À cause de désaccords (capitaux) de fond et de forme (ta défense de l’Union Civile est une réelle homophobie, par exemple), je n’ai pas su te valoriser auprès des autres, te bénir en toutes circonstances, surtout au cœur des tempêtes externes et internes que tu as vécues et que tu continues de vivre. Je n’ai pas su avoir la patience de t’expliquer, pas eu l’audace de te pardonner. Je t’ai laissée aller vers l’impasse d’un immense mensonge que tu nommes « l’Union Civile déconnectée des liens de filiation », une impasse dangereuse et qui risque de te coûter cher. Pardon pour cela. Tu as ta place dans le cœur de Dieu, dans l’Église et dans la société, même si tu en doutes bien plus que tu ne croies.

Jean-Pier Delaume-Myard : Pardon de t’avoir méprisé sans voir le bien que tu faisais, d’avoir tout noirci sous prétexte que ce n’était pas parfait. Personne (sauf Jésus et Marie) n’est parfait, ni même moi. Pardon d’avoir joué publiquement des niveaux de perfection entre les êtres humains, des niveaux de foi ou de chasteté. Nous sommes tous en chemin, et la moindre des choses, c’est, de ma part, d’accepter de marcher ensemble. J’ai refusé de marcher avec toi. Je l’ai joué solo, et c’est dommage. D’autant plus que nous sommes frères et avons plein de points communs. Pardon de mon arrogance, de mon égoïsme, de mon purisme désincarné et peu convivial, de mon manque d’humour et de sympathie à ton égard. Je me suis comporté comme un connard, alors qu’en plus tu es un garçon aimable et qui me voulais au départ du bien. Tu as pris, toi aussi, beaucoup de risques, et beaucoup de coups. J’aurais dû te soutenir avant de discuter les « détails » du message à diffuser.

Clément Borioli : Annoncer des faits crument sans être capable de considérer ta personne, ton courage, ta sensibilité, ta vulnérabilité (qu’on a tous quand on nous critique et on nous attaque), ce n’est pas digne de ma part. Tu as énormément de qualités que le Seigneur t’a données : qualités de compassion, d’empathie, de sourire, de gaité (sans mauvais jeu de mots ^^), d’humour (caustique comme j’aime), d’adaptabilité à tous les milieux (tu te fonds dans beaucoup de cultures et de milieux : tu es un vrai imitateur et parodiste). Pardon d’avoir cherché la confrontation et de ne pas avoir su te valoriser. J’ai fait une fixette sur tes défauts. Mon perfectionnisme n’était pas aimant. Idem pour Xavier Bongibault : tu n’as pas mérité mon mépris.

Bobby Óscar López : Pardon de t’avoir attaqué sur tes témoignages et conférences (alors que je n’ai assisté à aucune, à part sur le web). En plus, toi, tu ne m’as jamais attaqué, tu ne parles pas le français (donc tu ne pouvais même pas te défendre), donc mes attaques étaient lâches, petites, excessives. Sois béni mon frère. Et bravo pour ton courage. Continue.

Jean-Marc Veyron-Lacroix : J’ai fait preuve d’ingratitude alors que tu as été l’un de seuls à promotionner mon livre L’homophobie en Vérité. Au lien de comprendre la force de ton amitié et de ton parrainage, j’ai enfoncé le couteau sur tes vulnérabilités. Je te demande pardon et je vais dorénavant essayer de t’accompagner dans ce que tu vis.

Nathalie de Williencourt : Pardon de mon mépris pour toutes les entreprises bienveillantes que tu mènes auprès des personnes homosexuelles. Pardon aussi du mépris que j’ai exprimé pour ta personne. Le fait que je ne sois pas d’accord avec toi ne justifie en rien ma colère ou le jugement de ton être, de ton intellect. J’aurais dû t’expliquer calmement mes désaccords au lieu de me fermer et de t’attaquer à distance, sans faire avancer notre cause commune d’amour des personnes homosexuelles et de lutte contre l’homophobie. Je me suis fermé au dialogue et à la rencontre, malgré les mains que tu m’as tendues plusieurs fois au départ.

Edmond Prochain et Natalia Trouiller : Vous avez le droit d’aimer la bière et de vous en servir pour créer de la convivialité. J’ai eu tort de ne pas savoir en rire avec vous. Alors qu’en plus, vous avez de l’humour à revendre et vous ne me voulez aucun mal. Et que rigoler ensemble du boboïsme, c’est ça la vraie amitié. Veuillez bien m’en excuser.

Erwann Le Morhedec : J’ai eu tort de mépriser tes écrits, alors que beaucoup sont utiles, intéressants, parfois courageux et originaux. J’ai enlevé la part de courage qui te revenait et me suis arrêté à des préciosités de forme (et de fond), sans valoriser ce qui nous rapprochait. Car en effet, nous avons beaucoup de combats communs. Et c’était idiot d’appuyer sur tes défauts, tes faiblesses, tes contradictions, ton personnage médiatique de Koz Toujours, nos différences, alors que nous avons bien plus de convergences que de divergences. J’aurais dû comprendre que nous devions nous épauler plutôt que nous tirer dessus par blogs interposés. Je te demande pardon. Tu n’es pas le prétentieux que certains croient. Et tu fais concrètement du bien.

Sabine Faivre : Je me suis emporté contre vous récemment sur Facebook à propos d’un article que vous aviez écrit pour l’observatoire socio-politique de Fréjus-Toulon, alors que vous ne le méritiez pas et que, même si, à mon avis, vous avez fait preuve de maladresse, d’inexactitude à propos de l’homosexualité, vous avez au moins eu le mérite de vous aventurer sur un terrain difficile, souvent glissant et avec sincérité. Je n’avais pas à m’énerver et à vous parler d’homophobie alors que vous ne savez pas tout ce que recouvre et implique ce terme. Mon coup de sang était excessif.

Étienne Loraillière : Je crois sincèrement que vous n’avez ni compris l’homosexualité, ni l’enjeu (mondial, de sainteté) qui se cache derrière ce thème. Mais ce n’est pas une raison pour attaquer votre personne et annuler tout votre travail journalistique, souvent honnête et qui contribue à édifier l’Église du Christ. Merci pour ça. Et pardon de mon emportement, de mon impatience.

Philippine de Saint Pierre : Pardon de vous avoir attaquée sur votre apparence physique. C’est, je crois, l’attaque humaine la plus gratuite et la plus méchante qui soit. C’est honteux de ma part. Il n’y a pas meilleur moyen pour humilier quelqu’un, l’enfermer dans la caricature, et pour fermer le dialogue. Je vous présente mes plates excuses. En plus, vous m’aviez aidé à faire connaître ma chanson « C’est bien gentil » (il y a de fortes chances que vous l’ayez fait alors même que vous ne l’aviez même pas appréciée… donc doublement merci). Si j’avais appris à vous regarder avec bonté et bienveillance, sûrement que vous m’auriez fait davantage confiance par la suite. C’est bien fait pour moi. Et pardon.

Jean-Pierre Denis : J’ai idée de l’écartèlement et des combats que vous vivez au quotidien et dans votre métier de journalisme. Et moi, au lieu de vous soulager et de bonifier ce qui est bon, j’ai, par perfectionnisme et purisme pharisien, vu le verre à moitié vide et non à moitié plein. Des journaux comme La Vie, La Croix, ou des radios telles que Radio Notre-Dame, sont en grand danger (pas nécessairement de disparition mais au moins de dénaturation de leur substance), et c’est le moment d’encourager et de redresser aimablement : pas de décourager ni de lâcher les chiens dessus. Pardon de ne pas avoir réglé directement avec vous le contentieux et les désaccords que je ressentais, mais de m’être caché derrière le peu d’audience qu’il me reste pour vous cibler comme un sniper. Pardon d’avoir été plus royaliste que le Roi. Pardon aussi de vous avoir traité publiquement de bobo… Ça ne fait pas avancer les affaires si, préalablement, on n’a pas été capable de rigoler ensemble et en privé du boboïsme.

Mon frère Jean : C’est pas vrai que tu es bête. C’est moi qui suis bête (et en plus méchant) de t’avoir humilié intellectuellement devant tout le monde, sur les réseaux sociaux, parce que je n’ai pas su te dire gentiment que ça me blessait profondément que tu défendes le « mariage pour tous », une loi intrinsèquement homophobe (homophobe en actes même si, en intentions, elle est gay friendly). Tu es bourré de qualités (humour, capacité d’analyse, refus des injustices, honnêteté, autorité, douceur, convivialité, etc.)/ Pardon d’avoir du mal à accueillir ta situation, tes choix différents, ton couple, tes relations, tes prises de position, ce que tu vis. De ne pas t’accepter unique et libre. Pardon de m’être fâché contre toi et de t’avoir méprisé.
 

Bizarrement, les seules personnes dont je suis quasiment sûr de les avoir honorées et respectées, ce sont mes frères et sœurs homosexuels, ainsi que mes anciens élèves. Si néanmoins j’en aurais blessés certains sans m’en rendre compte, je le regrette et leur demande pardon au cas où.
 

Je m’adresse également à tous ceux que j’aurais oubliés et que j’ai vraiment blessés : quand bien même vous m’auriez traité bien pire que vous ne l’avez fait, rien n’aurait justifié que je me défende ou vous attaque comme je l’ai fait. Rien ne justifie ma riposte. Moi qui défends la différence entre le jugement des actes et le jugement des personnes, j’ai été incapable de le faire avec vous. Je vous ai jugés en vous confondant avec vos actes, ou bien en mettant en avant mes désaccords de forme ou de fond à propos de ce que vous disiez ou faisiez, plutôt que nos ressemblances, plutôt que le positif, plutôt que votre personne ou notre relation, plutôt qu’en priant pour vous.
 

Je m’adresse à nouveau à vous que j’ai déshonorés (cités précédemment). Je pense à cette phrase de Jésus : « Malheur par qui le scandale arrive ! Malheur à celui qui a osé scandaliser un seul de ces petits qui sont mes frères ! Il vaudrait mieux pour lui qu’on mît à son cou une pierre de moulin, qu’on le jetât dans la mer, que s’il scandalisait un de ces petits. » (Luc 12, 17) Et je pense également au mal que j’ai fait à l’Église en vous rejetant et en offrant une image de dureté du catholique. « À ceci tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples, si vous vous aimez les uns les autres. » (Jean 13, 35) En plus de vous demander pardon, je vous dis très sincèrement que si vous avez besoin de mon soutien pour quoi que ce soit, vous pouvez compter sur moi. Et je m’engage à faire un sérieux toilettage de mes articles, livres et vidéos où j’ai sali votre nom (ça risque de me demander du boulot, mais vous méritez cette réparation). Pour le jugement des actes et des discours, on verra. Mais pour le jugement des personnes, je promets qu’à partir de ma retraite, je bénirai tout le monde. Vous m’avez bien entendu : TOUT LE MONDE. Sans exception. Même Hitler. Même ceux qui m’attaquent, même ceux qu’avant je n’aimais pas assez, même ceux dont je désapprouve les pratiques et les discours. Je bénirai tout le monde. En d’autres termes, je dirai du bien de chacun de vous et je prendrai votre défense même si je n’en ai pas envie. Et si je vois quelque chose chez vous qui me déplaît, j’insisterai doublement sur le reste qui me plaît (Et je rappelle que bénir toute personne n’équivaut pas à bénir tous ses actes, toutes ses paroles ou toutes ses intentions, hein ^^). Et si vous me voyez faillir à ma promesse ici écrite et glisser vers le jugement de personnes, je compte sur vous pour me rappeler gentiment à l’ordre. Ok ? 😉 Merci d’avance.

 
poggi
 
 

Je reviens au récit de la fin de ma retraite au Barroux. Samedi 20 février au soir, donc, s’en est suivie une grande démarche de déblocage de tous les comptes Facebook de mes amis que j’avais défriendés ou bloqués. Ce fut une grande joie des retrouvailles, même si tous mes contacts ne sont pas rentrés pas dans la danse. Peu importait. C’était un bon début. Et je comprends que certains anciens amis soient durablement méfiants à mon égard et doute que ma démarche de réconciliation dépasse la bonne intention ou l’intérêt personnel masqué. La paix de l’Esprit, si elle n’est pas accueillie, revient de toute façon sur moi. Donc de toute façon, pas de regrets ! Et ma porte reste ouverte.
 

Ma mère spirituelle a reçu par moi des nouvelles de ma retraite, et m’a envoyé cette précieuse maxime du Curé d’Ars qui ne permet plus l’équivoque concernant mon projet de mendicité : « Il vaut mieux donner que de demander. Je ne conseillerai jamais à personne de faire le vœu de mendicité. » Voyant mon revirement spirituel, je l’ai sentie qui en même temps s’enthousiasmait, en même temps culpabilisait un peu de n’avoir pas su me mettre davantage en garde contre l’orgueil du missionnaire. Je l’ai rassurée en lui disant que le Seigneur m’avait toujours confirmé que c’était elle qu’il me fallait en direction spirituelle. Je n’aurais pu être qu’avec une mère spirituelle comme elle, qui m’encourage plus qu’elle ne me refrène dans mes élans (même excessifs et peu charitables), car c’était le meilleur moyen de me laisser libre et heureux, et le seul moyen de laisser à Dieu et à l’Esprit Saint l’initiative de prendre le taureau par les cornes (le taureau, c’est moi, en l’occurrence ^^). Ce désarmement nécessaire, vécu pendant la retraite, était un travail trop délicat pour des mains d’homme (même son frère, le frère H., ne s’y était pas risqué avec moi !^^). Donc personne ne doit s’excuser ni culpabiliser de rien dans l’affaire. Tout le monde a fait exactement ce qu’il fallait : prier. Et la chute de mon orgueil au cours de ma retraite est une bénédiction salutaire, car il valait mieux la faire sur terre qu’au purgatoire ou même en enfer ! 🙂
 

Pendant l’office de None du samedi soir, une phrase du psaume 146 a retenu mon attention, pourtant papillonnante à ce moment-là : « Ce n’est pas dans la vigueur du cheval qu’Il se complaît, ni dans les jambes de l’homme qu’Il met son plaisir. Le Seigneur met ses complaisances dans ceux qui le craignent et dans ceux qui espèrent en sa bonté. » Ok. Moi l’idolâtre de la marche à pied, appelé Philippe (= étymologiquement « qui aime les chevaux »), je ne pouvais que recevoir le message codé 5/5 !
 

Dans la journée du dimanche 21 février, une jeune femme scout m’a reconnu et est venue me saluer. Elle faisait partie du camp SPES de Toulon (des Missionnaires de la Miséricorde) pour lequel j’avais témoigné il y a 2-3 ans. Elle était enchantée de me revoir, et la joie était partagée. C’était elle qui, avec une amie, m’avait demandé quelles étaient les astuces pratiques que je pouvais donner aux jeunes femmes d’aujourd’hui pour aider les hommes à ne pas basculer dans l’homosexualité et à reprendre confiance en eux. J’ai osé lui montrer ma découverte-bombe de la retraite : le livre L’âme de tout apostolat de Dom Chautard. Elle m’a avoué que son père en était fan et que sa conversion au catholicisme s’était fondée presque exclusivement sur cet ouvrage. Elle en connaissait tellement le pouvoir qu’elle craignait même de le lire par peur d’en être bouleversée à jamais.
 

Le dimanche, l’affluence au Barroux est beaucoup plus importante. Ça change l’ambiance générale. Et j’avoue que je suis content d’avoir pu bénéficier d’une qualité de solitude et de silence en tout début de retraite. Mon cœur était serein et gai depuis samedi soir. Et ça s’est prolongé toute la journée dominicale. J’ai vraiment l’impression que ma retraite a été utilisée par Jésus à 300%. Le matin, j’ai appris avec joie et surprise par le frère H. qui est passé vite fait dans ma cellule pour me saluer, que c’est lui qui allait faire la seule et unique homélie de la semaine, pendant la messe de 10h d’aujourd’hui. Encore un clin Dieu personnalisé que ça soit tombé sur lui et pas sur un autre !
 

Juste avant la messe de 10h, alors que je me trouvais par hasard dans le hall attenant à l’église, j’ai été témoin à mon insu d’une altercation – inhabituellement violente quand on connaît le calme des lieux – entre une femme d’une soixantaine d’années (look BCBG) et un jeune frère bénédictin qui tentait de contenir l’ardeur colérique de son ouaille.
 

Suite à ça, je suis rentré dans l’église. La messe s’est déroulée sans encombres. Le calme des petits enfants, pendant une célébration pourtant quasiment toute en latin, était admirable. En plus, l’homélie du dimanche de la Transfiguration, dédiée entièrement au thème de la beauté (le gros du message, c’était : « Si la Vérité touche l’intellect et la tête, la Beauté va plus loin en atteignant le cœur » et « Cette Beauté a la gravité de la Croix puis de la Résurrection du Christ ») était d’une profondeur remarquable et suintait l’amour commun de ma mère spirituelle et du Père H. pour Charles Péguy.
 

Avant la procession de sortie des frères, je regardais à distance la dame qui s’était énervée contre le jeune frère ; et j’ai osé la confier à Jésus pour qu’Il lui apporte la Paix et pour qu’Il m’offre, s’Il le voulait bien, une occasion de m’adresser à elle et de lui glisser un mot gentil qui la mettrait en joie, avant qu’elle ne quitte l’abbatiale. Et j’ai été exaucé par l’Esprit Saint au-delà de mes espérances ! Je vous livre les faits tels que je les ai vus de mes propres yeux. Non seulement la dame n’a pas détalé comme un lapin, mais en plus, par un jeu étrange de déplacement des autres fidèles pour regagner la sortie, j’ai été placé par l’Esprit Saint à l’exacte proximité que j’aurais pu espérer pour pouvoir lui parler naturellement, sans lui sauter dessus ou avoir à lui courir après. Elle, pourtant de nature expéditive et pressée, s’est retrouvée face à moi, juste à côté de la commode des bréviaires, comme immobilisée par une force qui ne venait pas d’elle (presque un « Un, deux, trois, Soleil »), pleinement disposée à me regarder et à m’écouter avec attention, alors qu’elle ne connaissait ni mes intentions ni ma personne. Hallucinant. Le Seigneur avait tout préparé. Je n’avais qu’à formuler avec un grand sourire mon désir : « Bonjour madame. Je voulais vous dire que je suis vraiment heureux que vous soyez là, et que vous soyez restée à la messe. Ça m’a rempli de joie pendant toute la célébration ! » La femme, qui depuis le début de la messe avait observé un silence sombre et pète-sec, est sortie de son amertume et son visage s’est illuminé. Elle m’a proposé qu’on sorte discuter dans le hall. Là-bas, je lui ai dit explicitement que j’aimais son caractère volcanique, qu’il m’avait fait rire et enthousiasmé, et que sa présence à la messe m’avait réconforté, réjoui profondément le cœur. J’essayais de la regarder avec les yeux du Christ, plein d’amour et d’empathie, ne relevant que le positif, essayant de la valoriser à fond et de l’écouter au maximum. Et j’ai entendu soudain cette boule de révolte et de douleur haineuse vomir des méchancetés diaboliques parce qu’en réalité, cette femme se détestait elle-même et ne se sentait ni aimée ni reconnue dans sa passion pour la Vérité. Elle s’est mise symboliquement à hurler « J’EXISTE !! JE SUIS LA SEULE À AVOIR RAISON !! JE N’OBÉIRAI QU’À MOI-MÊME PARCE QUE JE NE PEUX FAIRE CONFIANCE À PERSONNE !! ». Quand j’emploie le verbe « vomir », je n’exagère pas. Tout le monde passait au crible de sa jalousie : elle méprisait sévèrement les adolescents, les tradis, les soixante-huitards, les familles, les catholiques, les prêtres, les moines de l’abbaye, et même ses collègues chefs Scout qui l’avaient suivie au Barroux (et qu’elle traitait de « vipères »). Cette femme, qui répondait au doux prénom de Josiane, et qui se vantait d’avoir été une des pionnières du retour de l’Église catholique au traditionalisme religieux, se réclamait de la force et de la sainteté de sainte Jeanne d’Arc. Elle me disait textuellement qu’elle avait une volonté de fer et qu’elle mettait celle-ci au-dessus de tout. Elle me racontait que le jeune abbé qui l’avait confessé la veille et avec lequel elle s’était fritée juste avant la messe, avait tenté de lui interdire d’assister à la célébration d’aujourd’hui, et qu’elle s’était empressée de lui désobéir. Elle m’affirmait qu’elle ne voulait plus faire confiance à personne, pas même aux prêtres, parce qu’« elle voyait où ça la menait » : « La confiance, ça ne sert à rien ! » lançait-elle. Tout en la félicitant sincèrement de son impétuosité et en me solidarisant d’elle, j’essayais de glisser çà et là quelques appels à la douceur, à la confiance, à la Charité, au respect de la sainteté des prêtres. Je lui donnais l’exemple du Curé d’Ars qui avait déclaré de son vivant que, si un jour il se retrouvait face à un ange et face à un prêtre, il s’inclinerait d’abord devant le prêtre, car celui-ci est plus grand et plus royal qu’un ange. L’impétueuse sexagénaire au carré Hermès et à la jupe plissée écossaise (je vous jure que je ne force même pas le trait !) m’a répondu, avec un aplomb satanique : « Moi, je ne m’incline que devant l’ange ! ». Je lui ai répondu : « À votre place, je me méfierai des anges. Notamment de l’Ange de Lumière. » Elle me rétorque : « Ah non mais pas celui-là ! Seulement les bons ! » Je lui ai sorti alors : « Le tiers des ‘bons anges’ est quand même tombé avec Lucifer… ».
 

Ne perdant pas mon émerveillement devant cette femme révoltée, je m’efforçais (quitte à paraître lourd et exagérément obséquieux) à la bénir et à la couvrir de louanges, à rendre grâce à Jésus pour sa présence à la messe et pour l’immense joie qu’elle m’avait donnée, et qui commençait à devenir réelle. Parce que – et ça, c’était sûr – l’Esprit Saint m’avait conduit à Josiane et me soufflait d’aimer, d’aimer et d’encore aimer celle qui jouait la mégère acariâtre, je sentais que la femme au caractère de dragon n’avait pas vomi tout son orgueil ni sa blessure la plus profonde, et qu’il lui restait encore le gros morceau à cracher. Il n’est pas sorti de ma propre initiative. Jésus a fait en sorte que quasiment rien ne vienne de moi, mais que tout se fasse par Lui, et dans le respect de la liberté de tous les acteurs présent. En fait, aussi surprenant que cela puisse paraître venant d’une femme aussi bavarde et autocentrée que Josiane, elle s’est arrêtée de parler et s’est intéressée à moi, en me posant une question sur… ma maman ! (Qu’est-ce que ma mère venait faire là ?) Elle m’a demandé si ma mère était encore de ce monde. Je lui ai répondu que non, qu’elle nous avait quittés il y a à peine deux. Mais Josiane m’a ainsi fait le cadeau de me permettre de rendre témoignage à ma maman et de raconter en trois phrases la conversion extraordinaire que celle-ci avait vécue pendant sa vie. Je ne sais pas pourquoi, j’ai senti que je devais insister sur la tempête que ma maman avait traversée et sur le mot DÉPRESSION – ne me demandez pas pourquoi j’avais deviné que Josiane en avait fait aussi une carabinée, avec internement psychiatrique et tout, avant que mon interlocutrice ne me l’avoue elle-même ! – dépression qui avait transformé ma mère dure en maman douce et sainte qui lisait des psaumes avec mon papa sur son lit d’hôpital encore trois semaines avant sa mort. Josiane n’a pas fondu en larmes du tout quand j’ai tapé dans le mille de son drame secret. Mais au moins, elle s’est livrée sur la part la plus humiliante de sa vie. Quand j’ai entendu toute la souffrance, tous les combats, tout le désamour, toutes les trahisons, tout le récit de la dépression, tous les manquements d’amour qu’avait subis autant que provoqués la pauvre Josiane, j’ai compris pourquoi elle ramenait tout à elle, ne voulait compter que sur elle-même, détestait les prêtres et les catholiques, refusait la confiance et se méfiait de l’Amour, foutait le bazar dans les groupes où elle participait pour un oui pou un non.
 

Elle devait retrouver pour le déjeuner de midi son équipe de scouts, justement, mais n’arrivait pas à me lâcher. Moi, je continuais à lui exprimer mon émerveillement de la rencontrer, ma préférence pour son impétuosité et pour son goût de la Vérité, en lui rappelant avec un immense sourire et une fermeté insistante que « Sans Charité, la Vérité devient péché », que « Sans l’Amour de Jésus, c’est l’enfer au bout du couloir », que « Refuser la confiance et manquer de respect aux prêtres c’était pas beau », et en l’invitant à essayer, ce midi, avec ses camarades, la DOUCEUR. Et miracle ! : l’Esprit Saint a réussi à faire sourire Josiane ! Trop beau ! J’ai vu l’humeur massacrante se transformer en joie. La rigidité qui accepte de s’assouplir et de laisser passer le sang chaud. Je ne sais pas du tout ce que ça aura donné. L’orgueilleux self-control volontariste et égocentré ne datait pas d’hier. Donc je doute qu’un changement spectaculaire se soit produit. Mais rien n’est impossible à Dieu. Ce qui est sûr, c’est que l’Esprit Saint et que ma maman ont agi.
 

Pendant l’office de None du début d’après-midi dominical, un verset du psaume 118 a accroché mon cœur tellement il mettait en mots exactement mon sentiment intérieur de gratitude envers le Seigneur : « Vous avez été bon envers votre serviteur, Seigneur, selon votre Parole. Enseignez-moi la bonté, la règle de la vie et la sagesse, car j’ai foi en vos commandements. Avant d’être humilié, je péchais. Maintenant, j’observe votre Parole. » Amen !
 

En fin d’après-midi, je me suis rendu aux Vêpres des sœurs bénédictines de l’abbaye de l’Annonciation. Sur le chemin champêtre ensoleillé, j’ai appelé mon papa au téléphone. Je lui ai dressé le bilan de ma retraite. Quand j’ai vu qu’il pleurait à chaudes larmes de joie, de soulagement au téléphone, j’ai mesuré combien il m’avait laissé libre et combien ça l’avait fait souffrir. Comme il entendait que tout en moi était parole de sagesse et de paix, il était dans l’action de Grâce. Quand je lui ai dit que je faisais Carême de paroles médisantes, il m’a rétorqué : « Ça, ça fait longtemps que je te le dis ! » J’aurais pu répliquer, comme à mon habitude. Mais je n’ai pas réagi. Je baisse les armes et ne murmure plus, ne me justifie plus. Comme un grand, je laisse seulement le seigneur me justifier !
 

Cette retraite au Barroux m’a montré que je n’avais pas assez confiance en l’Église. Je décrétais sous forme de prédictions hasardeuses son inexorable déclin, son agonie, son schisme, sans même goûter à la vitalité spirituelle du terrain ecclésial. C’est honteux, quand j’y pense. Même si je soutenais l’éternité de l’Église, je la rêvais à l’article de la mort. Oiseau de mauvais augure que j’étais.
 

Cette retraite m’a montré également mon orgueil et mon arrogance de Monsieur je-sais-tout. Et le pire, c’est que c’est l’Esprit Saint qui m’a dévoilé tout cela. Car mon directeur de retraite n’a été que douceur pendant toute la retraite et n’a même pas eu besoin d’être convaincant. Au fur et à mesure de la retraite, je le voyais gagner en joie et en soulagement quand il venait me visiter.
 

Et moi qui me vantais, avant la retraite, d’être un homme du « oui mais »… alors qu’en réalité, l’homme qui se donne sans condition, sans « si », sans « mais », sans « sauf », mais dans un grand et plein « OUI » est le véritable serviteur du Christ!
 
 
 
Sacred-Heart

Whoopi Goldberg veut nous mettre en boîte

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Ça, c’est typiquement le discours de l’individualisme maçonnique dont souffre le monde d’aujourd’hui : « être soi-même » (le culte de l’autonomie toute-puissante, de l’auto-détermination) + « l’ordre par le chaos » (mot d’ordre des francs-maçons = la mise en valeur des erreurs, la pédagogie par l’erreur et la potentialité, le culte de la désobéissance, la positive attitude déchristianisée). Rien d’étonnant que Whoopi Goldberg défende les droits LGBT, serve de porte-drapeau à la bienpensance antiraciste, féministe et anti-homophobie aux US. Mais « sans moi, vous ne pouvez rien faire » dit Jésus.
 
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