Les cathos : les pires et les meilleurs

S’il y a une seule chose dont je suis fier dans ma vie, c’est bien de ma foi catholique. Parce qu’elle ne m’appartient pas, et qu’elle m’apparaît comme juste, et ce, de jour en jour. Ça dépasse de loin toutes les autres dimensions de mon existence. J’ai beau évolué dans des univers artistiques et professionnels athées et particulièrement laïcs, vivre au quotidien au contact d’amis très différents de moi et pour la plupart aux antipodes de mes convictions religieuses, je n’y peux rien : les gens de mon entourage les plus stables, les plus apaisants, les plus drôles, et qui me disent le plus de vérités sur moi-même et sur le monde, je finis toujours par me rendre compte à mon insu qu’ils sont catholiques. C’est logique, quand j’y pense: plus on crée des choses belles et on est un grand acteur social, plus on se rend compte qu’on ne fait que participer à une grande oeuvre divine qui ne vient pas de nous, qui nous dépasse, qui s’incarne en Jésus. Tous mes amis les plus humanistes finissent par venir à la foi, parce que leur expérience de l’amour humain les amène à reconnaître l’amour divin, le service de Dieu auprès des frères. Je vous jure que je ne le fais pas exprès. J’essaie de m’ouvrir, de me persuader que les chrétiens n’ont pas le monopole de l’Amour et de la Vérité (ce qui reste vrai : la grandeur de Dieu, c’est qu’Il peut Se dire à travers tous les êtres humains, sans distinction de sexes, de races, de nationalités, de religions), que je peux trouver mes vrais amis ailleurs, mais rien à faire. Le partage de l’amitié dans la foi, pour moi, il n’y a rien de plus fort. Ça s’appelle la Communion des saints.
 
Mes amis non-croyants m’apprennent aussi beaucoup de choses sur la vie, bien sûr, mais ils ne vont pas aussi loin que mes amis cathos. Et je dis pourtant tout cela en étant conscient qu’il est possible de trouver dans l’Église catholique à la fois les gens les plus cons de la Terre, et aussi les plus géniaux. Pourquoi les plus cons ? Parce que l’illusion de possession de la Vérité et l’instrumentalisation de l’Amour à des fins autres que le service de Jésus et des êtres humains produisent les plus grandes catastrophes humaines (guerres de religion, mensonges, chantages aux sentiments, faux témoignages, embrigadements, meurtres, etc.) et guettent plus spécifiquement ceux qui ont la connaissance de la bonne Source (N’oublions que le diable sait les Écritures par coeur!). Parce que la Vérité, en ayant consenti à s’abaisser à la liberté de l’Homme, n’est pas à l’abri d’être récupérée par ceux qui se revendiquent d’Elle sans l’appliquer concrètement. Pourquoi les plus géniaux ? Parce que le Christ a dit explicitement qu’il était le Chemin, la Vérité, et la Vie, et que ceux qui suivent humblement sa Parole ont fait le meilleur choix qui soit. Ils tendent donc un peu mieux que les autres à la Source d’Amour, d’Humour, et de Vérité, même s’ils ne sont pas infaillibles. Si vous voulez en avoir le cœur net, allez écouter des personnes catholiques qui ont une foi vivante et qui se bougent pour les autres, et vous comprendrez que je ne vous raconte pas de salades. Elles n’ « ont » pas quelque chose de spécial : elles suivent Quelqu’un de spécial.

Sexion d’Assaut ou la preuve que l’hétérosexualité est l’homophobie

Samedi 25 septembre 2010. Je lis les propos du groupe Sexion d’Assaut à propos des personnes homosexuelles dans le magazine International Hip HopPendant un temps, on a beaucoup attaqué les homosexuels parce qu’on est homophobes à 100 % et qu’on l’assume. Mais on nous a fait beaucoup de réflexions et on s’est dit qu’il était mieux de ne plus trop en parler parce que ça pouvait nous porter préjudice. Pareil pour les autres religions, on ne les attaque pas parce qu’on respecte quand même un minimum les autres et qu’on ne peut pas les forcer à être dans le vrai et musulmans comme nous. (…) Il y a quand même des gays qui viennent nous voir ! On ne peut pas se permettre de dire ouvertement que pour nous, le fait d’être homosexuel est une déviance intolérable. »). Ce qu’ont du mal à comprendre ces rappeurs musulmans qui clament fièrement leur homophobie, c’est d’une part qu’originellement l’Islam n’est pas une religion de la haine mais une religion de l’amour, et d’autre part que l’affichage de l’hétérosexualité n’est pas une preuve de sa non-déviance sexuelle (les couples femme-homme solides et qui s’aiment vraiment ne se définissent pas comme « hétérosexuels » mais comme des couples d’êtres humains, tout simplement) mais au contraire un aveu inconscient de sa déviance, une preuve non pas toujours d’une homosexualité refoulée (quoi que… parfois, on a des surprises…) mais en tout cas d’une sexualité violente, machiste, déséquilibrée, dans le cadre pourtant classique des relations femme-homme. Il ne suffit pas qu’un couple intègre la différence des sexes ou la durée pour qu’il soit aimant. L’hétérosexualité et l’homosexualité sont jumelles. Je me tuerai à le dire. Je crois beaucoup plus un homme marié qui refuse de s’étiqueter « hétérosexuel » mais qui aimera véritablement sa femme qu’un homme à la sexualité incertaine qui va se précipiter à se définir comme « hétérosexuel » ou « 100 % homophobe » pour nier les violences qu’il inflige à sa femme dans le cadre normé et apparemment légitime du mariage religieux.

 

Écouter, ce n’est pas juste se taire

Aussi paradoxal que cela puisse paraître, on est dans l’écoute même quand on parle. Il ne suffit pas de se taire pour bien écouter. Quelqu’un qui parle beaucoup peut aussi être un grand écoutant. L’écoute n’est pas fondamentalement une question de débit de paroles, de quantité, mais bien de qualité de présence (à ce qu’on dit, à qui on le dit, et à ce qu’on dit ensemble), de relation. Écouter profondément, c’est être là pour l’autre, adapter son discours à lui, ne pas lui proposer un disque qu’on ferait écouter pareil devant une autre personne, se taire parfois (mais pas tout le temps!). Écouter, c’est donc AUSSI ouvrir sa gueule! Je dis cela parce que, dans notre société où on nous bassine avec l’idée selon laquelle « l’important serait dans la communication », dans la soumission passive au déballage verbal de notre interlocuteur qui se sentirait forcément mieux après qu’on l’ait laissé faire, on croit qu’on favorise l’écoute. Mais bien des personnes ne sont pas présentes à ce qu’elles disent quand elles saoulent tout leur entourage avec leurs problèmes qu’elles ne veulent pas régler, et que personne ne le leur dit ou ne les aide à s’approprier leurs mots pour mieux les contextualiser, les humaniser, se les approprier ; et notre silence (qui est une fausse écoute) ne les soulage pas du tout.

 

Difficile de retourner aux gros concerts

Plus je me rends à des concerts (des concerts de grande envergure, comme celui du groupe Indochine ou de Mika à Bercy, de Mylène Farmer au Stade de France), plus je trouve ma position complètement déplacée. Je vois ces chanteurs jouer aux dieux qu’ils ne sont pas, accueillir des applaudissements excessifs, susciter des cris hystériques qu’ils ne méritent pas, s’émouvoir d’une communion pas si effective et conviviale que cela, contenter leur propre narcissisme. Et je n’arrive plus à jouer au fan. Je les trouve tellement plus fades que mon Dieu!

 

La différence ou la contradiction n’est pas le problème

Je n’ai pas besoin qu’on soit du même avis que moi pour être pleinement heureux, mais juste que mon avis différent soit entendu, compris, considéré… et qu’ensuite, la personne en face place son positionnement « plutôt contre/pour » concernant mon avis bien après ma personne, notre relation.  Ce ne sont pas en soi les différences qui posent problème, mais bien le fait qu’on ne puisse pas les partager.