Si je ne vais pas vers les pauvres et que je deviens riche, c’est qu’il y aura un gros problème.
Si je ne vais pas vers les pauvres et que je deviens riche, c’est qu’il y aura un gros problème.
J’aime bien ceux qui se plaignent. Ceux qui se plaignent sans violence, sans révolte, constructivement. Ceux qui se plaignent parce qu’ils agissent pour les autres. Ceux qui poussent leurs jérémiades de Jérémie, de prophètes. Ceux qui ne sont pas mous et qui hurlent leur mécontentement quand il y a des raisons d’être indigné, quand la dignité humaine et religieuse est attaquée. Oui, j’aime ceux qui se plaignent et qui prennent le risque de ne pas plaire à tout le monde.
Je ne suis pas pour qu’on donne à tout prix à l’Eglise catho et à Dieu une image cool et branchée. Ils sont modernes, branchés, et atemporels tout seuls, sans flafla, fanfare, ni mots d’anglais ni tee-shirt (même si je n’ai rien contre les tee-shirt à l’effigie de Jésus : d’ailleurs, j’en porte un, « Jesus loves Paris« , que j’aime beaucoup). Pas besoin d’en faire des caisses au nom de la nécessité (légitime pourtant!) de Les annoncer. Pas besoin de leur rajouter de la jeunesse, de la bonne humeur, du délire télévisuel forcé ou de la vulgarité, de leur inventer une urgence, de s’époumoner à dire que « Jésus aime le cul, la fête, le délire » (= « Jésus mon amphét’, mon crack »), que « Jésus est politique » (= « Jésus président!! »), en oubliant la gravité (pas triste), l’humilité, et la Personne pauvre du Crucifié qui s’abaisse. Ce n’est pas le fait de devenir médiatique qui pose fondamentalement problème, mais d’être médiatique comme ça (= c’est-à-dire pour sa propre gueule autant que pour Jésus). Le cathodique ne doit pas prendre le pas sur le catholique.
Ce qui me coupe l’appétit, m’agresse et me navre, c’est le catho sec. Celui qui ne t’adresse pas la parole aux mariages, qui ne te regarde pas dans les yeux, qui ne t’écoute pas, qui ne rigole que très rarement, qui ne s’intéresse pas à toi (même quand tu as une vie objectivement consistante), qui ne te pose des questions sur toi qu’à partir du moment où il apprend que tu es mélomane (musique classique, bien sûr), que tu es né dans la bonne famille (à particule), que tu connais son milieu social, que tu as des tas de diplômes, que tu as SES références culturelles, que tu commences à être connu, que tu sais danser le rock, que tu es militaire (croyant pratiquant, ça marche à peine pour lui, parce qu’il y a aussi des « cathos beaufs » et des « pauvres types » dans l’Église, malheureusement…). Il se comporte en général en homme puriste, élitiste, misogyne, raciste, homophobe, sectaire, imbus de lui-même. Il est catho sur le papier, par la « race » et le CV, mais pas dans la vie. Le catho sec est désespérant parce qu’il donne une image faussée des vrais catholiques, qui eux ne se servent pas de Dieu pour haïr les autres. En ce sens, c’est, pour reprendre le bon jeu de mots de mon ami Charles Vaugirard, un parfait « étouffe-chrétiens » ! Et à ce jour, cela va peut-être vous surprendre, mais je l’ai rencontré beaucoup plus souvent parmi les jeunes femmes que parmi les hommes. (Et parfois, je peux l’incarner quand j’oublie d’aimer… C’est pour ça que j’essaie de l’aimer, et d’aimer tous les chrétiens.)
Tout a un sens. Et même ce qui n’en avait pas finit par en trouver un grâce à Dieu.
S’il y a bien une chose que m’a appris le théâtre d’impro (que j’ai exercé modestement pendant 2 ans au théâtre Le Bout – maintenant La Cible – à Paris, avec un très bon prof de one-man-show Yoann Chabaud), c’est d’essayer de dire le plus souvent « oui ». D’ailleurs, pour qu’une improvisation marche et coule toute seule, il est nécessaire d’adopter le principe de précaution du non-rejet de ce que nous propose notre partenaire de sketch. Dans la vie, j’essaie de faire pareil, et d’accueillir d’emblée ce qui m’est proposé. Et ce n’est qu’après que je me positionne plutôt pour ou plutôt contre. Je me rends compte que le « oui de principe et de bienveillance » ouvre, apaise, débloque bien des situations à priori cadenassées !
Si on pense que la sainteté, c’est pour les autres et pas pour nous, on est à côté de la plaque. Dieu part de ce que nous sommes profondément, à cet instant T où je vous parle, et se sert y compris de nos pires défauts et faiblesses pour faire exploser sa sainteté ! Ça, ça m’émeut à chaque fois au plus au point. C’est ce qui fait que je peux pleurer à chaudes larmes comme un con dès que j’entends le « banal » récit biblique de la rencontre de Jésus et de Zachée (vous savez, le collecteur d’impôts tout petit de taille, qui n’a rien pour lui, qui grimpe sur un arbre pour que Jésus le voit dans la foule qui le piétine, et qui accepte que Jésus s’invite chez lui : c’est l’un des seuls épisodes que les enfants se remémorent sans problème). C’est pourquoi je m’émerveille souvent dès que je regarde ma propre vie misérable et banale à la lumière de la miséricorde divine. Oui : Dieu ne veut pas nous changer, que nous devenions quelqu’un d’autre, ou que nous soyons parfaits dès le départ, pour que nous le suivions. Il veut faire de notre vie entière (avec ses casseroles et sa carcasse complète) une offrande. Il veut que nous partions de tout ce que nous sommes pour devenir comme Lui. C’est PARCE QUE vous êtes né petit de taille, aveugle, handicapé, moche, poilu, un peu quelconque, grognon, athée, dans une famille pas facile, dans un pays hostile, c’est PARCE QUE vous vous sentez homosexuel, que vous avez un palmarès amoureux merdique, que vous avez divorcé, que vous avez tué quelqu’un ou que vous vous droguez, que vous n’avez rien d’extraordinaire à défendre ou à dire, QUE Dieu vient vous cherchez VOUS et pas un autre en tant que grands témoins ! Cela paraît hallucinant. Mais c’est pourtant vrai. C’est comme ça que fonctionne Jésus.
Une fois qu’on a découvert l’amitié de Jésus dans son coeur et dans le coeur de tous les Hommes, on peut mourir en paix. Rien n’est alors désespéré ni paniquant.
Le plus hallucinant, c’est que ceux qui se présentent comme mes opposants n’ont rien à dire contre moi. Ils ne savent même pas pourquoi ils me haïssent.
De nos jours, on fait tout un plat des sens qu’on ressent, et qu’on se précipite à nommer « désir », « trouble amoureux », « preuves irréfutables de l’existence de l’Amour ». Or, être attiré et excité par quelqu’un du même sexe que nous n’est ni exceptionnel, ni grave. Cela ne devrait pas nous mettre dans tous nos états. Nous sommes vivants, sensibles, épidermiques, excitables facilement, que je sache Pourquoi juger cela comme une anormalité suspecte ou au contraire comme une sensation surnaturelle extraordinaire ? Il suffirait de nous laisser ne serait-ce que 48 heures pour que le sentiment cesse d’habiller et d’enrober la pulsion, et on verrait qu’on fait généralement bien trop grand cas de l’homosexualité.