Dignité

SIGNIFICATION SOCIALE, MONDIALE ET ESCHATOLOGIQUE DU CODE

 

 

Pour vous parler de la dignité, mot qui rencontre un fort succès en ce moment (car qui peut être contre la dignité en elle-même ?), je citerai mon article « La Dignité : l’argument des indignes » accordé au magazine Unité Nationale, numéro spécial « Dignité » justement (septembre 2018) ainsi qu’avec mon court billet sur Emmanuel Macron (et son emploi abusif du mot « dignité »). En prenant bien soin de vous enjoindre de ne pas confondre la vraie dignité, avec l’instrumentalisation du mot « Dignité ». Ce sont deux choses bien différentes. La question n’est pas de détruire ou de faire le procès la vraie dignité. Il faut, si nous traitons de la dignité, parler non seulement de la vraie dignité (celle donnée par Jésus, à savoir notre identité et couronnement d’« Enfants de Dieu »), mais aussi des fausses « dignités » (qui détruisent les vraies au nom de la « dignité » !).
 

Si on regarde le langage courant, de plus en plus soumis à la doxa des humanistes intégraux anti-religion catholique (c.f. la Déclaration universelle des Droits de l’Homme dans laquelle la dignité trône en bonne place), le terme « dignité » est avant tout synonyme d’« humanité », de « décence » ou de « respect minimum » (Par exemple, offrir des ressources et des conditions matérielles minimales à une personne pour la distinguer de l’animal et que celle-ci vive davantage qu’elle ne survive, est considéré comme « la dignité »). Étant également synonyme de « mérite » et de « dû » (Par exemple : s’estimer digne ou indigne de telle ou telle reconnaissance ou acte), le mot « dignité » s’accompagne de plus en plus de la notion de « droit (au respect) » (au détriment du devoir et de la morale ; par exemple, certains estiment qu’ils ont le droit de mourir dans la dignité, autrement dit de réclame un droit au suicide) ou d’« hypocrisie » (Par exemple : certains prétendent ne pas vouloir être hypocrites, donc par franchise et parce qu’ils ne m’estiment pas assez méritants, assez « dignes », ils ne vont pas demander ou faire telle ou telle chose qui pourtant leur ferait du bien. La dignité devient l’instrument de leur manque d’humilité). Et bien entendu, comme le sens chrétien et ancestral de « dignité » tombe en désuétude, le terme « dignité » est de moins en moins synonyme de « noblesse » (exemple : les « dignitaires ») ou de « royauté » (le couronnement des « Enfants de Dieu », la restauration d’un Amour par le pardon).
 

Dans mon article « La Dignité : l’argument des indignes » accordé au magazine Unité Nationale j’explique que la dignité, qui idéalement devrait être comprise comme l’humilité, est actuellement interprétée comme l’inverse de l’humilité, à savoir la fierté (… et elle sert donc de cheville ouvrière, par exemple, de l’euthanasie, de l’avortement, de l’eugénisme anti-personnes handicapées, ou encore de la Blockchain macronienne).
 

Aujourd’hui, la dignité est communément entendue comme « le respect que mérite chaque être humain. » Mais à bien y réfléchir, la dignité comme dû et comme loi (et non plus comme don attribué par Dieu au jour du Jugement), n’est-ce pas la pire chose qu’ait faite l’être humain ? N’est-ce pas la création humaine la plus inhumaine ? Par définition, l’Amour, pour rester libre, vrai et gratuit, n’obéit ni au mérite, ni au rang ni au droit. Il n’est pas une question de classement, de barème ! Par exemple, quand on s’adresse à Jésus, qui est l’Amour même, s’il y a bien une chose à laquelle on renonce, c’est à la dignité, donc au mérite : « Seigneur, je ne suis pas digne de te recevoir. » (phrase avant la Communion) : « Je ne suis pas digne que tu entres sous mon toit. » (le centurion dans Mt 8, 8) ; « Je ne suis pas digne de dénouer la courroie de ses sandales. » (Jean-Baptiste dans Lc 3, 16) ; etc. La dignité, dans la Bible, est toujours un terme intégré dans des phrases négatives et ne devient positive qu’une fois associée au jugement ou au don de Dieu, à la réception d’une épreuve vécue au nom de Jésus et dans l’obéissance. Réclamer la dignité, c’est le blasphème suprême : c’est se prendre pour Dieu. La dignité appartient à Dieu, est Dieu et n’est bonne qu’administrée et gérée par Dieu en don qui dépasse les logiques et les classifications (rangs, lignées, récompenses, honneurs, conditions, mérites) bassement humaines.
 

Dans le livre de l’Apocalypse, il est écrit qu’à la Fin des Temps, « un livre scellé de sept sceaux » sera ouvert, et que « personne dans le ciel, ni sur la terre, ni sous la terre ne fut trouvé digne d’ouvrir le livre » (Apo 5). Que ce soient les anges, les archanges, les séraphins ou les vingt-quatre vieillards, aucun n’a le droit de le regarder ! Sachez-le. La dignité, la vraie, elle fait même grincer des dents ! « Je pleurais beaucoup, parce que personne n’avait été trouvé digne d’ouvrir le Livre et de regarder. » (Apo 5, 4). Non seulement elle ne doit pas être réclamée comme un droit, mais en plus, si les Hommes savaient vraiment ce qu’elle est, ils la redouteraient, éviteraient de la demander, et chercheraient même à la fuir ! Dans la Bible, si on est jugé digne de quelque chose, c’est uniquement de la permission divine de recevoir au nom de celle-ci des persécutions, le martyre, une humiliation. « Les apôtres se retirèrent de devant le Sanhédrin, joyeux d’avoir été jugés dignes de subir des outrages pour le Nom de Jésus. » (Actes 5, 41). La bonne dignité n’est associée qu’à la Croix, qu’au consentement à vivre fièrement mais pudiquement pour Dieu des épreuves humiliantes comme un honneur et un couronnement. « Je vous exhorte, moi, le prisonnier dans le Seigneur, à marcher d’une manière digne de la vocation qui vous a été adressée, en toute humilité et douceur. » (Éph 4, 1-3). La dignité n’est pas bonne en soi : elle est neutre. Tout dépend qui elle sert, et surtout de qui elle est reçue et du comment elle est reconnue comme reçue et comme humainement humiliante.
 

Avec tout ça, je peux vous dire qu’on est bien loin de la conception capricieuse actuelle de la dignité, qui consiste à se victimiser et à réclamer des droits individualistes pour son confort à soi et pour sacraliser tous ses petits désirs maquillés d’humanistes ! Désormais, le mot « dignité » – dans son sens païen et légaliste – signifie que ce qui en est revêtu a une valeur absolue et non relative. Donc depuis que la « dignité » s’est faite loi humaine inscrite sur la pierre, droit inaliénable, elle a pris un caractère immuable possiblement totalitaire et désastreux. Elle est devenue vérité indiscutable (exemples : lesdits « Droits de l’Homme », qui incarnent parfaitement la dignité dans son sens despotique et universel), loi autorisant de manière mondiale l’injustifiable à partir du moment où ce dernier présente une apparence hypocritement humaniste, solidaire, libératrice et respectueuse. L’exemple parfait pour illustrer cela, c’est l’euthanasie (interruption volontaire de la vie d’une personne malade, désespérée ou âgée), présentée par ses promoteurs – je cite – comme un « droit à mourir dans la dignité ». Dans ce cas précis, on voit bien tout le mépris misérabiliste et la part de fantasmes, de projection, que recouvre le terme fleuri de « dignité » : car qui dit qu’une personne agonisante ou pauvre ou trisomique ou intra-utérine ou dans le coma ou dépourvue de parole, est « malheureuse », vit une situation « indigne » qui doit très vite être abrégée, n’est pas libre et ne veut pas se battre ? La « dignité » ou son supposé « droit à être traitée dignement » ?? Nous marchons sur la tête. Si la souffrance et la violence – faisant partie de la vie – sont jugées « indignes » et que la « dignité » est érigée en valeur absolue de justice d’un pays ou du Monde, n’est-on pas en train de donner tout pouvoir à ceux qui prétendent les éradiquer à tout prix, à commencer par les dictateurs les plus funestement célèbres ??
 

Dire que la dignité humaine doit être défendue (je vois bien l’idée humaniste séduisante et généreuse derrière), c’est soutenir que toute vie humaine, même celle qui est méprisable, a du poids et de l’importance. Mais que faire quand même les mauvaises actions (viol, meurtre, divorce, inceste, eugénisme, clonage, PMA, GPA, manipulation d’embryons, prostitution, homosexualité, etc.) s’habillent d’humanité à respecter et prennent formes humaines ? La dignité devient alors l’alibi du tout et n’importe quoi, l’instrument des dictatures humanistes qui tuent l’Homme au nom de leur idée de l’Homme. Au nom de la « dignité », en somme. Traiter avec dignité une personne qui souffre et dont le pronostic vital est engagé, ce n’est certainement pas « l’achever » pour éviter d’avoir à régler sa souffrance et d’avoir à la gérer (la dignité, ce n’est pas se débarrasser de la personne âgée, dans le coma, handicapée ou dure à accompagner, ce n’est pas la tuer ni l’encourager au suicide), fût-il « pour son bien » ! C’est déjà essayer de l’accompagner, de la soigner et de la soulager (et les progrès techniques scientifiques permettent de maîtriser la souffrance), de vivre avec son trauma, sa vieillesse ou son handicap.
 

Au fond, il en est, je crois, de la dignité comme de l’humilité. Seuls ceux qui en ont ou en sont, et qui seraient en droit d’en parler, n’en parlent quasiment jamais. En général, il n’y a pas plus arrogants que ceux qui affichent leur « humilité », pas plus indignes que ceux qui s’avancent au nom de la « dignité ».
 
 

DANS LA SÉRIE JOSÉPHINE ANGE GARDIEN

 

Épisode 42 – « Le Secret des Templiers »


 

Comme je le disais en introduction de cet article, le mot « dignité » perd de plus en plus de sa transcendance royale héritée, pour devenir l’énonciation orgueilleuse et égocentrique d’un « droit » individuel à posséder, à faire tout et n’importe quoi, au nom d’une supposée injustice qu’on combattrait ou d’une mise en avant de sa volonté propre.
 

On retrouve ce glissement sémantique dans la série Joséphine ange gardien. Pour l’illustrer, je m’appuierai sur deux exemples. Le premier, c’est l’association entre dignité et royauté (royauté qui n’est plus « de droit divin », évidemment, mais cathare, donc hérétique). Justement, dans l’épisode 42 intitulé « Le Secret des Templiers », le châtelain Hugues de Bouailles, blessé au combat, adoube officiellement Oudon juste avant de mourir, au mépris de la sujétion au roi : « Je vous fais chevalier. Tu es digne d’épouser ma fille. Et le roi pourra bien dire ce qu’il voudra… » Le second exemple se trouve dans l’épisode 44 « Le Festin d’Alain », dans lequel Stéphane, l’associer du fameux chef-restaurateur Alain Rougier, quand la dignité n’est qu’une flatterie personnaliste : « Elle est banale, cette sauce. Sans magie. Sans imagination. En un mot, elle est pas digne de toi. » Dans ce deuxième cas, la « dignité » devient « fierté », « orgueil », « mérite ».
 

La « dignité » avancée par les personnages de la série Joséphine ange gardien louvoie soit avec le misérabilisme faussement « solidaire », ou bien avec la théâtralité de la drama queen qui se victimise. Par exemple, dans l’épisode 35 « Coupée du Monde », Joséphine aide Geneviève, une femme SDF, à « retrouver une dignité ». Et dans l’épisode cross-over « Un Ange au camping », Christian Parisot, le vacancier ronchon qui n’arrête pas de se plaindre (pour se faire plaindre, justement !), il se lance dans l’équitation afin de séduire une femme, Fabienne, et de grossir excessivement son courage, sa prise de risques, sa grandeur. « Quitte à mourir à cheval, autant mourir dignement. » La dignité est généralement le paravent de la couardise et de la suffisance.
 
 

DANS D’AUTRES OEUVRES DE FICTION

 

Dignidad » (2019) de María-Elena Wood et Patricio Pereira


 

Dans certaines séries ou film, il arrive que la « Dignité » soit le voile pudique, brillant, humaniste ou religieux, masquant l’horreur et la torture réelles. Pensez par exemple à la série germano-chilienne « Dignidad » (« Dignité » en espagnol), réalisée en 2019 par María-Elena Wood et Patricio Pereira, racontant l’histoire – supposée véridique – d’une fondation nommée « Colonia Dignidad », créée par un ancien soldat nazi Paul Schaefer dans une petite ville chilienne, une œuvre de charité qui fut concrètement le théâtre de tortures, d’abus d’enfants et de meurtres, sous la dictature de Pinochet. C’est la « dignité » qui se supprime elle-même.
 
 

LE CATHO-CON (progressiste ou conservateur) FAIT PAREIL…

 

Preuve que la « dignité » est devenue aujourd’hui l’alibi des faux humbles ou des intransigeants justiciers (et parfois homicides). À la messe du 10 janvier 2021 dernier à l’église saint Médard (Paris, 5e), le curé de la paroisse, le père Albert Gambart, nous a sorti une punch-line contre la « dignité » qui nous a tous secoués : « Arrêtez de vouloir être dignes ! Arrêtez avec cet argument ou cette posture ! ‘Je ne suis pas digne d’aller à la messe, de me faire baptiser, de me marier à l’église : ce serait hypocrite de ma part… » Autrement dit, arrêtez de faire de l’Amour ou de la Foi ou du Salut une affaire de mérite. Si le mot « dignité » est synonyme de « mérite » dans notre bouche, alors il sert notre orgueil, un orgueil d’autant plus invisible et hypocrite qu’il est déguisé en humilité, en sincérité et en combat contre l’hypocrisie. Dignité n’est pas mérite. Elle est don quasi gratuit.
 

Sans compter qu’on observe bien souvent, je trouve, chez les utilisateurs du mot « dignité », une théâtralité, une posture qui est tout sauf humble, même s’il leur confère une apparente « émotion pudique », « simplicité », « noblesse de cœur pauvre », « noblesse de solidarité ». Je pense par exemple au cinéma que fait le Cardinal Sarah qui abuse du mot « dignité » pour jouer sa mater dolorosa et imposer sa rigidité/purisme formaliste, sa démagogie flatteuse : « Célébrez l’Eucharistie avec dignité, ferveur et foi. » (Cardinal Sarah) ; « Comment ne pas être bouleversé par l’émotion, la dignité, l’unité d’une nation autour de sa cathédrale ? » (15 avril 2019, lors de l’incendie de Notre-Dame de Paris) ; etc.
 

 

Quand l’Église Catholique promeut la dignité humaine, n’oublions pas que ce n’est jamais pour elle-même (contrairement à ce que croient tous les mouvements pro-Vie, opposés à l’avortement, à l’euthanasie, à l’eugénisme, etc., qui ont adopté l’acception mondaine et anthropocentrée du terme « dignité » : « La dignité c’est l’Homme debout. » blabla), mais dans le cadre très particulier de la défense de la dimension divine et religieuse de l’Homme. Par exemple, Dignitatis Humanae (1965) est justement la déclaration du Concile Vatican II sur la liberté religieuse. On n’est donc bien loin, quand l’Église parle de « dignité », d’une quelconque promotion des droits et libertés individuels de l’Homme. C’est bien de la divinité de l’Homme et de l’Église-Institution dont il est question !
 

 
 

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