En descendant la semaine dernière en stop à Avignon, j’ai voyagé avec un jeune père de famille (avec trois sièges auto de bébé derrière), qui m’a pris sur une aire d’autoroute entre Lyon et Orange (il a eu pitié de moi à cause de la pluie…). Pendant le trajet, nous avons forcément parlé de mes livres et donc d’homosexualité. Et sans que je lui dise que j’avais un frère jumeau et que j’avais écrit longuement sur les liens entre homosexualité et gémellité (cet automobiliste avait deux filles jumelles en bas âge), il m’a dit que le seul ami homosexuel qu’il avait dans son entourage était né jumeau. Intérieurement, je me suis dit : « Un de plus… »
 

Pour une fois, cette nouvelle coïncidence ne m’a pas amusé, et même me fait mal. Elle rajoute à mon sentiment d’injustice vis à vis de ma tendance sexuelle. Elle m’encourage à démoraliser l’homosexualité, à l’essentialiser, à la déculpabiliser et à la déviolenter (là où à l’inverse le discours social sur l’homosexualité a tendance à focaliser sur l’éducation et le triangle parental, sur la psychologie, ou sur le mal, le péché et le choix qu’elle serait). Car je sais que dans mon cas, ma tendance homosexuelle ne vient pas de mes parents mais de ma gémellité, gémellité que je n’ai pas choisie et qui m’a été imposé de nature ! Dur.