J’ai testé pour vous… et c’est moyen

 

 

Ce n’est pas que ça ne marche pas, ce couple homo. C’est juste que ce n’est pas forcément à vivre, ni à mettre sur un pied d’égalité que la relation femme-homme aimants ou la relation du célibataire consacré à Dieu. Même si très peu de personnes osent le dire de peur de passer pour des réac’. Moi, je le dis et l’écris. Et maintenant en connaissance de cause. Je l’avais déjà deviné et marqué noir sur blanc dans mon livre. Maintenant, je persiste et signe. Sans fatalisme. Avec une joie renouvelée.

 
 

Regard rétrospectif sur mon livre

 

Nous sommes en 2010. J’ai 30 ans depuis peu… et toutes mes dents. C’est un grand bonheur pour moi de pouvoir revenir sur ce que j’ai écrit il y a 7 ans de cela sans avoir à me désavouer, sans éprouver le besoin de retoucher une seule ligne. Je vis cette expérience joyeuse avec mon livre, comme un père regardant son enfant grandir sans honte et sans mauvaises surprises. Ce soulagement est la preuve que, à travers mes écrits et mes prises de position, j’ai quand même réussi à toucher à quelque chose de la Vérité universelle et atemporelle que je recherche, que je ne possèderai jamais. Quand un auteur a été un peu rapide dans ses jugements, quand il s’est exhibé juste pour jouir d’une notoriété illusoire, du « mas-tu vu », ou pour créer du scandale, il n’a pas envie de se revoir dans son miroir textuel quelques années après. Moi, si : je suis fier de mon livre. Il n’y a que nos approximations réussies de la Vérité qui ne nous font pas peur, qui nous remplissent de la joie de la confirmation. Si c’était à refaire, bien sûr, j’enlèverais les quelques coquilles et fautes d’orthographe qui émaillent l’ensemble du texte (fautes très nombreuses dans monDictionnaire des codes homosexuels ; très rares dans les 2 premiers tomes : Homosexualité intime et Homosexualité sociale). Mais tous ces détails gênants et qui ne font pas « pro » n’entachent pas la fierté renouvelée que j’éprouve quand je relis mon essai. Il m’arrive parfois, quand je tombe sur un passage, de continuer ma lecture sans pouvoir m’arrêter, comme si je le redécouvrais. C’est vraiment, chez moi, de l’émerveillement ; pas une occasion pour m’enorgueillir. Je n’en ai rien à faire de la gloire personnelle. Je n’ai pas écrit ce livre pour moi-même mais pour ce que j’avais à dire. Je regrette seulement que le message de mon essai ne soit pas encore assez connu et relayé par les médias, car il le mérite. Mais j’ai l’intuition qu’il le sera un jour, qu’il ne connaîtra pas le simple succès d’un roman qui fait sa rentrée littéraire et qui retombe dans l’oubli, que mon ouvrage sera ré-édité et aura une longue espérance de vie (on en reparlera dans 30 ans), que ce que j’ai découvert – notamment à travers mon Dictionnaire des codes homosexuels – est réellement visionnaire et constitue une nouvelle grille de lecture des œuvres homosexuelles qui suffirait à justifier la création d’une nouvelle branche des études universitaires gaies et lesbiennes, bien plus grande encore que les Queer & Gender Studies, puisque je découvre encore aujourd’hui, en lisant des œuvres que je ne connaissais pas ou en allant voir des pièces sur l’homosexualité bien après la publication de mon livre, des échos parfaits et absolument improbables à mon Dictionnaire. Pour exemple, pas plus tard que cette année 2010, je me suis rendu à une représentation de la pièce « Le Gang des Potiches » de Karine Dubernet au Théâtre du Petit Gymnase à Paris, une pièce vraiment drôle et efficace. Et à un moment, j’ai halluciné. Alors que j’avais déjà publié mon livre, et qu’à l’évidence l’auteure du « Gang des Potiches » ne connaît pas l’existence de mes écrits, j’ai vu débarquer sur scène le personnage lesbien déguisé comme par hasard en Catwoman. Et ce détail, qui échappe complètement au spectateur lambda, m’a gentiment secoué car il renvoie au code « Catwoman » recensé dans mon Dictionnaire, et donc à l’identification courante de certaines personnes homosexuelles à l’héroïne féline de la B.D. Batman. Ces révélations me font maintenant plaisir et m’ont longtemps étonné. Oui, c’est bluffant. Mon livre m’épate, continue de m’apparaître comme un ouvrage en avance sur son temps. Car j’ai trouvé les bons bouts de la ficelle pour dérouler la bobine de l’homosexualité, les clés de lecture pour décoder tout type de créations parlant du désir homosexuel ; et ça reste pour moi un mystère qui me dépasse en partie, une sagesse qui ne vient pas de moi mais qui m’a été donnée, et que j’ai envie de crier. Il faudrait repasser toute la production artistique et littéraire homosexuelle au crible, à la lumière de mon Dictionnaire des codes homosexuels, et vous verriez que les cavernes d’Ali Baba que possèdent jalousement beaucoup de personnes homosexuelles dans leurs bibliothèques et DVDthèques poussiéreuses s’éclaireraient soudain !

 

J’ai toujours trouvé dommage qu’au moment de la parution de mon livre en décembre 2008, on m’ait demandé si j’avais déjà un autre projet d’écriture sous le coude, alors même qu’on n’avait même pas lu en entier mon essai ni pris la mesure ce que j’avais écrit. Juste une seule critique (une critique assassine, disons-le franchement) avait été faite à l’époque sur Internet… et encore… elle venait, je l’ai su plus tard, de Bruno Bisaro, qui a avoué ne pas avoir lu du tout mon livre et avoir réagi à chaud parce qu’il avait été vexé de se voir cité dans mon Dictionnaire. Sinon, pas un communiqué de presse ; pas de signatures dans les librairies (sauf une à l’Harmattan en janvier 2009) ; pas de forum du livre ; pas une émission de télé à l’époque. Ont sauvé in extremis mon livre de l’anonymat la confiance inattendue de Brahim Naït Balk, l’auteur d’Un Homo dans la Cité (Éd. Calmann-Lévy, 2009), qui m’a permis d’assurer une chronique régulière à l’émission « Homo Micro » sur Radio Paris Plurielle à partir de janvier 2009 (je continue encore aujourd’hui l’aventure radiophonique avec lui), ainsi que la collaboration ponctuelle avec Frédéric Martel pour le site Non Fiction et avec Daniel Conrad Hall pour Les Toiles roses, un petit article d’Anne Delabre dans le supplément de Têtu (mars 2009), une apparition dans l’émission « Y’a une solution à tout » d’Évelyne Thomas sur la chaîne Direct 8 grâce à la journaliste Sandra Gribe en novembre 2009 (mais cette intervention n’était pas directement liée à la sortie de mon bouquin), et surtout la création du site internet L’Araignée du Désert en janvier 2009. Je n’en veux absolument pas à ma maison d’édition L’Harmattan de ce manque d’information au sujet de la sortie du livre. L’Harmattan fait le choix de publier énormément d’auteurs mais a le défaut de n’assurer quasiment aucun suivi post-publication, tant au niveau distribution que communication. Même si les Éditions Actes Sud m’ont dit oui pour la publication du Dictionnaire deux mois trop tard, je ne serai jamais assez reconnaissant à ceux qui, chez l’Harmattan, ont accepté de me faire confiance et de publier l’intégralité des 4 tomes de mon livre. Être édité à l’Harmattan passe auprès de certains professionnels du livre pour une publication à compte d’auteur, une arnaque, ce qui est complètement faux : pour ma part, je n’ai pas eu à débourser un seul centime. Seul bémol : comme cette maison cible moins « ses » auteurs, pour en publier un plus grand nombre que dans les maisons d’édition dites « classiques », elle ne s’occupe que très peu de la vente et de la promo des livres. C’est aux écrivains de l’Harmattan de travailler pour se faire connaître : les éditeurs ne le feront pas à leur place ! Cela dit, l’Harmattan reste une maison d’édition prestigieuse et active partout dans le monde. Elle fait, en plus, confiance à de nombreux auteurs inconnus, et gage sur des nouveaux talents sans penser d’abord à savoir s’ils sont « rentables » ou non : elle a, pour cette raison, toute sa raison d’exister. Après, il n’en reste pas moins vrai que la création du site Internet de mon livre a été capitale et presque vitale pour faire connaître mon livre, même si, au jour d’aujourd’hui, le site n’est rempli qu’au quart de ses possibilités (des centaines d’extraits vidéos et audios dorment encore en réserve et pourraient remplir un « Quiz de l’homosexualité » qui est l’équivalent audiovisuel et illustré de mon Dictionnaire des codes homosexuels : le site de l’Araignée n’en est vraiment qu’à ses balbutiements…).

 
 

Confessions intimes

 

 

Qu’en est-il maintenant de ma vie après le livre, après décembre 2008 ? Est-ce que mon essai a changé quelque chose dans ma façon de vivre l’amour et d’appréhender mon désir homosexuel ? Il est certain que oui. Étant donné que j’ai « brisé » mon célibat continent vieux de 29 ans en janvier 2009, en sortant pour la première fois avec une personne, et en l’occurrence un garçon, certains se plaisent (à tort je crois) à penser qu’il « fallait » que je sorte mon livre pour ENFIN me décoincer et vivre mon homosexualité en conformité avec ce que je serais VRAIMENT. Ils envisagent la publication de mon livre comme une thérapie, un remède contre une maladie ( = l’homophobie) ou une peur injustifiées ( = poids éducationnel et religieux) que j’aurais eue en moi, comme un rite de passage nécessaire entre un désir homosexuel non-assumé et une homosexualité concrète, libérée, heureuse. Je crois qu’ils se plantent en beauté s’ils pensent cela, même si ces projections sont souvent bien intentionnées. Mon livre n’a pas de caractère transitoire du tout, ni libératoire. J’aurais pu l’écrire pareil maintenant que j’ai perdu ma virginité sexuelle, même si je crois que le fait de l’avoir composé sans être sorti avec quelqu’un m’a aidé à le finir, à assumer entièrement mes observations (j’ai remarqué que, dès qu’une personne homosexuelle sort avec quelqu’un du même sexe, elle est soudain tentée de justifier son identité homosexuelle ou l’amour homosexuel à l’excès : elle a, du coup, moins d’énergie pour porter un avis dépassionné et distancé sur son désir homosexuel ; peut-être que si j’étais sorti avec quelqu’un pendant la rédaction de mon ouvrage, qui s’est étalée de 2002 à 2008, je n’aurais pas trouvé la flamme pour le porter jusqu’au bout ; j’en suis presque certain.).

 

Si c’était à refaire, je crois que je n’aurais dû sortir avec aucun des garçons que j’ai rencontrés pendant cette année et demi qui allait de janvier 2009 à août 2010. Je ne parlerai pas de la parenthèse des quatre mois pendant lesquels j’ai envisagé de me marier avec une femme – car, oui, j’ai confondu l’amitié et l’amour aussi avec une fille, pas uniquement avec les garçons, même si là encore, je n’ai jamais renié mon désir homosexuel quand j’étais avec elle, et que je suis resté particulièrement sincère : mon homosexualité m’a dépassé, tout simplement. Au sujet de ces hommes avec qui j’ai vécu une histoire d’amour, je continue de penser qu’individuellement, ce sont des garçons adorables, de qualité. Leur seul tort ne venait pas de leur propre personne, mais d’une part des limites de l’amour homosexuel qui me sautaient très vite à la figure dès que j’entamais une relation et qui m’apparaissaient insupportables sur la durée (je ne sais d’ailleurs pas par quel mystère certains couples de garçons ou de filles arrivent à s’en accommoder pendant 1, 2, 7, 20 ans… Je serais tenté de leur tirer mon chapeau, mais au fond, je les trouve inconscients et excessivement volontaristes), et d’autre part de quelque chose de beaucoup plus positif et de plus fort que ces limites : ma relation à Dieu, un don qui ne peut être serein et vivifiant que s’il est total. On m’a parfois ri au nez quand j’ai dit ça ; on m’a souhaité que je ne me libère jamais de cette bonne drogue qu’est le sexe (car, oui, je l’avoue, j’ai aimé « ça ») ; on m’a dit que cette histoire de relation intime et exclusive à Dieu, c’était chez moi un pur mécanisme inconscient et défensif pour me consoler temporairement de ne pas être tombé sur le « bon » garçon (auquel cas je réponds que je reste sans regret : le « bon garçon » pour moi n’existe pas, si ce n’est dans une relation chaste et non-charnelle génitalement parlant avec Jésus). Pour moi, le problème du couple homosexuel ne vient pas du manque de qualités des individus qui le composent (car pris séparément, ces personnes peuvent être géniales), ni de leur incapacité à aimer – dans un autre cadre conjugal (et je ne pense pas nécessairement au cadre du couple « hétérosexuel » quand je dis ça, bien au contraire !), chacun des partenaires se montrerait moins compliqué, plus joyeux et épanoui. Le problème réside essentiellement en la nature duelle, dispersante, violente, et majoritairement déconnectée du Réel, du désir homosexuel. C’est pour cela que je dis que si mes diverses tentatives de formation de couple homo n’ont pas marché, ce n’est franchement de la faute de personne. Ce sont bien les limites du désir homosexuel qu’il faut pointer du doigts ; pas des individus. Aux quelques garçons avec qui je suis sorti, je demande sincèrement pardon. Car si j’avais été logique jusqu’au bout avec ce que j’ai toujours cru, je n’aurais jamais dû jouer avec leurs sentiments ni avec les miens, avec leur corps et leur âme. Je suis nettement plus responsable et inexcusable qu’eux, car moi, je savais ce que je voulais, je savais ce que je devais faire. Ils me demandent ou me demanderont : « Pourquoi tu l’as fait alors, si tu savais ? » Et c’est bien la seule question à laquelle je ne pourrai pas répondre. Ces essais de couple homo n’ont été ni des grossières erreurs, ni des franches réussites. En tout cas, jamais des expériences obligatoires, nécessaires, et recommandables. Je ne regrette rien dans la mesure où ces histoires (généralement de courte durée : en moyenne 3 jours, au maximum 40 jours) ont existé, ont été vécues dans la sincérité et le respect mutuel, ont été vierges de toute maladie contractée ou de contextes glauques (en plus, ça m’a donné l’occasion de faire un séjour instructif sur les chat de rencontres internet pendant de longs mois… mais autrement, je n’ai jamais connu ni les backrooms, ni les saunas, ni les plages nudistes, ni les parcs, ni le « milieu » de la prostitution, ni des coucheries dénuées de tendresse). Avant la publication de mon livre, on me disait, pour faire la sourde oreille et ne pas écouter ce que j’avais écrit de juste : « Tu as fait un livre sur l’homosexualité, mais tu n’es jamais sorti avec quelqu’un et t’as jamais baisé avec un mec : tu parles de ce que tu ne connais pas ; tout ce que tu dis est très intellectuel et éloigné du réel. » Je me suis lancé en janvier 2009 avec des garçons par auto-démagogie, par souci de me contredire pour prouver mon « ouverture » et ne pas « mourir idiot » (« Y’a que les cons qui ne changent pas d’avis » disent les prophètes beaufs de l’instabilité), par fragilité aussi (car j’ai pris un abonnement Internet illimité depuis octobre 2008 pour les besoins du site de l’Araignée du Désert, alors que je m’étais éloigné d’Internet et de la télé depuis mes 21 ans ; et cette immersion dans le monde virtuel ne m’a pas fait que du bien). Maintenant que j’ai franchi le pas que certains voulaient, je n’ai pourtant pas une seule modification à apporter à mon livre, à part celle-ci : « ‘J’ai testé pour vous’… et je continue de dire que l’amour homo est moyen ». La relation amoureuse homosexuelle n’est ni grave, ni ‘mauvaise’, ni à déconseiller, ni dénuée de bénéfices, ni honteuse. Je peux même dire, avec le peu de recul que j’ai depuis mon récent retour à mon état de vie d’avant janvier 2009, que j’en suis même sorti grandi, un peu déçu et amer certes, mais moins culpabilisé que ce que j’aurais pu imaginé. Et comme je n’ai pas de boule de cristal, je ne peux même pas assurer au jour d’aujourd’hui que je n’y reviendrai pas un jour, à ce rêve de composer une union d’amour avec un homme. Je dis juste qu’« il y a mieux », que « les couples homos amis de mon entourage, j’attends de les voir évoluer parce que je ne suis pas encore assez convaincu par eux ». Et que si vous vous sentez homo et que vous pouvez vous en passer pour laisser l’entière place à Jésus, heureux êtes-vous ! C’est fou, absurde et scandaleux aux yeux des autres, de dire ou d’entendre une chose pareille. Mais heureux êtes-vous quand même ! Ma propre expérience, et ma vie déjà merveilleuse et bien remplie, en attestent. Le bonheur quand on est homo passe par la continence donnée à Jésus. Ça aussi, j’ai testé pour vous. Et j’espère le tester encore longtemps. Ce n’est pas parce qu’on sent en soi un désir homosexuel « réel » qu’on doit forcément s’y adonner. Je pense qu’on vit plus libre si on ne s’y soumet pas.

 

Pour finir, je vous orienterais bien vers un site chrétien qui redit différemment que moi, mais avec une transparence, une précision, une délicatesse, et une exigence remarquables, cet appel scandaleux mais pourtant juste à la continence : http://frataelred.free.fr/temoignage_b.html. Le lien m’a été donné par un garçon qui a mon âge à peu près, et qui est aussi homo, catho, et oscille entre vivre son homosexualité avec un garçon, ou la vivre autrement, dans un don exclusif, total, abstinent, un peu fou, à Dieu. J’en connais très peu, des garçons dans notre situation (peut-être 4 ou 5), hantés par l’idée de former un couple homo qui ne les satisfera pourtant pas, vivant l’angoisse de tout miser (même leurs plus belles années : leur trentaine) pour Dieu, ne se sachant pas guidés ni particulièrement soutenus par l’Église catho, mais qui peu à peu consentent à calmer la tempête en eux, à vivre leur vie au service des autres, sans chercher à tout prix à se mettre en couple. Je suis persuadé qu’ils perdent moins leur temps en se donnant vraiment à leur métier, à leur passion artistique, à la prière, aux autres, que ceux qui passent leur vie sur Internet ou dans les bras d’un homme (puis d’un autre… puis d’un autre…), en alternant les périodes d’un ou deux ans, les amourettes de passage, les jolis voyages, et les projets confortables à deux centrés sur les petits goûts et les petits loisirs du « couple ». La vraie liberté a un prix : la compréhension et la maîtrise d’un désir reçu et donné par Quelqu’un de plus grand que soi. Suivez mon regard…